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Festival de Deauville : Dixieland de Hank Bedford

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Festival de Deauville épisode 4: Thug life et punk rock

Dixieland de Hank Bedford

Premier film de cette 4ème journée de compétition: Dixieland de Hank Bedford, a sans doute reçu l’accueil le plus chaleureux de la part du public depuis le début du festival. Un retour compréhensible, légitimé par la force du sujet et la tendresse des images de Bedford, car le réalisateur délivre un premier film assez poignant avec pour toile de fond la jeunesse délinquante du deep south de l’Amérique. Un projet très modeste, tourné en moins de 3 semaines, et qui rejoint le corpus désenchanteur que nous propose le festival de Deauville depuis 3 jours. Après avoir démystifié Los Angeles (Tangerine), la figure du shérif (Cop Car), exposé crûment la vie des indiens d’Amérique (Les chansons que mes frères m’ont apprises); attaqué de pleine face le tout Hollywood (Day out of days) et la classe aisée des Etats-Unis (I smile back), la sélection continue de casser les mythes, mais cette fois avec une vision bienveillante.

Lorsque Kermit, joué par Chris Zylka (The Leftovers), sort de prison après un séjour de « quelques années« , c’est en homme endurcit que retrouve sa mère, mais surtout bien décidé à ne pas replonger dans son business, s’interdisant tout nouveau séjour derrière les barreaux. Dans cette optique de réinsertion, il continue pourtant de traîner avec ses vieux potes dont CJ, interprété par R.J. Mitte (Breaking Bad), et de fréquenter les clubs malfamés. Il y fera d’ailleurs une rencontre salutaire, une danseuse qui habite dans le mobile-home voisin, une femme longiligne qui sied parfaitement à son corps sculptural parsemé de tatouages. Une femme dont la mère est malade et qui ne peut pas payer les factures… Or Kermit sait où trouver l’argent; saura t-il trouver la force de rester sur le droit chemin ?

Vous pouvez retrouver les deux acteurs aux côtés du réalisateur et sous le micro du journaliste d’Indiwire, Nigel Smith, qui discutent sur l’importance du silence durant le tournage qui contribue au naturalisme du film. >>>


Green Room de Jeremy Saulnier

Pour ce deuxième film en compétition aujourd’hui, les enfants de moins de 16 ans étaient priés de ne pas assister à la séance. On le comprends mieux lorsque l’on sort de la salle… Le cinéaste Jeremy Saulnier, avec son troisième long métrage n’a pas peur de faire gicler le son et de briser les os. En piégeant un groupe de punk rock dans un concert organisé par un groupuscule de néonazies très flippant, le réalisateur crée une ambiance tout à fait adéquat pour son film d’horreur, dans lequel même le dialogue est devenu une arme de poing, mais qui effraie surtout grâce à ses images violentes… Un film sans grand intérêt ou peut-être pour voir Professeur Xavier aka Patrick Stewart dans un rôle à contre emploi. Malgré pourtant un premier accueil à Cannes chaleureux…

 

Festival de Deauville: Day out of days de Zoe Cassavetes, Tangerine de Sean Baker

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Festival de Deauville – Episode 3: Los Angeles, transsexuelles, et Iphone 5

Day out of days (Zoe R. Cassavetes – 2015)

Troisième jour de compétition à Deauville, Zoe Cassavetes nous emmène à L.A. dans une ville qui, selon ses mots, n’abrite plus beaucoup de vraies femmes. C’est avec une authenticité forte qu’elle dresse le portrait d’une actrice quarantenaire qui peine autant dans sa vie professionnelle que personnelle. La réalisatrice (fils des célèbres John et Gena Rowlands! oui oui) nous propose avec son second long métrage, une immersion assez profonde dans les méandres d’un Hollywood cruel. Une histoire incarnée merveilleusement par Alexia Landeau qui interprète une actrice, Mia Roarke. Le procédé danse avec une mise en abyme difficilement évitable, l’actrice l’avoue elle même, les frontières entre fiction(s) et réalité(s) sont poreuses. De cette introspection, il en sort une interrogation qui nous touche au cœur : « Sommes nous prisonniers(-ères) de nos choix ? ».

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Résonne à ce titre plusieurs influences dans l’histoire de Cassavetes, l’inévitable Sunset Boulevard de Billy Wilder, qui parmi les premiers, a traité des pièges du milieu, de ce vieillissement qui attend dans l’embuscade, de cet oubli quasi-fatal auquel bon nombre d’artistes sont confrontés. Sans oublier récemment, Sils Maria d’Olivier Assayas avec cette même intention de capter l’intériorité d’une actrice qui n’a d’autre choix que de trouver son salut dans sa maturation. L’américaine soigne son image, lui conférant une apparence presque clipesque (un petit air de Coppola), et elle s’attarde sur Mia, égérie d’une génération ballottée par son temps. Un temps qu’elle semble subir de plein fouet. Et pourtant elle refuse le botox, et persévère en continuant les auditions. Pour Alexia Landeau, ce projet concerne « le deuxième acte de la vie d’une femme« . Une femme, dont le métier l’a beaucoup exposé dans sa jeunesse. Le film s’ouvre d’ailleurs sur cette étoile montante. Elle vient de tourner un grand film et sort avec l’acteur principal. Ce à quoi elle répond à la question suivante : Quels sont vos rêves pour votre vie dans dix ans ? Et il est amusant de voir que lorsque la même question est posée en conférence de presse à l’actrice, c’est la même réponse qui nous est apportée. Les aspirations se ressemblent en effet, de même pour les obstacles, et Cassavetes (junior) cerne bien ce combat contre ses propres décisions. Qui ne s’est jamais posé la question en regardant en arrière « Et si ?« . Mais c’est bel et bien vers l’avenir que le film se tourne, vers le champ des possibles; car la fin est ouverte, une volonté de la réalisatrice, pour crier que ce n’est pas fini. Il reste des opportunités de carrière pour Mia, et il existe des alternatives d’expressions à la comédie. Une virée à la fois personnelle et universelle dans le monde d’Hollywood qui traverse le temps en laissant parfois ce qu’il crée, à quai.

Pour les plus curieux qui s’accommodent de la langue de Shakespeare >>> un entretien de la réalisatrice à l’occasion de sa participation au L.A. Film Festival 2015

Tangerine (Sean Baker – 2015)

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Los Angeles, L.A pour les intimes, était décidément à l’honneur aujourd’hui, puisque le jeune Sean Baker y plante également sa caméra pour son 5ème film. A vrai dire? il n’y plante que son Iphone (5S) puisqu’il y était contraint pour des raisons économiques. Sans a priori, le résultat est saisissant ! Le réalisateur nous explique que le petit rectangle d’Apple a permis d’installer une intimité avec les actrices qui tournaient pour la première fois, alors qu’une grosse caméra aurait sans doute dénaturer l’ambiance qu’il voulait instaurer. A savoir, un film très urbain, inscrit dans les années 2010, inscrit dans l’air du réseau social, de l’information en direct, de l’immédiateté. Il parvient à réellement saisir de ce Los Angeles invisible, caché, sous-terrain en y exposant ses rues, ses ruelles, ses bars, ses prostitués, ses caïds. Le film est une boule d’énergie, centré sur une journée d’une transsexuelle qui sort de prison et cherche à retrouver la fille avec laquelle son mec l’a trompé. Dynamique et coloré, Sean Baker nous en met plein les oreilles et finit en silence. Un silence qu’il aurait souhaité pour tout son métrage, nous confie-t-il, dès le début du projet, mais il finira par le bourrer de hip-hop dément et de classique vociférant en postproduction. Résultat: la copie finale est fougueuse et endiablée. Il nous immerge littéralement dans la vie quotidienne de ces prostitués transsexuelles.

En faisant exploser les couleurs (alors qu’il nous avoue avoir voulu naïvement les désaturer au début) dans ce Los Angeles à la veille de Noël, Baker place ses actrices dans un cadre quasi-surréaliste, mais dans un souci d’attraper la réalité, et de l’exposer à une Amérique de plus en plus transphobique. En jonglant avec la comédie et le drame, le cinéaste touche juste, et malgré quelques essoufflements, le film conclue avec force cette petite incursion dans un milieu où la misère côtoie la haine, dans ses rues sales où les filles s’entraident.

Rappel Articles sur le Festival de Deauville

Jour 1: Keenu Reeves

Jour 2: Orlando Bloom

Le transporteur : Héritage, un film de Camille Delamarre : Critique

Un parking, une Audi noire, une bande de voyous au Quotient Intellectuel de bulot et notre Transporteur qui, ni une ni deux, les met tous K.O, tel était le début du film Le Transporteur 2. C’est évidemment celui du reboot de la saga : Le Transporteur : Héritage. De quoi désappointer les fans qui avaient déjà vécu la scène en mieux avec le charismatique Jason Statham (Le Transporteur 1, 2 et 3).

Bolide, gonzesses et bastonnades 

Le Transporteur : Héritage offre au public des images impeccables et très bien cadrées ainsi que les performances de l’acteur principal surentraîné Ed Skrein et de sa doublure toulousaine Arnaud Péries. Le film montre aussi quelques scènes incontournables des films d’action. Des femmes-liannes enjôleuses, dangereuses et dénudées font partie du décor et, évidemment, le héros séduira rapidement la plus belle d’entre-elles. Quant aux cascades, en veux-tu en voilà, elles sont parfaitement mises au point par Michel Julienne qui avait travaillé sur Le Transporteur 3 et participe à la série Le Transporteur.

À ce propos, le réalisateur Camille Delamarre (réalisateur de Brick Mansions, monteur sur Le Transporteur 3) nous a confié quelques informations lors de la sortie nationale au cinéma EuropaCorp ce samedi:

« On travaille avec une équipe technique de professionnels comme l’équipe de Michel Julienne qui connaissent bien leur métier et effectivement on apprend à bourlinguer dans les grandes règles de sécurité parce qu’on roule dans des voitures à 180 Km/h et ça reste des cascades donc on protège tout le monde. Ed (Skrein), c’est quelqu’un qui était très motivé par ce rôle du Transporteur ; il s’est donné à fond et s’est entraîné plus que beaucoup. Il a passé des journées en salle d’entraînement à apprendre par cœur toutes les chorégraphies. Il tenait vraiment à faire tous ses combats lui-même. On avait des doublures pour prévoir une action plus particulière ou dangereuse mais en fait, c’était plus facile pour moi car j’avais un comédien qui voulait faire les combats tout seul, qui a donné tout ce qu’il avait sur le plateau et qu’on pouvait filmer de face. »

Un goût de trop-peu :

L’intrigue est somme toute assez banale : des prostituées veulent se venger de leur proxénète (thème utilisé dans The Seasoning House, Revanche ou de façon plus large dans Rosario et Taken). Peu de suspense et de tension pour un maximum de bagarres. Les scènes de poings n’en finissent pas, elles manquent un peu d’hémoglobine et ne sont qu’une pâle copie des combats du très viril Jason Statham.
Dans Le Transporteur : Héritage, deux passages sortent toutefois un peu de l’ordinaire : la scène de la voiture dans l’aéroport et celle de la bagarre avec des tiroirs. À contrario, lorsqu’il s’agit de dangers ou de blessure mortelle, la désillusion est grande comme pour la scène où l’une des filles, gravement blessée est sur ses deux jambes dès le lendemain, en pleine forme, prête à combattre. Pas très crédible donc.

Le spectateur aurait apprécié d’en voir plus notamment dans la scène où Ed Skrein se bagarre pendant que sa voiture roule…à 2 km/h à peine ! On se demande alors où est le danger et quel est l’intérêt d’une telle scène. Quel intérêt de voir les actrices s’exciter et piailler dans cette voiture qui avance à peine et d’entendre le héros leur dire d’une voix autoritaire : « Surtout, ne touchez à rien ! » ?
Malgré un casting très “sexy” avec Ed Skrein (Northmen, Kill your Friends et le beau Daario Naharis qui sert la Khaleesi dans Game of Thrones), la superbe Noemi Lenoir (Astérix et Cléopâtre), l’exotique Gabrielle Wright (Everly, Nomads) et la très élégante Loane Chabanol (Apprenti Gigolo, Puzzle), Le Transporteur : Héritage manque de piment et l’intrigue peine à décoller. Le film reste quand même un bon divertissement aux scènes d’action de haut niveau.

Synopsis : Frank Martin, le Transporteur spécialisé en colis Top-secrets, est associé malgré lui à un braquage organisé par des anciennes hôtesses qui mènent une vendetta contre la Mafia Russe. Ces quatre femmes fatales détiennent son père qu’elles menacent de tuer si Franck ne les aide pas.

Fiche Technique : Le transporteur : Héritage

Titre original : The Transporter : Refueled
Réalisation : Camille Delamarre
Scénario : Luc Besson, Bill Collage, Adam Cooper

Acteurs : Ed Skrein, Ray Stevenson, Lenn Kudrjawizki, Loan Chabanol, Gabriella Wright, Tatiana Pajkovic, Wenxia Yu, Anatole Taubman, Noémie Lenoir, Samir Guesmi, Mikael Buxton

Sociétés de production : EuropaCorp, Fundamental Films
Pays d’origine : France, Chine
Genre : Action
Durée : 95 minutes
Sortie : 9 Septembre 2015

Le Transporteur 4 : Héritage, Bande-Annonce :

Le Tout Nouveau Testament de Jaco Van Dormael: contre-critique

La critique de ma camarade lors du dernier festival de Cannes avait noté 4/5 le dernier ovni du belge fantaisiste. A la sortie de la salle, un sentiment d’écœurement, de profonde incompréhension, mais surtout de colère m’habite. Métaphore symbolique du cliché belge ou réelle navrance désespérante ? Réponse.

Pitch : Le film est, d’après le réalisateur, un « conte surréaliste » autour du personnage de Ea (Pili Groyne). Une gamine de douze ans qui a des idées bien arrêtées sur Dieu: « Dieu existe. Il habite à Bruxelles. C’est un salaud. Il est odieux avec sa femme et sa fille. On a beaucoup parlé de son fils, mais très peu de sa fille. Sa fille c’est moi. Je m’appelle Ea et j’ai douze ans. Pour me venger j’ai balancé sur Internet les dates de décès de tout le monde… »

Le point de départ est alléchant. L’annonce prometteuse. C’est avec une bande-annonce (ne vous y fiez jamais, ce n’est jamais l’oeuvre du réalisateur ni de la production, mais de la distribution) détonante, à la fois dérangeante et hilarante que je m’installe dans la salle obscure, pour la dernière séance de ce dimanche soir en province, habitée de 5 pèlerins qui semblent avoir perdu leur chemin.

Passé l’introduction, je suis vite dépassé par un pseudo-humour démiurge qui se joue du contemporain sur une recontextualisation historique (ex: Adam et Eve en plein Bruxelles vidée de sa population, une autruche au rayon fruits et légumes…). J’attends patiemment que vienne l’étincelle. Tandis que la jeune actrice théâtrale hérisse le poil par sa fausse naïveté plus qu’elle n’attire compassion et tendresse, le reste de la distribution défile comme au cirque, emporté par un récit abscons et une photographie précieuse indigeste. Où le cinéaste veut-il nous mener ? Sur quelle pente descend-t-il ?

Les six Évangiles distraient à la manière d’une comptine absurde et nous endorment pour mieux nous bercer d’un message creux sur la foi et le bonheur à deux (dois-je voir le célibat comme une certaine forme d’aliénation, de déclin?). Les différents peintures « arrêts-sur-image » flamandes subliment le vide in-existentialiste. Après insulter les références poétiques, naïves et sensibles d’un Jean-Pierre Jeunet, amoureux de ses personnages, maintenant perverti par le système hollywoodien (mais ceci est un autre débat), Jaco Van Dormael cumule réflexions carambar, descriptifs longuets de personnages creux et sentimentalisme niais. « La vie c’est comme une patinoire, on tombe souvent »… Jaco doit avoir vu Forrest Gump plus de mille fois (tout comme moi). On retrouve Didier De Neck (Toto le héros), Pascal Duquenne (Le Huitième jour), Serge Larivière (Mr. Nobody), mais qu’il est loin le temps de ces trois pépites!

La composition est travaillée, mais la mise en scène guindée vient anéantir tout effort de crédibilité et d’empathie. Certaines séquences sont clipesques et n’apportent absolument rien au récit. Oui Jaco tu as réalisé des clips (Elodie Frégé et Indochine), pas de quoi s’en vanter. L’effet est souligné, appuyé et répété au point de donner la nausée. Le thème d’Aquarium extrait du « Carnaval des Animaux » de Camille Saint Saens (montée des marches cannoises!) et Dance of the Knights de Prokofiev soulèvent l’estomac et titillent notre bile ou le nerf auditif. Ralentis, effets inversés, travelling latéral, flous nets sur une absence de perspective… De plus, les acteurs pourtant très bons sont tirés vers le bas à coup de trop grande fausse pudeur tire-larme et les genres ne sont pas respectés. Benoît Poelvoorde ne cesse de crier (le contraire nous aurait étonné), Yolande Moreau continue de passer pour la ménagère ahurie au regard vitreux, Catherine Deneuve en riche épouse délaissée et François Damiens le sempiternelle dom juan maladroit (La Délicatesse) ou vilain sadique (Dikkenek)… La comédie devient pathétique et le rire jaune. Le fantastique de pacotille n’est même pas assumé jusqu’au bout. Vient le film catastrophe (c’est le cas de le dire), la référence à l’animalus d’Harry Potter, la hache de Nicholson dans Shining, la thématique du transgenre, la cause des sans-papiers, la publicité pour les machines à laver (oui autre secteur bien connu du réalisateur belge), la pédophilie, le voyeurisme, la maltraitance des enfants, le handicap, le mariage contrarié, le terrorisme… Et ce n’est que le début !

Le générique défilant est composé sur de la broderie, hobby de la mère déesse, et élément de résolution sur un humour à la Jacques Tati (doit-on y voir une quelconque cause féministe ?). Le kitsch se rajoute à la longue liste. Autant de productions et co-productions (donc un budget surévalué), de critiques élogieuses et un box office époustouflant (plus de 50 000 la première journée) pour cette masturbation cinématographique et je pèse mes maux. Jaco ressemble physiquement à Luc Besson, doit-on y voir un signe ? « Regardez ce que je sais faire (et mal en plus!) avec tous mes beaux amis« . Preuve que le cinéma condescendant, quelque soit sa nationalité, flirte avec le copinage incestueux et le cirage de pompe (pour ne pas dire autre chose).

Les lumières se rallument et la salle est vide. Ah non, un homme dort au dernier rang. La voix de la raison !

https://www.youtube.com/watch?v=HezBj-b4N2s

* Pardonne moi Jaco pour cette familiarité (je ne suis qu’à demi sincère, vous l’aurez compris)

** Dans la série, « films à sortir de salle avant la fin » : Les Misérables, the musical… A vous de la compléter !

Le Tout Nouveau Testament : Fiche Technique

Date de sortie : 2 Septembre 2015
Nationalité : Belgique, France, Luxembourg
Réalisation : Jaco Van Dormael
Scénario : Jaco Van Dormael, Thomas Gunzig
Interprétation : Benoit Poelvoorde (Dieu), Yolande Moreau (Déesse), Catherine Deneuve (l’apôtre Martine),
François Damiens (l’apôtre l’assassin), Pili Groyne (Ea), Serge Larivière (l’apôtre l’obsédé sexuel) …
Musique : An Pierlé
Son : Dominique Warnier
Photographie : Christophe Beaucarne
Décors : Sylvie Olivé
Montage : Hervé De Luze
Production : Jaco Van Dormael (producteur), David Claikens, Jérôme de Béthune, David Grumbach, Philippe Logie, Daniel Marquet, Olivier Rausin, Frank Van Passel, Patrick Vandenbosch, Alex Verbaere et Arlette Zylberberg (co-producteurs).
Sociétés de production : Terra Incognita Films, Climax Films (Belgique), Après le déluge (France), Juliette Films (Luxembourg), Caviar Antwerp (Belgique) …
Sociétés de distribution : Le Pacte
Budget : 8 555 500 € (estimé)
Genre : Comédie, Fantastique …
Durée : 113 minutes

I smile back, Cop Car: Festival de Deauville – films en compétition

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Festival de Deauville, épisode 2: dépression, échecs, et course poursuite

Films en Compétition: Cop Car, I smile Back

Première projection au CID de Deauville, le soleil est revenu, mais le ton n’a pas changé; toujours grave. Troisième film en compétition, et deuxième long métrage de son auteur Adam Salky: « I smile back » suit la lutte de Laney Brooks (Sarah Silverman) contre ses addictions et ses démons. Un combat acharné mais perdu d’avance pour la jeune et jolie mère qui a pourtant tout pour elle.

Il y a quelque chose d’American Beauty dans son traitement de la classe aisée américaine, mais on est loin de sa puissance et de sa justesse. Tenaillée par la vodka et la cocaïne, envenimée par son adultère, Laney remonte la pente pour ne tomber que de plus haut. Un drame dérangeant, qui exhibe une dépression puis une résignation violentes. Malgré son efficacité, le film se contente trop de ce qu’il montre et ne dit pas grand chose, affichant une certaine pauvreté scénaristique qui empêche le film de nous souffler; alors que le sang et les larmes fonctionnaient plutôt bien.

Réalisation : Adam Salky
Production : Richard Arlook |Mike Harrop |Brian Koppelman |David Levien
Scénario : Paige Dylan |Brian Koppelman
Interprètes prinipaux : Mia Barron (Susan), Josh Charles (Bruce Brooks), Clark Jackson (Mr. Odesky), Terry Kinney (Dr. Page), Thomas Sadoski (Donny), Chris Sarandon (Roger), Sarah Silverman (Laney Brooks)
Image : Eric Lin
Montage : Tamara Meem
Musique : Zack Ryan

Dans la foulée, c’est encore un second film qui est mis à l’honneur par la compétition: Cop Car de Jon Watts. Avec Kevin Bacon en shérif véreux, dépossédé de sa voiture par deux gamins, après laquelle il court. Une projection étrange car rythmée trop souvent par les rires, alors que le film n’a priori pas vocation à faire rire. Mais il y a de la farce et du furious dans ce film, alors parfois le burlesque prend le dessus sur le thriller et cela nuit au rythme mis en place, par ailleurs très intéressant. Car avec un Kevin Bacon d’une sauvagerie inouïe dans son costume terreux traquant deux enfants délicieusement dépassés par la situation qu’ils ont créée, le film agit en étau qui se resserre autour des gamins et du spectateur. L’intrigue s’alourdit au fur et à mesure que l’on découvre ce que l’on est en droit d’attendre d’une voiture de flic magouilleur, et s’assombrit alors que l’humour reste assez inexplicablement présent. Jon Watts, en maîtrise, signe un film court mais très intense.

Cop Car: Bande-annonce

Réalisation : Jon Watts
Production : Sam Bisbee |Andrew Kortschak |Cody Ryder |Alicia Van Couvering
Scénario : Christopher D. Ford |Jon Watts
Interpetes princiaux: Kevin Bacon(le shérif Kretzer), James Freedson-jackson (Travis), Camryn Manheim (Bev), Hays Wellford (Harrison), Shea Whigham (l’homme)
Image : Matthew J.lloyd |Larkin Seiple
Montage : Megan Brooks |Andrew Hasse
Musique : Phil Mossman

Il y avait une avant première prometteuse aujourd’hui de par son sujet,  son réalisateur, et de son acteur, c’était Le Prodige de Edward Zwick. Le cinéaste à qui on doit notamment Blood Diamond et Les insurgés, revient cette année avec un biopic sur Bobby Fischer, le légendaire joueur d’échecs interprété par Tobey Maguire. Un résultat réussi, qui intéresse voire passionne, car c’est avant tout dans le théâtre de la guerre froide que se déroule sa rivalité mythique avec le Russe Boris Spassky (Liev Schreiber). Voulant soigner son soft power c’est tout un pays qui va finir derrière ce jeune originaire de Brooklyn rongé par la folie ; et c’est le monde entier qui se plonge dans une confrontation qui a tout d’une guerre cachée. Et plus Bobby s’approche du titre, plus il s’éloigne de la raison, sur les plages californiennes des beachs boys, la success story sombre dans la paranoïa, car le prodige flaire le complot à chaque murmure, voit des micros dans le moindre objet. Évidemment c’est un biopic, alors on n’échappe pas à certaines règles du genre et il y a de petites lignes à la fin du film. Mais Edward Zwick parvient réellement à instaurer une ambiance pesante, et la moindre partie d’échecs est filmée comme un match de boxe, comme une finale de coupe du monde. Tobey Maguire campe parfaitement son personnage, dans tous ses paradoxes (son aversion pour les juifs, alors qu’il est lui même juif…), dans toutes ses émotions, ses doutes, son assurance, son don…

Les Premières: Films d’ouverture du festival de Deauville

Le Prodige (Pawn sacrifice) : Bande-annonce

Réalisateur: Edward Zwick
Scénario : Stephen J. Rivele, Steven Knight, Christopher Wilkinson
Interprètes principaux : Tobey Maguire, Peter Saarsgard, Liev Schreiber
Musique : James Newton Howard
Durée : 1h54
Sortie : 16/09/2015

 

Festival de Deauville: Conférence de Presse Orlando Bloom

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Deauville épisode 2: Orlando Bloom à l’honneur du festival

La venue de l’acteur britannique était sans doute l’événement le plus attendu à Deauville cette année. Orlando s’est fait désirer, et il est apparu, une fois n’est pas coutume, sans costume de pirate, sans costume d’elfe.

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Orlando Bloom a inauguré sa cabine lors du 41e Festival de Deauville.

Comment expliquez vous que votre filmographie soit majoritairement composée de films costumés ?

Je ne sais pas trop, je suis né à Canterbury dans le Kent (Angleterre), c’est un lieu chargé d’histoire; enfant j’étais habitué à son immense cathédrale, c’est une terre de tradition, peut être que votre réponse s’y trouve.

Avec du recul, comment analysez vous toutes ces sagas auxquelles vous avez participé ?

Avoir la chance de participer à des projets d’une telle envergure c’est forcément une opportunité incroyable. D’autant plus que quand j’ai été casté pour Le seigneur des anneaux, je sortais à peine de mes études. C’est un cadeau de pouvoir travailler avec un réalisateur comme Peter Jackson, ou un acteur comme Ian Mckellen, qui sera présent cette semaine. Mais j’ai eu la chance d’être au bon moment, au bon endroit je pense, c’était incroyable pour lancer ma carrière, mais maintenant je dois évoluer.

Deauville célèbre le cinéma indépendant, quelle relation entretenez vous avec ce dernier ?

Je suis très honoré d’être ici à Deauville, d’autant plus que j’admire beaucoup le cinéma français, ses auteurs, ses acteurs, et son public ! Il a un niveau d’appréciation incomparable, et c’est très important pour le cinéma indépendant. Mais c’est un milieu difficilement pénétrable, vous seriez surpris ! Même s’il prend de plus en plus d’importance aujourd’hui.

Auriez vous imaginé avoir une cabine à votre nom ici, d’ailleurs qu’allez vous en faire ?

Je pense que je vais acheter un sac de couchage, et y dormir ! A vrai dire nous avions une plage et une cabine similaire sur notre plage dans le Kent, c’est amusant de savoir que j’ai la mienne ici maintenant.

Vous avez récemment tourné avec un cinéaste français, Jérôme Salle, à l’occasion du film Zulu, comment cela c’est il passé ? Souhaitez vous tourner de nouveau avec un réalisateur français ?

C’était un tournage spécial, c’était le premier film en anglais pour Jérôme, et en plus il avait lieu en Afrique du Sud, il y avait donc plusieurs challenges. C’était une collaboration intéressante pour moi, Jérôme est venu me voir, et il m’a dit que c’était une petite production, avec un petit budget, mais que nous avions le final cut ! C’était à la fois nouveau et encourageant pour moi.

J’aime beaucoup Jacques Audiard, notamment « un prophète« , j’adorerais collaborer avec lui, n’importe quel rôle, un petit, un grand !

Vous venez du théâtre, pourriez-vous y retourner ?

Oui, le théâtre est un cadeau, j’y reviendrai avec plaisir, notamment dans une pièce contemporaine ! Aujourd’hui j’ai un fils, forcément cela sédentarise un peu, je pourrai rejoindre une formation.

Vous citez Jacques Audiard, aimeriez vous tourner avec d’autres réalisateurs ?

Je ne fais pas de liste, je ne voudrai pas me fermer de portes. Mais j’admire le travail de David Fincher.

Le Festival de Deauville honore Keanu Reeves lors de la cérémonie d’ouverture

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Festival de Deauville 41ème édition -Premier épisode: Orson Welles, Réserve indienne et Keanu Reeves

A Deauville le tapis est rouge mais les allées sont bleues, on se demande bien pourquoi lorsque l’on regarde au-dessus et en face. Avec ce plafond de lumière orageuse et cet horizon d’eau grisâtre, ce n’est pas le bleu pur, clair, lisse, qui tapisse la ville entière en ce moment; certes ce n’est pas bleu mais c’est très beau.

Mais il faut bien s’enfermer dans les salles à un moment donné, et lorsque l’on peut mêler le mythique au symbolique, c’est la combinaison parfaite pour commencer cette 41ème édition du Festival du film américain de Deauville que de se rendre à l’hommage rendu à Orson Welles. Car C’est évidement Orson Welles qui ouvre le bal, officieusement….Le documentaire « This is Orson Welles » était projeté ce matin, un poil hagiographique, mais efficace, entre témoignage et images d’archives, on se replonge dans cette histoire d’amour et de désamour que l’imposant cinéaste a entretenu avec Hollywood, ses incessantes frasques sur les tournages, la censure des studios, son envolée avec Rita Hayworth. Rita que l’on retrouve sur la toile dans la foulée, puisque comme à Cannes en mai dernier, « La dame de Shanghaï » est présentée, 67 ans plus tard. Sous de faux airs suaves, le film plonge dans les abysses sombres du polar, orchestré par un Welles sardonique, qui comme toujours se met en scène; ici un marin amoureux qui se retrouve au cœur d’un meurtre.

Le réalisateur islandais Baltasar Kormakur a lancé les festivités du festival de Deauville avec la projection d’Everest

Ce long métrage nous fait revivre la célèbre expédition de 1996, sur le plus haut sommet du monde, un drame himalayen en 3D  illustrant une histoire vraie, celle de la disparition de huit alpinistes dans l’Himalaya. Avec Jake Gyllenhaal (Southpaw, Night Call, Donnie Darko), Keira Knightley (Begin Again, Orgueil et Préjugés, The Imitation Game), Robin Wright (House of Cards), Josh Brolin (No country for old men, Inherent vice), Jason Clarke, (Zero Dark Thirty, Terminator Genesis...).

En parallèle, la compétition démarre, avec « Les chansons que mes frères m’ont apprises » de Chloé Zhao. La réalisatrice née à Pékin nous emmène dans une réserve indienne dans les déserts arides du sud des États-Unis. Un premier long métrage touchant et intéressant, tourné dans la réserve indienne de Pine Ridge, sur cette micro-société qui semble s’autodétruire.

Les chansons que mes frères m’ont apprises : Bande-annonce

L’immersion est telle que le film penche vers le documentaire, peut-être trop immersif, trop contemplatif de ces personnes; la jeune cinéaste ne rend pas une copié très vivante, malgré sa petite heure et demie, le film souffre parfois de ses longueurs. Mais le portrait catastrophique dressé, entre alcoolisme, trafic, et violence asphyxie, alors que les élégants plans sur cette réserve malade rafraichissent. Et sans savoir où l’on va, on apprécie le voyage, avec une image soignée, bien aidée par des paysages mortifères, et des visages marqués, presque agonisants. Dans ce tableau morbide, c’est une jeunesse qui tente de se frayer un passage, c’est un frère et sa petite sœur qui apprennent la mort de leur père absent depuis toujours. Un deuil sous forme de fuite en arrière. Car Johnny veut partir, veut fuir, tourner le dos et on le comprend, il va suivre sa copine qui va étudier à Los Angeles, arrêter son trafic d’alcool, respirer. Mais ses racines sont ses chaînes, et sa sœur son ancre, le film trouve sa densité et son sens ici, dans le choix final de Johnny. Une oeuvre langoureuse qui éclaire d’une lumière crue la vie des indiens dans l’Amérique d’aujourd’hui.

L’avant-première était mondiale en cette fin de soirée pluvieuse, et dans une salle pleine à craquer alors que la musique rugissait, Keanu Reeves (Liaisons dangereuses, Frears à My Own Private Idaho, Matrix, River Phoenix, Point Break) est apparu. Le canadien était l’homme de la journée, et présentait en exclusivité « knock knock » d’Eli Roth. L’histoire d’un époux et père quarantenaire qui a le malheur d’ouvrir sa porte à deux jeunes filles diaboliques. Une comédie crue qui ne fait jamais rire aux éclats mais qui divertit parfois, malgré l’embarras qu’elle peut procurer. Car sur fond de pédophilie, de nombreuses scènes et dialogues s’avèrent gênants : si c’était le but c’est réussi, dans le cas contraire cela pourrait être un problème.

Knock Knock d’Eli Roth : Bande-annonce

https://www.youtube.com/watch?v=ti6S3NZ5mKI

L’hommage rendu au cours de ce premier jour du Festival de Deauville 41ème édition à Keanu Reeves s’est terminé sur le final de Matrix, sur fond de Rage Against the Machine, avec la chanson: Wake Up.

https://www.youtube.com/watch?v=gJbqKLcCjp4

Mr. Robot saison 1, une série de Sam Esmail : critique

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Diffusé sur la chaîne USA Network, qui produit aussi la série White Collar/FBI, duo très spécial, ce Mr. Robot fait l’effet d’un coup de tonnerre. Une fois de plus, une série américaine parvient à nous surprendre par son ambition et les moyens mis en œuvre pour la réaliser.

Cyber-attaque
Très vite, on sent les influences qui sous-tendent Mr. Robot. Les messages diffusés à la télévision par une fsociety qui se cache sous un masque pour délivrer une leçon anti-néolibérale, font inévitablement penser à V Pour Vendetta, mais dans une version geek.
Car Mr. Robot se déroule dans l’univers de l’informatique. Ses personnages principaux sont tous des ingénieurs en informatique et se promènent dans les programmes et sur Internet comme s’ils étaient chez eux. Le langage de programmation est quasiment leur langue natale. Et pourtant, la série ne s’adresse pas uniquement aux fans d’informatique. Les dialogues ne sont pas remplis de termes techniques et les intrigues qui s’entremêlent sont bien ancrées dans la réalité.
L’avantage de l’univers informatique, c’est qu’il permet de lancer des attaques sans précédents. Création de fausses preuves, prises de contrôle du réseau interne d’une prison, espionnage industriel ou privé, chantage, tout devient possible à celui qui maîtrise les ordinateurs.

Phobie sociale
Et Elliot, il maîtrise. À vrai dire, il est plus à l’aise dans le virtuel que dans la réalité. Atteint d’une évidente phobie sociale, il ne parvient pas à communiquer avec ses semblables. Pour lui, chaque humain se définit par les horreurs qu’il cache, et le piratage informatique permet de mettre à jour les vices impunis.
La scène d’ouverture de la série est bien significative. Elliot aborde le patron d’une chaîne de cafés et lui donne un dossier. En piratant ses comptes et ses fichiers, il a découvert que l’homme à la réussite implacable gérait un réseau de pédophilie. Voilà l’image qu’Elliot possède de l’humanité : des criminels en puissance. Dans un épisode, il imagine ce qui arriverait si chacun portrait, sur lui, un panneau qui annoncerait ses vices et ses phobies.
Du coup, pour lui, la meilleure façon d’aborder quelqu’un, c’est de le pirater. Avant (ou pendant) toute relation, il va voir les mails ou les comptes des personnes qui l’entourent. Son patron, sa psy, ses collègues ou ses voisins, tout le monde y passe. Et Elliot pense ainsi connaître les gens qui sont autour de lui.
Société anonyme
Mais cela ne suffit pas. Hacker, c’est également se faire justicier. Souvent, Elliot justifie ses piratages en affirmant qu’il œuvre pour un monde meilleur. Il veut évidemment combattre ce qu’il considère comme mal, et cela porte un nom : E Corp. E Corp, c’est une de ces multinationales qui agissent de tous côtés, depuis l’agriculture jusqu’à la technologie de pointe. Une entreprise tentaculaire qui symbolise l’ultra-libéralisme dans son ensemble.
Et qu’Elliot juge responsable de la mort de son père. C’est là que le justicier entre en lice. Attaquer E Corp, c’est dévoiler au monde toutes les illégalités commises par le groupe et l’entraîner à s’autodétruire.
L’aspect politique de la série est là, mais il ne faut pas résumer Mr. Robot à une simple œuvre anti-capitaliste. Jamais la série ne se contente de suivre un scénario bassement manichéen. Il ne s’agit pas du gentil hacker contre la méchante société anonyme. Au fil des révélations distillées tout au long de la saison 1, nous verrons que les liens entre les personnages et l’entreprise sont plus complexes qu’il n’y paraît.

Ce conflit est résumé par le lien qui unit Elliot à Tyrell Wellick, l’un des personnages les plus fascinants de la série. Tyrell (dont le prénom est un hommage évident à la Tyrell Corp de Blade Runner), c’est un peu ce que serait devenu Elliot s’il était rentré dans le moule social. Personnage intelligent, manipulateur et froid, il se révèle, lui aussi, être à la limite de la maladie mentale. Tyrell est un personnage complexe, obsédé, tiraillé par des pulsions maladives, le personnage le plus inquiétant de cette première saison. Longtemps, sa trajectoire est parallèle à celle d’Elliot, mais la saison est émaillée de quelques rares rencontres tendues.
Soupçons
L’une des grandes réussites de cette première saison, c’est la maladie d’Elliot. Visiblement instable mentalement, il s’enfonce de plus en plus dans sa paranoïa et incite les spectateurs à douter de tout ce qu’il dit. La série adoptant souvent le point de vue d’Elliot, les spectateurs voient ce qu’il voit et connaissent ses pensées, qui nous sont présentées en voix off, mais le doute s’installe progressivement et se maintient tout du long : les explications données par le personnage principal sont-elles justes ? Devons-nous voir le monde comme lui ?
Cette « ère du soupçon » envahit littéralement la saison et met le spectateur dans un état d’expectative inquiète. Les révélations qui vont s’enchaîner dans les derniers épisodes de la saison continueront à le déstabiliser, à bousculer les fondements.
La saison alterne les épisodes au rythme rapide et ceux, plus lents, qui permettent d’approfondir les personnages ou de complexifier l’intrigue.
Dans l’ensemble, l’interprétation est très bonne, mais le sommet est marqué par deux acteurs exceptionnels : Martin Wallström, qui tient le rôle de Tyrell, et qui nous offre un jeu très froid, quasiment inhumain, glacial au possible, le jeu d’un homme qui semble n’éprouver aucune émotion et paraît, dès lors, capable de tout.
Et puis, il y a Rami Maleck, qui incarne Elliot. Ses yeux toujours exorbités, son regard halluciné, son jeu mi-frénétique mi-perdu en font la révélation de cette série. À lui seul, il justifie de voir cette saison qui s’avère une grande réussite, aussi bien sur le plan du scénario que de la réalisation.

Synopsis : Elliot Alderson travaille pour une entreprise de sécurité informatique à New York. Un jour, il est contacté par un groupe de hackers, fsociety, qui cherche à détruire une des multinationales les plus puissantes, E Corp.

Mr. Robot : bande Annonce

Mr. Robot : Fiche Technique

Création : Sam Esmail
Réalisation : Sam Esmail, Jim McKay, Tricia Brock, Deborah Chow, Nisha Ganatra, Niels Arden Oplev, Christoph Schrewe
Scénario : Sam Esmail, Kate Erickson, Kyle Bradstreet, David Iserson, Randolph Leon, Adam Penn
Interprétation : Rami Maleck (Elliot Alderson), Christian Slater (Mr. Robot), Portia Doubleday (Angela Moss), Carly Chaikin (Darlene), Martin Wallström (Tyrell Wellick), Michael Gill (Giddeon Goddard), Frankie Shaw (Shayla).
Photographie : Tod Campbell, Tim Ives
Décors : Karin Wiesel
Montage : Franklin Peterson, Sam Seig, Andrew Thompson, Joe Bini
Production : Kyle Bradstreet, Margo Myers, Igor Srubshchik, Gregg Tilson
Sociétés de production : Universal Cable Productions
Distribution : USA Network
Budget :NR
Genre : suspens, drame
Nombre d’épisodes de la saison 1 : 10
Durée d’un épisode : 44’

Coup de chaud, un film de Raphaël Jacoulot : Critique

Les films sortis de nulle part et qui ne sont pas attendus au tournant sont souvent ceux qui réservent les meilleures surprises. Dans la torpeur de cet été, Coup de chaud de Raphaël Jacoulot est un de ceux-là, en plus d’être un film de circonstance du fait de la canicule qui a traversé la France au moment de sa sortie.

SynopsisAu cœur d’un été caniculaire, dans un petit village à la tranquillité apparente, le quotidien des habitants est perturbé par Josef Bousou. Fils de ferrailleurs, semeur de troubles, il est désigné par les villageois comme étant la source principale de tous leurs maux jusqu’au jour où il est retrouvé sans vie dans la cour de la maison familiale…

La chasse

S’ouvrant sur une pluie d’orage torrentielle, le film commence par un drame : Josef, un jeune homme trentenaire, court ensanglanté sous la pluie, tentant de rejoindre son domicile, un trou dans le ventre, pour enfin s’écrouler au milieu de la cour.

Dès le départ, le film montre des habiletés de montage, puisque l’image d’après, celle d’un beau générique gorgé de couleur et de soleil, est celle d’un cimetière, où on pense qu’on va assister à l’enterrement de Josef, et où le réalisateur au contraire dévoile Josef, plein de vie et l’œil fureteur, en train de chaparder un angelot accroché à la croix d’une tombe. Un « truc » de cinéaste appliqué par un cinéaste. Il en sera ainsi à plusieurs reprises : le cerveau du spectateur n’est jamais au repos, le réalisateur veille constamment à ce qu’il ne s’installe pas dans une routine.

 

Cette histoire est donc celle d’un petit village paisible du Sud-Ouest, un microcosme composé de villageois suintant légèrement l’ennui, mais surtout écrasés de chaleur et de contrariété à cause de la sécheresse qui s’installe durablement. Le drame du pré-générique est le climax autour duquel le réaliste déroule son scénario. Une tension sourde est palpable. Une famille de gitans s’est sédentarisée dans le coin, la famille de Josef. Vivant un peu à distance de la population, avec un haut portail barricadé à toute heure du jour, elle est cependant vue par le réalisateur avec le même regard qu’il a pour les autres protagonistes, au travers de plans mêlant chroniques intimes et sociales. Josef est le lien entre sa famille et le village. Faisant rouler ses yeux fous, entre innocence et insolence, il baguenaude dans le village, pétaradant au volant de sa petite voiture, musique criarde lancée à tous vents par les vitres ouvertes, amusant les uns, effrayant les autres.

La force du film de Raphaël Jacoulot réside dans sa gestion de cette tension, de ces tensions, en caractérisant non seulement les personnages, mais les relations entre eux, par de petites touches, un regard par-ci, un petit mot par-là, suscitant l’empathie ou le rejet du spectateur, voire toutes ces émotions à la fois par rapport à un même personnage. Le spectateur sait des choses que les personnages ignorent, et ces derniers agissent dans un hors-champ inaccessible au spectateur, ce qui ajoute encore du vertige au suspense du film. Le réalisateur ne prend jamais vraiment parti, en laissant chacun de ses personnages affronter le regard du spectateur aussi bien dans ses bons que dans ses plus sombres aspects.

La distribution est parfaite, tant sur le plan du physique des personnages, un peu lourd, un peu terrien, que dans le jeu des uns et des autres : chaque personne est exactement à la bonne place, et même l’étrange diction un peu mécanique de Josiane, la mère de Josef, prend du sens face à son fils atteint d’une « débilité débonnaire et affective ». Ou inversement. Un coup de chapeau en particulier à Karim Leklou qui  incarne ce Josef singulier, capable dans une même scène de jouer l’idiot du village et un agresseur fou et hors de contrôle. Tous les autres acteurs sont à l’avenant, Grégory Gadebois, Jean-Pierre Darroussin ou encore Carole Franck, en déployant un jeu plutôt minimaliste mais très expressif…

Le film de Raphaël Jacoulot est une réussite, un bel équilibre, qui permet de lui prédire une place de plus en plus importante parmi les réalisateurs marquants du cinéma français d’aujourd’hui. Sans être d’une audace folle, l’image de « son » chef opérateur, Benoît Chamaillard est très agréable à l’œil, réaliste tout en affichant une recherche certaine d’harmonie, jouant sur la lumière et les couleurs pour parvenir à une ambiance étrangement froide malgré la chaleur ambiante. Coup de chaud est un vrai beau « film social de suspense » qui aurait mérité une diffusion plus large, ou une date de sortie plus appropriée, afin d’être vu par un plus grand nombre de spectateurs cinéphiles qui, eux aussi, méritent des films sortant des sentiers battus…

Coup de chaud – Bande annonce

Coup de chaud – Fiche technique

Titre original : –
Date de sortie : 12 août 2015
Réalisateur : Raphaël Jacoulot
Nationalité : France
Genre : Policier
Année : 2015
Durée : 102 min.
Scénario : Raphaël Jacoulot, Louise Macheboeuf
Interprétation : Jean-Pierre Darroussin (Daniel Huot-Marchand), Grégory Gadebois  (Rodolphe Blin), Karim Leklou (Joseph Bousou), Carole Franck (Diane), Isabelle Sadoyan (Odette), Serra Yilmaz (Josiane Bousou), Camille Figuereo (Bénédicte Blin)
Musique : André Dziezuk
Photographie : Benoît Chamaillard
Montage : François Quiqueré
Producteur :Miléna Poylo, Gilles Sacuto, coproducteurs : Jacques-Henri Bronckart, Olivier Bronckart, Tanguy Dekeyser
Maisons de production : TS Production, Versus Production
Distribution (France) : Diaphana Films
Récompenses : –
Budget : NR

 

Les Mille et Une Nuits, un film de Miguel Gomes : Critique

[Critique] Les Mille et Une Nuits – Volume 1: L’inquiet – Volume 2: Le Désolé Volume 3: L’Enchanté

« Oh venturoso Rei, fui sabedora de que num triste país entre os países » ces mots en portugais qui introduisent chaque nouveau récit de Shéhérazade au sultan résonnent dans mille et une langues. Le sort du Portugal, triste pays parmi les pays, reflètent tous ces états, européens ou non, touchés de plein fouet par la crise économique. Si Miguel Gomes reprend la structure des Mille et Une Nuits pour parler de son pays, c’est pour mieux lui donner un caractère universel.

La légitimité acquise par le cinéaste après son magnifique Tabou lui donne le droit de faire ce qu’il veut. À savoir un film de plus de 6 heures, hybride, jonglant entre la fiction et le documentaire, dans un Portugal contemporains aux aires d’Irak antique, où la Shéhérazade d’autrefois côtoie les travailleurs d’aujourd’hui. Et tout cela fonctionne, miraculeusement.

Le projet fou de Miguel Gomes est à la hauteur du recueil sur lequel il se base. Mille et une nuits pour mille et une histoires du Portugal sur une année, lorsque le pays s’est nettement appauvri dus aux plans de rigueur du gouvernement. Il fallait bien trois films pour couvrir tous ces destins alimentés par la crise économique. Des histoires drôles, parfois tragiques, d’autres fois grotesques mais toutes racontées avec une poésie vertigineuse. Les esprits et la magie se mêlent de ce Portugal en crise et lui redonnent espoir.

Il est incroyable comme Miguel Gomes réussit à insuffler de la poésie dans tous ses récits. Que ce soit l’âme d’une vache morte participant à un procès, un coq qui essaye de s’exprimer ou un dieu du vent peu savant, ces apparitions magiques, comiques et hautement cinématographiques parviennent à faire de ce portrait d’un pays troublé un grand conte sur l’humanité.

Découpé en trois parties, Les Milles et Une Nuits prend la trajectoire que Miguel Gomes veut donner à son œuvre, celle d’un indéfectible optimiste. Dans le premier volet intitulé Inquiet, les hommes de ce pauvre pays, appelés les ‘’magnifiques’’, sont des chômeurs sous le diktat de quelques banquiers dont l’érection provoquée par le pouvoir devient permanente. Dans la seconde partie l’inquiétude passe à la désolation. De ses yeux joyeux et innocents, le chien Dixie voit la détresse des hommes. Une juge pleure quand elle réalise que tous les hommes de l’assemblée sont coupables du crime qui a été commis, coupables par désespoir. Mais finalement c’est l’enchantement qui prime, dans un ultime volet où Shéhérazade entreprend un voyage dans un Bagdad en forme de Marseille. Elle y découvre les merveilles du monde et revient dans son pays sachant qu’un espoir est possible.

Les Mille et une nuits exauce le vœu de tous les cinéphiles, celui d’un cinéma neuf, unique, qui laisse la place large à l’humour et la poésie tout en parlant de notre monde. Miguel Gomes évoque les problèmes économiques de notre époque sans mélancolie, mais avec une fraîcheur incroyable, en donnant aux petites gens la place des véritables héros de notre temps. Le réalisateur fuyant ses responsabilités au début du film a finalement su redonner du souffle à un pays broyé par l’austérité tout en redonnant du souffle à un cinéma d’auteur trop souvent banalisé. Et ce n’était pas une mince affaire, les Milles et Une Nuits est un miracle.

Synopsis : Après un long voyage de l’autre côté du monde, Shéhérazade raconte les innombrables petites histoires d’un état en crise pour ne pas ennuyer son roi. Les portugais, habitants de ce triste pays se sont tous appauvris après une cure d’austérité brutale mis en place par le gouvernement.

Les Mille et Une Nuits: Fiche Technique

Titre original : As mil e uma noites
Auteurs : Miguel Gomes, Mariana Ricardo, Telmo
Réalisateur : Miguel Gomes
Casting : Crista Alfaiate, Dinarte Branco, Carloto Cotta, Adriano Luz, Rogério Samora, Maria Rueff, Cristina Carvalhal, Luisa Cruz, Américo Silva, Diogo Dória, Bruno Bravo, Tiago Fagulha, Teresa Madruga
Chef opérateur : Sayombhu Mukdeeprom
Assistant réalisateur : Bruno Lourenço
Assistant opérateur : Lisa Persson
Chef opérateur son : Vasco Pimentel
Chef décorateur : Bruno Duarte
Chef costumière : Silvia Grabowski
Monteur : Telmo Churro
Mixeur : Miguel Martins
Directrice de production : Isabel Silva
Producteurs : O Som e a furia, Shellac sud, Komplizen films, Box
Le film a été présenté en 3 parties (L’Inquiet, Le Désolé et L’Enchanté) à la Quinzaine des réalisateurs au Festival de Cannes 2015.

Auteur : Jim Martin

Au plus près du Soleil, un film de Yves Angelo: Critique

Une heure quarante-trois qui alterne plans serrés, plans séquences parfaitement calés, cadres ébouriffés mais savamment réglés, surtout des silences supra utiles. Le cinéma de Yves Angelo est maîtrisé, pardon Monsieur Jacques de La Palice !

Pour autant, bien que le postulat de départ soit une promesse flatteuse pour nous public gourmand parfois gourmet, le scénario pèche. Il faudra atteindre une heure douze pour comprendre que les climax médians qui hélas se chevauchent, ne seront que partiellement résolus. Qui ment réellement, pourquoi et comment ? Tout silence invite « les anges qui passent »… lourds de soupçons aurait-on envie de répondre. Le scénario se révèle inabouti malgré le jeu fort juste des acteurs et des personnages subtilement incarnés. Monsieur Angelo, de grâce, obligez-vous à parfaire le script, le monde a besoin de gens qui ont des choses à dire, à n’en pas douter, vous en faites partie mais imposez votre exigence originelle.

« Au plus près du soleil » brosse le portrait d’une société à plusieurs vitesses, on n’est en effet pas tous du même monde comme le précisent tour à tour Juliette (Mathilde Bisson sublimissime) et Olivier (Olivier Gadebois en bluffant clone de Maître Dupont Moretti) tel un « dramatique de répétition »
De façon non exhaustive (hélas, tant de sujets ne sont dans ce film qu’effleurés)

« Au plus près du soleil » aborde le prix à payer de ne pas avoir ou de ne pas savoir enfanter, une thématique complexe qui aurait suffi à supporter un film de cette ambition.
« Au plus près du soleil » aborde avec acuité les différences de genre ramenées à ce stade aux différences entre hommes et femmes dans leurs conditions respectives d’êtres humains pauvrement humains et si épidermiques (sic wikipedia : de ce qui touche la couche superficielle de la peau, ici étendons-le à la couche superficielle du corps puisque les esprits vacillent).
« Au plus près du soleil » ose épier l’inceste, un sujet bien trop grave pour être offert en pâture de façon trop esthétique, à une heure vingt-huit.
« Au plus près du soleil » enfin, débute sur le suicide inéluctable d’un homme, illustré par une plongée vertigineuse sur un océan mouvementé et se termine sur la perdition d’un autre illustrée par une plongée vertigineuse sur…. CUT. Il est déjà trop tard, les lumières se rallument. Nous aurions pu aimer une heure de film en plus…

Synopsis: Sophie, juge d’instruction, auditionne un jour Juliette, pour des faits d’abus de faiblesse sur son amant. Elle se rend compte après enquête que la prévenue est la mère biologique de l’enfant qu’elle a adopté. Loin de se dessaisir de l’affaire, Sophie s’acharne contre cette femme. Olivier, son mari, désapprouve son attitude et entre en relation avec Juliette sans lui révéler sa véritable identité. Mais la jeune femme découvre qu’Olivier est le mari de la juge. Elle ne comprend pas ce qu’il cherche, lui ne peut plus lui révéler la vérité…

Au plus près du Soleil: Fiche Technique

Titre original :Au plus près du soleil
Réalisation : Yves Angelo
Scénario : Yves Angelo, François Dupeyron, Gilles Legrand
Acteurs principaux : Sylvie Testud , Gregory Gadebois, Mathilde Bisson, Zacharie Chasseuriaud
Pays d’origine : France
Sortie : 9 septembre 2015
Durée : 1h43
Genre : Drame
Distributeur : Bac Films
Au Plus Près du Soleil sera présenté au Festival d’Angoulême 2015.

Interview de Adda Abdelli: créateur de la série Vestiaires

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Rencontre avec une forte personnalité dans un homme de cœur : Adda Abdelli, l’un des auteurs et acteurs de la série Vestiaires.

Qu’importe qu’ils soient handicapés ou valides, pourvu qu’ils nous fassent le Show !

Alors que leur série cartonne sur France 2 et que la Web-série  Vestiaires Libérés brille par son humour et ses réparties sur le net, Cinésérie-Mag a rencontré Adda Abdelli, un des deux créateurs de Vestiaires. Des révélations étonnantes sur les dessous de la série et son équipée loufoque.

LeMagduCiné : La série s’inspire de situations concrètes et des rencontres dans les vestiaires de la piscine de votre club handisport, quel déclic a fait émerger le projet ?
Adda Abdelli : À l’origine, la série a été écrite par Fabrice Chanut et moi-même. Nous étions tous les deux nageurs handisport avec l’avantage que Fabrice avait fait du cinéma, il venait de faire un court métrage (La Piscine avec Cyril Lecomte) et j’avais fait un One Man Show qui s’appelait Quelques maux de Moi. Du coup, on s’était dit qu’on pouvait faire quelque chose ensemble et un jour d’entraînement on a eu l’idée de se raconter ce qui se passait ici.

La plupart des situations ont été soit vécues, soit vues, soit exagérées :

Parmi les épisodes, y en a-t-il qui sont du « vécu » ?
La première saison et un peu de la deuxième sont énormément dans le vécu. La plupart des situations ont été soit vécues, soit vues, soit exagérées. Par exemple, deux personnages de la série existent vraiment notamment Ramirez qui fait parti du club mais qui fait du tennis de table et Caro qui existe aussi mais est un peu exagérée. Après évidemment, il a fallu se renouveler, être inventif.

Après Aubagne et Bègles, le tournage de la saison 5 de Vestiaires débutera en septembre et se passera encore dans la région Bordelaise, est-ce toujours dans les studios TSF de Terres Neuves à Bègles ?
La saison 5 se passera dans les mêmes conditions, à Bègles du côté de Bordeaux. Il y a une super équipe, une équipe jeune et une super ambiance. On est bien accueilli et ce sera la 3ème saison que nous travaillerons avec 90% des mêmes personnes. On prend nos habitudes et on se fait des copains ! Cela permet un tournage à l’extérieur et surtout, ça crée un effet « colonie de vacances ». À Aubagne, tous ceux qui habitaient dans la région rentraient le soir chez eux alors qu’à Bordeaux, nous sommes tous logés dans le même hôtel, acteurs et réalisateurs, et on mange ensemble.
À force d’être ensemble, on a fini par recréer un vrai club. Il est né des sympathies, des affinités entre les uns et les autres. C’est ce qui fait qu’on rentre facilement dans les personnages qu’on essaye de rendre attachants.

Pouvez-vous nous en dire plus au sujet de la saison 5 de Vestiaires ?
Dans ces quarante épisodes validés (sur 130 écrits) pour cette saison, il y aura des comédies musicales, un petit clin d’oeil à Jacques Demi et à la piscine car c’est l’un des endroits ou on (les personnes handicapées) se sent le mieux. Clémentine Célarié et Pascal Légitimus vont revenir pour cette saison ainsi que Philippe Croizon que nous allons faire chanter ! Un épisode est un grand hommage aux Frères Ennemis, duo des années 70′ et deux personnages font leur apparition dont une (vraie) malvoyante. On aura aussi quelques figurants bordelais, ce qui était la volonté des réalisateurs et l’un d’entre-eux aura des répliques. On essaye de rendre vivant ce qui se passe à l’arrière-scène.

Vestiaires a un côté vivant et naturel, comment avez-vous apporté cet effet très spontané dans le jeu des acteurs ?
Au départ, deux producteurs parisiens ont lancé un casting national pour faire un pilote afin de rendre plus facilement compte de la série et pouvoir la vendre. On s’est vite rendu compte qu’il n’y avait pas tant de comédiens handicapés d’autant qu’en général, les lieux des castings ne sont pas accessibles aux fauteuils roulants. J’ai passé le casting comme tout le monde et fait un duo avec Alexandre Philip (Orson) qui a une répartie extraordinaire. Alexandre m’a poussé dans mes retranchements et évidemment j’ai réagi. Du coup, ils nous ont fait repasser plusieurs fois, ils ont redonné des textes, fait faire des improvisations. Le soir-même, on a appris qu’on était choisis.

Êtes-vous proche de votre personnage Romy ? Est-ce qu’il vous ressemble un peu ?
Les deux personnages principaux sont inspirés de Fabrice et moi et je peux dire que oui, il y a un petit peu de moi là-dedans. Un petit peu mais pas complètement car le personnage n’est pas trop rentre-dedans alors que je suis un peu comme ça. Il y a aussi ce côté père de famille et ce travail à la mairie.

Quand des professionnels se retrouvent à filmer un mec qui n’a pas de jambes, un autre qui a un petit bras et une fille qui oublie tout :

Comment s’est passée l’intégration des acteurs valides au sein de l’équipe ?
Les gens sont arrivés et se sont dilués dans la série. Ce qu’on voulait c’est que tout le monde oublie très vite les handicaps et ça a été à une telle rapidité que ça nous a surpris. Les gens de l’équipe technique nous disaient « Souvent sur d’autres tournages, on se dit vivement l’été pour qu’on retrouve nos potes ! On travaille beaucoup mais qu’est-ce qu’on s’éclate ! » et pour les acteurs, c’est pareil. Je crois qu’au bout de cinq saisons, tout ceux qui jouent avec nous ne voient plus les handicaps, et pourtant, ce sont des gens qui n’avaient au départ aucun rapport avec le handicap. Quand des professionnels se retrouvent à filmer un mec qui n’a pas de jambes, un autre qui a un petit bras et une fille qui oublie tout, ils pourraient se dire « Mais qu’est-ce qu’on fait là ? » mais, en fait, pas du tout !

Avez-vous des anecdotes de tournage amusantes voire rocambolesques ?
Déjà, se retrouver à jouer avec Pascal Légitimus des Inconnus, c’est de la folie. Je l’ai croisé lors d’une soirée et c’est lui qui m’a dit « Je veux tourner avec vous ». Et Clémentine Célarié est encore plus barrée que ce qu’on peut s’imaginer ! Souvent, ça va si loin que les gens s’imitent les uns les autres pendant le tournage. Juste avant qu’on entende le mot « Action ! », on a un collègue qui imite le handicap d’un autre et c’est très déstabilisant. Philippe est un très bon imitateur et puis, on a aussi Ramirez qui joue à montrer ses fesses ! On a souvent des fous-rires. Je chante très mal et il m’arrive d’oublier mes répliques c’est pourquoi Anaïs Fabre a souvent une main posée sur moi.

Fabrice Chanut expliquait en 2011, année de la première diffusion : Axel-Fournet-Fayard-vestiaires« C’est au moment du tournage qu’on a vraiment réalisé que des scènes banales pour nous pouvaient choquer, et que la série avait un discours sous-entendu. Si la série réussit à faire oublier le handicap, c’est gagné ». Faire oublier le handicap, était-ce un objectif ?
Quand on a écrit la série Fabrice et moi, le producteur nous a proposé de faire une simulation dans nos propres vestiaires. Nous nous sommes donc photographiés et avons présenté un montage. C’est là qu’on nous a demandé pourquoi nous étions habillés ; nous n’avions pas percuté que dans un vestiaire il fallait être en maillot de bain ! Leur discours sur le handicap, on ne l’a pas compris tout de suite car le handicap est ancré en nous. Mais on a réalisé qu’on mettait en scène des handicapés, en maillot, sans sentimentalisme et évidemment, c’était militant. On est en 2015 et je fais un grand nombre d’interventions dans les associations, les hôpitaux, les entreprises…

On a ouvert un « possible » :

La série m’a beaucoup interpellée ; je pense que l’humour est bénéfique quand on vit avec un handicap ou une maladie. Quels retours avez-vous du public en général et des handicapés en particulier ?
Je pense vraiment qu’on a touché quelque chose qui est beaucoup plus profond que ce qu’on pense ou qu’on imagine. Je m’en rends compte à chaque fois que je fais une intervention ou que je suis abordé dans la rue. Je suis souvent abordé par des parents d’enfants handicapés qui me disent à quel point c’est extraordinaire de « pouvoir rire avec eux ». On a tous grandi avec des référents dans les médias mais il n’y avait pas de référents handicapés jusque-là. Et voilà qu’à une heure de grande écoute, on a des images de comédiens handicapés qui existent vraiment, qui donnent des interviews. Pour un handicapé qui a entre 12 et 16 ans, c’est important car on a ouvert « un possible » qui ne l’était pas avant.

Ma fille de 9 ans aime beaucoup votre série, pensez-vous qu’elle puisse avoir un rôle éducatif ?
Oui, parce que le regard des enfants est extraordinaire. Il y a des parents qui nous disent que ce sont leurs enfants qui leur rappellent que c’est l’heure de Vestiaires. Je pense qu’il y a un côté éducatif et un côté clown car on a cette image des adultes qui ne sont pas très sérieux et donc sont un peu enfantins. Mon personnage n’a pas peur du ridicule : un jour il a des nénuphars sur la tête, un autre il a une robe de chambre rose. Dans la saison 5, on mettra les personnages face à un miroir et on parlera de la mort.

Vestiaires: Bande annonce