Puzzle, un film de Paul Haggis : Critique

Synposis: Trois histoires parallèles. Michael a quitté sa femme après la mort de leur fils et retrouve sa maitresse à Paris. Julia ne peut plus voir son fils depuis qu’on la soupçonne d’avoir voulu l’assassiner. Sean, en voyage en Italie, tombe amoureux d’une femme visiblement clandestine et va l’aider à récupérer sa fille auprès du passeur.

Petites Histoires Entre Amis

Naissance d’un style

C’est certain, on va reprocher à Paul Haggis d’avoir réalisé un film identique à Collision, qui lui avait rapporté l’Oscar du meilleur film en 2006. Il faut reconnaître que ce reproche est fondé, tant Puzzle (nominé au Festival International du Film de Toronto et au Festival du Film de Tribeca) reprend la même construction : un patchwork de petites histoires, de drames personnels, traités en parallèle et qui finissent par se percuter avec plus ou moins de force. Mais plus qu’un auto-plagiat, c’est peut-être son style (contestable ou non) que Paul Haggis vient de trouver, celui d’un artiste venu au cinéma par le métier de scénariste.

Haggis l’écrivain

Avant d’être metteur en scène, Paul Haggis est un écrivain talentueux. C’était flagrant avec Collision, c’est confirmé avec Puzzle. Son premier coup de maître reste l’écriture du scénario de Million Dollar Baby de Clint Eastwood. Avec Clint, il écrit ensuite les scénarios de : Mémoires De Nos Pères et Lettres d’Iwo Jima, pour enchaîner avec deux James Bond : Casino Royale et Quantum Of Solace. Paul Haggis est aujourd’hui une réfèrence, un poids lourd du système hollywoodien qui parvient à concilier (chose rare), succès publics et critiques.

Collision, mais pas que…

Sans en faire l’inventaire, une comparaison avec Collision est obligatoire. Si les deux films ont la même construction, là où Collision finissait par souder toutes ces histoires pour n’en faire qu’une, dramatique, Puzzle choisi de les faire se croiser sans réelle influence entre elles. Au pire, nos héros se contentent de se trouver au même endroit au même moment, sans jamais se connaître et, si les histoires s’influencent les unes les autres, c’est toujours à l’insu des protagonistes. Le choix fait par Paul Haggis a ce résultat : Collision accouchait d’une histoire unique et absolument dramatique, Puzzle ne sort pas des histoires (trois au total) personnelles de chacun (divorce, adultère, mort d’un enfant), privilégiant leur nombre sûr la force de chacune d’elles. Du coup, la narration est moins artificielle que celle de Collision, qui accumulait trop de coïncidences.

Haggis, héritier d’Eastwood

Paul Haggis est un élève de Clint Eastwood, comme un gène qu’ils auraient en commun, un talent pour l’écriture des portraits de gens normaux, confrontés à l’exceptionnel. Si Paul Haggis va un peu plus que son ainé vers le pathos, il  a une fulgurante capacité à transmettre ce qu’il y a de profondément humain dans les émotions. Nos peurs, nos colères et nos amours sont magnifiés par une pellicule au service de la caméra. Haggis, à mi-chemin entre impressionnisme et réalisme, raconte les fêlures de personnages en ruptures avec leur vie, des « héros » à la croisée des chemins face deux à un choix : survivre ou tomber, définitivement.

Monsieur le directeur

Paul Haggis est un élève de Clint Eastwood et comme le maitre, il est un formidable directeur d’acteurs. Comment ne pas se réjouir, de voir Liam Neeson abandonner ses films récents bien médiocres, pour se souvenir à quel point il a du talent ? Il est un des plus doués (et des moins reconnus) de sa génération et retrouve ici, ce qu’il est aux yeux de quelques-uns: un géant. Olivia Wilde (Time Out) par contre, si son jeu est correct, semble avoir été choisie pour cette « scène de nu » dans les couloir d’un hôtel. Rien de déplaisant, mais rien d’exceptionnel non plus. Par contre Mila Kunis (Black swan) explose enfin en mère, ravagée par un trouble mental et la séparation d’avec son fils, on cessera bientôt de la surnommer « Mila Cul-Nu » pour admettre qu’elle une actrice, une vrai. Pour finir, James Franco (La Planète Des Singes) hérite du rôle le moins évident, à la fois père protecteur et infâme salopard, il jongle entre les deux avec dextérité et promet, une nouvelle fois, le meilleur pour l’avenir. N’oublions pas non plus le toujours excellent Adrien Brody (King Kong), accompagné de l’atomique Moran Atias, qui fait fondre la pellicule de ses airs latins incendiaires et torrides.

L’humanité des émotions

Oubliez donc Collision pour profiter de Puzzle, un film mosaïque qui vous renverra à votre propre vie, à vos démons, à vos forces et vos faiblesses. Un film sensible et délicat, qui montre une nouvelle fois que Paul Haggis sait composer une partition cinématographique avec les mots du quotidien. On aime, on déteste, on pleure la mort, ou on se rebelle contre elle, on se résigne ou on se bat. Le mérite de Paul Haggis réside en ceci : chacun a en lui une vie hors norme, faite d’événements anodins que nos sentiments rendent exceptionnels et cet exceptionnel, il est important de s’y attacher.

Fiche Technique : Puzzle

Titre original : The Third Person – Third Person
Réalisateur & scénariste: Paul Haggis
Casting : Liam Neeson, Olivia Wilde, Mila Kunis, James Franco, Adrian Brody, Moran Atias…
Date de Sortie : 19 novembre 2014
Durée : 137 minutes
Genre : drame, romance
Décor : Luca Tranchino
Costumes : Sonoo Mishra
Musique : Dario Marianelli
Production : Paul Haggis, Paul Breuls & Michael Nozik
Sociétés de production : Corsan, Hwy61, Purple Papaya Films en association avec Lailaps Pictures et Volten
Société de distribution : Sony Pïctures Classics
Pays d’origine : U.S.A., Belgique

Auteur de l’article Freddy M.

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