« Johannes de Eyck fuit hic 1434… » « La phrase est doublement ambiguë. Elle ne dit pas que le tableau date de 1434, mais que la scène qu’il représente a eu lieu cette année-là. Et elle se garde bien de nous informer si, de cette scène, Van Eyck fut le témoin ou le protagoniste. Elle place le tableau sous le signe du double sens. »
« Les êtres sauvages, commença-t-il. Ça m’a toujours paru un peu erroné de dire ça d’eux. Ils ne sont pas sauvages. En tout cas, pas comme la plupart des gens le conçoivent. Observez-les. Voyez comment ils sont les uns envers les autres. Ils sont plus dociles que nous. Je crois que c’est parce qu’ils savent d’emblée comment aimer et que nous, nous devons l’apprendre. Je vois cela en eux. Comment l’amour les rend dociles. Pas seulement entre eux. La nature. Son mystère. L’attraction de la lune. Le ciel. Toute l’atmosphère qui s’en dégage. C’est ce qui m’attire. Cette grande ouverture qu’ils offrent. C’est ce que j’essaie de ressentir quand je suis avec eux. Ce que j’essaie de voir et de saisir, si j’ai de la chance. Cette authenticité. »
« Il a produit de sa poche gauche un paquet de Soleil Levant. Ce que le ravitaillement nous réserve de temps à autre, ce sont des Milan d’or, et pour ce qui est de ces Soleil Levant, à cause de la présence de feuilles de grande renouée, je ne pourrais affirmer qu’elles sont bonnes, avec la meilleure volonté du monde ; cependant, une bouffée de leur fumée me procure une sensation de nicotine jusqu’au bout des doigts et un agréable fourmillement gagne tout mon corps. C’est bien là la plus grande jouissance du fumeur. Je sais comment m’en procurer. Il suffit de bourrer de riz perlé un paquet vide de ces Soleil Levant puis d’aller se tenir devant le débit de tabac du coin, d’attendre le moment où les passants ont disparu pour mettre prestement le paquet sous le nez de la buraliste. La seconde d’après le riz a été escamoté au profit de tabac. »
« Revenons à nos moutons : avoir trop d’argent n’est pas une bonne chose. L’argent peut changer l’homme. Sur ce point le chef de district avait longuement réfléchi. »
Le Soulier de Satin a tout pour rebuter : d'une dimension rare pour une pièce de théâtre (certaines représentations intégrales duraient une demi-journée), jugée complexe, la pièce pour dérouter par son apparent désordre. A la croisée du baroque et du modernisme, l'oeuvre offre pourtant une construction rigoureuse, l'action se déroulant autour du conflit entre désir et morale, avec le salut de l'âme en ligne de mire. Deux amants séparés, des enjeux politiques, l'exploration de l'Amérique, Le Soulier de Satin est un texte d'une ampleur exceptionnelle.
"Par la vérité de Dieu, j'ai été inhumain. Je n'ai pas écouté mon ami, j'ai écouté mon ennemi. [...] Pour tous, soldats noirs et blancs, je suis devenu la mort. Je le sais, je l'ai compris." (David Diop, Frère d'âme, 2018)
"Car ce que mon père m'inflige témoigne d'un si profond mépris du corps qu'il en restera toujours quelque chose. Père, tu as juste été dépassé par ton invention. Tu pourrais être fier de ce constat, qui prouve ton génie créateur." (Soif, Amélie Nothomb, 2019)
"Quasimodo arrachant Esmeralda au bourreau, c'est le peuple qui "brise la force du roi", "avec la force de Dieu". Alors Quasimodo est "beau" sa tignasse se fait crinière et sa tête comme celle de Mirabeau, est la tête d'un lion. Le grotesque est devenu le formidable. (Pierre Albouy, La création mythologique de Victor Hugo, 1985)
"En vérité , Annie Wilkes est un personnage de femme écrite comme un homme, ce que l'on reproche souvent à l'écriture des icônes "badass". Mais dans le cas présent, cela fonctionne car le personnage de Sheldon écrit des romans à l'eau de rose, façon Barbara Cartland..." (Clément Arbrun, 2019 in Terrafemina.com)
Savez-vous ce que cela représente pour un homme d’être enfermé dans l’inquiétude d’une colombe?
Hrant Dink (1954-2007), Valérie Manteau, Le Sillon, 2018
De la Turquie, où le journaliste Hrant Dink a été assassiné, à la France marquée par les attentats de Charlie Hebdo, voici une sélection de livres sur deux événements marquants où se pose la question de la liberté d'expression.
« Villi avait neuf ans à cette époque et il ignorait tout de cette histoire. Il ne pouvait donc pas savoir que ce qu’il avait vu avait peut-être un lien avec la disparition de Sigurvin. »
On connaît la date et, surtout, on connaît la fin. Avec "Les Dates chocs de l’Histoire", Jean-Yves Le Naour revient aux éditions Bamboo sur ces heures aiguës où rien n’est encore joué, où le cours du monde peut infléchir. Deux premiers albums donnent le ton : "11 novembre 1918 : Au cœur de l’armistice" et "28 octobre 1962 : Au cœur de la crise de Cuba".
De la conseillère d’orientation qui enterre les vocations aux cours de religion, des humiliations de cour de récréation aux connaissances prétendument "inutiles", cet ouvrage collectif publié aux éditions Fluide Glacial examine l’école sans céder aux facilités de la nostalgie. Les styles graphiques et les tonalités s’y succèdent avec liberté : autobiographie, satire, mauvais esprit, tendresse et franche bouffonnerie se fondent dans un album où chacun semble retrouver un morceau de sa propre scolarité.
À dix ans, Lenny possède un défaut impardonnable : au milieu d’une famille délicieusement dysfonctionnelle, il paraît à peu près normal. Relom retourne ainsi le divan du psychologue comme un gant et fait de "Lenny – On ne choisit pas sa famille !" une petite comédie familiale féroce, volontiers grivoise, où les adultes auraient sans doute davantage besoin d’une consultation que l’enfant qu’ils y expédient.
Et si la véritable violence faite aux filles n'était pas celle du patriarcat, mais celle des mères elles-mêmes ? Dans Faire la peau, Louise Chennevière signe un récit-réquisitoire incandescent sur le couple mère-fille, où l'écriture, entre rage et réflexivité, tente de dire l'inacceptable : la complaisance d'une lignée de mères dans la violence systémique qu'elles ont elles-mêmes subie. Un livre-ravage qui pose une question vertigineuse : faut-il tuer sa mère pour sortir d'une aliénation et vivre enfin libre ?
Des néonazis, un président américain davantage préoccupé par sa teinture que par l’apocalypse, un Panzer qui tient de l’immeuble et une querelle lexicale autour du ping-pong : Fabien Bedouel boucle le cycle de "Valhalla Bunker" en mettant tous les potentiomètres dans le rouge. C’est énorme, idiot avec méthode, et dessiné avec une redoutable efficacité.