Vestiaires, saisons 1 à 4 : critique de la série

Alors, le handicap, on en parle ? Dans Vestiaires, la série télévisée diffusée cet été sur France 2, la parole est donnée directement aux handicapés. Cette production d’Astharté et Avalon Films, créée par, mais pas pour, des handicapés est un succès inattendu – surtout pour les auteurs… Succès confirmé par 1,7 millions de téléspectateurs, par le Trophée Duo TV aux Trophées du Film Français 2012 et par une Saison 5 en préparation.
Avec humour et dérision, des « handinageurs » d’un club marseillais s’expriment sur leur quotidien, leurs passions et évidemment sur leurs handicaps !

L’humour toujours !

Loin d’être une séquence émotion de plus dans la sphère du cinéma sur la réalité du handicap, Vestiaires est un vent de fraîcheur, une mini-série drôle et fantasque, avec parfois un brin de cynisme mais toujours beaucoup d’auto-dérision. Cette volonté d’interpréter le handicap avec légèreté et ironie a attiré dans ses filets de vrais acteurs handicapés qui désapprouvaient au départ les rôles d’infirmes des films sentimentaux. À ce sujet, Adda Abdelli, auteur et acteur au sein de la série , à confié à Cinéséries-Mag : « Alexandre ( Alexandre Philip, Orson dans la série) ou Philippe Sivy (Plus Belle la Vie) sont des gens qui n’étaient pas intéressés par les rôles d’handicapés mais, dans la série, ils ont vu autre chose. »
Les créateurs, Fabrice Chanut (La Piscine) et Adda Abdelli, y mettent en scène des conversations décalées, mais aussi réalistes, tenues par des nageurs handicapés dans les vestiaires de la piscine. Réalistes, car les auteurs se sont inspirés de situations vécues et de propos décalés entendus dans les vestiaires de leur club handisport à l’époque où ils cherchaient un projet à monter ensemble. « La première saison et un peu de la deuxième sont énormément dans le vécu. La plupart des situations ont été soit vécues, soit vues, soit exagérées. » ajoute Adda Abdelli.
Dans ces Vestiaires, on retrouve Romy (Adda Abdelli), poliomyélite et père de famille « sage mais pas trop » dixit l’acteur. Dans son interview du 22 août, Adda précise
aussi que le personnage ressemble un peu à ce qu’il est dans la vraie vie.
À ses côtés, il y a Orson (Alexandre Philip,
Ashes to Ashes et la série Lazy Company diffusé sur France 4), célibataire sarcastique atteint d’une agénésie des bras qu’il appelle ses « bras de pingouin », la jolie Caro (Anaïs Fabre, Les Vacances de Ducobu, Plus Belle la Vie et Le Mystère du Lac qui sera diffusé le 3 septembre sur TF1) victime d’un AVC auquel elle doit sa « mémoire de poisson rouge dans un corps de sirène », le sympathique Ramirez (Luc Rodriguez) avec sa langue – trop ? – bien pendue et Cyril Missonnier dont le silence en dit long. Au fil des épisodes et des saisons, d’autres comiques et quelques célébrités « handis » ou valides se joindront à la fine équipe, notamment Pascal Légitimus en visiteur médical, Clémentine Célarié en « Star » et Philippe Croizon, l’athlète handicapé dans son propre rôle. De quoi encore alimenter la notoriété de la série !

« Faire oublier le handicap »

La série Vestiaires est drôlesque, inventive et touche ainsi un large public, handicapé ou non. Elle surprend par son naturel et sa désinvolture mais, loin de nous déranger, on y adhère facilement.
Fabrice Chanut expliquait en 2011, année de la première diffusion : « C’est au moment du tournage qu’on a vraiment réalisé que des scènes banales pour nous pouvaient choquer, et que la série avait un discours sous-entendu. Si la série réussit à faire oublier le handicap, c’est gagné ».
Un pari réussi par les deux auteurs car, quand on regarde la série, ce que l’on voit de prime abord, ce sont de grandes qualités d’acteurs et d’humoristes. Les personnages sont sympathiques, attachants, familiers presque et les interludes entre chaque épisodes sont autant d’allégresse et de liberté dont tout être humain a besoin. Une belle équipe de philanthropes en somme qui prennent plaisir à nous faire plaisir et qui attirent par leur charisme. L’accent chantant de Romy et Ramirez fleure bon les vacances d’été et nous invite à lâcher prise.
Certes, la série ne peut pas plaire à tous mais pour certains handicapés, c’est un message généreux et optimiste, un témoignage épicurien.
D’après la chaîne France 2, la série Vestiaires est d’ailleurs une vraie réussite : « Un vrai score ! Cette série joue à merveille son rôle de lien social, particulièrement fédérateur. C’est un programme emblématique de ce que doit faire France 2 en rassemblant toutes les composantes de notre société, avec un humour décapant et bienveillant. Il s’adresse à tous sur un ton qui est accessible pour tous. »
Vestiaires est dans un tel essor que nos deux auteurs se sont lancés en 2014 dans une aventure parallèle : la Web-série Vestiaires Libérés. Autres décors, autres scénarii, la série du net remet l’Histoire au goût du jour et des handicapés. Les anecdotes historiques ( Jeanne d’Arc, Armstrong) mais aussi les contes de fées ( La Belle au Bois Dormant) sont détournés à la manière des Monthy Pyton en y incrustant un personnage handicapé.

En bref, Vestiaires est un série burlesque qui gagne à être connue du grand public !

Fiche Technique : Vestiaires

Titre original : Vestiaires
Genre : Humoristique
Année : 2011

Création : Adda Abdelli et Fabrice Chanut
Production : Astharté et Compagnie Avalon production
Acteurs principaux : Alexandre Philip, Adda Abdelli, Anaïs Fabre, Luc Rodriguez, Cyril Missonnier, Philippe Sivy
Musique : Franck Lebon
Pays d’origine : France
Chaîne d’origine : France 2
Nombre de saisons : 4, saison 5 à venir !
Durée : 2 minutes par épisode (40 épisodes par saison)

 Vestiaires : la Bande-Annonce de la Saison 2

 

Festival

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Cannes 2026 : Ben’imana, le mur du silence

Premier film de Marie-Clémentine Dusabejambo, "Ben'Imana" aborde le pardon, la résilience et la transmission d'une douleur indicible au sein de la société rwandaise, profondément hantée par le génocide des Tutsis. Un drame rempli d'émotions, lauréat de la Caméra d'or, qui invite à s'unir dans l'humanisme au-delà des ethnies.

Newsletter

À ne pas manquer

Toy Story 5 tire la corde vers l’infini et au-delà

"Toy Story 5" déçoit malgré une belle animation. Woody trahit sa fin du quatrième opus, Buzz reste secondaire et c'est Jessie qui porte tout le poids émotionnel du film. Un scénario qui ne décolle jamais, des décors paresseux... Disney a-t-il fini par essorer sa propre saga ?

The Christophers : le prix des âmes

Le dernier Soderbergh : grand petit film sur les affres de l'art au temps de son extrême marchandisation. "The Christophers" brasse avec finesse la question de la valeur d'une œuvre et de la place de l'artiste dans un monde qui fétichise la marchandise. Entre un vieux peintre cabotin et une jeune faussaire en quête de vengeance, Soderbergh opacifie savamment un scénario trop convenu pour mieux révéler les contradictions profondes des artistes, empêtrés entre beauté, gloire et compromissions.

Le Cuirassé Potemkine : cent ans de rage intacte

Cent ans après, "Le Cuirassé Potemkine" revient en salles avec une musique inédite signée Pet Shop Boys. Chef-d'œuvre du cinéma muet, le film d'Eisenstein n'a rien perdu de sa puissance subversive. La rage de ceux qu'on écrase n'a pas de date de péremption.

Ma famille chérie : entre tornade émotionnelle et grâce cassavetienne

Maelström d'émotions, caméra à l'épaule et visages en gros plan avec "Ma famille chérie". Isild le Besco signe un ouragan familial tendre et survolté, entre fulgurances cassavetiennes et grâce mélancolique d'Élodie Bouchez.

L’affaire Zanetti : Confessions d’une meurtrière

Dans un centre pénitentiaire italien, Elisa Zanetti, condamnée pour le meurtre de sa sœur, entame des entretiens avec un criminologue qui ravivent un passé familial trouble. Entre huis clos oppressant, flashbacks maîtrisés et performances intenses, le film interroge la portée réelle d’un travail de reconstruction face à un crime irréparable.
Kristell Guerveno
Kristell Guervenohttps://www.lemagducine.fr/
Ancienne enseignante férue d'histoires et de films en tout genre, j'adore partager mes passions et faire rêver mon entourage. Avant de me consacrer à l'éducation, j'avais étudié les lettres et le cinéma.

Off Campus : les hockeyeurs mis à nu

Après le succès de "L'été où je suis devenue jolie", Prime Video offre avec "Off Campus" une nouvelle romance destinée aux jeunes adultes. La série relate les histoires d'amour de quatre amis hockeyeurs, partageant leur temps entre les études, les matchs et les conquêtes féminines. Malgré son déroulé très convenu, "Off Campus" compose une romance agréable à condition de l'accepter pour ce qu'elle reste : une série ado qui mise sur le sex-appeal de ses acteurs pour attirer ouvertement le public féminin. Oubliable, mais pas déplaisant.

Spider-Noir : dans les toiles de la Grande Dépression

Après des années de flops et de faux espoirs, Sony surprend tout le monde avec "Spider-Noir", disponible sur Prime Video. Nicolas Cage incarne un Spider-Man vieillissant et désabusé dans le New York de la Grande Dépression. Un polar élégant, une esthétique soignée, et une belle réussite qu'on n'attendait plus vraiment.

Harry Hole : Le Prince d’Oslo

Oslo, caniculaire et putride, sert d’écrin à la nouvelle série événement de Netflix : Harry Hole (L'Etoile du Diable). Cette plongée vertigineuse dans l’univers du maître du nordic noir Jo Nesbø tient toutes ses promesses. Scénarisée par l’auteur lui-même, la série emprunte à son œuvre son tempo punk rock, son écriture torturée, sa mise en scène à l'esthétique graphique et ses personnages hantés.