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Festival Séries Mania : Rencontre avec Matthew Penn

Rencontre avec le réalisateur Matthew Penn au festival Séries Mania

Ce vendredi 22 avril 2016, CineSeriesMag s’est rendu à la rencontre avec Matthew Penn organisée par le festival Séries Mania. Penn est un réalisateur conséquent de séries connu pour ses travaux sur Law & Order, NYPD Blue, Royals Pains ou même la nouvelle série Queen of the South sur USA Network.

 La rencontre démarra sur le nouvel âge d’or de la télévision lancé à partir des années 90s, notamment avec HBO :

« Le monde a changé, il n’y a pas si longtemps (au début des années 90’s) on n’avait que 4 networks (grandes chaines nationales américaines) ce qu’on voit maintenant s’est passé avec HBO. Avant, ils montraient les films d’autres personnes, puis ont voulu faire leurs propres créations, David Chase est ici, on pense aux Soprano. Puis d’autres s’y sont mis (…) : Netflix, Hulu… Soudainement on a eu un monde où il y a tellement d’histoires à voir (…). Et il y a des choses risquées. Il y a tellement d’opportunités aujourd’hui, et il y a des séries géniales partout. (…) C’est le second âge d’or de la télévision. Dans les années 90s, on voyait la télévision telle qu’on ne l’avait jamais vue avant (…) des gens filmaient avec des longs objectifs (…) on invitait des cinéastes (…) Regardez Star Trek aujourd’hui et vous vous dites « Hum…  » (tout en basculant la tête). La télévision a radicalement changé ». 

Puis Matthew Penn a poursuivi la réflexion sur le changement de la télévision en parlant de la venue et l’investissement des cinéastes à la télévision. Soderbergh lui a expliqué que la télévision lui permet une immédiateté, et que les séries lui permettent de faire les films qu’il voulait. L’artistique et la volonté de toucher les gens est allée à la télévision, loin des films popcorn. « On voit Scorsese et Soderbergh à la télévision et on se dit que c’est la forme finale de la réalisation, de raconter les histoires. C’est un sacré changement ». D’ailleurs, « si Scorsese et Soderbergh viennent à la télévision américaine, c’est parce qu’il y a une certaine dose de liberté et un certain appétit ! »

 Ensuite la conversation a avancé sur les relations entre réalisateur et scénariste :

« Vous avez toutes sortes de personnalités et en tant que réalisateur vous devez respecter ses volontés (…) ils connaissent l’histoire, ils connaissent les personnages (…) ce sont deux différents jobs (scénariste & réalisateur), certains sont des scénaristes-réalisateurs doués. Le mariage (entre scénariste et réalisateur) peut être différent (…). Il peut bien se passer ou non ».

Matthew Penn arrive sur l’exemple de Matthew Weiner qui « est apparu avec une idée extraordinaire (Mad Men), (…) il a vraiment capturé les pré-60’s/60’s. La chose la plus difficile pour un réalisateur est qu’un showrunner dise : « Peut-être bleue… c’est difficile… ». Voyons ! Le réalisateur doit se dire « Voici l’histoire que je raconte ». D’autres réalisateurs sont plus… Les networks veulent quelque chose, ils disent « Okay  » ». Il explique que Steven Bochco (scénariste du premier Columbo réalisé par Steven Spielberg et d’autres épisodes de la série) a refusé un ordre d’un network concernant NYPD Blues (qu’il a créée). Il y a une chose que tous ont, « ils ont une vision ». « Quand un producteur dit qu’il n’est pas sûr de pouvoir gérer cette vision, c’est fini ».

Il ajoute : « Ça ne compte pas si vous avez été scénariste et réalisateur avant, si vous réussissez c’est le plus important (…) bien sûr si vous échouez on vous ferme des portes »

Une panne de courant survient dans l’ensemble du Forum des Halles. La salle est plongée dans le noir, Matthew Penn n’a pas perdu de sa répartie : « I’m still here ! » (Je suis encore là !).festival-series-mania-rencontre-avec-matthew-penn

La lumière rallumée, Penn enchaîne sur la nouvelle série sur laquelle il travaille en tant que réalisateur et producteur exécutif : Queen of the South, diffusé sur USA Network. Le show suit l’histoire d’un personnage féminin « qui va s’enfoncer dans le milieu de la drogue et qui va devenir une femme extraordinaire ».

Après l’instant de promotion de son prochain projet, Matthew Penn revient sur le travail de réalisation dans une série télévisée et son rôle en tant que producteur (notamment sur Queen of South) : « Quand c’est fait, on ne peut pas revenir en arrière. On ne peut venir le lendemain et demander un reshoot. (…) Il n’y a pas la possibilité de merder, de faire une terrible erreur (…) Et j’ai eu plusieurs jeunes réalisateurs sur Queen of the South (…) et je les ai aidés, conseillés ». « Ils se demandent comment faire une scène… Ils s’inquiètent de tous les problèmes. Alors qu’il faut s’intéresser à ce qui s’y passe, ce qui est raconté (…) Le dialogue est secondaire. Ça n’est pas difficile à filmer. (…) Il faut comprendre l’essence de la scène. C’est mon travail de ne pas les voir faillir, (…) donc je ferai tout pour que cette personne ne fasse pas un épisode correct, mais un superbe épisode. Vous ne pouvez pas dire qu’un épisode est affreux, vous ne le pouvez pas ». « C’est rare qu’on rende bon un mauvais script (…) on a besoin de chacun, parfois on peut avoir un terrible script et l’acteur en fait quelque chose de génial. (…) Mr Robot, c’est de grands scénaristes, de grands acteurs…

Il enchaîne sur les Sopranos :

« J’ai vu le pilote avant qu’il soit diffusé, je me suis dit que je n’avais jamais vu quelque chose comme ça. (…) HBO était furieux car l’heure était trop longue, ils avaient dépensé beaucoup d’argent, mais le show a été béni par David Chase, les acteurs… ». « Je n’avais jamais vu quelque chose comme ça et c’était extraordinaire ». Il continue sur le tournage d’épisodes de Sopranos : « C’étaient trois dirigeants sur trois épisodes (NDLR : à nuancer puisqu’on trouve dans la série plusieurs épisodes réalisés par un même réalisateur) donc Gandolfini savait qu’il ne tombera pas sur la même tête ». « Les acteurs comme Gandolfini, (…), Glen Close, sont des gens très intelligents et ont des idées brillantes, ils ont un grand sens de ce qui marche et ne marche pas ».

 Il y eu enfin deux dernières questions : peut-on réinventer l’image d’un show, peut-on imposer sa marque ?

 « Vous devez être capables de travailler sur le style visuel du show, mais même s’il y en a un, c’est rare que vous fassiez toujours la même chose. Il y a la possibilité d’inscrire sa marque sur la série. »

 Et comment se déroule le recrutement ?

« Vous engagez des personnes avec des capacités spécifiques, pour qu’ils aident le réalisateur à réaliser sa vision, mais comme je l’ai dit, il y a une certaine latitude. (…) Sur NYPD Blue, le réalisateur a fait un énorme travail (…) et c’était juste parfait. »

  Ce fut alors la fin de cette rencontre avec Matthew Penn.

Series Mania 2016 : Beau Séjour

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Festival Series Mania 7eme édition : Revenir à la mort

Imaginez le versant féminin de Kieren Walker (In The Flesh) dans un univers à la Stieg Larsson (Millénium) et vous obtiendrez cette surprenante nouveauté tournée aux frontières germano-danoises. Kato, adolescente presque majeure se réveille d’entre les morts dans la chambre 108 de l’hôtel Beau Séjour. Son corps repose dans la baignoire et nous assistons, nous-aussi, impuissants, à ses côtés, à la découverte de sa propre inexistence. Pendant ce temps, sa mère, qui a refait sa vie avec un autre homme, s’inquiète de son absence. L’image la plus proche est celle de Beth Latimer dans Broadchurch. Un énième récit de disparition sur fond policier, se dit-on. Il en est tout autre. Peu à peu, elle se rend compte que son entourage ne peut plus la voir, à l’exception de 5 personnes. Dans ce drame fantastico-existentiel s’insère une investigation policière originale, car au travers le regard du jeune personnage principal.

Ce microcosme relationnel, savamment développé, permets aux connexions et à l’empathie qui s’en découle de progresser. Chacun des caractères, considéré comme une entité singulière, est un rouage de cette intrigue pour laquelle on se passionne, de la même manière que l’on s’est attaché pour le show de Chris Chibnall. Le défaut principal tient dans la cohérence à l’être invisible, mais qui peut cependant toucher et interagir avec la matière, de ne jamais essayer d’exister auprès des personnes qui ne l’a voit pas. L’écriture se distille dans des intentions fictionnelles qui mériteraient davantage de réalisme. Après Au Nom du fils de Vincent Lannoo (Trépalium), les belges nous prouvent une fois de plus l’étendue de leur talent, entre polar nordique et drame britannique. Après ces deux épisodes introductifs, l’enquête peut vraisemblablement commencer. Découvrez Beau Séjour sur Arte dans les mois à venir.

Extraits séries à venir Arte

(Beau Séjour à 1′) Cannabis fait partie de la compétition internationale, tandis que Au-delà des murs disponible à partir du 23 avril est très attendue par la rédaction, de même que Jordskött.

https://www.youtube.com/watch?v=Xw9ZTQk2prE

Beau Séjour : Fiche Technique

Créateurs: Nathalie Basteyns, Kaat Beels, Sanne Nuyens, Bert Van Dael
Scénaristes: Sanne Nuyens, Bert Van Dael, Benjamin Sprengers
Réalisateur: Nathalie Basteyns, Kaat Beels
Avec Lynn Van Royen, Johan Van Assche, Kris Cuppens, Reinhilde Decleir
Vendeur international : Lagardère Studio Distribution
Diffuseur(s) : VRT (Be), Arte (Fr)
Année de production 2016
Version vostfr – 10×52′
Pays Belgique

Quelle place pour les réalisateurs dans les séries ? : Festival Séries Mania

Séries Mania : Table ronde sur la place des réalisateurs dans les séries avec Bobby Roth, Cathy Verney, Per-Olav Sorensen, Ulrika Bengts, et Rodolphe Tissot.

Le vendredi 22 avril 2016 au festival Séries Mania, CineSériesMag s’est rendu à la table ronde intitulée Quelle place pour les réalisateurs dans les séries ?, animée par Marianne Behart avec Cathy Verney, journaliste et créatrice de Hard, réalisatrice sur la saison 6 de Fais pas ci fais pas ça, Per-Olav Sorensen, créateur et réalisateur de Nobel ; Ulrika Bengts créatrice et réalisatrice de Lola Upside Down, Rodolphe Tissot, un des 4 co-créateurs et réalisateur sur la série sur Arte Ainsi soit-il ; Bobby Roth, réalisateur Prison Break, Lost ou encore Numbers.

            En quoi consiste mettre des images sur une œuvre non créée ? Quelle est la place d’un réalisateur guest ?

C. Verney : « Normalement je suis scénariste, créatrice… Pour la première fois, sur Fais pas ci fais pas ça, j’ai pas écrit du tout… C’est un exercice complètement différent, les acteurs sont déjà choisis… Le ton a déjà été établi et confirmé au fur et à mesure des saisons… Il faut prendre en compte les histoires et intrigues développées. Il faut respecter les règles de la série. Par exemple, pour Fais pas ci fais pas ça, il faut garder l’équilibre des familles… Et respecter le texte écrit par d’autres auteurs. Ça s’est très bien passé car les auteurs avaient envie de partager avec moi. Il y a des réécritures de séquences ensemble, j’ai fait des propositions… Il y avait un échange. Ensuite tout ce qui est décor, costume, ça existe depuis le début, il faut le respecter mais on peut y mettre sa touche. Et finalement ceux qui tiennent la série ce sont les acteurs, ce sont ceux qui la connaissent le mieux. Et les garants sont les producteurs et les acteurs. Le secret pour un réalisateur c’est d’arriver en amont et de pouvoir avoir le temps d’échanger et mettre l’ensemble en place. »

B. Roth : « Je pense que vous devez trouver le show… Quand vous venez sur un show après son début, comme pour Lost, (…) le truc est d’être un chef et un invité. Sur Numbers, la façon dont ils tournaient le show, la façon dont ils s’habillaient, ça n’était pas mon goût personnel… Sur Lost oui, je suis revenu.

U. Bengts : « Je n’ai jamais été un réalisateur invité. (…) Je pense que j’ai le même rôle que lorsque je crée. Quand j’entre sur un projet, je prends toutes les responsabilités, je travaille toujours avec mes monteurs. Je travaille toujours sur un projet depuis son début. »

Accepteriez-vous de rentrer sur un épisode ou deux ?

U. Bengts : « Je devrais dire oui, je pense que ça devrait être très intéressant, je ne sais pas comment ça marcherait, mais je pense que ça serait assez intéressant… Oui, juste engagez-moi et on verra ».

R. Tissot : « Avant Ainsi soit il j’avais déjà réalisé pour France 3. Je n’avais pas la direction artistique on va dire du projet. J’étais un réalisateur qui devais suivre des lignes. Sur Ainsi soit il, j’étais directeur artistique et j’ai eu des réalisateurs qui devaient suivre ma ligne. (…) dans les deux cas, des choses se recoupent. La place du réalisateur-invité dépend de celle qu’on lui donne et varie à chaque projet. Si on a des réalisateurs invités, ce n’est pas juste pour le plaisir de les faire venir. Les créateurs n’ont pas le temps de tout réaliser. Ils font le lien des gens, mais il reste toujours un espace de liberté. Peut-être que ça va être sur le décor, peut-être que ça va être sur le casting… Là où on nous dit rien, on la prend, la place. Souvent sur le découpage, il y a une ligne générale un peu à tenir, mais on n’a jamais storyboardé pour dire : « on tourne ça ». (…) Dans l’ensemble on a quand même un petit espace de liberté. Dans un cas comme dans l’autre, le plus délicat est le montage. (…) C’est vrai que là, quand le film prend forme, soit quand on a la direction artistique et qu’on a des réalisateurs qui respectent ce qu’on veut c’est compliqué, soit on doit suivre des lignes et on prend des libertés… »

P-O. Sorensen : «  Je ne sais pas, je suis toujours investi du début du projet à la fin. Je dirais oui (…) car c’est le job. Si je ne l’écris pas, je dois rentrer dans la tête du réalisateur. (…) Je dois connaître tous les petits détails, tous les enjeux. Nous n’avons pas le budget américain, c’est donc très compliqué de construire ça… »

            Sur le rôle de l’auteur total : comment vit-on le conflit interne entre le soi scénariste et le soi réalisateur qui sont des fois traversés par des défis contradictoires ?

C. Verney : « je ne sais pas si c’est un conflit… De savoir que c’est moi qui va être sur le plateau pour diriger les acteurs aller où je veux. Je sais tellement ce que je veux obtenir donc j’ai une plume qui est plus libre. (…) Je suis rassurée car je sais que je le dirai avec mes mots aux acteurs, au chef op à toute l’équipe, du coup je suis plus libre. Je suis rassurée de ça, je m’autorise plus de trucs, à être un peu débile, osée, je me freine moins, je me regarde moins, plus comme un enfant qui n’a pas les parents derrière… Je me dis que je l’expliquerai au producteur, à tout le monde et j’y vais. »

Avec Hard, vous avez connu une contrainte budgétaire très forte ? À la télévision française de manière générale, on connait d’importantes contraintes budgétaires ?

C. Verney : « J’essaie de ne pas penser à l’argent trop vite, je pense d’abord à l’histoire, puis je me rends compte que c’est trop long, trop… C’est de la cuisine… Je ne me le mets pas dans la tête tout de suite, je le fais en général dans un deuxième temps. Et je trouve ça plus facile sachant que derrière je vais réaliser et c’est moi qui choisis les priorités. (…) J’ai le sens des priorités pour mon récit. Si ce n’est pas moi la réalisatrice, je sais très bien que cette scène là sera retournée en une heure. Une scène gratuite peut être essentielle, et inversement (…) »

Sur les compétences ? Déjà arrivé de réaliser ce qu’il a déjà écrit ?

B. Roth : « J’ai démarré scénariste/réalisateur. Je pense que c’est un travail différent de réaliser ce qu’on n’a pas écrit. A la télévision nous devons travailler de manière très efficace. Les scénaristes imaginent l’image, ils l’ont dans la tête et ça peut être un problème. Je pense que c’est deux jobs différents que de réaliser ses propres scripts et de tourner ceux d’autres.»

U. Bengts : « Je ne suis pas seulement en train d’écrire, je créé les acteurs, j’imagine les décors, ce qui sera la photographie… C’est beaucoup de temps, c’est un long processus. Mais ça m’aide en tant que réalisateur, quand j’arrive sur le plateau, je la connais par cœur, je l’ai dans la peau. Mais quand vous lisez un script, vous l’imaginez, puis quand vous arrivez sur le plateau qu’il pleut, que vous avez tous ces problèmes c’est très bien d’avoir une équipe qui (…) élève vos pensées. Le réalisateur pourrait penser que la scénariste est la déesse, mais on travaille ensemble, on le fait ensemble. Sinon ça pourrait impacter le projet. »

R. Tissot : « J’ai adoré réaliser quelque chose que je n’avais pas écrit. (…) Avec les (autres réalisateurs-créateurs), on voulait la même chose. (…) Je connaissais les textes comme si je les avais écrits moi-même. Peut-être qu’il y a quelque chose de plus intime, de soi (…) c’est normal, mais j’ai l’impression d’avoir le même plaisir. »

P-O. Sorensen : « Le projet a besoin de se réaliser de différentes façons. L’histoire a besoin de différentes touches, goûts. (…) Le réalisateur ouvre la porte pour tels acteurs, il peut anticiper, les guider. Il faut être aussi pragmatique que possible. (…) Donc pour moi c’est trois jobs, donc je dois essayer de rester aussi concentré que je le peux pour (…) l’histoire. »

Le scénario la partie la plus compliquée du travail ?

C. Verney : « Oui je pense que c’est plus compliqué d’écrire une bonne série que de la réaliser. (…) il faut des co-auteurs, mais il faut une vision. (…) Et il faut essayer de la garder sur le plateau. (…) plus une histoire viendra d’un désir très fort, (et non d’un groupe) plus elle touchera la personne. (…) Je crois beaucoup au collectif pour une seule vision. »

B. Roth : « Oui je dois dira ça, quand vous restez avec un script blanc, c’est la merde. (…) Je pense les scénaristes ont ce don, ils doivent avoir la capacité de toucher les gens. »

Donc pour résumer, les scénaristes doivent donner le meilleur de soi pour toucher les gens.

C. Verney : « L’écriture est difficile, (alors que) sur un plateau, tout se règle ».

U. Bengts : « Écrire c’est l’enfer. (…) Mais la bonne chose dans l’écriture, c’est que vous avez le temps (…) Une journée de tournage est comme un festival, j’adore être sur le plateau, c’est la meilleure partie pour moi. Je n’aime pas la pré-production, c’est marcher… se demander : « aurai-je le job ou non ? »…

R. Tissot : « Je conçois que c’est une étape la plus douloureuse (…) je sais que c’est une étape compliquée, douloureuse, et incertaine. (…) J’ai eu une expérience différente sur Ainsi Soit-il, il n’y a jamais eu personne pour porter une vision. Le producteur nous mettait en garde, d’effroi quand qu’on s’éloignait d’une certaine vision. Il y avait un couple d’auteurs, (…) et il y avait moi qui arrivais comme vision. (…) C’est pour ça qu’on décrit notre expérience de showrunning à quatre têtes. (…) C’est l’addition de nos visions intimes sur nos séries ».

Sur cette longue souffrance de l’auteur qui marche dans la lande, qui a envie de jeter son ordi…

P-O. Sorensen : « C’est là, mais ce n’est pas là, on doit le filmer, différents réalisateurs le feraient de manière différente, ça coûterait autrement… Les réalisateurs sont différents. (…) Je pense vraiment que le talent a besoin d’être là. (…) ça doit faire partie de votre machinerie, de votre respiration, ça a besoin de faire partie de vous, car le plateau est grand, et vous avez quatre cents questions par jour et c’est difficile. Si vous n’avez pas d’ambition (…), c’est terminé. Donc je suis là, je ne réalise pas juste

B. Roth : « Quand vous êtes sur le plateau et que plein de choses se passent, vous n’êtes pas dans la writer’s room, tout se passe vite, je pense que vous écrivez en réalisant… Le directeur de la photographie, les acteurs, le réalisateur doivent avoir une certaine intensité. (…) Je suis sûr que certains (…) pensent pouvoir réaliser, mais ils n’en sont pas capables. »

P-O. Sorensen : « C’est un travail (…) c’est amusant, mais c’est un travail, et tout va très vite. »

R. Tissot : « je crois aussi à la solitude du réalisateur (…) par exemple sur Ainsi soit-il j’avais des messes à filmer… On peut s’apercevoir au tournage qu’une scène écrite ne fonctionne pas, qu’une scène ne décolle pas. Si vous avez choisi un comédien qui vous pourrit le dialogue, c’est vous le responsable. (…) il y a une question d’écriture créative et tout le monde vous regarde. »

Une génération a appris à écrire en regardant la télévision, est-ce qu’on apprend à réaliser en regardant la télévision ?

C. Verney : « La réalisation c’est une deuxième écriture, et le montage une troisième. (…) Le réalisateur est une espèce de guide d’acteurs. (…) Je crois beaucoup à la magie du moment, et celles que j’ai préférées ce n’était pas celles écrites. (…) Non, je pense qu’on n’apprend pas en regardant mais en faisant. J’ai appris à réaliser au théâtre. (…) Après il y a le découpage, rendre ça en image, ça oui on l’apprend plus en regardant des films, mais la mise en scène de l’acteur, j’ai appris ça au théâtre (…) »

B. Roth : « Tout ce que vous voulez, les intrigues… Il y a une vision. Il y a tellement de façons de filmer… Tout revient à vos choix, c’est une mentalité. (…) si vous tentez de surdigérer les acteurs, ça n’ira pas, l’idée est d’avoir confiance en les autres… »

Qu’avez-vous appris depuis le début ?

B. Roth : « Tout. Tous les shows que j’ai faits (…) j’ai appris quelque chose, vous travaillez aussi avec d’autres personnes qui vous apprennent (…) J’ai aussi appris à écouter.. Vous devez vous ouvrir et écouter (…) Si vous avez trop en tête, vous foutez en l’air le show. (…) Je veux être capable d’amener tous les gens ensemble et de travailler avec. »

P-O. Sorensen : « Amen »

R. Tissot : « Oui bien sûr… On apprend en faisant. Je pense qu’on a à apprendre de choses en regardant des séries. (…) Ça peut nous aider sur le plateau (…) Ce que j’ai appris en regardant les séries et en en aimant (…), ce que j’ai découvert, c’est à quel point finalement, le plus important, 90/100, ça va être le personnage et point barre. (…) Si on rate ça, la série sera ratée, même avec tout le talent de réalisateur qu’on peut avoir. (…) Ce que j’ai appris c’est que tout se jouait là dessus et ce que j’essaye d’avoir en tête quand je réalise. »

P-O. Sorensen : « N’y allez pas en sécurité, n’y allez pas confiant (…) (Puis les Soprano sont venus, avant ça n’était pas ça mais) Je pense que beaucoup étaient courageux. (…) Aujourd’hui c’est une place différente de ce qu’il y avait il y a dix ans maintenant ».

            Puis il y eut une intervention de Charlotte Blum pour présenter sa série documentaire sur les showrunners des séries américaines. Il sera construit en six portraits. Elle a choisi des réalisateurs, des réalisateurs producteurs, ou encore des personnes « au service de ». Son film présentera leurs outils de travail, leurs parcours professionnel mais aussi de vie. . S’en est suivie la projection du teaser de The Art of Télévision : les réalisateurs de Série, série documentaire qui sera diffusée sur OCS l’année prochaine. La séance a ensuite repris son cours avec cinq questions du public.

Réaliser un long métrage est-ce bien différent ? On sait que le temps est déjà une sacrée différence.

C. Verney : « C’est différent de réaliser un long métrage. » (Elle explique le temps : Cinéma 1 min par jour ; télévision : 4 min par jour) « On n’a pas du tout le même temps »

B. Roth : « Je pense que quand on fait un film on met l’équipe tous ensemble, on choisit le directeur de la photo, le casting… à la télé, ils sont déjà castés avant moi. Le temps est presque le même, quand on fait un film indépendant, c’est le même temps. Mais pour moi, mettre l’équipe tous ensemble (…), c’est une sacrée différence. »

C. Verney : « on créé une série on peut choisir tout le monde »

P-O. Sorensen : « je choisis toujours mon équipe (…) ce sont les mêmes gens (…) je suis tellement chanceux d’être en Norvège où je choisis mon équipe tout le temps. »

R. Tissot : « J’ai pas fait de long métrage pour le cinéma mais j’ai fait unitaire pour Arte (…) j’ai plutôt l’impression de l’avoir fait comme un film de cinéma fauché. Je ne sens pas une vraie différence (…) Après il y a effectivement deux petites différences, j’en vois deux (…) vous n’avez pas fondamentalement besoin qu’un spectateur s’attache à un personnage sur les 1h30 à l’inverse d’une série et il y a une autre différence : le réalisateur de cinéma ne peut pas tout faire sur une série. Donc c’est vraie que la série est un travail collaboratif, ne serait-ce que pour cette raison de temps. »

Cette nouveauté de voir des grands cinéastes démarrer une série et lancer une marque, pouvez-vous en parler ?

Quand on est réalisateur-invité, est-ce qu’il y a d’autres personnes qui peuvent bouger ?

B. Roth : « Souvent vous êtes le seul qui vient d’arriver. (…) J’ai le même montage depuis 18 films. (…) J’aime vraiment le fait d’aller d’un show à un autre. (…) Quand vous arrivez sur un show, vous devez le comprendre, l’apprendre, rien que retenir les noms des gens ! (…) Vous avez sept jours pour tourner et apprendre qui sont les gens. Si vous ne faites que vos propres shows, vous serez limités, (…) parce-que vous ne vous exposez pas ».

C. Verney : « Pour la question de Scorcese, (…) c’est bien, car il a imprimé sa vision et les autres arrivent et se fondent dans sa empreinte. »

Sur la monstration de scènes, refus des réalisateurs ?

Cathy Verney a déjà refusé de filmer un accouchement live : « Je ne l’ai pas pris en traître, je l’ai prévenu, mais je refusais de filmer ça. »

P-O. Sorensen : « Ce n’est pas à propos de goûts ou de ce que les gens ont du mal à voir, c’est hors de propos, il faut le montrer, c’est ce qu’est le monde. »

            Ce fut alors la fin de la table ronde.

Les malheurs de Sophie, un film de Christophe Honoré : Critique

Synopsis : Depuis son château, la petite Sophie ne peut résister à la tentation de l’interdit et ce qu’elle aime par-dessus tout, c’est faire des bêtises avec son cousin Paul. Lorsque ses parents décident de rejoindre l’Amérique, Sophie est enchantée. Un an plus tard, elle est de retour en France avec son horrible belle-mère, Madame Fichini. Mais Sophie va pouvoir compter sur l’aide de ses deux amies, les petites filles modèles, et de leur mère, Madame de Fleurville pour se sauver des griffes de cette femme….

La petite Comtesse aux pieds nus

Le moins que l’on puisse dire est que Christophe Honoré aime le cinéma, qu’il aime la littérature (il a écrit une dizaine de romans Jeunesse pour l’Ecole des Loisirs), et qu’il aime la musique (au moins celle d’Alex Beaupain, pour ses films). Il aime toucher à tous les genres, pondre un scénario original ou faire du neuf avec du vieux. Onze longs métrages  à ce jour et presqu’aucun pareil à un autre.

Passant par exemple du soft porn gay et minimaliste de l’Homme au bain à une merveilleuse adaptation des Métamorphoses d’Ovide, il montre qu’il aime et qu’il sait faire le grand écart. Rien d’étonnant alors qu’il se soit ainsi attaqué aux fameux Malheurs de Sophie, littérature enfantine iconique s’il en est.

D’emblée, le parti pris de l’originalité est annoncé. Comme on le sait, Madame de Réan, la mère de Sophie est calquée sur la propre mère de la comtesse de Ségur, Catherine Rostopchine, née Protassova, une aristocrate russe aux cheveux et aux yeux sombres. Il n’en fallait pas davantage pour Honoré, pour choisir Golshifteh Farahani dans le rôle de cette femme étrangère qui a épousé un comte français. Un choix esthétique mais aussi malicieux, judicieux, pas neutre en tout cas. Et un choix qui en amène un autre tout aussi radical, car de blonde aux yeux gris décrite par la romancière, la petite Sophie de Réan hérite des traits de la délicieuse Caroline Grant, aussi brune aux yeux sombres que l’héroïne de My sweet Pepperland (Hiner Saleem, 2013) qui joue le rôle de sa mère.

Et tout est à l’avenant dans le traitement du cinéaste. Sur fond d’un scénario qui en surface respecte assez fidèlement les histoires racontées à la fois dans Les Malheurs de Sophie et dans Les Petites Filles modèles, le film distille ses petites touches qui en font plus qu’un film pour enfants. Ainsi, par exemple, les dialogues sont tout sauf enfantins (jusque dans le oups anachronique mais tellement bien à propos que Sophie lâche après avoir fait fondre les jambes de sa poupée) ; ils sont souvent drôles tout en amenant à se demander s’il n’y a pas un deuxième sens caché que l’on ne voudrait surtout pas rater. Les enfants eux-mêmes sont extraordinairement bons, apparaissant vraiment comme des enfants, ne singeant jamais les adultes, tout en étant graves , sérieux et appliqués dans l’exécution de ce que les adultes attendent d’eux (le petit Paul, le cousin de Sophie, par exemple qui refuse qu’une punition soit levée, afin dit-il « de réfléchir encore à sa faute », puis à peine retourné dans sa chambre, et après avoir  -quand même – lu quelques pages de Emile ou de l’Education de Rousseau, se jette par terre pour se débattre dans tous les sens et crier toute sa frustration, un vrai bonheur de scène très bien équilibrée). Les enfants sont sérieux, mais espiègles aussi, complices, ou au contraire envieux ou jaloux les uns des autres, une vraie éducation affective qui naît sous nos yeux, une palette de caractères fabuleusement interprétée par chacun des petits acteurs.

Christophe Honoré augmente encore son récit avec l’introduction de l’animation pour tous les petits animaux (écureuil, grenouille, hérisson). Même sommaires, et pour tout dire, pas fameuses, ces petites animations apportent un vrai plus pour le premier public visé, celui des enfants, et repositionnent son film dans un contexte plus parlant pour les jeunes spectateurs. Car lorsque dans une des scènes les plus émouvantes du film, il anime un tableau façon Radeau de la méduse, accroché jusque là au mur, avec en fond sonore une mélodie d’adieu chantée à Sophie par Madame de Réan qui va périr en mer lors de leur traversée de l’Atlantique, il élargit à nouveau son public vers une audience plus âgée, plus cinéphile aussi, qui y retrouvera le goût du cinéaste pour les comédies musicales pour ne citer qu’elles.

Il est difficile de dire précisément pourquoi cette adaptation des Malheurs de Sophie par Christophe Honoré séduit. Sans doute cette ambiance qui mélange le tumulte dû aux frasques de Sophie et l’harmonie d’une vie domestique paisible, ou ce casting impeccable (Muriel Robin en belle-mère acariâtre est tout simplement impayable, Anaïs Demoustier qui lui fait le contrepoint parfait à force de douceur, le mannequin-comédien David Prat qui joue le jeune et beau domestique Joseph, déjà  convoité par tous les jeunes personnages féminins du film, troublant aussi la vieille Madame Fichini – sa petite phrase  « Il faut bénir le ciel de la laideur des petites gens » étant plus équivoque qu’elle n’en a l’air…), ou encore ce générique de fin où les acteurs sont face caméra pour décliner leur identité, une jolie trouvaille…

Tout comme pour Métamorphoses, filmé par le même cinématographe André Chemetoff, Les Malheurs de Sophie profite d’une photo lumineuse, été comme hiver, et même de nuit lors des nombreuses scènes où Sophie s’échappe à la poursuite d’une chimère ou d’une autre. Le film profite aussi de la musique d’Alex Beaupain, le compositeur de toujours du cinéaste, qui mélange des moments classiques avec des passages plus modernes et primesautiers. Il n’est pas sûr que tous les enfants soient sensibles à toutes ces finesses, mais il est probable que ceux qui le sont sauront faire la différence entre ce film subtil et la moyenne des autres films pour enfants qui ont tendance à les prendre pour des abrutis…Une belle relecture de l’œuvre de la Comtesse de Ségur qui ravira petits et grands….

Les malheurs de Sophie – Bande annonce

Les malheurs de Sophie – Fiche technique

Réalisateur : Christophe Honoré
Scénario : Christophe Honoré et Gilles Taurand, d’après les romains de la Comtesse de Ségur (Les malheurs de Sophie & Les petites filles modèles)
Interprétation : Caroline Grant (Sophie de Réan), Anaïs Demoustier (Mme de Fleurville), Golshifteh Farahani (Madame de Réan), Muriel Robin (Madame Fichini), Céleste Carrale (Camille de Fleurville), Aélys Le Nevé (Marguerite de Rosbourg), Tristan Farge (Paul d’Aubert), Justine Morin (Madeleine de Fleurville), Marlene Saldana (Madame de Rosbourg), Jean-Charles (Baptistin), David Prat (Joseph), Laetitia Dosch (Noémie), Michel Fau (Père Huc)
Musique : Alex Beaupain
Photographie : André Chemetoff
Montage : Chantal Hymans
Producteurs : Philippe Martin, David Thion, Sidonie Dumas, Francis Boespflug
Maisons de production : Les films Pelléas, Gaumont Films, France 3 Cinéma
Distribution (France) : Gaumont Distribution
Récompenses : –
Budget : ND
Durée : 106 min.
Genre : Comédie
Date de sortie : 20 Avril 2016
France – 2016

Le Fils de Joseph, un film d’Eugène Green : Critique

Synopsis : Vincent, un adolescent, a été élevé avec amour par sa mère, Marie, mais elle a toujours refusé de lui révéler le nom de son père. Vincent découvre qu’il s’agit d’un éditeur parisien égoïste et cynique, Oscar Pormenor. Le jeune homme met au point un projet violent de vengeance, mais sa rencontre avec Joseph, un homme un peu marginal, va changer sa vie, ainsi que celle de sa mère. 

Le Sacrifice de Vincent

Rares sont les cinéastes qui peuvent se targuer d’avoir inventé une nouvelle manière de faire du cinéma. Dans la lignée d’un système Bresson ou d’une méthode Pialat, Eugène Green mériterait un nom pour qualifier son approche du cinéma qui se base, un peu comme ses illustres prédécesseurs, sur le jeu de l’acteur. Comme le réalisateur de L’Argent, Green demande à ses comédiens de ne pas jouer, de garder le visage inexpressif et de tout miser sur l’articulation sans forcer sur les intonations de la voix. Les acteurs déclament leurs dialogues où, sous une apparente monotonie, transpire leur voix intérieure.

Après le très beau La Sapienza vu l’année dernière, le réalisateur franco-américain revient avec Le Fils de Joseph, une réinvention contemporaine du mythe du Sacrifice d’Abraham dans le Paris de notre époque. Vincent, lycéen introverti élevé avec amour par sa mère Marie vit dans la frustration de n’avoir jamais connu de père. L’illustration de la toile de Caravage, Le Sacrifice d’Isaac, qui orne sa chambre cultive sa colère envers ce père qui l’a abandonné.
Alors qu’il découvre l’identité de son géniteur, Oscar Pormenor, un éditeur à succès cynique et méprisable, la vengeance de Vincent se prépare. Pour avoir abandonné son fils après avoir mis sa mère enceinte , Oscar se doit de recevoir la punition qu’il mérite, à savoir la mort. Mais lorsque le jeune homme s’introduit dans les bureaux de son éditeur de père pour l’assassiner dans une relecture inversée du mythe d’Abraham, Vincent/Isaac se reprend et est sauvé par un ange nommé Joseph, qui n’est autre que son oncle. Puis, comme le fils de Dieu, Vincent/Jésus trouvera un père en Joseph sans qu’aucun lien de sang ne les réunisse.

Sans se départir de son système formel, Eugène Green revisite le Nouveau et l’Ancien Testament de ses yeux amoureux d’Histoire et d’art. Plus que dans ses autres films, on ressent ici le geste d’un passionné, s’arrangeant toujours pour filmer une chanteuse d’opéra italien sans que ce ne soit saugrenu. On repense à la séquence chantée de Monteverdi dans Le Pont des arts lorsque Domenico Mazzocchi entonne son air sous l’éclairage d’une centaine de bougies dans une Église. C’est ainsi qu’Eugène Green évite la caricature, en s’autorisant à sortir d’un cadre strict d’une adaptation biblique pour étoffer son film de ce qu’il le passionne : l’art et la culture. De plus, loin d’être austère, l’exigence de sa mise en scène cache toujours une forme d’humour qui surgit là où ne l’attend pas, au détour d’une demande de don de sperme ou de ressorts d’un divan en mouvement.

Le Fils de Joseph, même s’il ne nous transporte pas autant qu’aurait pu le faire La Sapienza l’année dernière, témoigne de la trajectoire rectiligne d’un cinéaste unique porté par ses seules passions et convictions cinématographiques. Un réel vent de fraîcheur pour les cinéphiles.

Le Fils de Joseph d’Eugène Green : Bande-annonce

Le Fils de Joseph : Fiche Technique

Réalisateur : Eugène Green
Scénariste : Eugène Green
Acteurs : Victor Ezenfis, Natacha Régnier, Fabrizio Rongione, Mathieu Amalric, Maria de Medeiros
Chef opérateur : Raphaël O’Byrne
Monteur : Valérie Loiseleux,
Chef décorateur : Paul Rouschop
Chef costumier : Agnès Noden
Producteurs : Didier Jacob, Francine Jacob
Distributeur : Les Films du Losange
Durée : 115 min.
Genre : Drame
Date de sortie : 20 Avril 2016

France – 2016

 

Cannes 2016: Asghar Farhadi revient au festival avec The Salesman

Comme annoncé lors de la Conférence de presse du 14 avril dernier, les films suivants, pour la plupart vus tardivement, viennent compléter la composition de la Sélection officielle. The Salesman, s’ajoute aux 20 films annoncés le 14 avril dernier par le délégué général, Thierry Frémaux, vingt et un seront donc en lice pour la Palme d’or.

Le réalisateur iranien Asghar Farhadi en compétition avec The Salesman.

Le cinéaste avait remporté le prix d’interprétation pour le long-métrage Le Passé, avec Bérénice Bejo et Tahar Rahim.

The Salesman raconte l’histoire d’un couple d’acteurs qui se délite alors qu’il joue Mort d’un commis voyageur, la célèbre pièce d’Arthur Miller. Avec Shahab Hosseini et Taraneh Alidoosti dans les rôles principaux.

Pour ce Festival de Cannes 2016, 69e édition, qui se déroulera du 11 au 22 mai 2016 s’ajoutent dans la section:

UN CERTAIN REGARD

Film d’ouverture : ESHTEBAK (CLASH)  de Mohamed DIAB (Egypte)
HELL OR HIGH WATER  du britannique David Mackenzie (My Name Is Hallam Foe, Les poings contre les murs) Scénarisé par Taylor Sheridan (Sicario) et mettant en vedette Chris Pine, Ben Foster et Jeff Bridges.

SÉANCES SPÉCIALES

WRONG ELEMENTS 
de Jonathan Littell (l’écrivan des Bienveillantes) (Etats-Unis)
LA FORÊT DE QUINCONCES  de Grégoire Leprince-Ringuet (France)
CHOUF  de Karim Dridi (France / Tunisie)

SÉANCE DE MINUIT BLOOD FATHER de Jean-François Richet, le réalisateur français de Mesrine met en scène dans ce thriller Mel Gibson dans le rôle d’un ancien taulard.

A noter qu’Iggy Pop assistera à la projection de GIMME DANGER,  le film que Jim Jarmusch lui a consacré. De fait, il sera programmé en Séance de Minuit, le jeudi 19 mai.

Series Mania 2016 : « Work in Progress » Marseille

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Festival Séries Mania 7ème édition : rencontre avec le vice-président de Netflix et du showrunner de la série Marseille

En cette sixième journée de festival, Netflix France a décidé de nous rencontrer pour présenter leur dernière création made in chez-nous, Marseille. Vendu comme un House of Cards à la française, le show en 8 épisodes ressemble étrangement plus à Baron Noir. En exclusivité, nous avons pu assister au premier trailer de 5 minutes. Alors certains mouvements de caméra sont vertigineux, « emprunté du cinéma » comme se l’amuserait à répéter Florent-Emilio Siri (Nid de guêpe, Cloclo), le showrunner et réalisateur des 4 premiers épisodes, mais l’intrigue calibré TF1 (No Limit, The Player, Blindspot) ne suffit pas à se démarquer d’autres thrillers politiques de même ou meilleure facture. D’autant plus qu’aucun des personnages ne semble parler avec le moindre accent. « Ça viendra! » nous répond Florent-Emilio comme pour aiguiser une certaine attente spectatorielle quasi absente dans la salle. Joris Evers, le vice-président de Netflix nous avoue avoir collaboré avec TF1 pour que la chaîne publique diffuse les 2 premiers épisodes. Si cette absurdité à dessein commercial souligne l’ampleur grossière de ce qui s’apparente à une énorme arnaque qui a du mal à se vendre, et que le mot thriller politique revient souvent, y compris dans la bouche du producteur Pascal Breton (Le Bureau des légendes), il n’y a qu’à voir les premières images pour se rendre compte d’une volonté vaine de faire d’une grande ville portuaire (avec son lot d’excès, ne nous leurrons pas, la côté d’azur, ce n’est pas que sable fin et mer à perte de vue, mais pouvoir, magouilles, trafics…) un épicentre d’une tragédie pseudo contemporaine sur les mêmes principes de trahison, d’appât du gain et respect de soi… Un « work in progress » ne consiste-t-il pas à nous faire partager les conditions concrètes du tournage en cours, anecdotes amusantes et chiffres à la clé? L’événement Series Mania n’est rien d’autre qu’une banale opération de marketing dont personne ne ressortira dupe. Résumons brièvement le pitch. Le maire de Marseille joué par un Gérard Depardieu, plus empoté qu’imposant, devra se battre comme un jeune loup qu’il a formé aux prochaines élections municipales. Sexe, drogue, sang. On est pas sur W9? The American Dream dans une bouteille d’Evian ou comment faire d’une histoire de vengeance, un déchaînement américanisé des passions. L’écho Luc Besson…

Renan Cros, l’animateur de ce Work in Progress ne semble lui-même pas convaincu par les questions qu’il pose et les invités à l’égo surdimensionné cumulent démagogie et hypocrisie. « Marseille qu’elle est bien cette série ! », « Je n’ai fait qu’insérer le cinéma dans le petit écran ! », « Gens talentueux ! », « Amazing cast ! » La paraphrase se veut poussive, mais le fond y est. A la sortie de la salle, des marseillais déplorent « je reconnais pas la ville, c’est tout sauf Marseille ». Faut-il être plus explicite ?

Marseille : Fiche Technique

Créateur, scénariste : Dan Frank
Réalisateurs : Florent-Emilio Siri
Avec Gérard Depardieu, Benoît Magimel, Géraldine Pailhas, Nadia Farès, Stéphane Caillard, Hippolyte Girardot, Maruschka Detmers, Gérard Meylan, Antoine Coesens, Nozha Khouadra
Diffuseur(s) : Netflix / TF1
Année de production : 2016
Version : vostfr
Pays : France

Series Mania 2016 : « Jour Polaire/ Midnight Sun », la dernière création du duo auteur de Bron

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Festival Series Mania 7eme édition : Jour Polaire, un jour sans fin

Comme chaque soir depuis le début du festival, une « prestigieuse » série en compétition internationale. Après l’Angleterre, l’Australie, l’Argentine, c’est au tour d’une production franco-suédoise que Canal + aura l’honneur de diffusé à l’automne prochain. Jour Polaire/Midnight Sun est un thriller nordique déroutant, qui étend son long manteau blanc, cotonneux et glacial, par couches successives, qui berce sans jamais endormir. Les créateurs suédois, Måns Mårlind et Björn Stein à qui l’on doit le mythique Bron, ayant donné naissance à de multiples adaptations internationales (encore aujourd’hui), nous ont fait l’immense plaisir de présenter « leur bébé » en exclusivité, car aucune date n’est fixée et que le montage des derniers épisodes n’est pas encore terminé. L’actrice Leïla Bekhti, changeant de registre, porte à elle-seule cette série de 8 épisodes. Décryptage des deux premiers épisodes dans un pays où pendant 6 mois il ne fait jamais nuit.

L’idée originale ne vient pas de Canal +, malgré l’AOC « Création Originale », mais de Nice Drama et d’Atlantique Productions, deux maisons de productions influentes en Suède qui voulaient un thriller sombre dans cette partie du monde, proche du cercle polaire, où pendant la moitié de l’année, le soleil ne se couche jamais. La chaîne cryptée française, en coproduction avec la chaîne SVT, flaire l’opportunité et pense directement au duo créatif talentueux qui s’est approprié ce récit sur les origines. Après le Danemark et la Suède qui doivent enquêter main dans la main sur d’étranges et violents meurtres, la France, dans un désir de cosmopolitisme, se joint au royaume scandinave et à ses propres origines samies. Il faut savoir que les samis en Suède sont considérés de la même manière que les américains avec les amérindiens, un peuple archaïque sous-développé. S’il restait encore des gaulois ici, penseriez-vous que la situation aurait été différente ? Interdiction de penser aux personnages de Goscinny et Uderzo ! Quoi qu’il en soit, Leïla Bekhti, repérée depuis sa puissante performance dans Le Prophète, incarne cette figure franco-algérienne venant porter renfort aux équipes suédoises. Celles-ci sont menées par le timide et maladroit Anders Harnesk joué par Gustaf Hammarsten (Millénium: Les hommes qui n’aimaient pas les femmes en 2011). Pourquoi la France est-elle appelée sur les lieux, me direz-vous ? Car, le tout premier plan de la série, sensationnel, suit Denis Lavant, alias un certain Pierre Carnot qui a pris l’avion à l’aéroport CDG, attaché sur l’hélice d’un hélicoptère qui s’apprête à démarrer…

Insidieusement, les personnages, d’une force scénaristique étonnante, viennent habiter cette fiction où la nature, les carrières de minerai aux confins de la Laponie et les crépuscules éternels sont sublimés par la photographie au contraste saisissant. Si l’on pense à la saison 1 de True Detective par le mysticisme envoûtant et les personnages désabusés, The Killing n’est pas loin, mais Jour Polaire est en passe de devenir une référence à part entière. Alors certes, la possible histoire d’amour enlise l’intérêt et la dilution de cette enquête, qui mérite un léger coup de punch, mais le show reste à ce jour la plus grande surprise de la compétition officielle et ça, ce n’est pas rien. D’autant plus que les quelques plans parisiens sont filmés d’une rare beauté, à la tombée du jour en plein mois de juillet, vers Jaurès. La musique, proche de cette d’Olafur Arnalds (Broadchurch), joue un rôle important dans cette lente immersion chaotique. Les créateurs et le compositeur français, Nathaniel Méchaly (Taken, The Grandmaster, Le Transporteur la série) hésitaient entre de l’électronique et de l’orchestrale. Les allers-retour entre les deux extrêmes auraient permis ce résultat de symbiose entre nature somptueuse, indomptable et descente progressive aux enfers. 1 an et demi de préparation pour 5 mois de tournage intense, alors que l’actrice française ne parlait pas un mot d’anglais… L’entretien pour CineSeriesMag est assuré ! On a hâte.

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Jour Polaire/Midnight Sun : Fiche Technique

Créateurs, scénaristes et réalisateurs : Måns Mårlind, Björn Stein
Sur une idée originale de Nice Drama et Atlantique Productions
Avec Leïla Bekhti, Gustaf Hammarsten, Peter Stormare…
Vendeur international : StudioCanal
Diffuseur(s) : SVT et Canal +
Année de production : 2016
Version : vostfr
Pays : Suède-France

Le chasseur et la reine des glaces, un film de Cédric Nicolas-Troyan : critique

Préquel, séquel ou spin-off de Blanche Neige et le chasseur (réalisé en 2012 par Rupert Sanders) ? Cette histoire mélange assez bien ces trois notions à la fois. Nous pouvons qualifier ce long métrage  de spin-off parce que le héros n’est plus Blanche Neige, mais son chasseur Eric (toujours interprété par Chris Hemsworth). 

Synopsis : Freya, sœur cadette de la méchante reine Ravenna, assista impuissante au meurtre de son bébé, assassiné par son ancien amant. Le cœur brisé, sa colère réveilla ses pouvoirs de glace et elle décida de quitter les terres de sa sœur afin de construire son propre royaume dans le Nord. Elle enleva tous les enfants du pays afin de les libérer de leurs souffrances en les élevant pour devenir son armée de chasseurs…

Miroir, mon beau miroir, redis-moi qui est la plus belle…

La trame est bien équilibrée avec une excellente introduction, qui permet aux spectateurs de connaître les origines du chasseur, mais aussi le passé de la mauvaise reine Ravenna (interprétée par Charlize Theron). Ce prologue, qui constitue la première demi-heure du film, installe deux nouveaux personnages : Freya, la reine des glaces (et non la reine des neiges) et Sara, la guerrière (respectivement interprétées par Emily Blunt et Jessica Chastain). De plus, il pose les enjeux et explique comment Eric fut séparé de son grand amour Sara (évoqué dans le premier film). Par la suite, le préquel se termine pour laisser place au sequel, « 7 ans plus tard ». Ainsi, l’histoire reprend les événements qui ont eu lieu après la victoire de Blanche Neige contre sa belle-mère. Son miroir magique ayant disparu, le chasseur a pour mission de le retrouver, alors que Freya se donne aussi pour but de le récupérer, afin d’obtenir le pouvoir de dominer tous les enfants du monde, sans réaliser qu’elle pourrait ramener sa sœur à la vie.

Ce scénario permet de créer un background aux personnages du chasseur et de la reine démoniaque du premier volet. Mais finalement, sans forcément le vouloir, nous pourrions considérer Freya comme le protagoniste principal. En effet, en apportant des éléments de réponses sur le passé d’Eric et de Ravenna, le réalisateur français, Cédric Nicolas-Troyan, a créé une « origin story » sur Freya, expliquant comment elle deviendra la reine des glaces. On s’intéresse donc beaucoup plus à son personnage qui sert de lien par sa connexion avec sa sœur Ravenna, et sa relation avec « son enfant » Eric.
Bien qu’on nous présente Chris Hemsworth comme le héros qui recherche le miroir pour protéger le royaume, tout le cheminement nous ramène à Freya qui serait l’héroïne. Le spectateur commence cette histoire par le drame qu’elle a vécu, et qui explique pourquoi elle s’est exilée et se refuse d’éprouver le moindre sentiment. Les questions ici ne seront pas de savoir qui est la plus belle, mais plutôt qui est la plus forte entre les deux soeurs, notamment à travers une vraie lutte de pouvoir. Le film se donnera aussi l’enjeu de savoir si une rédemption est encore possible pour le personnage d’Emily Blunt qui est victime des événements, et qui montre une grande détresse.

Ce second chapitre des Chroniques de Blanche Neige est très certainement meilleur que le premier qui se voulait beaucoup plus sombre et qui reprenait la mythologie déjà suffisamment connue du conte d’origine. Cette suite propose une histoire inédite en mélangeant les univers, mais aussi une réelle aventure : rechercher le miroir magique avant la reine des glaces. Ce pèlerinage joue beaucoup plus sur l’humour à travers les quatre compagnons nains du chasseur qui permettent de poser une certaine légèreté et trouver le juste milieu face à la tragédie du personnage de Freya. Nous aurons d’ailleurs un certain plaisir à suivre le jeu de séduction avec Eric tentant de reconquérir Sara, ou encore cet échange attraction/répulsion très amusant entre les nains qui pourra amener plus facilement le jeune public à vouloir suivre cette histoire.

De plus, le casting est excellent avec de bons acteurs et des personnages assez bien construits, apportant une évolution plus profonde que Blanche Neige et le chasseur. Il y a une vraie implication pour que le spectateur puisse apprécier les héros, ressentir une certaine empathie pour Freya, ou encore avoir plaisir à détester Ravenna, l’antagoniste principal. On regrettera peut-être la présence des nains, trop peu développée pour qu’on s’y intéresse réellement, servant juste à apporter une note humoristique. Enfin, la construction des décors et des effets spéciaux magnifient encore plus les paysages et renforcent les spectateurs à s’immerger dans ce monde fantastique, comme l’avait fait Ruper Sanders pour son film.

Finalement, nous avons plus l’impression, après La reine des neiges de Disney, et Once Upon A Time d’ABC, d’avoir une nouvelle ré-adaptation plus fidèle du conte de Hans Christian Andersen. Nous pouvons l’imaginer comme le film live qui a réussi à moderniser le mythe de 1844, au même titre que Maléfique pour La belle au bois dormant. Comme dans le conte, le miroir magique de Ravenna peut rappeler le miroir brisé de la mauvaise reine des neiges qui utilisait ses pouvoirs et son influence à travers ces morceaux, et les deux chasseurs qui affrontent Freya feraient directement écho aux deux enfants qui ont affronté la sorcière.
En dehors des fans de Blanche Neige et le chasseur et du conte écrit par Andersen, cette suite pourra ainsi plaire aux nouvelles générations qui ont aimé le dessin animé de Disney, car un rapprochement évident peut se faire ici entre Elsa et Anna, deux sœurs qui s’entraident contrairement à Ravenna et Freya qui sont deux sœur en rivalité.

Par conséquent, ce tout nouveau conte de fée a réussi à réunir différentes mythologies avec subtilité et apporter une certaine modernité.

Le chasseur et la reine des glaces : Bande-annonce

Le chasseur et la reine des glaces : Fiche Technique

Titre original : The Huntsman : Winter’s War
Réalisation : Cédric Nicolas-Troyan
Scénario : Craig Mazin, Evan Spiliotopoulos
Acteurs principaux : Chris Hemsworth (Eric), Charlize Theron (Ravenna), Emily Blunt (Freya), Jessica Chastain (Sara), Nick Frost (Nion), Rob Brydon (Gryff), Alexandra Roach (Doreena), Sheridan Smith (Mme Bromwyn)
Décors : Dominic Watkins
Costumes : Colleen Atwood
Musique : James Newton Howard
Producteur(s): Joe Roth
Sociétés de production : Roth Films, Prime Focus World, Universal Pictures
Sociétés de distribution : Universal Pictures (Etats-Unis), Universal Pictures International France (France)
Budget : 200 000 000 $
Date de sortie : 20 avril 2016 (France)
Durée : 114 minutes
Genre : Dark fantasy

Etats-Unis – 2016

Adopte un Veuf, un film de François Desagnat : Critique

Il semble que le cru 2016 de la sélection de l’Alpe D’Huez, ce festival incubateur de comédies populaires franchouillardes, ait été sous le signe du bon-sentimentalisme. Après La Vache (Grand prix du jury et Prix du Public) et Pataya qui tous deux prônaient avec plus ou moins de délicatesse le multiculturalisme, et les comédies romantiques douceâtres Encore Heureux, Joséphine s’arrondit et Tout pour être heureux, voici que sort le dernier film de la compétition. Vainqueur du Prix spécial du Jury, Adopte un Veuf est lui-aussi une ode à la solidarité, cette fois-ci intergénérationnelle.

Synopsis: Vivant seul depuis le décès de sa femme, Hubert vit mal sa retraite et est au bord de la dépression nerveuse. Suite à un quiproquo, débarque chez lui la jeune Manuela, convaincue de trouver chez lui un logement de substitution. Après moult hésitations, Hubert finit par céder et l’accepter comme colocataire. Le duo ainsi formé va même décidé de s’agrandir en accueillant deux autres locataires au sein de l’appartement, Paul-Gérard et Marion, qui eux-aussi vont peu à peu se décoincer en apprenant à vivre ensemble.

Comédie Populaire cherche Sens de l’Humour pour Colocation

La proposition est celle d’un pitch qui n’est finalement qu’un croisement batard entre celui de L’Etudiante et Monsieur Henri, sorti en octobre dernier et où un vieil homme accueillait déjà chez lui une jeune étudiante, et Five, pour ne citer que la plus récente des innombrables comédies tournant autour de la question de la colocation. Sur le papier, le film ne promettait rien de bien original en somme. Et y voir rattacher le nom de François Desagnat, un ancien acolyte de Mickael Youn, coréalisateur des lamentables La Beuze et Les 11 Commandements, et dont l’unique film qu’il ait réalisé seul, Le Jeu de la vérité, a fait un flop assez risible, assurait au résultat une lourdeur des plus déplorables. Seuls les noms d’André Dussolier, Bérengère Krief et Arnaud Ducret avait de quoi rendre le projet un minimum attirant.

Filmée en grande partie en huis-clos et en caméra portée, la mise en scène pantouflarde de Desagnat participe pour beaucoup au problème de dynamique don va souffrir le film. Car la qualité formelle s’accorde finalement très bien à la façon dont semble avoir été pensé le scénario, c’est-à-dire comme  épisode étiré de Nos Chers Voisins. A l’origine du projet, Jérôme Corcos et Antoine Pezet ont eu ensemble l’envie de produire cette comédie qui tente de combiner deux des approches du genre les plus populaires en France : le feel-good-movie et le théâtre de boulevard, deux modes d’écriture certes lucratives mais dont on sait les limites en termes de dramaturgie. Il aura fallu pas moins de quatre scénaristes pour mettre en place l’histoire de ce rapprochement entre plusieurs personnages que tout opposait au début. Comme souvent, en cas de scénario écrit à plusieurs, celui-ci souffre du manque flagrant de développement de chacune des pistes dans lesquels il s’engage: Tandis que le mal-logement se révèle être moins une problématique qu’un prétexte, le divorce de PG et la vie amoureuse de Manuela font partie des nombreuses sous-intrigues qui ne seront pas menées à terme.

C’est ainsi que, en plus de se bâtir sur un pitch d’une naïveté confondante, l’intrigue ne réussit jamais à proposer de situations un tant soit peu surprenante ni d’idées pertinentes dans la caractérisation des personnages et le traitement de leurs relations. La maladresse avec laquelle sont exploités tant de grosses ficelles scénaristiques rend chaque scène prévisible une heure à l’avance. A la lourdeur de ce sentiment de déjà-vu et à cette bien-pensance assommante s’ajoute un manque de finesse évident dans l’écriture des dialogues –sur lesquels se doivent pourtant de reposer toute bonne comédie de boulevard– et donc ce manque de rythme qui fait tomber à plat les quelques gags potentiellement amusants. Résultat, aucune situation ni réplique ne parvient à sortir du lot de ces échanges fades, servis de plus par un casting peu convaincant.

Que l’ancien acteur fétiche d’Alain Resnais, autrefois découvert par Truffaut, Chabrol et Rohmer, en vienne à accepter ce rôle ultra-caricatural du « vieux bonhomme ronchon qui va reprendre gout à la vie » en dit long sur le déclin qu’a pris le cinéma populaire français. André Dussolier a toutefois contribué ces dernières années à de bien meilleurs films (notons, entre autres, Diplomatie et Trois souvenirs de ma jeunesse), et on le sent ici conscient du manque d’intérêt du tournage auquel il participe en n’offrant que le service minimum, alors qu’on lui connait un talent comique certain. A l’inverse, la jeune Bérangère Krief se révèle être la véritable bonne surprise de ce vaudeville en lui apportant la fraicheur et l’énergie dont manquait justement cruellement son scénario ankylosé par son académisme désuet. Entre ces deux personnages principaux, l’installation de la relation père/fille est sans conteste l’argument le plus émouvant que le film ait à proposer, mais encore une fois celui-ci n’est pas suffisamment exploité pour être réellement attachant. Les deux autres membres du quatuor, Arnaud Ducret et Julie Piaton, sont dans la redite de leurs rôles précédents, le premier dans un surjeu jamais crédible (comme souvent chez les humoristes de stand-up reconvertis dans le cinéma), la seconde trop en retrait pour faire vivre son personnage. Et l’inévitable relation amoureuse qui va naitre entre eux est d’une superficialité hermétique à la moindre émotion. Et vient s’y ajouter le personnage, parfaitement inutile à la narration en dehors d’y ajouter quelques blagues graveleuses et donc dispensables, de Nicolas Marié, dont le surjeu est tout simplement insupportable à encaisser.

Boursoufflé par ses clichés omniprésents et bâti sur une écriture aussi fourre-tout que paresseuse, Adopte un veuf est le fruit d’une volonté évidente de bienséance autour du sempiternel thème de l’indispensable solidarité entre ses personnages. Une candeur qui peut se montrer rafraichissante mais qui ne parvient en aucun cas à aboutir à une comédie marquante.

Adopte un veuf : Bande-annonce

Adopte un veuf : Fiche Technique

Réalisation : François Desagnat
Scénario : Jérôme Corcos, François Desagnat, Catherine Diamant, Romain Protat, Richard Pezet
Interprétation : André Dussollier (Hubert), Bérengère Krief (Manuela), Arnaud Ducret (Paul-Gérard Langlois), Julia Piaton (Marion), Nicolas Marié (Samuel)…
Photographie : Vincent Gallot
Montage : Béatrice Herminie
Récompense: Prix Spécial du Jury à l’Alpe d’Huez
Production : Jérôme Corcos, Richard Pezet
Société de production : Someci, Nac Films
Distribution : SND
Genre : Comédie
Durée :  97 minutes
Date de sortie : 27 avril 2016
France – 2015

 

Critiques Séries : Vinyl, Saison 1

Après un premier épisode exceptionnel, tant du point de vue de la longueur (quasiment deux fois plus long qu’un épisode), que de la structure (le rise and fall si cher à Scorsese, surprenant pour un pilote), Vinyl s’est achevée cette semaine avec un dixième épisode, celui-ci très classique. Entre les deux, huit épisodes pour nous raconter les déboires d’un producteur de musique autant en proie à ses démons qu’à ses concurrents.en

Synopsis : New York, 1973. Richie Finestra, producteur de musique, décide au dernier moment de ne pas vendre sa compagnie American Century Records, pourtant sur le point de couler. Persuadé qu’il peut encore révolutionner le monde de la musique, il va tenter de dénicher de nouveaux talents pour faire renaître son label de ses cendres.

La musique que j’aime

En découvrant Vinyl, la première chose qui saute aux yeux (et aux oreilles) c’est la reconstitution des années 70, qui fait des merveilles. À l’image, cela se traduit par des chemises chatoyantes, des décors somptueux et des objets délicieusement rétros. Le Terence Winter de Boardwalk Empire n’est pas loin. Dans la bande-son, ce sont les plus grands classiques de l’année 1973 qui s’enchaînent quasiment sans interruption que ce soit sur scène, à travers un transistor ou en musique extra-diégétique. L’influence du parrain David Chase, fin collectionneur de musique américaine sur Les Soprano, se fait sentir. Toute cette reconstitution, et particulièrement le choix des morceaux entendus, rend la série très agréable à visionner, mais est aussi l’un des éléments centraux de ce qu’elle raconte.

La multitude de musiques rencontrées par Finestra au cours de ses affaires, vise à représenter l’ensemble du spectre musical présent à cette époque : blues, hard-rock, reggae, pop, rock’n’roll, tout y passe. La série insiste particulièrement, et l’on sent bien que cela va constituer le cœur des saisons suivantes, sur les tendances émergentes que sont le début du punk et du hip-hop. C’est une vraie leçon de musique qui est dispensée ici par Scorsese, Jagger, Winter et Cohen. L’éventail atteint cependant ses limites lorsqu’au cours d’une seule saison, on croise les visages de David Bowie, Elvis Presley, Bob Marley, Lou Reed, Alice Cooper, John Lennon, Robert Plant (de Led Zeppelin)… À défaut de namedropping, la série invente le facedropping et malgré la précision des reconstitutions, difficile de s’empêcher de penser que ça fait beaucoup. Mais assez parlé de ce qui les entoure, intéressons-nous aux personnages.

Le blues du businessman.

Richie Finestra est un homme d’affaires. L’épisode pilote le place dans une situation délicate, et il décide de tout miser quitte à tout perdre. C’est assez intéressant comme positionnement pour un personnage principal, car il n’est ni au sommet (comme peut l’être Nucky Thompson au début de Boardwalk Empire par exemple) ni totalement un nouveau concurrent parti de rien. Il est juste entre les deux. De ce fait, il cumule les enjeux de l’outsider qui doit tout inventer pour se faire sa place dans le milieu ; et ceux du boss qui doit résister à la folie des grandeurs et aux attraits de la drogue et de l’argent facile.

Dans le premier cas, c’est très intéressant, car on est là au cœur de ce qui fait un producteur de musique : il doit à la fois tenter de garder un maximum d’intégrité et mettre en avant des groupes de qualité, songer à faire rentrer de l’argent et sortir des tubes, ainsi qu’ anticiper sur les tendances futures, pour être le premier à signer avec les artistes à succès de demain. C’est là que se jouent les enjeux vraiment passionnants de la série, notamment avec le groupe Nasty Bits, dont le leader est incarné par James Jagger (fils de Mick) parfait punk torturé venu d’Angleterre, et dont la manager en herbe est incarnée par Juno Temple.
Dans le deuxième cas, c’est tout de suite moins excitant. Même si les excès de Finestra s’incarnent parfaitement dans le physique et le jeu bigger than life de Bobby Cannavale, difficile de ne pas voir dans ses magouilles une énième déclinaison d’intrigues mafieuses. Prêt d’argent, chantage, drogue, enquête policière, meurtre… la série ne semble parfois être qu’une version vintage et musicale d’un film de mafia. Et c’est dommage, car les enjeux musicaux sont souvent relégués aux personnages secondaires, alors qu’on aimerait précisément les voir plus souvent.

Cœur de rocker.

Malgré cela, il faut bien avouer que la sympathie dégagée par la série la rend rapidement addictive, et ses paresses scénaristiques sont vite oubliées au rythme de l’air d’ « un bon vieux rock bien rétro ». La série préfère mettre en avant la sensation plutôt que la narration. Cela peut être perçu un peu rapidement comme un défaut de fond, pourtant c’est certainement une de ses qualités. Nous l’évoquions plus haut, la reconstitution de l’époque est un point primordial. Et elle s’y emploie aussi dans l’esprit et la dynamique qu’elle met en place. De toute manière condamnée à faire cohabiter l’historique et le fictif, la série abandonne régulièrement le réalisme pour des séquences plus oniriques. Le but ici est moins de raconter l’époque que de la faire (re)vivre par procuration aux spectateurs.

Cela semble confirmé par le discours de Richie à la fin du dernier épisode : la génération de cette époque avait une voix à faire entendre, et la musique (et ici la série) sont là pour s’en faire le relais. L’énergie de l’esprit « sexe, drogues et rock’n’roll » traverse la série de part en part, et vous aurez la sensation d’en faire partie, pour peu que vous y soyez sensible. En y repensant, c’est aussi tout l’objet de l’épisode pilote. La dernière scène de celui-ci, c’est ce que la série cherche à recréer à tout prix : un moment unique, une sorte d’épiphanie, de révélation, cette sensation que la musique peut parfois provoquer, celle d’entendre la bonne chanson au moment exact où l’on voudrait l’entendre, la bande originale qui donnera un sens à votre vie.

Vinyl est une série qui mise sur les sensations et le rythme, plus que sur la narration. Comme son personnage principal, elle déborde d’énergie et d’ambitions. Comme lui également, elle est un peu traumatisée par l’épisode pilote, et peine parfois à se montrer à son niveau. Si plusieurs arcs narratifs promettent une deuxième saison (déjà confirmée) excitante, le renvoi par HBO du showrunner Terence Winter n’annonce malheureusement rien de bon.

Vinyl Saison 1 : Bande annonce

Vinyl Saison 1 : Fiche technique

Création/Scénario : Rich Cohen, Mick Jagger, Martin Scorsese, Terence Winter
Réalisation : Allen Coulter, Jon S. Baird, S.J. Clarkson, Carl Franklin, Nicole Kassell, Mark Romanek, Martin Scorsese, Peter Sollett
Producteurs Exécutifs : Mick Jagger, John P. Melfi, Martin Scorsese, Emma Tillinger Koskoff, terence Winter, Allen Coulter…
Interprétation : Bobby Cannavale, Paul Ben-Victor, P.J.Byrne, Max Casella, Ato Essandoh, James Jagger, J.C. MacKenzie, Jack Quaid, Ray Romano, Birgitte Hjort Sørensen, Juno Temple, Olivia Wilde…
Décors : Ellen Christansen, Regina Graves, Devon O’Leary
Costumes : John Dunn, Mark Bridges
Photographie : Reed Morano, David Franco, Rodrigo Prieto
Montage: Kate Sanford, Tim Streeto, David Tedeschi, Perri B. Frank, Eric Lorenz
Musique (supervision) : Meghan Currier, Randall Poster
Casting : Meredith Tucker, Ellen Lewis
Genre : Musique, Drame
Format : 10 épisodes de 60 minutes
Diffusion: HBO (USA), OSC (France)

Auteur : Amaurych

To Walk Invisible : un film sur les soeurs Brontë

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Sally Wainwright aux commandes d’un drame sur les célèbres soeurs Brontë

En 1979, André Téchiné sortait son mélancolique et magnifique film Les Soeurs Brontë incarnées par les toutes jeunes à l’époque Isabelle Adjani, Marie-France Pisier et Isabelle Huppert. Bien plus tôt, en 1946, paraissait La Vie passionnée des sœurs Brontë (Devotion), une version romancée de Curtis Bernhardt. Aujourd’hui, la réalisatrice et scénariste Sally Wainwright s’apprête à donner le jour à une nouvelle adaptation américaine pour BBC. Le film, titré To Walk Invisible : The Brontë Sisters, explorera la relation entre les frères et sœurs Brontë et ce père de famille autodidacte, qui a grandi dans la pauvreté et a encouragé ses enfants à se passionner pour les lettres. Et ce, quel que soit leur sexe !
Le drame de Sally Wainwright abordera aussi la relation de plus en plus difficile avec Branwell, le frère qui, suite à une histoire d’amour tragique, a fini par sombrer dans l’alcool et la drogue.

La créatrice de Happy Valley vient d’ailleurs de dévoiler le casting de son drame To Walk Invisible : The Brontë Sisters. Chloe Pirrie (War & Peace, Black Mirror) sera Emily Brontë et Finn Atkins (Common, Eden Lake) jouera sa sœur Charlotte. Charlie Murphy (Happy Valley, The Last Kingdom, Northmen : les derniers Vikings ) incarnera la plus jeune des trois soeurs, Anne. Quant au patriarche de la famille, il sera interprété par Jonathan Pryce ( Game of Thrones ). Enfin, le frère Branwell, dont le comportement destructeur menacera de déchirer la famille, sera joué par Adam Nagaitis (Les suffragettes, Happy Valley).

Sally Wainwright a écrit le scénario du film sur l’illustre famille d’écrivains. To Walk Invisible sera tourné dans les environs du Yorkshire, là où ces soeurs qui ont marquée la littérature anglaise ont vécu. Selon la BBC : « Les soeurs Brontë ont toujours représenté une énigme mais le drame brillamment authentique de Sally Wainwright va ramener à la vie ces femmes derrière les plus grands chef-d’oeuvre de la littérature. C’est une fable extraordinaire qui témoigne de la tragédie de cette famille, de leur passion et de leur détermination à faire reconnaître leur génie dans le monde masculin du 19ème siècle. »

Les Soeurs Brontë d’André Téchiné : bande-annonce