Si tu voyais son cœur, premier film sensible et tragique de Joan Chemla, en DVD

En éditant Si tu voyais son cœur, Diaphana nous permet de voir un premier long métrage prometteur sorti en début d’année, doté d’une interprétation remarquable. Le DVD sera disponible à partir du 15 mai 2018.

Même si le film débute lors d’un mariage, par une scène qui devrait normalement s’annoncer joyeuse, le spectateur sent tout de suite comme un malaise. Chaque personne présente dans cette salle paraît être une menace. Il y a, d’emblée, comme une contradiction entre ce que montrent les images et l’impression qui s’en dégage.

Il faudra un certain temps pour comprendre que ces distorsions proviennent du regard de Daniel, le personnage principal du film, interprété par un Gabriel Garcia Bernal impeccable. Si tu voyais son cœur est un film subjectif, dans le sens que nous sommes plongés dans la subjectivité de son personnage principal.

Une fois cela compris, nous avons un film qui se divise clairement en trois parties.

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Pendant la première, nous découvrons la situation présente de Daniel et, surtout, nous avons les souvenirs douloureux qui submergent littéralement le personnage. Ils débarquent sans prévenir, dans un flux de pensées qui échappe à toute logique, surtout temporelle. Les souvenirs semblent s’organiser autour d’une scène, la plus traumatisante, celle qui est répétée en boucle : la mort de Costel (Nahuel Pérez Biscayart, que nous avons tous vu et admiré dans 120 Battements par Minute). Celui-là est le plus clair, le plus violent. Les autres tournent tous autour de Costel : son mariage, la galère dans la rue, les petites combines pour attraper du fric, etc. Et tout cela renferme un peu plus Daniel dans sa solitude et sa culpabilité.

Cela nous entraîne sur la deuxième partie du film, celle que l’on pourrait appeler « Le Regard de Daniel ». En effet, toujours dans cette optique d’une plongée dans la subjectivité de son personnage, Joan Chemla fait de Daniel un témoin du monde autour de lui. Le désespoir a ôté en lui toute velléité d’agir ; le protagoniste devient alors un spectateur, il se contente d’observer le monde sans rien faire. Il déambule dans les couloirs de son hôtel minable et le constat est sévère. Si tu voyais son cœur se déroule dans un monde de violence. Elle est partout, dans les relations familiales (avec le frère de Costel, personnage brutal dégainant son arme à chaque instant), dans ses petites combines avec les Gitans, et même dans cet hôtel où le gardien n’hésite pas à tabasser les clients.

C’est à l’arrivée de Francine (Marine Vacth) que tout va changer. Mais n’en disons pas trop…

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Le film bénéficie d’une excellente interprétation. On pourrait dire que le scénario n’est pas assez rempli et relever les maladresses de réalisation, mais l’ensemble, plutôt court (82 minutes), tient la route. La volonté de miser sur les émotions et de faire une mise en scène subjective se révèle payante : l’univers de Si tu voyais son cœur y trouve sa cohérence, celle d’un rêve que traverserait un personnage plus mort que vivant, sorte de fantôme hantant le monde.

Les compléments de programme sont, eux aussi, plutôt bienvenus : il s’agit, outre l’incontournable bande-annonce, des trois courts-métrages réalisés par Joan Chemla (dont Si tu voyais son cœur est le premier long métrage). Autant dire qu’à ce jour, avec ce seul DVD, vous avez toute la filmographie de la réalisatrice.

Et ces trois courts métrages sont des réussites. Le premier, Mauvaise Route, nous montre déjà une réalisatrice avec ses partis-pris de mise en scène, en particulier sur la subjectivité du personnage principal. En noir et blanc et sans parole, il nous fait vivre une improbable rencontre entre un cycliste et une motarde sur une route de campagne. On y trouve déjà l’alliance réussie du poétique (amené par le personnage féminin) et du tragique.

Le deuxième court-métrage est sans doute le meilleur. Il s’agit de Dr Nazi, adaptation réussie d’une nouvelle de Bukowski, où on retrouve bien tout l’univers dérangeant de l’écrivain américain.

Enfin, le dernier court-métrage, The Man with the Golden Brain, est l’adaptation d’une fameuse nouvelle d’Alphonse Daudet, La Légende de l’homme à la cervelle d’or. On y trouve déjà Marine Vacth, ici accompagnée de Vincent Rottiers.

L’ensemble permet de voir une réalisatrice à l’œuvre, avec toute sa cohérence aussi bien sur les thèmes abordés que sur le plan technique. Une réalisatrice à suivre.

Si tu voyais son cœur : bande-annonce

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Caractéristiques du DVD :

Durée du film : 82 minutes
Version originale (français et espagnol) 2.0 et 5.1
Sous-titres : français, français pour sourds et malentendants, anglais
Audiodescription pour aveugles et malvoyants

Disponible à partir du 15 mai 2018

Compléments de programme :

Courts-métrages :
1- Mauvaise route, 2008, 12 minutes
2- Dr Nazi, 2010, 15 minutes
3- The man with the golden brain, 2012, 16 minutes

Bande-annonce

Festival

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Herve Aubert
Herve Auberthttps://www.lemagducine.fr/
"professeur de français, j'ai découvert le cinéma grâce aux films de Spielberg des années 80, mais je suis vraiment devenu cinéphile avec John Huston (Quand la ville dort) et Akira Kurosawa (Le Chateau de l'Araignée), Humphrey Bogart (Le Faucon Maltais) et Marlon Brando (Sur les quais). Appréciant aussi bien le cinéma classique que moderne, les séries des années 60 que celles des années 2010, c'est de la diversité que je tire mes plaisirs."

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