Cate Blanchett interprétera Lucille Ball dans un prochain biopic sur cette star hollywoodienne des années 50′.
Cate Blanchett vient de signer pour incarner la superbe Lucille Ball, célébrité du petit écran américain des années 50′ connue pour son sitcom I Love Lucy, dans un prochain biopic sur la défunte actrice.
Méchante belle-mère dans Cendrillon, princesse elfe dans les sagas Le Hobbit et Le Seigneur des Anneaux ou encore lesbienne dans Carol de Todd Haynes, la star australienne nous a maintes fois montré quel superbe caméléon elle était. Après deux Academy Awards pour Aviator et Chronique d’un Scandale et nombre de Prix de la meilleure actrice pour une carrière bien remplie, Cate Blanchett est en route pour un Oscar avec le très acclamé Carol. L’actrice joue aussi aux côté de Robert Redford dans Truth.
Le magazine The Wrapt a annoncé que le projet d’un film sur Lucille Ball était en développement et que le scénariste ne serait autre que Aaron Sorkin, connu pour le scénario de The Social Network et qui travaille actuellement sur plusieurs autres scénarii : Steve Jobs, Molly’s Game et Flash Boys. Le gage d’une histoire complexe et non linéaire.
Aucun réalisateur n’a été annoncé pour le moment mais les enfants de Lucille Ball, Lucy et Desi Arnaz Jr. devraient produire le film aux côtés de Sony-based Escape Artists.
Le film n’a pas encore de titre mais on sait déjà que l’histoire sera centrée sur une grande partie de la vie de Lucille Ball et sur ses 20 années de mariage avec Desi Arnaz. C’est durant cette période que le couple a tourné dans le célèbre sitcom I Love Lucy et qu’ils ont eu leurs deux enfants avant de se séparer en 1960.
Sorti au cinéma en décembre dernier, Zouzou est un coup de gueule et un grand cri d’amour qui a su toucher le cœur du public ! C’est un peu le point de rencontre entre le féminisme et la probité.
Un film au féminin :
À travers ces portraits de femmes et ses dialogues piquants et remplis d’humour, le film pose plusieurs questions : où finit la confiance et où commence l’indépendance ? Quand la liberté devient-elle inconscience, indifférence ? Et là-dedans, qu’en est-il du rapport de la femme au sexe ? À ce sujet, Blandine Lenoir admet volontiers : « Je me sens très concernée par les questions d’égalité des sexes et de liberté d’agir. En devenant réalisatrice, et mère, je suis aussi devenue féministe. »
Pour son dernier film, la jeune réalisatrice (Il était une Foi, Pour de Vrai) brode différents visages de la femme. Tour à tour, femme-enfant, femme mûre, femme aigrie, amoureuse ou secrète… Mais quand il s’agit de sexe, alors, toutes se révèlent.
Alors, finalement, le sexe : adjuvant ou opposant ? Zouzou est une comédie qui allie la fraîcheur d’un casting pétillant au franc-parler des dialogues et à la tendresse de son scénario. Récompensé par les Prix du Public aux Festivals Renc’art de Montreuil 2014 et Cinéssonne 2014, Zouzou est un film moderne, touchant et vrai sur un sujet délicat : les relations sexuelles.
Une famille colorée :
Dans Zouzou, chacun des personnages féminins a son idée sur la question, jusqu’à la grand-mère, Solange (Tout ce qui brille, Entre Adultes), qui a pourtant d’autres chats à fouetter mais qui, par son silence, montre son approbation pour la chose en question. D’ailleurs, la matriarche vit en secret une amourette d’adolescente et boit la coupe jusqu’à la lie. Elle est dans le plaisir et dans l’instant, un peu comme sa cadette. Cette dernière, Lucie (Laure Calamy, Fidelio, L’Odyssée d’Alice, Sous les jupes des Filles), jeune enseignante célibataire, est très libérée et parle de sexe avec beaucoup (trop?) d’aisance.
Elle prend d’ailleurs un malin plaisir à choquer et à embarrasser ses deux sœurs, en particulier Agathe (Florence Muller, Malavita), l’aînée, divorcée et mère de Zouzou. Mal dans sa peau et en manque d’amour, Agathe est surtout déçue par les hommes et le sexe. Son statut la rend d’autant plus réfractaire à la relation précoce de sa fille. Relation qu’en fait elle jalouse !
Marie (Sarah Grappin, Mariage à Mendoza, Pitchipoï) semble être la plus discrète et la plus sage des trois sœurs mais aux pays des non-dits, il ne faut pas se fier aux apparences !
De ces échanges verbaux ou physiques, le quintette ressortira grandi, plus vibrant et plus vivant. De même que sa petit-fille Zouzou, la grand-mère assumera cet amour naissant aux yeux de sa famille pour l’intégrer dans la normalité tandis qu’Agathe donnera libre cours à ses désirs et s’abandonnera dans les bras d’un ex-amant. Lucie baissera enfin sa garde et avouera ses sentiments à l’homme qu’elle aime et Marie lèvera le voile sur sa vie intime pour prendre son envol. Zouzou, un film sur le sexe, ou comment joindre l’utile à l’agréable..!
Fiche Technique :
Titre : Zouzou
Réalisation et scénario BLANDINE LENOIR
Année : 2014
Casting : Lucie LAURE CALAMY
Solange JEANNE FERRON
Brenda Nelson NANOU GARCIA
Marie SARAH GRAPPIN
Agathe FLORENCE MULLER
Jean-Claude Rabette OLIVIER BROCHE
Fredo PHILIPPE REBBOT
Théo ANTOINE BECHON
Zouzou ANOUK DELBART
Caty LILA REDOUANE
Directrice de la photographie KIKA UNGARO
Ingénieur du son LAURENT BENAÏM
Assistante mise en scène CAMILLE GUILLÉ-MERGOT
Directeur de production JULIEN SILLORAY
Costumes PATRICIA OUMEDJKANE
Maquillage et coiffure JULIA FLOCH
Monteuse STÉPHANIE ARAUD
Montage son CÉCILE CHAGNAUD
Mixage LAURE ARTO
Musique BERTRAND BELIN
Production NICOLAS BREVIERE
Avec le soutien du CNC, de la Région Poitou-Charentes et du Département de la Charente
Synopsis : Les trois filles de Solange, aussi complices que différentes, viennent lui rendre visite dans sa maison à la campagne avec leurs enfants. Lorsque les quatre femmes surprennent Zouzou, 14 ans, au lit avec un garçon, les langues se délient, les moeurs se libèrent et les esprits s’échauffent. Trois générations de femmes vont alors nous offrir leurs regards tendres, durs ou légers sur le sexe et l’amour.
Ricki and the Flash : Une affaire de famille… et de musique.
Parce qu’elle n’a depuis fort longtemps plus rien à prouver en tant qu’actrice, Meryl Streep, du haut de ses 66 ans, enchaîne depuis quelques années les prestations musicales. On l’a ainsi vu, avec brio (quoiqu’on puisse penser des films) pousser la chansonnette dans Mama Mia en 2008 ou dans Into The Woodsen 2014. A l’occasion de Ricki and the flash, elle a suivi pendant plusieurs mois des cours de guitares, et le résultat est là dès la scène d’ouverture : L’énergie qu’elle dégage en reprenant la chanson American girl de Tom Petty and The Heartbreakers semble annoncer un film pêchu sur le rock, un sous-genre dans les personnages féminins sont trop souvent secondaires. Difficile de ne pas penser d’ailleurs à la transformation physique et aux exercices de chants de Tom Cruise dans Rock Forever. Et le fait que les morceaux soient tous interprétés en live, à tel point que Ricki and The Flash en devient un groupe crédité au générique, participe à faire de chaque prestation musicale un moment d’audace artistique. Mais voilà, le sujet principal se révèle rapidement ne pas être le rock, ni la vie compliquée de cette chanteuse underground inspirée de la propre belle-mère de la scénariste, mais ce que le personnage de sa fille va elle-même qualifier de « psychodrame pourri ».
Les thématiques du retour aux sources et des réconciliations de familles brouillées sont devenues des archétypes du cinéma indépendant américain. Nebraska en était un parfait exemple, à présent Ricki and the Flash en est un nouveau. Et tous les personnages de cette petite histoire sont forgés dans le même moule des stéréotypes de la comédie dramatique : Du père bourgeois (Kevin Kline, que l’on a rarement vu aussi peu investi par son rôle), à la fille dépressive (Mamie Gummer, la propre fille de Meryl Streep qui, loin d’avoir autant de talent qu’elle, se révèle une comédienne pleine de ressources), en passant par un fils gay et un autre sur le point de se marier. Seul personnage intéressant, la belle-mère qui ne sait pas comment réagir au retour de cette femme qui a abandonné les enfants qu’elle s’est efforcé d’élever en son absence. Mais ce personnage n’a droit qu’à une seule et unique scène dialoguée, qui n’est d’ailleurs pas pour rien le meilleur échange du film. Le clivage entre les modes de vie de cette rockeuse, qui vit dans une certaine précarité, et celle de ses enfants bobo est poussé, dans la dernière partie du film, jusqu’à la caricature la plus grotesque.
On a l’habitude de Diablo Cody qu’elle intègre à ses scénarios de comédie un fond féministe, mais ici la seule problématique posée dans ce sens est celui de savoir si une femme peut à la fois vivre ses rêves et être une bonne mère. La question est clairement posée lors d’une amusante scène de pêtage de plombs de Ricki sur scène, mais n’a pour unique développement que lorsqu’elle est résolue dans un final aussi niais que vintage. La naïveté de cette conclusion s’accorde en fait tout à fait au sentiment de retenue que l’on ressent tout au long du film, et dont on ne doute que l’origine est la volonté des producteurs de toucher un public familial : Le fait que la scène où les parents fument un joint avec leur fille ait été grossièrement coupée au montage en est la marque la plus frappante. En nait un décalage déplorable entre l’esprit de liberté et l’excentricité de l’héroïne et la frilosité de la mise en scène. D’ailleurs, il faut le reconnaître : Si Jonathan Demme restera à jamais le réalisateur de Philadelphia et du Silence des agneaux, cela remonte déjà à plus de vingt ans et il n’a depuis signé de remarquable que des documentaires musicaux. Son talent pour filmer des concerts se ressent donc, mais également ses difficultés à donner du corps aux émotions de ses protagonistes. Peut-être aurait-il alors dû consacrer à Ricki and the flash un documenteur à la façon de Spinal Tap plutôt qu’une fiction puérile.
Ainsi, on ne retiendra de Ricki and the Flash que les scènes chantées, et par extension sa bande originale, pendant lesquels l’inénarrable Meryl Streep nous prouve qu’elle n’en a pas fini de nous impressionner et qu’elle possède une énergie sans borne. Mais au-delà de ça, le reste du film n’est fait que de mélodrame déjà-vu, de personnages caricaturaux et de morale cul-cul-la-praline. Un tel travail musical pour une utilisation aussi puérile est purement un gaspillage décevant.
Synopsis : Depuis des années, Linda vit son rêve de chanteuse de rock’n roll en officiant sous le pseudo de Ricki dans un pub californien avec son groupe, et ce même si son travail en journée de caissière l’aide à peine à boucler ses fins de mois. Mais quand elle reçoit un appel de son ex-mari, qu’elle n’a plus revu depuis des années, l’avertissant que sa fille est en pleine dépression nerveuse après un divorce brutal, elle décide de renouer le contact avec sa famille qu’elle a délaissé depuis si longtemps.
Ricki and the Flash : Fiche technique
Titre original : Ricki and the Flash
Date de sortie : 2 septembre 2015
Nationalité : Américain
Réalisation : Jonathan Demme
Scénario : Diablo Cody
Interprétation : Meryl Streep (Linda/Ricki), Kevin Kline (Pete), Rick Springfield (Greg), Mamie Gummer (Julie), Audra McDonald (Maureen)…
Musique : Ricki and the Flash
Photographie : Declan Quinn
Décors : Stuart Wurtzel
Montage : Wyatt Smith
Production : Mason Novick, Marc Platt, Diablo Cody, Gary Goetzman
Sociétés de production: TriStar Pictures, LStar Capital, Clinica Estetico
Société de distribution : Sony Pictures Releasing France
Budget : 18 millions de $
Genre : Comédie dramatique, musical
Durée : 1h 42min
Après le Rat (2000), une comédie présentée en compétition au Festival du film de science-fiction à Nantes, puis Camping (2009), un drame sentimental, Christophe Alo et Nicolas Bonilauri se lancent pour leur troisième long-métrage dans un thriller plus grand public. Celui-ci s’attache particulièrement aux femmes secrétaires intérimaires, qui changeaient régulièrement de poste dans les entreprises en l’absence d’emploi permanent. Elles sont parfois appelées « les volantes », surnom choisi par les réalisateurs pour le titre du film. La Volante met alors en scène la relation entre Thomas, un jeune directeur d’entreprise, et Marie-France, sa nouvelle secrétaire et mère du jeune garçon qu’il a accidentellement renversé neuf ans auparavant. Tout l’intérêt de l’histoire réside dans le personnage à la fois énigmatique, fascinant et inquiétant de cette femme prête à assouvir une vengeance à laquelle le spectateur assiste comme un témoin, voire comme un complice. Très peu d’informations sont en effet communiquées à son sujet, puisque nous avons seulement connaissance lors de la première séquence de la relation tragique qui la relie à Thomas. Hormis ceci, il revient au spectateur de percer le mystère de Marie-France.
Quelques indices suggèrent des pistes, par exemple son interprétation d’une berceuse au piano et son désir d’apprendre la clarinette à Léo, le fils de Thomas né la nuit de l’accident, laissent à penser qu’elle était musicienne. Cependant, le film joue sur les ellipses et conserve ainsi de nombreuses parts d’obscurité. Quel type de mère était Marie-France ? Qu’est devenu le père de son enfant ? Que s’est-il passé durant les neuves années postérieures à la mort de son fils ? Autant de questions auxquelles il nous faut chercher, supposer ou imaginer des réponses.
La Volante traite de la vengeance comme une organisation minutieuse et machiavélique impliquant pour Marie-France de se transformer en profondeur. Lorsqu’on la revoit pour la première fois, après l’écoulement des neufs ans, elle est seule face à son miroir, en train de se maquiller et de répéter son rôle de secrétaire en vue de sa rencontre avec Thomas. Il s’agit d’une véritable mise en abyme du jeu de l’actrice faisant écho à la scène d’ouverture des Liaisons Dangereuses de Stephen Frears, dans laquelle on admire la Marquise de Merteuil s’habiller et s’apprêter. Jouant pleinement son rôle, Marie-France, magistralement incarnée par une Nathalie Baye jamais vue ainsi à l’écran, pénètre un pas après l’autre dans la vie de Thomas : dans sa vie professionnelle en devenant une secrétaire travailleuse et loyale, dans sa vie privée en s’occupant du jeune Léo, et enfin dans sa vie familiale en épousant le père veuf de Thomas, Eric. La relation de Marie-France avec Thomas évolue ainsi progressivement tout au long du récit. De collègue, elle devient rapidement une vraie mère de substitution pour Thomas. Une fois sa place chèrement acquise, elle est libre de s’adonner à sa vengeance.
Mais même le meurtre, d’une violence soudaine et sauvage, ne suffit pas. Marie-France désire également, peut-être plus que tout, récupérer son fils pour lequel Léo est devenu un substitut. Jusqu’où va-t-elle aller ? Va-t-elle retrouver son humanité perdue ? Voila ce qui constitue le suspense d’un thriller au thème assez peu original.
Par cette approche, le scénario de La Volante s’avère plutôt efficace. Le film installe en outre une atmosphère de tension hitchcockienne étonnante et réussie, sans jamais égaler le maître. Les réalisateurs ne se sont d’ailleurs pas cachés de cette influence, en évoquant comme source d’inspiration Pas de printemps pour Marnie dans lequel on retrouve un personnage de secrétaire au passé obscur. De plus, une scène où Marie-France conduit ressemble à s’y méprendre à une scène de Psychose dans laquelle Janet Leigh s’enfuit en voiture avec l’argent de son employeur. La Volante n’est pourtant pas dénuée de défauts. La mise en scène, volontairement froide, reste sans surprise, académique et impersonnelle.
De plus, à force de vouloir jouer sur les non dits, les ellipses et le mystère en dépouillant au maximum les dialogues, ceux-ci en deviennent un peu vides et parfois superflus. Enfin, les personnages secondaires, notamment la femme, le père et le fils de Thomas, Audrey, Eric et Léo, n’ont pas d’autre intérêt que de servir d’objets à la vengeance de Marie-France et manquent d’envergure. En définitive, La Volante reste un film assez envoûtant souffrant d’imperfections mais dont l’initiative bienvenue renouvelle le paysage du thriller français.
Synopsis : Alors qu’il emmène sa femme à la maternité pour accoucher, Thomas percute et tue un jeune homme sur la route. Marie-France, la mère de ce dernier, ne parvient pas à se remettre du drame. Neuf ans plus tard, Marie-France devient la secrétaire de Thomas sans qu’il sache qui elle est. Peu à peu, elle s’immisce dangereusement dans sa vie et sa famille jusqu’à lui devenir indispensable.
La Volante : Bande annonce
La Volante : Fiche technique
Titre original : La Volante
Date de sortie : 2 septembre 2015 Nationalité : français, belge, luxembourgeois
Réalisation : Christophe Ali, Nicolas Bonilauri
Scénario : Christophe Ali
Interprétation : Nathalie Baye (Marie-France), Malik Zidi (Thomas), Johan Leysen (Eric), Sabrina Seyvecou (Audrey), Jean Stan Du Pac (Léo), Pierre-Alain Chapuis (Jean-Marc)
Musique : Jérôme Lemonnier Photographie : Nicolas Massart Décors : Paul Rouschop
Montage : Ewin Ryckaert
Production : Tom Dercourt, Sophie Erbs, Patrick Quinet
Sociétés de production: Cinema Defacto
Société de distribution : Bac Films Budget : NR
Genre : Thriller Durée : 1h27 min
Dans la lignée des Seigneurs de Dogtown de Catherine Hardwicke sortie en 2005, dans lequel on découvre un Heath Ledger au look de surfer quasi-méconnaissable, Derrière le mur, la Californie reprend le même message et l’hommage.
Synopsis : Trois gamins découvrent l’amour du skateboard sur les trottoirs fissurés de la RDA. Une folie, un sport inacceptable, c’est sûrement ce qui le rendait si excitant. Ce conte de fées à l’accent underground a été créé par ce groupe de jeunes qui ont pu capter leurs vies en Super 8, nous permettant ainsi de découvrir la vie en RDA comme jamais auparavant. Cette histoire commence dès leur enfance dans les années 70, avant de basculer dans les années 80 et leur adolescence agitée, jusqu’à cet automne 1989. Ils ont alors 20 ans et tout ce qu’ils ont connu est sur le point de changer à jamais.
Avec ce premier long-métrage unique, Marten Persiel part à la recherche de la culture underground du skate en RDA mené par un mouvement de jeunesse auparavant inconnu. Skater lui-même, le réalisateur allemand décrit son film comme « un truc » à l’image du skate entre sport et danse. Diffusé sur Arte lors de sa sortie officielle en Allemagne en 2012, le docu-fiction s’éprend d’une volonté méta-cinématographique qui lui échappe au fur et à mesure qu’est foulé le pavé berlinois par les planches à roulettes nouvellement commercialisables.
Le film est dédié à Dennis Paraceck alias Panik, le véritable héros de cette histoire composite sur plus de 40 ans.
Puis, un groupe d’adulte se retrouvent pour célébrer la mort de leur ami parti trop tôt, dans une cour désaffectée. On perçoit encore des marques de marelle au sol et des canapés de récup figurent leur camp autour d’un feu et quelques bières, l’occasion de se remémorer ces années décisives. Qui sont-ils ? Amis proches ou lointain de Panik qui témoignent, avec toute la force nécessaire et la mélancolie que ces souvenirs provoquent en ces consciences esseulées, vestiges d’une époque révolue qui marquera à jamais l’Histoire de l’Allemagne, la chute des frontières. C’est en effet ce que représente le skate apparu avec ces trois gamins au cœur d’une cité en marge. Ce sport urbain, à présent reconnu dans le monde entier, est un personnage à part entière de cette reconstitution fictive, et toutes les personnes l’ayant pratiquées sont les moteurs d’une révolution en marche. Fougue, esprit de contradiction et rébellion ont permis à cette mise en scène, voyageant sans cesse entre intime et public, de transporter le spectateur au cœur d’un bouleversement sans précédent dans un pays divisé par une 2nde Guerre mondiale et les traces d’une Guerre froide qui ont tout emportées sur leur passage, excepté le désir ardent de s’en sortir.
Marten Persiel propose avec Derrière le mur, la Californie (intitulé à l’international This Ain’t California : Ce n’est pas la Californie) une docu-fiction où les images en Super 8 et animés dessinés façonnent avec impertinence cette jeunesse devenue adulte aujourd’hui. The American Dream en leitmotiv, comme l’atteste le titre, pour un sport en marge d’une société contrefaite et dirigée par la peur du progrès. Si le réalisateur se focalise sur la vie privée de ces quelques adolescents passionnés de skate, qui foulent les rues pour lutter contre l’ordre établi et brandir férocement leur indignation, il ne manque pas de faire appel à de véritables agents de l’histoire, car ces adultes qui témoignent aujourd’hui sont des acteurs, ne l’oublions pas, et ce récit de vie est construit de toutpièce. Ce qui est d’autant plus poignant. Rendre véritable et crédible un imaginaire est le défi de tout réalisateur digne de ce nom. Et l’exercice ici n’en est que plus marquant.On regrette parfois un montage effréné qui provoque quelques migraines au détriment de connexions plus intéressantes entre présent et passé, mais le chapitrage et la bande son underground allemand permet d’unifier le sac de nœuds. Il est difficile de comprendre toutes les péripéties que composent l’aventure cinématographique, car Marten Persiel s’attache avec ardeur plus à la dynamique qu’à son récit. Comme si par exemple telle ou telle rencontre, compétition de skate émergente…, survenait par fortune et non par volonté scénaristique. Mais il s’agit de véritables événements et le trouble subsiste. Croit-on à ce que l’on nous montre ? La problématique est fondamentale et au cœur, je pense, de Derrière le mur, la Californie. La remise en question des images, d’apparences véritables, assortie à un véritable effort de reconstitution, nous plonge, spectateurs insouciants n’ayant vécu que par procuration médiatique pour la plupart concernant la chute du mur en 1989 (26 ans déjà), dans un deuil à faire en permanence. Paradoxe ultime entre nécessité de changer d’air et crainte de l’oubli.
Le chef d’œuvre n’est que frôlé, car en s’attachant avec obstination à l’énergie d’une jeunesse vindicative, en cumulant figures de skate et chutes sur le béton, Derrière le mur, la Californie, manque de fidéliser son public. La dernière séquence émotionnelle revient au récit primaire de ces trois gamins que rien ne présageait séparer, si ce n’est la mort. Le développement s’amuse à détruire par lambeaux cette curiosité essentielle à tout spectateur, mais revient par intermittences à la pseudo-réalité de ce feu de camp. L’effet est déstabilisant, mais chacun est libre de trouver l’écho d’une exaltation qui sommeille en nous, éternels adolescents, le passage à l’âge adulte. Derrière l’entrave, la perte d’un idéal ? Ou l’importance du souvenir.. ? Il est regrettable que, malgré une pléthore de récompenses méritée, l’on peine à se souvenir cet ovni cinématographique. Ce ne sera pas mon cas !
Derrière le mur, la Californie : Fiche Technique
Titre original : This ain’t California
Allemagne – 2012
Réalisation : Martin Persiel
Scénario : Marten Persiel, Ira Wedel
Interprétation : Kai Frederik Hillebrand (Denis Paraceck enfant), Nora Decker (Hexe enfant), David Nathan (Nico adulte), Tina Bartel (Hexe adulte), Mirko Mielke, Christia, Rothenhagen, Torsten « Goofy » Schubert, Marco Sladek, René Falk Thomasius, Titus Dittmann, John Haak, Patric Steffens, Lea Wolfram (Doreen), Anneke Schwabe…
Date de sortie : 26 août 2015
Durée : 96 min
Genres : Docu-fiction
Images : Felix Leiberg
Costumes : Simone Eichhorn
Directeur artistique : Anne Zentgraf
Son : Michael Katschmarek
Musique : Lars Damm, Troy Von Balthazar
Montage : Maxine Goedicke, Bobby Good, Toni Froschhammer
Casting : Marco Sladek, Mirko Mielke, Goofy, Christian Rothenhagen, Titus
Producteur : Wildfremd Production GMBH
Cette référence au cinéaste turc Nuri Bilge Ceylan est facile, mais reflète l’impression que donnent, toutes proportions gardées, les premières scènes du film d’Arnaud Khayadjanian. Filmé en plans très larges, comme dans les films du réalisateur d’Istanbul, les Chemins arides s’attarde en effet assez joliment sur les pans de nature de cette Anatolie de ses ancêtres, cette terre où, comme dit une des personnes turques interviewées dans le documentaire, « nous (les turcs, NDLR) vivons à la place des Arméniens ». Une parole forte prononcée d’une voix douce…
Arnaud Khayadjanian, jeune cinéaste de 28 ans, retourne sur le pas de ses ancêtres pour essayer de comprendre l’indicible, le massacre de toute la famille de ses arrière-grands-parents dans le cadre de ce qui est communément admis aujourd’hui comme étant le 1er génocide du XXe siècle, le génocide des Arméniens. L’intelligence du jeune réalisateur est de traiter ce sujet par l’autre bout de la lorgnette, un côté qui est peu évoqué quand on parle de ce génocide : ce sont les Justes d’Anatolie, ces Turcs qui ont aidé des Arméniens lors de cet effroyable évènement, à l’instar du simple paysan qui a aidé son arrière-grand-père, ou de Mehmet Celal Bey, le gouverneur de Konya qui a refusé d’appliquer les ordres de déportation. Il offre aux différentes personnes qu’il rencontre une partie très louable de ce sombre pan de l’histoire, une partie qui rend les turcs fiers, et qu’il illustre avec un tableau amené de Paris, le majestueux Bon Samaritain d’Aimé Nicolas Morot, mettant en scène un homme à dos d’âne, visiblement mourant et un autre homme tout aussi fatigué en train de le soutenir à bout de bras.
Avec cette biblique référence du bon samaritain, Arnaud Khayadjanian vient en ami au devant des Turcs, en « prochain », comme il le dit d’ailleurs dans sa note d’intention, avec peut-être aussi un naïf espoir qu’ainsi la parole se libère plus facilement, que l’indicible soit dit, que le déni du génocide s’efface de lui-même.
Et pourtant, tout au long de son périple, un voyage à l’Est de la Turquie qui l’emmène d’Erzincan à Kemah, par là même où sont passés ses ancêtres pour finir le plus souvent jetés dans l’Euphrate plus bas, pas un regard n’accrochera le sien, pas une mémoire ne reviendra ; la population ne sait rien, car dit-elle, elle n’a rien vu, elle n’a rien vécu de tout cela. Un des hommes rencontrés exprime à voix haute son très grand embarras d’être questionné sur le « passé ». Il est sidérant de voir le contraste entre l’attente patiente du cinéaste, et l’obstination des personnes interviewées à ne rien dire ; il mesure l’énormité du tabou qui frappe ce sujet un siècle après les événements. Même quand il rencontre Fikret Ali Ceyhan, le jeune descendant de Mehmet Celal Bey, très fier des actions de son aïeul gouverneur, très enthousiaste quant au frémissement ressenti auprès des intellectuels d’Istanbul (200 d’entre eux ont signé une pétition sur Internet pour demander pardon aux Arméniens), même à cette occasion, Arnaud Khayadjanian n’entendra jamais les mots « génocide » ni « massacres organisés ». Le jeune Fikret qui pourtant lui fait découvrir des tombes arméniennes se contentera de parler de déportation, par peur des ennuis, par peur de l’application de l’article 301 qui punit sévèrement l’usage du mot génocide, « insulte à l’identité turque ».
La construction des Chemins arides est plutôt simple et limpide. Le film est un moyen métrage qui alterne les entretiens avec les Turcs ou avec des membres de sa propre famille en hors-champ, et de magnifiques paysages de l’Anatolie, les montagnes rocailleux, le fleuve, une nature qui défie les éléments, qui a bravé un siècle de silence, et qui est toujours là pour témoigner de ce qui a été. La caméra s’attarde sur cette nature, comme pour laisser au cinéaste le temps d’intégrer ce qui est dit, mais surtout ce qui n’est pas dit…
Malgré le mutisme des uns et des autres, le film nous offre de beaux moments de fraternité humaine, comme cette femme qui embrasse les photos des arrière-grands-parents du réalisateur, dans un geste de reconnaissance, de compassion, un élan d’autant plus émouvant que sa parole est réprimée. Comme dit un parent du réalisateur en guise de conclusion pleine d’espoir : « peut-être qu’un jour, nos rapports redeviendront ceux de compatriotes ».
Les Chemins arides est un beau film documentaire très personnel, un voyage qui a pour vocation d’apporter des réponses aux questionnements du réalisateur. Pourtant, les réponses, ce n’est pas du « prochain » qu’il va les recevoir, mais de lui-même, au travers de ce chemin aride qu’il a expérimenté en Turquie, ce chemin sec et pourtant éminemment enrichissant, aussi bien pour le spectateur, que très certainement pour Arnaud Khayadjanian lui-même.
Synopsis: Arnaud Khayadjanian entame un périple en Turquie, sur la terre de ses ancêtres, rescapés du génocide arménien. À partir d’un tableau, de ses rencontres et de témoignages familiaux, il explore la situation méconnue des Justes, ces anonymes qui ont sauvé des vies en 1915…
Chemins arides: Bande annonce
Chemins arides: Fiche technique
Titre original : –
Date de sortie : 16 Septembre 2015
Réalisateur : Arnaud Khayadjanian
Nationalité : France
Genre : Documentaire
Année : 2015
Durée : 60 min.
Scénario : Arnaud Khayadjanian
Interprétation : Arnaud Khayadjanian, Richard Khayadjanian, Fikret Ali Ceyhan
Musique : Jack Bartman
Photographie : Thomas Favel, Zoltan Hauville
Montage : Aurélie Jourdan
Producteur : Magali Chirouze, Arnaud Khayadjanian
Maisons de production : Adalios, les Petits Princes
Distribution (France) : –
Récompenses : –
Budget : NR
Il est des plaisirs de cinéphiles que l’on ne peut se refuser. Le cinéma français des sixties regorge de petits trésors oubliés, écrasés par l’ombre tutélaire d’une Nouvelle-Vague qui s’érigea en reine de l’innovation. Comment rivaliser avec « A Bout de Souffle« , « Pierrot Le Fou« , « L’Année dernière à Marienbad » ou « La Piscine » qui ont marqués au fer rouge tout un pan de notre patrimoine culturel? Libération esthétique autant que sociétale, cette matrice formidable à révolutionnée la grammaire du 7ème art et influencée à jamais le monde. D’autres cinéastes, à l’ambition plus modeste mais au talent certain ont tenté de se frayer un étroit chemin parmi ces monstres sacrés.
Prenons le cas de Pierre Chevalier, réalisateur de ce facétieux « Clémentine Chérie« . Inconnue au bataillon (que les spécialistes de cette époque pardonnent le profane que je suis), il s’essaye à la comédie de mœurs légèrement grivoise avec une belle réussite. Avec un scénario plus qu’improbable, il s’amuse de la frivolité tendance yé-yé de cette période. Soit un employé modèle d’une firme spécialisée dans les fibres synthétiques qui se voit promu chef de direction après avoir inventé un tissu en maillot de bain extensible et perméable aux rayons du soleil. Sous les ors de la comédie décomplexée, on peut y voir une réponse plus boulevardière aux échos Godardiens. Le modèle familial y est habilement moqué tandis que la nouvelle jeunesse y apparaît comme une entité vaguement préoccupée des affaire sérieuses. Trente Glorieuses oblige, elle s’enivre de soirées dansantes et de séduction facile.
Le comique de répétition joue beaucoup sur le décalage des générations. Le cinéaste en profite également pour égratigner gentiment la nouvelle Bourgeoisie qui se perd en circonvolutions toutes plus stupides les unes que les autres. Ainsi observe t’on avec tendresse et ironie ces employés et ces patrons rivaliser d’audace pour habiller, ou plutôt déshabiller, ces dames plantureuses. Un vrai régal que cette grivoiserie, ou la fantaisie le dispute à l’humour bon enfant. Point d’orgue, l’élection d’une Miss au nom complètement loufoque qui voit nos joyeux drilles s’écharper orgueilleusement pour élire leurs favorites. Les dialogues, tout de sous-entendus sont exquis. Et les personnages, bien que caricaturaux, sont à l’avenant. Si la gente masculine en prend pour son grade, la gente féminine est curieusement moins stéréotypée qu’attendue. Laissons de coté les mannequins, simple exposition de corps sublimes mais inertes. Voyez plutôt la femme et la ravissante fille du patriarche. Elles mènent ce bal des imbéciles heureux avec une belle fraîcheur. C’est bien connu, le sexe fort n’est jamais aussi faible que lorsqu’il est dirigé par d’ingénues et charmantes compagnes. L’épouse délaissée aura bien le dernier mot de l’histoire et sa progéniture ne s’en laissera pas compter de sitôt.
Les comédiens ne sont pas en reste. Le cabotinage est ici totalement convaincant et n’hésite pas à en faire des tonnes. N’ayez crainte, la réussite est totale. Pierre Doris porte excellemment bien l’exagération du nouvel arriviste, de même que Adrienne Servantie en concubine veule mais ferme. France Anglade ferait fondre le plus impassible des hommes. Quand aux seconds rôles, rien à jeter. Philippe Noiret est élégamment cocasse; Michel Galabru méconnaissable en scientifique en dehors des clous et Michel Serrault délicieusement lubrique en garant de la loi. En bref, une curiosité qu’il vous serait dommage de ne pas rattraper si vous en aviez l’occasion.
Synopsis: Monsieur Bellus, un employé d’une maison de textiles, fait une découverte sensationnelle : le tissu élastique. Très vite, il devient célèbre… Mais pas forcément pour les bonnes raisons! Alors que sa fille est chargée de présider le défilé de maillots de bain en tant que « Miss » principale, le public découvre bientôt, effaré, les photos de l’événement sur lesquelles la matière est totalement invisible…
Clémentine Chérie: Fiche Technique
Titre original: Clémentine Chérie
Formats:Noir et blanc
Public: Tous Publics
Réalisateur:Pierre CHEVALIER
Scénariste(s: Michel Fernaud, Raymond Caillava, Raymond CAILLAVA, Michel FERNAUD
Auteurs originaux: D’aprés le personnage de la bande dessinée de Jean BELLUS
Producteur(s): Jacques-Paul BERTRAND
Chef opérateur: André GERMAIN
Bande originale / Compositeur: François LANGEL
Montage: Jean-Michel GAUTIER
Acteurs / actrices: France ANGLADE, Pierre DORIS, Michel SERRAULT, Philippe NOIRET, Adrienne SERVANTIE, Jacques DUFILHO, Noël ROQUEVERT, Jean TISSIER, Jean RICHARD, Claude NICOT, Max MONTAVON, Guy LUX, Michel GALABRU, Philippe Doris, Astrid Caron, Max DESRAU, Mischa AUER, Florence BLOT, Sacha BRIQUET, Georges LYCAN, Jacqueline HUET, Francis BLANCHE, Léon ZITRONE, Maria Grazia BUCCELLA, Corrado OLMI, Claudie Dupin, Charles BAYARD, André BADIN, Dany Logan, Marcel LOCHE, Rita PAVONE, Bernard DUMAINE
Année de production en 1962
Dates de sortie France: 01/09/1963
Genre: Comédie
Pays: France
Durée: 01 h 50
LCJ EDITIONS & PRODUCTIONS est un défenseur du patrimoine télévisuel, théâtral et cinématographique français. Il ressort du placard les films qui ont fait l’histoire du cinéma, le « Cinéma de patrimoine », ce qui leur permet promouvoir plus de 1000 œuvres, tous styles confondus, certaines rares, d’autres plus connues. Ces éditions proposent donc un vaste choix de films français et étrangers des années 1930 à nos jours. Elles se sont ont ainsi intéressées aux comédies qui forment le patrimoine comique du cinéma français.
La France est un pays connu pour ses comédies. Même si certains réalisateurs ont réussi à faire de réelles prouesses dans ce genre cinématographique, de nombreux autres se sont enlisés dans des films pas vraiment drôles, pas vraiment fins, et loin d’être toujours réfléchis. Les années 70/80, notamment, ont vu éclore un florilège de comédies, que beaucoup aujourd’hui qualifient de « navets » ou de « nanars ». Leurs réalisateurs se nomment Max Pécas ou Philippe Clair, leurs titres sont parfois totalement saugrenus, comme « Arrête de ramer t’attaques la falaise ! » ou « Prends ton passe-montagne, on va à la plage », sans oublier la série des « Mon curé chez... ».
« Trop jolies pour être honnêtes » fait partie de ces comédies qui disposent d’un casting de choix pour l’époque, mais qui s’avère être un formidable ratage. Son maître d’œuvre, Richard Balducci, également scénariste de plusieurs « Gendarmes » avec Louis de Funès, est aujourd’hui totalement oublié. Il est vrai que ce n’est pas rassurant d’attaquer le film quand on sait que son réalisateur est à l’origine de perles telles que « N’oublie pas ton père au vestiaire » ou encore « Prends ta Rolls et va pointer ».
A première vue, le casting est attirant : Jane Birkin, Bernadette Lafont ou encore Serge Gainsbourg, également auteur de la musique. Des « people » de l’époque. Mais que diable sont-ils allés faire dans cette galère ? A cause du scénario extrêmement faible dont les ficelles sont de suite visibles et récurrentes dans bon nombre de comédies de l’époque, ainsi que des interminables rajouts en guise de rebondissements dans l’intrigue, ces acteurs sont décrédibilisés.
Richard Balducci a en outre des partis-pris techniques qui desservent le film, tels que des effets d’accélération ou de transformation des voix. Des partis pris en rien justifiés qui ne font qu’enlaidir l’ensemble. Pour ponctuer la chose, la bande-originale est insupportable, similaire à celle des dessins animés de l’époque. Quelle tristesse, quand l’on pense qu’elle est signée de l’auteur de La Javanaise.
Pourtant, comme bon nombre de comédies franchouillardes, celle-ci mérite le coup d’œil car il contient quelques pépites. Il est en effet impossible de ne pas rire ou, du moins, esquisser un sourire devant certains gags. Pas grâce à leur force comique mais par la manière dont ils sont orchestrés, mis en scène. On retrouve donc des scènes « cultes », par exemple lorsque Carlo Giuffré mange ses essuie-glaces, ou des cascades qui ont fait l’histoire des plus grands nanars français, notamment lorsque Serge Gainsbourg est victime d’un croche-pied. Sa chute est digne des blockbusters d’aujourd’hui.
Sorti en France en novembre 1972, « Trop jolies pour être honnêtes » est donc un film d’une époque précise, celle des années 70. Aujourd’hui, il n’apparaît que comme un long-métrage démodé et ayant bien mal vieilli. Pour certains, il sera culte, pour d’autres, aberrant.
N’hésitez pas, néanmoins, à jeter un œil sur le site de LCJ Editions afin de voir les nombreux films proposés, toujours plaisants à posséder en DVD, sachant que certains sont de véritables raretés qui méritent le détour.
Synopsis: Frédérique, responsable d’un mouvement féministe, Christine, psychiatre, Martine, leur voisine et Bernadette, soubrette délurée, s’apprêtent à fêter l’anniversaire de Martine lorsqu’elles sont témoins d’un hold-up à la Caisse d’Epargne de Nice… L’évènement relègue au second plan la présence du fiancé de Martine, officier de marine, jusqu’au moment où il fait cadeau à la jeune femme d’une longue-vue. Celle-ci leur permet d’observer leurs nouveaux voisins d’en face.
Trop jolies pour être honnêtes : Fiche Technique
Réalisation: Richard Balducci
Avec Bernadette Lafont, Elisabeth Wiener, Jane Birkin, Emma Cohen, Carlo Giuffrè, Henri Virlojeux
Scénario: Catherine Carone
Musique: Serge Gainsbourg
Durée: 95 min.
Éditeur: LCJ Editions
Distributeur: LCJ Editions
Sortie DVD: 19 août 2015
Un programme secret de la CIA a été mis en place pour créer un super agent, capable de combattre le crime à main nu. Tous les cobayes « génétiquement modifiés » n’ont pas réagit à ce programme, sauf le jeune Jesse Eisenberg, junkie amoureux qui cumule les heures sup à sa caisse de supermarché pour offrir à sa dulcinée jouée par Kristen Stewart, des vacances de rêve et des fiançailles dignes de ce nom. Mais une sous-division secrète nommée « Titan » et dirigé par le jeune Topher Grace (That’s 70’s Show) est chargé de détruire ce dernier espoir avant qu’il ne se transforme en super agent. Les hostilités peuvent donc commencer entre 17 soldats sur-entraînés et ce jeune « désaxé ». Coup de chance ou obligations scénaristiques, il faut qu’il survive pour que continue la narration. Mais ces combats suffisent-ils à générer la curiosité?
Entre romantisme adolescent frétillant (n’entendez rien de péjoratif là-dedans), philosophie de couple et problématiques sentimentales, des scènes d’action survoltées tente de rythmer cet énième film d’espionnage où le coup de poing et la détonation sont devenus carotte pour le spectateur. Depuis Kingsman : Services secrets, les copies sont foison. Ne citons que l’actualité (dans 1 mois, la donne aura encore changé), Mission : Impossible 5, Hitman, Spyou les futurs très-attendus-à-juste-titre Agents très spéciaux – Code U.N.C.L.E par Guy Ritchie et 007 Spectre de Sam Mendès… Le bon sens et le respect d’une histoire originale bien construite s’éteignent au détriment de l’excès de spectaculaire. Je n’ai rien contre ce type de blockbuster, mais ne confondons pas vitesse et précipitation. Si Kingsman réussissait à jouir d’un certain équilibre entre second degré et scènes sur-vitaminées, Mission : Impossible 5 échoue par une surenchère improductive qui cumule déjà vu et montage happyending-nesque. Donner l’illusion de la fausse route ou de l’obstacle fatal ne piège plus personne et fait plus rire qu’il ne crispe. Et le moyen est différent dans American Ultra, mais l’effet identique. Ajouté à cela, une méconnaissance profonde pour le vocabulaire ou l’univers de la CIA, réduit ici à un simple prétexte scénaristique d’espionnage commercial, et des individus unidirectionnels régit par leur unique instinct, vous obtenez une comédie qui pétarde avec l’effet d’une demi-jouissance (ou « plaisir » pour ceux dont le mot est ambigu). Seul le personnage joué par Kristen Stewart, touchante, mérite un particulier intérêt. Le duo au look teenage, qui fonctionne parfaitement, a déjà fait ses preuves sur la comédie hilarante Adventureland en 2009, avec Kristen Wiig, Ryan Reynolds, Bill Hader (The Mindy Project, Saturday Night Live) et Wendie Malick (Hot In Cleveland), et se reconstituera dans le prochain Woody Allen que nos confrères à Melty n’ont pas manqué de nous dévoiler. Adrian Yates ou celui qui est aux commandes de « Titan » (oui car les noms ne se retiennent guère) se veut être un facteur comique : jeune et machiavélique aux traits pourtant angéliques. Connie Britton alias la mère du programme Ultra apparaît ici plus comme une figure maternelle effacée qu’une véritable ennemie/adjuvant. Les contours seraient-ils mal dessinés? Le personnage de dealer joué par le quinquagénaire John Leguizamo est sous-exploité, puis Jesse Eisenberg figure le nec plus ultra du geek junkie paumé, rôle qui ne manque pas de lui coller à la peau.
Ces imprécisions se répercutent sur le premier intérêt à la vision de la bande annonce: « ça a l’air complètement barré ». Donc certes, ça l’est, mais dans le mauvais sens du terme. Lorsque vient la scène finale de combat (non ce n’est pas un spoiler, mais fait parti de la structure de ce genre de film), nous assistons à une tentative de plan séquence qui n’est pas menée à son meilleure potentielle, et lorsque les soldats censés être sur-entraînés tombent comme des mouches face à un ado qui a fait un peu de karaté, c’est risible. Le réalisateur anglo-iranien, qui a commencé dans la publicité puis des clips musicaux, à qui l’on doit le caustique Projet X se façonne une réputation d’éternel adolescent. Avec ce Projet MK-Ultra, il a voulu mettre en exergue la fiction qui dépasse la réalité (ou l’inverse c’est selon), car oui asseyez-vous, mais ce nom de code correspond bel et bien à un projet secret illégal de la CIA dévoilé en 1975 et mis en place un vingtaine d’années auparavant dans le but d’influencer des sujets humains, consentants ou non, par l’utilisation de substances psychotropes ou autres moyens (chimique, physique, électrique). Les références à ce projet plus vraiment top secret sont nombreuses. Je ne cite que Complots de Richard Donner, Control Factor de Nelson McCormick, REDavec Bruce Willis, John Malkovich, et Morgan Freeman, Call Of Duty : Black Ops ou l‘épisode 5 de la saison 2 de la série Fringe de J. J. Abrams… Dans les années 2010, dans une entrevue à RT America, Roseanne Barr a déclaré que le programme Projet MK-Ultra était toujours actif au sein de l’industrie du film d’Hollywood.
Synopsis : Mike Howell mène une vie paisible et sans ambition avec sa petite amie Phoebe se retrouve soudainement chamboulée. À sa grande surprise, Il est en fait un agent dormant surentrainé dont la mémoire a été effacée. En un clin d’œil, son passé refait surface et Mike se retrouve au milieu d’une opération gouvernementale visant à l’éliminer. Il va alors devoir faire appel à ses capacités insoupçonnées d’agent secret pour survivre.
Le dilettantisme serait un trait caractériel de ces êtres boutonneux à la voix et l’humeur changeantes qu’on a tous été avec plus ou moins de fierté. Il fait également parti de la mise en scène de Nima Nourizadeh qui propose avec son deuxième long métrage, en plus d’une bande son disco pop jazz hommage aux 80’s et un générique de fin animé basé sur les aventures d’Apollo Ape* (personnage le plus mystérieux), un divertissement coloré à demi-corrosif, qui marquera peu les esprits. American Ultra appelle un genre cinématographique bipolaire entre humour noir et action à coupée au couteau, que souligne le prochain Deadpool ! Rendez-vous le 4 février 2016…
*et si vous vous demandez si le comic existe vraiment, je vous conseille de comprendre la langue de Shakespeare pour lire cet article.
American Ultra: Fiche Technique
Titre original : American Ultra
Louisiane, États-Unis – 2015
Réalisation : Nima Nourizadeh
Scénario : Max Landis
Interprétation : Jesse Eisenberg (Mike Howell), Kristen Stewart (Phoebe Larson), Topher Grace (Adrian Yates), Connie Britton (Victoria Lasseter), Bill Pullman (Raymond Krueger), John Leguizamo (Rose)…
Date de sortie : 19 août 2015
Durée : 95 min
Genres : Espionnage, action, comédie
Image : Michael Bonvillain
Décors : Jon Danniells
Costumes : David C. Robinson
Montage : Andrew Marcus
Musique : Marcelo Zarvos
Budget : —
Producteurs : David Alpert, Anthony Bregman, Kevin Scott Frakes, Britton Rizzio et Raj Brinder Singh
Producteurs délégués : Ray Angelic, Steffen Aumueller, Robert Ogden Barnum, Jonathan Gardner, Zülfikar Güzelgün, Buddy Patrick, Eyal Rimmon et Gideon Tadmor.
Coproducteur : Mark Fasano Productions : PalmStar Media, The Bridge Finance Company, Circle of Confusion, Likely Story et Merced Media Partners Distributeur : Lionsgate (États-Unis), Elevation Pictures (Canada), Metropolitan Filmexport (France)
Alors, le handicap, on en parle ? Dans Vestiaires, la série télévisée diffusée cet été sur France 2, la parole est donnée directement aux handicapés. Cette production d’Astharté et Avalon Films, créée par, mais pas pour, des handicapés est un succès inattendu – surtout pour les auteurs… Succès confirmé par 1,7 millions de téléspectateurs, par le Trophée Duo TV aux Trophées du Film Français 2012 et par une Saison 5 en préparation.
Avec humour et dérision, des « handinageurs » d’un club marseillais s’expriment sur leur quotidien, leurs passions et évidemment sur leurs handicaps !
L’humour toujours !
Loin d’être une séquence émotion de plus dans la sphère du cinéma sur la réalité du handicap, Vestiaires est un vent de fraîcheur, une mini-série drôle et fantasque, avec parfois un brin de cynisme mais toujours beaucoup d’auto-dérision. Cette volonté d’interpréter le handicap avec légèreté et ironie a attiré dans ses filets de vrais acteurs handicapés qui désapprouvaient au départ les rôles d’infirmes des films sentimentaux. À ce sujet, Adda Abdelli, auteur et acteur au sein de la série , à confié à Cinéséries-Mag : « Alexandre ( Alexandre Philip, Orson dans la série) ou Philippe Sivy(Plus Belle la Vie) sont des gens qui n’étaient pas intéressés par les rôles d’handicapés mais, dans la série, ils ont vu autre chose. »
Les créateurs, Fabrice Chanut (La Piscine) et Adda Abdelli, y mettent en scène des conversations décalées, mais aussi réalistes, tenues par des nageurs handicapés dans les vestiaires de la piscine. Réalistes, car les auteurs se sont inspirés de situations vécues et de propos décalés entendus dans les vestiaires de leur club handisport à l’époque où ils cherchaient un projet à monter ensemble. « La première saison et un peu de la deuxième sont énormément dans le vécu. La plupart des situations ont été soit vécues, soit vues, soit exagérées. » ajoute Adda Abdelli.
Dans ces Vestiaires, on retrouve Romy (Adda Abdelli), poliomyélite et père de famille « sage mais pas trop » dixit l’acteur. Dans son interview du 22 août, Adda précise
aussi que le personnage ressemble un peu à ce qu’il est dans la vraie vie.
À ses côtés, il y a Orson (Alexandre Philip, Ashes to Ashes et la série Lazy Company diffusé sur France 4), célibataire sarcastique atteint d’une agénésie des bras qu’il appelle ses « bras de pingouin », la jolie Caro (Anaïs Fabre, Les Vacances de Ducobu, Plus Belle la Vie et Le Mystère du Lac qui sera diffusé le 3 septembre sur TF1) victime d’un AVC auquel elle doit sa « mémoire de poisson rouge dans un corps de sirène »,le sympathique Ramirez (Luc Rodriguez) avec sa langue – trop ? – bien pendue et Cyril Missonnier dont le silence en dit long. Au fil des épisodes et des saisons, d’autres comiques et quelques célébrités « handis » ou valides se joindront à la fine équipe, notamment Pascal Légitimus en visiteur médical, Clémentine Célarié en « Star » et Philippe Croizon, l’athlète handicapé dans son propre rôle. De quoi encore alimenter la notoriété de la série !
« Faire oublier le handicap »
La série Vestiaires est drôlesque, inventive et touche ainsi un large public, handicapé ou non. Elle surprend par son naturel et sa désinvolture mais, loin de nous déranger, on y adhère facilement. Fabrice Chanut expliquait en 2011, année de la première diffusion : « C’est au moment du tournage qu’on a vraiment réalisé que des scènes banales pour nous pouvaient choquer, et que la série avait un discours sous-entendu. Si la série réussit à faire oublier le handicap, c’est gagné ».
Un pari réussi par les deux auteurs car, quand on regarde la série, ce que l’on voit de prime abord, ce sont de grandes qualités d’acteurs et d’humoristes. Les personnages sont sympathiques, attachants, familiers presque et les interludes entre chaque épisodes sont autant d’allégresse et de liberté dont tout être humain a besoin. Une belle équipe de philanthropes en somme qui prennent plaisir à nous faire plaisir et qui attirent par leur charisme. L’accent chantant de Romy et Ramirez fleure bon les vacances d’été et nous invite à lâcher prise.
Certes, la série ne peut pas plaire à tous mais pour certains handicapés, c’est un message généreux et optimiste, un témoignage épicurien.
D’après la chaîne France 2, la série Vestiaires est d’ailleurs une vraie réussite : « Un vrai score ! Cette série joue à merveille son rôle de lien social, particulièrement fédérateur. C’est un programme emblématique de ce que doit faire France 2 en rassemblant toutes les composantes de notre société, avec un humour décapant et bienveillant. Il s’adresse à tous sur un ton qui est accessible pour tous. » Vestiaires est dans un tel essor que nos deux auteurs se sont lancés en 2014 dans une aventure parallèle : la Web-sérieVestiaires Libérés. Autres décors, autres scénarii, la série du net remet l’Histoire au goût du jour et des handicapés. Les anecdotes historiques ( Jeanne d’Arc, Armstrong) mais aussi les contes de fées ( La Belle au Bois Dormant) sont détournés à la manière des Monthy Pyton en y incrustant un personnage handicapé.
En bref, Vestiaires est un série burlesque qui gagne à être connue du grand public !
Fiche Technique : Vestiaires
Titre original : Vestiaires
Genre : Humoristique
Année : 2011
Création : Adda Abdelli et Fabrice Chanut
Production : Astharté et Compagnie Avalon production
Acteurs principaux : Alexandre Philip, Adda Abdelli, Anaïs Fabre, Luc Rodriguez, Cyril Missonnier, Philippe Sivy
Musique : Franck Lebon
Pays d’origine : France
Chaîne d’origine : France 2
Nombre de saisons : 4, saison 5 à venir !
Durée : 2 minutes par épisode (40 épisodes par saison)
A l’occasion de la sortie du dernier Mission : Impossible Rogue Nation avec l’iconique Tom Cruise, lemagduciné s s’est penché sur l’univers musical de la saga tout entière.
Adapté de la série de Bruce Geller, le premier film devait être réalisé par Sydney Pollack, sous l’impulsion de l’acteur lui-même et son agent Paula Wagner qui viennent tout juste de fonder une société de production, mais le projet revient à Brian De Palma, lassé de ses précédents échecs commerciaux (Outrages, Le Bûcher des vanités et L’Impasse). Rencontré chez Spielberg, le réalisateur avoue à Cruise vouloir depuis longtemps mettre en scène un film d’espionnage qui se déroulerait en Europe.
Mission Impossible TV Series
Source : Samuel Blumenfeld et Laurent Vachaud, Brian de Palma : Entretiens avec Samuel Blumenfeld et Laurent Vachaud, Calmann-Lévy, 2001
Mission : Impossible (1996) Brian de Palma
C’est en 1994 que la production s’amorce avec David Koepp (L’Impasse, Jurassic Park), Robert Towne (Bonnie & Clyde, Chinatown) et Steven Zaillian (La Liste de Schindler) à l’écriture. Mission : Impossible est le film de la carrière de Brian De Palma qui, enfin, jouit d’une grande liberté. Ce dernier pense que Lalo Schifrin ne pourra pas composer toute la musique du film. La production fait donc appel à Alan Silvestri, connu pour sa collaboration avec Zemeckis, mais ce dernier, trop solitaire, n’écoute pas les suggestion du réalisateur qui, en plus de juger sa musique trop « mélodique » avec« quelque chose d’excessif », estime qu’elle ne plaira pas à Tom Cruise. C’est enfin Danny Elfman, déjà triple récompensé (Grammy pour Batman en 1989, Emmy pour Les Simpson l’année suivante et Golden Globe pour L’Étrange Noël de Mr. Jack en 1994) qui compose la bande son originale.
Le thème orignal, orchestral jazz avec percussions, est repris et rallongé d’une minute par deux des membres de U2, Adam Clayton et Larry Mullen, et se classe 7ème au Billboard Hot 100 (classement hebdomadaire des 100 chansons les plus populaires aux États-Unis par le magazine consacré à l’industrie du disque). L’album atteint la 16ème position du Billboard 200. En 1966, Lalo Schifrin compose avec élégance un refrain dynamique, nerveux aux sonorités jazzy, fidèle à ses origines argentines et propre à l’univers à succès des agents spéciaux qui savent prendre des risques sans jamais se prendre au sérieux, tandis que les deux musiciens rock irlandais accentuent les teintes froides et électrique en modifiant légèrement le tempo et en rajoutant des nuances électronique et des voix qu’on pourrait par exemple retrouver dans le générique de 1963 de Doctor Who par Ron Grainer ou dans certaines chansons de Massive Attack (« Angel » ou « Karmacoma »). En 1968, le travail du compositeur est récompensé d’un Grammy et le générique de la série devient aux Etats-Unis et dans le reste du monde occidental, synonyme d’action et de suspense.
https://www.youtube.com/watch?v=iLClWG1KKoE
La majorité des titres de l’album, sorti en même temps que le film, n’apparaissent pas à l’écran et ont été sélectionnés par leur vague lien de parenté à l’univers britpop et rock alternatif que l’on attribue à défaut trop rapidement à l’ensemble du film de De Palma. Il faut donc compter sur Danny Elfman pour continuer l’analyse et pour comprendre son univers, revenir sur sa collaboration avec Tim Burton.
En 1985, Paul Rubens, créateur du personnage de Pee-Wee, et Tim Burton appréciait déjà le groupe de rock dont faisait parti le compositeur, Oingo Boingo, mais pour le film, il ne s’agissait pas de concevoir des musiques proche de ce que the band produisait. D’autant plus que le musicien a toujours eu en horreur le recours au rock dans ses compositions, car il protestait (le présent doit encore être de mise) contre les bandes originales des films hollywoodiens qui regorgent jusqu’à l’écœurement de « tubes » destinés à assurer la vente de disques. Et le cas de Mission : Impossible en est encore un exemple flagrant. En effet les producteurs ont longtemps préférés vendre des chansons plutôt que la bande originale, qu’il estimait moins vendeur. Autre exemple, à la sortie de Batman, le disque de Prince, inspiré par le film, est sorti avec le logo de l’affiche et fut présenté comme la bande originale du film, alors que deux chansons seulement y étaient effectivement incluses. Pour le cas présent, il faut compter sur 3 morceaux dont 2 appartiennent au compositeur. L’autre étant The Cranberries avec Dreams. Ne nous énervons pas, ce n’est pas le sujet.
En 1971, le jeune Danny, âgé de 18 ans, joue du violon au célèbre Grand Music Circus de Jérôme Savary, directeur de théâtres musicaux notamment. Son attrait pour les monstres, les morts-vivants, les vampires, les univers parallèles plus ou moins menaçants qui peuplent les films fantastiques depuis les origines, est commun à l’univers du cinéaste. De plus, les influences musicales revendiquées par les deux hommes sont, entre autres, celles de Nino Rota pour Fellini et Bernard Herrmann pour Hitchcock. De quoi annoncer une étroite et longue collaboration. On retrouve chez les deux un goût pour la fête, du spectacle, couplé à une certaine inquiétante étrangeté (Noël/Halloween dans L’Etrange Noël…). On devine également l’importance de l’œuvre de Tod Browning, Freaks en 1932 et les phénomènes de foire (Beetlejuice, Edward aux mains d’argent, le Pingouin de Batman…). Le motif du cirque et de la fête mêlé à un univers noir et angoissant ne peut se passer d’une musique inspirée de divers courants et époques musicales. Parmi les noms cités : Max Steiner et les symphonies américaines sans oublier le jazz et les comédies musicales, Béla Bartók, la musique disharmonique de Philip Glass, Maurice Ravel (il n’y a qu’à écouter le Boléro pour se rendre compte de la filiation) et Erik Satie ou encore les classiques russes Prokokiev, Stravinsky et Tchaïkovski.
Je n’irais pas plus loin sur cette notion du cirque et du spectacle de foire, dont les origines du cinéma ont nourri l’œuvre de Danny Elfman et des alternatives « new waves » aux petites pièces rythmées et grinçantes du compositeur allemand Kurt Weill, le complice de Bertold Brecht, sur certains morceaux de son groupe de rock Oingo Boingo, car la bande son de Mission : Impossible ne traduit pas suffisamment cette réflexion. Écoutez ce morceau qui reprend à 3’38 le thème de Lalo Schifrin pour vous en rendre compte :
Je me rallie à l’avis de Steven McDonald sur l’aspect un peu médiocre et trop peu singulier des compositions de Danny Elfman.
« The Adam Clayton/Larry Mullen update of the classic theme is OK, but that same epithet applies also to Danny Elfman‘s somewhat generic-sounding music. Come to think of it, the entire album tends strongly toward the generic — just perfect for the airplay end of the spectrum, no doubt. »
« Je n’ai rien à dire sur la mise à jour du thème classique par Adam Clayton et Larry Mullen. Je ne changerai pas d’opinion également sur Danny Elfman malgré le fait que sa musique puisse paraître un peu trop générique — ….. »
(AllMusic Review)
Liste des titres de l’album
1. (Theme from) Mission Impossible- Adam Clayton & Larry Mullen, Jr. (3:27)
2. « Spying Glass »- Massive Attack(5:21)
3. « I Spy »- Pulp(5:56)
4. « Impossible Mission »- Danny Elfman(5:35)
5. « Headphones »- Björk(5:40)
6. « Weak »- Skunk Anansie(3:31)
7. « On & On »- Longpigs(4:11)
8. « Claire »- Danny Elfman(2:55)
9. « Dreams »- The Cranberries(4:13)
10. « You, Me And World War III »- Gavin Friday(4:28)
11. « So »- Salt(3:33)
12. « Trouble »- Danny Elfman(3:32)
13. « No Government »- Nicolette (5:31)
14. Alright- Cast(3:35)
15. The Dance of the Butterflies- Benjamin Orr (7:02)
16. « Mission: Impossible Theme » (Mission Accomplished)- Adam Clayton& Larry Mullen, Jr. (3:05)
Compositions originales de Danny Elfman
1. « Sleeping Beauty » (2:28)
2. « Mission : Impossible Theme » – Lalo Schifrin(1:02)
3. « Red Handed » (4:21)
4. « Big Trouble » (5:33)
5. « Love Theme? » (2:21)
6. « Mole Hunt » (3:02)
7. « The Disc » (1:54)
8. « Max Found » (1:02)
9. « For « Job » » (4:38)
10. « Betrayal » (2:46)
11. « The Heist » (5:46)
12. « Uh-Oh! » (1:28)
13. « Biblical Revelation » (1:33)
14. « Phone Home » (2:25)
15. « Train Time » (4:11)
16. « Menage a Trois » (2:55)
17. « Zoom A » (1:53)
18. « Zoom B » (2:54)
Mission : Impossible 2 (2000) John Woo
Peu de temps après la sortie du premier opus, Oliver Stone est attaché à un projet de suite et écrit une ébauche de script. Mais il quitte finalement le projet quand Tom Cruise décide de partir tourner Eyes Wide Shut de Stanley Kubrick. C’est finalement John Woo qui reprend les commandes. Après deux films américains avec en vedette Jean-Claude Van Damme (Chasse à l’homme en 1992), puis John Travolta (Broken Arrow en 1996 qui lui permet de renouer avec une certaine stylisation de la violence), le réalisateur chinois fait véritablement ses preuves aux USA avec Volte-face dans un brillant face-à-face entre le dernier acteur cité et Nicolas Cage. La composition de la musique est attribuée à un autre grand qui n’est autre que Hans Zimmer.
Le jeune musicien d’origine allemande, installé en Angleterre dès l’âge de 14 ans, a également fait parti d’un groupe The Buggle a qui l’on doit le célèbre titre Video Killed the Radio Star. Il se lance très vite dans la musique électronique en collaborant avec le groupe new wave Ultravox. Sa carrière se lance lorsqu’il devient l’assistant de Stanley Myers qui l’entraîne notamment sur la production de My Beautiful Laundrette de Stephen Frears. Sa composition de Un monde à part de Chris Menges attire l’attention de Barry Levinson qui frappe littéralement à sa porte pour lui demander de travailler sur Rain Man. Ce film marque l’entrée tonitruante du compositeur sur le sol américain avec une nomination aux Oscars. On retrouve dans ce film le titre Iko Iko, remixé par Zap Mama qui ouvre Mission : Impossible 2 lorsque Ethan Hunt, alors en vacances, escalade des rochers du Dead Horse Point en Utah. Coïncidence ? Je ne crois pas. Dès les années 90, Hans Zimmer s’attaque à un nouveau style : le film d’action. Puis la consécration lui vient en 1994 avec Le Roi Lion pour lequel il obtient le seul oscar à ce jour de sa carrière. L’année suivante, il compose pour Jerry Bruckheimer et Tony Scott la bande originale de USS Alabama, marquera l’histoire des films d’action hollywoodiens, pour son alliance entre musique électronique, orchestrale, et l’utilisation impressionnante des chœurs. Zimmer connaît son plus gros succès commercial avec le film Gladiator de Ridley Scott où il s’associe avec la chanteuse australienne Lisa Gerrard. La même équipe s’occupe en 2000 de Mission : Impossible 2 de John Woo dans l’urgence.
Et cela s’en ressent. Sans réel identité, si ce ne sont les titres plus rock heavy metal qui viennent ponctuer les scènes d’action finales entre autres, la composition de Hans Zimmer est assez fade. Entre acoustique hispanique pour le romantisme durant les scènes entre Nyah et Ethan, latino gipsy et pauvres ambiances « sauvages » de crépuscule, qui paraissent bien insipide à côté du morceau de Limp Bizkit qui revisite brillamment le thème original avec Take a Look Around . Une reprise métal surprenante. Seul le titre « Injection« comporte une charge émotionnelle suffisante.
Limp Bizkit donc, mais également Metallica qui signe pour le film, « I Disappear« . Rob Zombi, The Pimps et les Foo Fighters qui reprennent les Pink Floyd… Il n’y a pas à dire, ces chansons « additionnelles » sont beaucoup plus existantes, donnant un côté bad ass au personnage de Tom Cruise, que l’univers flou de Hans Zimmer. Et Ethan Hunt peut tomber amoureux si les fans pouvaient en douter..! On est donc plongé dans une course contre la montre sentimentale teintée de quelques efforts explosifs, et combats au pied, car c’est John Woo qui réalise faut pas dé***** ! A la sortie du film en mai 2000. Avec un casting beaucoup moins bankable que le premier, le film réussi à cumuler plus du quadruple en box office par rapport à son budget initial, mais je trouve que ce deuxième opus est le seul (avec le dernier) qui ne se regarde qu’une fois avec « plaisir ». La relation entre Nyah, jouée par Thandie Newton aux origines zimbabwéenne, et Ethan parait à présent superflue, un peu prétexte à mon avis. Et entre la love story et le film d’espionnage, les contours sont flous et la violence aseptisée (exceptée pour la scène finale en moto et les combats près des plages). Seul les morceaux de heavy, metal et rock alternatif souligne ce nouveau tournant dans les films Mission : Impossible, « manu militari » presque van dammien, avec une certaine fougue qui s’adresse à un public beaucoup plus jeune que le premier.
Liste des titres de l’album (63:14)
1. Limp Bizkit– « Take a Look Around »
2. Metallica– « I Disappear »
3. Rob Zombie– « Scum of the Earth »
4. Butthole Surfers– « They Came In »
5. The Pimps – « Rocket Science »
6. Foo Fighters – « Have a Cigar » (reprisedes Pink Floyd)
7. Chris Cornell– « Mission 2000 »
8. Godsmack– « Goin’ Down »
9. Uncle Kracker– « What U Lookin’ At? »
10. Apartment 26– « Backwards »
11. Diffuser– « Karma »
12. Buckcherry– « Alone »
13. Tinfed– « Immune »
14. Powderfinger– « My Kind of Scene »
15. Tori Amos– « Carnival »
16. Hans Zimmer– « Nyah »
17. Hans Zimmer– « Injection »
18. Zap Mama– « Iko Iko »
Compositions originales de Hans Zimmer
1. « Hijack » (4:09)
2. « Seville » (feat. Lisa Gerrard) (4:32)
3. « Nyah » (2:20)
4. « Mission: Impossible Theme » (Lalo Schifrin) (0:39)
5. « The Heist » (2:22)
6. « Ambrose » (2:37)
7. « Bio-Techno » (1:42)
8. « Injection » (feat. Lisa Gerrard) (4:49)
9. « Bare Island » (5:30)
10. « Chimera » (1:42)
11. « The Bait » (1:00)
12. « Mano a Mano » (feat. Lisa Gerrard) (4:22)
13. « Mission: Accomplished » (1:44)
14. « Nyah and Ethan » (5:05)
Mission : Impossible 3 (2006) J.J.Abrams
Jamais deux sans trois. Avant J.J.Abrams, Mission : Impossible 3 devait être confié à David Fincher pour une sortie à l’été 2004. Mais le projet est confié à Joe Carnahan (Narc) qu’il développe sur plus d’un an. Tom Cruise ayant le dernier mot, fait appel au showrunner d’Alias qui l’a subjugué. Kenneth Branagh, Carrie-Anne Moss et Scarlett Johansson devaient tenir un rôle, tout comme Thandie Newton devait reprendre son rôle, mais la production est retardée, car J.J. Abrams doit tenir ses engagements sur Lost. Ce qui laisse le champ libre donc pour Tom Cruise de tourner avec Spielberg pour La Guerre des Monde. A la reprise, Scarlett a d’autres obligations auprès de Woody Allen et Hugh Jackman (Scoop) tout comme Carrie-Anne Moss avec la fraterie Wachowski (Matrix).
Longtemps influencé par l’oeuvre de Spielberg et Star Wars pour qui le jeune réalisateur voue un culte sans nom, les influences de J.J. Abrams se tourneront donc vers des œuvres qui l’ont marqué, comme E.T. ou Poltergeist. Il compose également avec son ami Michael Giacchino les thèmes d’Alias, Lostet Fringe.
Parmi les musiques additionnelles : le rappeur Kanye West chante avec Keisha Cole feat. Twista un titre rap aux sonorités dancehall/raggae/funk qui fleurissent dans ces années 2000 (Sean Paul, Justin Timberlake, Timbaland…). On peut écouter « Impossible » sur les crédits de fin.
Concernant la composition de Giacchino, l’utilisation du piano, déjà fréquente dans la série, apporte une plus-value presque artisanale, renforçant le mystère sur l’action, la sensibilité sur l’émotion. La composition est assez complète et le titre 11 mélange à la fois les cordes stridentes de l’univers de l’horreur au vents puissants et tambours battants de celui du péplum. On assiste à une tentative d’harmonisation entre l’intime et le grandiose. Le film d’espionnage n’est pas qu’une simple histoire de vengeance et de sauvetage sur l’être aimé, mais d’un travail d’équipe spectaculaire qui ne laisse personne insensible. Je ne parle que de la bande son, mon opinion sur la mise en scène est relativement différente. Le désir de contraste et de nuances est évident, les références multiples. Je m’abstiendrais de tout commentaire, ignorant les influences précises sur certaines chansons. La plus construite reste pour moi la 14 « World’s Worst Late 4 Minutes To Live » dans laquelle différentes couleurs auditives composent un ensemble harmonique et efficace en terme d’émotions (les grincements de violon introductifs aident peut-être aussi). Notons que sur une minute, seul le piano démarre la piste suivante, isolant l’émotion pour la reprendre symphoniquement sans grande réussite par la suite. La chaleur générale un peu surfaite de cet album contribue à l’aspect télévisuel, mais de qualité, de ce troisième volet.
Liste des titres composés par Michael Giacchino
1. « MI Theme » (0:51)
2. « Factory Rescue » (4:14)
3. « Evacuation » (2:46)
4. « Helluvacopter Chase » (3:15)
5. « Special Agent Lindsey Farris » (2:46)
6. « Ethan and Julia » (1:24)
7. « Humpty Dumpty Sat On a Wall » (5:55)
8. « Masking Agent » (3:41)
9. « Voice Capture » (2:41)
10. « See You In The Sewer » (1:45)
11. « Davian’s Brought In » (2:06)
12. »Bridge Battle » (4:13)
13. « Davian Gets The Girl » (2:44)
14. « IMF Escape » (2:44)
15. « Disguise The Limit » (3:24)
16. « Shang Way High » (3:39)
17. « The Chutist » (1:59)
18. « Hunting For Jules » (3:55)
19. « World’s Worst Last 4 Minutes To Live » (4:11)
20. « Reparations » (3:36)
21. « Schifrin and Variations » (3:04)
Malgré les recettes « décevante » du troisième, la Paramount Picture a à cœur de sortir un quatrième opus. J.J. Abrams, trop occupé, refuse un peu à contrecœur la mise en scène, mais se joint à Cruise pour le produire. On retrouve Simon Pegg dans le rôle de l’agent Dunn, un peu étourdi, à l’image des personnages comiques qu’il a l’habitude de jouer. Jérémie Renner rejoint le casting sous les traits de l’agent Brandt, personnage créé pour pallier à un éventuel départ de l’acteur principal. Paula Patton remplace Maggie Q, troisième agent féminin typée (après zimbabwéenne et hawaïenne, afro-américaine). Brad Bird (Tomorrowland), ayant fait ses preuves dans l’animation avec Le Géant de Fer, Les Indestructibles et Ratatouille, se voit confier la réalisation. C’est un ami de J.J.Abrams et Michael Giacchino. Ce dernier compose encore la bande son de Ghost Protocol en exploitant plusieurs fois le thème original et « The Plot » de Lalo Schifrin.
https://www.youtube.com/watch?v=ZhLZUUazqB8
Retour au source et profond respect ou facilité de composition ? A la lecture de la tracklist de Giacchino, on aurait du mal à se positionner, bien que le curseur penche vers le premier. La sensibilité du cinéaste en terme de rythme et d’images animées (car oui penser « animé Pixar », c’est penser « efficacité ») participe-t-elle à une éventuelle différence de ton ou d’intensité par rapport aux précédents de la saga ? Ma réponse est, sans hésité, affirmative.
Giacchino a eu le temps de faire davantage ses preuves depuis son Emmy Award pour la bande son de Lost en 2005. Après un Grammy pour Ratatouille et des compositions pour des jeux vidéo tels que Call of Duty et Medal of Honnor, il rafle un Golden Globe, un BAFTA, un Grammy et surtout un Oscar pour la chanson « Married Life » et implicitement sa composition dans Là-haut des studios Pixar en 2010. Il a acquis au début de cette nouvelle décennie une reconnaissance planétaire. Ne mentionnons même pas Vice versa qui est très bien parti pour gagner toutes les récompenses à la rentrée prochaine. (Je me garderai sur la référence principal au jazzman Jerry Martin qui a composé la musique des Sims…) Qu’en est-il donc de ses compositions sur le 4ème opus ?
Commençons par la fin en nous replongeant dans la musique des crédits défilants. Si la plupart des spectateurs sont déjà parti avant même que les premiers noms apparaissent à l’écran, il n’en reste pas moins un excellent résumé de l’univers musical du film.
https://www.youtube.com/watch?v=QIa3iBqjcPA
En reprenant « Kremlin with Antipation » ou « Mumbai’s the Word », on a un vite aperçu d’une certaine ampleur. Un choeur masculin russe suffit à nous plonger au cœur de la forteresse du Kremlin de Moscou ou nous donner l’impression de défiler sur la place rouge. Si l’effet fonctionne par association d’idées et surtout de stéréotypes auditifs. « A Man, A Plan, A Code, Dubai » n’est pas loin de la musique de John Williams lorsqu’il compose pour Indiana Jones en nous faisant voyager en plein désert égyptien. Le Moyen-Orient résonne dans nos oreilles, car par habitude on associe cette élan de percu, cordes et vents aux mélodies orientales et rythmes indiens. Des univers distincts recomposés donc pour donner cœur aux cascades époustouflantes. Si l’on rajoute les musiques additionnelles raggae, disco ou classique, on obtient un ensemble presque total qui était cher à Wagner et le romantisme allemand, mais ceci est un autre débat. De là à affirmer que le 4ème film de la saga est une œuvre d’art total… Brad Bird réussit néanmoins à équilibrer avec efficacité spectacle, émotion, humour et espionnage high-tech que seul De Palma avait réunit 15 ans auparavant. Ghost Protocol reste à ce jour mon préféré de la saga.
Liste des titres composés par Michael Giacchino
1. « Give Her My Budapest » (1:57)
2. « Light the Fuse One » (Contient le « Mission: Impossible Theme » de Lalo Schifrin) (2:01)
3. « Knife to a Gun Fight » (3:42)
4. « In Russia, Phone Dials You »(Contient le « Mission: Impossible Theme » et « The Plot » Lalo Schifrin) (1:40)
5. « Kremlin with Anticipation » (Contient le « Mission: Impossible Theme » et « The Plot » Lalo Schifrin) (4:12)
6. « From Russia with Love » (Contient le « Mission: Impossible Theme » de Lalo Schifrin) (3:37)
7. « Ghost Protocol » (Contient le « Mission: Impossible Theme » de Lalo Schifrin) (4:58)
8. « Railcar Rundown » (Contient le « Mission: Impossible Theme » de Lalo Schifrin) (1:11)
9. « Hendricks’ Manifesto » (Contient le « Mission: Impossible Theme » de Lalo Schifrin) (3:17)
10. « A Man, A Plan, A Code, Dubai » (Contient le « Mission: Impossible Theme » de Lalo Schifrin) (2:44)
11. « Love the Glove » (Contient le « Mission: Impossible Theme » de Lalo Schifrin) (3:44)
12. « The Express Elevator » (Contient le « Mission: Impossible Theme » de Lalo Schifrin) (2:31)
13. « Mission Impersonatable » (3:55)
14. « Moreau Trouble Than She’s Worth » (6:44)
15. « Out for a Run » (3:54)
16. « Eye of the Wistrom » (1:05)
17. « Mood India » (Contient le « Mission: Impossible Theme » de Lalo Schifrin) (4:28)
18. « Mumbai’s the Word » (7:14)
19. « Launch Is on Hendricks » (2:22)
20. « World’s Worst Parking Valet » (Contient le « Mission: Impossible Theme » de Lalo Schifrin) (5:03)
21. « Putting the Miss in Mission » (Contient le « Mission: Impossible Theme » de Lalo Schifrin) (5:19)
22. « Mission: Impossible Theme » (Out with a Bang Version) (0:53)
Musique additionnelles
1. « Come Into My Life » Jimmy Cliff
2. « Song 5000 » J. J. Abrams
3. « Back Door Santa » The Black Crowes
4. « Best of My Love » The Emotions
5. « A Sunday Kind of Love » Etta James
6. « Tell Me Something Good » Rufus and Chaka Khan
7. « Groksploitation » Thomas Dolby and J. J. Abrams
8. « The Plot » Lalo Shifrin
9. « String Quartet No. 4, Op. 18, No. 4 in C minor » Ludwig van Beethoven
10. « String Quartet in B Major, Op. 1, No. 1 (La Chasse) » Joseph Haydn
11. « We Are Family » Sister Sledge
12. « Impossible » Kanye West
Mission : Impossible Rogue Nation (2015) Christopher McQuarrie
Pour ce 5ème et dernier à ce jour, les studio souhaite le retour de Brad Bird et c’est bien compréhensible, mais la roue tourne facilement à Hollywood, et depuis le début de ce dossier, même avant la lecture, ce n’est pas une surprise! A l’écriture, un scénariste familier de l’univers de super héros depuis sa série comique sur ITV2 (No Heroics), puisqu’embauché par Marvel pour écrire Iron Man 3, j’ai nommé Drew Pearce. A la réalisation, Christopher McQuarrie, qui a déjà dirigé Tom Cruise dans l’adaptation des romans de Lee Child, Jack Reacher en 2012. L’acteur devait participer à une autre adaptation de série d’espionnage, The Man from U.N.C.L.E. (Agents très spéciaux) par Guy Ritchie, mais il a avoué préférer se tourner sur ce qu’il soutient depuis 1996 donc, la franchise Mission Impossible.
Le copinage est une chose qui se fait régulièrement dans l’industrie cinématographique et je ne vous apprends, une fois de plus, rien, je l’espère. Joe Kraemer, qui a composé sur Jack Reacher, est aux commandes musicales de ce 5ème opus. On peut dès la scène d’ouverture, certes impressionnante se rendre compte d’une nouvelle version du thème. « The A400 » propose une variation symphonique qui monte en puissance sur plus de 6 minutes.
https://www.youtube.com/watch?v=9dxFJLKEeP0
L’exercice de recontextualiser géographiquement la musique est moins précis. C’est ainsi que « Havana to Vienna » et « Morocco Pursuit » manquent de profondeur, d’âme je dirais même plus. Si la bande son de Giacchino participait efficacement au voyage, celle de Kraemer ne fait que copier d’autres stéréotypes déjà entendus dans des films d’action qui avaient plus de cachet. Je ne parlerais pas du manque de crédibilité pourtant nécessaire à l’adhésion du spectateur ni d’un manque cruel de suspense qui cumule les incongruités pour tenir en haleine, mais l’univers musical est ici indistinct et pourrait s’articuler sur n’importe quel Taken ou blockbuster estival. Commencer la saga en 2015 pourrait convenir pour n’importe quel néophyte et les attentes satisfaites : courses poursuites en moto, explosions et infiltration dans une base militaire, opération en coulisse d’un opéra à Vienne, tambours et symphonie puissante… Les ingrédients sont présents, mais figure une amère impression de déjà vu si l’on a suit la franchise dès ses débuts. Quelques élans élégants sont amorcés*, mais sont vite avortés, limitant la bande son de manière putassière à un ersatz oscillant entre hystérie et fausse pudeur, entre space opera et teen action movie.
https://www.youtube.com/watch?v=moMFil8t4mw
(* »Audience With the Prime Minister » à la 55′ par exemple)
Il faut pourtant noter avec une certaine admiration que trois des pistes (la 4, 13 et 19) insère un air de ténor bien célèbre tiré l’opéra Turandot de Giacomo Puccini, Nessun dorma. « Finale and Curtain Call » conclut en apothéose cependant l’OST de Kraemer. Aucune musiques additionnelles ne semblent avoir été rajoutées. Autosuffisance ou besoin d’unifier ? La critique est ouverte…
Liste des titres composés par Joe Kraemer
1. « The A400 » (6:38)
2. « Solomon Lane » (4:08)
3. « Good Evening, Mr. Hunt » (2:35)
4. « Escape to Danger » (2:46)
5. « Havana to Vienna » (5:13)
6. « A Flight at the Opera » (2:23)
7. « The Syndicate » (3:44)
8. « The Plan » (3:21)
9. « It’s Impossible » (CD Exclusive Track) (1:23)
10. « The Torus » (7:02)
11. « Morocco Pursuit » (2:29)
12. « Grave Consequences » (4:12)
13. « A Matter of Going » (5:05)
14. « The Blenheim Sequence » (4:00)
15. « Audience with the Prime Minister » (4:23)
16. « This is the End, Mr. Hunt » (CD Exclusive Track) (3:48)
17. « A Foggy Night in London » (2:10)
18. « Meet the IMF » (1:47)
19. « Finale and Curtain Call »
Récapitulons cette étude semi-approfondie : Danny Elfman se calque sur un cahier des charges en proposant quelques variations épiques qui lui sont propres, entre grandiose forain et sombre atmosphère, mais cette dernière est imprécise. Le premier film se limite donc à un film d’espionnage psychologique intéressant, mais j’aurais préféré personnellement les compositions d’Alan Silvestri, plus directes et définies. Le deuxième est plus difficile à situer. Beaucoup disent que c’est celui qui a le plus mal vieilli et c’est en effet exact. Hans Zimmer, en composant d’urgence, a mal défini sa bande son, entre chansons de geste romantiques (John Woo admirait l’oeuvre de Jacques Demy) et virage hard/metal rock qui participe au tempérament de feu, de rébellion du personnage principal. Le troisième se recentre sur un film d’espionnage à la Splinter Cell (flares bleus aussi omniprésent dans Super 8 entre autre) et sur des intérêts matrimoniaux top secret, que l’on trouvait déjà au cœur d’Alias : ne pas tenir au courant son conjoint (ou sa conjointe) de ses activités de peur qu’il ou elle ne disparaisse. J.J.Abrams a du être terrorisé par le mythe d’Orphée et Eurydice ! La bande son de Giacchino ne parvient qu’irrégulièrement à se démarquer de ses prédécesseur, peut-être par manque d’expérience. Sûrement, car au 4ème, il parvient l’objectif de nous transporter. La 5ème composition originale, en proie à des préoccupation entre opéra et entertainment aux schémas répétitifs, se positionne sur la même lignée des nombreux compositeurs de cette génération qui peine à sortir leur épingle du jeu. Si « l’artiste » ne se définit pas clairement en nous proposant un univers singulier, je doute que l’on retienne son nom à l’avenir comme on retiendra Williams, Horner, Zimmer, Elfman, Morricone, Desplats, Howard, Shore, Cosma, Newman… Schifrin et maintenant Giacchino.
Dito Montiel commence sa carrière de réalisateur en adaptant en 2006 son roman autobiographique Il était une fois dans le Queens (A Guide to Recognizing Your Saints), au casting impressionnant. Shia LaBoeuf interprète le jeune Dito qui tente de tirer son épingle du jeu dans un environnement brutal et testostéroné. Robert Downey Jr. pour le jeune homme devenu adulte (étrange choix, car la ressemblance est nulle entre les deux acteurs), Rosario Dawson, Channing Tatum et Chazz Palminteri, au physique de l’emploi et familier des films de mafieux, pour le père. Récompensé à Sundance et à Venise, le réalisateur a la chance de pouvoir réaliser 3 autres films toujours relativement fidèle à sa propre enfance dans le Queens et à la distribution de haute volée : Fighting en 2009 avec Tatum encore et Terrence Howard, The Son of No One en 2011 avec Al Pacino, Juliette Binoche, Ray Liotta… et Empire State en 2013 avec Liam Hemsworth, Dwayne Johnson, Emma Roberts. Le virage vers le drame sera concrétisé avec le quatrième film sorti sur les écrans américains le 10 juillet 2015 et un des derniers du regretté Robin Williams (avec Absolutely Anything), Boulevard. Si jusqu’à ce jour, le cinéaste se focalisait sur les faux semblants, la violence et le crime organisé, il se tourne vers l’intime et une amitié homo-érotique. Un an après la mort de l’acteur multi-récompensé au talent qui n’est plus à contredire, assiste-t-on ici à un film sensible, de haute qualité ou à un exercice de style lent et creux ? La réponse se situe entre les deux.
« Il n’y a pas d’âge pour faire marcher arrière » lit-on sur l’affiche réalisé par la distribution américaine. Boulevard a pâti d’un manque cruel de soutien financier et ne sera probablement jamais disponible en France. Heureusement que Zelig Films Distribution a pris le risque de nous le faire découvrir. Il a coûté $27 000 pour rapporter $42 000 aux Etats-Unis. Le quatrième film de Dito Montiel n’a « probablement » pas été écrit dans le but de gagner le moindre centime. Il arrive des miracles de ce genre où le simple objectif de faire réfléchir et frapper les consciences suffit à déplacer des montagnes pour réaliser un film intimiste de qualité. Pour ce dernier qualificatif, il suffit de chercher du côté du casting. Le jeu de Robin Williams, entre cabotinage pincé et regard inexpressif, participe à l’apathie de son personnage qui évolue sensiblement jusqu’à transpercer l’écran d’une émotion la plus pure qu’elle soit. La mise en scène, bien qu’un peu trop visible, tente de sublimer le propos, malheureusement sabré au bout d’1h20, avec plus ou moins de tact. Comme si un plan pouvait suffire à résoudre et conclure la narration. La composition est travaillée (médiane à partir d’une chevelure de secrétaire médicale d’un certain âge, isolement dans le mouvement, plongée écrasante…) mais guère discrète. On assisterait presque à un exercice. Une impression d’inachèvement persiste, malgré une écriture soignée. Bob Odenkirk remplit son rôle de meilleur ami sans grand effort, mais sa réplique clin-d’oeil à Breaking Bad est savoureuse (quand il rend visite à Nolan à la banque), Kathy Baker (Emmys et Golden Globe pour Un drôle de shérif en 1994) accompagne Robin Williams dans cette montée subtile et ce mariage de convenance, dont le verni craque maladroitement comme par excès de pudeur de la part du réalisateur, et Roberto Aguire (Struck by Lightning) sort la tête de l’eau avec brio, certainement par manque d’expérience.
Les moments de solitude de Nolan font partie de son quotidien : trajets voiture sur des sonorités électroniques à la Cliff Martinez (Drive oui!), visite à un père muet, journées identiques dans la banque du quartier et même en compagnie de sa femme que l’on croit alitée la première fois qu’on la voit. Les fondus au noir, agissant comme des caresses, des voiles couvrant le regard, participe à la fausse pudeur… Dito Montiel tente d’aborder un sujet délicat, délicatement, avec toute la délicatesse que cela requiert, mais un paradoxe subsiste. Celui de nous laisser croire à cette histoire suivie en route, comme si elle défilait devant nos yeux sans que l’on puisse agir sur celle-ci, cette tranche de vie décisive bien réelle, mais contrariée par un besoin pressant de poésie sommes toute superficielle. Le coming out à 60 ans est lourd à porter, d’autant plus après une vie conjugale basée sur des « mensonges », alors pourquoi la crème paraît allégée ? Des fulgurances surgissent comme des bulles à savon : à savoir la dernière dispute conjugale avant la résolution et le point d’acmé sur la relation « financière » entre le jeune Léo et Nolan sur le parking de la banque. Le reste approche régulièrement du stéréotype, annonce au père mourant, épouse esseulée, promotion morte-née. Sans compter les nombreux flous dus à une pitoyable mise au point. L’équipe technique était loin d’être réduite à en croire les crédits défilants pourtant, mais ont du travailler bénévolement ! Alors soit l’intérêt de base est réduite par le manque de résolution possible, soit le traitement ne convient pas au talent des acteurs qui portent à bout de bras ce fragile équilibre entre intime/poésie et volonté politique de raconter la dure réalité d’homosexuels qui ne se sont jamais assumés. La puissance tient en grande partie de l’état psychologique de Robin Williams, à ce jour déjà affaibli par une dépression grandissante et ça c’est terrible à dire ! Alors trop long ou trop court les avis restent partagés.
Synopsis : Bien qu’il vive dans un mariage de convenance, Nolan Mack reste pourtant un mari dévoué. Cependant, ses secrets les plus cachés vont resurgir lorsqu’il va croiser la route d’un certain Leo.
Boulevard : Bande-annonce
Boulevard : Fiche Technique
Réalisation : Dito Montiel
Scénario : Douglas Soesbe
Interprétation : Robin Williams (Nolan), Kathy Baker (Joy), Roberto Aguire (Leo), Giles Matthey (Eddie), Eléonore Hendricks (Patty) et Bob Odenkirk (Winston).
Photographie : Chung-hoon Chung
Costumes : Carlos Rosario
Présence en festival : Tribeca Film Festival de New York
Durée : 88 minutes
Genre : Drame
Sortie en France : 18 mai 2016
Etats-Unis – 2014
Liste des titres entendus
« Do With the Rain » David Wittman performed by The Bay Cities Trio
« The Grandmaster Flash » Charlie Girl
« Trumped Ballad Rain » Jared Gutstadt & Charles Patierno performed by Carlton Banksy
« Another You » Michael Sherwood
« Didnt’t Our Love Blow Your Mind » Charlie Girl
« Boss Up Bossa » David Wittman performed by The Bay Cities Trio
« Goodbye Joy » Charlie Girl performed by Jimmy Haun