Si tu voyais son coeur, l’errance d’un regard

Drame noir à la mise en scène flamboyante, Si tu voyais son cœur est un premier film efficace qui souffre cependant d’un scénario fantôme, à la manière de son héros.

Synopsis : Suite à la mort accidentelle de son meilleur ami, Daniel échoue à l’hôtel Métropole, un refuge pour les exclus et les âmes perdues. Rongé par la culpabilité, il sombre peu à peu dans la violence qui l’entoure. Sa rencontre avec Francine va éclairer son existence.

Le film s’ouvre avec le regard perçant de Nahuel Perez Biscayart, le regard de 2017, celui qui a marqué le cinéma l’an dernier et que l’on se fait une joie de retrouver à l’écran dès le début de cette nouvelle année. L’ouverture est planante, dansante : les gens s’amusent, font la fête. C’est à peu près tout le contraire de ce qui va se passer ensuite, dans le film et à l’écran. Si tu voyais son coeur est le premier long métrage de la réalisatrice Joan Chemla, et il est évident qu’il souffre des défauts d’un premier film comme beaucoup d’autres, en partie dans le scénario, comme souvent. Cependant, la jeune réalisatrice s’en sort bien pour proposer au public français quelque chose d’assez dramatique dans son envoûtement.

« Qu’est ce que t’as de beaux yeux. – Et si tu voyais son cœur. »

C’est Nahuel Perez Biscayart qui prononce cette phrase avec l’intensité qu’on commence à lui connaître et la justesse dont on ne doute plus. Une phrase presque anodine à ce moment là qui se révèle être le fil conducteur du film, et de son personnage principal bancal. Quelques mots qui finissent par guider le film puisque son cœur, c’est ce qui l’a perdu. Son cœur, c’était son meilleur ami (Cortel), mort devant ses yeux alors qu’ils rigolaient. Et de cet si-tu-voyais-son-coeur-gael-garcia-bernal-marine-vacthaccident, naît un homme perturbé qui oscille entre hallucinations et besoins primitifs de s’en sortir. Il vole pour avoir de l’argent, il traîne dans un monde violent, sale et l’humour de son meilleur ami ne peut plus l’en sortir. Ses névroses sont ses rêves, ses souvenirs le hantent et les flashbacks se confondent avec la réalité. Le film trace d’ailleurs finement la limite entre ces deux là avec la lumière et la mise en scène, le spectateur se retrouve alors autant perdu que le personnage parfois. Angoissant ? Un peu mais d’une grande qualité.

Cependant, le film meurt très vite : en même temps que Costel d’ailleurs. Le duo touchant et rayonnant laisse souvent place à l’errance d’un personnage et d’un scénario dont on ne retrouve pas toujours le but. La lumière de Costel s’oppose à l’ombre totale de Daniel. Mais si parfois, l’intrigue devient fade, le regard mélancolique de Gael García Bernal et les images mènent le film. À l’instar du personnage principal, l’arrivée de Marine Vacth amène un nouvel air au long métrage. L’obscurité de Daniel prend peu à peu de la distance pour donner de l’espace à la douceur de Francine et l’on retrouve alors le côté planant du bonheur que l’on appréciait au début. Elle le soigne en étant près de lui, en posant sa main sur lui, elle l’appelle  « mon ange ». Tout est fait pour opposer les divagations névrosées de la majeure partie du film à une autre forme d’évasion bien plus agréable. Ces émotions, c’est à travers le jeu grandiose des acteurs que l’on peut les percevoir mais aussi grâce à la mise en scène soignée et intelligente d’une réalisatrice qui fait de son premier film, une réussite.

Lire l’interview de la réalisatrice et l’acteur Karim Leklou.

Si tu voyais son cœur : Bande Annonce

Si tu voyais son cœur : Fiche Technique

Réalisation : Joan Chemla
Scénario : Joan Chemla, Santiago Amigorena, d’après l’oeuvre de Guillermo Rosales
Interprétation : Gael García Bernal, Marine Vacth, Nahuel Perez Biscayart, Karim Leklou…
Image : André Chémétoff
Montage : Béatrice Herminie
Musique : Gabriel Yared
Décors : Alain Frentzel
Costumes : Elfie Carlier
Société de production : Nord Ouest Films
Distributeur : Diaphana Distribution
Durée : 86 minutes
Genre : thriller, drame
Date de sortie : 10 janvier 2018

France – 2018

Festival

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