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Youth, un film de Paolo Sorrentino : Critique

Boulevard du crépuscule

Soudain, on se découvre de plus en plus fébrile à l’annonce de chaque nouveau film de l’italien Paolo Sorrentino. Avec l’aide de son chef opérateur Luca Bigazzi, il livre des films à propos desquels la notion de persistance rétinienne prend tout un autre sens. Chaque image choc remplace une autre image choc. Chaque mouvement fougueux de caméra en chasse un autre. L’anticipation d’un plaisir des sens amène l’excitation à son comble.

Déjà dans son précédent film, la Grande Bellezza, Paolo Sorrentino a mis la barre très haute en terme de mise en scène baroque : pas une image accidentelle, pas un plan qui n’ait été pensé avec soin…Un très bel emballage qui enfermait malheureusement un film mélancolique et amer sur la grandeur passée et la décadence de son Italie post-berlusconienne, post Rai TV, un film trop appliqué à se mettre dans le sillon fellinien pour parvenir à émouvoir vraiment.

Youth suit la même veine, la même recherche frénétique du « beau ». La « grande bellezza », Sorrentino l’applique à son nouvel opus : le choix d’une décoration ultra-léchée, d’une musique très pointue (réinterprétation –hardie ou hasardeuse- de Florence + The Machine en ouverture du film, apparition de Marc Kozelek – Sun Kil Moon Red House painters -, superbes morceaux de David Byrne ou encore de Bill Callahan), de cadrages très travaillés, de couleurs hyper éclatantes, d’un casting idéal.

Et pourtant, quoi qu’en disent les chafouins, nos yeux ne piquent même pas. Notre estomac ne se retourne même pas. Mené tambour battant autour d’un Michael Caine irréprochable, le film s’intitule Youth ; Youth pour les souvenirs de jeunesse de deux quasi- octogénaires, Fred Ballinger (Michael Caine) et son ami Micky Boyle (Harvey Keitel), ainsi par exemple ce regret de ne pas avoir couché avec leur amour de jeunesse ; Youth pour conjurer la décrépitude de leurs corps vieillissants, même si « à [leur] âge, c’est une perte de temps » ; Youth enfin comme dans le titre original : la Giovinezza, ou de l’art d’être jeune quel que soit son âge…

Fred Ballinger est un compositeur et un chef d’orchestre célèbre, ami de Stravinsky, à la retraite, retiré du monde, indifférent à tout. Il est en villégiature de remise en forme dans un complexe hôtelier de luxe sur l’insistance de Lena (Rachel Weisz), son assistante de fille, en même temps que son ami Mick Boyle, un cinéaste qui, lui, ne veut pas abdiquer devant la vieillesse, et dirige un brainstorming un peu laborieux avec son équipe de scénaristes pour un film qu’il qualifie de testament. Autour d’eux, une pléthore de personnages complexes, comme celui de Jimmy Tree (Paul Dano), un jeune acteur emprisonné déjà dans un premier rôle peu assumé, et s’apprêtant à en endosser un autre carrément transgressif. Comme celui de Brenda Morel (Jane Fonda), une vieille gloire très fânée et pourtant la plus libre de tous. Comme celui de Lena, la fille de Fred et belle-fille de Micky, belle et jeune et pourtant plaquée brutalement par son mari. Il y aura également une sculpturale miss Univers (sublime Madalina Ghenea, embauchée sans aucune condescendance pour ce qu’elle est, un mannequin aux formes parfaites), ou une ancienne gloire maradonnesque du football, le souffle envolé sous une tonne de graisse, mais la magie encore au bout des orteils…

Un dispositif optimisé donc, mais une fois de plus, pour servir un scénario inexistant. Les scènes se suivent sans se répondre vraiment, vivant leur beauté en autarcie. Sorrentino évoque plusieurs sujets : le passé et le futur donc, le cinéma et la musique, la beauté et la laideur, le désir et l’horreur, la télé et le cinéma (encore), à chaque fois dans une sorte d’opposition simple, voire simpliste.

Mais l’opératique film de Sorrentino, interprété merveilleusement par de merveilleux acteurs, est traversé de sublimes images, dans des cadres extérieurs comme intérieurs très photogéniques, et reste une merveille malgré tout. Citons notamment ce cauchemar de Fred, dans lequel il se noie tout doucement « dans » une place Saint Marc de toute beauté, inondée d’eau et de lumière. Ou encore cette apparition invraisemblable de Jimmy à mi-parcours du film qui saisit aussi bien son propre entourage que le spectateur incrédule dans son siège. Ou enfin cette finale dont les artifices peuvent hanter longtemps leurs témoins. Sorrentino n’a peur de rien, ne recule devant rien, et même s’il donne l’impression de ne laisser que peu, voire pas du tout de place à la spontanéité, à la liberté qui est pourtant le leitmotiv de son film, on peut le compter parmi les plus grands cinéastes de notre temps, peu avare de son art, au risque de la démesure, de la boursoufflure, mais en produisant à chaque fois un film hallucinant, obsédant, un film qui vaut toutes les peines du monde d’être vu.

Synopsis : Fred et Mick, deux vieux amis approchant les quatre-vingts ans, profitent de leurs vacances dans un bel hôtel au pied des Alpes. Fred, compositeur et chef d’orchestre désormais à la retraite, n’a aucune intention de revenir à la carrière musicale qu’il a abandonnée depuis longtemps, tandis que Mick, réalisateur, travaille toujours, s’empressant de terminer le scénario de son dernier film. Les deux amis savent que le temps leur est compté et décident de faire face à leur avenir ensemble. Mais contrairement à eux, personne ne semble se soucier du temps qui passe…

Fiche technique : Youth

Titre original : La Giovinezza
Date de sortie : 09 Septembre 2015
Réalisateur : Paolo Sorrentino
Nationalité : Italie, France, Suisse, Royaume Uni
Genre : Drame
Année : 2015
Durée : 118 min.
Scénario : Paolo Sorrentino
Interprétation : Michael Caine (Fred Ballinger), Harvey Keitel (Mick Boyle), Rachel Weisz (Lena Ballinger), Paul Dano (Jimmy Tree), Jane Fonda (Brenda Morel), Mark Kozelek (Lui-même), Robert Seethaler (Luca Moroder), Alex Macqueen (Emissaire de la Reine), Luna Zimic Mijovic (Jeune masseuse), Paloma Faith (elle-même), Ed Stoppard (Julian), Sonia Gessner (Melanie), Madalina Diana Ghenea (Miss Univers), Sumi Jo (Elle-même)
Musique : David Lang
Photographie : Luca Bigazzi
Montage : Cristiano Travaglioli
Producteurs : Carlotta Calori, Francesca Cima, Nicola Giuliano – Coproducteurs : Fabio Conversi, Anne Walser
Maisons de production : Indigo, C-Films AG, Barbary Films, Pathé Production, France 2 Cinéma
Distribution (France) : Pathé distribution
Récompenses : Sindacato Nazionale Giornalisti Cinematografici Italiani : Paolo Sorrentino (meilleur réalisateur), Luca Bigazzi (meilleure photographie), Cristiano Travaglioli (meilleur montage)
Budget : 12 300 000 € (estimé)

Life, un film d’Anton Corbijn: Critique

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La naissance d’une icône sur papier glacé

Pour être tout à fait franc, lorsque le projet d’un « film sur James Dean » avec Robert Pattinson a commencé à se faire connaitre il y a quelques mois, l’idée de voir l’égérie Dior dans la peau du sex-symbol des années 50 semblait être un choix assez logique. Quelle ne fut donc pas notre surprise alors lorsque le casting s’est fait connaitre et que l’on apprit que le rôle de la star de La Fureur de Vivre était échu à Dane DeHaan, un acteur uniquement connu par les amateurs de films puisqu’il fut découvert l’année dernière dans Chronicles pour les uns ou dans The Amazing Spider-man 2 pour les autres. Ce parti-pris de faire incarner à une star international le rôle d’un inconnu et, inversement, à un acteur encore peu connu le rôle d’une star internationale est donc, au moins autant que la justesse de son propos, le défi central du nouveau film d’Anton Corbijn. Découvert grâce à son excellent premier film Control, traitant du début de la courte carrière du rockeur Ian Curtis, Corbijn a ensuite réalisé deux thriller très décevants, le nanardesque The American et Un Homme très recherché qui n’a attiré le public que par envie d’y voir la dernière prestation de Philip Seymour Hoffman. Après ces productions hollywoodiennes ratées, il n’est pas étonnant donc qu’il est accepté de retravailler avec le producteur Iain Canning avec qui il avait signé Control et surtout en revienne au sujet d’un début de carrière et à un personnage de star précoce parti trop vite.

N’étant pas tout à fait un biopic, le scénario ne pouvait pas (et le parcours de James Dean l’aurait de toutes façons rendu inenvisageable) se borner au sempiternel schéma gloire-déclin-renaissance, mais choisit de prendre pour point de vue le regard qu’avait le photographe Dennis Stock sur son sujet, un angle qu’on peut imaginer être facilité par le fait que le réalisateur était lui-même un photographe attaché à des célébrités. L’enjeu de l’histoire devenait alors une série de photos prise entre les tournages de A l’est d’Eden et de La Fureur de Vivre et qui allait, après la sortie des deux films, participer à l’iconisation de James Dean, mais la vraie question posée par le film se veut être celle de la fin de la vie d’anonyme vers celle de star. Une question qui est traitée à travers des dialogues qui peuvent être, tour à tour touchants et emphatiques, et qui font de James Dean un être terriblement mélancolique. Sa caractéristique première –tel qu’il est décrit dans le film- est d’être constamment tiraillée entre un choix entre la vie de paillettes hollywoodienne et un retour aux sources dans la ferme familiale. Une opposition qui influe indubitablement sur la construction du récit. Toute la première partie est intensément remplie de références cinéphiliques, au point de ne parler finalement qu’aux spectateurs pour qui l’âge d’or des studios n’a pas de secret, sinon comment profiter pleinement de l’interprétation de Ben Kinsley en un exécrable Jack Warner ou des choix d’acteurs quasi-inconnus mais physiquement très ressemblants pour Nathalie Wood, Elia Kazan, Pier Angeli ou Nicholas Ray ? La seconde partie en revanche, celle dans l’Indiana au côté de la famille de quackers, souffre de son ton mélodramatique trop poussé. L’idée de départ qu’était de mettre en scène les conditions dans lesquels furent prises les fameuses photos pour le magazine Life est réussi, mais ce concept purement illustratif ne réussit malheureusement pas à nous aider à cerner l’âme tourmentée de celui qui allait devenir le premier symbole d’une jeunesse américaine en colère contre la société puritaine.

Pour en revenir à question du casting des deux personnages principaux, le choix que l’on pouvait pensé risqué de Dane DeHaan s’avère être une évidence tant l’acteur réussit prendre l’allure de son personnage à tel point que, sur certains plans (surtout les contre-plongées qui, paradoxalement, sont peu nombreuses), on a l’impression de voir à l’écran le vrai James Dean. Son interprétation, ou plutôt son imitation, est cependant, à l’instar de la qualité des dialogues, en demi-teinte : Il peut par moment être parfaitement probant et rendre son personnage attachant (attention, réussir à interpréter un acteur de génie ne fait pas un grand acteur : Pour rappel, Robert Downey Jr était très convaincant en Charlie Chaplin !), et par moment sa façon de caricaturer le côté nonchalant de James Dean en fait quelqu’un de terriblement antipathique. De son côté, Robert Patinson (qui lui ne ressemble pas au vrai Dennis Stock) semble avoir pris conscience que son personnage est accessoire tant il n’implique que peu dans son rôle et que son interprétation effacée (son unique fulgurance étant peut-être la scène où il est sous l’effet d’amphétamines) risque de nourrir les mauvaises langues qui ne le voient encore que le héros très fade de Twilight. La bisexualité de James Dean peut être perçue de façon très sous-jacente dans la relation entre les deux hommes mais on sent que Corbijn est gêné pour l’évoquer frontalement, de la même façon qu’il avait tiré un trait sur les idéaux racistes d’Ian Curtis. Le fait d’en avoir fait quelqu’un d’assez pieux est également un choix scénaristique douteux puisque son athéisme affiché fut une des raisons pour lesquels il différait de ses contemporains mais aussi la cause de sa rupture avec Pier Angeli sur laquelle le scénario fait d’ailleurs l’impasse. Sur un plan formel, on peut saluer le travail irréprochable de reconstitution des années 50 effectué par la décoratrice Anastasia Masaro (L’Imaginarium du Docteur Parnassus, Mamá…). On peut cependant regretter que le budget n’ait pas permis à Corbijn de réitérer l’exercice de la photographie en noir et blanc qui avait pleinement participé au charme de Control et qui aurait participé à la façon qu’a Life de témoigner d’un moment de vie au travers d’un portfolio légendaire.

Parce qu’il privilégie les conversations déclamatoires et la démonstration visuelles à l’émotion et l’exploration psychologique, et parce qu’il ne répond pas aux interrogations qu’il pose, Life est l’exemple même du film qui n’a réussi pas à trouver en la bonne approche et ne touche que la surface de son sujet pourtant passionnant.

Synopsis : Los Angeles, 1955. Le photographe de presse Dennis Stock cherche à se faire connaitre et choisit de suivre un jeune comédien au comportement désinvolte, James Dean, pour lui consacrer un reportage. Entre les deux hommes va naitre une amitié profonde tandis que la carrière de l’acteur est sur le point d’exploser.

Life: Bande-annonce (VOSTF)

Life: Fiche Technique

Réalisation: Anton Corbijn
Interprétations: Robert Pattinson (Dennis Stock), Dane DeHaan (James Dean), Ben Kingsley (Jack Warner), Alessandra Mastronardi (Pier Angeli), Joel Edgerton (John Morris)…
Scénario: Luke Davies
Image: Owen Pallett
Décors: Anastasia Masaro
Costumes: Gersha Phillips
Montage: Nick Fenton
Musique: Owen Pallett
Producteur(s): Iain Canning, Emile Sherman, Christina Piovesan
Production: See-Saw Films, Barry Films, First Generation Films
Distributeur: ARP
Genre Biopic, drame
Durée: 112 mn.
Sortie en salles: 9 septembre 2015 (pour anecdote, la sortie américaine sera trois semaines plus tard, afin de coïncider avec le soixantième anniversaire de la mort de James Dean)

Etats-Unis – 2015

Prémonitions (Solace), un film de Afonso Poyart : Critique

Initialement prévu pour être la suite du culte Seven de David Fincher avant d’être transformé en œuvre originale, le script de Solace fut pendant longtemps mis de côté. Passé de mains en mains au fil des ans, il tombera dans celles d’Afonso Poyart qui l’utilisera pour en faire son deuxième film et ainsi débuter sa carrière aux États-Unis.

Malgré la réunion d’un casting prestigieux qui aurait pu lui assurer une certaine attraction auprès des spectateurs, le film est resté dans un placard durant deux ans après la fin de son tournage pour enfin venir voir le jour sur les écrans français et eux seulement. Du moins pour le moment. Cela peut laisser craindre le pire quant à la qualité d’une œuvre dont quasiment personne n’a parlé et dont la campagne promotionnelle fut quasiment réduite à néant. Mais une fois face au produit fini, le film de Poyart est-il la purge pressentie ou est-ce au contraire une bonne surprise ?

Complainte d’un tueur

Le scénario, malgré de très nombreuses réécritures, se montre vraiment surprenant dans sa cohérence et son originalité. Mêler intrigue policière et éléments paranormaux aurait pu créer un déséquilibre faisant tomber le film dans le ridicule mais l’ensemble est bien tenu et tient comme par miracle debout. Surtout que l’intrigue est remplie de clichés dans son déroulement et dans sa manière d’amener les révélations et autres rebondissements comme par exemple avec le caractère hautement mystérieux du personnage principal, qui lorsqu’il apprend quelque chose d’important, préfère garder tout pour lui et donc handicape le déroulement du récit. Ce genre de développements ne sert qu’à tirer certains éléments en longueur et tombe dans le déjà-vu parfois agaçant et didactique. Car l’histoire, déjà très prévisible, n’est pas aidée par des personnages caricaturaux aux passifs déjà connus, tellement ils ont été utilisés à outrance dans ce genre de films policiers et ils ne sont pas vraiment mis en valeur par des dialogues souvent insipides mais qui arrivent, dans la dernière partie du film, à trouver plus d’épaisseur et de pertinence. Ce qui finalement apporte un peu de fraîcheur au milieu de ce schéma narratif basique et ses développements génériques, c’est toute la partie surnaturelle. Alors que l’on aurait pu penser que ce serait l’élément handicapant c’est finalement tout l’inverse, apportant une réflexion non dénuée d’intérêt sur la mort et la souffrance, devenant même un plaidoyer sur l’euthanasie tout en acceptant son ambiguïté morale et les questionnements qui gravitent autour. Cela permet au tueur d’avoir une psychologie bien plus intéressante que ce que l’on peut voir dans ce genre de production même si malheureusement il reste sous-exploité. Il dispose d’une humanité insoupçonnée et sort de tout manichéisme élevant vers la fin cette série B sans prétention au rang de parabole humaniste et sincère sur la fin de vie et la perte de dignité qu’elle implique. Un film qui se montre donc beaucoup plus sensible et franc que l’on aurait pu le penser de prime abord et qui finalement arrive à emporter l’adhésion. Surtout qu’il a l’intelligence d’offrir une fin trouble et qui pousse à la réflexion.

D’autant plus que l’ensemble est mené par un casting de grande classe avec en tête, un toujours aussi excellent Anthony Hopkins, qui fait preuve d’une présence douce et charismatique donnant toute sa saveur au film car il incarne son propos à merveille, étant d’une gravité sincère. Il est accompagné d’Abbie Cornish, qui se montre impeccable et qui rappelle de plus en plus Charlize Theron, que ce soit physiquement ou dans son style de jeu, tandis que Jeffrey Dean Morgan offre une prestation sobre et très juste. On peut juste être un peu déçu du face à face entre Hopkins et Colin Farrell qui n’est pas à la hauteur de nos espérances, en raison du peu de présence de Farrell à l’écran. Néanmoins même s’il est peu présent il hante littéralement le film et arrive à voler la vedette à chacune de ses apparitions. Je n’ai jamais été un grand fan de l’acteur, que je trouvais fade mais force est de constater que ces dernières années il s’est amélioré, donnant ici une très bonne prestation.

Pour ce qui est de la réalisation, on a le droit à une photographie léchée et agréable à l’œil ainsi qu’une bande son inspirée et prenante. Par contre le montage se montre maladroit, notamment dans les scènes d’actions qui ont tendance à être sur-découpées et donc illisible. La course poursuite en voiture en souffre énormément, étant incroyablement molle et épileptique. Sinon il faut reconnaître que malgré des maladresses (zooms mal gérés, inserts incompréhensibles et flashforwards trop insistants), la mise en scène d’Alfonso Poyart dispose de belles idées. Comme par exemple les flashs clipesques qui apportent une esthétique hypnotique intéressante au film ou encore les scènes éclatées qui montrent, lors des visions du personnage, toutes les trajectoires possibles d’un individu de manière dynamique, ainsi que le travail fait sur l’ambiance générale. Le film n’hésite pas à tomber dans le morbide avec certains flashs dérangeants utilisant la symbolique de manière habile permettant même de faire traverser un souffle mélancolique à travers l’œuvre, sans parler de l’atmosphère pesante lors des découvertes de scènes de crimes qui arrive à créer un léger malaise par moments, soulignant un travail visuel parfois bancal mais aux fulgurances diablement originales et efficaces.

En conclusion Solace est un film des plus sympathique. Malgré tout, des défauts évidents et parfois même agaçants persistent, comme une trop grande accumulation de clichés, une prévisibilité encombrante, des maladresses envahissantes dans la réalisation ainsi qu’un face à face Hopkins-Farrell qui est au final anecdotique. Par contre cela n’enlève rien à la surprise que nous offre le film qui se montre bien plus pertinent et original que prévu. Il fait même parfois office de vent de fraicheur, car il se montre terriblement humain et touchant dans sa démarche, traitant son sujet difficile avec pertinence, justesse et sincérité, évitant par la même occasion tout manichéisme et disposant de quelques fulgurances visuelles bien senties ainsi que d’un casting impeccable. Une série B efficace, bien sentie et qui mérite indéniablement le coup d’œil.

Synopsis : Un tueur en série énigmatique sévit à Atlanta, laissant le FBI totalement désemparé. Quoi qu’ils fassent, les enquêteurs ont toujours un coup de retard, comme si le tueur pouvait anticiper leurs mouvements à l’avance ! En désespoir de cause, ils se tournent vers le docteur John Clancy (Anthony Hopkins), un médium retraité dont les visions les ont aidés dans le passé. En étudiant le dossier, Clancy devine rapidement la raison pour laquelle le FBI est incapable de coincer le tueur : ce dernier possède le même don divinatoire que lui. Comment dès lors arrêter un tueur capable de prévoir l’avenir ? Commence alors une partie d’échecs impitoyable.

Prémonitions (Solace) : Bande-annonce

Prémonitions : Fiche technique

États-Unis – 2013
Titre original: Solace
Réalisation: Afonso Poyart
Scénario: Sean Bailey, Peter Morgan et James Vanderbilt d’après un sujet de Ted Griffin
Interprétation: Anthony Hopkins (John Clancy), Colin Farrell (Charles Ambrose), Jeffrey Dean Morgan (Agent Joe Merriweather), Abbie Cornish (Agent Katherine Cowles)
Photographie: Brendan Galvin
Décors: Frank Galline
Costumes: Denise Wingate
Montage: Lucas Gonzaga
Musique: BT
Producteur(s): Thomas Augsberger, Matthias Emcke, Beau Flynn et Tripp Vinson
Production: Eden Rock Media, FilmNation Entertainment, Flynn Picture Company et New Line Cinema
Distributeur: SND
Date de sortie: 9 septembre 2015
Durée: 1h41min
Genre: Thriller

Cemetery of Splendour, Un Film d’Apichatpong Weerasethakul : Critique

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Le bruissement du vent sur les feuilles, le craquement des arbres et les chants d’animaux, c’est souvent avec une atmosphère sonore propre à la jungle que l’on entre dans le monde onirique d’Apichatpong Weerasethakul. Une première image et un voyage hypnotique commence…

Synopsis : Au cœur de la jungle, un hôpital de fortune accueille des soldats atteint d’un sommeil profond. Jenjira, une femme seule atteint d’une malformation de la jambe, décide de s’occuper de Itt, un jeune soldat à qui personne ne rend visite. Elle fera aussi la rencontre de Keng, une médium communiquant avec les hommes endormis, qui lui ouvrira les yeux sur le monde et sur elle-même.

Après sa palme d’or en 2010 pour Oncle Boonmee, le réalisateur taïwanais revient à Cannes avec la discrétion qui le caractérise donner un souffle cinématographique unique au festival. Comme un pied de nez à ceux qui trouvent son cinéma soporifique, Cemetery of Splendour met en scène des soldats pris par une maladie du sommeil dès lors qu’ils se retrouvent dans cet hôpital au cœur de la jungle.

Dans beaucoup de films d’Apichapong Weerasethakul les personnages font le trajet de la ville à la jungle pour sortir de leur quotidien et vivre leur rêve. On entre donc dans la forêt tropicale comme on s‘endort pour rêver les yeux ouverts. Dans Cemetery of Splendour, nous sommes au cœur de la jungle.

Dans l’hôpital de fortune, Jenjira décide de s’occuper d’un soldat, Itt, auquel personne ne rend visite. Cette femme un peu esseulée va soudainement prend conscience du monde qui l’entoure. Lors d’une simple conversation avec une jeune femme, lorsque celle-ci lui déclare être morte, c’est tout un pan de l’inconscient de notre monde qui s’ouvre à Jenjira, celui de la magie, des rêves, des morts et des esprits. Elle sera finalement sauvée par Itt en qui elle voit un fils voire un amant.

Qu’il soit long, lent, radical, le spectateur ne somnole pas devant un film de Weearasethakul, il est transporté, pris dans une espace d’hypnose cinématographique produit par les sons et les images du plasticien réalisateur. Tout comme les soldats du film, on vit une rêverie éveillée. Weerasethakul est un cinéaste d’atmosphère, et les nombreuses installations d’art contemporain qu’il a déjà à son actif le prouvent. Il n’y a qu’à voir ces machines du sommeil dans le film, une merveilleuse invention qui scintillent de toutes les couleurs en pleine nuit, un enchantement pour les yeux lorsque les esprits des personnages sont mis à contribution.

Cemetery of Splendour n’a pas besoin de beaucoup de moyens pour être efficace, il compte largement sur l’imagination du spectateur. Ainsi, une simple balade en pleine forêt devient une ballade au cœur de la splendeur d’un palais en marbre. Loin de nous laisser sur le bord de la route, le réalisateur convie notre esprit pour un voyage en forme de méditation.

Ceux qui sont las de ne pas tout comprendre devraient se laisser transporter dans ce geste cinématographique sans précédent, radical mais très attentif à son spectateur.

Cemetery of Splendour : Fiche Technique

Titre original : รักที่ขอนแก่น, Rak ti Khon Kaen
Auteurs : Apichatpong Weerasethakul
Réalisateur : Apichatpong Weerasethakul
Casting : Jenjira Pongpas, Banlop Lomnoi, Jarinpattra Rueangram, Petcharat Chaiburi
Chef opérateur : Diego Garcia
Assistant réalisateur : Sompot Chidgasornpongse
Chef opérateur son : Akritchalerm Kalayanamitr
Chef décorateur : Akekarat Homlaor
Chef costumière : Phim U-Mari
Monteur : Lee Chatametikool
Producteurs : Apichatpong Weerasethakul, Keith Griffiths, Simon Field, Charles de Meaux, Michael Weber, Hans W. Geiβendörfer
Le film a été presenté en sélection officielle Un Certain Regard au Festival de Cannes 2015.

Entre-Deux, un court métrage de Franchin Don : Critique

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La belle et jeune compositrice Sarah meurt brutalement mais son esprit demeure. Dans les oreilles de son compagnon Clément, dans les derniers souvenirs de sa mère Jeanne. L’entre-deux du titre est peut-être ce petit laps de temps, celui du deuil, nécessaire avant de reprendre une vie normal après la mort d’un être proche. Chacun réagit différemment après un décès et c’est ce dont l’écriture subtile de Éric Geynes cherche à nous interroger. Certains refoulent tandis que d’autres profitent, comme Jeanne, de cette ultime opportunité pour expier à leurs façons les fautes commises envers le disparu.

Peu de moyens mais un travail acharné sur le son et la lumière suffisent à nous immerger dans cet état second post-traumatique que vivent les deux personnages. Les échos de l’âme de Sarah résonnent et vibrent encore longtemps dans le corps des personnages et les oreilles des spectateurs. La réalisation, dépouillée de tout dialogue superflu, est d’une grande rigueur et d’une efficacité prometteuse.

Mais la réussite la plus encourageante de ce court est son scénario, suffisamment riche pour être adapté au long. Il y a quelque chose de purement hitchcockien dans cet Entre-deux, comme une vertigineuse référence à Sueurs Froides. Après le décès de sa fille, Jeanne ressent le besoin de vivre sa journée (voire sa vie ?) à sa place, avec son compagnon. Clément voit ainsi dans Jeanne le visage vieillissant de Sarah, comme une âme revenue d’entre les morts, et tombe forcément amoureux de ce futur qui vient de lui être dérobé.

Avec de véritables ambitions purement cinématographiques, Franchin Don signe un vertigineux hommage à Sueurs Froides. Un film qui pourrait très bien symboliser l’entre-deux entre le court et le long-métrage.

Synopsis : Sarah, une jeune compositrice, annonce une bonne nouvelle à son compagnon Clément mais leur bonheur est de courte durée. Lorsque les parents de Sarah apprennent qu’elle vient de décéder, sa mère Jeanne ramène Clément chez lui et tente de déchiffrer la vie de sa fille. Le lendemain, elle demande à Clément de l’accompagner pour capturer chaque instant de la journée que Sarah aurait dû vivre.

Entre-Deux: Fiche Technique

Un Court-métrage de Franchin Don
Marie Bunel – Jeanne Derancy – Eric Geynes – Clément (Scénariste / Producteur) Capucine Delaby – Sarah Derancy, Bernard William – Bernard Derancy
Producteur délégué : Éric Geynes
Producteur exécutif : Éric Geynes
Directeur de la photo : Vincent Moreau
Assistant opérateur : Julien Raynaud
Directeur de production : Jérôme Cusin
Monteur son : HealaeH
Auteur de la musique : Cécile Bonardi
Costumier : Fabien Chesseboeuf
Chef maquilleuse : Amélie Salomon
Assistante à la réalisation : Andrea Wagenknecht
Coproducteur : Benjamin Bonnet
Ingénieur du son : HealaeH
Cadreur : Vincent Moreau
Monteuse : Margaret Glover
Scripte : Amandine Assenat
Chef décoratrice : Coline Antonucci
Effets spéciaux : Humayun Mirza
Mixeur : HealaeH
Année de production : 2015
Production Déléguée : Gerbille Productions
Coproduction : Mood Films Production

Site internet:  https://entredeuxfilm.wordpress.com/ (EN https://hiatusfilm.wordpress.com/)

le making of / interview https://vimeo.com/114659139

Les chansons que mes frères m’ont apprises, un film de Chloé Zhao : critique

A l’image de son affiche américaine, Les chansons que mes frères m’ont apprises est tiraillé entre l’immobilisme et l’éparpillement, tout en nous montrant à quel point des deux états sont loin d’être incompatibles.

La vie devant elle(s)

Il s’agit du premier long métrage de Chloé Zhao, sélectionné d’abord à Sundance, puis à la Quinzaine des réalisateurs de Cannes avant de finir en compétition au Festival du film Américain de Deauville où il a encore de sérieuses chances. Cette myriade de sélections lui a donné une visibilité tout autant qu’une identité dont il tente pourtant de se dégager. Le film est d’abord indépendant, c’est la veine Sundance, mais c’est aussi un film d’auteur, avec une patte et un regard particulier -loin du formatage comme du nombrilisme ambiants – tout autant qu’un film Américain. Pourtant, Chloé Zhao dit elle-même avoir perdu « toutes (s)es illusions sur le cinéma indépendant américain » (dans une interview donnée à Télérama). Elle remet notamment en cause le manque d’argent qui force les cinéastes labellisés « indépendants » à rentrer dans les clous pour satisfaire les producteurs, à ne pas prendre de risques. Pourtant, des risques, Chloé Zhao en prend : dans sa forme, dans son ton et en portant un regard triste, mais pas désengagé, sur une population marginalisée. Elle a ainsi placé sa caméra dans une réserve indienne. Mais si ce récit de l’abandon où la prohibition n’évite pas les ravages de l’alcool, s’apparente à un cri d’alarme, l’espoir s’écrit aussi à travers une héroïne : Jashaun, 13 ans et donc toute la vie devant elle. C’est le cas aussi de cette jeune cinéaste née en Chine et installée à New York depuis 10 ans, mais qui a beaucoup voyagé, sans s’enraciner donc. Pourtant, son récit dans Les chansons que mes frères m’ont apprises est celui d’un enracinement profond et impossible à briser tant le sang d’un père est présent dans plusieurs corps.

Mustang

Si le titre nous oriente vers un point de vue unique, celui de la jeune Jashaun dont les frères jalonnent le film, on est vite pris à rebours, puisque c’est avant tout son frère Johnny qui « s’adresse à nous », par deux fois : pour ouvrir et clore le film. Là-bas, dans cette réserve indienne coupée du reste de l’Amérique, on dresse encore des chevaux sauvages, sans les entraver complètement, en leur laissant leur part « mauvaise ». L’horizon pour ces adolescents ? Une scène de classe comme il y en a eu tant d’autres, mais plus sauvage, plus animale, dessine celui du rodéo « parce que c’est ce que j’ai toujours connu ». Là-bas, on rêve d’avoir un ranch ou de monter des taureaux. Pourtant, Johnny n’est pas sûr de ce qu’il veut. Son objectif à court terme, mais encore mal défini, c’est de partir avec Aurélia, sa petite amie, qui va faire ses études à Los Angeles. Mais pour s’extirper de là, Johnny doit encore accepter de laisser sa mère et sa jeune soeur. Or, la famille c’est précisément ce qui domine ici. Encore une fois, la cellule familiale, signe de mobilité, de cocon, éclate. La famille vit en effet un deuil puisque le père de Jashaun et Johnny vient de mourir. Cet homme-là revient donc dans leur vie alors même qu’il n’en a jamais vraiment fait partie. Un père au « 25 enfants » et « 9 femmes ». Résultat, dans cette réserve-là, les racines sont plus sévères qu’ailleurs. On est libres dans les grands espaces, magnifiquement filmés, mais bloqués aussi, par un manque cruel de perspective. 

Regards croisés 

Jashaun, plus que son frère qui renonce et est déjà pris dans un trafic (celui de l’alcool qui détruit les foyers et les vies), est de la « 7e génération », celle qui, selon les dires d’un autre protagoniste du film, doit marquer un renouveau. On voit alors la jeune fille vivre simplement sa vie, verser quelques larmes, tenter de prendre une place, même minime, dans la vie de ses nombreux frères. Elle est encore à l’âge où elle a le temps de décider de l’après et où pourtant elle écrit déjà tout. Chloé Zhao décide de ne pas donner de chemin tout tracé à son héroïne qui s’accroche à son frère, mais qui observe et ressent aussi « des choses [qu’il] ne voi(t) pas ». Elle est donc gracieuse, assez indocile sans être rebelle, mature, mais aussi enfantine. Ses cheveux volent au vent, comme ceux de sa mère, déjà résignée, ou encore d’Aurélia. C’est que Les chansons que mes frères m’ont apprises est aussi un film contemplatif, lent. Il prend presque la forme d’un documentaire tant son regard n’est pas figé sur un seul personnage, mais posé tour à tour sur chacun de ceux qui composent cette communauté indienne à part. Chloé Zhao les a suivi, en immersion, pendant quatre années avant de faire son film. Cette immersion, elle tente de la faire vivre à son spectateur par l’image.

La fiction n’écrase donc pas les personnages, qui semblent pouvoir toujours prendre un autre chemin. Pourtant, si la réserve est grande, elle renvoie toujours à ses habitants l’écho de leur propre voix, jamais celle de l’extérieur. Malgré quelques longueurs et des scènes un peu trop attendues par la thématique du film – adolescence, passage vers l’âge adulte, récit initiatique – Chloé Zhao se distingue par la douceur qui se dégage de son film, où le feu ravage des vies, mais où les visages regardent toujours au loin, pour enfin apercevoir, comme Jashaun d’après son frère, quelque chose de nouveau. Le destin n’en sera peut-être pas bouleversé, la réserve perdura dans son écrin de liberté et d’immobilisme presque poétique. Jashaun est même prête à se construire sa propre famille et au-delà sa propre histoire. Son regard est plus que buté, il est déterminé aussi. Quand à la voix off et aux images, elles finissent par nous inviter au voyage, même en parlant de racines et de liens du sang.

Synopsis : Johnny vient de terminer ses études. Lui et sa petite amie s’apprêtent à quitter la réserve indienne de Pine Ridge pour Los Angeles. La disparition soudaine du père de Johnny vient bousculer ses projets. Il hésite également à laisser derrière lui Jashaun, sa petite sœur de treize ans dont il est particulièrement proche. C’est tout simplement son avenir que Johnny doit maintenant reconsidérer…

Bande annonce du film 

Fiche Technique – Les chansons que mes frères m’ont apprises 

Titre original : Songs My Brothers Taught Me
Date de sortie : 9 septembre 2015
Nationalité : Américaine
Réalisation : Chloé Zhao
Scénario : Chloé Zhao
Interprétation : John Reddy (Johnny), Jashaun St. John (Jashaun), Taysha Fuller (Aurélia), Eleonore Hendricks (Angie), Travis Lone Hill (Travis), Irene Bedard (la mère)
Musique : Peter Golub
Photographie : Joshua James Richards
Décors : NR
Montage : Alan Canant
Production : Chloé Zhao, Angela C. Lee, Mollye Asher, Nina Yang Bongiovi, Forest Whitaker
Sociétés de production : Significant Production
Sociétés de distribution : Diaphana Distribution
Budget : NR
Genre : Drame
Durée : 94 minutes
Récompense(s) : En compétition au Festival du Cinéma Américain de Deauville, Sélectionné à Sundance et au Festival de Cannes 2015 (Quinzaine des réalisateurs)

Big Bang Theory : les photos du mariage de la saison 9

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Voici en exclusivité les photos du mariage de Penny et Leonard et des révélations sur la saison 9 de Big Bang Theory :

Le Showrunner Steve Moralo s’est confié à THR (The Hollywood Reporter) à propos de ce qui était enfin prévu pour le couple incorrigible dans la saison 9 qui sera diffusée le 21 septembre sur CBS. Autant dire que pour les fans de Big Bang Theory, le moment tant attendu est enfin arrivé. Les premières photos ont été dévoilées hier sur THR.

La neuvième saison de la comédie nerd de Chuck Lorre, Bill Prady et Steve Molaro reprendra à Las Vegas et verra enfin le mariage de Leonard (Johnny Galecki) avec Penny (Kaley Cuoco-Sweeting). Mais ça ne veut pas dire que tout sera simple maintenant que Penny est au courant du baiser échangé entre Leonard et une autre femme lors de son expédition en Mer du Nord (fin de la saison 6). Au sujet des révélations du mariage, Moralo explique au Hollywood Reporter : « Chuck et moi en avons longtemps parlé et ma crainte c’était que ça commence comme s’il ne s’était rien passé. Ça n’aurait pas été un message positif et nous n’avons pas envie que les fans pensent encore  » Et voilà, ils vont encore nous mettre des bâtons dans les roues et ne rien faire « . Il y a tellement de possibilités pour l’histoire après ça qu’on a décidé de mettre le public au courant (du mariage, ndlr). »

Voici donc les premières photos exclusives de la saison 9 de Big Bang Theory et de l’union de Penny et Leonard, bien partie pour être le mariage le plus compliqué et maladroit jamais vu encore.
« C’est la saison 9  et Leonard s’est acharné à chaque minute depuis trois saisons, ajoute Moralo au sujet de ce couple pour qui l’heure a sonné. Et malgré Penny et tous ses problèmes d’engagements, et ses prises de têtes « Est-ce qu’on qu’on va emménager ensemble ou non ? Qu’est-ce qu’on va faire ? », eh bien, ça y est, ils vont le faire (se marier, ndlr). »

Dans son interview, Moralo explique ensuite ce qui va arriver aux deux jeunes mariés et comment Mandy (Melissa Tang), la fameuse « copine » que Leonard a embrassé, viendra tourmenter les premiers temps de leur union et notamment leur nuit de noces qui  « promet d’être un sacré challenge » pour Leonard. D’autant que « d’une certaine façon, Sheldon (Jim Parsons) et Leonard sont « toujours mariés » », ajoute le showrunner amusé.

Knight of cups, un film de Terrence Malick : critique

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Une chose est sûr, la dernière œuvre du réalisateur, Knight of cups, ne fera pas consensus. Elle divisera tout du long que l’on se rappellera d’elle, elle vivra sans doutes des années heureuses dans l’esprit de certains, et tombera rapidement dans l’oubli dans celui des autres.

Un ballet avec le vide

Le vide, un mot qui définit bien ces deux heures. A première vu il n’y a rien de bien intéressant dans le vide, puisqu’il n’y a rien; un espace incolore, inodore, sans substance. A première vu on ne peut que s’ennuyer devant le vide. Comme l’atteste cet évidage constant de la salle ce soir. Mais il ne faut pas se précipiter tête baissée dans le trou béant que nous tend malicieusement Terrence Malick. Car le cinéaste nous propose comme souvent une expérience, une sensation, à travers la quête de Rick (Christian Bale).

Rick fréquente les hautes sphères de la côte Ouest des États Unis, gagnant beaucoup d’argent dans une industrie du cinéma asphyxiante, il se laisse vivre entre la ville des anges et la ville du vice, submergé par des nymphes venu des contrées hideusement riche de la mode et du cinéma. Ou en tout cas c’est ce qu’on a compris du scénario. Malick, comme sur The Tree of Life, ne s’embarrasse pas de quelconque lisibilité scénaristique, il déroule simplement ces bribes de souvenirs, ces morceaux de vies, les dispersant sous formes de chapitres. Des chapitres où chaque acteurs de la vie de Rick tient le rôle principal:  le frère (Wes Bentley), le père (Brian Dennehy), l’ex épouse (Cate Blanchett), l’amante (Natalie Portman). Un rôle partagé évidement avec Christian Bale, qui navigue, ou plutôt flotte le visage hagard, sur un espace déserté par toute profondeur émotionnelle et spirituelle.

L’Allégorie de la perle

Tout commence par une histoire, la légende d’un prince envoyé par son père chercher une perle, mais dans sa quête il perd soudainement la mémoire et s’endort. C’est peut-être dans ce faux sommeil que l’on retrouve Rick, dans une léthargie largement partagée par toute une civilisation. Une masse qui perd ses valeurs, la tête dans le guidon. Finalement Terrence Malick prêche durant deux heures, mais ne tombe jamais dans le prosélytisme. On retrouve d’ailleurs les mêmes éléments que dans The Tree of life: cette même ouverture sur le ciel, largement symbolique, la même texture d’image (toujours dirigée par le grand maitre du moment, Emmanuel Lubezki), et puis évidement les voix off, si chères au cinéaste. Autant d’éléments qui conduisent vers une ambiance similaire à sa palme d’Or de 2011, mais qui laisse un goût définitivement autre car plus nocturne, plus urbain, plus toxique dans un sens. Une agitation dans laquelle la perle serait une solution, ou du moins un moyen d’élévation; c’est toujours avec ce discours biblique en filigrane que Malick guide son personnage et son audience. Une démarche qui curieusement n’oppresse pas, puisque c’est toujours vers la libération que l’intrigue nous mène. C’est dans cette expérience du rien et du tout que nous sommes plongés, balancés par sa caméra qui ondule toujours autant, qui ne s’arrête jamais. Car si il y a quelque chose de sacré chez le Texan, il se trouve dans le mouvement et dans la continuité des choses, dans son obsession du devoir vivre. Rick côtoie un entourage venimeux, entretient des relations compliquées avec les membres de sa famille, et pire encore ne trouve pas l’amour. Alors face à ce tableau sinistre, Terrence Malick propose de partir à la recherche de cette perle, mais sans doute que cette recherche est déjà la perle.

Le film, Knight of Cups peut paraître brumeux malgré l’extrême clarté des plans larges, et la lévitation des plans serrés; tout comme le bilan final qui peut en être tiré. Au dessus de l’universalité des sujets traités, c’est toujours l’intime qui triomphe et Terrence Malick s’amuse de ces oppositions, comme il s’amuse sans doute à nous faire dire j’aime/j’aime pas à la fin de ses films. Et peu importe le camps qui nous a choisi à la fin de son œuvre, on salut toujours le fait d’avoir été scotché ou dégouté.

Knight of Cups : Bande-annonce

Knight of Cups : Fiche technique

Réalisateur : Terrence Mallick
Scénario : Terrence Mallick
Interprétation : Christian Bale (Rick), Natalie Portman (Elizabeth), Cate Blanchett (Nancy), Wes Bentley (Barry), Brian Dennehy(Joseph), Antonio Banderas (Tonio)…
Photographie : Emmanuel Lubezki
Montage : Geoffrey Richman et Keith Fraase
Musique : Hanan Townshend
Directeur artistique : Ruth De Jong
Producteurs : Nicolas Gonda, Sarah Green, Ken Kao et Daniel Newman
Sociétés de production : Dogwood Films, Waypoint Entertainment
Distribution : Metropolitan FilmExport
Durée : 118 minutes
Genre : Drame
Date de sortie : 25 novembre 2015
Etats-Unis – 2015

 

Interview de Dan Schaffer, scénariste de Doghouse et The Scribbler

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Interviews Français et VO de Daniel Schaffer, auteur, scénariste de Doghouse et créateur de The Scribbler :

Dan Schaffer (Daniel de son prénom) est un illustrateur et auteur de Bandes-dessinées et de romans graphiques britannique connu depuis 2000 pour sa saga DogWitch. Quatre ans plus tard, dan-schaffer-author-the-scribblerdans ce qu’il nomme sa plus sérieuse phase artistique, il écrivait The Scribbler pour illustrer les dangers de la pensée mécanique dans un monde organique. En 2010, il travaille en tant que scénariste pour le film Doghouse, réalisé par Jake West (Razor Blade Smile) et en 2014, Dan Schaffer écrit le scénario du film à succès The Scribbler, réalisé par John Suits. Rencontre avec cet auteur Visionnaire. (Daniel Schaffer is an english illustrator and author of comic stories known for the series Dogwitch since 2000. Four years later came what Schaffer considers to be a more serious phase in his artistic direction with The Scribbler meant to illustrate the dangers of mechanical thinking in an organic world. In 2010, he worked as screenwriter on the movie Doghouse directed by Jake West and in 2014, Dan Schaffer wrote the script of the successful The Scribbler directed by John Suits.) 

The Scribbler : « un truc astucieux et sympa »

Cineseries-Mag : The Scribbler a été adapté au cinéma et vous avez travaillé sur le film en tant que scénariste. C’est fantastique de voir vos personnages prendre vie ! Espériez-vous cela pour votre roman ? Cineseries-Mag : The Scribbler had been adapted for the cinema and you worked on the movies as scriptwriter. It’s fantastic to see your characters come to life ! Did you wish this for your book ?

Dan Schaffer : C’était formidable que cela arrive mais ce n’était pas vraiment le plan. Je ne travaillais pas sur un film en parallèle lorsque j’ai écrit The Scribbler et donc séduire le plus grand public n’a jamais été une priorité. Ce grand film de super-héros ne s’est pas profilé antérieurement et donc, le roman graphique est sorti dans un espace culturel complètement différent. C’est (le film, ndlr.) assez abstrait par moment, il y a plus de psychologie, c’est davantage une allégorie horrifique qu’une histoire de super héros. C’est ce que j’appelle une « histoire réticente de super-héros » ; tous les éléments du super-héros sont présent mais ils sont tous contrariés ou détournés d’une certaine façon. John (le réalisateur) a apporté ces éléments en première ligne pour le film avec mon accord, et j’adore sa version du film. Je lui ai donné un scénario qui était compliqué, difficile à tourner et pas particulièrement vendeur et il a réussi à en faire un truc astucieux et sympa.
Dan Schaffer : It was nice when it happened but it was never really the plan. I wasn’t working in film back when I wrote The Scribbler so appealing to a mainstream film audience was never a priority. The big superhero film thing hadn’t happened back then either so the graphic novel came out of a completely different cultural space. It’s quite abstract in places, more of a psychological, metaphorical horror story than a superhero story. It’s what I call a « reluctant superhero story, » all the superhero motifs are there but they’re all turned on their heads or subverted in some way. John (the director) brought those elements to the forefront for the film which was fine with me, I love his film version. I gave him a script that was complicated, difficult to film and not particularly marketable and he managed to make something slick and cool out of it.

CSM : Dans le film The Scribbler, Katie Cassidy est un peu différente du personnage Suki du livre (elle est tout le temps en culotte par exemple) tandis que Michelle Trachtenberg et Garret Dillahunt ressemblent vraiment à Alice et Hogan. Avez-vous participé au casting et aux costumes du film ? In The Scribbler, Katie Cassidy is a little bit different from the character Suki (always in underwear for example…) while Michelle Trachtenberg and Garret Dillahunt really look like Alice and Hogan. Did you have any say in the casting and the costumes on the film ?

Dan Schaffer : John a tourné le film à Los Angeles alors que j’habite à Londres. Je n’ai donc pas été impliqué dans le tournage hormis quelques conversations avec les acteurs à propos de leurs personnages.
Je pense que Katie pimente le style de Suki. Elle est très Glamour et élégante d’habitude mais elle est capable de tout saccager à la perfection. Michelle était vraiment méconnaissable, mais elle a dû jouer à sa façon malgré ces cheveux hirsutes. Et je pense que Garret a
laissé pousser sa barbe pour le rôle et du coup il ressemblait vraiment au Hogan de la BD. Ce mec est sérieusement sous-évalué, il est pourtant l’un des meilleurs acteurs qui travaille à Hollywood. Je l’embaucherais pour tous mes films si je pouvais.
John shot the film in LA and I live in London so I wasn’t involved in the shoot apart from a few conversations with the actors about their characters. I think Katie rocked the Suki style. She’s so glamorous and stylish usually but she does « messed up » really well. Michelle was almost unrecognisable and had to act her way out from under all that hair, but she’s always brilliant. I think Garret grew his beard for the role so he’d look more like the comic book Hogan. That guy is seriously undervalued, he’s one of the best character actors working in Hollywood. I’d cast him in everything if I could.

Qu’en est-il de la machine qui brûle les personnalités siamoises ? Avez-vous aidé à la dessiner ? What about the Siamese Burn Module ? Did you help to design it ?

Seulement dans le fait que les designs du film sont basés sur les dessins
du roman graphique et dans les descriptions du script. L’équipe artistique du film a réalisé tout le boulot. Je pense qu’ils ont fait un travail remarquable. Mais des pauvres âmes ont dû passer des heures et des heures à écrire sur tous les murs (dans l’appartement de Suki, ndlr) !
Only in as much as the film’s designs are loosely based on the drawings in the graphic novel and descriptions in the script. The art department on the film handled all that stuff. I think they did a remarkable job. Some poor soul must have spent hours and hours scribbling over all those walls!

Dogwitch : « probablement mon meilleur scénario »

Le public a pu vous voir avec Jake West ( Doghouse) au Festival FrightFest Film de Londres il y a deux semaines. Est-ce qu’on doit s’attendre à un autre film ? The community could have seen you with Jake West (Director for Doghouse) at the London FrightFest Film Festival two weeks ago. Does that mean we can expect another movie ?

Jake est un très bon ami alors nous essayons de nous retrouver à chaque fois que nous le pouvons. Ce n’est pas toujours facile de synchroniser nos emplois du temps étant donné que Jake réalise beaucoup de documentaires et que je suis parfois fatigué par mon travail d’auteur de Bandes-dessinées. Mais nous avons toujours une tonne de projets sur le feu alors, sait-on jamais, l’un d’eux nous rassemblera peut-être un jour.
Jake’s a good friend of mine so we try to get together whenever we can. It’s not always easy to get our schedules to synchronise as Jake makes a lot of documentaries and I’m sometimes tied up with comic book work, but we’ve always got a couple of projects simmering away so, you never know, one of them might come together at some point.

Pensez-vous que nous pourrons voir votre célèbre personnage, Violet de Dogwitch à l’écran ?  Do you think we could see your famous comic character DogWitch on screen ?

C’est plutôt mal parti. J’ai écrit une adaptation scénaristique et ce doit être mon meilleur scénario, mais le film est tombé dans une fourchette de budget qui n’existe plus depuis l’effondrement du marché de l’industrie du film il y a quelques années. Le marché du DVD s’est effondré avant que celui du VOD ne s’étende assez pour combler les lacunes et il en résulte que plus personne ne fait de film à budget médium car ils ne peuvent pas garantir le retour financier qui couvrirait le coût de la production. Ainsi, soit ils ne produisent que des blockbusters à gros budgets avec un budget marketing épique et une garantie d’audience, soit ils font des films à petits budgets. Il n’y a pas d’entre-deux. Il est donc peu probable que quiconque veuille mettre une centaine de millions de dollars dans Dogwitch. Le seul moyen de le produire serait de réécrire le scénario pour qu’il puisse être tourné modestement, ce que je pourrais faire mais je n’en ai pas le temps et, de toute façon, je ne suis pas sûr de vouloir compromettre l’histoire. Peut-être qu’un jour je le ferai, si quelqu’un me le propose, ou peut-être que le marché remontera et que les gens recommenceront à produire des budgets médiums. Je connais plein de gens qui veulent travailler sur Dogwitch et j’ai les réalisateurs idéals qui attendent. C’est juste une question de temps. Nous n’attendons plus que le lancement pour nous aligner.
It’s pretty unlikely. I’ve written a screenplay adaptation and it might be my best script, but the film falls into a budget range that hasn’t existed since the bottom fell out of the film industry a few years ago. The DVD market collapsed before the VOD market had expanded enough to fill the gap, and the result of that is nobody makes mid-budget films anymore because they can’t guarantee a financial return that will cover the cost of the production. So they only make mega budget blockbusters with an epic marketing budget and guaranteed audience or they make low budget films. There’s nothing in between. It’s unlikely that anyone would chuck a hundred million dollars at Dogwitch so the only way to get it made would be if I rewrote the script so that it could be filmed cheaply, which I could do but I haven’t had the time and I’m not sure how much I’d be willing to compromise the story anyway. Maybe one day I’ll do it if someone asks for it, or perhaps the market will swing back and people will start making mid-budget films again. I know a lot of people who want to work on a Dogwitch film and I’ve got the perfect directors lined up, it’s just all about the timing. We need the stars to align.

Sur quoi travaillez-vous en ce moment ? J’ai entendu parlé de The Turn et de The Godless mais ces films ne sont pas arrivés en France. What are you working on at the moment ? I’ve heard about The Turn and The Godless but this movies are not screening in France.

Il ne faut pas donner trop d’importance à ce qui est dit sur IMDB, ce n’est pas tout-à-fait exact. En fait, je travaille de nouveau sur des comics depuis l’année dernière. J’ai un roman graphique édité par 1First Comics dont la sortie devrait être annoncée bientôt de façon officielle. Je travaille aussi sur une autre série de bandes-dessinées avec un autre artiste et je viens de commencer à dessiner un nouveau roman graphique que je devrais avoir fini l’année prochaine. J’essaye aussi de faire publier un roman mais ça s’avère difficile car il est complètement et absolument impubliable ! Et au milieu de tout cela, j’ai vendu trois scénarios supplémentaires donc, avec un peu de chance, l’un d’eux devrait entrer en production cette année.
I wouldn’t pay too much attention to what it says on the IMDB, it’s not very accurate. I’ve actually been working back in comics for the last year. I’ve got a graphic novel coming out from 1First Comics that should be announced officially sometime soon. I’m also working on another comic series with another artist and I just started drawing a new graphic novel which I should finish sometime next year. I’m also trying to get a novel published but that’s proving difficult as it’s so completely and utterly unpublishable! In between all that I sold three more screenplays so, hopefully, at least one of those will get into production this year.

Alors finalement, Dan Schaffer : auteur ou scénariste ?  Then, Dan Schaffer : Author or Screenwriter ?

Tout cela et rien à la fois, j’imagine. Je ne sais pas vraiment ce que je suis. Je me lève juste chaque jour et j’improvise.
All and none of the above, I guess. I don’t know what I am, I just wake up everyday and wing it.

Dan Schaffer, conseils aux jeunes scénaristes : « envoyez chier les règles » !

Merci beaucoup pour cet entretien ! Avez-vous quelques derniers conseils pour les jeunes scénaristes ? Thanks a lot for this “interview” ! Do you have some advices for every young scriptwriters ?

Merci de m’avoir interviewé. J’ai deux portions de conseils pour les jeunes scénaristes.
Premièrement, envoyez chier les règles et faites quelque chose de frais, votre propre voix est quelque chose d’unique et de valeur, ne les laissez pas l’étouffer. Soyez intéressant, prenez des risques. Les fameux « Trois actes » permettent de structurer un travail mais vous pouvez les ignorer, le schéma narratif est une ancienne théorie machiste basée sur la culture de la compétition et de la coopération, ça fonctionne parce que le théâtre met en scène des conflits et que c’est un monde d’hommes. Trouvez un meilleur moyen de le faire, créez davantage de rôles principaux féminins, y compris des personnages Lesbiens, Gay, Bi ou transexuels (LGBT) dans des postures primordiales, et pas des rôles tertiaires et pathétiques, faites-en un personnage complexe et important voire principal. Ne soyez pas excessif mais faites au moins effort pour passer le Bechdel Test (test visant à démontrer que les œuvres scénarisées sont centrées sur les personnages masculins, ndlr.), lisez de la littérature féministe et apprenez comment et pourquoi le monde du film est un véritable « Festival de la Saucisse » puis faites quelque chose pour changer ça. Et, le plus important, écrivez ce qui vous intéresse, ayez un sujet, un point de vue, donnez une raison d’exister à l’histoire au-delà de faire du fric pour un producteur.
Deuxièmement, ignorez tout ce que je viens de dire ou vous risquez de ne pas avoir de carrière. Faites en fonction de ce qu’on vous dit, écrivez ce qu’ils veulent que vous écrivez, suivez les règles, lisez « Save The Cat » (livre de Blake Snyder sur l’écriture d’un scénario, ndlr.), assurez-vous que votre élément déclencheur intervient entre la page 10 et la page 12, mettez les fins d’actes au bon endroit et surtout, assurez-vous que vos cinq pages d’ouverture ont une accroche génial sinon le lecteur ne prendra jamais le script. Votre première audience sera l’assistant de l’assistant de l’assistant du producteur. Vous devrez franchir tous les obstacles pour amener votre scénario en haut de la chaîne, vers le feu vert. Cela peut prendre un long moment, parfois quelques années, ça peut mettre à mal votre patience et aspirer tous les espoirs de votre âme mais, quelle que soit la voie que vous choisirez, ne baissez pas les bras. Et ne travaillez pas gratuitement petit salopiauds ! Ce n’est pas étique et cela rabaisse la valeur de chacun d’entre nous.
Thanks for interviewing me. I have two opposing pieces of advice for young scriptwriters. Firstly, fuck the rules and do something fresh, your own voice is unique and worth something, don’t let it get assimilated, be interesting, take risks, the three act structure works but you can subvert it, it doesn’t always have to be the « hero’s journey », the hero’s journey is an ancient male construct based on a culture of competition over cooperation, it works because drama is all about conflict and it’s a man’s world, but find a better way to do it, write more female leads, include positive LGBT characters in all mainstream work, and not as a tertiary-one-trick-joke but as a complex major character or a lead, don’t be exploitative, make at least some kind of effort to pass the Bechdel-Wallace test, read feminist literature and learn how and why the film world is a sausage fest and then do something to change it. Most importantly, write like you care, have a theme, a point of view, a reason for the story to exist beyond making money for a producer. Secondly, ignore everything I just said or you won’t have a career. Do as your told, write what they want you to write, follow the rules, read Save the Cat, make sure your inciting incident is between pages ten and twelve, put the act breaks in the right place and, most of all, make sure your opening five pages have an awesome hook or the script reader will never get past them. Your first audience is the producer’s assistant’s assistant’s assistant. You have to jump through all the necessary hoops to get your script up the chain toward the green light. This can take a long time, sometimes years, it can challenge your patience and suck all the hope out of your living soul but, whichever way you decide to play it, don’t give up. And don’t work for free you little bastards, it’s unethical and it lowers the value of all of us.

Festival de Deauville: Janis Joplin, sa vie racontée au cinéma dans un documentaire

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Festival de Deauville épisode 5: Malick, babysitting, et rock star

En attendant la projection en avant première de Knight of Cups nous avons quitté les sentiers de la compétition afin de vivre l’hommage rendu à Terrence Malick, et la meilleur façon de le faire c’était sans doute d’aller applaudir The Tree of life dans la salle du casino de Deauville. Quoi de mieux qu’un cinéma déserté pour apprécier l’œuvre mystérieuse et solaire du cinéaste Texan ? Car c’est devant des travées vides, ou presque, que l’orchestre a joué, faisant de la salle une nef au parfum sacré et mystique. Un film d’une puissance et d’une beauté rare qui joue avec le micro et la macro, l’ancien et le contemporain, avec une texture inédite. Incontournable.

Alors évidement Mr Malick ne posera sans doute jamais le pied à Deauville. Il ne l’avait même pas fait à Cannes pour sa palme d’Or (2011), l’homme ne s’exprime pas ou peu, mais sa brève filmographie dis tellement, que l’hommage s’impose naturellement. Hier c’était Citizen Kane qui était proposé au CID de Deauville, longtemps auréolé du titre du « meilleur film de tous les temps », l’œuvre majeure d’Orson Welles en version restaurée annonçait à merveille l’oeuvre majeure de Terrence Mallick. Deux monuments, deux films incomparables si ce n’est dans leur puissances et leurs quêtes insatiables de l’amour. Des hommages qui font offices électrochocs face à une sélection qui peine à nous convaincre, malgré les très bonnes prestations  de Chloé Zhao (les chansons que mes frères m’ont apprises) et Sean Baker (Tangerine).

Emelie

10ème film en compétition et premier long métrage du réalisateur Michael Thelin, Emelie nous plonge dans une soirée qui tourne au désastre suite à l’engagement un peu hasardeux d’une babysitteuse. Le réalisateur nous lâche en conférence que son objectif premier était de nous faire très peur. Objectif atteint partiellement. Il s’inspire d’une histoire d’enfance à laquelle il a combiné plusieurs fait-divers, en naitra une intrigue diabolique qui effraiera quiconque laisse ses enfants dans les mains d’une inconnue. Mise à part une tension réelle, et quelques sursauts, ce premier film se cantonne dans son genre, et n’apporte pas grands choses de nouveaux. A noter que le film aurait pu tomber dans une comédie très cynique, très noire, mais le cinéaste reste dans les rails du thriller. Un résultat honnête, mais pas dans la course au titre.

Janis

Pour conclure aujourd’hui,  dans le cadre des documentaires de l’oncle Sam: Où l’on parle de Lumet, McQueen, Hitchcock, Truffaut, Welles;  et donc beaucoup de cinéma, il y avait en cette fin d’après midi, une projection sur chanteuse: Janis Joplin. Et les profils mythiques de ces années là font souvent de bons documentaire, on pense à Sixto Rodriguez ou Jimi Hendrix. Celui ci ne déroge pas à la règle, Amy Berg délivre un excellent documentaire sur la première femme rock star de son temps. Entre son mal être de jeunesse, ses déboires avec la drogue, sa voix inimitable, la réalisatrice retrace la vie mouvementée de cette jeune femme plein d’idéaux. Le tout évidemment recouvert de ses plus belles chansons, un atout non négligeable.

True Detective Saison 2, Série de Nic Pizzolatto : Critique

Fort du succès quasiment unanime de la première saison de True Detective, aussi bien sur les critiques élogieuses et les très bonnes audiences, il était clair que HBO et Nic Pizzolatto n’allaient pas en rester là. Étant une anthologie, il fallait prendre avec cette deuxième saison un nouveau départ.

Avec un nouveau casting, une nouvelle intrigue et de nouvelles ambitions. Pour autant l’ensemble reste une série donc elle se devait aussi de garder une cohérence avec la saison 1 sans pour autant en être dans la redite. En offrant donc une nouvelle atmosphère tout en gardant le sel de l’ancienne. C’est d’ailleurs le principal problème des anthologies, l’inégalité entre les histoires et les saisons car parfois les attentes sont trop élevées. Ce qui généralement engendre la déception face à un public exigeant qui cherche le frisson de la première histoire tout en étant fasse à quelque chose de nouveau.

Il est donc très vite clair que l’errance et les défauts de cette saison, car il y en a beaucoup, ne sont pas les seules raisons de son échec critique. Mais le public, éternel insatisfait, est aussi en grande partie responsable car il était évident que cette saison ne serait pas aussi fascinante et maîtrisée que la première. Il fallait s’y attendre et être préparé pour pleinement profiter des belles pépites que Pizzolatto nous a encore offert même si celles-ci sont moins évidentes au premier coup d’œil. Tout le monde l’attendait au tournant en raison de son succès et rares sont ceux à avoir offert une chance à cette saison. Il faut dire que narrativement celle-ci possède de nombreux problèmes. Elle met beaucoup de temps à se lancer, le premier épisode étant assez bancal dans l’introduction de son univers ainsi que dans l’exposition de ses personnages. Dans la première saison, en 15 minutes, tout était dit, on était happé dans un univers fascinant qui n’allait plus nous lâcher. A présent, il faut attendre toute la première heure avant que l’intrigue ne commence vraiment, l’introduction n’étant qu’une présentation caricaturale des personnages, de leurs démons et de leurs histoires.

Ensuite, ça s’améliore drastiquement avec un second épisode qui semble prendre des décisions couillues, même si cela est immédiatement déconstruit dans un troisième épisode qui reprend le chemin peu intéressant du classicisme. Le problème étant que Pizzolatto suit le cheminement de la première saison, il reprend les mêmes codes, ceux que les gens attendaient tombant parfois dans la facilité comme avec l’explosion finale de l’épisode 4 pour nous renvoyer à celle de l’épisode 4 de la saison précédente. Sauf que la scène à bien du mal à se justifier sur le plan narratif, faisant office de diversion et semblant au final très gratuite. Comme pour l’histoire précédente, l’épisode 5 joue la carte de l’ellipse évitant toute notion de développement psychologique ainsi que les traumatismes qui auraient pu en découler. Puis, arrive la carte de la facilité au sein de cet épisode répétitif et lourd qui plonge régulièrement dans la prévisibilité. Celui-ci est de loin le moins bon de la saison. Les trois derniers sont bien plus aboutis, même si l’épisode 6 possède quelques problèmes liés au passif d’un des personnages. Néanmoins l’intrigue autour du meurtre et de la conspiration décolle vraiment après avoir été qu’une diversion pendant la majeure partie de la saison. D’ailleurs ça n’a jamais été le fort de T.D., l’intrigue était toujours au second plan, au profit des personnages et ici on ne déroge pas à la règle. La finalité de celle-ci et sa résolution se révélant assez simple et attendue, surtout si on est familiarisé avec les écrits de James Ellroy, dont s’inspire le showrunner.

L’intérêt viendra des personnages, mais ceux-ci, étant plus nombreux que dans la première saison, sont inégalement traités. Seuls deux sortiront vraiment du lot à savoir Ray Velcoro (Colin Farrell) et Frank Semyon (Vince Vaughn) qui arrivent à sortir de leurs stéréotypes pour avoir une profondeur plus intéressante, même s’ils sont tous deux obsédés par des histoires familiales qui tournent très vite en rond et peine à captiver. Tandis que Paul Woodrugh (Taylor Kitsch) et Ani Bezzerrides (Rachel McAdams) mettent énormément de temps à devenir pertinents et sont très caricaturaux. Lui n’étant que brillant dans l’action, ses démons étant peu intéressants et mal gérés surtout sur la fin. Tandis que pour elle son histoire se révèle être anecdotique même si elle prend sens dans l’aspect symbolique de la saison. Les personnages sont donc moins attachants que ceux de la première saison étant moins charismatiques pour la plupart mais aussi construit avec beaucoup de défauts d’écritures. Ils ne seront pas aidés par les dialogues parfois bien trop sur-écrits tombant parfois dans le ridicule et l’auto-parodie involontaire. C’est un autre défaut de cette histoire, celui de se prendre trop au sérieux en ne disposant pas de petites touches d’humours comme on avait pu en voir en saison 1. En dépit de leurs défauts, tout les personnages sont campés par d’excellents acteurs, même si Rachel McAdams manque parfois de substance au début et que Taylor Kitsch est sous exploité malgré le fait qu’il se révèle très intense. Par contre Vince Vaughn crée la surprise dans un rôle sérieux et complexe, il se montre impérial et très juste dans chaque aspects de son personnage, tandis que la saison est dominée par un excellent Colin Farrell qui se montre généralement brillant dans ce rôle de looser magnifique et dépressif. Les autres acteurs ne sont pas en reste et offrent de très bonnes prestations avec, en tête, la solaire Kelly Reilly.

Mais tout compte fait, en plus des erreurs d’écritures, le plus dérangeant dans cette saison est sa mise en scène. Voulant prendre plusieurs réalisateurs pour une même saison, il manque la patte artistique d’un cinéaste pour venir contrebalancer le style parfois excessif de Pizzolatto. Dans la saison 1, il y avait un juste milieu entre les délires narratifs et la virtuosité de la mise en scène. Cary Joji Fukunaga avait réussi à apporter son propre style en créant une atmosphère unique, palpable et passionnante. Pour cette nouvelle enquête, avoir William Friedkin aux commandes aurait été idéal. Son style nihiliste et viscéral se serait marié à merveille avec la série, car ici la réalisation se montre au mieux, peu inspirée et au pire totalement insignifiante voire ratée. Justin Lin, qui s’occupe des 2 premiers épisode, montre une nouvelle facette de son travail, prouvant qu’il peut être un metteur en scène posé. Mais il brille surtout par son manque d’idées et offre un travail générique, malgré une très belle photographie, qui sera le point fort du show sur ce point. Après certains réalisateurs arrivent à tirer de très bonnes choses du script , Janus Metz arrive à créer quelques images fortes, très lynchienne dans l’épisode 3, la fusillade de l’épisode 4 est plutôt bien troussée même si relativement classique tandis que le montage final de l’épisode 7 se montre bien pensé et fait tomber l’histoire dans une allégorie justifiée et une poésie macabre. Sinon, l’épisode 8 possède de très beaux moments, notamment dans les derniers instants où la saison très urbaine cède le terrain à la nature qui reprend ses droits. Cela offre une très belle symbolique et apporte un certain sens à la saison. D’ailleurs, celle-ci à une certaine tendance à répéter certains lieux et certaines scènes, même si cela peut devenir agaçant, c’est plutôt astucieux dans ce que Pizzolatto veut nous raconter. Et bien évidemment la saison possède aussi des plages musicales enivrantes et diablement bien employées, surtout les scènes avec la chanteuse Lera Lynn dans le bar.

Avant de conclure et de poser un bilan, il est important de se pencher sur ce que le créateur voulait vraiment accomplir ici. Ce sera donc une zone spoilers que vous devrez passer si vous n’avez pas vu la série. Que raconte donc cette deuxième saison de True Detective ? Et bien c’est tout simplement une mise en application des théories de Rust Cohle de la première saison. Le temps qui forme une boucle infinie et qui se répète, d’où la répétition des mêmes scènes encore et encore, que ce soient les scènes dans le bar ou les scènes intimes des personnages qui jouent toujours sur le même sujet et les mêmes dialogues. Pour Ray, la garde de son fils et pour Frank, les problèmes avec sa femme de concevoir. Ces freins s’étendent encore au-delà. Il en va ainsi également pour les problèmes d’Ani avec sa sexualité débridée ou encore l’homosexualité refoulée de Paul. Parfois, on à l’impression que certaines scènes se ressemblent mais c’est entièrement voulu. On retrouve le discours sur la futilité de Rust, les personnages étant bloqués dans un rêve, vivant sans arrêt les mêmes événements. Leurs destins sont scellés d’avance. Ceci est bien souligné par le rêve prémonitoire de Ray au début de l’épisode 3. Au final, c’est une histoire sur « être une personne », comme disait Rust, au sein d’un monde à la dérive, corrompu et donc dérisoire. L’errance prend ainsi une part capitale. Le bar prend d’ailleurs la forme d’un purgatoire, des limbes et la saison est très empreinte de la mythologie grec. Comme pour la saison 1 qui était l’Odyssée de Rust Cohle, ici on est face à une tragédie avec la représentation allégorique des cercles de l’enfer, présente dans la Divine Comédie de Dante. Cette histoire est donc avant tout mythologique, comme pour la saison 1 c’est la plus vieille des histoires, le bien contre le mal. Comme le précise un des personnages, il s’agit du monde que l’on mérite, et certains ici ne le méritaient pas. Non pas parce qu’ils sont mauvais mais parce qu’ils aspirent à mieux. En cela, certains personnages accepteront leurs conditions, leurs natures et ainsi trouveront une place dans ce monde, comme pour Bezzerides qui continue son errance, qui au final disparaît dans la foule, anonyme, avec son enfant continuant à jouer cette triste comédie alors que les personnages masculins ont succombé à toute cette histoire, car ils refusaient leurs natures et voulaient plus, en fuyant leurs passés et ce qu’ils sont. Frank agit par orgueil, voulant avoir plus que les autres et c’est ce qui cause sa perte, Ray par colère et par amour volant faire face aux injustices et être un bon père ou encore Paul qui par honte de sa sexualité s’est construit un monde de frustration où il cherche un semblant de « normalité ». Ils trouveront une forme de salut par leurs morts et symbolisent tout ce que la saison voulait nous dire, nous ne sommes pas plus fort que la fatalité et qu’au final « rien n’est jamais vraiment fini », le combat étant sans fin et nous dépasse. La saison se montre donc symboliquement très forte et Pizzolatto garde une cohérence absolue sur sa série, le tout étant magistralement pensé et les saisons se répondant à merveille. Comme avec la thématique du père, chacun des personnages ne peuvent être de bons pères, soit par des mensonges (Paul), soit par des frustrations (Ray) ou soit par l’incapacité de concevoir (Frank). Rust et Marty reflétaient aussi ça et ici tout prend encore plus de sens. Cette incapacité à être des pères en raison de l’incommunicabilité, Ray ne pouvant envoyer à son fils son dernier message. Comment être pères alors qu’il est difficile d’être responsable de soi-même ? Au final True Detective raconte une histoire simple et universelle, elle parle en vérité d’hommes et de transmissions.

En conclusion, cette deuxième saison de True Detective se révèle être des plus réussie. Même si elle possède énormément de défauts sur sa narration et sur sa forme, elle fait preuve d’un certain savoir-faire. Mais il est juste dommage qu’il faille beaucoup trop se référer à la première saison pour pleinement la saisir. Nic Pizzolatto reste très clairement un homme intelligent et qui sait où il va même si cela tend à un certain autisme dans l’écriture qui se fait au détriment du spectateur. Il est donc peut être difficile d’entrer dans la saison, surtout au début assez laborieux mais après ça, la série offre de très beaux moments de télévision à la symbolique forte et imparable. Cette donc une saison très autistique et bien plus complexe que la première pêchant souvent par excès de zèle et manquant cruellement de la vision d’un cinéaste fort pour contrebalancer la personnalité imposante du showrunner. Néanmoins l’ensemble se montre cohérent, intelligemment écrit et brillamment interprétés, ce qui est déjà pas mal. Surtout que True Detective garde son statut de très bonne série et se paye le luxe d’être encore une des séries la plus intéressantes du moment.

The World We Deserve

True Detective Saison 2 : Extrait

Synopsis : Dans la ville fictive de Vinci, près de Los Angeles, un homme d’affaires, Ben Caspere, est retrouvé mort sur une aire d’autoroute, le corps mutilé. L’État réunit alors une unité spéciale pour enquêter sur les circonstances de sa mort : Ray Velcoro, un policier corrompu au service d’un mafieux local, Frank Semyon, cherchant à se repentir mais ayant perdu tout son argent avec la mort de Caspere, Antigone « Ani » Bezzerides, une femme policier hantée par son passé, et Paul Woodrugh, un policier à moto, vétéran de guerre pris dans un scandale sexuel. Les quatre personnes vont découvrir peu à peu l’ampleur de l’affaire, mêlant politiciens véreux, policiers corrompus et cartels autour d’un projet de voie ferroviaire traversant toute la Californie.

Fiche Technique : True Detective Saison 2

Scénario : Nic Pizzolatto
Réalisation : Justin Lin
Colin Farrell : Ray Velcoro, Vince Vaughn : Frank Semyon, Rachel McAdams : Antigone « Ani » Bezzerides, Taylor Kitsch : Paul Woodrugh, Kelly Reilly : Jordan Semyon, Michael Irby : le détective Elvis Ilinca, Abigail Spencer : Alicia, Leven Rambin : Sophia, Lolita Davidovich : Nancy Simpson, James Frain : Jeff Hunt, Riley Smith (en) : Steve Mercie, Adria Arjona (en) : Emily, Michael Hyatt (en) : Katherine Davis, Yara Martinez (en) : Andrea, Christian Campbell : Richard Brune, Jon Lindstrom (en) : Glenn Ellinger, Emily Rios : Gabby Behenna, Ronnie Gene Blevins (en) : Stan, Timothy V. Murphy (en) : Osip Agranov, Afemo Omilami : le chef de la police Holloway, Chris Kerson : Nails, C. S. Lee : Richard Geldof, Rick Springfield : Dr Pitlor, Ashley Hinshaw : Lacey Lindel, W. Earl Brown : le détective Teague Dixon, David Morse : Eliot Bezzerides

Critique True Detective Saison 1

La vanité, un film de Lionel Baier : critique

Une scène, cocasse à plusieurs titres, résume assez bien l’esprit de la Vanité, le nouveau film du suisse Lionel Baier, qui nous a servi dans un passé très récent une comédie assez loufoque avec ses Grandes Ondes (à l’Ouest).

La vie et rien d’autre

Vers la fin du film, Konstantin Treplev, l’un des personnages au doux patronyme tchékovien (éclatant premier rôle pour l’helvéto-bulgare Ivan Georgiev), est un prostitué qui reçoit à grand bruit ses clients dans l’une ou l’autre des chambres de ce motel proche de Lausanne, un jeune russe friand de métaphores approximatives (il est doux comme un mouton, vous êtes en train de vous vider comme une oie,…). Sans doute pour tuer le temps entre deux rendez-vous, il a appris à connaître par cœur les mauvaises copies des tableaux accrochés au mur : ici, les Ambassadeurs de Hans Holbein. Accroupi par terre derrière David Miller, le personnage principal, il montre à ce dernier le mystère de « la vanité » en anamorphose cachée dans le tableau. La position, les dialogues, les circonstances dans lesquelles se déroule la scène, tout est drôle. Du non-sens distillé à petites doses toutefois, et qui prend presque à chaque fois le spectateur comme par surprise.

Car le film commence de manière assez grave. David Miller donc (Patrick Lapp, parfait dans ce rôle d’un personnage pince-sans-rire et flegmatique), un élégant senior que l’on découvre à la réception d’un motel miteux bâti dans les années 70, sur le modèle des constructions de la Route 66. David et sa femme défunte, architectes tous les deux, ont construit ce motel où, très vite, des indices nous montrent que David est revenu pour participer une « procédure » de suicide assisté : rasé de près, propre comme un billet neuf aurait dit son jeune voisin, David jette tout à la poubelle : produits de toilette, rasoir, brosse à dents…Un terrible voyage sans retour prend forme sous nos yeux. David attend Espe(ranza), une senior elle aussi, interprétée avec beaucoup de sensibilité par Carmen Maura. C’est elle qui sera à la manœuvre si on ose dire, assistée de Treplev, enrôlé presque de force comme témoin, une obligation légale dans cette mort programmée. Rien évidemment ne se passera comme prévu.

Le dispositif de la Vanité est à l’opposé de celui des grandes Ondes : les 3 acteurs sont enfermés dans une chambre pendant presque toute la durée du film, dans une mise en scène assez théâtralisée ; alors que dans son précédent film, les protagonistes prenaient la route à bord d’une pittoresque combi VW jusqu’au Portugal. Le réalisateur opte pour un traitement plus ramassé, sans jamais étouffer ni son film, ni ses personnages, ni par conséquent ses spectateurs. Le rire qu’il provoque, essentiellement par son sens aigu des dialogues, efface cette sensation de huis-clos qui aurait pu s’installer, d’autant plus que ce huis-clos est ponctué de petites respirations (des « pauses clope » dans la neige, source de petites saynètes supplémentaires), permettant même un caméo de Lionel Baier, qui apparaît brièvement comme l’un des clients de Treplev.

Le choix de suivre ces 3 personnages est une bonne idée de la part du cinéaste : il apporte trois fois plus de sel à l’histoire, en la parsemant de petites bribes de leurs propres vies, de petites touches légères, des confidences qui caractérisent les protagonistes sans jamais alourdir l’ensemble.

Même si la Vanité est assez prévisible, avec des ficelles assez voyantes, le traitement de Lionel Baier en fait un film très plaisant à regarder, plein de références amusantes : Tchékov et sa Mouette, Hitchcock et sa douche… Une vraie émotion circule entre les trois personnages, puis par ricochet vers le spectateur. Aucun sentimentalisme cependant dans la Vanité, seulement l’humanité au travers de son instinct de survie, de son instinct grégaire, de son trop-plein d’amour qui ne demande qu’à se fixer à gauche et à droite. Un film qui réussit à faire oublier la maladie de david Muller pour ne laisser apparaître que leur contentement d’être ensemble et d’être en vie. Une anti-vanité, en quelque sorte.

Synopsis: David Miller veut en finir avec sa vie. Ce vieil architecte malade met toutes les chances de son côté en ayant recours à une association d’aide au suicide. Mais Espe, l’accompagnatrice, ne semble pas très au fait de la procédure alors que David Miller tente par tous les moyens de convaincre Tréplev, le prostitué russe de la chambre d’à côté, d’être le témoin de son dernier souffle, comme la loi l’exige en Suisse. Le temps d’une nuit, tous trois vont découvrir que le goût des autres et peut-être même l’amour sont des sentiments drôlement tenaces…

La vanité : Bande annonce

La vanité : Fiche technique

Titre original : –
Date de sortie : 02 Septembre 2015
Réalisateur : Lionel Baier
Nationalité : Suisse, France
Genre : Comédie dramatique
Année : 2015
Durée : 75 min.
Scénario : Lionel Baier, Julien Bouissoux
Interprétation : Patrick Lapp (David Miller), Carmen Maura (Esperanza), Ivan Georgiev (Konstantin Treplev)
Musique : –
Photographie : Patrick Lindenmaier
Montage : Jean-Christophe Hym
Producteur :Estelle Fialon, Frédéric Mermoud, Agnieszka Ramu, coproducteurs : Yaël Fogiel, Laetitia Gonzalez
Maisons de production : Bande a Part, Les Films du Poisson, Radio Télévision Suisse (RTS), SRG SSR idée suisse
Distribution (France) : Happiness distribution
Récompenses : –
Budget : NR