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Chosen, saison 1 à 3, une série de Ben Ketai : critique des DVD

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Chosen est une série tournée pour le web, pour le site Crackle, créée par Ben Ketai, qui avait déjà fait auparavant une mini-série intitulée 30 Jours de nuit.

Compte à rebours
Le format de Chosen est intéressant : chaque saison est constituée de six épisodes de 20 minutes. Cela correspond à un film de deux heures et permet de maintenir un rythme très rapide. Ce rythme quasi-frénétique parfois colle bien au propos : les personnages doivent accomplir leur mission en un temps limité et, comme dans 24 Heures Chrono, le rappel régulier du temps écoulé permet de maintenir le suspens. D’ailleurs, le titre de la série s’affiche à l’écran sous la forme d’une heure : CH :OS :EN.

Le Jeu
La première saison s’attache donc au personnage d’Ian Mitchell, pris sans le vouloir dans un jeu absurde. Car, apprend-on assez vite, tout ce qui arrive n’est qu’un jeu cruel dicté par Les Veilleurs, groupe de personnes anonymes hyper-riches et qui, pour tromper leur ennui, décident de ce manipuler des gens qu’ils ne connaissent pas et de les emmener à s’entre-tuer. Cela renforce encore le caractère horrible de ce qui arrive : les tortures et les souffrances affligées ne constituent qu’un jeu pour privilégiés en manque de divertissements.
Cet aspect « jeu » n’est pas sans rappeler The Game, le film de David Fincher, par son mélange de cauchemar et d’absurde.
Cela permet, de façon assez brillante, de faire une mise en abyme du cinéma d’action en général, où des gens s’entre-tuent sur grand écran pour notre divertissement, et de nous interroger sur nos motivations profondes face à la violence représentée au cinéma et à la télévision. En quoi assister à de la violence peut-elle constituer un passe-temps ?
La morale et la paranoïa
Bien entendu, la question de la morale prend une place importante. Tuer quelqu’un est contraire à la morale et à toute l’éducation que l’on reçoit. Mais Les Veilleurs savent se faire obéir, et Ian Mitchell va vite être confronté à un dilemme terrible : tuer un inconnu ou laisser mourir sa fille.

L’essentiel de la première saison passe donc dans les tergiversations d’Ian et dans ses tentatives pour échapper au « jeu », dans un contexte de plus en plus tendu. Le suspense et l’action sont très présents et le spectateur a l’impression de s’enfoncer dans un cauchemar en même temps que le personnage. La réalisation reste constamment très proche d’Ian, avec quantité de gros plans sur son visage pour nous faire partager ses émotions.
Le cauchemar est d’autant plus important qu’on a, progressivement, l’impression que les Veilleurs maîtrisent tout. Une fois dans le « jeu », il est impossible d’en sortir. On veut faire appel à la police ? On tombe sur les Veilleurs. On veut appeler un ami ? Les Veilleurs contrôlent les lignes téléphoniques. On veut s’enfuir ? Les Veilleurs vous voient à travers les caméras de surveillance et vous suivent par le GPS de votre voiture. Les Veilleurs contrôlent tout, depuis votre webcam jusqu’à vos amis (sans parler des caméras installés dans votre système de ventilation).
La paranoïa fonctionne vite : on se méfie de chaque personne croisée dans la rue ou dans un bar, de chaque connaissance. Et, une fois de plus, la tension est croissante.

Trois saisons
Le problème potentiel concernait une éventuelle répétition. Une fois la première saison achevée, que pouvait-il se passer ? Sans vouloir dévoiler quoi que ce soit, il faut admettre que la série parvient à se renouveler avec intérêt tout en conservant ce qui assurait la réussite de la première saison. L’arrivée de nouveaux personnages permet de créer des situations plus complexes. La deuxième saison est d’ailleurs meilleure encore que la première. La troisième saison voit arriver Rose McGowan, actrice que l’on avait vu dans la série Charmed ou dans Planète Terreur.
Par contre, il est nécessaire de prévenir que plus on avance dans la série, plus elle devient sanglante et violente.
Mais, dans l’ensemble, Chosen est une bonne série de suspense, un thriller tendu et cauchemardesque qui prend son spectateur aux tripes.

Synopsis : Ian Mitchell, jeune avocat, reçoit une étrange boîte à l’intérieur de laquelle il trouve une arme à feu et une photo. Il a 70 heures pour abattre une personne qu’il ne connaît pas.

Chosen : Fiche Technique

Création : Ben Ketai
Date de création : 2013
Sortie des DVD : 16 septembre 2015
Réalisation : Ben Ketai, Toby Wilkins
Scénario : Ben Ketai, Ryan Lewis, Evan Charnov
Interprétation : Milo Ventimiglia (Ian Mitchell), Nicky Whelan (Laura Mitchell), Caitlin Carmichael (Ellie Mitchell), Chad Michael Murray (Jacob Orr), Rose McGowan (Josie Acosta), Sarah Roemer (Avery)
Photographie : Timothy A. Burton
Décors : Kellie Jo Tinney
Montage : Toby Wilkins, Kevin Armstrong, Daniel Casey, Ben Ketai, Michael Kuge, John Quinn
Production : Ami S. Kim, Tina Pavlides
Sociétés de production : Dissident Pictures, Divide Pictures, Lifeboat Productions, Mesquite Productions
Distribution : Sony
Budget :NR
Genre : thriller
Nombre d’épisodes par saison : 6
Durée d’un épisode : 20’

FEFFS 2015: Tous les films de la sélection dévoilés

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8ème Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg 

Il y a un peu plus d’un mois, le Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg (FEFFS) annonçait une première vague de films sélectionnés pour cette huitième édition sous le signe de l’enfant dans le cinéma fantastique avec une rétrospective intitulé « Kids in the Dark ».  Par la même occasion, on apprenait que le festival serait placé cette année sous le signe de l’enfant dans le cinéma fantastique. Un thème qui sera repris dans une rétrospective intitulée KIDS IN THE DARK, d’où l’inspiration du Village des Damnés sur l’affiche. C’est  Enzo G. Castellari (Inglorious Bastards, Sinbad) qui sera donc le Président du Jury de cette édition. Joe Dante (Gremlins, Piranhas, Hurlements) est également attendu puisqu’il sera l’invité d’honneur, s’entretiendra avec  Jean-Baptiste Theoret lors d’une masterclass et présentera son dernier film : Burying the Ex. Récemment, l’équipe du festival a dévoilé l’intégralité de tous les longs métrages sélectionnés.

FEFFS 2015 – Voici la programmation finale:

Film d’ouverture :

Knock Knock de Eli Roth : Deux jeunes femmes débarquent dans la maison d’un homme marié et commencent à détruire méthodiquement sa vie idyllique.

Film de clôture :

Yakuza Apocalypse de Takashi Miike : Kamiura est un chef Yakuza légendaire. On dit qu’il est immortel, en fait c’est un vampire, un chef Yakuza vampire ! Kageyama est le plus fidèle membre de son clan, mais les autres yakuzas se moquent de lui : sa peau est trop sensible pour être tatouée. Un jour, des hommes arrivent de l’étranger et lui délivrent un ultimatum : Kamiura doit retourner à un syndicat du crime international qu’il a quitté ou mourir. Kamiura refuse et son corps est démembré au terme d’une bagarre féroce. Avant de mourir, Kamiura arrive à mordre Kageyama, lui transmettant ses pouvoirs. A son réveil Kageyama, va se servir de ces pouvoirs pour venger la mort de son chef et combattre ce syndicat international du crime.

Compétition Internationale :

Crumb de Miguel Llansó : Il s’agit du premier film de science-fiction post-apocalyptique d’Ethiopie. Les héros du film vont s’aventurer dans un périple à travers les magnifiques paysages d’Ethiopie pour atteindre un vaisseau spatial.

Sweet Home de Rafael Martinez : Une nouvelle approche du genre « Home Invasion ». Dans ce film espagnol, un couple va se retrouver piégé dans un immeuble abandonné alors qu’ils étaient partis pour un dîner en amoureux.

The Bunker de Nikias Chryssos : Pit Bukowski (remarqué l’an dernier dans Der Samurai) interprète un étudiant qui se retrouve dans une famille plutôt étrange alors qu’il cherche la quiétude d’une chambre isolée pour ses travaux de recherches scientifiques.

The Corpse of Anna Fritz  de Hèctor Hernández Vicens : Une énième variation sur le thème de la nécrophilie pour un thriller macabre bourré de rebondissements.

The Invitation de Karyn Kusama : La réalisatrice de Jennifer’s body réalise ce thriller horrifique où d’anciens amis, invités à un dîner dans une villa chic des collines de Los Angeles, découvrent que cette invitation prend une sombre tournure.

They Look Like People de Perry Blackshear : Entre la science-fiction et le film paranoïaque, They Look Like People suivra un personnage persuadé qu’il est entouré d’aliens malveillants, prenant l’apparence d’êtres humains.

The Woods de Corin Hardy : Une famille déménage dans une forêt en plein cœur des bois irlandais et vont se retrouver en lutte face à des créatures maléfiques à la recherche de sang frais.

Emelie de Michael Thelin : Les Thompson peuvent enfin profiter d’une soirée en amoureux. Mais leur soirée romantique va être écourtée par la baby-sitter…

Ni le ciel ni la terre de Clément Cogitore : Afghanistan, 2014. Le capitaine Bonassieu et sa section sont affectés à une mission de surveillance. Une nuit, des soldats se mettent à disparaître.

Tag de Sion Sono : Pour une raison qu’elle ignore, Mitsuko est poursuivie par des démons qui l’obligent à voir tous les gens autour d’elle mourir et re-mourir. En tentant de les semer, elle se retrouve propulsée dans différents mondes, retrouvant incessamment les mêmes personnes jouant différents personnages…

The Lobster de Yorgos Lanthimois : Dans un futur proche, les personnes célibataires ont 45 jours pour trouver un partenaire. Si ils n’y arrivent pas, ils sont transformés en animaux et relâchés dans la nature. (La rédaction CSM a déjà vu le film en AVP et a adoré !!!)

The Survivalist de Stephen Fingleton : Dans un monde post-apocalyptique, un survivant vit reclu profondément dans la forêt. Quand deux femmes à la recherche d’un abri et de nourriture trouve son refuse, il voit son existence menacé.

When Animal Dreams de Jonas Alexander Arnby : Marie découvre que son corps change. Elle se met à enquêter sur le passé de sa famille. Cela aura de grandes conséquences pour elle et sa famille.

Section Crossovers :

Applesauce de Onur Tukel : Dans cette comédie noire de et avec Onur Tukel, un quadragénaire essaye de découvrir qui lui envoie des membres de corps humains par courrier, tout en démêlant ses problèmes de couple.

Night Fare de Julien Seri : Entre Drive et Maniac Cop, Night Fare suit le parcours d’un chauffeur de taxi qui va se venger d’une course qu’on ne lui a pas payé.

Uncle John de Steven Piet : Un homme âgé au‐dessus de tout soupçon essayant de dissimuler un meurtre commis au sein d’une petite bourgade du Michigan rural.

Cop Car de Jon Watts  : Le shérif véreux d’une petite ville de campagne américaine se lance à la poursuite de deux enfants de 10 ans qui lui ont volé sa voiture…

Scherzo Diabolico de Adrian Garcia Bogliano :

The Guest de Adam Wingard : Une famille rencontre un homme qui n’est pas ce qu’il prétend être.

Séances de minuit :

Ava’s Possessions de Jordan Galland : Nouveau film d’exorcisme  dans lequel des personnages ayant été possédés, assistent à des thérapies de groupes.

Deathgasm de Jason Lei Howden : Comédie gore néo-zélandaise, Deathgasm verra deux adolescents fans de metal réveiller un ancien démon avec de la magie noire. Ils devront réparer leurs erreurs

Stung de Benny Diez : Des guêpes tueuses mutantes vont venir perturber une Garden Party.

German Angst de Jörg Buttgereit, Michal Kosakowski et Andreas Marschall : Trois segments, trois réalisateurs, mais un seul fil rouge : l’angoisse allemande.

Howl de Paul Hyett : Quand les passagers d’un train sont attaqués par une créature, ils devront faire équipe pour survivre jusqu’au matin.

Tales of Halloween de Darren Lynn Bousman, Axelle Carolyn, Adam Gierasch, Andrew Kasch, Neil Marshall, Lucky McKee, Mike Mendez, Dave Parker, Ryan Schifrin, John Skipp et Paul Solet : Dix histoires are liés ensemble par le thème de la nuit d’Halloween dans les résidences pavillonnaires américaines où les monstres, aliens et autres meurtriers apparaîtront durant une nuit seulement pour terroriser de paisibles résidents.

Green Inferno de Eli Roth : Un groupe d’étudiants activistes de New York se rend en Amazonie pour protéger une tribu en extinction, mais l’avion s’écrase dans la jungle.

Turbo Kid de Yoann-Karl Whissell, François Simard et Anouk Whissell : Équipé d’un BMX et de gadgets bricolés, The Kid affronte le tyran local pour sauver le belle Apple.

Documentaires :

GTFO de Shannon Sun‐Higginson : Un aperçu du quotidien des joueuses de jeux vidéo subissant le sexisme des joueurs alors que les femmes représentent 52% des pratiquants.

The Visit : An Alien Encounter de Michael Madsen : Le réalisateur d’Into Eternity questionne des scientifiques sur ce qu’il se passerait si un vaisseau extraterrestre se posait sur Terre, en réalisant un film drôle, inquiétant et philosophique à la fois.

Garuda Power : The Spirit Within de Bastian Meiresonne : Le docu-fiction Garuda Power est le résultat final de plusieurs années de recherche sur les films d’action indonésien ou ce qu’il en reste. Il se concentre sur les films d’action, allant du premier film influencé par les arts martiaux chinois des années 30 jusqu’au succès des deux films The Raid, en passant par les copies des James Bond des années 60, les films inspirés de Bruce Lee et des super-héros de comics des années 70 et de l’age d’or du cinéma indonésien des années 80.

Séance Jeune Public : 

Phantom Boy de Jean-Loup Felicioli et Alain Gagnol : Phantom Boy a 11 ans et 24h pour sauver New York.

Avant-première exceptionnelle : 

Burying the Ex de Joe Dante : Lorsque Max et Evelyn emménagent ensemble, leur quotidien devient vite infernal. Max découvre alors combien sa compagne peut être manipulatrice.

Séance Plein Air : A côté de la Cathédrale de Strasbourg

Gremlins de Joe Dante (1984) : Un inventeur loufoque doit vendre ses créations pour Noël. Lors d’un séjour à Chinatown, il achète une petite créature à fourrure appelée Mogwaï.

Rétrospective KIDS IN THE DARK :

L’Autre de Robert Mulligan (1972)

L’Esprit de la ruche de Victor Erice (1973)

La Malédiction de Richard Donner (1976)

La Mauvaise graine de Melvin LeRoy (1956)

La Nuit du chasseur Charles Laughton (1955)

Le Village des Damnés  de Wolf Rilla (1960)

Les Innocents de Jack Clayton (1961)

Les Révoltés de l’an 2000 de Narcisso Ibanez Serrador  (1976)

Sa Majesté des Mouches de Peter Brook  (1963)

Toujours situé dans le centre-ville historique de Strasbourg, le festival aura lieu du du 18 au 27 septembre prochain et la rédaction CSM sera bien présente pour vous faire des compte-rendus sur cette programmation alléchante.


Pour plus d’informations : http://strasbourgfestival.com/

La niña de fuego, un film de Carlos Vermut : critique

L’entame du second film de l’espagnol Carlos Vermut, La niña de fuego, donne immédiatement le ton de cette œuvre très atypique et fascinante.

Bárbara, une fille jeune et très belle, se fait attraper par son prof de Mathématiques en train de passer un petit mot pendant son cours. Elle s’approche sans broncher, le regarde droit dans les yeux, et à la demande insistante du professeur, après un « vous êtes sûr de le vouloir ? », crache son venin : « face de chou est vraiment moche ». Dámian (José Sacristán), le prof de Math, est sidéré, avec comme une douleur qui tord son visage. Il finit par lui demander le papier, mais elle le fait disparaître dans un tour de passe-passe.

Dans cette scène très minimaliste, peu de mouvement de caméra, peu de dialogue. Elle glace déjà  le sang par la mise en scène. Sur le bureau de Dámian, les crayons sont alignés impeccablement entre eux, et avec les autres éléments qui s’y trouvent. Le bureau est filmé du dessus, les mains de Bárbara et de Dámian se croisant au dessus de cette nature très morte, des mains froides de ne rien donner et de ne rien recevoir : car la Magical girl du titre original est là, escamotant le fameux petit mot, laissant à jamais Dámian dans le doute et la frustration, dans la vengeance peut-être déjà.

Magical Girl est un sous-genre d’animé japonais, qui comme son nom l’indique, a comme protagoniste une fille qui fait de la magie. Il semblerait pourtant que les filles dans le film de Carlos Vermut n’ont pas trop de super-pouvoirs, elles sont dans la souffrance ; puis à y regarder de plus près, ce sont elles qui mènent le jeu.

D’abord Bárbara (Bárbara Lennie, parfaite dans le rôle d’une femme trouble sous un aspect lisse). On la retrouve jeune femme plus tard, dans un film dont la construction est pourtant loin d’être linéaire. A genoux devant Alfredo son mari, en train de lacer ses chaussures, en train de prendre de multiples cachets qu’il essaie de forcer dans sa gorge, parce qu’elle est une vilaine petite fille dit-il. Mais telle qu’en elle-même, Bárbara retourne la situation d’une simple phrase : «je suis belle, aussi» , des mots qui paralysent Alfredo comme d’autres ont paralysé Dámian en son temps. Barbara souffre manifestement, son troisième œil ne semblant pas lui servir à grand-chose, mais Barbara semble aussi jouir de sa souffrance.

Puis il y a Alicia (Lucía Pollán). Petite fille pâle d’une douzaine d’années, dont on devine très vite qu’elle n’en engrangera pas une de plus : fascinée comme Carlos Vermut lui-même par les anime japonais et la chanson pop qui va avec, Alicia se meurt d’une leucémie. Le cinéaste réussit la gageure d’expurger tout pathos de cette situation, en dessinant une relation forte, ludique et tendre, entre Alicia et son père Luis (Luis Bermejo, étonnant de maîtrise dans la peau d’un personnage que les circonstances amènent à faire un grand écart entre ce qu’il est vraiment et ce qu’il est devenu, ou inversement). Une petite fille qui dans le courrier des auditeurs d’une station locale de radio dit qu’elle adore l’hôpital, car à chaque fois qu’elle s’y réveille, son père est près d’elle (et puis parce que c’est sans doute le moyen d’accepter l’inacceptable). Alicia souffre, mais semble consciente du pouvoir que ça lui donne; Luis va exaucer son vœu le plus cher, posséder la tenue de la magical girl Yukiko, une tenue de designer hors de prix, hors de son possible de professeur au chômage que la récente crise économique espagnole vient de mettre sur le carreau. Alicia est la deuxième magical girl de Vermut.

Les destins de tous ces personnages vont être intelligemment brassés par le cinéaste pour aboutir à un des films les plus intéressants de cette année. Le temps est déconstruit, Le film est comme une pelote qui se dévide par le milieu pour aller ensuite dans toutes les directions. Tel le toréador auquel il fait allusion de manière métaphorique dans son film, Vermut agite le chiffon rouge dans tous les sens, mais sans cesse le film se dérobe à nos yeux…

Ce film nous intrigue et nous dérange, car nous questionne beaucoup. Le hors-champ y règne de différentes manières.  Des personnages qui se parlent longuement, derrière une vitre que l’on brûle de franchir pour entendre ce qu’ils disent. Des portes de « donjon » qu’au contraire on ne veut surtout pas passer, tant ce qui s’y passe semble horrifique. Des barreaux de prison qu’on veut garder autour de soi pour des raisons que le spectateur ne connaîtra jamais… Une mise en scène très habile qui nous tient en haleine de bout en bout, avec une photo glaçante, des couleurs froides, une composition léchée, une décoration minimaliste mais signifiante (les habits de Barbara, le luxe de son intérieur, la simplicité de celui de Luis, une réception qui en un seul plan nous permet de savoir à qui on a affaire, …), des éléments qui sont en contraste total avec le chaos des personnages de Carlos Vermut.

Dans son film, Carlos Vermut évoque l’ambiguïté de l’Espagne entre émotion et raison ; il le prouve lui-même avec ce très beau film bâti pour titiller le cerveau du spectateur, mais qui arrive à toucher son cœur par la détresse humaine qui s’y trame…

Synopsis : Bárbara est une belle femme vénéneuse et psychologiquement instable, que son mari tente de contenir. Damiàn n’ose pas sortir de prison de peur de la revoir. Luis veut la faire chanter mais ne réalise pas encore qu’il joue avec le feu. Le trio se retrouve plongé dans un tourbillon de tromperies où la lutte entre la raison et la passion tourne à la guerre des nerfs…

La niña de fuego – Bande annonce

La niña de fuego – Fiche technique

Titre original : Magical girl
Date de sortie : 12 août 2015
Réalisateur : Carlos Vermut
Nationalité : France
Genre : Drame, Thriller
Année : 2014
Durée : 127 min.
Scénario : Carlos Vermut
Interprétation : Bárbara Lennie (Bárbara), José Sacristán (Damián), Lucía Pollán (Alicia), Luis Bermejo (Luis), , Israel Elejalde (Alfredo), Elisabet Gelabert (Ada)
Musique : Alessio Nanni au piano pour la « Gnossienne n°3 » de Erik Satie
Photographie : Santiago Racaj
Montage : Emma Tusell
Producteur : Amadeo Hernández Bueno, Alvaro Portanet Hernández, Manuel Garcia
Maisons de production : Aquí y Allí Films
Televisión Española (TVE), Canal+ España, Sabre Producciones
Distribution (France) : Version Originale/ Condor
Récompenses : Goya 2015 de la meilleure actrice (Bárbara Lennie)
Coquillage d’or du meilleur film & coquillage d’argent du meilleur réalisateur au festival de San Sebastian 2014 (Carlos Vermut)
Prix du Jury jeune au festival du cinéma espagnol de Nantes 2015 (Carlos Vermut)
Budget : NR

Penny Dreadful saison 3 : les pronostics

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Penny Dreadful : échéance et pronostics pour la saison 3

Un nouveau personnage, de la romance dans l’air… Vivement le printemps !

En juillet dernier, les fans ont pu apprécier le dernier épisode de la saison 2 de Penny Dreadful sur Netflix. Désormais, ils attendent de pied ferme la saison 3, confirmée récemment par John Logan.

Dans une interview pour Entertainment Weekly le 5 juillet, le créateur de Penny Dreadful avait révélé l’apparition de nouveaux personnages, après deux ans d’attente. Ainsi, un nouveau héros de la littérature classique devrait faire son apparition au sein de la série. Rien n’est dit au sujet de ce nouveau « monstre » ni de son interprète mais les rumeurs abondent déjà sur internet sur un probable Dr Jekyll et Mr Hyde.

Lors de cet entretien, Logan avait ajouté que Ethan Chandler (Josh Hartnett) et Miss Ives (Eva Green) allaient vivre une histoire d’amour dans cette saison 3 en précisant qu’ils étaient tous deux des personnages fascinants de par leur posture noire et funeste:
« La perspective de ces deux personnages qui brûlent de s’unir et qui essayent de trouver le pardon ou la lumière au milieu des malheurs qui s’abattent sur eux est absolument fascinante. D’autant qu’Eva et Josh sont très bon ensemble. Ils jouent merveilleusement bien. Ils étincellent ensemble. »
Et la saison 4 de Penny Dreadful devrait voir cette romance éclore davantage. Cependant, tant que ces deux-là resteront dans ces conditions obscures et désolantes, leur romance risque d’être bien sombre.

De son côté, MNR daily annonçait le 17 août qu’un autre couple d’enfer était pressenti : Dorian Gray (Reeve Carney) et la sulfureuse sorcière Hecate (Sarah Greene).
Cette nouvelle saison de Penny Dreadful marquera donc un changement notable tant dans les romances que dans les décors. Ainsi John Logan d’ajouter : « Nous devrions sortir des ruelles et des bars du Londres Victorien pour voir un peu plus du monde. »

Quant aux dates de diffusion, Carter Matt, dans son article du 11 août, rapporte les propos récents de David Nevins, directeur des programmes de Showtime. Celui-ci a affirmé que ce n’était « qu’un début » pour la série Penny Dreadful et que les neuf épisodes de la saison 3 devraient arriver sur le petit écran pour Mai 2016. De très longs mois d’attente en perspective pour les fidèles !

Amy, un documentaire de Asif Kapadia et James Gay-Rees : Critique

Dotée d’un talent unique au sein de sa génération, Amy Winehouse a immédiatement capté l’attention du monde entier. Authentique artiste jazz, elle se servait de ses dons pour l’écriture et l’interprétation afin d’analyser ses propres failles.

Cette combinaison de sincérité à l’état brut et de talent ont donné vie à certaines des chansons les plus populaires de notre époque. Mais l’attention permanente des médias et une vie personnelle compliquée associées à un succès planétaire et un mode de vie instable ont fait de la vie d’Amy Winehouse un château de cartes à l’équilibre précaire.Le grand public a célébré son immense succès tout en jugeant à la hâte ses faiblesses. Ce talent si salvateur pour elle a fini par être la cause même de sa chute. Avec les propres mots d’Amy Winehouse et des images inédites, Asif Kapadia nous raconte l’histoire de cette incroyable artiste, récompensée par six Grammy Awards.

Un talent exceptionnel, un succès phénoménal, un destin tragique: voici résumé en trois étapes le parcours chaotique de la star Amy Winehouse. Comme tout bon biopic qui se respecte, le documentaire qu’en tire Asif Kapadia respecte à la lettre ces préceptes. Il en résulte alors un étrange sentiment de fascination/répulsion. Fascination pour cet enfant des quartiers populaires de Londres, très vite repéré pour sa voix grave et perchée. Sa maturité juvénile et son charisme mutin complètent assez tôt la panoplie de la parfaite célébrité en devenir. Membre du club des 27, elle est comme ses illustres prédécesseurs une écorchée vive qui façonne son art pour mieux résister à des envies de trépassement. Paradoxalement à cette fuite en avant, elle ne cessera jamais d’osciller entre provocation gratuite et candeur de petite fille.

La dualité, bien que mise en avant par le film, reste quelque peu embarrassante. Non pas qu’il réinvente la vie mouvementée de la jeune britannique, la véracité des faits illustrés et des propos captés étant plutôt à mettre à l’actif du documentariste. Ce qui dérange ici tient du fait d’un montage un rien sensationnaliste. Cette alternance de narration dramatique entre avancée chronologique et retour en arrière dénote une sincère envie d’englober une courte mais dense carrière. L’inconvénient est qu’il traîne parfois en longueur à force de trop schématiser. Il finit ainsi par épouser la forme de reportages tape à l’œil, ne retenant principalement que les frasques répétées de l’ange déchue. C’est d’autant plus dommage qu’il insiste par ailleurs fort à propos sur la toxicité reconnue de la médiatisation à outrance. Pour preuve, les passages ou la chanteuse reste très lucide sur la fulgurance incroyable de sa réussite et répète à qui veut l’entendre qu’elle n’est pas armée pour y faire face. Sa musique, puisée dans le jazz des Bobby Womack Chet Baker et autre Milles Davis ainsi que la soul des grandes sœurs Billie Hollyday et Nina Simone, reste profondément confidentielle et ne convient pas à la démesure commerciale des gros labels.

Grave à été l’erreur de vouloir la faire concurrencer Beyonce, Bitney Spears ou Justin Timberlake. De concerts ratés en tournées avortées, le calvaire de la diva ne pouvait se conclure que tragiquement. D’un naturel anxiogène, elle n’a jamais su jouir pleinement de son aura. Les circonstances atténuantes sont nombreuses: mère absente ès l’enfance, père ignoblement mercantile, promoteurs et médias atrocement envahissants, fortes addictions aux drogues dures et à l’alcool. Alors qu’elle tente très laborieusement de se défaire de toutes ses tares, elle rencontre le dénommé Blake qui la maintient dans une dépendance suicidaire. C’est le coup de grâce dont elle n’avait pas besoin. Les amis de toujours et les quelques attaches du milieu musical ont beau jeux de la retenir, rien n’y fait.

Rien de révolutionnaire ne nous est apprit, surtout pour les fans de la première heure, et la redondance explicitée plus haut n’est pas pour nous rassurer. Le portrait, tiré à gros traits, et les violons accordés ne nous y aide pas plus. Quel intérêt reste t’il donc à accorder à cet énième biopic de star meurtrie? celui d’une démarche honnête qui n’entend pas déresponsabiliser la sulfureuse compositrice. Pas plus qu’elle ne cherche à enjoliver la responsabilité d’une époque moderne plus que jamais assoiffée de sang. Janis Joplin, Jimmy Hendrix, ou Jeff Buckley plus tard ont été les malheureux précurseurs d’un machiavélique système. Celui-ci demande toujours plus de starisation et se nourrit de la peopolisation des artistes pour mieux les détruire de l’intérieur. Effrayant, surtout lorsque les responsables de ce marasme continuent d’exercer la même pression librement. D’autant plus glaçant lorsque ce système ne peut exister que par notre indéniable soif de ragots.

Enfin, et c’est peut-être la son plus grand mérite, le film est un merveilleux rappel sur le génie D’Amy. Tellement touchante dans sa vulnérabilité, elle nous émeut aux larmes quand nous la revoyons dans les moments forts de sa vie. Et nous sommes d’autant plus tristes de la voir partir aussi tot, car nous pouvons sans peine imaginer le fol héritage qu’elle aurait laisser dans l’histoire de l’industrie. « O rage, o désespoir« : tel l’adage de ce fameux poème du siècle passé, il nous reste sa musique pour constater le gâchis. Et ne pas oublier le destin funeste de cette étoile filante.

Amy – Bande-annonce

Amy: Fiche Technique

Réalisateur : Asif Kapadia et James Gay-Rees
Montage : Chris KING
Musique : Antonio PINTO
Durée : 127mn
Récompenses : Oscar 2016 du meilleur documentaire
Festival : Festival de Cannes 2015
Genre : Documentaire, Musical
Date de sortie : 08 juillet 2015

Etats-Unis – 2015

Auteur : Le Cinéphile Dijonnais (Sabri)

Interview d’Antoine Desrosières, réalisateur de Haramiste

Rencontre avec le cinéaste Antoine Desrosières, réalisateur de Haramiste, pour une entrevue sincère et enrichantoine-desrosieres-interviewissante :

Après un Prix du Public au Festival Côté Court de Pantin bien mérité, Haramiste est encore en salle, et ce, depuis le 1er juillet. Le film est d’ailleurs visible ce week-end à l’Accatone (horaires au bas de l’article). Ce court métrage d’Antoine Desrosière est véritablement un succès qui sera présenté au 8ème Festival du Film Francophone d’Angoulême du 26 au 30 août. Rencontre avec un « vieux cinéaste » qui ne manquera pas de nous enrichir par ses paroles instructives et vraies :

CSM : Haramiste résulte d’une commande d’un producteur pour la chaîne Arte. Le sujet concernait l’amour moderne que vous avez choisi de traiter par le biais d’internet et des sites de rencontres mais comment vous est venu l’idée de les lier à la religion musulmane ?
A. D. : Il s’agissait d’une commande d’Arte mais que la chaîne a refusé et un autre service d’Arte a acheté le film une fois fini. C’est un raisonnement très simple qui m’a amené aux jeunes femmes musulmanes et qui s’applique un peu à toutes les religions. Il me semblait que les rencontres Internet servaient tout particulièrement aux personnes pour qui les rencontres étaient interdites dans leur vie sociale ou familiale. Internet permet des rencontres cachées entre deux personnes qui n’ont pas d’univers commun ou de relations communes. Ainsi, les rencontres peuvent se décider dans le secret de ces deux personnes et en dehors des interdits qui régissent leurs vies. Cela m’a semblé particulièrement intéressant de voir comment des individus qui vivaient dans une culture où la sexualité est limitée « dealaient » avec les désirs normaux des jeunes femmes, des désirs biologiques, naturels. Face à ces désirs, les jeunes femmes ont trois solutions : soit elles les répriment totalement – beaucoup le font, soit elles se rebellent contre cette culture qui les leur interdit, soit elles se « débrouillent ». C’est de cette troisième catégorie dont le film parle : de celles qui se débrouillent, qui ne sont pas en rébellion avec leur culture mais qui se posent des questions et se demandent comment faire. Je ne fais pas de généralité sur les filles musulmanes, je raconte une histoire d’individus en particulier, une histoire de gens qui vivent des contradictions.

Y-a-t-il un message sous-jacent que vous avez voulu faire passer au travers du film ?
Je préfère laisser aux spectateurs la liberté de lire ce qu’ils veulent dans le film. Peut-être qu’il pose la question : la liberté sexuelle épanouit-elle les individus ?

Après avoir réalisé entre autres À la Belle Étoile sur les relations sociales et l’éducation sentimentale, Un Bon Bain Chaud sur les sans-papiers ou produit Mon Copain Rachid qui traite de l’homosexualité, vous vous penchez avec Haramiste sur les sites de rencontres et l’interdit lié à la religion. Au regard de ces sujets plus ou moins sensibles, peut-on parler de cinéma engagé et de films politiques ?

D’une certaine façon, mes films sont politiques mais ils le sont peut-être plus aujourd’hui qu’il y a 20 ans. Quand on porte un regard sur quelque chose qui n’est pas évident dans la société, ça devient politique. Finalement, les choses qui valent la peine qu’on s’intéresse à elles sont souvent celles qui ne sont pas évidentes.

Quels soutiens avez-vous reçu pour le film ? Quels partenaires, quels financements ?
Le film a été tourné grâce à la région Poitou-Charente et au département de la Vienne qui l’a financé. J’ai fait un oral face à un comité d’experts régionaux et nationaux ainsi que quelques élus, je crois. La région Île-de-France a donné une aide à la post-production sur film tourné et Arte l’a acheté sur film fini. Enfin, il a eu le Prix du Public à Pantin, ce qui est une aide considérable.

Finalement, ce n’est pas le même producteur qui a produit le film commandé au départ ?
Le film a été produit par une jeune productrice (ndlr : Annabelle Bouzom) après que le premier producteur l’a abandonné suite au refus d’Arte. Haramiste a donc rejoint dans mon tiroir d’autres projets qui attendent de se faire jusqu’au jour où je l’ai proposé à cette jeune productrice qui l’a choisi sur texte. Elle a fait le nécessaire pour trouver le financement via le Poitou-Charente, l’a vendu à Arte et l’a elle-même sorti en salle.

Inas Chanti s’est fortement démarquée lors du casting par son franc-parler et son humour tandis que Souad Arsane a été repérée à l’extérieur. Qu’est-ce qui les a rendu si particulières à vos yeux ?
Il se trouve que les actrices sont arrivées par des chemins différents mais la démarche était la même. J’aime faire des très grands castings car je pense que la moitié du film se fait lors de ces castings. Il est clair que le film Haramiste repose complètement sur le talent des actrices ; il fallait donc que je trouve des filles extraordinaires. Nous avons mis une annonce de casting sur des sites internet à laquelle Inas a répondu mais cette démarche s’est avérée insuffisante. J’ai donc demandé à ma directrice de casting, Johanna Lecomte, et ses assistants d’aller au delà, dans la rue, partout. C’est Souad qui, curieusement, a demandé du feu à Johanna. Celle-ci lui a proposé de passer les mêmes essais que Inas au casting. Souad a, elle aussi, été extrêmement brillante et je l’ai donc rapprochée d’Inas pour voir ce que cela donnerait ensemble.
Je leur ai ensuite proposé le sujet du film et elles ont pris possession du projet. Elles ont pris la parole et sont devenues co-auteures du scénario à travers toutes ces séances de développement et d’improvisations préalables. D’un scénario de départ de quatre pages, nous sommes arrivés à un film de 40 minutes soit 40 pages.

Inas Chanti s’échappe par la fenêtre pour aller à la rencontre de son amant telle une Juliette moderne rejoignant son Roméo. Peut-on dire qu’Haramiste est un film à tendance féministe ?
J’espère ! Quand des féministes de tout genre s’emparent du film et se le réapproprient, je considère que c’est un succès et que ma démarche de donner la parole à ces jeunes femmes est réussie. Le film était d’ailleurs entouré de femmes à tous les étages (même si après tout un film fait que par des hommes pourrait être féministe, il ne faut pas être femme pour faire un film féministe, pourquoi les causes ne devraient être portées que par ceux qui souffrent du problème qu’ils dénoncent ?). À tous les débats, Inas dit une phrase que j’aime beaucoup : « Je ne comprends pas pourquoi certaines femmes n’auraient même pas le droit de penser à ce que les hommes s’autorisent à faire ! ».

Le tournage du film dans une Cité de Châtellerault (Place Churchill) ne s’est pas déroulé sans encombre et vous avez dû quitter les lieux plus tôt que prévu ?
On avait prévu de tourner toute une journée et, en fin de matinée, certains jeunes, sans doute heurtés d’entendre des jeunes femmes voilées parler crûment, ont mis le bazar et ce n’était plus possible de tourner, mais avec les trois prises déjà tournées la scène était déjà sauvée, et je ne regrette pas d’avoir tourné sur cette place magnifique dont l’ambiance et la vie même imbibent la scène.

Qu’en a-t-il été des suites du film, de l’accueil du public et des retours que vous en avez eu en particulier ?
Haramiste a été projeté devant des publics différents que ce soit dans des festivals, en salle, à la TV ou sur internet. Je suis heureux qu’il y ait de plus en plus de jeunes femmes maghrébines qui voient le film, se l’approprient, le revendiquent et se reconnaissent en lui. Je pense par exemple à une jeune chanteuse maghrébine qui est venue nous voir lors d’une projection-débat et nous a raconté que c’était ce qu’elle avait vécu, mais à bien d’autres aussi.

Avez-vous eu quelques retours négatifs ?
Certaines personnes pensent que c’est un sujet dont on n’a pas le droit de parler mais ce sont des gens qui pensent que le cinéma devrait montrer le monde tel qu’ils voudraient qu’il soit, plutôt que d’en montrer les contradictions, notamment les contradictions intimes que l’on peut vivre. Souvent, c’est la bande-annonce, l’affiche ou le résumé qui suscitent des réactions négatives mais en général, quand le film est vu,
il séduit plutôt
. Il peut y avoir certains individus qui sont heurtés par le simple fait qu’on aborde ce sujet-là mais le fait est que c’est une comédie plutôt tendre et la vision du film démystifie beaucoup les craintes qu’il peut susciter.
Et puis, quelque part, si le film ne dérangeait personne, il ne servirait à rien. À ce sujet, Souad m’a dit une phrase tout-à-fait intéressante : « Si j’avais vu ce film en famille, j’aurais dit quelle merde ! Et si je l’avais vu toute seule dans ma chambre, j’aurais dit c’est génial ! ».

Antoine Desrosières, vous alternez assez régulièrement entre courts et longs métrages, comment cela s’explique ?
J’ai des projets dans tous les formats pour éviter que mes films soient en concurrence les uns avec les autres. J’ai des projets de séries télé ou radio, de téléfilms, de longs-métrages, de courts-métrages et ce sont les opportunités qui font que l’un des projets sera monté plutôt qu’un autre.
Finalement, c’est avec un court-métrage tourné en trois jours que j’ai fait mon film le plus impactant à ce jour, il semble. Lorsque j’ai fait mes premiers films, j’étais très jeune et je n’avais peut-être pas le même recul sur la société d’où l’intérêt d’être un « vieux » cinéaste. Souvent les artistes portent un regard sur eux-mêmes dans leurs premières œuvres et il faut avoir réglé ces questions avec soi-même pour pouvoir porter un regard sur les autres.

Les jeunes réalisateurs commencent souvent par des courts, avez-vous des conseils à leur donner ou des pistes de travail?
La différence entre mes débuts (1986) et aujourd’hui, c’est que c’est beaucoup plus facile de faire un film car on peut tourner en numérique pour presque rien. Avant, on tournait en pellicule et ça coûtait très cher. Du coup, les films d’aujourd’hui sont perdus dans la masse et c’est plus difficile de se démarquer, d’exister. Mon conseil serait donc : soyez prétentieux et demandez vous si le monde tournerait différemment si votre film n’existait pas.

Haramiste, la Bande-annonce :

A voir au Cinéma l’Accattone 20 rue Cujas, Paris 5ème:

vendredi 21 août: 20h15
Samedi 22 août: 20h (débat avec Antoine Desrosieres, réalisateur, et (sous réserve) Souad Arsane, actrice scénariste)
Dimanche 23 août: 20h15
Lundi 24 août: 20h (débat avec Antoine et (sous réserve) Souad.

In The Flesh, saison 1-2 : Critique Serie

Dominic Mitchell gagne en 2013 le Bafta de la meilleure mini-série dramatique avec In The Flesh retraçant le retour de Kieren Walker, 18 ans, qui s’est suicidé en se taillant les veines en apprenant que… Spoiler Alert ! Je me tais. Kieren est mort en effet et un traitement révolutionnaire permet de « soigner » les Syndromes du Décès Partiel. Les morts-vivants peuvent donc revenir auprès de leurs familles. Kieren est caché et les habitants de Roarton luttent toujours contre leur retour. Les habitants ? Non un groupuscule extrémiste armé combat les morts-vivant, les Human Volunteer Force, dirigé par un George Lukas anorexique sous antidépresseur. Ce sont des imposteurs selon eux. Et voici tout le message de cette série centrée sur le deuil. En 3 épisodes d’une heure (malheureusement insuffisant), on est emporté dans cette campagne britannique, à la fois brumeuse, hostile et fermée sur elle-même au cœur d’une haine insidieuse innommable. Il ne faut pas avoir fait bac+5 pour comprendre la métaphore d’une société intolérante, homophobe et malveillante envers ce qui s’oppose à la norme.

Après le retour dans la famille et le conflit rapidement élucidé avec la sœur Jem qui a rejoint les HVF, nous sommes confrontés à la violence de ce groupuscule qui entre chez les gens pour abattre le SDP dans la rue devant les yeux du proche. Le suspense est efficace et la photographie glacée. Le choc émotionnel est au rendez-vous. Malgré quelques facilités narratives du au temps imparti (3h pour une saison c’est un peu court), on en vient à rentrer dans le moule. Le deuxième épisode est centré sur le retour de Rick, fils de Bill. C’est un SDP et le père refuse de voir la vérité. Tandis que Kieren renoue avec sa meilleure amie atteinte d’une leucémie sur leurs tombes respectives, la situation à Roarton semble s’apaiser. Les SDP ne sont pas admis, mais pourtant Bill obligent tout le monde à intégrer Rick. L’étrangeté est indicible, mais tellement réelle. Kieren est plus humain que tout le village réunis, physique angélique, regard mélancolique, il ne regrette sans cesse ce qu’il a fait, dans ce supermarché durant la Première Vague.

Le contexte socio-politique sert de double lecture et la situation à laquelle nous assistons, huis clos ouvert dans ce village fictif dessiné pour être une contre utopie en réponse à la montée de l’intolérance européenne suite au mariage pour tous notamment. La bande son très moderne et à la fois classique, pop et orchestral, d’accompagnement ou propre à un certain lyrisme contemplatif, est une plus-value nécessaire à l’adhésion. L’homosexualité n’est jamais citée ou clairement annoncée, afin d’éviter peut-être de la montrer du doigt. L’étiquette est une menace dans les fictions contemporaines. Elle revêt de nombreux identités, toutes plus nocives au bien-fondé du récit hétéronormatif qui se doit d’emporter notre approbation. Le consentement de l’identité, l’acceptation ne doit plus être un problème et par ce tour de force, Dominic Mitchell, enfin Johnny Campbell le réalisateur, nous le fait comprendre de manière magistrale. C’est au travers un genre si particulier, inattendu que ces deux hommes nous surprennent et nous font pleurer. Car oui on ne peut qu’user de nos lacrymales dans le dernier épisode qui ouvre plus qu’il ne résout. Le deuil trouve ici une toute nouvelle définition. Obstacle à l’épanouissement de chacun ou nécessité sentimentale. In The Flesh traite de l’être humain, cet animal qui, en réponse à la douleur se ferme aux autres et à soi, provoquant une douleur incommensurable, plus insidieuse, incohérente et pourtant universelle, bien perceptible, douleur que l’on appelle intolérance. Entre le proche et le lointain, In The Flesh arrive à transformer les codes du genre, d’un film de zombies, on glisse tendrement dans un chaleureux drame existentiel à l’humour britannique. Entre l’humanité et la poésie satirique de George A. Romero, la vérité quasi documentaire de Ken Loach et la naïveté exemplaire de Richard Curtis, on frôle sous tous les angles le génie. C’est à croire que pour une fois une série porte bien son nom, – sans ambiguïté avec la série de Jamie Brittain et Bryan Elsley, – mais ce serait In the Skin(s).

Saison 2 :

L’équilibre social entre morts partiel et humains est plus que fragile. L’arrivée de deux figures charismatiques va semer le trouble dans la petite ville fictive de Roarton. D’un côté, ceux qui luttent pour la reconnaissance et la cohabitation des morts partiels, de l’autre, un parti pro-vivant dirigé par Maxine Martin continue de s’en méfier. Mais leur de la 2ème Résurrection approche et il faut choisir son camp…

On change radicalement de cap, que ce soit à la réalisation ou au montage. La première saison, plus courte et plus maîtrisée était rythmée et sensible. Les six épisodes de la deuxième saison , prolongée de 15 minutes, perdent littéralement de sens. Les acteurs semblent être mal dirigés et l’intérêt métaphorique se dissout dans un désir de faire une certaine psychologie avec deux trois bout de ficelles et des personnages plus ou moins bien écrits, sans forcément s’appuyer sur le spectaculaire des effets spéciaux (qui a rendu les maquillages de The Walking Dead si célèbre en passant). L’horreur serait-elle gratuite ? La deuxième saison d’In The Flesh paraît donc maladroite, bancale voire pire, sans intérêt.

Six mois se sont écoulés depuis le départ d’un personnage qu’on commençait à affectionner. Sur quoi peut-on concentrer l’attention ? Sur ces quelques remous flottant donc, sous les traits de l’antipathique Maxime Martin jouée par Wunmi Mosaku qui semble refaire l’inspectrice Holly Lawson des Enquêtes de Vera en beaucoup moins convainquante. Elle est bien décidée à ranger les SDP, ou PDS en anglais (je ne connais personnellement que le deuxième : « Partially-Deceased Syndrome ») du bon côté de la barrière, c’est-à-dire tel des esclaves immatriculés. Mais l’intrigue étirée sur la thématique du double nous ferait presque regretter le format « court » de la saison 1. À trop patienter, la tasse de thé se refroidit et l’expression devient évidente avec rétrospection. « Ce n’est plus ma tasse de thé ». Est-ce parce qu’on s’est éloigné de la subtilité ?

Si vous ne connaissiez pas encore Keaton Henson, il devrait vous procurer quelques frissons. Sa voix céleste, qui nous rappelle celle de Chris Garneau ou Jonsi de Sigur Ros, élève la bande son au dessus de quelques nuages tandis que les paysages, que je trouve mal exploités, à défaut d’une série comme Broadchurch, manquent de couleur et d’une atmosphère propre. L’impression de côtoyer le génie de la première saison sans jamais le rencontrer persiste à chaque épisode, malgré quelques étincelles, noyées dans une lourdeur romanesque. J’ai trouvé magnifique la volonté politique de construire une fiction apocalyptique sur des thématiques de tolérance (diffamation, homosexualité, couleurs de peau…) à travers la notion de la mort qui revêt une dimension poétique, mais la flamme perd de son intensité dans cette deuxième saison. Alors ne jetons pas le blâme quand on sait que malheureusement In The Flesh s’est éteint en janvier dernier, alors qu’elle méritait diablement une troisième saison de conclusion.

Pour les soucieux du détails, personnellement, lorsqu’une musique me plaît et n’est pas citée à l’écran comme le fait MTV, et que je n’ai pas Shazam tout de suite ouvert sur moi, j’apprécie pouvoir retrouver les titres. Voici donc la tracklist :

Synopsis : Quatre ans après sa mort, Kieren Walker reprend sa place au sein de sa famille et retrouve ses marques dans le village où il a toujours vécu. Personne pensait le revoir un jour. Seulement peu de temps après son décès, par une étrange nuit, des milliers de personnes décédées se sont réveillées. Après des mois de réadaptation et de médication, ces zombies sont aujourd’hui rendus à leurs familles… 

In The Flesh: Fiche Technique

Titre : In The Flesh
Année : 2013 (statut annulée)
Format : saison 1 : 3 épisode de 45 minutes – saison 2 : 6 épisode de 60 minutes
Origine : Royaume-Uni, tourné à Lancashire par BBC Three

Réalisateur: Johnny Campbell, Alice Troughton, Damon Thomas, Jim O’Hanlon

Musique : Keaton Henson…

Casting: Luke Newberry (Kieren Walker), Emily Bevan (Amy Dyer), Harrier Cains (Jemima Walker), Emmett J Scanlan (Simon Monroe), Marie Critchley et Steve Cooper (Sue et Steve Walker), Steve Evets (Mill Macy), Kenneth Cranham (Vicar Oddie), Wunmi Mosaku (Maxine Martin), Kevin Sutton (Gary Kendall), Ricky Tomlinson (Ken Burton), Gerard Thompson (Dean Halton)

Scénaristes: Dominic Mitchell, Fintan Ryan, John Jackson

Producteurs : Ann Harrison-Baxter, Hilary Martin

In The Flesh Launch Trailer – BBC Three

Saison 01

Episode 01

– Charon by Keaton Henson

– The Devil by Charlotte Eve

– Mama K (1) by This Mortal Coil

Episode 02

– To Your Health by Keaton Henson

Episode 03

– Corpse Roads by Keaton Henson

Saison 02

Episode 01

– Beekeeper by Keaton Henson

– Don’t Swim by Keaton Henson

– Feel The Heat by Terry Devine-King

– Lake of Fire by Curt Kirkwood

– Living Dead Girl by Rob Zombie

– Scary Monsters and Nice Sprites by Skrillex

Episode 02

– All For One by Philip Guyler

– Brick Face by Christopher Frederick

– Flesh and Bone by Keaton Henson

– Fromage Francais by Ian Hughes

– Never Play by Emily and The Woods

– Ruthless by Bob Bradley

– Scary Monsters and Nice Sprites by Skrillex

– Strong Hold by Terry Devine-King

– Super Jazz Hands by Ian Hughes

– Time to Die by Terry Devine-King / Adam Drake

Episode 03

– 10am Gare du Nord by Keaton Henson

– Back for Good by Take That

– Happy Birthday To you by Sacha Dhawan

– Reach for the Stars by Terry Devine-King / Adam Drake

Episode 04

– Party Song by Keaton Henson

Episode 05

– Polar Winter by Sam Kills Two

Episode 06

– You by Keaton Henson

– Back for Good by Take That

– Morning Has Broken by Cat Stevens

– New Life by Depeche Mode

– Family of Man by The Spinners

Planète Corps, un film de Pierre-François Gaudry : critique du DVD

Les documentaires scientifiques essaient de sortir de l’image d’aridité obscure dans laquelle ils étaient enfermés jusqu’à présent. C’est dans ce cadre de vulgarisation qu’Arte sort en DVD ce documentaire doté d’images impressionnantes.

Métaphore
Planète Corps affiche dès son titre ce qui sera son principe directeur : une comparaison entre notre corps et la planète Terre. Le montage fait alterner images de grottes et de cavernes, de plages et de forêts, avec des plans pris au microscope de l’intérieur du corps humain. Franck Courchamp, l’écologue qui présente le documentaire, affirme vouloir « porter au corps le même regard qu’aux espaces naturels de la Terre ». Le nombril est ainsi comparé à un cratère, pour ne donner qu’un exemple.

Population de bactéries
Mais si le documentaire prend ce point de départ, c’est pour pouvoir s’occuper de la faune invisible qui peuple notre corps. On y apprend alors que cent mille milliards de bactéries résident normalement sur et dans le corps d’un humain adulte. Des images, prises grâce à un révolutionnaire microscope électronique en mouvement, nous font connaître les visages peu amènes de ces êtres vivants pourtant indispensables à notre bonne santé.
Ainsi, ces bonnes bactéries empêchent les mauvaises de se développer et de nous envahir. Sur la peau (qui fait quand même 5 kilos, apprend-on au passage) aussi bien que dans nos intestins, elles aident notre corps à fonctionner correctement.
Les impressionnantes images de microscope et les splendides plans sur la nature terrestre sont entrecoupés par des entretiens avec des scientifiques du monde entier. Le but est de mieux connaître toute cette population. Nous découvrons, pêle-mêle : un fossile de pou, une étude du saut des puces, un élevage de moustiques, des champignons dans les poumons, un aperçu historique de l’évolution du tarte de nos dents, une guerre entre un globule blanc et de la toxoplasmose.
Alors, certes, il ne faut être trop sensible : les bestioles qui sont présentées ici ne sont pas d’une grande beauté, loin de là. De plus, le documentaire souffre un peu d’un rythme lent et d’un manque d’organisation, mais l’ensemble est quand même surprenant, instructif et visuellement très beau.

Planète Corps : Fiche Technique

planete-corps-arte-critique-dvdDate de sortie du DVD : 18 juillet 2015
Nationalité : France, Australie
Réalisation : Pierre-François Gaudry
Scénario : Pierre-François Gaudry, Joel Leyendecker
Musique : Gilbert Grilli
Photographie : Thierry Berrod (pour les images au microscope électronique en mouvement), Jean-Pierre Rivalain.
Montage : Pierre-François Gaudry, Nicolas Després, Léonore Desuzinges
Production : Thierry Berrod, Simon Nasht
Société de production : Mona Lisa production, Arte France, Smith&Nasht, Inserm, Universcience.
Société de distribution : Zodiak Rights
Genre : Documentaire scientifique
Durée : 87’

Younger : Musique, Bande originale de la Série

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Younger – La B.O./Trame Sonore/Soundtrack

Younger : un univers indie pop rock acidulé

Younger trace avec une certaine superficialité et un sexisme inavoué, le quotidien d’une mère quarantenaire « célibataire » qui se reconstruit dans une maison d’édition influente new yorkaise en se faisant passer pour beaucoup plus jeune que son âge. Au-delà de la supercherie se cache un univers musical girly tout en nuances entre le jazz et le folk/rock alternatif. Shania Twain et sa country pop ou bien Vonda Shepard et son piano bar dans Ally Mcbeal restent en tête. Ce n’est qu’en écho qu’elles apparaissent dans nos esprits, car d’autres jeunes chanteuses plus jeunes ont pris le relais. Lykke Li, Meghan Trainor ou les Scissor Sisters parmi les plus connues. Pour le reste, c’est l’occasion d’agrandir son répertoire. Vous connaîtrez à présent St.Vincent (Annie Erin Clark) aux consonances baroque pop, Gin Wigmore à la voix soul et jazzy qui nous fait penser à Amy Winehouse en plus pêchu (si vous n’avez pas encore vu la pub Heineken lors de la sortie de Skyfall en 2012, c’est le moment :

Leon Bridges aux rythmes soul des années 60 avec son titre « Coming Home » ou bien le duo Dream/synthpop Say Lou Lou et les ballades indie rock de Courtney Barnett

Si les chansons choisies ne sont que pour habiller une situation ou ponctuer le récit sans grande surprise, elles n’en restent pas moins entraînantes, propres au contexte urbain dans lequel sont implantées les « péripéties » de Liza Miller. Mais elles témoignent au final d’une certaine immaturité qui ne répond guère aux problématiques sur l’âge de cette dernière. Personnellement, je pense à un gros bonbon acidulé, agréable aux premières saveurs, rond et fruité, aux touches ensoleillées, puis rapidement un peu trop écœurant. Et vous, qu’en pensez-vous ?

Mon Top 5

Lykke Li – Get Some >

Say Lou Lou – Everything We Touch >

https://www.youtube.com/watch?v=TtRYHdfxtoE

Courtney Barnett – History Eraser >

St.Vincent – Birth In Reverse >

Leon Bridges – Coming Home >

Si vous voulez vous faire votre propre avis, voici les titres par épisodes, il doit sûrement en manquer, mais si cela peut vous être utile… N’hésitez pas à compléter la liste si vous en trouvez davantage !

Tracklist 

Pilot 

Get Some de Lykke Li

Birth In Reverse de St. Vincent

Man Like That de Gin Wigmore

– Low Road de Grace Potter & The Nocturnals

– Feelin’ Alright de Rare Earth

02Liza Sows Her Oates

Give it to Me de Just Kait

– Million Dollar Life de Wizardz of Oz

– Beyond the Sea de Bobby Darin

– You Know de Elaine Faye

– Wham Bam de Clooney

03 – IRL

–  It to Me Now de Farmdale

– Tempted de squeeze

– Baby Come Home de Scissor Sisters

– C’mon C’mon C’mon de Blues Saraceno

04 – The Exes

– Wild for You de Sleep Machine

– Nothing’s Gonna Stop Us de Blackout Cash

– Shake Ya Body de Cut One & Meg Cottone

– Feel the Rush de Company 

05 – Girl Code

– History Eraser de Courtney Barnett

– La Traviata: Act II Scene 1: Dammi Tu Forza, O Cielo! (Violetta, Annina, Alfredo) de G. Verdi

– Doin ThatThang V4 Haney – Lee de Chris Alan Lee

06 – Shedonism

???

07 – Broke and Pantyless

All About That Bass de Meghan Trainor

– Bringin’ On the Night de Robbie Nevil

– (Sha-La-La-La) Lights Out de The Marvelous Beauhunks

– All Fired Up de Blues Saraceno

– Smoke Screen de Flaming Vito

08 – Sk8

Everybody Dance de Lee Baker & Laura Vane

– Posies de The Henry Millers

–  Girl de The Suicide Machines

– Energy de Emi Meyer

09 – I’m With Stupid

– Million Dollar Life de Wizardz of Oz

– Queen Of The Quotation de New Cassettes

– Seeing Stars de The Kinnardlys

– Outlaw de Hilary Duff

10 – The Boy With the Dragon Tattoo

– Running Behind de HOLYCHILD

– Happy With Me de HOLYCHILD

11 – Hot Mitzvah

– Feelin’ Alright de Farmdale

– Antigravity de Bullyheart

– Change the World de Farmdale

– She Got It All de Marc Williams, Paul Fletcher, Patrick Sturrock & Russ Keffert

– BackTrack de Passport

12 – The Old Ma’am and the C

– Like You de Cariad Harmon

– Coming Home de Leon Bridges

– Too Far Out de Moca

– Everything We Touch de Say Lou Lou

– Fire Away Demo de Tyler Read

– I’ve Waited For You de Stacy Clark

– Beautiful Child of Everlasting Love de Majestyy

Pour les définitions terminologiques, la source est wikipédia

[1] La pop baroque (rock baroquerock anglais, ou pop/rock de chambre) est un sous-genre musical du pop rock ayant émergé dans les années 1960 aux États-Unis et au Royaume-Uni en tant que genre mêlant pop rock, musique classiquepop orchestrale et musique baroque. La pop baroque atteint son pic de popularité à la fin des années 1960, grâce à de nombreux artistes et groupes principalement orientés dans le genre ou ayant ajouté des éléments du genre à leurs chansons comme : les Beach Boys, The Moody Blues, The Beatles, The Left Banke, The Fifth Estate, The Rolling Stones, Love et Procol Harum. La popularité du pop baroque décline dans les années 1970, en partie à cause de l’émergence du punk rock, du disco et du hard rock ; néanmoins, le genre continue à être produit et parvient à développer de nouveaux sous-genres, comme la pop de chambre, qui se développe dans les années 1990 et incorpore des éléments de musique classique.

[2] The Allmusic Guide to Electronica définit la dream pop comme « un sous-genre atmosphérique de rock alternatif qui repose autant sur les textures sonores que sur les mélodies. » Les caractéristiques sonores de la dream pop sont un chant murmuré et l’utilisation d’effets de guitare produisant souvent un « mur de bruit » (wall of noise)

[3]  La synthpop (également connue sous les termes electropop, ou technopop) est un type de musique populaire émergeant des années 1980, dans laquelle le synthétiseur est le principal instrument. Ce dernier figurait auparavant dans les années 1960 et1970 dans le rock progressif, l’electronic art rock, le disco et en particulier dans le « krautrock » de groupes tels que Kraftwerk. Elle se popularise sous un genre distinct au Japon et au Royaume-Uni durant l’ère post-punk et fut largement impliqué dans le mouvement new wave à la fin des années 1970 et au milieu des années 1980. La synthpop, appelée tout simplement « new wave » en France, a aidé à établir des éléments de synthétiseur dans des genres musicaux popularisés tels que la pop et le rock, a directement influencé des genres comme la house, la techno de Détroit, et la trance ainsi que d’autres genres musicaux.

How To Get Away With Murder : Musique, Bande originale

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How To Get Away With Murder – La B.O./Trame Sonore/Soundtrack

HTGAWM : du sombre à la lumière, une addiction électronique

Darkwave, Drum’n’Bass, post-punk, synthpop, indutrial, art/baroque pop, gothic rock… Les sous-genres foisonnent lorsqu’il s’agit de décrire un univers musical et celui de How To Get Away With Murder, je me passerai de la traduction M6, est riche et varié. Écoutez par exemple : et vous vous rendrez vite compte de l’énergie de la série.

Énergie partagée déjà avec les crédits de Looking toujours très rythmés. J’avais précisé dans ma critique sur la série, que la cible favorite était les ménagères de moins de 50 ans. Alors comment explique-t-on l’univers musical loin, très loin des ménages et surtout de cette tranche d’âge. A l’écoute entière de la soundtrack, chose que j’ai fait et qui compose maintenant mon mp3, on pense à une immense rave party nocturne, électrisante et lumineuse. Photek, à la réputation mondiale après trois nominations consécutives aux Grammy Awards, est le compositeur du thème qui ferme tous les épisodes du show de Shonda Rhimes et Peter Nowalk. La série à succès sur ABC, mettant en scène Viola Davis en brillante avocate, figure au sommet des drames diffusés à la rentrée automnale parmi les 18-49 ans. Et la bande-son y est aussi pour quelque chose !

A en croire, la formule de Game of Throne, lorsque sexe et violence, Eros et Thanatos pour rester dans la mouvance romantique, entrent dans l’équation, le succès est toujours au rendez-vous. Et l’aphorisme dichotomique est savamment réorchestrée. Imaginez la version lente et sensuelle de « Crazy in Love » de Beyoncé

 et le thème de Bernard Hermann sur Psychose

qui se rencontrent sur deux temps, ajoutez une pincée d’adrénaline Fast and Furious, quelques sueurs froides, une bouffée de chaleur et l’excitation de la révélation digne des meilleurs romans policiers, le tout mélangé avec beaucoup de beat électro vous obtiendriez par exemple, ce morceau issu de l’épisode final.

Entrain irrésistible ou migraines assurées, c’est selon. Pour ma part, l’addiction est évidente. L’est-elle pour vous ?

Pilot

– Dark and Stormy de Hot Chip

– Push ‘Em (feat Skinhead Rob & Tim Armstrong) de Travis Barker & Yelawolf

– Apoidea de Roman Remains

– I Come with Knives de iamx >

Le plombier arrive au sommet du réservoir d’eau dans lequel se trouve le cadavre d’une jeune femme; Annalise fait part de ses réflexions à son mari devant les informations ; dans les bois, le gang se trouve prêt du corps qu’ils s’apprêtent à mettre au feu.

– Jingle Bells de Rosemary Clooney

– Love Runs Out de OneRepublic

– Levitation (Autonica Remix) de Special

– Sensation (Acid Remix) de Val Kononov

02 – It’s All Her Fault 

– Run Me Out de Zola Jesus

03 – Smile, or Go to Jail 

– The Unified Field de iamx

Somebody de Fenech-Soler >

Les étudiants partagent leurs opinion dans un bar ; Laurel se heurt à un charmant garçon ; Connor charrie Michaela sur ses aventures avec son fiancé.

– Love Runs Out de OneRepublic

04 – Let’s Get to Scooping 

– No One’s Here To Sleep (feat. Bastille) de Naughty Boy

– Jaguar de Mogwai

– Cold Red Light (Instrumental) de iamx

Modern de Mogwai >

Le juge délivre son verdict sur l’audience de Rebecca. Annalise se veut rassurante.

  1. We’re Not Friends 

– Slowed Down de Visuals

Volatile Times (Us Version) de iamx >

Wes découvre l’appartement de Rebecca vide, elle lui a raconté qu’elle ne fait pas confiance à Annalise et Sam. Wes découvre l’identité de Mr. Darcy

06 – Freakin’ Whack-a-Mole 

Evil Voices de The Faint >

Annalise et Bonnie briefent le groupe sur la nouvelle affaire ; montage du groupe qui passe la nuit à faire des recherches sur leur client.

Tumbling Lights de The Acid >

Annalise assure à son mari qu’elle prend les choses en main à présent ; Nate enquête sur Frank ; Asher place le trophée sur sa cheminée

– Briar Path (Instrumental version) de ERAAS

– Dress Walker de Liars

– Burn It (feat. Di’Alo) de Skee-Ball

07 – He Deserved to Die 

– Vagaries of Fashion de Fujiya & Miyagi

– All the Other Girls (Demo) de Avid Dancer

– That Good Night (Trentmoller remix) de Howl Baby Howl

08 – He Has a Wife 

Drive, Pt. 1 de Ben Khan >

Scène de sexe.

– No Fun de The Presets

Drive de Wild Cub >

En flashback, Rebecca apportent de la drogue à Lila qui lui raconte sa première fois avec Mr. Darcy

09 – Kill Me, Kill Me, Kill Me 

Walk with the Noise de iamx >

Asher se décide finalement à rejoindre les autres à la fête de fin de semestre ; Bonnie se noie dans l’alcool en regardant aux news l’affaire sur la disparition de Lila ; Wes demande à Rebecca de ne pas quitter le motel.

– Black Out Days (Spacebrother Remix) de Phantogram

Vision de M83 >

Annalise quitte l’appartement de Nate et essaie d’appeler Sam, mais lui laisse un message ; les étudiants dispersent les restent du cadavre brûlé

10 – Hello Raskolnikov 

Killed Ya de Daniel Wilson >

Annalise et le gang cherche à prouver la culpabilité de Mr. Drancy ; Connor sonde Oliver sur ses mœurs sexuelles « épanouies » ; Bonnie essaie de récupérer l’ordinateur portable de Sam.

– Disruptism (Principles of Geometry Remix) de Gyrls

11 – Best Christmas Ever 

– You’re Just Like Christmas de The Crookes

– I Salute You Christopher (Instrumental) de iamx

I Salute You Christopher (Us Version) de iamx >

Connor et Oliver se réconcilie autour d’un repas ; La sœur de Sam, Hannah confronte Annalise ; Rebecca montre à Wes des informations concernant Sam.

12 – She’s a Murderer 

Homeostasis de nostalghia >

Asher fait une remarque incestueuse sur le groupe ; la police perquisitionne la maison d’Annalise tandis que Bonnie cherche à se faire pardonner auprès d’Annalise.

– Nitesky (feat. John LaMonica) de Robot Koch

– Nitesky (feat. John LaMonica) (Cato remix) de Robot Koch

Back To The Start (Instrumental) de Digital Daggers  >

Chanson de fin sur plus de 4 minutes

13 – Mama’s Here Now 

– Feel the Same de Battle Tapes

– Thrill Anybody? de Living Days

– The Light (feat. Denai Moore) de SBTRKT

14 – The Night Lila Died 

– Feel de Nalepa & William Arcane

Music People (Us Version) de iamx >

Michaela force Rebecca à avouer la vérité alors que cette dernière menace le gang avec des informations qu’elle a chacun d’entre eux; Frank surprend Bonnie et Asher

15 – It’s All My Fault 

– Black de The Soft Moon

Run Me Out de Zola Jesus >

Wes refuse de laisser partir Rebecca qui finit par lui avouer qu’elle lui fait confiance ; en flashback Sam déclare aimer Lila ; Rebecca trouve Lila et l’on apprend qui est le meurtrier.

Younger, Saison 1 : Critique Serie

Imaginez Meryl Streep du Diable s’habille en Prada à la place de la jeune Anne Hathaway, les péripéties d’Ugly Betty et la mise en scène d’un mauvais Christmas Movie. L’image prototype vous laisse perplexe ? Décryptage…

Younger est la dernière création du « on ne le présente plus » Darren Star. On lui doit Berverly Hills 90210, Melrose Place et Sex In The City. Qu’ont-elles en commun me direz-vous (si ce n’est que la dernière n’a pas été sali d’un remake 2010’s), excepté dépeindre une tranche d’âge américaine, romantisée à excès, entre soap populaire et problématiques contemporaines ? Guère plus en effet. Ce n’est pas parce que Monsieur Darren Star est homosexuel que ces séries s’adressent à un public essentiellement féminin. Si ? Évitons le cliché, même si lui peine à s’en défaire. Younger s’inscrit donc naturellement dans cette prolongation « narrative » et « existentielle » (on ne met jamais assez de guillemets dans nos vies). Après l’indépendance liée à l’adolescence au début de la décennie 90, l’emménagement et le jeune âge adulte à la fin de cette même décennie et la trentaine ou comment être femme new-yorkaise dans ce nouveau 21ème siècle, voici venu le temps de la quarantaine. Comment se reconstruire après un divorce lorsque l’on paraît presque la moitié de son âge en 2015 ? Sexe, ambitions et trahisons encore au rendez-vous…

Basée sur le roman de l’écrivaine Pamela Redmond Satran et inédite dans les pays francophones, Younger se focalise sur Liza Miller, 40 ans, mère célibataire et divorcée. Elle cherche un emploi dans l’édition et son âge pose problème. Évidemment, le monde a changé, twitter et les réseaux sociaux régissent nos vies urbaines. Le décalage est le principal, peut-être même le seul, ressort comique. S’il fonctionne relativement durant les trois premiers épisodes, la série prend ensuite un tournant dangereux que je nomme le stéréotype. Liza a l’incroyable chance de, naturellement, en paraître facilement 10, voire 15 de moins (il faut dire que l’actrice pratique la danse et le chant, prenez notes mesdames). Elle représente le cliché de la mère un peu has been qui fait tout pour se mettre à la page, copiner avec une collègue talentueuse et sortir avec un « womanizer » tatoueur. Enfin, on le croit pur et sincère, comme au premier jour, mais les hommes sont tous pareil, trop beaux et infidèles, friqués et stupides ou intelligent et étranger. Non ?

En voulant s’adresser à deux publics ciblé(e)s : les femmes middle aged qui ont peur de la fin de carrière, ou à l’opposé, celles qui sortent d’études et conquièrent la profession, Darren Star sombre dans les abysses de l’éculé et du presque niais. Alors oui, les trois premiers épisodes, on a envie d’y croire, il y a une certaine fraîcheur et l’empathie fonctionne à la manière d’un téléfilm de Noël tourné entre Manhattan et Brooklyn, mais l’écriture ne se démarque guère des poncifs pailletés. Représentations, trop lisses pour être crédibles, du « réussir à tout prix », environnement professionnel glamour (il n’y a qu’à voir sur les écrans, les secteurs sont toujours mode, édition ou judiciaire) et personnages sans réelle complexité. Il faut évoluer avec le public, et les trentenaires de Sexe In The City ont déjà 40 ans passés et vous en avez déjà 53, Monsieur Darren Star. Ses trois séries, précédemment citées, avaient ce quelque chose de subversif, « presque » authentique. Outrageous, comme ils disent (délirant, scandaleux) et addictive (pareil en français), mais la barre est loin d’être aussi haute et je doute que son nouveau show atteigne les même sommets, malgré une saison 2 déjà commandée et une bande son pop acidulée assez agréable…

Pointez le viseur entre Hot in Cleveland et The Exes et vous aurez un autre produit dérivé. Younger pour quarantenaires en mal être identitaire ou jeunes actives à la vie sentimentale fluctuante, on aurait vite fait de faire le tour alors que le sujet est bien plus complexe que la superficialité qui nous est proposée. Hilary Duff (Lizzie McGuire) et Nico Tortorella (The Following) à l’atout beauté indéniable sont les égéries modelées façon Disney Channel de cette jeunesse à qui tout réussi. Sutton Foster et Debi Mazar (Friends, Entourage, Castle) sont les pendants « pathétiques » en voie de reconstruction. Ne jetons pas la pierre sur cette première saison inégale, car malgré tout la série fait preuve d’un potentiel attendrissant. « Il n’est jamais trop tard pour bien faire » ? « Il n’y a pas d’âge pour aimer/apprendre » ? Si vous ne le saviez pas déjà… Souriez avant que la première ride n’apparaisse.

Diffusée depuis le 31 mars 2015 sur Tvland, tous les mardis en prime time. Une saison 2 de 12 autres épisodes a été commandée le 15 avril dernier.

Synopsis : Une mère de famille du New Jersey, fraîchement célibataire, décide de mentir sur son âge afin de se donner plus de chances de retrouver du travail. Avec un peu de maquillage, elle réussit à paraître vingt ans plus jeune…

Younger: Fiche Technique

Titre : Younger
Année : 2015
Format : 12 épisodes de 22 minutes
Origine : USA, d’après le roman Younger de Pamela Redmond Satran, tourné à NYC par Darren Star Productions et Jax Media
Réalisateur: Darren Star, Tamra Davis, Arlene Sanford, Peter Lauer, Steven Tsuchida et Tricia Brock
Musique : Chris Alan Lee et Peter Nashel
Casting: Sutton Foster (Liza Miller), Hilary Duff (Kelsey Peters), Miriam Shor (Diana Trout), Debi Mazar (Maggie), Nico Tortorella (Josh)
Scénaristes: Darren Star, Dottie Dartland Zicklin & Eric Zicklin, Rick Singer, Alison Brown
Producteurs exécutifs: Keith Cox, Larry W. Jones, Darren Star et Sheridan Thayer

 

 

How To Get Away With Murder, Saison 1: Critique Série

C’était la grande nouveauté tant attendue de la rentrée 2014/2015. Le troisième show de Shonda Rhimes et Peter Nowalk, diffusé en prime time, puis en troisième partie de soirée le jeudi après Grey’s Anatomy et Scandal, a vite su trouver son public et des audiences plus que correctes (en moyenne 9 millions par épisode).

Synopsis : Annalise Keating possède toutes les qualités requises chez un professeur de droit pénal. Brillante, passionnée, créative et charismatique, elle symbolise également tout ce à quoi on ne s’attend pas : sexy, imprévisible et dangereuse. Que ce soit lors d’un procès ou dans une salle de classe, Annalise est impitoyable. Avocate de la défense, elle représente les criminels, des plus violents jusqu’à ceux suspectés de simple fraude. Son objectif est de faire presque tout ce qui lui est possible pour gagner leur liberté. De plus, chaque année, Annalise sélectionne un groupe d’élèves, qui se révèlent être les plus intelligents et les plus prometteurs, à venir travailler dans son cabinet. Car apprendre auprès d’Annalise est l’occasion d’une vie, celle qui peut tout changer pour ces étudiants, et cela pour toujours. C’est exactement ce qui se produit lorsqu’ils se retrouvent impliqués dans un assassinat qui fera vibrer toute l’université…

Le duo de créateurs/producteurs exécutifs a su mettre à profit une intelligente stratégie de communication sur les réseaux sociaux et engager de bons scénaristes et réalisateurs qui ont su alimenter sur plus de 6 mois entre septembre 2014 et avril 2015 une certaine addiction et un buzz régulier. How To Get Away With Murder débarque trois mois après en France sur M6. À l’ère du numérique, la chaîne française a été « très » rapide pour acquérir les droits de diffusion quand on sait qu’en moyenne il faut compter entre 6 mois et 2 ans avant de voir sur nos écrans une série étrangère. C’est l’occasion de (re)venir sur un des meilleurs succès d’ABC de cette dernière saison, intitulé simplement Murder sur notre continent, et une des plus exquises séries (presque) tout genre confondu, avant la diffusion de la deuxième saison à la rentrée 2016.

Annalise Keating, heureuse en ménage, est une brillante avocate indépendante qui donne également des cours magistraux de droit à l’université de Middleton à Philadelphie, intitulés « How To Get Away With Murder » (Comment s’acquitter d’un meurtre?). En ce début de semestre, 5 étudiants, présélectionnés sur une plaidoirie publique, auront l’opportunité de rejoindre son cabinet pour travailler à ses côtés. Et comme toute bonne série demande de bons personnages, nous retrouvons un débrouillard un peu maladroit, leader né qui vient tout juste de s’installer en ville, une jeune fille de bonne famille à l’ambition démesurée qui s’apprête à se marier, un bel éphèbe aux mœurs sexuelles épanouies, une idéaliste sensible et discrète décidée à défendre les moins fortunés et un comique de service qui a plus d’un tour dans son sac. Ont-ils seulement été choisis pour leur force de persuasion ou font-ils tous partie d’une mécanique qui les dépasse ? Quoiqu’il en soit, tous descendent de riches familles sauf le premier qui vient toujours en vélo et vit dans un taudis, habité anciennement par un jeune déséquilibré. Il tombe amoureux de Rebecca sa voisine droguée de pallier. Aux côtés d’Annalise, son époux Sam aux allures peu commodes, son amant, Nate qui fait partie des forces de l’ordre, et ses assistants, Bonnie, farouche, pincée, et Frank, barbu et râblé. La mise en abyme approche et le crime est donc de circonstance. C’est ainsi que Wes, Michaela, Connor, Lauren (et Asher?) sont impliqués, le soir de la fête du campus, dans un meurtre qu’ils semblent tous avoir commis.

En parallèle des flash-backs qui composent le récit, une étudiante nommée Lila est retrouvée assassinée dans une citerne sur le toit d’une sororité. Chaque épisode, construit sur deux temps, passé/présent, s’attache à répondre de ces deux meurtres (sont-ils seulement liés ?) tout en proposant des intrigues secondaires autonomes durant lesquelles Annalise et son équipe s’évertuent à prouver l’innocence des différents clients. La lumière n’est pas toujours là où on l’attend et la culpabilité ne peut qu’être transférée. Elle ne disparaît jamais. Peu importe les moyens de s’en acquitter, la fin ne justifie pas toujours les moyens. La mort apparaît comme une première/dernière solution, et pourtant, jusqu’où sommes-nous prêts à aller par amour ?

La mise à nue est donc nécessaire. Elle en est d’autant plus surprenante lorsqu’elle vient d’Annalise, incarnée avec force et pudeur par Viola Davis (La Couleur des Sentiments, Get On Up, Hacker…). Les autres personnages, conçus comme des rouages propres, des expédients de cette machine fictionnelle, entre Suits, l’univers sombre d’Agatha Christie et Misfits (sans les pouvoirs surnaturels… quoique!), ne sont pas en reste. Le talent des scénaristes a été de les faire (co)exister en les rendant indispensables, sans perdre l’attention du spectateur sur les deux intrigues principales. Ils ont choisi, par épisode, de focaliser l’intérêt sur l’un ou l’autre des personnages principaux selon une logique implacable, et de conclure sur des montées en puissance et rebondissements, autrement appelés cliffhangers. Tout est une question d’équilibre. C’est d’ailleurs la déesse Thémis, aveugle tenant dans ses mains la balance et le glaive qui sert d’arme du crime et de trophée ! On la retrouve dans le générique de Daredevil, autre héros Netflix/Marvel aveugle… Tous les personnages de How To Get Away With Murder ont des faiblesses ou presque, des nuances qui renforcent l’empathie, et surtout une ombre mystérieuse, une part d’inconnu que l’on aimerait voir lever. Notons que nous avons rarement vu un personnage principal féminin afro-américain aussi saisissant !

Parmi le casting, un descendant d’Harry Potter (Dean Thomas), une ancienne Gilmore Girls (Liza Weil), la moitié humaine d’une déesse dans Buffy contre les vampires (rappelez-vous de Ben vs Gloria, c’est Charlie Weber), le maton John Bennett d’Orange Is The New Black et d’autres fortes têtes déjà vues à la télévision ou au cinéma. L’atout secondaire, si ce n’est premier, est musical (Lire l’article à ce propos). Endiablées, décomplexées et rayonnantes, les chansons perçues comme leitmotiv participent à l’entrain irrésistible. IAMX, M183, Ben Khan, The Faint, One Republic, The Acid, Wild Cub, Daniel Wilson… Tout un répertoire, entre musique électronique, érotique aux influences des années 80’s, pop rythmée contemporaine et rock progressif, qui contribue à l’alchimie et dessine les contours d’une série drama-soap-judiciaire innovante, tant sur le déroulement du récit que sur les thématiques abordées. Rarement des rapports sexuels entre hommes auront été aussi explicites en prime time sur une network américaine. L’homme aussi use de ses charmes pour arriver à ses fins… En empruntant certaines caractéristiques, photographiques et scénaristiques, au slasher movie, le show de Shonda Rhimes et Peter Nowalk modernise le genre. Encore une comparaison à la série Netflix citée plus haut, diffusée après cependant, réside dans l’utilisation des éclairages (Daredevil et pas OITNB). Le passé, perçu comme clair et vif par des teintes jaunes et blanches, débouche sur un présent sombre et bleuté. L’épisode 9, programmé avant la trêve hivernale, revient entièrement sur le soir du crime qui réunit les 5 étudiants et les révélations éclosent progressivement incluant le spectateur au centre de ce jeu de l’oie.

Pour vendre un produit, l’emballage et ses propres fonctions ne suffisent pas toujours à atteindre son cœur de cible et c’est auprès des consommateurs même qu’il faut savoir frapper. En baptisant la soirée Shondaland « #TGIT » (« Thank God It’s Thursday »), à la suite de Grey et Olivia Pope, le succès a tout de suite été retentissant. Mais le visionnage en replay ne permet pas aux chaînes de rapporter suffisamment d’argent, il faut donc amener les téléspectateurs au rendez-vous hebdomadaire directement devant leur poste de télé et quoi de mieux que les réseaux sociaux pour tenir informer H-24 si ce n’est M(ou S)-60 ? La même méthode que pour Scandal a donc été approuvée à travers le hashtag #HTGAWM et les comptes personnels des comédiens, qui twittaient pour provoquer, à la fois, le buzz et le sentiment, auprès de ceux qui n’ont pas pris le train en marche, de louper quelque chose. Si en France, cette implication des réseaux sociaux est moins retentissante, il faudra pour M6 ne pas succomber à l’envie de tout diffuser, habitude prise cette dernière année, comme pour écouler un stock que l’on sait vide. La chaîne française programmera les quatre premiers épisodes mardi 30 juin avant de déplacer la série définitivement, sauf audiences exceptionnelles, dans la case du mercredi en 2ème partie de soirée. Le potentiel de la série, renommée Murder suffira-t-il à créer l’addiction pour le public français ? J’en suis persuadé. De là à twitter Dieu Merci C’est Mercredi…

UPDATE : Les deux premiers épisodes diffusés sur M6 réalisent en moyenne un excellent démarrage en rassemblant 3,2 millions de téléspectateurs avec plus de 25% sur la cible fétiche des annonceurs, les ménagères de moins de 50 ans (l’expression reste encore à définir). Mais, ce que je craignais est arrivé, en déplaçant la suite, le lendemain à 23h, les audiences se sont effondrées. Évidemment, les ménagères travaillent en semaine et enchaîner quatre épisodes, c’est peut-être beaucoup non ? L’ultime épisode de la saison 1, entre 0h30 et 1h20, a réuni 399.000 fidèles, soit 8,9% du public…

Si Six Feet Under est devenue une référence en termes de traitement du deuil et des relations familiales conflictuelles, How To Get Away With Murder est en passe d’en devenir une pour son traitement de la culpabilité et des relations amicales litigieuses. C’est d’ailleurs étrange que la sphère professionnelle y est toujours attachée, non ?

How To Get Away With Murder : Bande-annonce

Bloopers

Une série comique ?

How To Get Away With Murder: Fiche Technique

Titre : How To Get Away With Murder
Année : 2014/2015
Format : 15 épisodes de 42 minutes
Origine : USA, tournée en Pennsylvanie et Los Angeles par ABCStudios et Shondaland Productions.
Réalisateur: Bill D’Elia, Laura Innes, Michael Offer, Debbie Allen, Eric Stoltz, Michael Katleman, Michael Listo, Randal Zisk, Stephen Williams

Musique : Photek, Chad Fischer, IAMX

Scénaristes: Peter Nowalk, Erika Green Swafford, Doug Stockstill, Warren Hsu Leonard, Michael Foley

Casting: Viola Davis (Annalise Keating), Billy Brown II (Nate Leahy), Alfred Enoch (Wes Gibbins), Jack Falahee (Connor Walsh), Katie Findlay (Rebecca Sutter), Aja Naomi King (Michaela Pratt), Matt McGorry (Asher Millstone) , Karla Souza (Laurel Castillo), Charlie Weber (Franck Delfino), Liza Weil ( Bonnie Winterbottom)…

Producteurs délégués: Shonda Rhimes, Peter Nowalk, Betsy Beers, Bill D’Elia