In The Flesh, saison 1-2 : Critique Serie

Dominic Mitchell gagne en 2013 le Bafta de la meilleure mini-série dramatique avec In The Flesh retraçant le retour de Kieren Walker, 18 ans, qui s’est suicidé en se taillant les veines en apprenant que… Spoiler Alert ! Je me tais. Kieren est mort en effet et un traitement révolutionnaire permet de « soigner » les Syndromes du Décès Partiel. Les morts-vivants peuvent donc revenir auprès de leurs familles. Kieren est caché et les habitants de Roarton luttent toujours contre leur retour. Les habitants ? Non un groupuscule extrémiste armé combat les morts-vivant, les Human Volunteer Force, dirigé par un George Lukas anorexique sous antidépresseur. Ce sont des imposteurs selon eux. Et voici tout le message de cette série centrée sur le deuil. En 3 épisodes d’une heure (malheureusement insuffisant), on est emporté dans cette campagne britannique, à la fois brumeuse, hostile et fermée sur elle-même au cœur d’une haine insidieuse innommable. Il ne faut pas avoir fait bac+5 pour comprendre la métaphore d’une société intolérante, homophobe et malveillante envers ce qui s’oppose à la norme.

Après le retour dans la famille et le conflit rapidement élucidé avec la sœur Jem qui a rejoint les HVF, nous sommes confrontés à la violence de ce groupuscule qui entre chez les gens pour abattre le SDP dans la rue devant les yeux du proche. Le suspense est efficace et la photographie glacée. Le choc émotionnel est au rendez-vous. Malgré quelques facilités narratives du au temps imparti (3h pour une saison c’est un peu court), on en vient à rentrer dans le moule. Le deuxième épisode est centré sur le retour de Rick, fils de Bill. C’est un SDP et le père refuse de voir la vérité. Tandis que Kieren renoue avec sa meilleure amie atteinte d’une leucémie sur leurs tombes respectives, la situation à Roarton semble s’apaiser. Les SDP ne sont pas admis, mais pourtant Bill obligent tout le monde à intégrer Rick. L’étrangeté est indicible, mais tellement réelle. Kieren est plus humain que tout le village réunis, physique angélique, regard mélancolique, il ne regrette sans cesse ce qu’il a fait, dans ce supermarché durant la Première Vague.

Le contexte socio-politique sert de double lecture et la situation à laquelle nous assistons, huis clos ouvert dans ce village fictif dessiné pour être une contre utopie en réponse à la montée de l’intolérance européenne suite au mariage pour tous notamment. La bande son très moderne et à la fois classique, pop et orchestral, d’accompagnement ou propre à un certain lyrisme contemplatif, est une plus-value nécessaire à l’adhésion. L’homosexualité n’est jamais citée ou clairement annoncée, afin d’éviter peut-être de la montrer du doigt. L’étiquette est une menace dans les fictions contemporaines. Elle revêt de nombreux identités, toutes plus nocives au bien-fondé du récit hétéronormatif qui se doit d’emporter notre approbation. Le consentement de l’identité, l’acceptation ne doit plus être un problème et par ce tour de force, Dominic Mitchell, enfin Johnny Campbell le réalisateur, nous le fait comprendre de manière magistrale. C’est au travers un genre si particulier, inattendu que ces deux hommes nous surprennent et nous font pleurer. Car oui on ne peut qu’user de nos lacrymales dans le dernier épisode qui ouvre plus qu’il ne résout. Le deuil trouve ici une toute nouvelle définition. Obstacle à l’épanouissement de chacun ou nécessité sentimentale. In The Flesh traite de l’être humain, cet animal qui, en réponse à la douleur se ferme aux autres et à soi, provoquant une douleur incommensurable, plus insidieuse, incohérente et pourtant universelle, bien perceptible, douleur que l’on appelle intolérance. Entre le proche et le lointain, In The Flesh arrive à transformer les codes du genre, d’un film de zombies, on glisse tendrement dans un chaleureux drame existentiel à l’humour britannique. Entre l’humanité et la poésie satirique de George A. Romero, la vérité quasi documentaire de Ken Loach et la naïveté exemplaire de Richard Curtis, on frôle sous tous les angles le génie. C’est à croire que pour une fois une série porte bien son nom, – sans ambiguïté avec la série de Jamie Brittain et Bryan Elsley, – mais ce serait In the Skin(s).

Saison 2 :

L’équilibre social entre morts partiel et humains est plus que fragile. L’arrivée de deux figures charismatiques va semer le trouble dans la petite ville fictive de Roarton. D’un côté, ceux qui luttent pour la reconnaissance et la cohabitation des morts partiels, de l’autre, un parti pro-vivant dirigé par Maxine Martin continue de s’en méfier. Mais leur de la 2ème Résurrection approche et il faut choisir son camp…

On change radicalement de cap, que ce soit à la réalisation ou au montage. La première saison, plus courte et plus maîtrisée était rythmée et sensible. Les six épisodes de la deuxième saison , prolongée de 15 minutes, perdent littéralement de sens. Les acteurs semblent être mal dirigés et l’intérêt métaphorique se dissout dans un désir de faire une certaine psychologie avec deux trois bout de ficelles et des personnages plus ou moins bien écrits, sans forcément s’appuyer sur le spectaculaire des effets spéciaux (qui a rendu les maquillages de The Walking Dead si célèbre en passant). L’horreur serait-elle gratuite ? La deuxième saison d’In The Flesh paraît donc maladroite, bancale voire pire, sans intérêt.

Six mois se sont écoulés depuis le départ d’un personnage qu’on commençait à affectionner. Sur quoi peut-on concentrer l’attention ? Sur ces quelques remous flottant donc, sous les traits de l’antipathique Maxime Martin jouée par Wunmi Mosaku qui semble refaire l’inspectrice Holly Lawson des Enquêtes de Vera en beaucoup moins convainquante. Elle est bien décidée à ranger les SDP, ou PDS en anglais (je ne connais personnellement que le deuxième : « Partially-Deceased Syndrome ») du bon côté de la barrière, c’est-à-dire tel des esclaves immatriculés. Mais l’intrigue étirée sur la thématique du double nous ferait presque regretter le format « court » de la saison 1. À trop patienter, la tasse de thé se refroidit et l’expression devient évidente avec rétrospection. « Ce n’est plus ma tasse de thé ». Est-ce parce qu’on s’est éloigné de la subtilité ?

Si vous ne connaissiez pas encore Keaton Henson, il devrait vous procurer quelques frissons. Sa voix céleste, qui nous rappelle celle de Chris Garneau ou Jonsi de Sigur Ros, élève la bande son au dessus de quelques nuages tandis que les paysages, que je trouve mal exploités, à défaut d’une série comme Broadchurch, manquent de couleur et d’une atmosphère propre. L’impression de côtoyer le génie de la première saison sans jamais le rencontrer persiste à chaque épisode, malgré quelques étincelles, noyées dans une lourdeur romanesque. J’ai trouvé magnifique la volonté politique de construire une fiction apocalyptique sur des thématiques de tolérance (diffamation, homosexualité, couleurs de peau…) à travers la notion de la mort qui revêt une dimension poétique, mais la flamme perd de son intensité dans cette deuxième saison. Alors ne jetons pas le blâme quand on sait que malheureusement In The Flesh s’est éteint en janvier dernier, alors qu’elle méritait diablement une troisième saison de conclusion.

Pour les soucieux du détails, personnellement, lorsqu’une musique me plaît et n’est pas citée à l’écran comme le fait MTV, et que je n’ai pas Shazam tout de suite ouvert sur moi, j’apprécie pouvoir retrouver les titres. Voici donc la tracklist :

Synopsis : Quatre ans après sa mort, Kieren Walker reprend sa place au sein de sa famille et retrouve ses marques dans le village où il a toujours vécu. Personne pensait le revoir un jour. Seulement peu de temps après son décès, par une étrange nuit, des milliers de personnes décédées se sont réveillées. Après des mois de réadaptation et de médication, ces zombies sont aujourd’hui rendus à leurs familles… 

In The Flesh: Fiche Technique

Titre : In The Flesh
Année : 2013 (statut annulée)
Format : saison 1 : 3 épisode de 45 minutes – saison 2 : 6 épisode de 60 minutes
Origine : Royaume-Uni, tourné à Lancashire par BBC Three

Réalisateur: Johnny Campbell, Alice Troughton, Damon Thomas, Jim O’Hanlon

Musique : Keaton Henson…

Casting: Luke Newberry (Kieren Walker), Emily Bevan (Amy Dyer), Harrier Cains (Jemima Walker), Emmett J Scanlan (Simon Monroe), Marie Critchley et Steve Cooper (Sue et Steve Walker), Steve Evets (Mill Macy), Kenneth Cranham (Vicar Oddie), Wunmi Mosaku (Maxine Martin), Kevin Sutton (Gary Kendall), Ricky Tomlinson (Ken Burton), Gerard Thompson (Dean Halton)

Scénaristes: Dominic Mitchell, Fintan Ryan, John Jackson

Producteurs : Ann Harrison-Baxter, Hilary Martin

In The Flesh Launch Trailer – BBC Three

Saison 01

Episode 01

– Charon by Keaton Henson

– The Devil by Charlotte Eve

– Mama K (1) by This Mortal Coil

Episode 02

– To Your Health by Keaton Henson

Episode 03

– Corpse Roads by Keaton Henson

Saison 02

Episode 01

– Beekeeper by Keaton Henson

– Don’t Swim by Keaton Henson

– Feel The Heat by Terry Devine-King

– Lake of Fire by Curt Kirkwood

– Living Dead Girl by Rob Zombie

– Scary Monsters and Nice Sprites by Skrillex

Episode 02

– All For One by Philip Guyler

– Brick Face by Christopher Frederick

– Flesh and Bone by Keaton Henson

– Fromage Francais by Ian Hughes

– Never Play by Emily and The Woods

– Ruthless by Bob Bradley

– Scary Monsters and Nice Sprites by Skrillex

– Strong Hold by Terry Devine-King

– Super Jazz Hands by Ian Hughes

– Time to Die by Terry Devine-King / Adam Drake

Episode 03

– 10am Gare du Nord by Keaton Henson

– Back for Good by Take That

– Happy Birthday To you by Sacha Dhawan

– Reach for the Stars by Terry Devine-King / Adam Drake

Episode 04

– Party Song by Keaton Henson

Episode 05

– Polar Winter by Sam Kills Two

Episode 06

– You by Keaton Henson

– Back for Good by Take That

– Morning Has Broken by Cat Stevens

– New Life by Depeche Mode

– Family of Man by The Spinners

Festival

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Antoine Mournes
Antoine Mourneshttps://www.lemagducine.fr/
Mes premières ambitions, à l'âge d'une dizaine d'années, était d'écrire des histoires à la manière des J'aime Lire que je dévorais jusqu'en CM2. J'en dessinais la couverture et les reliais pour faire comme les vrais. Puis la passion du théâtre pour m'oublier, être un autre. Durant ses 7 années de pratique dans diverses troupes amateurs, je commence des études d'Arts du Spectacle qui débouche sur une passion pour le cinéma, et un master, en poche. Puis, la nécessité d'écrire se décline sur les séries que je dévore. Depuis Dawson et L’Hôpital et ses fantômes de Lars Von Trier sur Arte avec qui j'ai découvert un de mes genres ciné préférés, l'horreur, le bilan est lourd, très lourd au point d'avoir du mal à établir un TOP 3 fixe. Aujourd'hui, c'est Brooklyn Nine Nine, Master of Sex et Vikings, demain ? Mais une chose est sûre, je vénère Hitchcock et fuis GoT, True Detective et Star Wars. L'effet de masse m'est assez répulsif en général. Les histoires se sont multipliées, diversifiées, imaginées ou sur papier. Des courts métrages, un projet de série télévisée, des nouvelles, un roman, d'autres longs métrages et toujours plus de critiques..?

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