Haramiste, un film de Antoine Desrosières : Critique

Mercredi 1er Juillet sortait sur Grand-écran Haramiste, un moyen-métrage de Antoine Desrosière (Banqueroute, À la Belle Étoile), une comédie vivante, nature et moderne, un film sur la liberté.

Synopsis : Après avoir mis fin à un bref échange entre sa sœur de 17 ans et un garçon, Rim (Inas Chanti), jeune musulmane de 18 ans ouvre un débat sur les relations entre hommes et femmes, les interdits, la morale et la religion. Le soir-même, la curiosité l’emporte sur l’interdit et Rim s’inscrit sur un site de rencontres. Choquée mais intriguée, sa sœur Yasmina (Souad Arsane) la sermonne à son tour. Commence alors ce qui sera une très longue nuit pour l’une comme pour l’autre…

Une lecture ouverte

Accueilli un peu violemment au moment du tournage dans l’enceinte d’une Cité de Châtellerault, Haramiste a reçu en juin le Prix du Public au Festival Côté Court de Pantin 2015. C’est avant tout dans sa liberté d’interprétation que le film interpelle le plus grand nombre car il y a plusieurs lectures possibles. Le spectateur peut adopter le point de vue de l’adolescence ou de la femme, celui de la religion ou plutôt de la morale. Mais on peut surtout aborder cette oeuvre dans sa configuration artistique et philosophique. Car le vrai sujet de l’histoire n’est pas la religion en soi mais bien l’interdit et, par opposition, la liberté.
Au départ, Antoine Desrosières et Anne-Sophie Nanki cherchaient une idée dans le registre de l’amour moderne pour la chaîne Arte. Le scénario d’internet s’est imposé rapidement et la possibilité de mettre en scène ces deux contemporaines musulmanes est venue tout naturellement.
À ce propos, Antoines Desrosières s’explique :

« Nos personnages sont donc, à dessein, des jeunes femmes portant le voile, sans que jamais dans le film ce voile ne fasse débat parce qu’il nous semble que le voile n’est pas le débat ; le débat, c’est l’interdit qu’il implique. Ces jeunes femmes incarnent ainsi de manière extrême l’éternelle contradiction entre la culture-culpabilisante et la nature-désirante. C’est en cela que quelles que soient notre culture, notre sexe et notre âge, nous sommes tous des jeunes femmes portant le voile. »

De même, la structure narrative est laissée libre. Le scénario et les dialogues d’Antoine Desrosières et Anne-Sophie Nanki ont été écrits en collaboration avec les deux comédiennes à partir de leurs improvisations. Ce qui peut expliquer certains accrocs dans les répliques, certaines imperfections. Le sujet reste brut, telle une matière première qui caractérise la jeunesse, d’où son naturel et sa fraîcheur.

Une échappée belle :

« Échappée belle : escapade, virée dans un endroit agréable que l’on découvre ; fait d’avoir évité de justesse un danger, de l’avoir échappé belle ; incursion surprenante d’une personne dans un domaine, qui révèle un monde, une atmosphère peu connu… »
La liberté d’expression, la liberté de choisir, le pouvoir décisionnel et l’émancipation caractérisent le genre humain en particulier durant l’adolescence. À ce moment de la vie, interviennent des changements physiques et psychiques qui marquent le passage à l’âge adulte. Et dans cette contrainte culturelle, le corps est l’unique objet sur lequel ces jeunes ont un pouvoir. Dans Haramiste, l’émancipation passe donc en toute logique par le corps : d’abord avec cette photographie « sans le foulard » puis par la gestuelle avec le pouce et, enfin par la fugue et l’acte sexuel.

Dès le début, le langage moderne des sœurs va lui-même créer une rupture avec leur apparence classique. De la même manière, le modernisme de la société, via la bande-originale symbolisant la libération sexuelle des années 60 (Dans ses yeux de Marjorie Noël et Maman Laisse-moi aller Twister), via internet et le portable, vient contrebalancer l’aspect ancestral et traditionaliste de la religion. Les propos conservateurs se mélangent aux expressions et aux gestes familiers et vulgaires comme la démonstration de leur rébellion. Haramiste joue avec les oscillations, les hésitations des deux jeunes filles qui sont tour à tour actrices, observatrices, moralisatrices.
Haramiste décrit deux jeunes femmes qui manquent encore d’assurance dans ce qu’elles disent ou ce qu’elles font. Le rythme est rapide, saccadé, comme leurs flots de paroles dites à la va-vite pour être aussitôt contredites. Elles tentent de réfléchir par elles-mêmes malgré le poids de la culture et l’influence de la modernité. Rim et Yasmina s’interrogent, débattent puis expérimentent. En cela, le film est une véritable situation d’apprentissage de la vie.
À la fin du film la fuite vers cette liberté n’est plus seulement suggérée, elle est vécue. La grande sœur, Rim, s’échappe par la fenêtre de la chambre et, en parallèle, la petite sœur, jalouse, s’échappe aussi par des fenêtres virtuelles : celles des conversations sur internet. Enfin, Rim revient au petit matin, tout en gardant un pied « chaussé » dans la liberté. Une vraie Cendrillon du 21ème siècle.

Haramiste : bande annonce

Haramiste : Fiche technique

Réalisateur : Antoine Desrosières
Acteurs : Inas Chanti et Souad Arsane.
Scénario : Souad ARSANE, Inas CHANTI, Antoine DESROSIERES et Anne-Sophie NANKI.
Casting : Johanna LECOMTE
Image : George LECHAPTOIS
Son : Jules POTTIER
Decors : Laurent LE CORRE
Montage : Simon THORAL
Produit par Annabelle BOUZOM « Les films de l’autre cougar », Jules POTTIER et William ROUGIER « Hybrid Films »
Genre : Comédie
Durée : 39 minutes
Date de sortie: 1er juillet 2015, le 3 juillet en VOD
France – 2015

Festival

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Kristell Guerveno
Kristell Guervenohttps://www.lemagducine.fr/
Ancienne enseignante férue d'histoires et de films en tout genre, j'adore partager mes passions et faire rêver mon entourage. Avant de me consacrer à l'éducation, j'avais étudié les lettres et le cinéma.

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