« Mais le cauchemar revint cette nuit-là. Il y avait des mois que je n’avais pas rêvé de l’exécution de la reine Anne, mais la vue du cadavre de Singleton me remit tout en mémoire. Par une belle matinée de printemps j’étais de nouveau sur le Tower Green (la partie ouest de la cour intérieure de la Tour où l’on décapitait les condamnés de sang royal et les nobles), parmi l’énorme foule entourant l’échafaud recouvert de paille. J’étais au premier rang, lord Cromwell ayant ordonné à tous ses protégés d’être présents afin qu’ils soient liés à la chute de la reine. Il se trouvait à deux pas, au premier rang lui aussi. Bien qu’il ait dû son ascension à son appartenance au groupe d’Anne Boleyn, c’était lui qui avait préparé l’accusation d’adultère ayant causé sa perte. Il avait l’air sévère et renfrogné, incarnation du courroux de la justice. »
« A l’époque de son mariage, c’était une toute jeune fille, à peine âgée de quatorze ans. Mais, à la suite de la mort de ses beaux-parents, elle s’était vite retrouvée seule à la tête de cette grande demeure, aidée alors uniquement dans sa tâche par une femme âgée qui la quittait à la tombée de la nuit pour aller dormir dans le réduit du four à pain, à l’autre bout de la cour, l’abandonnant au monde des ténèbres peuplé d’esprits et de spectres, tantôt s’assoupissant, tantôt cherchant le sommeil jusqu’à ce que revienne son vénérable mari de ses interminables sorties. »
« Lana ponctue la plupart de ses phrases d’un éclat de rire, comme si la légèreté était la seule réponse à son addiction au cannabis, à son mariage malheureux, à ses difficultés avec ses enfants, à son échec scolaire passé, à son ennui présent. »
Parmi les quelques oeuvres en prose de Pouchkine (qui sont chez nous plus connues que ses poésies), La Fille du Capitaine se démarque. Bref récit d'un amour situé en plein coeur de la révolte de Pougatchev, La Fille du Capitaine est devenu un modèle de roman historique qui permet à son auteur de livrer, en plus d'une histoire romantique, une vision désabusée du pouvoir.
En plus d’être un des poèmes les plus connus de la littérature russe, Le Cavalier de Bronze offre aussi un portrait ambigu et saisissant de Saint-Pétersbourg, loin de la littérature officielle. Une oeuvre majeure.
«Ceci est l'histoire de ma mère, la princesse Selma, née dans un palais d'Istanbul...» Ce sont les premiers mots du livre, qui n'a rien d'une fiction, et ils donnent le ton de ce récit extraordinaire et pourtant vrai. Kénizé Mourad nous raconte l'histoire de sa mère, l'une des dernières princesses ottomanes qui doit fuir au Liban lorsque le sultanat est renversé. Sa vie se poursuit ensuite en Inde, puis à Paris, en pleine Seconde Guerre mondiale. Découverte d'un récit époustouflant.
En ce début d'années 1870, Fedor Dostoievski est dans une période faste. Il vient d'achever Crime et Châtiment, Le Joueur, L'Idiot et L'éternel mari, avant d'enchaîner avec un roman politique d'une violence rare, Les Démons. Description brutale du chaos qui s'abat sur une petite ville de province, Les Démons est surtout le portait sans fard de personnages dont l'unique but semble être l'effondrement de la société, pour le simple plaisir de la destruction.
Il aura fallu pratiquement 40 ans de travail au traducteur René R. Khawam pour établir un texte des Mille et Une Nuits débarrassé de tous ses ajouts postérieurs et pour en donner une traduction nouvelle. Le résultat est une oeuvre formidable, irrévérencieuse, merveilleuse, parfois sombre ou violente, mais lançant toujours un immense appel à profiter des plaisirs de la vie.
« Revenons à nos moutons : avoir trop d’argent n’est pas une bonne chose. L’argent peut changer l’homme. Sur ce point le chef de district avait longuement réfléchi. »
Le Soulier de Satin a tout pour rebuter : d'une dimension rare pour une pièce de théâtre (certaines représentations intégrales duraient une demi-journée), jugée complexe, la pièce pour dérouter par son apparent désordre. A la croisée du baroque et du modernisme, l'oeuvre offre pourtant une construction rigoureuse, l'action se déroulant autour du conflit entre désir et morale, avec le salut de l'âme en ligne de mire. Deux amants séparés, des enjeux politiques, l'exploration de l'Amérique, Le Soulier de Satin est un texte d'une ampleur exceptionnelle.
"Par la vérité de Dieu, j'ai été inhumain. Je n'ai pas écouté mon ami, j'ai écouté mon ennemi. [...] Pour tous, soldats noirs et blancs, je suis devenu la mort. Je le sais, je l'ai compris." (David Diop, Frère d'âme, 2018)
Sous la plume de Michel Plessix, l’univers pastoral imaginé par Kenneth Grahame retrouve une seconde jeunesse. Une fresque douce et mélancolique où l’amitié, la nature et les caprices composent une partition d’une rare délicatesse.
Avec "Monet en quête de lumière", Aurélie Castex épouse un regard. À hauteur d’homme, au fil des saisons et des doutes, sa bande dessinée retrace l’itinéraire d’un peintre obsédé par l’insaisissable, jusqu’à faire de la lumière elle-même un sujet.
De la classification française aux plateformes mondialisées, en passant par le gore italien, les blasphèmes de Luis Buñuel ou les polémiques plus contemporaines, Darkness, censure & cinéma propose un recueil de textes éloquents quant aux différentes formes de censure. C'est à découvrir aux éditions LettMotif.
Ce deuxième volume de l'arc Saiyans concentre ce que Dragon Ball a de plus brutal et de plus sublime. C'est ici, peut-être, que la série devient grande.
Avec "Mortépi", Florian Breuil signe un premier roman graphique d’une densité remarquable, où la quête de reconnaissance artistique se mue en impasse existentielle. Dans une ville à moitié noyée, la disparition devient paradoxalement le dernier moyen d’apparaître.