Le talent d’Eisenstein fut initialement mis au service de la machine propagandiste soviétique. Un siècle plus tard, le temps a débarrassé ce film de toute la dimension polémique attachée au régime criminel. Ne reste aujourd’hui plus que la substantifique moelle du génie de son metteur en scène.
Non dépourvu de plans géniaux – notamment son duel final – et illuminé par le magnétisme de Lee Van Cleef, le film est néanmoins écrasé par le modèle leonien, dont tous les codes sont scrupuleusement respectés. Les suppléments sont généreux et sympathiques… mais eux aussi très imparfaits.
Film testamentaire qui ne cède jamais au sentimentalisme, A Prairie Home Companion est un pot-pourri du cinéma de l’auteur de John McCabe : personnages multiples, nostalgie, valeurs du Midwest, amour de la musique. A travers un récit dédié à l’ultime émission d’un show radio, c’est en réalité au cinéma qu’Altman rend hommage avec cette œuvre profondément humaine.
C'est au sein d'un superbe écrin que l'on peut retrouver le très beau film de John Frankenheimer, Le Prisonnier d'Alcatraz, dans lequel Burt Lancaster tient le rôle d'un des détenus les plus célèbres de l'histoire américaine. Le film est présenté dans une très belle copie restaurée et est accompagné d'un livre de 200 pages racontant son tournage mouvementé.
Comme a pu le faire Alfonso Cuaron sur Gravity, Deux hommes en fuite repose moins sur ce que l’on identifie (donc qui appartient à la diégèse) que ce que le cadre nous évoque (ce qui dépasse le cadre du récit). D’où l’équilibre d’une réalisation moins naturaliste que panthéiste, qui flatte ses extraordinaires décors naturels dans un scope majestueux pour mieux confiner les personnages dans l’horizon, comme s’ils essayaient de retraverser le Styx en sens inverse.
Cette semaine sont ressortis en vidéo deux beaux films de John Huston, Dieu seul le sait (1957) et Le Barbare et la Geisha (1958). À l'occasion de ce come-back DVD/Blu-ray Huston-ien porté par de nouvelles versions remastérisées, retour ici sur le second film, soit le "film japonais" de John Huston avec un John Wayne impérial dans une représentation toute en nuances du Japon du XIXe siècle.
Cette semaine est sorti en version remastérisée Dieu seul le sait (Heaven Knows, Mr. Allison). Édité en Blu-ray et DVD par les éditions Rimini, le film réalisé par John Huston en 1957 met en scène Robert Mitchum et Deborah Kerr pris dans la tourmente de la Seconde Guerre Mondiale : quand la mission passe avant l'amour...
Critique sociale, drame psychologique et film noir, La Victime, de Basil Dearden, est un film remarquable, toujours d'actualité tant qu'il y aura de l'homophobie. Elephant Films nous permet de redécouvrir ce film en DVD et Blu-Ray.
Depuis le 9 mai 2018 est disponible en DVD et Blu-ray 'La Légende de la montagne', réalisé par le grand King Hu en 1979. À l'occasion de l'édition - soignée - du long métrage par Carlotta Films, retour sur le travail cinématographique du cinéaste magicien King Hu.
Si tu voyais son cœur est le premier long métrage de Joan Chemla. On y plonge dans la subjectivité de Daniel (Gabriel Garcia Bernal), littéralement submergé de douleur et de culpabilité après la mort de son ami Costel. Un film sensible à voir dès le 15 Mai en DVD chez Diaphana.
Avant The Florida Project, Sean Baker avait réalisé en 2015, Tangerine. Un essai directement inscrit dans une certaine mouvance underground, le bougre ayant shooté son film à l'Iphone et s'étant entouré de comédiens non-professionnels, en l'occurrence des prostituées afro-américaines transgenres. Un postulat pour le moins inédit qu'il n'hésite pas à mettre en scène sans négliger une certaine exubérance qui est pour ainsi dire salvatrice dans sa manière de filmer un Los Angeles brut.
Le Principe de Wellington de Nathalie Léger : une commande de scénario sur l’aveu devient une enquête vertigineuse sur l’écriture, la vérité et les masques du « je ». Entre anagnorisis tragique, Wittgenstein, Emily Dickinson et imitation des personnages aimés, la narratrice-écrivaine explore les confins du langage et de la fiction, interroge les affres de la création et la culpabilité, et tisse une émouvante apologie de la relation entre frères et sœurs.
« - Eu cartonne of Lucky Strike fore ziss fez en poil de cul !? Tut’moques de moi, l’ami ?
- Yes, my friend. Ten packs ! That’s a very good price for you… »
Tyler Boss et Martin Simmonds reprennent le mythe du Fantôme dans un récit d’enquête où le prestige du spectacle autorise toutes les outrances. Paru chez Urban Comics, ce volume de la collection Universal Monsters doit autant à son atmosphère graphique qu’à sa manière de faire du théâtre un lieu de désir, de peur et de faux-semblants.
Dans "Géographie du rap : Villes et scènes en France et aux États-Unis", le géographe Séverin Guillard étudie les signes et lignes de force qui relient les artistes à leurs villes, ainsi que les inégalités qui séparent les scènes locales des centres de l’industrie musicale. De Lille à Atlanta en passant par Paris, représenter un lieu, c’est aussi revendiquer sa place sur un échiquier complexe.
Dans "Le Parfum des feuilles de thé" (Robert Laffont), Camille Monceaux et Virginie Blancher suivent Akane et Mayumi, deux jeunes femmes qui quittent Tokyo pour reprendre une plantation familiale. Au rythme des récoltes, leur installation devient une histoire de transmission et de choix de vie, non sans doutes.