Neuf ans après « La mort dans la peau », Matt Damon retrouve son rôle d’agent secret amnésique.
Après un Jason Bourne : l’Héritagedes plus décevants, Paul Greengrass et Matt Damon, le réalisateur et l’interprète de la première trilogie de cette saga d’action, rempilent pour un cinquième épisode, sobrement intitulé : Jason Bourne. Si l’annonce d’une nouvelle paraissait redondante, la présence des deux figures de la première trilogie, véritable référence en terme de cinéma d’action et d’espionnage dans les années 2000, nous a instantanément rassuré. Ainsi, Jason Bourne fait suite à la Vengeance dans la peau, sorti en 2007 et voit le retour de Julia Stiles dans la franchise, toujours pour le rôle de Nicky Parsons.
“Jason Bourne n’est pas un super héros ; il ne porte ni cape, ni masque. Ce n’est pas son style. C’est juste un homme normal. Je pense que quand les spectateurs regardent ses aventures, ils s’identifient, en se demandant comment ils réagiraient à sa place, dans de telles circonstances. Et le voir se débattre et finalement trouver un plan pour s’en sortir en devient d’autant plus captivant.’’ Paul Greengrass
Le trailer dévoile ainsi très peu d’éléments scénaristiques, on comprend ainsi que la traque des services secrets américains pour retrouver Jason Bourne se poursuit dans des lieux comme Las Vegas, Londres ou les Îles Canaries. On peut ainsi entrevoir des scènes d’actions efficaces et quelques affrontements qui donnent l’eau à la bouche. Les arrivées de Tommy Lee Jones, Alicia Vikander et Vincent Cassel sont aussi appréciables dans le sens où l’on perçoit un renouvellement enthousiasmant au sein de la franchise. On espère que Greengrass et Damon auront réussi à redonner un petit coup de fouet à cette franchise qui a tout pour triompher.
Bande-annonce du cinquième volet de la franchise Jason Bourne
« Je sais qui je suis » Jason Bourne
« Se souvenir de tout n’implique pas que tu sais tout » Julia Stiles
Matt Damon revient dans son rôle le plus emblématique, Jason Bourne. Paul Greengrass, le réalisateur de La Mort dans la peau et La Vengeance dans la peau, se joint une nouvelle fois à Matt Damon pour ce nouveau chapitre de la franchise Jason Bourne, dans lequel l’ancien agent le plus mortel de la CIA se voit forcer de sortir de l’ombre.
Alicia Vikander, Vincent Cassel et Tommy Lee Jones rejoignent Matt Damon pour ce nouvel épisode, tandis que Julia Stiles reprend son rôle. Frank Marshall produit à nouveau aux côtés de Jeffrey Weiner pour Captivate Entertainment et de Paul Greengrass, Matt Damon, Gregory Goodman et Ben Smith. Basé sur les personnages créés par Robert Ludlum, le film est écrit par Paul Greengrass et Christopher Rouse.
Le film sortira dans les salles de cinéma le 10 août
Le Livre De La Jungle – La B.O./Trame sonore/Soundtrack
Drôle De Mélange…
La structure de cette bande-originale est une erreur, qui n’est pas du tout à l’avantage de John Debney. L’idée d’y mélanger des morceaux originaux à ceux du film de 1967, creuse un écart abyssal aussi bien entre deux époques, qu’entre deux talents. Quand bien même les grands classiques sont réarrangés et réinterprétés (par Scarlett Johansson ou Christopher Walken, ce qui d’ailleurs en baisse la qualité) pour faire plus contemporain, le contraste avec les compositions de Debney est important. John Debney, s’il a participé à des films d’une certaine importance comme Spy Kids, Sin City ou encore Iron Man 2, n’est pas encore un compositeur de renom. Il fait son job honorablement, mais son travail n’existe pas encore pour lui-même.
C’est un vrai problème, puisque sur cette bande originale ses œuvres, qui tiennent plus lieu de bande sonore, côtoient les chefs-d’œuvre des légendaires frères Sherman, grands auteurs et compositeurs ayant œuvré des années pour les studios Disney. Ils sont à l’origine entre autres, des chansons de Merlin l’Enchanteur, Mary Poppins, Les Aristochats et donc Le Livre De La Jungle. Ils n’ont arrêté de travailler pour Disney qu’en 2000, avec Les Aventures De Tigrou. Au fond, ce n’est peut-être pas John Debney dont le travail est médiocre, mais celui des frères Sherman qui sort bien trop du lot, qui le surclasse de plusieurs niveaux. Sans vouloir non plus dénigrer l’immense acteur qu’est Christopher Walken, et même si son interprétation d’I Wanna Be Like You est pleine d’efforts louables, comment penser qu’il puisse se hisser au niveau du mythe Louis Prima, formidable interprète original ?
La solution aurait certainement été de tout reprendre à zéro, de ne pas tenter de satisfaire anciens et nouveaux fans à travers la musique. Il aurait fallu confier à un compositeur habitué de l’exercice, la création de morceaux et chansons, soit qui révolutionnent le genre, soit en respectent les codes. Mais cette espèce de chose hybride, qui laisse penser qu’on est, parfois dans le film 1967 sans tout à fait y être, parfois on ne sait pas trop où, laisse un arrière-goût étrange et pas vraiment agréable. Le Livre De La Jungle est un remake, la bande-originale l’est aussi…et c’est une énorme erreur.
Sortie: 15 avril 2016
Distributeur: Walt Disney Records
Tracklist:
1. Bare Necessities (Performed By Dr. John And The Nite Trippers) 3:36
2. Trust In Me (Performed By Scarlett Johansson) 2:55
3. Main Titles (Jungle Run) 2:27
4. Wolves / Law Of The Jungle 2:16
5. Water Truce 3:40
6. Rains Return 1:46
7. Mowgli’s Leaving / Elephant Theme 3:28
8. Shere Khan Attacks / Stampede 2:06
9. Kaa / Baloo To The Rescue 5:21
10. Honeycomb Climb 3:31
11. Man Village 2:59
12. Mowgli And The Pit 3:26
13. Monkeys Kidnap Mowgli 1:52
14. Arriving At King Louie’s Temple 4:35
15. Cold Lair Chase 4:03
16. Red Flower 3:15
17. To The River 3:05
18. Shere Khan’s War Theme 2:37
19. Shere Khan And The Fire 4:52
20. Elephant Waterfall 3:27
21. Mowgli Wins The Race 0:41
22. Jungle Book Closes 2:16
23. I Wanna Be Like You (Performed By Christopher Walken) 3:02
24. Bare Necessities (Performed By Bil Murray & Kermit Ruffins)
« The Handmaiden » du Sud-Coréen Park Chan-wook, adapté du roman « Du bout des doigts » en version originale « Fingersmith » de Sarah Waters, en lice pour la Palme d’Or.
The Handmaiden: Bande-Annonce du nouveau thriller lesbien du cinéaste Sud-Corée.
Park Chan-wook avait eu en 2004 le Grand Prix du festival pour Old Boy inspiré du manga de Nobuaki Minegishi et Garon Tsuchiya et le Prix du Jury en 2009 pour le film d’horreur Thirst, ceci est mon sang. En 2013 le réalisateur livre sa première production en langue anglaise avec le long métrage Stoker mettant en vedette Mia Wasikowska et Nicole Kidman.
Le synopsis
Corée. Années 30, pendant la colonisation japonaise. Une jeune femme (Sookee) est engagée comme servante d’une riche japonaise (Hideko), vivant recluse dans un immense manoir sous la coupe d’un oncle tyrannique. Mais Sookee a un secret. Avec l’aide d’un escroc se faisant passer pour un comte japonais, ils ont d’autres plans pour Hideko…
Au scénario de ce drame social Jeong Seo-kyeong et Park Chan-wook et à l’affiche, on retrouve Kim Min-Hee, récemment vue dans le dernier Hong Sang-Soo, Un jour avec, un jour sans, Kim Tae-ri, Ha Jeong-woo, Jo Jin-woong…
The Handmaiden: Fiche Technique
Titre original : 아가씨
Titre international : The Handmaiden
Réalisation : Park Chan-wook
Décors : Ryu Seong-hee
Photographie : Chung Chung-hoon
Production : Lee Yong-seung et Park Chan-wook
Sociétés de production : Moho Film ; Yong Film (coproduction)
Sociétés de distribution : CJ Entertainment (Corée du Sud) ; The Jokers (France)
Pays d’origine : Corée du Sud Corée
Langue originale : coréen
Genre : drame romantique
Dates de sortie : France : mai 2016 (Festival de Cannes) et en Corée du Sud : juin 2016
Jodie Foster de retour sur la Croisette avec un long métrage en tant que réalisatrice avec un casting haut de gamme George Clooney et Julia Roberts.
Douze ans après Ocean’s Twelve, le duo de stars se retrouvent dans film réalisé par Jodie Foster, la cinéaste a été à l’affiche de trois films présentés en compétition à Cannes : Alice n’est plus ici et Taxi Driver, de Martin Scorsese, et Bugsy Malone, d’Alan Parker.
Money Monster – Bande-annonce 2 – VF
Après Le complexe du castor, présenté hors compétition en 2011 Jodie Foster est de retour comme réalisatrice avec Money Monster
Le synopsis
Lee Gates est une personnalité influente de la télévision et un gourou de la finance à Wall Street. Les choses se gâtent lorsque Kyle, un spectateur ayant perdu tout son argent en suivant les conseils de Gates, décide de le prendre en otage pendant son émission, devant des millions de téléspectateurs…
Festival Séries Mania 7ème édition : 8 webséries en lice pour un prix qui n’a que 3 ans d’existence
En cette 5ème journée de festival qui bat son plein avec des salles toujours combles (le chiffre des 22 000 sera facilement dépassé), l’attention se porte sur les webséries. Cela ne fait que trois ans que Séries Mania leur permet une récompense et donc une légitimité au même titre que les autres séries. Sur la centaine visionnée, les programmateurs ont dû en sélectionner 16 venues du monde entier. Voici notre avis sur les 8 présentées. La deuxième séance aura lieu samedi 23 avril à 18h30 au FDI pour les intéressés.
The Impossibilities ★★★☆☆
Etats-Unis – 2015 (8×10′)
Achetée par Hulu, cette websérie aux allures aleniennes dépeint deux personnages new-yorkais un peu à l’ouest : un magicien pour enfant et une prof de yoga lesbienne. Si ce premier épisode pose maladroitement les bases, il est peu difficile de s’attacher à ces caractères taillés pour nous ressembler. Une dramédie urbaine qui a toute sa place dans le paysage web si ce n’est audiovisuel ! Moins cinglant qu’Unbreakable Kimmy Schmidt (en saison 2 sur Netflix), plus rafraîchissante que Master of None, légèrement en-dessous de Casual jugée plus subtile, The Impossibilities raconte l’alchimie entre une BCBG friquée et un looser au grand coeur.
Lily Fever ★★☆☆☆
Corée – 2015 (9×4’30 + Prologue)
Inspirée des mangas japonais et du gaming pocket, cette websérie coréenne aux peu de moyens raconte l’attirance soudaine et inattendue pour deux jeunes femmes. Il faut apprécier la culture pop asiatique sur-édulcorée…
Beard Club ★☆☆☆☆
France – 2016 (6×15′)
Vendue comme un thriller surréaliste dans lequel deux flics désabusés enquêtent sur un tueur en série qui affuble ses victimes d’une barbe postiche, la websérie française pâtit d’un manque cruel de fond au profit d’un exercice de style visuel incompréhensible.
Exode ★★☆☆☆
Canada – 2016 (4×7’30)
https://www.youtube.com/watch?v=LHrTZvrriOk
Seule websérie de science-fiction, en huis-clos, canadienne et produite par TV5, Exode se concentre sur un survivant en orbite dans une cabine qui tente de reprendre contact avec ses proches avec l’aide d’une intelligence artificielle, LEO. Si visuellement, elle a tout d’une grande, elle tourne rapidement en rond et manque relativement de rythme.
Transatlantics ★☆☆☆☆
Allemagne – 2015 (6×15′)
Un portrait d’une génération surconnectée dans un Berlin cosmopolite et moderne. Les caractères énervent par une préciosité de la mise en scène qui rend indigeste l’ensemble bien trop long pour le vide que cela raconte. Arte Creative encourage l’initiative, nous ne sommes pas fan de cet ovni qui ne semble s’adresser qu’à un public ciblé.
American Dream ☆☆☆☆☆
France – 2015 (6×7′)
Réalisé par un scénariste des Lascars, Barthélémy Grossmann, l’univers ne trouve pas son point d’équilibre entre vouloir taper du poing comme Tarantino et tourner à la dérision comme Dupieu. L’absurde aux teintes machistes gratuites n’est jamais porteur.
Charon ★★★★☆
France – 2016 (10×3′)
https://vimeo.com/159227733
Prometteur, le pitch est alléchant, le résultat un peu scolaire et trop appuyé sur l’humour d’Alexandre Astier (Kaamelot). On ne peut cependant qu’encourager ce projet lancé par un étudiant de la Sorbonne Nouvelle.
Burkland ★★★☆☆
Belgique – 2016 (11×6′)
https://www.youtube.com/watch?v=RgAvknVncfU
Bénéficiant d’un meilleur budget, notamment par la RTBF (Radio-Télévision Belge de la communauté Française au chiffre d’affaire de plus de 316 millions, possédant six chaînes de radio (sans compter les webradios) et quatre chaînes de télévision), Burkland revisite le genre zombie et le pocketfilm pour un résultat déséquilibré. Entre effets spéciaux démonstratifs, relativement ratés (le risible est autant plaisant que ridicule) et structure scénaristique maîtrisée, la websérie nous présente dans cet épisode introductif, un couple qui n’est jamais revenu de Burkland, mais dont la mystérieuse disparition a été immortalisée par un smartphone. On était à ça du presque jouissif.
Voilà que sort enfin en France – cinq mois plus tard – le grand vainqueur de la dernière cérémonie des Goyas 2016 ! Retrouvant deux des acteurs de son précédent film, Les Hommes ! De quoi parlent-ils ? (2014), le catalan Cesc Gay, qui n’a jusque-là pas connu de succès au-delà de l’Espagne, a réussi à former ce qui est sans nul doute le duo le plus talentueux du cinéma hispanophone contemporain: l’argentin Ricardo Darín et l’espagnol Javier Cámara.
Synopsis : Par un petit matin d’hiver, Tomás, un professeur de mathématiques, quitte sa famille à Montréal pour s’envoler à Madrid où il retrouve Julián, un acteur solitaire et bougon. Les deux amis sont émus de se revoir après de nombreuses années de séparation. Mais la visite surprise de Tomás n’a rien d’anodin : Il a appris que son vieil ami est atteint d’un cancer incurable et refuse le traitement proposé par son médecin.
La vie, la mort, l’amitié… et un chien
C’est sur les épaules de ces deux acteurs que va se reposer toute la qualité du film, la relation entre leurs personnages que tout semble opposer étant le cœur du long-métrage. Grâce à une finesse qui évite de bout en bout de sombrer dans le pathos, cette ode à l’amitié réussit à se montrer aussi émouvante qu’intelligente.
Davantage encore que les liens qui unissent Julián et Tomás, les sujets qui font de Truman un film poignant sont ceux de l’acceptation de la mort de ses proches et de la transmission que l’on laisse derrière soi. Et pourtant, le pari était loin d’être gagné d’avance : le sujet de la visite à un vieil ami mourant fleurait bon le tire-larmes lourdaud. En jouant énormément sur les non-dits entre les personnages, le scénario parvient à laisser planer une délicatesse aux antipodes de la théâtralité bavarde ou du cynisme que l’on a trop souvent l’habitude de voir dans de tels drames intimistes. Incarnant l’héritage que Tomás doit laisser derrière lui, le fameux Truman qu’annonce le titre n’est autre que son chien. Un Bullmastiff dont le devenir réussit à devenir un enjeu émotionnel plus fort que la mort annoncée de son propriétaire. En effet, même si le futur foyer d’accueil du chien est assez prévisible, la place symbolique qu’il prend dans le drame à venir apporte un poids affectif à la question de la responsabilité du libre-arbitre face à l’inévitable.
Contrairement à ce que l’on pouvait en craindre, les quatre jours que vont passer ensemble les deux amis d’enfance, ne sont en rien une épreuve tragique marquée par des adieux larmoyants, mais bel et bien une tranche de vie filmée avec sincérité et sobriété. Partager ce moment, en passant du rire aux larmes aux cotés de deux acteurs qui l’interprètent avec une justesse remarquable, est donc agréablement touchant. 1h45 d’émotions attendrissantes et jamais superficielles, voilà un programme qui est immanquablement rafraîchissant mais toutefois pas mémorable en tant que tel. Le discours sur le droit à chacun de mourir dans la dignité vient fort heureusement apporter un support moral qui fait de Truman un long-métrage humaniste plein de finesse et de pudeur. Adoptant d’abord le point de vue de Tomás sur son ami, afin de nous faire partager la peine de le voir accepter son sort en refusant un traitement qui lui ferait gagner du temps avant de mourir puis, se concentrant de plus en plus sur la façon dont Julián va accepter ses responsabilités en faisant ses adieux à ses proches (les retrouvailles avec son fils est un passage véritablement bouleversant), le scénario réussit à constamment capter les émotions les plus touchantes de chacune des situations.
Ecrit et réalisé avec un souci d’authenticité et de tendresse sans artifice, Truman est un film très touchant porté par un excellent binôme d’acteurs. La peur de la mort y est abordée d’une façon telle que la mélancolie et la joie de vivre semblent faire bon ménage. Le discours sous-jacent pointant du doigt l’inutilité de l’acharnement thérapeutique parvient à se faire à travers une histoire d’amitié à laquelle il est difficile de se montrer insensible.
Truman : Bande-annonce
Truman : Fiche technique
Réalisateur : Cesc Gay
Scénariste : Cesc Gay, Tomas Aragay
Casting : Ricardo Darin (Julián), Javier Camara (Tomás), Dolores Fonzi (Paula), Eduard Fernandez (Luis), Oriol Pla (Nico), Alex Brendemuhl (le vétérinaire), Pedro Casablanc (le médecin), Elvira Minguez (Gloria)….
Musique : Nico Cota
Photographie : Andreu Rebes
Montage : Pablo Barbieri Carrera
Décors : Irene Montcada
Son: Albert Gay, Jesica Suarez
Production : Marta Esteban, Diego Dubcovsky
Récompenses : Goyas 2016 du meilleur film, du meilleur réalisateur, du meilleur scénario original, du meilleur acteur pour Ricardo Darin et du meilleur acteur dans un second rôle pour Javier Camara
Production : Marta Esteban, Diego Dubcovsky
Société de production : BD Ciné
Distribution : La Belle Company
Genre: Comédie dramatique
Durée : 104 minutes
Date de sortie : 6 juillet 2016
Synopsis : En 1947, Dalton Trumbo est le scénariste le plus en vue, et le mieux payé, d’Hollywood mais il est parallèlement membre du Parti communiste. Lorsque la Commission sur les activités anti-américaines décide de l’écarter de l’industrie cinématographique, il choisit de poursuivre son activité dans la clandestinité.
Au nom du premier amendement
Même s’il n’est connu des spectateurs français que pour ses comédies, la trilogie Austin Powers et Mon beau-père et moi, Jay Roach a également signé des téléfilms politiques sur les élections présidentielles de 2000 et 2008. Cela faisait-il de luile cinéaste le plus légitime pour mettre en scène un biopic révélateur de la période la plus sombre de la politique américaine du siècle dernier ? Rien n’est moins sûr. Pour quiconque connait un tant soit peu l’histoire du cinéma américain, le nom de Dalton Trumbo évoque deux choses : d’une part le film le plus antimilitariste de la guerre froide, Johnny s’en va en Guerre, et d’autre part la liste noire à laquelle il a été rattaché pour ses convictions politiques communistes. C’est sur cet aspect de la vie du scénariste que ce biopic a fait le choix de se concentrer.
Ayant déjà collaboré avec Bryan Cranston dans le cadre d’une pièce de théâtre (qui fut depuis elle-aussi déclinée en téléfilm) dans laquelle il incarnait le président Lyndon Johnson, Roach a décidé de lui confier le rôle-titre. De quoi satisfaire les fans de l’ancien interprète de Walter White dans Breaking Bad qui ne trouve depuis que des rôles très secondaires (Argo et Godzilla). Une opportunité d’autant plus alléchante que l’on sait l’Académie des Oscars amatrice de ces interprétations de personnages réels, un adage qui s’est d’ailleurs vu confirmé par la nomination de Cranston à l’Oscar du meilleur acteur. Et pourtant, la prestation Cranston dans la peau du scénariste blacklisté est à l’image de l’ensemble du film : bien trop sage. Il est indéniable que l’acteur fait profiter au personnage de son charisme naturel, mais l’ambiguïté que le film aimerait lui donner n’est jamais concrète.
Si le personnage est bien plus lisse qu’on aurait pu l’espérer, c’est toutefois moins du fait du jeu en retenue de son acteur que de l’écriture frileuse. L’une des intentions premières du scénariste John McNamara était d’observer les conséquences de la « chasse aux sorcières » sur les proches de ses victimes. C’est ainsi que l’intrigue tourne essentiellement autour de la vie de famille Trumbo. Une approche bien moins intéressante à suivre que ne l’aurait été une interrogation sur la création artistique ou la façon dont un discours politique anticonformiste peut se diffuser via le cinéma. Au lieu de ça, ce sont donc les relations entre Dalton Trumbo, sa femme et leurs enfants qui réussissent à devenir un enjeu au moins aussi important que la carrière de l’homme de la maison. Un comble quand on réalise, au final, à quel point les personnages de Cléo, Chris et Niki ont été sous-exploités par le développement de l’intrigue. Et la vie de cette famille aurait encore été bien plus captivante si le film avait respecté un minimum la vérité historique, c’est-à-dire en retranscrivant son exil forcé au Mexique plutôt que de les installer dans un petit pavillon américain.
Le non-respect de la vérité historique est en effet l’un des plus gros reproches que l’on puisse faire à ce biopic : Le fait de ne jamais évoquer Johnny s’en va en Guerre (hormis une jaquette de livre aperçue dans le générique d’ouverture), dont la réalisation fut tout de même l’aboutissement de la carrière de Dalton Trumbo relève presque du manque de respect à son égard !
Le réalisateur préfère concentrer ses efforts sur la reconstitution du Hollywood des années 40-50. Il faut reconnaitre que la direction artistique est en cela très réussie, et que le plaisir de croiser quelques stars connus rend certaines scènes agréables. Peut-être d’ailleurs aurait-on aimé en voir un peu plus… ne serait-ce que Kubrick ou Paul Newman. Mais autant Dean O’Gorman (le nain Fili dans LeHobbit) est étonnamment convaincant en Kirk Douglas, autant David James Elliott offre une image des plus réductrices de John Wayne. De quoi choquer ses fans. Encore une fois, la faute en revient à l’écriture du scénario et à sa volonté de vulgarisation de la réalité. Preuve en est le stéréotype de producteur opportuniste interprété par John Goodman, une version poussive de ses rôles dans The Artist ou Panic sur Florida Beach. Mais le pompon du surjeu revient immanquablement à Helen Mirren qui, dans la peau d’une chroniqueuse de la presse à scandale, réussit à être plus caricaturale que ne l’est Tilda Swinton qui tenait un rôle similaire dans Ave Ceasar des frères Coen.
La mise en scène de Roach s’accorde de plus à l’académisme du scénario. Sa réalisation très plan-plan, aucunement supérieure à un format téléfilmique, ne met que trop rarement en avant son personnage et son interprète (seule la scène du passage devant la commission est en cela assez réussie). Plus dommageable encore, l’idée que les excès de la censure anti-communiste puisse faire écho à l’actuel conservatisme dont souffre Hollywood ne semble pas avoir traversé l’esprit du réalisateur. Il est même difficile de discerner vers quel message politique tend ce long-métrage qui, pourtant, a tout du film à discours. Au-delà des valeurs familiales et du manichéisme puéril opposant les vilains censeurs aux gentils défenseurs de la liberté d’expression sur lesquels repose cette dramaturgie pleine de bons sentiments, l’idéologie communiste semble tout autant défendue que la loi du marché régissant l’industrie hollywoodienne. Un paradoxe sur lequel a vraisemblablement su jouer Dalton Trumbo pour faire prospérer sa carrière mais à propos duquel il aurait été bon que ce film ait le courage de trancher clairement. Le manque d’audace, tant sur la fond que sur le forme, dans le traitement de ce sujet qui, il y a de ça moins de 20 ans entre les pattes d’un réalisateur tel qu’Oliver Stone, aurait abouti un brûlot acerbe sur les ravages de la bien-pensance américaine sur la liberté d’expression, est symptomatique du déclin artistique que traverse actuellement Hollywood s’interdisant toute innovation et remise en question.
De nombreux films ayant déjà abordé la question épineuse des conséquences du Maccarthysme sur l’industrie cinématographique (à commencer par le très bon LaListe Noire d’Irwin Winkler en 1991), ce biopic de Dalton Trumbo n’a rien de neuf à nous apprendre sur le sujet. Aussi pompeux et impersonnel que peut l’être le discours d’hommages qui lui sert de conclusion, on ne retiendra de ce long-métrage que la surprise de constater que Bryan Cranston porte bien la moustache.
Dalton Trumbo : Bande-annonce
https://www.youtube.com/watch?v=HgxxEgiLnUo
Dalton Trumbo : Fiche technique
Titre original : Trumbo
Réalisation : Jay Roach
Scénario : John McNamara d’après le livre de Bruce Cook
Interprétation : Bryan Cranston (Dalton Trumbo), Diane Lane (Cleo Trumbo), Elle Fanning (Niki Trumbo), Helen Mirren (Hedda Hopper), Louis C.K. (Arlen Hird)…
Montage : Alan Baumgarten
Photographie : Jim Denault
Musique : Theodore Shapiro
Production : Michael London, Janice Williams, John McNamara, Jay Roach, Shivani Rawat, Nimitt Mankad
Société de production : ShivHans Pictures
Distribution : UGC Distribution
Genre : Biopic
Durée : 124 minutes
Date de sortie : 27 avril 2016 Etats-Unis – 2015
Initiée il y a tout juste un an avec deux films sortis coup sur coup avec une terrible maladresse de la part de son distributeur (Wild Bunch, qui a sorti le premier, Miséricorde, en e-cinéma, alors que le second, Profanation, a eu droit à une sortie en salles à peine quelques jours plus tard), la saga policière danoise Les enquêtes du département V prend de l’ampleur.
Synopsis : La police danoise trouve une bouteille contenant un appel au secours. Celui-ci datant de huit ans, l’enquête est confiée au Département V, en charge des affaires non résolues. Assad va en profiter pour faire sortir Carl de son congé prolongé pour se lancer à la recherche d’un kidnappeur fanatique.
Ayant battu tous les records, d’abord en librairie et maintenant au box-office danois, il ne fait aucun doute que les six romans de Jussi Adler-Olsen (et, à long-terme, les dix prévus) se verront adaptés à l’écran, devenant ainsi une saga potentiellement longue et fructueuse. L’ambition initiale des studios Zentropa films (crée par Lars Van Trier, rappelons-le) était de confier chaque opus à un réalisateur différent, ce qui n’a pas pu être fait pour les deux premiers, réalisés coup sur coup, d’où le sentiment de redite dont souffrait quelque peu Profanation. En faisant réaliser le troisième épisode au norvégien Hans Petter Moland –dont on a remarqué le talent grâce à son savoureux Refroidis récompensé au festival de Beaume en 2014-, la saga s’assure davantage qu’une une rupture formelle, mais un renouveau qui la remet sur les meilleurs rails. A l’inverse de Mikkel Nørgaard dont la mise en scène très « fincherienne » avait tendance à noyer ses personnages dans un univers extrêmement sombre, un poncif formel de ce que l’on appelle le « scandi-noir », l’approche de Moland est de les placer dans des décors plus apaisants afin de mieux faire ressortir leur part de ténèbres.
Lorsqu’on le retrouve, la mécanique du trio que forme cette section spéciale de la police n’a pas évolué : Carl est toujours aussi irascible, poussé au bord du burn-out par le manque de travail, tandis qu’Assad fait preuve de beaucoup de flegme et que leur secrétaire Rose est pleine d’énergie. Toutefois, une nouvelle thématique va apparaitre dans cette affaire et devenir un angle d’approche intéressant dans la relation entre les deux enquêteurs, il s’agit de la religion. Lorsque Assad parle de sa foi en Dieu, il suscite une certaine défiance de la part de son collègue, mais non pas parce qu’il musulman –contrairement à certains racistes qui croiseront leur route– mais parce que la simple idée d’une divinité protectrice est une aberration pour quelqu’un d’aussi nihiliste que Carl. L’excellente interprétation de Nikolaj Lie Kaas apporte une nouvelle fois à son personnage une fragilité à fleur de peau sans s’embarrasser à évoquer les stigmates de son passé et de sa vie de famille explosée comme ça a été, légitimement, le cas dans les films précédents. De la même manière, le jeu très posé de Fares Fares assure à Assad une certaine profondeur, même si on regrettera qu’il reste une fois de plus en retrait. Mais incontestablement, le personnage le plus emblématique de ce troisième opus est son « méchant ». Incarné par l’emblématique Pål Sverre Valheim Hagen, ce tueur se définit lui-même comme un « serviteur du Diable », de quoi introduire instinctivement un affrontement manichéen au sens le plus romanesque du terme. Or Carl et Assad, malgré leurs efforts, sont incapables d’incarner cette justice divine que recherchent les parents des victimes et, implicitement, leur ravisseur. Cet état de fait va mener Carl à se remettre en question, brisant l’armure nonchalante que les deux premiers films n’avait fait finalement que renforcer.
Cette volonté de creuser les personnages pour faire ressortir leurs contradictions se ressent également dans la mise en scène. Là où le réalisateur des deux précédents opus enfermait constamment Carl, Assad et plus encore les victimes dans des lieux glauques, et que son chef opérateur lui fournissait une photographie grisonnante constante, ce troisième film assure une vision radicalement différente. S’y multiplient notamment les plans larges et ensoleillés sur les champs en fleurs, ou des lieux symboles de vie (un hôpital, la mer ou bien une église) et de mouvements (un train, des éoliennes). Même le petit bureau dans lequel travaillent les trois héros semble avoir gagné en superficie et en luminosité. C’est donc bien plus grâce à l’approfondissement psychologique, appuyé par de nombreux gros plans, qu’à la mise en place d’une atmosphère visuelle que le film parvient s’affirmer comme polar noir et tendu. Une tension qui d’ailleurs devient palpable dans les moments de suspense qui faisaient, là encore, défaut aux précédents films. On retiendra évidemment la course-poursuite du train, dans laquelle le réalisateur fait preuve d’un sens du rythme et du découpage qui nous garantissent une montée d’adrénaline magistrale. Peut-être la limite du film, et de la saga dans sa globalité, vient de sa volonté à opposer chaque fois les policiers à des psychopathes dont le sadisme est si exacerbé qu’ils en deviendraient presque granguignolesques. Evidemment, ceci est à mettre sur le compte de Jussi Adler-Olsen et non pas des réalisateurs qui vont se succéder pour donner corps à ces enquêtes macabres, même si c’est à Nikolaj Arcel, en charge des adaptations, que l’on peut reprocher d’avoir fait le parti-pris de simplifier les enjeux humains, en faisant l’impasse sur la vie privée de Carl et en délaissant complètement le personnage d’Assad, pour se concentrer sur une narration purement digne d’une série policière.
Incontestablement, ce troisième épisode desEnquêtes du Départmement Vest à l’heure d’aujourd’hui le plus maitrisé de la saga, mais ce semblant de pente ascendante pourrait n’être que de courte durée. On attend maintenant de connaitre le nom du réalisateur qui sera en charge du suivant (intituléDossier 64) pour se donner une idée de la façon qu’il aura de faire perdurer cette franchise qui risque de rapidement être rendue ronronnante par sa mécanique scénaristique privé de réel renouveau.
Les enquêtes du Département V : Délivrance : Bande-annonce (VOST)
Les enquêtes du Département V : Délivrance : Fiche Technique
Titre original : Flaskepost fra P
Réalisateur : Hans Petter Moland
Scénario : Nikolaj Arcel, d’après l’oeuvre de Jussi Adler-Olsen
Interprétation : Nikolaj Lie Kaas (Carl Mørck), Fares Fares (Assad), Johanne Louise Schmidt (Rose Knudsen), Pål Sverre Valheim Hagen (Johannes), Jakob Oftebro (Pasgård), Soren Pilmark (Marcus Jacobsen)…
Photographie : John Andreas Andersen
Montage : Olivier Bugge Coutté
Musique : Nicklas Schmidt
Productrice: Louise Vesth
Société de production: Zentropa Entertainments
Distribution (France) : Wild Bunch
Durée : 112 minutes
Genre : Policier
Date de sortie : 6 mai 2016 en e-cinema
Aux origines Krampus (« griffe » dans la langue de Goethe) est le pendant démoniaque de Saint-Nicolas, il est un démon qui trouve son origine dans l’Allemagne du XIème siècle.
Synopsis: Noël approche et comme chaque année, la famille du jeune Max se réunit pour le pire: s’étriper à grand renfort d’insultes et de mépris. Max décide alors de ne plus croire en l’Esprit de Noël, pour le plus grand bonheur du Père Fouettard de service: Krampus, qui va lui faire regretter son manque de foi.
Tout à la fois punisseur d’enfants pas sages et piétineur de coutumes sacrées, il trouve son équivalent dans la Père Fouettard lorrain. Il est bâton quand Saint-Nicolas se fait carotte. Rien d’étonnant à ce qu’un tel sujet se retrouve adapté sur grand écran, les bons ingrédients sont légion et même un réalisateur, jusqu’ici plus convaincant à l’écriture que derrière la caméra comme Michael Dougherty (scénariste sur X-Men 2 et Superman Returns), réussit un film pas trop absurde.
Pourtant c’est dans l’absurde et le contre-pied que Krampus se démarque. Même si certains diront qu’il ne sait pas sur quel pied danser, c’est un bonheur que de voir mélangés Les Simpsons, Gremlins, Mr Jack ou encore Le Labyrinthe De Pan. Sans évidemment en égaler les qualités, Michael Dougherty parie sur un « mix produit » qui sauve une réalisation assez pauvre, bien que bénéficiant d’un univers marquant. Le décor est une réussite, mais Dougherty le filme sans génie. Surprenant et déroutant, Krampus démarre sur une comédie détonante, irrespectueuse et souvent hilarante pour finir sur l’épouvante de jouets pour enfants devenus monstres affamés. Le concept et la conclusion (la famille c’est super important…) sentent le déjà-vu, mais le reste réserve ses petites bulles de bonheur sombre.
Plus terre à terre, et au-delà du manque d’inspiration de Dougherty, il y a certaines erreurs de casting. Pas du tout du côté de Toni Colette (Little Miss Sunshine, Hitchcock), toujours impeccable (pour une fois qu’une grande actrice a plus qu’une jolie bouille à vendre), mais plutôt du côté d’Adam Scott (La Vie Rêvée De Walter Mitty). Ils ont beau avoir le même âge, leur couple prend difficilement, manque par moments cruellement de crédibilité. Heureusement qu’il reste David Koechner (Shérif, Fais-Moi Peur – 40 Ans, Toujours Puceau), toujours formidable dans ses seconds rôles de gros imbécile sorti de sa cambrousse natale. Sans oublier la bombe de service, jeune, belle et sexy qui fait avancer l’égalité des sexes à Hollywood: Stefania Owen.
Sans convaincre, Krampus parvient quand même à intriguer. Il capte l’attention par son art du mélange, sacrifiant une famille de lourdingues aux foudres d’un démon sans âge, en quête d’âmes corrompues à punir. En parfait réalisateur interchangeable, Michael Dougherty est en service minimum derrière la caméra pour filmer le superbe travail de décoration et d’éclairage. Reste une question cruciale: pourquoi, alors que le film est sorti le 4 décembre aux U.S.A., attendre le 4 mai pour en faire profiter l’hexagone ?! Mais quelle idée de sortir un film de Noël au printemps ?!
Krampus: Fiche Technique
Réalisation : Michael Dougherty
Scénario : Todd Casey, Zach Shields, Michael Dougherty
Distribution: Adam Scott, Toni Collette, David Koechner, Allison Tolman, Conchata Ferrell, Emjay Anthony, Stefania LaVie Owen, Krista Stadler, Lolo Owen, Maverick Flack, Queenie Samuel, Luke Hawker
Direction artistique : Jules O’Loughlin
Montage : John Axelrad
Musique : Douglas Pipes
Production : Thomas Tull, Jon Jashni, Alex Garcia, Michael Dougherty
Sociétés de production : Legendary Pictures, Zam Pictures
Société de distribution : Universal Pictures
Budget : 25 millions de dollars
Pays : États-Unis
Genre: Horreur, fantastique, comédie horrifique
Durée : 98′
Dates de sortie France: 4 mai 2016
David Chase fait sa masterclass : drôle, émouvant, intelligent, professionnel, humble, génial… Humain.
Le président du jury de l’édition 2016 du festival Séries Mania, David Chase, a eu le droit le samedi 17 avril à sa masterclass. Événement à ne pas rater quand on sait que c’est extrêmement rare que le créateur-cinéaste revienne sur son œuvre en public ou, du moins, fasse une conférence. Le créateur-scénariste-réalisateur des Sopranos et du film Not Fade Away, ou encore le co-créateur du show télévisuel Almost Grown, est ainsi revenu sur l’ensemble de sa carrière. La rencontre était animée par Olivier Joyard des Inrockuptibles. Maintenant, place au maître, David Chase…
Poursuite de la jeunesse et des premières fois dans l’art
Aujourd’hui âgé de 70 ans, le créateur continue d’évoquer sa jeunesse en expliquant qu’il était «l’éduqué » de sa famille. Sa première « entrée » dans l’art s’est faite lorsqu’il a consulté la définition du mot « art » dans l’encyclopédie du monde. La première chose qu’il a écrite ? – questionne Olivier Joyard, « Some fictionnal storie in highschool (…) about Jésus Résurrection » répond Chase (un histoire d’étudiants à propos de la résurrection de Jésus). L’histoire suivait des personnages qui venaient voler le corps du Christ qui se réveillait alors devant eux. « C’était certainement la chose la plus cool jamais écrite » dit-il avoir pensé à l’époque.
Si le roman de Kerouac, Sur la route, l’a inspiré, il a décidé de faire du cinéma lors d’une séance d’un film de Polanski en 1965, probablement sous LSD, rajoute-t-il. C’est là qu’il s’est rendu compte qu’un film était l’œuvre de quelqu’un ou d’un groupe d’individus. Avant cela « I wanted to be a rockstar » dit-il (je voulais être une rockstar), amusant les spectateurs.
Débuts dans les images
Lorsqu’il a trouvé un job dans l’audiovisuel, son travail ressemblait à du documentaire, mais il a « toujours voulu faire de la fiction». « De façon magique, vous êtes allés à Hollywood », lui adresse Olivier Joyard. « Ça n’était pas magique », lui répond David Chase, provoquant des rires dans la salle. Il explique que ce déplacement et tout ce qu’il a fait dans sa vie a été soutenu par sa femme. Pendant les années 70, 80 et 90, il écrit 30 à 40 scripts qui ne seront jamais produits.
En 1987, il co-crée Almost Grown, une série qui suit des couples sur trois périodes de leurs vies, et qui connaîtra un succès critique mais une faible audience pour sa poursuite.
« I never wanted to do in television, I wanted to do movies » – D. Chase
(Je n’ai jamais voulu travailler à la télévision, je voulais faire des films.)
S’il se plaint des grandes chaînes hertziennes et de leurs « pubs merdiques », il est heureux d’avoir travaillé avec des gens géniaux comme James Garner.
À propos des Rêves dans les œuvres de David Chase
Après avoir diffusé des extraits d’Almost Grown avec des rêves très amusants (une jeune américaine conduit un taxi accompagnée d’un chien québécois parlant alors français, par exemple), suivis d’un extrait de séance de psy, Olivier Joyard explique que cette séquence est signée David Chase, on ne peut que penser à lui quand on la voit, et elle annonce notamment les séquences de rêves dans LesSopranos. « Oh ! Je n’ai jamais pensé à ça. », dit Chase, amusant la salle. Le journaliste des Inrocks lui répond (bien sûr, toujours sur un ton humoristique) alors : « Vous ne pourriez pas m’aider un tout petit peu ? ».
« I love dreams (…) Films are almost like dreams. » – D. Chase
(J’aime les rêves… Les films sont presque comme des rêves)
Le créateur explique ensuite avoir beaucoup lu Freud, et aussi avoir fait une thérapie. Il est fasciné par les rêves.
La genèse des Sopranos
« The Sopranos était une idée de film». Concernant l’une des trames importantes du récit, la relation mère/fils, Chase s’est inspiré directement de sa propre expérience. « My mother is crazy », dit-il, provoquant des rires dans la salle. Et « tous mes amis disaient que je devrais écrire sur ma mère.Mais ma mère n’a jamais voulu me tuer », cependant il a été marqué par certains choses qu’elle lui a dites, notamment une : elle préférait le voir mourir dans un accident de voiture que de le voir partir au Vietnam.
Si la série est si précise, détaillée et réaliste en terme d’écriture et de mise en scène de la famille, il faut rappeler que Chase vient d’une famille italo-américaine. Il explique avoir « essayé de la rendre vraie. C’est quelque chose de très personnel.»
« I think it’s a sad show but i don’t think it’s cynical (…) This is my opinion. »
(Je pense que c’est un show triste mais je ne pense pas que ce soit cynique (…) C’est mon opinion.)
Puis il a trouvé l’idée du contexte mafieux, au début rejetée par son agent, soulevant une vague d’amusement ironique dans le public. « Il est toujours mon agent », précise-t-il. On lui avait demandé de faire une sorte de Parrain en série télévisée : «Pour quoi faire ? Le Parrain existe déjà ! ».
Il avait à l’époque la volonté de tout secouer dans le monde de la télévision. Il a quitté la Fox, et rejoint HBO qui fut très enthousiasmée par le pilote.
À son lancement, Les Sopranos connût un énorme succès. Chase explique n’avoir eu qu’une seule mauvaise critique sur deux cents. Est-ce-que le succès a changé ses méthodes de travail ou son attitude ? « Rien n’a changé ». Il explique notamment que si l’on attend d’une série sur la mafia un certain nombre de morts, il fallait « toujours une balance, un équilibre. Qui allait être tué ? ».
Sur le personnage de Tony Soprano
Pour la présence de Rio Bravo dans un épisode de la série, il explique juste avoir aimé la chanson. Ça lui parlait. Concernant le personnage de Tony Soprano, Olivier Joyard en parle comme d’un héros, ce à quoi Chase répond que pour lui, il ne s’agissait pas de penser le personnage comme un héros ou un protagoniste, mais comme un individu, avec ses façons de penser, d’agir, ses qualités et ses défauts, un être humain comme un autre en somme, sans le juger :
« I just thought he was Tony Soprano.»
(Je pensais juste que c’était Tony Soprano)
Sur l’obsession de Tony pour Gary Cooper, « a true american » (un vrai américain) dit le personnage à plusieurs reprises dans la série, car fort, silencieux, courageux, supportant sa peine seul. Le créateur explique que « pour lui, c’est ce que les américains croient à propos d’eux-mêmes (…) être un personnage seul et individuel ». Il dit aussi que « les européens sont plus communautaires », et justement si Tony est quelqu’un d’individualiste, solitaire, il « fait aussi partie d’une communauté », européenne d’ailleurs, la mafia.
Concernant le choix de James Gandolfini dans le rôle titre, Chase a été impressionné par ce visage habité par la mélancolie. « C’était un miracle à voir ».
Les mafieux de The Sopranos font partie intégrante de notre monde, ainsi ils aiment le cinéma et connaissent par cœur Le Parrain : « Tony et ses hommes sont très conscients à propos de ce film » et même des films, de manière générale. Chase continue en disant avoir du temps pour soigner, parfaire chaque détail. Aussi s’il y avait un problème ou une interrogation concernant l’écriture d’un personnage, un détail dans la mise en scène, sur le plateau ou autre, il fallait l’appeler.
Une journée typique dans la salle des scénaristes ? – questionne Olivier Joyard.
À 9h00, tous les scénaristes se réunissaient. Ils repensaient à toute la saison et retravaillaient ensuite les histoires, et l’aspect sous-jacent de chaque épisode. « De quoi l’épisode parle-t-il vraiment ? » était une question essentielle au processus d’écriture de la série.
À midi, ils allaient prendre un repas italien dans un très bon établissement dans le Queens, puis à 14h revenaient dans la salle de travail, et souvent, les scénaristes disaient « toujours rien à dire ». Puis l’un d’entre eux racontait une histoire de son enfance, un autre parlait de sa propre jeunesse, et alors Chase pensait/disait : « peut-être que ça peut faire une histoire ».
Ensuite venait l’écriture, et les réécritures. Chase reprenait et retravaillait les scénarios. Il y avait « encore plus de travail » quand « certains ne comprenaient pas les Sopranos ».
D’ailleurs, concernant deux de ses scénaristes, Terrence Winter et Matthew Weiner, créateurs respectifs de Boardwalk Empire (aussi scénariste du Loup de Wall Street) et de Mad Men, il en est très fier.
Les scénaristes devaient avoir certaines habiletés : « Ils devaient comprendre les personnages ». « Terry (Terrence Winter) a grandi à Brooklyn. Il était né pour faire ça »
Sur les séquences de la série où la famille Soprano parle de profiter des bons moments
La musique This Magic Moment a été utilisée pendant la dernière séquence de la série, qui suit un repas de famille des Sopranos, « C’était l’idée que la vie est très courte (…) nous devons apprendre et accomplir le meilleur d’elle » explique David Chase.« C’est juste maintenant (…) pas le passé, pas l’avenir ». Le repas semble épié par un individu, d’autres arrivées font monter l’angoisse. Une fois la famille réunie, la scène est coupée brusquement dans un cut, nous laissant en plein suspense. Cette scène finale met en place « le suspense comme poésie et la poésie comme suspense. Je voulais avoir du silence à la télévision ». Dans cette séquence finale, « il n’y a pas d’intrigue (…) mais c’est empli de suspense (…) avec certaines techniques – le montage notamment -, vous pouvez créer tout un univers ».
« Tony Soprano a créé sa propre vie,réalisé le propre film de sa vie.Nous le faisons tous ». Dans la séquence sur le ponton d’un lac, « il regarde, et il se voit presque lui-même dans l’image. Une grande partie de la vie (…) est silencieuse et introspective ».
Anecdote amusante, certains de ses collègues détestaient les musiques qu’il choisissait, mais Chase justifiait ce choix en expliquant que « c’est ce que Tony pourrait avoir entendu au lycée avec Carmela ».
Sur son premier film de cinéma, Not Fade Away (2012)
C’est un film qui traite beaucoup de la musique dans les années 70. « Nobody saw this movie » (personne n’a vu ce film) déclare Chase amusé et amusant le public. « Après les Sopranos, j’ai eu beaucoup d’opportunités ». Le cinéaste a alors décidé de faire ce film. « La poésie dans le rock n’roll, c’est ce que je voulais capturer ».
Chase inscrit la présence de Blow Up (Antonioni, 1966) dans le film pendant une séance de cinéma. L’un des personnages dit qu’il n’y a pas de musique dans le film, puis déclare dans un éclair de conscience que c’est le bruit des arbres qui crée la musique. Olivier Joyard demande au cinéaste où est-ce qu’il a trouvé ce dialogue ? « C’est venu tout seul » répond Chase, provoquant des rires dans la salle. Le cinéaste raconte avoir vu Blow Up à 18 ans, et les films de « Fellini, Bergman, you know, all the dead white men » (vous savez, tous ces hommes blancs morts) « Il n’y a pas de Sopranos sans Truffaut et Godard.» Enfin, « le noir et blanc était au début du film, mais je l’ai gardé pour la fin ».
Derniers mots
« J’ai peur de mourir ! » répond-il à une spectatrice qui parle des buts dans sa vie, de ses plans. « Le présent est vraiment ce qui est en train de se passer ! ».
Concernant son nom de famille Chase, à l’origine DeCesare, le créateur explique : « Mon père a changé le nom, pas moi ». Cela, pour éviter d’être retrouvé, tracé après son entrée illégale aux USA.
Ce fut alors la fin de la masterclass de David Chase qui remercia Olivier Joyard, le festival et le public bien sûr pour son formidable accueil.
Il semble que 2015 fût une très bonne année pour les premières œuvres : Le Fils de Saul et Mustang à Cannes, L’Enfance d’un chef de Brady Corbet à Venise, pour ne citer que les plus connus. Une autre grande découverte aux festivals l’année dernière était le premier long métrage de Bi Gan, primé meilleur nouveau réalisateur à Locarno. Le jeune cinéaste chinois (né en 1989) a commencé le tournage avec 20 000 yuan (3000 euros) dans la poche et une équipe encore plus jeune que lui. Heureusement, l’investissement a suivi et le quatrième festival d’Europe l’a pris.
Synopsis : Chen Sheng, ancien voyou et détenu, mène une vie tranquille et solitaire comme « médecin aux pieds nus » dans la petite ville Kaili au Guizhou, une province pauvre au sud-ouest de la Chine. Quand Weiwei, son neveu bien-aimé, est vendu par son propre père, Chen Sheng part le chercher, malgré l’hostilité de son frère. Ce voyage déclenche une série d’expériences surréalistes, qui lui permettent de réfléchir ce qu’il a parcouru toute sa vie.
Pour les connaisseurs de l’industrie cinématographique en Chine, même avant de voir Kaili Blues, le parcours de son auteur est déjà une étonnante exception. Depuis au moins trois ou quatre décennies, les cinéastes chinois qui ont fait du bruit à l’échelle internationale, étaient tous formés à la prestigieuse Beijing Film Academy, pendant longtemps la seule formation du cinéma qui existait dans la République populaire. Cependant, Bi a fait ses études à l’Université de communication de Shanxi, une faculté sans aucune importance jusqu’ici. Une fois diplômé, au lieu d’entrer dans l’un des grands studios de l’état comme tous les anciens élèves de l’Academy, il a signé un contrat avec Heaven Pictures, une entreprise privée.
« On voulait juste finir le film ; personne n’a pensé à l’exploiter » dit-il lors d’une interview. Pourtant, depuis fin mars, ce premier long métrage a pu sortir en salle dans l’hexagone — un destin rare pour ce genre de film de nature fort expérimentale. En plus, après une sortie taïwanaise en avril, il verra le grand public en Chine, où la culture consumériste et l’obsession avec les blockbusters américains ces dernières années ont presque tué le cinéma d’auteur. Avec ses expérimentations audacieuses sur le fond et la forme, Kaili Blues annonce une nouvelle génération de cinéastes chinois, qui montent sur scène avec plus d’ambitions que les précédentes.
Le plan-séquence et la jeunesse
Depuis son avant-première mondiale dans la petite ville lacustre helvétique, ce dont tout le monde parle est un remarquable plan-séquence d’environ 40 minutes. Dans la deuxième moitié du film, lors d’un voyage en quête de son neveu, Chen Sheng est emmené, par un motard prénommé également Weiwei, dans un petit village au bord de l’eau. Il y rencontre des personnages qui sont essentiellement les projections des connaissances importantes dans sa vie, y compris sa femme, décédée en son absence. Ici la caméra est endossée d’une subjectivité remarquable. Elle suit tantôt le protagoniste, tantôt d’autres personnages secondaires, parfois même les villageois mobilisés comme figurants. Le décalage entre les mouvements de caméra et les acteurs, tout en renforçant cette subjectivité, crée un effet de flâneur rêveur.
Malgré quelques défauts techniques dus, sans doute, à la longueur extrême du plan, il est difficile à croire que le chef opérateur Wang Tianxing est aussi un first-timer. La mise en scène et l’opération de caméra sont méticuleusement calculées et les jeux des acteurs, amateurs pour la plupart, révèlent un naturalisme très personnel. Au début du plan-séquence, quand Weiwei et Chen Sheng descendent la rue principale à moto, la caméra prend un raccourci entre les bâtiments pour les rejoindre en bas, ce qui crée un effet de course-poursuite entre le public et les personnages. Ce mouvement de caméra hors norme signale le commencement d’une séquence surréaliste et nous prépare pour une forte présence de la volonté de l’auteur sur l’écran. Un autre exemple est quand on suit Yangyang, dont Weiwei est amoureux, pour faire un tour du village. Le réalisateur joue beaucoup sur le son pour remplir le vide laissé par l’image, pour créer une profondeur globale et enfin immerger la caméra (et ainsi le public) complètement dans l’ambiance du village. Cette caméra personnifiée participe ensuite à la quasi-course-poursuite de Weiwei et Yangyang, formant une sorte de triangle amoureux. Bi Gan explore ainsi une nouvelle dimension dans la narration d’un cliché thématique.
Il y a une prédilection de l’auteur très marquée pour les longs plans : le film s’ouvre avec une série de longs plans descriptifs ; la mise en scène est très travaillée pour remplacer le montage, employé seulement où il est absolument nécessaire. Mais le plan-séquence de 40 minutes, en plus d’un choix esthétique, s’opère bien dans le grand schéma narratif du film. Il est une déviation narrative qui est autrefois souvent présenté comme analepse sur le plan narratif et est marqué par le montage. Ici, pourtant, aucun outil formel n’est convoqué pour diviser les intrigues principales et secondaires ; c’est un choix esthétique (le plan-séquence) qui nous indique que le récit de ces 40 minutes est une parenthèse par rapport au film entier. Si les procédés filmiques (le montage, la voix off, etc.) pour jalonner une subplot héritent directement de ceux du littéraire (ex. les sauts de ligne, le chapitrage — pensez à Un amour de Swann de Proust), le choix de Bi Gan doit son inspiration au jeu vidéo, dont la quête secondaire n’a pas une rupture formelle avec la narration principale mais souvent marquée par son contenu clairement dévié.
Le bouddhisme et le temps
Paradoxalement, ce jeune cinéaste avec plein d’esprit innovateur a cité un ancien texte bouddhiste comme épigraphe de son film. La pensée bouddhiste se trouve dès le début de sa carrière. Jin Gang Jing, le titre chinois de son unique court métrage The Poet and the Singer, est la traduction chinoise du Sūtra du Diamant, dont la phrase plus connue s’affiche au début de Kaili Blues : « La pensée du passé n’est pas saisie, la pensée du futur n’est pas saisie, la pensée du présent n’est pas saisie.» Elle est donc la clé pour comprendre le film dont le temps est le thème central.
Le remords persistant du passé et l’espoir fort pour l’avenir sont tous les deux condamnés par le bouddhisme. Ces « péchés » sont précisément ce que pratique Chen Sheng, qui ne cesse pas de regretter sa jeunesse de gangster et la mort de sa femme, alors qu’il place toutes ses espérances sur la prochaine génération (son neveu Weiwei). C’est là que s’arrêtent la plupart des lectures mondaines du Sūtra du Diamant, mais Bi Gan va plus loin dans le sens philosophique. Il s’agit d’une vacuité totale, par laquelle le texte bouddhiste nie le caractère fixe et inchangeable de toute chose, au passé, au présent ou au futur. Donc le protagoniste rencontre, lors de son détour dans le super-plan-séquence, ses connaissances du passé et de l’avenir, dont un personnage qui ressemble à sa femme défunte et un jeune qui a le même prénom que son neveu : ils sont essentiellement sa femme rajeunie et un Weiwei grandi. Les divisions entre les différents objets/personnes et espace-temps sont ainsi brisées.
La seule motivation de Chen Sheng dans la deuxième moitié du film est de sauver son neveu — on suppose qu’il est maltraité, même abusé comme la plupart des enfants enlevés. Mais quand il le trouve, Weiwei vit mieux avec son acheteur qu’avec son propre père. Le bonheur de Weiwei est ce qui préoccupe Chen Sheng, il est précieux comme le diamant très recherché dans le Sūtra, symbole de l’obsession qui empêche la progression de sagesse et l’atteinte de l’éveil. Après ces aventures, Chen Sheng prend le train pour rentrer chez lui ; c’est là où il retrouve la paix et le sommeil. Il atteint enfin l’état parfait que certains appellent zen, endormi mais éveillé.
Également dans ces derniers plans, il y a des graffiti d’horloges sur le train qui va en contre sens et quand les trains se croisent en haute vitesse, ces images créent l’effet visuel d’une seule horloge tournant en contre sens. C’est le moyen, selon Weiwei le motard, de remonter le temps, mais aussi le fonctionnement d’un film : une série de photogrammes en mouvement de grande vitesse. C’est donc le commentaire métafilmique de Bi Gan : le cinéma est une magie qui nous permet de remonter le temps, de retrouver les vielles connaissances, de se libérer de tout remords et de toute obsession, d’atteindre un nouvel état de vie, s’il n’est pas l’éveil final.
La tradition et la poésie
La poésie lyrique a une place éminente dans la littérature chinoise, elle influence toute création artistique, y compris le cinéma. Un autre film Chang Jiang Tu, le gagnant d’un Ours d’argent à Berlin cette année et probablement le représentant chinois aux Oscars 2017, se construit autour de la poésie. Bi Gan est un poète publié et il n’hésite pas à insérer ses poèmes dans sa création cinématographique. Lu Bian Ye Can (littéralement « pique-nique au bord de la route »), le titre chinois de Kaili Blues, vient du titre d’un recueil de poèmes de Bi Gan. Dans le film, il est aussi le titre d’un recueil de Chen Sheng, qui est un « mauvais poète », selon le réalisateur.
Chen Sheng, toujours joué par le même acteur amateur (il est en fait l’oncle du réalisateur), est un protagoniste récurrent dans l’œuvre de Bi Gan. Il sert au personnage principal dans The Poet and the Singer et le sera dans La Dernière nuit de la Terre (titre et traduction provisoires), le prochain film en préproduction de M. Bi. L’image du poète serait la réflexion du réalisateur lui-même et les qualificatifs « mauvais », « amateur » relèvent de l’autodérision des artistes, vus par le monde consumériste comme « inutiles ». Cette autodérision, qui se trouve aussi dans Chang Jiang Tu, est le fruit amer de la société chinoise autant plus concentrée sur le profit économique.
Le poète-cinéaste regarde la tradition avec des avis complexes. D’une part il veut se révolter contre la tradition pour créer son propre style, mais de l’autre la tradition est ce qui garde certaines valeurs précieuses de la société. Bi Gan vient de Kaili, la ville éponyme du film habitée principalement par la minorité ethnique Miao, à laquelle il fait partie. Kaili Blues parle aussi de ses racines et son identité. À part la recherche de Weiwei, Chen Sheng doit aussi trouver un maître musicien miao, qui fut l’amoureux de sa vieille collègue à la clinique. Quand il arrive chez lui, le maître est absent et ses jeunes élèves sont contents de pouvoir faire un concert du pop, le genre de musique interdit en présence de leur maître.
Leur concert et la musique pop servent de musique d’ambiance pour le super-plan-séquence et participent brièvement au récit. Une liberté retrouvée de ces musiciens est mélangée avec la nostalgie de Chen Sheng, preuve de l’ambivalence de Bi Gan devant les conflits entre la tradition et la modernité. On sait à la fin que le maître est mort, quand le film se clôt avec son cortège funèbre où ses plus anciens élèves se réunissent pour lui jouer la dernière fois le lusheng, un instrument traditionnel du peuple Miao. Les réflexions de l’auteur sur la tradition et sur l’identité n’ont pas une conclusion définitive dans cette première œuvre, mais elles trouveront certainement une continuation dans la future création du jeune cinéaste.
Bande-annonce : Kaili Blues (Lu Bian Ye Can)
Fiche Technique : Kaili Blues (Lu Bian Ye Can)
Réalisation : Bi Gan
Scénario : Bi Gan
Interprétation : Chen Yongzhong (Chen Sheng), Xie Lixun (Tête de fou), Guo Yue (Yangyang), Yu Shixue (Weiwei le motard), Luo Feiyang (Weiwei, l’enfant)
Image : Wang Tianxing
Montage : Qin Yanan
Son : Liang Kai, Lou Kun
Musique : Lim Giong
Décors : Zhu Yun
Production : Wang Zijian, Li Zhaoyu, Shan Zuolong, Wang Jianguo
Société de production : Blackfin-Beijing Culture & Media Co. Ltd., Heaven Pictures The Movie Co. Ltd.
Diffusion : Capricci Films
Durée : 113 min
Festivals : Locarno, Nantes
Date de sortie : 23 mars 2016
Festival Séries Mania 7ème édition : comment soutenir les auteurs dans l’innovation et rencontre avec Tony Grisony
Cette quatrième journée de festival est marquée par la rencontre avec Tony Grisoni, scénariste de Terry Gilliam et Michael Winterbottom, ainsi que membre du jury. Mais en premier lieu, se tenait la première table ronde professionnelle sur « comment mieux accompagner les auteurs dans l’innovation ? ». Pour animer le débat, le scénariste/metteur en scène/réalisateur et membre de la SACD, Laurent Levy. Autour de lui, Marie-Pierre Thomas, membre de la guilde des scénaristes et également membre de la SACD, David Robert, auteur émergeant, membre du collectif européen « The Dirty Dozen », Vincent Poymiro créateur de la série Ainsi-Soient-Ils,Claude Scasso scénariste sur Caïn (France 2) et créateur de la prochaine série de science-fiction Transfert et Fabienne Aguado Responsable du Centre des écritures cinématographiques au Moulin d’Andé, résidence à l’écriture en Haute-Normandie.
Le débat en trois parties, a permis de pointer du doigt, notamment grâce à Vincent Poymiro, le monopole des grandes chaînes qui, sclérosées dans le « plaire au plus grand nombre » ne permettent pas l’innovation. Marie-Pierre Thomas, féministe convaincue, liste l’exemple du genre policier, médical, mais elle oublie l’univers scolaire/adolescent qui, avec la série Sam (TF1) à 20h, enfonce le clou sur la redite et le cliché éculé. Elle critique la proéminence du masculin dans la création, le manque de femmes dans la prise des décisions et leur absence dans les instances financières. Pourquoi n’y a-t-il que les petites chaînes pour bousculer les codes ? Implicitement, on pense à OCS, même si son nom n’est jamais désigné. Canal +, autre câblée permet à une autre échelle l’innovation. L’étiquette « création originale » suffit-elle à valider cette acceptation ? Si Baron Noir est mis en avant par la dernière intervenante citée, on pense dernièrement à Section Zéro d’Olivier Marchal (Braquo) qui reprend un genre rarement abordé en France : l’anticipation. C’était en effet Arte qui était représentée aujourd’hui par Claude Scasso et Vincent Poymiro qui revient sur Trépalium – cette dernière série était grandement attendue par la rédaction, plus que déçue par le caractère profondément froid et distancié, que ce soit dans la mise en scène ou le jeu des acteurs.
Pourquoi le modèle français n’arrive-t-il pas à innover à la manière des plateformes telles Netflix, Amazon ou Hulu? Claude Scasso y répond très pragmatiquement. « Tout est une question de budget… Nous doutons que cela suffise. Ne pouvons-nous pas ajouter à cela une certaine tradition nationale dont les institutions en seraient fières ? » Paradoxe, puisque quasi 50% des programmes à succès sont des adaptations notamment anglo-saxones. The Voice, Top Chef, Danse avec les stars… TF1 est quand même régulièrement sur le ring !
La création des programmes de deuxième partie de soirée (8 en un an) sur France 2 notamment était un point survolé puisque cette question ne pouvait être posée légitiment qu’aux distributeurs absents de cette table ronde, comme l’a fait remarquer un homme dans le public. On retient la prise de parole du créateur d’Ainsi Soient-Ils qui a utilisé la métaphore d’une petite fenêtre pour souligner l’ouverture étroite dans laquelle les auteurs doivent s’engager avec leurs producteurs. Car le duo créatif semble être une nécessité pour peser sur le marché face aux grandes imminences institutionnelles closes. D’autres, comme Tony Grisoni, peuvent tout simplement avoir la chance de tomber sur la bonne personne au bon moment…