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Lumière 2015: Belmondo, Lindon et Lasseter ouvrent le festival

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Festival Lumière 2015 JOUR 1 : De Toy Story à Belmondo

En ce lundi 12 Octobre, le temps est gris si ce n’est terne sur la métropole lyonnaise. Il faut dire que la capitale des Gaules n’a toujours pas reçu la visite du fils prodigue Martin Scorsese, censé ouvrir les festivités lui étant consacrées. Le réalisateur américain se trouvant sur Paris pour assurer le vernissage de la grande exposition que la Cinémathèque Française lui a préparé, il faudra se résigner à attendre sa venue pour plus tard. Heureusement, la bande à Thierry Frémaux et Bertrand Tavernier n’ont encore une fois pas lésiné sur les moyens pour charmer les foules, quitte à impressionner son public dès le premier jour, au biais d’une programmation des plus éclectique, voguant entre Kurosawa, Chabrol, Kubrick et Mankiewicz.

Une journée axée sous le sceau de l’hommage

Hasard de la programmation, mais le premier film diffusé sur les écrans pour marquer le début de la 7ème édition du Festival sera ainsi un film, véritablement tournant dans l’art cinématographique, puisque entièrement conçu par ordinateur. Vous l’aurez deviné, Toy Story était de sortie ce matin, au grand bonheur de cinéphiles installé à l’Institut Lumière et véritablement médusés de voir un film vieux de 20 ans afficher une vitalité des plus effrayantes. Converti pour l’occasion au format numérique par l’industrie Pixar, et habilement présenté par son réalisateur, John Lasseter, aussi considéré comme le Walt Disney du 21ème siècle – eu égard à sa contribution majeure au développement de presque tous les films Pixar sortis depuis -, le film donne déjà le ton. On croisera du sublime aujourd’hui. Du sublime et du majeur. Mais à peine la projection terminée que me voilà déjà devant un dilemme : dois-je continuer dans la veine du grand spectacle et tenter de voir le titanesque Spartacus de Stanley Kubrick, ou bien dois-je me rabattre vers l’une des personnalités qui est à l’honneur, à savoir le méconnu réalisateur français Julien Duvivier, avec son très intriguant Voici le temps des Assassins ? Mon choix se portera sur le Kubrick. Kirk Douglas dans la peau d’un esclave devenu gladiateur, le tout magnifié par un réalisateur déjà bien aguerri, le spectacle promet. Et c’est le cas. Les 3h18 passent comme une lettre à la poste, mais pas le temps de se remémorer l’héroïsme de cet esclave, que déjà vient le temps de se rendre à la Halle Tony Garnier pour assister à la cérémonie de clôture.

Un métro et 3 changements plus tard, me voilà devant la Halle Tony Garnier, qui avant sa transformation en salle de concert aura tout vu. D’abord marché pour bestiaux, ensuite abattoir et finalement arsenal pendant la Grande Guerre, autant dire que le lieu a vécu. Mais c’est de l’histoire ancienne heureusement. De construction spacieuse, la Halle est aujourd’hui apte à recevoir pas loin de 5000 personnes, qui pour l’occasion ont toutes payées leur place pour assister à la cérémonie que Thierry Frémaux, le grand manitou de l’évènement, annonce d’emblée comme différente, et ce malgré les 6 dernières éditions ayant déjà donné le ton. Une marée humaine devant l’entrée, des discussions glanées avec des fans qui se demandent déjà si Robert de Niro ou Leonardo DiCaprio seront de la partie, et d’autres tentant d’innombrables pronostics sur le film choisi pour lancer les festivités, et voilà que vient enfin mon tour de rentrer dans la salle. Pas le temps de s’attarder sur la beauté du lieu, que vient déjà une priorité : trouver un bon fauteuil. Entre sièges réservés, places attribuées à des invités de prestige et une cohue de personnes prêtes à tout, difficile de jouer le difficile. Ça sera donc assis dans les gradins du côté gauche de l’écran, entouré de certains de mes homologues journalistes, avec le stylo déjà dégainé et le calepin prêt à l’usage, que je commencerais à écrire pour une soirée que je pressens déjà comme inoubliable.

Une cérémonie d’ouverture ahurissante

Et à peine le temps de s’asseoir que déjà l’ambiance est posée. Du Rolling Stones dans l’air qui tourne à plein tube, un brouhaha intempestif et d’éternels indécis, voilà que se met lentement en places les évènements, quitte à voir déjà les premières personnalités de la soirée fouler le tapis rouge et s’asseoir en catimini au milieu de la salle. Thierry Frémaux, pas stressé pour un sou puisque dans son élément, joue alors l’homme chargé d’escorter les stars l’une après l’autre. On verra ainsi le couple Raphael/ Mélanie Thierry, suivi par le maître de l’horreur Dario Argento aux bras de sa fille Asia. Puis vient Abderrahmane Sissako, le réalisateur multi récompensé aux derniers Césars pour son drame Timbuktu, l’acteur français Daniel Auteuil, l’animateur de RTL Laurent Gerra, Eric Lartigau auquel on doit la comédie populaire La Famille Bélier. S’en suit l’arrivée d’Alex Lutz et Louise Bourgoin tout sourire, à peine devancé par Rolf de Heer (Charlie’s Country), dont le calme olympien ne cessera jamais de surprendre, lui qui joue constamment la démesure dans ses films.

Puis vient l’arrivée de l’une des personnalités les plus attendus de l’évènement : Nicolas Winding Refn. Le réalisateur de la trilogie Pusher, Drive et autre Only God Forgives, toujours avec ses lunettes vissées sur le crane et sa houppette digne de Tintin, foule le tapis de manière sobre et ne s’attarde pas devant les photographes, ces derniers étant sans doute trop occupés par la personnalité arrivant juste derrière, une personne ayant d’une manière ou d’une autre révolutionné le cinéma pour toutes les personnes ayant moins de 30 ans dans la salle : John Lasseter. Le papa de Toy Story arrive tout sourire, avec une démarche respirant la bonhomie et le rire, l’intéressé arborant d’ailleurs fièrement une chemise sertie des personnages de son déjà culte Vice Versa, entre Joie, Colère, Dégoût, Peur et Tristesse. Une fois l’homme ayant sublimé notre enfance assis, voilà que toute la salle, sans doute sous le coup de l’émotion se lève. La personnalité qui arrive est comment dire… une légende. Démarche claudicante, et s’aidant d’une canne pour marcher, le sourire de Jean-Paul Belmondo reste pourtant intact. Bébel pour les intimes avance sous le crépitement des flashs et les applaudissements assourdissants pour finalement se réserver la place d’honneur, aux côté de son fils et du maire de Lyon, Gérard Collomb, entré discrètement. Et voilà que la dernière star arrive. Auréolé du Prix d’Interprétation Masculine au dernier Festival de Cannes pour La Loi du Marché, voilà que Vincent Lindon, à la démarche humble et blaguant avec Thierry Frémaux, vient s’asseoir.

La salle est au complet, l’heure est à présent venue de démarrer et de lancer Thierry Frémaux sur le sujet, réglé comme d’habitude en diction mitraillette. A peine le temps de nous dire les formidables moyens techniques investis (on parle quand même de 150 films différents diffusés à travers 370 séances), que le voilà déjà à respecter l’adage qui vaut qu’une image vaut mieux un long discours, en donnant à voir le programme détaillé de la semaine. Sur une bande sonore voyant Satisfaction des Stones côtoyer House of The Rising Sun de The Animals, voilà que la diversité revendiquée par Frémaux se fait jour. De la Toho à Scorsese, de Duvivier à Ridley Scott, la vidéo fait état d’une programmation éclectique qui verra assurément le rire des enfants côtoyer la mélancolie des plus vieux. Une mélancolie qui infusera d’ailleurs totalement la vidéo montrée juste après, puisque s’agissant d’une vidéo compilant tout le catalogue des films Pixar, et dont la simple vue suffit à déchaîner un torrent d’émotions dans l’esprit du vieil enfant que je suis déjà.

Mais pas le temps de s’y attarder. Thierry Frémaux, toujours aussi prolixe, continue. D’abord avec une publicité vantant L’Association des Toiles Enchantées, organisme qui prévoit d’amener jusque dans les hôpitaux des films pour les enfants handicapés, et ensuite avec du foot. Oui, vous avez bien lu. Nommé ambassadeur de l’Euro 2016, voilà que le président du Festival, secondé par le Ministre des Sports, décide de présenter à l’auditoire le look du ballon prévu pour l’Euro 2016, pour finalement réquisitionner ensuite une poignée de spectateurs dans la salle, qui monteront sur scène et tireront avec leurs pieds dans le ballon, quitte à en voir un frôler la tête de notre cher Belmondo. L’accident était proche. Heureusement, point de soucis à se faire, et la rythmique très speed de Frémaux continue avec sans doute l’un des points forts de la soirée. Toujours focalisé sur l’hommage, Frémaux laisse la place et l’attention à un modèle de cinématographe, celui-là même fabriqué à Lyon, qui diffuse devant une salle ébahie, la pellicule originale du premier film réalisé par les frères Lumières : Sortie d’Usine. 50 secondes pendant lesquelles la salle entièrement dans le noir, sera rythmée par ce bruit mécanique et répétitif d’une manivelle tournée par Frémaux, qui montre au public l’un des tous premiers films de l’histoire pour un résultat donnant des frissons. Mais, son amour de la pellicule et du vieux étant insatiable, nous voilà également récompensés par un morceau de pellicule du film de René Clément sorti en 1952, Jeux Interdits. Le genre de souvenirs qu’on garde précieusement.

Puis vient alors le quart d’heure comique de la cérémonie. Blagueur, Thierry Frémaux invite tous les invités de prestige contenus dans la salle à monter sur la scène, pour répéter une phrase sensée ouvrir officiellement les festivités. L’occasion de voir la barrière des langues s’affirmer, tant le rendu est proche d’une cacophonie inaudible, amenant donc le rire et faisant perdre le caractère solennel et fort du message. Mais qu’importe puisque cela fait rire. Encore plus quand Laurent Gerra, lui aussi sur scène, se voit missionné par Frémaux pour quelques imitations. Johnny Halliday, Jean-Luc Godard et finalement le grand Alain Delon seront ainsi présents pendant un bref laps de temps dans la salle, avant de disparaître sous le rire d’une salle totalement acquise aux talents vocaux de l’animateur radio.

Un film osé et inventif

Déjà 21h passé et voilà que la dernière attraction de la soirée se met en place. Thierry Frémaux, à proximité du Prix Lumière, appelle alors Vincent Lindon sur la scène. L’acteur français, pilier de la profession et homme simple avant tout s’avance et révèle, non sans une pointe de fierté, le film surprise projeté à l’issue de la présentation. Ça sera donc La Fin du Jour de Julien Duvivier, film sorti en 1939 et qui nous plonge dans une maison de retraites spécialisées pour comédien. Décrit par Lindon qui est à l’initiative du choix, comme un mélange à mi-chemin entre le film Quartet de Dustin Hoffman et le plus récent Youth de Paolo Sorrentino, le choix de La Fin du Jour est pour lui l’occasion de montrer l’admiration sans borne qu’il voue à ce cinéaste relativement méconnu et dont il déplore le manque de notoriété, mais surtout l’occasion de pouvoir étaler toute sa connaissance sur le cinéma français ne faisant que renforcer son capital sympathie. Une brève présence sur la scène lui permettant aussi de remercier chaleureusement le directeur du Festival, qu’il assimile pour l’occasion à Aimé Jacquet, pour son prix à Cannes amplement mérité. Puis vient le moment du baisser de rideau. Les lumières se tamisent, les invités reprennent leur place et voilà que le logo de Pathé retentit dans la salle. La Fin du Jour donc. Ou comment voir un mix entre Indian Palace, Vol au-dessus d’un Nid de Coucou, Youth et Quartet, provoquer le rire et aussi le chagrin devant un film que l’on m’étonne déjà de ne jamais avoir été adapté outre-Atlantique, puisque touchant à la profession d’acteurs. Le film, entièrement restaurée par Pathé, est d’une beauté incandescente et permet pendant les 1h40 de sa durée, de voir un autre aperçu du cinéma tel qu’il était à l’époque : farceur, dur, mais réel. Mise en abyme tout comme hommage à un cinéaste oublié, autant dire que le choix est teinté d’une logique édifiante, et permet de comprendre que cette édition ne devrait pas manquer de déchaîner encore une fois les passions. La fin arrive, et voilà que le public quitte lentement les lieux. L’occasion pour moi d’obtenir un autographe de Nicolas Winding Refn, décidément plus chaleureux que ses films ne pourraient le laisser penser, et de pouvoir approcher à quelques mètres à peine de John Lasseter. Requinqué par ces rencontres inespérées, ne reste plus qu’a prendre le métro et la perspective d’un chocolat bien chaud pour me remettre de cette folle soirée, qui n’est que le début du spectacle. The Show goes on !

Festival Lumière 2015: L’hommage de Thierry Frémaux au cinéma

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Il était une fois un passionné de cinéma: Thierry Frémaux

Si l’on pouvait attester de la passion d’une personne par son dévouement sans faille à la chose qu’il adore, nul doute que Thierry Frémaux ferait office de plus grand passionné de cinéma de France. Non content d’avoir su perpétuer la médiatisation affiliée à ce petit lopin de terre de la Côte d’Azur qu’est Cannes, qui est devenu sous sa direction la terre d’accueil et d’expression de tous les cinéma, Thierry Frémaux a en effet souhaité apposer sa marque sur la ville qui l’a vu éclore et qui l’a vu se passionner pour l’art sacralisant le mouvement : Lyon.

La capitale des Gaules, outre son patrimoine culinaire reconnu à travers le monde (saucissons, quenelles, sans oublier les fameux bouchons, petit restaurants qui pullulent à travers la ville) est en effet la terre de villégiature des frères Auguste et Louis Lumière, qui de par leurs avancées dans le domaine de la photographie à l’aune du 20ème siècle, ont véritablement inventé le cinéma, en contribuant à le populariser et à le diffuser à grande échelle ; là ou Thomas Edison et William Kennedy Laurie Dickson n’ont qu’inventé le mécanisme initial (le kinématographe) dès 1891. Pour autant, une seule question demeure : comment les frères Lumières ont su s’approprier la paternité de cette invention, quand bien même ces derniers affichaient un retard de quatre ans par rapport à Edison ? La réponse proviendra de leur père, Antoine Lumière, qui décèlera dans le dispositif de l’Américain, une lacune qu’il conviendra de corriger afin de concrétiser ce marché déjà plein d’avenir : il « faut marier le miracle de l’image photographique en mouvement avec la magie de la projection sur grand écran ». La diffusion sur grand écran et au public devenant vite une obsession, les frères s’attèleront aussitôt à la tâche, quitte à ce qu’en 1895, ces derniers parviennent finalement à y arriver et enchaînent sur deux films, aujourd’hui mondialement reconnu : Sortie d’Usine et Arrivée d’un train en Gare de la Ciotat. Des films qui susciteront très vite l’admiration quitte à voir la naissance d’un pan tout entier de culture dédié à l’art cinématographique, qui fort de certains progrès techniques, ne cessera de s’améliorer.

Un legs majeur, quasiment impossible à quantifier aujourd’hui compte tenu de son importance, qu’a pourtant choisi de sacrer Thierry Frémaux en créant dès 2009, le Festival Lumière. Extension non avouée (quoique perceptible) du Festival de Cannes – les deux festivités partageant cette ouverture et ce souhait d’embrasser les deux versants du cinéma, celui d’aujourd’hui et d’hier–  le Festival Lumière est surtout aux yeux de son principal instigateur, un diplôme. Rien d’étonnant à voir Frémaux user de cette image enfantine et somme toute simple, lui qui par son parcours et sa personnalité a su démontrer qu’avec la renommée qui va de pair avec ses fonctions, il a su rester cet homme simple et proche du public. Et pour cause. Judoka averti à l’incroyable diction, immense passionné de cinéma et lyonnais pur souche, Frémaux respire la bonhomie et l’admiration, quitte à attirer une incroyable sympathie sur lui, pourtant véritable taulier dans le milieu.  

Un hommage incandescent.

Une réputation qui a forcément dû jouer dans la tenue de la première édition du Festival, en 2009, qui compte tenu de l’immense pari entrepris (Clint Eastwood en invité d’honneur)) n’était pas assuré de se voir reconduit. Mais cette crainte fût heureusement balayée, sitôt que la réelle motivation des festivités a vu le jour. En un mot : l’hommage. Lettre d’amour au cinéma, hommage incandescent aux figures majeures de cet art, le Festival a dès sa première année, donné le la et ainsi instauré nombre d’évènements aujourd’hui considérés comme obligatoires : la Cérémonie d’Ouverture et de Clôture qui se tiennent toutes deux à la Halle Tony Garnier, les Master Class, la Nuit Spéciale donnant à voir un chapelet de films sélectionnés en amont, mais surtout la Remise du Prix Lumière.

A la fois vocation et finalité de l’évènement, la Remise du Prix Lumière à un membre de la profession est un passage hautement mémorable et prompt à susciter l’émotion. Entre déclarations intimes, secrets de tournages ou pics de joie manifestes, la Remise du Prix Lumière est l’occasion pour Frémaux de donner la parole à la personnalité sacrée, comme ce fut le cas avec Quentin Tarantino, récipiendaire de l’édition 2013, et qui dédia son prix « à toutes les personnes aimant le cinéma plus que leur propre vie » ou Milos Forman, récipiendaire de l’édition 2010 qui n’a pas caché sa joie de recevoir un prix aussi rare, le tout par une phrase prompte à dénigrer l’Académie des Oscars : « Tellement de gens ont des Oscars, mais Lumière… ».

Pour autant, c’est à Gérard Depardieu, lui aussi sacré en 2011, qu’on doit la phrase la plus apte à retranscrire l’ambiance émanant de l’évènement : « je n’ai jamais vu quelque chose d’aussi puissant ». L’occasion de se pencher sur une des spécificités propres au Festival, et apte à revendiquer cette puissance : son caractère public. Car oui, à l’inverse de Cannes, Venise ou  Berlin, le Festival Lumière est un festival du peuple. Niché dans le pays lyonnais, terres beaucoup plus enclines à accueillir des cinéphiles, car débarrassé d’une logistique et d’une sécurité cannoise ahurissante, le Festival peut revendiquer pleinement son accessibilité qu’il n’a d’ailleurs jamais hésité à afficher jusque sur la devanture de l’évènement : l’affiche officielle, fièrement sertie de la mention : Un festival de cinéma pour tous.

Ce faisant, avec plus de 300 séances échelonnées dans plus de 30 salles, faisant la part belle à la filmographie de la personnalité sacrée et à kyrielle d’hommages adressés autant à un réalisateur méconnu, qu’un genre tout entier ou une brochette de films tout entière directement issus des valises de la personnalité sacrée, le Festival peut revendiquer une variété et une diversification répondant aux cadors cannois et surtout à la volonté de Frémaux, qui par ce prix souhaite égaler l’ambition et le prestige du Prix Nobel. Nul doute qu’après étude de la liste des récipiendaires, qui comprend Clint Eastwood, Ken Loach, Gérard Depardieu, Milos Forman, Quentin Tarantino, Pedro Almodovar et maintenant Martin Scorsese, le natif de Vénissieux a réussi son coup, quitte à rendre une lubie de fan réalité. Un passionné on vous dit !

Les Nouvelles Aventures d’Aladin, un film de Arthur Benzaquen: Critique

…Il n’y a qu’un pas et les 20 premières minutes de Les Nouvelles Aventures d’Aladin sont plutôt déstabilisantes, il faut bien le dire. Le début du film est assez réussi et bien trouvé avec une situation initiale dans le monde d’aujourd’hui qui donne lieu à un récit enchâssé et nous conduit dans le Bagdad féerique du XIème siècle. Mais si on s’attend à de l’humour bon enfant comme dans la saga Astérix, on déchante rapidement.

Synopsis : Le soir de Noël, Sam et son meilleur ami déguisés en Pères-Noël espèrent voler des articles aux Galeries Lafayette. Mais face à la demande pressante des enfants, Sam entreprend de raconter une histoire : l’histoire d’Aladin ou plutôt Les Nouvelles Aventures d’Aladin. Pour se faire, il se met lui-même en scène dans le rôle d’Aladin, le prince des voleurs, accompagné de son fidèle ami et de bien d’autres personnages qui l’entourent dans la vraie vie…

Du conte moderne à la parodie…

Les Nouvelles Aventures d’Aladin va plus loin encore dans le comique et dans la parodie du conte de fée. Ainsi, Aladin (Kev Adams, Kidon, Les Profs 2) « démarre » un tapis volant en frottant les fils de contact du véhicule qu’il tente de dérober puis, le tapis virevolte au son d’un rap français – on y était plus ou moins préparé par la bande-originale. Les deux amis chevauchent le tapis et n’en finissent pas de faire des pitreries cheveux au vent et visages déformés par la vitesse… Mais une fois passé l’effet de surprise, on peut s’attendre à tout et, surtout, rire de tout.

Au fil du film, les gags sont nombreux, gras et un peu faciles. Le Grand Vizir (Jean-Paul Rouve, Jamais le premier soir, Ce soir je vais tuer l’assassin de mon fils) cherche à lire l’heure sur une montre inexistante (on est au XIème siècle pardis !) et vérifie son haleine, douteuse semble-t-il. Dans le désert, Aladin croise un panneau STOP et un magicien à voile et à vapeur (Arthur Benzaquen) qui lui offre un « hamburger » et lui fait du rentre-dedans. Puis le héros joue de la flûte avec ses fesses pendant que son ami Khalid (William Lebghil, SODA, Jacky au royaume des Filles) exécute une lap dance à la Princesse Shallia (Vanessa Guide, No Limit, Papa ou Maman) et à sa servante (Audrey Lamy, Scènes de Ménage, La Belle et La Bête) dégoulinante de sueur. Et Shallia de se dandiner dans les rues de Bagdad avec un sein à l’air…

L’humour est potache et n’a pas peur du ridicule et les références culturelles sont multiples : Blanche-Neige, Star Wars, la Démocratie… Le vocabulaire est moderne, jeune, osé et tendancieux comme pour le génie qui regrette de « ne pas pouvoir pécho ». La délicate princesse ne sera pas non plus épargnée puisqu’elle se laisse aller aux pires grossièretés. Mais les scènes de bagarre sont surprenantes et très bien réalisées, avec un passage en animation, et les décors sont magnifiques… Surtout, le jeune public appréciera l’humour graveleux, la musique et les chansons de Black M. et Michael Youn ainsi que les sketchs de Kev Adams. Monsieur Adams qui, par ailleurs, se révèle dans son rôle de conteur auprès des jeunes enfants et en est presque touchant.

Les Nouvelles Aventures d’Aladin est donc une parodie plutôt réussie du conte traditionnel arabo-perse d’Aladin ou la Lampe Merveilleuse et au casting bien fourni en comiques avérés (Michel Blanc, Jean-Paul Rouve, Éric Judor). Même si parfois elle peut manquer d’un soupçon de finesse, elle plaira au public d’adolescents et de jeunes adultes de la génération SODA.

Fiche Technique :

Titre original : Les Nouvelles Aventures d’Aladin
Réalisation : Arthur Benzaquen
Scénario : Daive Cohen
Acteurs principaux : Kev Adams, Jean-Paul Rouve, Éric Judor, Michel Blanc, Vanessa Guide, Audrey Lamy, William Lebghil, Nader Boussandel, Arthur Benzaquen
Sociétés de production : Pathé Distribution                                                                                                                                      Directeur de la photographie : Pierre Aïm
Montage : Brian Schmitt
1er assistant réalisateur : Valérie Othnin Girard
Musique : Michael Tordjman, Maxime Desprez et Chansons de Black M et Michael Youn
Société de production : Pathé, 74 Films, M6 Films, Artémis Productions
Pays d’origine : France
Genre : Comédie
Durée : 104 minutes
Sortie : 14 Octobre 2015

Les Nouvelles Aventures d’Aladin : Bande-annonce du film

Par Accident, un film de Camille Fontaine: Critique

C’est avec le dit accident que débute Par Accident. Il arrive brutalement, après quelques minutes de film. Il vient si tôt qu’il en précède même le titre du film qui vient conclure cette introduction d’une concision glaçante.

Synopsis: Un soir, Amra, une jeune algérienne installée en France, renverse accidentellement un piéton. Celui-ci reste entre la vie et la mort. Ravagée par la culpabilité et la certitude qu’elle n’obtiendra jamais ses papiers français, elle est miraculeusement innocentée par Angélique, une belle rousse aussi libre et décomplexée qu’Amra est sauvage introvertie. Les deux jeunes filles deviennent amies. Mais l’attitude d’Angélique devient de plus en plus étrange, voire inquiétante…

La coupable idéale

« C’est toujours mieux de découvrir les personnages en action. Je n’aime pas les débuts où l’on plante le décor et les personnages et ensuite on lance l’intrigue. Un personnage plongé dans l’action se révèle beaucoup mieux que dans la vie de tous les jours. » Entretien avec Camille Fontaine

Ce qui intéresse la réalisatrice, c’est d’installer tout de suite ses protagonistes face à une situation conflictuelle qui sera le cœur de l’intrigue du film. Avec Par Accident, elle élabore une sorte d’essai sur le poids de la culpabilité, le tout charrié par un déterminisme social aux funestes conséquences. Ce n’est qu’après le générique-sentence que l’on découvre Amra, l’une des deux héroïnes. On pense à un film des frères Dardenne ou de Ken Loach : la caméra suit le personnage dans son quotidien. Le spectateur apprend qu’Amra est une jeune immigrée algérienne en attente de régularisation. Elle travaille au noir dans une blanchisserie et vit à l’écart de la ville, dans un Mobil-home décrépit posé au milieu d’un trou de verdure. Ajoutons encore qu’elle est mariée à Lyès, celui avec lequel elle a quitté l’Algérie, et qui, on le comprend rapidement, ne possède pas de papiers. Ils ont ensemble une petite fille, prénommée Blanche, prénom-amulette faisant rêver à une intégration facile. Le début de cette histoire a tout du film social, pourtant, le scénario prend un tournant lors de l’entrée en scène de la seconde protagoniste, Angélique. L’action se cristallise autour du rapport dangereux que vont entretenir les deux femmes. Camille Fontaine manie bien les ressorts du suspense. Elle parvient à faire monter la tension crescendo et à semer le doute, tant chez son héroïne qu’auprès de ses spectateurs. A l’image de ce que laissait présager l’introduction, l’intrigue est épurée, elle ne s’encombre pas de séquences inutiles qui la ralentirait. Aucune graisse superflue, tout n’est que muscles et nerfs. L’histoire se joue autour de ce duo de femmes, admirablement écrit.

Amra et Angélique sont les deux faces d’un même personnage. Inclassables, inaptes socialement, Amra la farouche et Angélique la fantasque trouvent une forme de complétude à être ensemble. Lyès fait remarquer à sa compagne, sans aucune amertume tant il est heureux de la voir heureuse, que c’est au contact d’Angélique qu’Amra s’est épanouie, quand lui était impuissant et désemparé devant sa tristesse. Le scénario est ponctué de petits moments de grâce : allongées dans l’herbe au soleil ou dansant dans une boîte de nuit comme si elles étaient seules au monde, les deux femmes sont là seulement l’une pour l’autre. Mais cette fusion égoïste ne durera pas. Peut-être que la peur d’être trahie par celle qui lui était devenue si proche alimente la psychose d’Amra. La réalisatrice laisse la gangrène du soupçon s’installer en le rendant légitime. Angélique ne se laisse pas facilement cerner: dans une forme de bipolarité, elle passe de la jeune femme solaire à la diabolique inquiétante. Le caractère hors-norme de la jeune femme causera sa perte.

Avec ce premier film en tant que réalisatrice, Camille Fontaine nous offre un thriller aux accents de film social. Cette hybridité ne nuit en aucun cas à l’intrigue, le scénario ne s’encombrant jamais de superflu. Peut-être ce mélange vient-il injecter un certain fatalisme à la conclusion, tout aussi âpre que la scène d’ouverture. Finalement, c’est la situation dans laquelle se trouve Amra qui détermine le sombre dénouement de ce film. Le constat est un peu amer, la fin abrupte, la cinéaste clôt son oeuvre à la manière dont elle l’a commencée : par une embardée lourde de conséquences.

Par Accident : Fiche Technique

Réalisation : Camille Fontaine
Scénario: Camille Fontaine, Marcia Romano
Distribution : Hafsia Herzi (Amra), Émilie Dequenne (Angélique), Mounir Margoum (Lyès), Thelma Deroche Marc (Blanche)
Photographie : Elin Kirschfink
Montage : Albertine Lastera, Marion Monnier
Musique : Christophe
Décors : Mathieu Menut
Produit par: Elzévir Films (Denis Carot, Marie Masmonteil)
Genre: Drame
Date de sortie: 14 octobre 2015

Phantom Boy, un film de Alain Gagnol et Jean-Loup Felicioli: Critique

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Après Une vie de chat, film d’animation ayant conquis la critique à sa sortie, aussi bien en France qu’aux Etats-Unis, le duo Alain Gagnol/Jean-Loup Felicioli revient pour un nouveau long-métrage, un polar réalisé en dessin animé traditionnel : Phantom Boy.

Synopsis: Léo, 11 ans, possède un pouvoir extraordinaire. Avec Alex, un policier, il se lance à la poursuite d’un vilain gangster qui veut s’emparer de New York à l’aide d’un virus informatique. A eux deux, ils ont 24 heures pour sauver la ville…

Qu’on se le dise d’emblée, Phantom Boy est une réussite graphique à tout point de vue. En effet, les réalisateurs délaissent une animation numérique et prônent un dessin traditionnel. Cette prouesse, dans la continuité d’Une vie de chat, dégage un charme fou, une authenticité remarquable, et fait échapper ce long-métrage d’animation à un potentiel sentiment de déjà vu, rituel de l’animation d’aujourd’hui. Le projet est ambitieux et le travail en amont est colossal : il aura fallu 2 ans ans aux réalisateurs pour imaginer leurs personnages et écrire le scénario, et 3 ans aux dessinateurs pour donner vie aux protagonistes sur le papier, ainsi qu’à l’écran. Le résultat est splendide, d’une beauté déconcertante et sert à merveille le récit : le dessin est travaillé , les couleurs font virevolter le spectateur et lui font ressentir une palette d’émotions différentes. Avec Phantom Boy, les petits et les grands riront et frémiront à de nombreuses reprises, et pleureront, le sort des personnages échappant aux spectateurs à plusieurs reprises.

L’atmosphère, ne cesse d’évoluer : parfois pesante, parfois stressante, à la manière des meilleurs films noirs, Phantom Boy n’a pas à rougir des films policiers en prise de vue réelle. Chaque scène a son ambiance, ses choix esthétiques et sa particularité, ce qui fait de Phantom Boy un ensemble qui ne peut que conquérir le cœur du spectateur. En découle une découverte de New-York splendide, les réalisateurs alternant entre ville lumière le jour et ville sombre, grouillant de malfrats la nuit. Amateurs de New-York, vous retrouverez une ville extrêmement détaillée lors des allées et venues des protagonistes, notamment lors des vols du fantôme de Léo entre les immeubles de La Grosse Pomme. Les dessinateurs n’omettent aucun détail et donnent à voir les lieux qui ont fait le succès de New-York, que ce soit L’Empire State Building, La Statue de la Liberté ou le Chrysler Building. Amateurs de cinéma, quant à vous, prenez garde aux nombreuses références cinématographiques disséminées le long du film.

Outre son graphisme, Phantom Boy puise sa force dans son scénario et dans la manière dont il est amené à l’écran. En 85 minutes, tout est exploité et rien n’est laissé au hasard ou mis de côté. La trame événementielle captive et ne lâche pas le spectateur une seule seconde. Même si, sur le papier, le scénario peut paraître quelque peu classique, avec une potentielle happy end, Alain Gagnol et Jean-Loup Felicioli abordent toutefois des thèmes durs souvent délaissés dans les films d’animation. Avec la chimiothérapie d’un jeune garçon de 11 ans, les réalisateurs nous font voir une réalité compliquée qu’est la maladie chez les enfants. Une épreuve dure à surmonter pour des personnes que l’on considère comme forts, et que l’on souhaite juste voir grandir. S’en suit une impuissance à assumer, les souffrances d’un entourage qui désirer rester fort, accompagné de l’apparition progressive de la solitude d’une sœur que la maladie a séparé de son frère. On ne peut que retenir cette scène, dans les couloirs, où la mère de Léo est en pleurs dans les bras de mari, déclamant des phrases d’une tristesse absolue. Car il est vrai que les protagonistes sont tous plus attachants les uns que les autres, mêmes s’ils sont secondaires. On suit Léo et son entourage comme l’on suit un documentaire portant sur une famille dans le combat contre la malade, sans omettre l’intrigue policière, bien sur.
Qui a dit que l’animation ne pouvait pas toucher le spectateur et lui faire voir la réalité, telle qu’elle est réellement ? Certains conchieront le film en avançant le fait qu’il ne s’agit pas d’un univers adapté à la jeunesse, mais est ce vraiment faire grandir un enfant que de lui cacher une vérité ?

Mais, cette critique n’est pas écrite dans le but de faire passer ce long-métrage pour un film d’animation social exclusivement centré sur la malade. Phantom Boy est, avant toute chose, un polar, un vrai film policier, avec des nœuds dramatiques et des rebondissements.Que serait ce polar d’animation sans un casting vocal à la hauteur des personnages ? On retient la voix de Jean-Pierre Marielle, grand acteur français, à la voix si singulière, légèrement rocailleuse, et très grave, cette « voix de méchant, même s’il ne l’est pas réellement ». (selon ses propos, lors de l’AVP du film). Autant dire que L’homme au visage cassé, qui fait régner la terreur sur New-York, a un timbre qui lui sied parfaitement. Dans la continuité du casting, on retrouve Edouard Baer en Alex Tanguy, policier à la jambe cassée, détesté de ses supérieurs, ainsi qu’Audrey Tautou en Mary Delauney, journaliste donnant du fil à retordre aux méchants, une élocution douce pour un personnage fort, aussi bien physiquement qu’intellectuellement. Car oui, les femmes aussi peuvent être de réelle force de la nature et peuvent affronter les pires individus ! Il n’y a pas que les hommes qui doivent être cantonnés à ce rôle !

Phantom Boy est la découverte d’animation de cette fin d’année. Un bijou aussi bien esthétique, grâce à son dessin « traditionnel », que scénaristique, grâce aux nombreux thèmes abordés, vocalement porté par un casting de choix.

Phantom Boy – Bande-annonce

Fiche Technique : Phantom Boy

Réalisateurs : Alain Gagnol, Jean-Loup Felicioli
Scénario : Alain Gagnol
Doublage : Edouard Baer, Jean-Pierre Marielle, Audrey Tatou, Jackie Berroyer…
Création graphique des personnages : Jean-Loup Felicioli
Photographie : Izu Troin
Son : Loic Burkhardt
Montage : Hervé Guichard
Musique : Serge Besset
Producteurs : Jacques-Rémy Girerd, Anemie Degryse
Production : Folimage, Lunanime, France 3 Cinéma, Rhône-Alpes Cinéma.
Distributeurs : Diaphana Distribution
Genre : Animation
Durée : 85 minutes
Date de sortie : 14 octobre 2015

France/Belgique – 2015

Doctor Foster, une mini-série de Mike Bartlett : Critique

« Le Paradis n’a aucune colère, comme l’amour se changeant en haine.
Ni de fureur comme une femme méprisée »

Tirée de la tragédie The Mourning Bride de William Congreve (1697), cette citation résonne comme une maxime, concluant l’épisode pilote, tel un baisser de rideau sur une sonate solo au piano. Découverte récente, cette mini-série de Mike Bartlett, dramaturge récompensé, en 5 parties d’une heure, a été diffusée sur BBC One à partir du 9 septembre jusqu’au 7 octobre 2015. Et il est vrai que le show britannique doit beaucoup à un certain élan dramatique théâtral des plus saisissant. Le générique est accompagné musicalement par Fly d’Einaudi (pas très original, mais qui provoque toujours quelques frissons). On n’en finit pas de glisser, comme ces objets flottants, dans la folie de cette Médée moderne jouée par Suranne Jones, découverte dans Coronation Street (plus ancien soap anglais toujours à l’antenne. L’actrice y est triplement récompensée), puis un autre Doctor Who (« The Doctor’s Wife » dans lequel elle incarne, à la manière Fiancée de Frankenstein, la matrix du TARDIS) ou encore Unforgiven et Scott & Bailey. Une grande actrice à la fois puissante et aux dissonances variées. Définitivement à suivre ! Il est étonnant d’apprendre qu’à la réalisation, un certain Tom Vaughan, discret et hétéroclite – à qui l’on doit Jackpot (What Happens In Vegas) avec Cameroun Diaz et Ashton Kutcher en 2008 et Mesures exceptionnelles avec Harrison Ford et Brendan Fraser en 2010. Deux réalisations tombées quasi dans l’oubli -, puisse faire preuve de tant de maîtrise dans sa photographie et sa mise en scène.

Avide de nouvelles surprises, la rédaction CSM attache une attention particulière aux séries britanniques à la mise en scène aiguisée au couteau, à la photographie contrastée, entre pastels et scintillantes (oui c’est plus joli à lire que scintillements), entre le gris bleu d’un temps pluvieux et la surexposition d’un soleil déclinant, sans oublier le jeu des acteurs, acerbe et décontracté, savamment équilibré. L’écriture minimaliste y est très souvent poussée à son paroxysme lorsqu’est développé un sujet, en général banal et accoutumé. Je ne vous apprends rien si je vous dis qu’ici l’infidélité est le point de départ de cette pépite épurée, entre choralité (The Casual Vacancy) et tragédie individualiste (Skins, Dates ou Black Mirror…). Les références à Stephen Frears, Peter Brooks ou le roman policier britannique, au portrait classique jusqu’au déchaînement des passions, à l’immédiateté et l’honnêteté d’un mise en scène sans artifice, participent au stéréotype britannique qui maîtrise sa réalisation en creusant sur place pour faire apparaître toutes les strates d’une même émotion. 

Le docteur Gemma Foster enquête sur la possible tromperie de son mari jusqu’à y percer de surprenants secrets. Les révélations ne sont jamais grandiloquentes et l’empathie nous bouleverse. Elle, qui a l’habitude de garder la tête froide, hors de l’eau, se trouve soudainement plongée en apnée dans ce que nous expérimentons tous, la crainte que notre foyer, notre ménage, notre couple ou même notre stabilité (qu’on soit très bien seul ou accompagné), volent en éclat, dès le premier soupçon insinué. Tel un virus qui se propage, la paranoïa nous gagne et à la découverte de la vérité, nous ne savons s’il faut rire, pleurer ou crier. Soulagé(s), mais terriblement endeuillé(s). De ce parcours, jamais épuisant, quoiqu’au début mal amorcé, il nous faut trouver une issue et c’est ainsi que nous restons en haleine chaque épisode durant.

Les 5 épisodes, apparaissent donc comme des actes dirigés selon une perspective toujours ouverte, mais fermée. Le paradoxe omniprésent régit chacune de nos contradictions. Il nous est préférable de connaître la vérité plutôt que d’être bercés par le mensonge, mais qu’est le moins douloureux ? L’épisode pilote se concentre, avec quelques flash-back inutiles, sur la première suspicion qui débouche sur la criante vérité. Le deuxième déroule le fil d’une éventuelle solution avec le face à face que l’on attendait tant. Le troisième se poursuit dans le secret de notre propre reconversion pour déboucher sur une résolution qui ne peut qu’être remise en question. Le quatrième prend un virage personnel et conduit le personnage principal(e) à se surpasser. Le cinquième et dernier s’ouvre dès les premières minutes en huis clos, en léger décalé avec l’épisode précédent, pour suivre ensuite chacune des interrogations soulevées au fur et à mesure de cette épopée intime et moderne. Je n’ai rarement vu un face à face final aussi poignant, sincère et bouleversant de toute ma vie. Conscient de la vérité, l’adultère est précisé dès le résumé, Mike Bartlett ne cesse de nous faire douter sur les motivations et les actions des personnages, d’une diversité admirable. La cellule familial est certes un cliché, mais cela ne suffit pas à réduire l’intérêt pour ce récit de vie quasi-initiatique. Si vous désirez garder intact le plaisir, je vous conseille de ne pas poursuivre la lecture, SPOILER ALERTS. Le cheminement (véritable épreuve ou traverse) de cette femme moderne qui jongle entre reconnaissance professionnelle et vie de famille « parfaite » trouve un écho durant la confrontation avec plusieurs personnages masculins, Jack Reynolds (Robert Pugh), un ancien praticien qui a plongé dans la boisson depuis le départ de son compagnon, Anwar (Navin Chowdhry) notaire qui préfère cacher sa tumeur du cerveau à sa femme et Neil (Adam James) voisin marié secrètement attiré. Et si la meilleure des vengeances n’était peut-être pas celle à laquelle nous nous attendions? FERMER LA PARENTHÈSE.

Frans Bak (The Killing, Disparue) compose avec élégance et détermination, les discrètes pistes entêtantes, entre nostalgie et conviction

Connaissons-nous vraisemblablement notre plus proche entourage ? Jusqu’où est-on prêt à aller en connaissance de cause ? Comment se reconstruire après une rupture ? Comment faire face tout simplement à cette rupture ? Comment concevoir tout simplement la rancune, la vengeance qui nous apparaît à tous comme étant nécessaire et évident, mais est-ce la meilleure façon de vivre en harmonie sur des années de mensonges? Ces questions peuvent être d’une simplicité has been, mais finissent pas déconcerter, un tant soit peu, la rédaction vous l’assure. Simple fait : près de 8 millions de téléspectateurs sont restés fidèles aux introspections du Dr. Foster sur la première chaîne britannique. Même score pour la saison 2 d’How To Get Away With Murder actuellement diffusée sur ABC. Et 2 millions de plus que The Missing ! La série a énormément fait parler d’elle sur les réseaux sociaux au point que les rumeurs, lancées par le gestionnaire de centre d’appels de la ville de Hitchin (principal lieu de tournage et ville-dortoir de Londres), courent sur un éventuel sequel. La rédaction dit oui ! Courrez, sautez, volez pour découvrir cette pépite exceptionnelle qui vous émouvra de mille et une nuance. Et qui sait, vous deviendrez peut-être addict des mini-séries britanniques. Voilà une définition claire de ce qu’est censée provoquer une série : l’attachement pur et simple pour des personnages et leurs péripéties. Pour le coup, cinq épisodes ça paraît court et le deuil de perdre la famille Foster nous est déjà insupportable ! Rendez-vous en janvier prochain pour les Golden Globes 2016 ? Disponible en DVD à partir du 12 octobre uniquement en anglais.

Synopsis : Tout le monde dans le village fait confiance au docteur Foster. Mais la vie d’une jeune femme est sur le point d’exposer lorsqu’elle apprend que son mari entretient une liaison. La vérité la mènera bien plus loin qu’un simple adultère…n

Fiche technique : Doctor Foster

Royaume-Uni (Green Lane, Croxley Green, Copse Wood Way, Northwood, London and Hitchin) – 2015
Création : Mike Bartlett
Acteurs principaux : Suranne Jones (Gemma Foster), Bertie Carvel (Simon Foster), Tom Taylor (Tom Foster),  Clare-Hope Ashitey (Carly), Cheryl Campbell (Helen Foster), Jodie Comer (Kate Parks), Martha Howe-Douglas (Becky), Adam James (Neil , Navin Chowdhry (Anwar), Victoria Hamilton (Anna), Thusitha Jayasundera (Ros Ghadami), Sara Stewart (Susie Parks), Neil Stuke (Chris Parks), Robert Pugh (Jack Reynolds)
Image : Jean-Philippe Gossart, Joel Devlin
Décors : Helen Scott, Hannah Spice
Costumes : Alexandra Caulfield et Nadine Davern
Montage : Tom Hemmings et Richard Cox
Musique : Frans Bak
Genres : Drame psychologique
5 épisodes de 60 minutes
Producteurs : Mike Bartlett, Roanna Benn, Greg Brenman,  Graine Marmion, Christine Healy, Jude Liknaitzky, Matthew Read (Production : Drama Republic)
Distributeur : BBC One

La beta du jeu vidéo Star Wars Battlefront est sortie

          Star Wars Battlefront : « Nouvelle » immersion dans l’univers de George Lucas !

Un wookie a poussé un nouveau « growwwl » puissant, R2D2 ne cesse de biper et de tourner sur lui-même… Depuis ce jeudi 08 Octobre, date de sortie de la beta, nous avons pu goûté à Star Wars Battlefront.

            Entendez par Beta l’accessibilité – ici publique – à un ensemble limité du jeu final afin de le tester et de contribuer à des retours techniques et critiques sur le jeu qui seront écoutés par le studio de développement et la société d’édition, avant sa finalisation pour sa sortie programmée le 19 Novembre 2015 par EA Games. Mais comprenez surtout que cette sortie publique nous a permis de pouvoir enfin toucher – manette en main – au jeu développé par DICE, et tant attendu depuis son annonce en Juin 2013 au salon vidéoludique de l’E3, mais aussi déjà bien avant celle-ci.

En effet, une décennie après le dernier volet sur console de salon de la licence, Star Wars Battlefront 2 (sorti un an après le premier jeu), DICE la ressuscite – épaulé par EA Games et LucasFilm – cette année sur nos consoles new gen (PlayStation 4 et XBOX One) et PC.

          Avec le rachat de Lucasfilm par Disney, le marché des jeux vidéo et autres objets dérivés (livres, comics, etcetera) s’est retrouvé bouleversé. LucasArts voit ses productions stoppées, ainsi le jeu Star Wars 1313 en plein développement est mis en stand-by puis arrêté, peut-on entendre. C’est alors qu’on nous annonce un nouveau partenariat entre Lucasfilm et l’importante société nord­-américaine du marché vidéoludique, EA Games. Grâce à cette dernière et à son envie – si ce n’est lié à conditions de contrat – de collaborer officiellement à l’univers Star Wars, de nouveaux nouvelles productions vidéoludiques de la licence sont lancées. Nouveaux ou presque, puisque DICE, le studio à l’origine des nombreux volets Battlefield (excepté le dernier volet Hardline confié aux tontons de chez Visceral Games, eux­-mêmes papas de Dead Space), travaille sur le reboot de Star Wars Battlefront. Ainsi, ce n’est pas un troisième volet que propose le studio de développement suédois, mais un renouveau de la série afin de proposer aux joueurs un jeu « personnel » et neuf. On entendait déjà des fans crier au scandale, car rappelons-le, SW Battlefront 3 était déjà en développement chez Free Radical. Le projet fut par la suite abandonné pour des raisons politiques et économiques. On pouvait aussi entendre au loin d’autres fanboys critiquer de manière « prophétique » DICE qui, selon eux, réaliserait un Battlefield aux décors Star Wars-iens. On leur répondait sereinement qu’ils devaient se remémorer – ou l’appréhender pour les plus amnésiques – le fait que les jeux Star Wars Battlefront étaient hyper-inspirés – pour ne pas dire des « remakes » Star Wars-iens – de la série Battlefield, notamment en terme de Gameplay. Il s’agissait donc pour LucasFilm et EA de rendre véritablement à César ce qui lui appartient (ou presque).

            Le studio a travaillé avec son grand moteur de jeu, Frosbite, qui a fait ses preuves sur les derniers volets de la série Battlefield, mais, dans l’idée de réinventer un concept, il a décidé d’innover avec la création et l’utilisation de nouvelles technologiques, notamment la photogrammétrie. « Il était indispensable de rester fidèle à la saga d’origine. C’était important pour moi de respecter l’univers Star Wars™ et de faire les choses bien. » explique Ken Brown, le responsable artistique et technique du jeu sur le site officiel. On avait ainsi pu toucher des yeux le réalisme époustouflant dévoilé dans les deux derniers trailers Star Wars Battlefront. Il s’agissait aussi pour l’équipe suédoise de réinventer l’image vidéoludique et plus largement l’imagerie numérique afin de respecter « le savoir-­faire de Star Wars », notamment de la trilogie originale (1977 – 1983) et de la nouvelle trilogie en cours de développement, avec ses tournages en décors naturels et construits, jusqu’à ses effets spéciaux à la main, ses maquettes et monstres physiques et concrets, et ses nouveaux effets numériques pensés. Notez d’ailleurs dans votre agenda que Jeff Mann, ancien superviseur des effets spéciaux chez ILM et actuellement consultant, donnera une conférence au Comic Con parisien, le samedi 24 octobre 2015.

            Pour parvenir à ce rendu photo-réaliste et respectueux, le jeu a du être développé pour les nouvelles consoles que sont la PlayStation 4 et la Xbox One. Le choix de DICE est judicieux, puisqu’en ne développant pas Star Wars Battlefront comme jeu cross-plateformes, c’est-à-dire à la fois sur PlayStation 3 et sur PlayStation 4, le studio a pu s’affranchir de toutes les limites techniques de ces consoles et profiter des potentiels des nouvelles afin d’ouvrir de nouveaux portails technologiques pour le jeu vidéo.

Après avoir joué à la beta, une première chose est à dire : ils ne nous ont pas menti.

         Visuellement bluffant et novateur, incroyable dans sa puissance et dans sa construction sonores (on retrouve exactement les visuels et sons de la saga, il faut savoir que DICE a eu accès aux archives de LucasFilm, et on découvre de nouveaux thèmes musicaux, de John Williams ?), avec un gameplay relativement renouvelé, Star Wars Battlefront, rien qu’avec sa beta, nous a déjà ravi. Notons tout de même que la beta a été testée sur un écran plat led de 127 centimètres, sur PlayStation 4 (avec laquelle nous avons enregistré les extraits et images présents dans cet article) et avec un système sonore home cinéma. Aussi, la beta comprend trois séquences de jeu avec trois différents modes – Assault Walker, Drop Zone, & Survival – sur trois planètes différentes – respectivement Hoth, Sullust (planète déjà présente dans l’Extended Universe – composé par la majorité des produits dérivés écrits et vidéoludiques – écarté pour devenir les « Légendes » de Star Wars) officiellement créée en partenariat avec LucasFilm, et Tatooine –, et nous fait incarner soit un rebelle (masculin ou féminin) soit un impérial, avec quatre armes principales et un peu plus d’objets et armes secondaires.

            Le Gameplay reprend en effet des codes importants du FPS, mais aussi du premier Star Wars Battlefront, sa troisième personne, qui n’est pas qu’une fan-option, elle sera même parfois nécessaire pour le pilotage d’engins terrestres tels que le TR-TT, ou encore utiles lorsqu’il s’agira de chasser des X-Wing, des TIE-Fighter ou encore des TIE Interceptor. On pourra aussi personnaliser nos avatars, mais attention dans les limites de l’univers – comprenez l’imagerie – Star Wars, expliquait un membre de DICE.

S’il y a une nouveauté dans le gameplay de DICE, c’est le jeton. En effet, dans les séquences auxquelles nous avons pu jouer, pas question de faire la course avec le collègue pour avoir un vaisseau spatial. Nous ne démarrons pas dans des bases ou des camps empli de véhicules. Nous avançons, fraichement débarqués sur le champ de bataille. Et c’est sur ces espaces de jeu – immense concernant Hoth – que vous trouverez des jetons bleus à l’esthétique holographique. Ces derniers proposeront des armes en plus, la possibilité de faire appel à des vaisseaux en orbite, d’incarner un héros, et surtout d’avoir accès à des véhicules. Ainsi on approche vers ces jetons, on appuie sur la touche « carré » puis sur « L1+R1 » et hop, notre trooper se met à genou et passe un appel radio dans une micro-cinématique in-game et nous voilà dans le cockpit d’un chasseur.

            Il faut aussi rappeler que DICE a supprimé les batailles spatiales afin de nous offrir des expériences terrestres et aériennes parfaites, avant de prétendre pouvoir accomplir le développement de batailles spatiales. Ce qui n’est pas sans rappeler le premier Battlefront, où l’on avait déjà des batailles terrestres et aériennes, le deuxième volet apportait alors ce changement. Mais à l’inverse de ces jeux, le bébé de DICE possède plus de modes de jeu, multijoueurs : Assault Walker (Attaque des Marcheurs, en référence aux AT-AT de l’Empire, qu’on appelle en France TB-TT), Fighter Squadron (Escadron de Chasseur), Drop Zone (Zone de largage), Supremacy (Suprématie, qui reprend le mode Conquête des Battlefield), Blast (Escarmouche : combat à mort en équipe déjà présent dans les précédents), Cargo (Cargaison, qui reprendrait le mode classique Capture du drapeau, présent dans de nombreux jeux vidéo, notamment des fps, tels que Battlefield), Droid Run (Course au droïde), et autre un mode mystérieux au gameplay appuyé par le système de « levolution » qui consiste à l’évolution du décor en fonction de la bataille, des victoires et des défaites de part et d’autre des deux camps. Ce dernier arriverait au début du mois de Décembre avec le DLC gratuit La Bataille de Jakku qui nous exposera un événement majeur ayant eu lieu chronologiquement après Le Retour du Jedi, entre l’Empire et la Nouvelle République. Il faut aussi remarquer la présence de missions solo et en duo-split screen avec les modes Survival (Survie), et Battles, dans lequel on devrait pouvoir incarner des héros de la saga, seul, ou contre ami.

Seule absence au tableau : le mode Conquête des précédents jeux qui nous permettait d’incarner la République, le CSI, les Rebelles et l’Empire, avec pour but de conquérir la galaxie – représentée dans les jeux par un certain nombre de planètes, contenant parfois deux champs de bataille.

            « Pfiou, pfiou, BRAWWWW »… Bon je crois qu’il est temps d’y retourner, les lasers fusent autour de moi, les étincelles et explosions m’entourent, et un AT-AT est en train de s’effondrer sur moi.

La beta-test prendra fin le lundi 12 Octobre. Alors profitez-en. Ou alors au contraire, écartez-vous de toutes ces images, car nous n’avons plus que ces mots en bouche : « sortie le 19 Novembre 2015 ».

Masters of Sex : Musique, Bande Originale

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Masters of Sex – Bande-Originale

« What the world needs now is love, sweet love
It’s the only thing that there’s just too little of.. »

A l’occasion de la dernière saison de Masters of Sex, diffusée dimanche 27 septembre à 22h sur Showtime, CSM revient sur l’univers musical de la série « culte ». Ne cédons pas nous-même au cliché, reconstituer une époque passe nécessairement par un travail quasi-fidèle sur les ambiances sonores et musicales, mais la série de Michelle Ashford se détache progressivement de la restitution pour tendre vers une certaine forme de contemporanéité, relativement efficace. Nous ne pouvons faire l’impasse sur le « choc » du dernier épisode qui cède au stéréotype sur une chanson « sad indie » trop conventionnelle pour étonner. Mais ce glissement est présent dès le pilote. En ouvrant sur une chanson jazz lente, Helen Ward – You brought a new kind of love to me et une soirée d’ouverture à l’université St Louis de Washington, et en concluant sur Ólafur Arnalds (Broadchurch) feat. Arnor Dan – For Now I Am Winter et la proposition de Bill à Virginia, sa nouvelle secrétaire, d’être les propres cobayes de leur nouvelle expérience, Master of Sex balance entre un certain désir d’historiciser, coller aux années 50 et une empathie romanesque manipulée à coup de lyrisme sad indie ou néoclassique ambiant bien pensé. Sans compter sur le talent de Dominik Hauser, compositeur multimédia et chef d’orchestre, de formation jazz, à qui l’on doit le thème de la série : entre percussions et accordéon sur métaphores érotiques (pour en savoir plus sur le générique réalisé par le même studio que celui qui a créé True DetectiveElastic, nous vous conseillons de poursuivre la lecture ici). Si l’identité de la série tient donc de cette ambivalence musicale, entre ambiance bal musette, salon jazz et folk indé aérienne, c’est parce qu’en effet un clivage s’opère durant ces Trentes Glorieuses. Un clivage de mentalité qui s’exprime également sur la bande son. Imaginez passer des Chordettes (Barbershop music a capella) à Curtis Mayfield (souljazz funk) sans passer par Mamas & the Papas (folk rock sunshine pop) sur 36 épisodes – aucuns des trois malheureusement ne figurent à la bande son -, la transition est brutale, nous le concédons, mais la facture musicale n’est pas assez précise et c’est le point faible de cette troisième saison. La rédaction s’avancerait même à dire de la série toute entière. D’après les recherches effectuées pour cet article, CSM s’est rendu compte que les musiques sélectionnées tenaient plus de l’ordre de l’impression que d’une véritable rhétorique. D’une, car il vous sera impossible de vous procurer la soundtrack entière des trois saisons et de deux, car l’évolution scénaristique correspond difficilement, si ce n’est pas, aux choix musicaux, procurant ainsi une sensation étrange d’aléatoire, mais très agréable.

Voici un résumé succinct des chansons entendues au cours des trois saisons :

Saison 1

Pilote) You Brought a New Kind of Love to Me – Helen Ward (reprise d’Ella Fitzgerald) : Début de l’épisode sur la soirée/cérémonie organisée à l’université St Louis

Hound Dog – Elvis Presley : Libby est au salon à regarder la performance d’Elvis est retransmise à la télévision lorsque Bill entre.

For Now I Am Winter – Ólafur Arnalds feat. Arnor Dan : Bill annonce à Virginia les expériences à venir. Génériques de fin

Episode 02) Piano Theme de Retrograde – James Blake : Virginia lit une bande dessiné à son fils. Bill l’observe de l’extérieur.

03) Chances Are – Johnny Mathis : Scène de fin. Bill informe Virginia que l’étude reprendra dans l’hôpital, puis Libby célèbre sa grossesse avec du champagne en se réjouissant de sa journée.

04) Sway – Dean Martin : Tout le monde danse à la réception organisée par les Masters

06) My Funny Valentine – Ella Fitzgerald : Chanson émise dans la chambre d’hôtel de Libby lorsque Morris entre avec une bouteille de liqueur. Ils dansent.

07) Love Me Tender – Elvis Presley : Début de l’épisode

08) Love and Marriage – Dinah Shore : Vivian chante dans la cuisine d’Ethan

10) A Mushroom Cloud – Sammy Salvo : Génériques de fin

11) You Don’t Know Me – Lizzy Caplan : Dans la cabine d’enregistrement

Numéro – Titre – Réalisation – Ecriture – Date de diffusion – Audiences (en million)

01 – Pilot – John Madden – Michelle Ashford – 29/09/2013 – 1.00
02 – Race to Space – Michael Dinner – Michelle Ashford – 06/10/2013 – 1.09
03 – Standard Deviation – Lawrence Trilling – Sam Shaw – 13/10/2013 – 1.04
04 – Thank You for Coming – Jennifer Getzinger – Amy Lippman – 20/10/2013 – 1.01
05 – Catherine – Michael Apted – Sam Shaw & Michelle Ashford – 27/10/2013 – 1.01
06 – Brave New World – Adam Davidson – Lyn Greene & Richard Levine – 03/11/2013 – 0.93
07 – All Together Now – Tim Fywell – Tyler Bensinger – 10/11/2013 – 1.10
08 – Love and Marriage – Michael Apted – d’après une histoire de : Tyler Bensinger, Adapté à l’écran par : Michael Cunningham – 17/11/2013 – 1.05
09 – Involuntary – Jennifer Getzinger – Noelle Valdivia – 24/11/2013 – 1.13
10 – Fallout – Lesli Linka Glatter – Sam Shaw – 01/12/2013 – 1.08
11 – Phallic Victories – Phil Abraham – Amy Lippman – 08/12/2013 – 1.23
12 – Manhigh – Michael Dinner – Michelle Ashford – 15/12/2013 – 1.21

Saison 2

01) Bye Bye Love by The Everly Brothers : Bill lance le tourne disque sur les cris du bébé

Will You Still Love Me Tomorrow – The Shirelles : Essie, la mère de Bill, débarque à la réception pour s’entretenir avec son fils, tandis que Lester les filme à distance.

02) Let’s Do It (Let’s Fall In Love) – Ella Fitzgerald, Buddy Bregman & Buddy Bregman Orchestra : Austin invite Virginia à sa petite fête dans son bureau.

07) Catch a Falling Star – Perry Como : Betty arrive dans le bureau avec Don in Toe

The Twist – Chubby Checker : Lester filme à l’anniversaire du petit Johnny Masters

11) Theme from « A Summer Place » – Percy Faith and His Orchestra : Libby et Robert conduisent et changent la station de radio

Numéro – Titre – Réalisation – Ecriture – Date de diffusion – Audiences (en million)

01 – Parallax – Michael Apted – Michelle Ashford – 13/07/2014 – 0.825
02 – Kyrie Eleison – Michael Apted – David Flebotte – 20/07/2014 – 0.716
03 – Fight – Michael Apted – Amy Lippman – 27/07/2014 – 0.837
04 – Dirty Jobs – Michael Engler – Steven Levenson – 03/08/2014 – 0.706
05 – Giants  – Jeremy Webb – Bathsheba Doran – 10/08/2014 – 0.971
06 – Blackbird – Keith Gordon – Eileen Myers – 17/08/2014 – 0.793
07 – Asterion – Michael Dinner – David Flebotte & Michelle – 24/08/2014 – 0.840
08 – Mirror, Mirror – Michael Apted – Steven Levenson – 31/08/2014 – 0.726
09 – Story of My Life – Jeremy Webb – Amy Lippman – 07/09/2014 – 0.760
10 – Below the Belt – Adam Arkin – Bathsheba Doran & Eileen Myers – 14/09/2014 – 0.804
11 – One for the Money, Two for the Show – Adam Bernstein – Amy Lippman – 21/09/2014 – 0.714
12 – The Revolution Will Not Be Televised – Adam Arkin – Michelle Ashford – 28/09/2014 – 0.889

https://www.youtube.com/watch?v=BQHU3hB0oEw

Saison 3

01) You belong to me – Patsy Cline : Générique de fin

03) What the World Needs Now Is Love – Dionne Warwick : Bill et Virginia au lit avec le bébé Lisa, générique de fin

06) At the Zoo – Simon & Garfunkel : Bill regarde son nouveau patient, un gorille, générique de fin

08) Just Like a Woman – Bob Dylan : Austin aide Betty et Helen à avoir un enfant ; Bill trouve Nora en train d’étudier dans la salle « d’opération » ; Dan et Virginia rentre de Las Vegas ; Bill apporte à Virginia de la soupe. Cette dernière ment à Dan sur la présence de Bill derrière la porte ; générique de fin.

11) Les yeux ouverts – Sylvie Vartan : Au restaurant français, après le repas mouvementé.

12) Holland – Novo Amor : Scène finale. Bill arrête le taxi. Virginia monte dans l’avion avec Dan. Bill seul.

Numéro – Titre – Réalisation – Ecriture – Date de diffusion – Audiences (en million)

01 – Parliament of Owls – Jeremy Webb – Michelle Ashford – 12/07/2015 – 0.583
02 – Three’s a Crowd – Dean Parisot – Amy Lippman – 19/07/2015 – 0.535
03 – The Excitement of Release – Miguel Sapochnik – Steven Levenson – 26/07/2015 – 0.509
04 – Undue Influence – Christopher Manley – Gina Fattore – 02/08/2015 – 0.585
05 – Matters of Gravity – Adam Arkin – Esta Spalding – 09/08/2015 – 0.552
06 – Two Scents – Michael Weaver – David Flebotte – 16/08/2015 – 0.734
07 – Monkey Business – Adam Arkin – Michelle Ashford & David Flebotte – 23/08/2015 – 0.643
08 – Surrogates – Matt Earl Beesley – Steven Levenson – 30/08/2015 – 0.688
09 – High Anxiety – Dan Attias – Jonathan Igla – 06/09/2015 – 0.562
10 – Through a Glass, Darkly – Jeremy Webb – Steven Levenson & Esta Spalding – 13/09/2015 – 0.601
11 – Party of Four – Susanna White – Amy Lippman – 20/09/2015 – 0.548
12 – Full Ten Count – Michael Apted – Michelle Ashford – 27/09/2015 – 0.605

En conclusion

Masters of sex propose de très jolis moments sonores, oscillant entre slow jazz (notamment You don’t know me interprété par Lizzy Caplan elle-même) et ondulations piano (qui conclue la plupart des épisodes dont le 2ème season finale). Ces discrètes, mais réussies apartés musicales enrobent l’histoire de ces deux scientifiques, d’un voile pudique tenant à la fois de l’ordre de l’interdit et du plaisir coupable. Le plaisir coupable s’efface au fur et à mesure de cette fin de troisième saison, étirée sur un arc narratif peu original qui ennuie plus que de raison. Il n’y a qu’à retrouver le même schéma évoqué en introduction pour se rendre compte de l’inchangé. Le season premiere se conclue sur You Belong To Me de Patsy Cline et le season finale sur Holland de Novo Amor. Deux sublimes atmosphères romantiques, teintées de mélancolie. Le jazz devient indé folk et toujours cette même sensation maussade au creux de nos tympans qui ne nous a pas quitté depuis trois saisons, malgré quelques entrains un peu plus folk rock, mais qui n’échappe malheureusement à plusieurs stéréotypes insistants, non moins agréables : Ella Fitzgerald, Elvis Presley, Dean Martin, Dinah Shore et The Shirelles… La liste ne sera pas beaucoup plus longue. Pouvons-nous craindre une dernière quatrième saison si Masters of Sex ne sort pas des sentiers déjà trop battus ? Les audiences décroissantes donneraient-elles raison à cette appréhension ?

L’élégance de cette série n’est plus à contredire. La rédaction allait vous laisser avec Lizzy Caplan enregistrant pour Showtime une version arrangée de What The World Needs Now de Jackie DeShannon. (La reprise ne comprend pas « Is Love ». Peut-être pour ne pas céder à la sempiternelle et dégoulinante naïveté véhiculée dans les années 60 ? D’autant plus qu’il est difficilement question d’amour, car la réciprocité n’est jamais stable dans le show de Michelle Ashford) Mais la vidéo a été retirée de Youtube à cause de copyright ! Tristesse. Maigre consolation, la rédaction vous laisse l’originale.

https://www.youtube.com/watch?v=AgeIdl36aEI

En attendant de lire la critique de la troisième saison, CSM vous conseille de revenir sur les deux premières.

L’etudiante et Monsieur Henri, un film de Ivan Calberac: Critique

Parallèlement à la sortie de son nouveau livre « Venise n’est pas en Italie », Ivan Calbérac revient au cinéma pour son 4ème long-métrage, et sa 4ème comédie, L’étudiante et Monsieur Henri. Avant toute chose, il faut savoir que le film est une adaptation de la pièce de théâtre du même nom, écrite par le réalisateur, ayant déjà été jouée dans des salles parisiennes.

Synopsis : A cause de sa santé vacillante, Monsieur Henri ne peut plus vivre seul dans son appartement parisien. Particulièrement bougon, il finit néanmoins par accepter la proposition de son fils Paul de louer une chambre à une jeune étudiante. Loin de tomber sous le charme, Henri va se servir d’elle pour créer un véritable chaos familial…

Si ce nouveau film peut rebuter par son affiche ou par son pitch convenu, cette nouvelle comédie mérite le coup d’oeil. Tout d’abord, qu’il est agréable de revoir Claude Brasseur au cinéma, notre papa de La Boum, lui qui avait quitté nos écrans depuis le dernier film de Jean-Pierre Mocky, Le renard jaune. Avec sa voix grave et rocailleuse, on le reconnaitrait parmi mille autres acteurs. Claude Brasseur dans le rôle d’un vieil homme bougon et solitaire est criant de vérité. Ce faciès, ses expressions subtiles et une certaine nonchalance d’un point de vue filmique font de cet homme un grand acteur. Il est vrai que ce rôle n’est en rien original pour lui, mais c’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures soupes, et sa prestation ne déroge en rien à la règle.

Dans le long-métrage, Claude Brasseur est accompagné de valeurs sûres du cinéma, comme Guillaume de Tonquedec, connu pour Fais pas ci, fais pas ça, qui ne cesse de s’affirmer comme un excellent acteur, ou encore Frederique Bel, qui elle, s’avère toujours des plus énervantes, nous livrant une interprétation semblable à son époque de La minute blonde : de la bêtise chez le personnage, un profond sentiment d’agacement chez le spectateur. Un personnage connu de tous dans le cinéma français, cette bobo catho tête à claques. La surprise du casting vient de la jeunesse, et de Noémie Schmidt, L’étudiante et Monsieur Henri étant son premier long-métrage au cinéma (on a pu la voir dans un téléfilm auparavant). Même si le jeu de la jeune fille peut parfois sonner légèrement faux, elle arrive à se placer en pilier du film. Sa relation avec Monsieur Henri, comme le vin, se bonifie avec le temps, et son amourette avec Guillaume de Tonquédec est relativement crédible.

L’étudiante et Monsieur Henri est donc une comédie française agréable, ayant pourtant de nombreux défauts des comédies françaises actuelles. Comme beaucoup, la comédie d’Ivan Calbérac souffre de prévisibilité dans le récit. Les ficelles se dévoilent au fur et à mesure, et sont parfois des plus énormes. Même avant d’avoir vu le film, l’ending se fait entendre : « Une amitié entre une jeune étudiante et un vieux monsieur. » Il ne faut pas longtemps pour deviner le sort des personnages, et Ivan Calbérac ne contre pas le destin. Ce que l’on pense arrive, malheureusement, mais sans aucun pathos. Le réalisateur laisse une part d’imagination aux spectateurs. En ce qui concerne la fin, car si cette dernière est plutôt brute, quoi qu’un peu tire-larme avec la lettre, le film est une concentration de surplus d’émotions et de bons sentiments, avec une musique extra-diégétique qui deviendrait presque nauséeuse. Ivan Calbérac gâche ses intentions par des surplus de montage qui nuisent au film. Certaines scènes n’auraient-elles pas été plus fortes si elles avaient été plus brutes ?

Enfin, Ivan Calbérac s’inscrit dans une conformité de réalisation des comédies, françaises ou d’ailleurs, bien qu’il y ait un travail sur le son assez agréable, avec l’utilisation du hors-champ : les partis pris du théâtre restranscrits au cinéma, même si Létudiante et Monsieur Henri n’est en rien théâtral, il ne s’agit pas d’un huis-clos, bien au contraire. Le scénario nous fait passer de boîte de nuit à Loft de DJ, en passant par un cimetière. On regrettera tout le passage en Angleterre qui n’est, dans le contexte, pas très utile. Il aurait été plus intéressant, une fois de plus, de faire appel à l’imagination débordante que le spectateur peut avoir.

L’étudiante et Monsieur Henri est une comédie sans prétention, d’une gentillesse infinie, portée par une agréable découverte, Noémie Schmidt, et par deux acteurs de choix, deux valeurs sûres du cinéma que sont Claude Brasseur et Guillaume de Tonquédec.

L’étudiante et Monsieur Henri: Bande-annonce

L’étudiante et Monsieur Henri: Fiche Technique

Réalisateur : Ivan Calbérac
Scénario : Ivan Calbérac
Casting : Claude Brasseur, Guillaume de Tonquédec, Noémie Schmidt, Frédérique Bel, Thomas Soliveres…
Genre : Comédie
Nationalité : Française
Date de sortie : 7 octobre 2015
Durée : 98 minutes
Costumes : Claire Lacaze
Photographie : Vincent Mathias
Son : Philippe Fabbri, Damien Aubry, Emmanuel Croset
Montage : Hervé Guichard
Musique : Laurent Aknin
Producteurs : Isabelle Grellat Doublet, Eric Altmayer, Nicolas Altmayer
Production : Mandarin Cinéma, StudioCanal
Distributeurs : StudioCanal

 

Le Nouveau stagiaire (The Intern), un film de Nancy Meyers: Critique

Rob Reiner, Nora Ephron… Des noms importants de la comédie romantique contemporaine qui, grâce à eux, a pu connaître quelques grands bouleversements et remodélisations du genre avec notamment When Harry Met Sally (Quand Harry Rencontre Sally) en 1989, Sleepless in Seattle (Nuits Blanches à Seattle) en 1993, ou encore avec You’ve Got Mail (Vous avez un message) en 1998.

Synopsis: Ben Whittaker, un veuf de 70 ans s’aperçoit que la retraite ne correspond pas vraiment à l’idée qu’il s’en faisait. Dès que l’occasion se présente de reprendre du service, il accepte un poste de stagiaire sur un site Internet de mode, créé et dirigé par Jules Ostin.

Nancy Meyers semble se placer dans la tradition de ces cinéastes en proposant des films à la fois distractifs et sociologiques. Le mot n’est pas grand, car il s’agit bien pour ces films d’observer – parfois même étudier – les relations humaines, plus particulièrement amicales et amoureuses, dans des environnements et espaces publics où le relationnel et le sentiment semblent avoir été ironiquement relégués aux publicitaires et aux fictions télévisuelles et cinématographiques.

À l’image de What Women Want (Ce que veulent les femmes), second film de la cinéaste réalisé en 2001, The Intern nous montrent des femmes qui ne semblent pas encore avoir trouvé ce qu’elles voulaient, et c’est à nouveau un homme qui saura les écouter et les conseiller. Et tel que dans Something’s Gotta Give (Tout peut arriver) sorti en 2004, on trouvera en protagonistes principaux des personnes âgées. Enfin, comme dans la majorité de ses films la fin est emplie de romantisme presque fleur bleue, alors que les personnages ont progressé et sont heureux. Mais, une nuance vient ici modifier le tableau Meyers-ien.

Une nuance qu’on n’avait pas vue depuis When Harry Met Sally de Reiner, la mélancolie. Et celle-ci sera présente pendant la majorité du film grâce à Robert De Niro, le successeur à Mel Gibson en tant que conseiller et oreille attentive. Mais à l’inverse du personnage incarné par ce dernier, il n’a pas de pouvoir « magique » pour savoir écouter les femmes et entendre leurs pensées. En effet, Ben Whittaker a un autre pouvoir, bien plus humain, l’expérience, qui lui a apporté de la sagesse.

Le sage homme saura conseiller les jeunes gens perdus, notamment sentimentalement. Mais Ben dépasse la figure du vieux sage, veuf, à soixante-dix ans, il cherche à se rendre utile. En cela, il est bien humain, car ça n’est pas un personnage purement cinématographique, mais la représentation au cinéma d’une situation bien réelle, l’oubli de personnes délaissées à cause de leur âge. Ainsi Ben obtient un stage au sein d’une nouvelle entreprise ayant grandi en très peu de temps et dirigée par le jeune et belle Jules Ostin, incarnée par Anne Hathaway. Et si le stage est d’abord un acte d’enjolivement de façade créé par l’entreprise, il se révélera rapidement être une grande idée. Car Ben va contribuer à la réussite de l’entreprise, en tant qu’assistant personnel de la dirigeante puis avec le deuxième poste de gestionnaire adjoint aux dossiers et courriers. Plus que ça, il trouvera un nouvel amour (incarné par la vieillissante et belle René Russo), et formera une nouvelle famille, avec les jeunes stéréotypement borderline – le petit jeune au bon embonpoint perdu et écarté du foyer familial par ses parents ; l’informaticien qui ne demande qu’à s’ouvrir à de nouvelles choses, personnes ou encore à tester sa bravoure via des actes illégaux ; le jeune responsable au nom oublié par sa patronne et perdu sentimentalement -.

Le film est ainsi ampli d’un discours social humaniste et optimiste, mais ce dernier tendra à être effacé par la double romance racontée par la réalisatrice, et qui concerne Jules et son mari. Celle-ci était-t-elle nécessaire ? Non, après tout, il y avait bien celle de De Niro et Russo, pourtant délaissée à la faveur de celle du jeune couple de mariés. La rencontre des générations, l’échange de leurs points de vue et conseils, tendent ainsi à être occultés par la romance du jeune couple. Ce dernier est-il un élément promotionnel ?

Au-delà des suppositions, Nancy Meyers filme ainsi un cinéma dans la continuité de sa carrière, pas original mais possédant toujours un élément (ou plusieurs) qui tendent à l’élever vers d’autres niveaux. Cependant, ici, elle expose, plus explicitement qu’à son habitude, ses limites, qui sont, paradoxalement, incarnés en le romantisme exacerbé, et alors qu’elle était traditionaliste, dans la reprise des caractères résolument modernes de la comédie romantique, hélas plus niaise et « parfaite », qu’imparfaite et donc humaine.

Le Nouveau stagiaire : Fiche Technique

Titre original : The Intern
Réalisation : Nancy Meyers
Scénario : Nancy Meyers
Casting: Robert De Niro (Ben Whittaker), Anne Hathaway (Jules Ostin), Rene Russo (Fiona), Adam DeVine (Jaison), Jojo Kushner (Paige), Ander Holm (Matt), Jason Orley (Lewis)…
Direction artistique : W. Steven Graham & Doug Huszti
Décors : Kristi Zea
Costumes : Jacqueline Demeterio
Montage : Robert Leighton
Musique : Theodore Shapiro
Production : Suzanne McNeill Farwell, Nancy Meyers, Celia D. Costas, Stefan Mentz
Sociétés de production : Waverly Films
Sociétés de distribution : Warner Bros. France
Pays d’origine : États-Unis
Budget : 35 000 000 $
Langue : anglais
Durée : 121 minutes
Genre : Comédie Romantique
Dates de sortie : 7 octobre 2015
Box office US : $36,523,892 au 04/10/15

Lamb, un film de Yared Zeleke: Critique

Le continent Africain à rarement les honneurs du palmarès des grands festivals mondiaux. Au mieux se contente-t-il de quelques sélections quand ceux-ci daignent bien vouloir regarder au-delà du célèbre triptyque Europe-Amérique du nord-Asie. Le meilleur exemple en est « Timbuktu« , reparti bredouille de Cannes l’an dernier alors qu’il faisait partie des grands favoris pour la récompense suprême et que certains bruits de couloir lui auraient volontiers décerner le prix de la mise en scène. Il est contraignant que cette partie du monde ne puisse faire valoir ses belles qualités artistiques car elle recèle pourtant quelques grands cinéastes, passés ou présents. Souleymane Cissé recevra bien un prix du jury sur la Côte D’Azur voici quelques années, de même que son homologue tchadien Mahamat Saleh Haroun plus récemment. Mais cela représente bien peu face à l’effervescence constante de l’ancienne colonie. Il ne s’agit pas de l’honorer juste pour cause de bonne conscience nouvellement acquise ou par repentance envers un passé difficile, ce serait une erreur encore plus blessante. Cette terre recèle assez de talents pour ne pas lui en faire l’affront.

Voyez ce « Lamb » de Yared Zeleke, tout droit venu D’Ethiopie et dont la présence dans la section Un Certain Regard cette année dans le plus grand festival du monde augurait l’espoir d’une belle surprise en fin de compétition. Que nous raconte-t-il, ce nouveau venu dans le paysage cinématographique africain? la touchante histoire d’un petit garçon qui vit avec son père depuis sa mère est décédée dans une triste circonstance. Sa particularité est qu’il possède une brebis qu’il promène partout ou il passe, de sorte que cette étrange compagne puisse figurer habilement son errance. Le paternel, élégant homme de peu, n’est plus en mesure d’élever son fils car il doit trouver du travail en ville pour subvenir à ses besoins. Il confie ce dernier à son oncle, un paysan robuste qui cultive ses champs pour nourrir sa grande descendance. La douceur du premier contraste largement avec la sécheresse du second, pour qui le compromis s’avère non négociable. Sous ce nouvel hospice, Ephraïm devra se plier à de nouvelles règles et tenter de préserver ce qu’il lui reste d’innocence. Schématisé à ce point, nous pourrions croire à un éternel parcours initiatique ou la bonté humaine triompherait de toutes les turpitudes. Ce serait dévaloriser un film en tout point remarquable.

Le prénom de notre héros ne doit certainement rien au hasard, qui comme les tribuns qui partirent rejoindre la future Nation Juive, s’en va parcourir un pèlerinage biblique fortement symbolique. Il croisera sur son chemin quantités d’épreuves qui, loin de lui faire rebrousser la route, n’en révélerons que bien plus sa maturité. C’est cette traversée dans les superbes paysages arides de l’est africain qu’il nous est donné de partager avec lui. Rien n’est plus politique qu’un cinéma qui se défend d’en claironner son message tout en l’affichant subtilement par le biais d’images précises. Yared Zeleke fait mine de se situer à hauteur d’enfants, ce qu’il fait par ailleurs merveilleusement, pour mieux embrasser la situation ethnographique de son pays. Le village traditionnel du nouvel entrant est coloré des possibles contradictions d’une contrée qui ne veut pas oublier ses origines fondatrices mais n’oublie pas d’enjamber la marche de la modernité à grand pas. Tandis que les anciens perpétuent ces valeurs de labeur, les jeunes enfants rêvent d’un ailleurs ou le savoir se substituerait à cet ancrage. Le très beau personnage d’adolescente éclairée pour qui les journaux sont source d’apprentissage ne dit pas autre chose, tiraillée entre la compassion pour ce nouvel arrivant et son besoin de respirer l’air de la ville. Le maillage représente surement ce que le cinéaste connait de son pays.

S’il n’était que cette brillante étude, le film se suffirait déjà largement à lui-même. Mais il lui appartient d’avoir une ambition autrement plus stimulante, et en cela nous pouvons affirmer sans trop de risques que ce cinéma fait œuvre d’art essentiel dans notre morne paysage. La picturalité de certains plans est extraordinaire et la typographie des lieux que choisit de filmer l’éthiopien renvoie à une sensation d’évasion. Les quelques panoramiques qui scrutent au loin les montagnes paraissent vertigineux et l’ombre des nuits froides élargissent notre horizon de spectateur. Comment, enfin, ne pas toucher un mot de ces visages touchants qui nous embarquent aisément avec eux. La justesse de jeu de ces acteurs amateurs participe grandement à l’émotion que suscite ce long-métrage. Et l’on ne serait que trop partiaux de ne pas le mettre en avant, eux sans qui une telle pépite n’existerait pas. Que dire de plus?

Synopsis: Ephraïm est un jeune garçon éthiopien, toujours accompagné de son inséparable brebis. Confié à des parents éloignés, il s’adapte mal à sa nouvelle vie. Un jour, son oncle lui annonce qu’il devra sacrifier sa brebis pour le prochain repas de fête. Mais Ephraïm est prêt à tout pour sauver sa seule amie et rentrer chez lui.

Lamb : Fiche Technique

Réalisation: Yared Zeleke
Scénario: Yared Zeleke, Géraldine Bajard
Interprétation: Rediat Amare (Ephraïm), Kidist Siyum (Tsion), Welela Assefa (Emama), Surafel Teka (Solomon), Rahel Teshome (Azeb), Indris Mohamed (Abraham), Bitania Aberaham (Mimi), Rohama Demise (Yasmin)
Décors: Laurence Brenguier
Costumes: Sandra Berrebi
Son: Till Heinrich Röllinghoff, Rainer Heesch, Tobias Fleig
Montage: Véronique Bruque
Musique: Christophe Chassol
Genre : Drame
Nationalité : Français, Allemand, Norvégien, Ethiopien
Date de sortie : 30 septembre 2015
Durée : 1h34min
Producteur(s): Ama Ampadu, Laurent Lavolé, Johannes Rexin
Production: Slum Kid Films, Gloria Films, Heimatfilm
Distributeur: Haut et Court
Festival : Festival de Cannes 2015
Sélection officielle – Un Certain Regard

Auteur : Le Cinéphile Dijonnais

 

American Horror Story saison 5 : Bienvenue à l’Hotel !

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American Horror Story : Hotel fait ses débuts sanglants sur FX.

Mercredi 7 Octobre 2015, American Horror Story : Hotel a débuté en fanfare sur FX avec 5,8 millions de téléspectateurs. La cinquième saison de la série se place certes en dessous de l’audience mesurée pour la saison 4 mais elle rivalise toujours avec les trois premières. American Horror Story n’avait cessé d’augmenter jusque-là avec 3,2 millions pour Murder House, 3,9 millions pour Asylium, 5,5 millions pour Coven et surtout 6,1 millions pour Freak Show l’an dernier. Malgré cette légère baisse, les résultats sont toujours aussi encourageants de même que les réactions des fidèles qui ont inondé Twitter dans la soirée du mercredi pour faire part de leurs frissons face à ce premier épisode charnel et sanglant.

Welcome to the Hotel Cortez :

Dès le début, les décors chauds et baroques de l’Hotel Cortez donnent le ton. La couleur rouge prédomine depuis les tapis jusqu’au gilet d’Iris (Kathy Bates) à l’accueil, en passant par les fauteuils : il va y avoir du sang ! Le maître d’hôtel accueille alors deux blondes suédoises un peu nunuches pour qui on sent tout de suite que l’histoire va très mal finir. «Faites-moi confiance. Ça va vous plaire…», leur dit Iris en tendant la clef alors que sur nos lèvres de spectateur averti se dessine un sourire ironique.

Nous suivons les suédoises jusqu’à leur chambre et visitons l’hôtel avec elles sans ignorer les ressemblances frappantes avec celui de The Shining ou du Innkeepers de Ti West : une moquette rétro, des couloirs longs, étroits et sombres avec des gamins plantés au bout tant qu’à faire ! Et aussi une femme de ménage qui nettoie des draps tachés de sang !

En bref, ça sent l’hôtel hanté et de très loin…et ça sent aussi dans la chambre des blondes, une odeur de cadavre semble-t-il… Les filles farfouillent jusque dans le matelas qui est habité par notre premier monstre : c’est le coup d’envoi d’un épisode sanguinaire et rock n’ roll. Il y a le sang, d’accord, mais aussi la drogue et le sexe. Une saison somme toute très prometteuse !

American Horror Story : Hotel est peuplé de personnages loufoques et effrayants : une toxicomane sadique en manteau léopard (Sarah Paulson), un homme-latex armé d’un gode conique, un homme à tout faire transgenre prénommé Liz Taylor et un couple de pervers sexy à souhait (la très attendue Lady Gaga et le beau Matt Bomer). L’épisode se termine en chanson sur « Hotel California », un petit clin d’oeil sarcastique aux paroles des Eagles :

« This could be Heaven or this could be Hell / (…) / There were voices down the corridor / I thought I heard them say / Welcome to the Hotel California / Such a lovely place / Such a lovely place… »

« Ça pourrait être le paradis comme ça pourrait être l’enfer / (…) / Il y avait des voix au fond du couloir / Il me sembla les entendre dire / Bienvenue à l’Hôtel California / Quel endroit délicieux / Quel endroit délicieux…  »

 Dès à présent, vous pouvez regarder le teaser de l’épisode 2 de American Horror Story : Hotel ci-dessous :

https://www.youtube.com/watch?v=PWG9ViotFmg