Phantom Boy, un film de Alain Gagnol et Jean-Loup Felicioli: Critique

Après Une vie de chat, film d’animation ayant conquis la critique à sa sortie, aussi bien en France qu’aux Etats-Unis, le duo Alain Gagnol/Jean-Loup Felicioli revient pour un nouveau long-métrage, un polar réalisé en dessin animé traditionnel : Phantom Boy.

Synopsis: Léo, 11 ans, possède un pouvoir extraordinaire. Avec Alex, un policier, il se lance à la poursuite d’un vilain gangster qui veut s’emparer de New York à l’aide d’un virus informatique. A eux deux, ils ont 24 heures pour sauver la ville…

Qu’on se le dise d’emblée, Phantom Boy est une réussite graphique à tout point de vue. En effet, les réalisateurs délaissent une animation numérique et prônent un dessin traditionnel. Cette prouesse, dans la continuité d’Une vie de chat, dégage un charme fou, une authenticité remarquable, et fait échapper ce long-métrage d’animation à un potentiel sentiment de déjà vu, rituel de l’animation d’aujourd’hui. Le projet est ambitieux et le travail en amont est colossal : il aura fallu 2 ans ans aux réalisateurs pour imaginer leurs personnages et écrire le scénario, et 3 ans aux dessinateurs pour donner vie aux protagonistes sur le papier, ainsi qu’à l’écran. Le résultat est splendide, d’une beauté déconcertante et sert à merveille le récit : le dessin est travaillé , les couleurs font virevolter le spectateur et lui font ressentir une palette d’émotions différentes. Avec Phantom Boy, les petits et les grands riront et frémiront à de nombreuses reprises, et pleureront, le sort des personnages échappant aux spectateurs à plusieurs reprises.

L’atmosphère, ne cesse d’évoluer : parfois pesante, parfois stressante, à la manière des meilleurs films noirs, Phantom Boy n’a pas à rougir des films policiers en prise de vue réelle. Chaque scène a son ambiance, ses choix esthétiques et sa particularité, ce qui fait de Phantom Boy un ensemble qui ne peut que conquérir le cœur du spectateur. En découle une découverte de New-York splendide, les réalisateurs alternant entre ville lumière le jour et ville sombre, grouillant de malfrats la nuit. Amateurs de New-York, vous retrouverez une ville extrêmement détaillée lors des allées et venues des protagonistes, notamment lors des vols du fantôme de Léo entre les immeubles de La Grosse Pomme. Les dessinateurs n’omettent aucun détail et donnent à voir les lieux qui ont fait le succès de New-York, que ce soit L’Empire State Building, La Statue de la Liberté ou le Chrysler Building. Amateurs de cinéma, quant à vous, prenez garde aux nombreuses références cinématographiques disséminées le long du film.

Outre son graphisme, Phantom Boy puise sa force dans son scénario et dans la manière dont il est amené à l’écran. En 85 minutes, tout est exploité et rien n’est laissé au hasard ou mis de côté. La trame événementielle captive et ne lâche pas le spectateur une seule seconde. Même si, sur le papier, le scénario peut paraître quelque peu classique, avec une potentielle happy end, Alain Gagnol et Jean-Loup Felicioli abordent toutefois des thèmes durs souvent délaissés dans les films d’animation. Avec la chimiothérapie d’un jeune garçon de 11 ans, les réalisateurs nous font voir une réalité compliquée qu’est la maladie chez les enfants. Une épreuve dure à surmonter pour des personnes que l’on considère comme forts, et que l’on souhaite juste voir grandir. S’en suit une impuissance à assumer, les souffrances d’un entourage qui désirer rester fort, accompagné de l’apparition progressive de la solitude d’une sœur que la maladie a séparé de son frère. On ne peut que retenir cette scène, dans les couloirs, où la mère de Léo est en pleurs dans les bras de mari, déclamant des phrases d’une tristesse absolue. Car il est vrai que les protagonistes sont tous plus attachants les uns que les autres, mêmes s’ils sont secondaires. On suit Léo et son entourage comme l’on suit un documentaire portant sur une famille dans le combat contre la malade, sans omettre l’intrigue policière, bien sur.
Qui a dit que l’animation ne pouvait pas toucher le spectateur et lui faire voir la réalité, telle qu’elle est réellement ? Certains conchieront le film en avançant le fait qu’il ne s’agit pas d’un univers adapté à la jeunesse, mais est ce vraiment faire grandir un enfant que de lui cacher une vérité ?

Mais, cette critique n’est pas écrite dans le but de faire passer ce long-métrage pour un film d’animation social exclusivement centré sur la malade. Phantom Boy est, avant toute chose, un polar, un vrai film policier, avec des nœuds dramatiques et des rebondissements.Que serait ce polar d’animation sans un casting vocal à la hauteur des personnages ? On retient la voix de Jean-Pierre Marielle, grand acteur français, à la voix si singulière, légèrement rocailleuse, et très grave, cette « voix de méchant, même s’il ne l’est pas réellement ». (selon ses propos, lors de l’AVP du film). Autant dire que L’homme au visage cassé, qui fait régner la terreur sur New-York, a un timbre qui lui sied parfaitement. Dans la continuité du casting, on retrouve Edouard Baer en Alex Tanguy, policier à la jambe cassée, détesté de ses supérieurs, ainsi qu’Audrey Tautou en Mary Delauney, journaliste donnant du fil à retordre aux méchants, une élocution douce pour un personnage fort, aussi bien physiquement qu’intellectuellement. Car oui, les femmes aussi peuvent être de réelle force de la nature et peuvent affronter les pires individus ! Il n’y a pas que les hommes qui doivent être cantonnés à ce rôle !

Phantom Boy est la découverte d’animation de cette fin d’année. Un bijou aussi bien esthétique, grâce à son dessin « traditionnel », que scénaristique, grâce aux nombreux thèmes abordés, vocalement porté par un casting de choix.

Phantom Boy – Bande-annonce

Fiche Technique : Phantom Boy

Réalisateurs : Alain Gagnol, Jean-Loup Felicioli
Scénario : Alain Gagnol
Doublage : Edouard Baer, Jean-Pierre Marielle, Audrey Tatou, Jackie Berroyer…
Création graphique des personnages : Jean-Loup Felicioli
Photographie : Izu Troin
Son : Loic Burkhardt
Montage : Hervé Guichard
Musique : Serge Besset
Producteurs : Jacques-Rémy Girerd, Anemie Degryse
Production : Folimage, Lunanime, France 3 Cinéma, Rhône-Alpes Cinéma.
Distributeurs : Diaphana Distribution
Genre : Animation
Durée : 85 minutes
Date de sortie : 14 octobre 2015

France/Belgique – 2015

Festival

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Zoran Paquothttps://www.lemagducine.fr/
Etudiant lillois passionné de cinéma, ayant plusieurs courts-métrages à mon actif, je baigne dans cet art depuis ma plus tendre enfance, grâce à un père journaliste m'ayant initié au visionnage intensif de films, mais également friand de théâtre, et d'arts en général. Admirateur de Nicholson, fou de Jim Carrey et fervent défenseur du cinéma français. Mon film culte ? Vol au-dessus d'un nid de coucou, Milos Forman, 1975.

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