Le Livre De La Jungle, une bande-originale de John Debney: critique

Le Livre De La Jungle – La B.O./Trame sonore/Soundtrack

Drôle De Mélange…

La structure de cette bande-originale est une erreur, qui n’est pas du tout à l’avantage de John Debney. L’idée d’y mélanger des morceaux originaux à ceux du film de 1967, creuse un écart abyssal aussi bien entre deux époques, qu’entre deux talents. Quand bien même les grands classiques sont réarrangés et réinterprétés (par Scarlett Johansson ou Christopher Walken, ce qui d’ailleurs en baisse la qualité) pour faire plus contemporain, le contraste avec les compositions de Debney est important. John Debney, s’il a participé à des films d’une certaine importance comme Spy Kids, Sin City ou encore Iron Man 2, n’est pas encore un compositeur de renom. Il fait son job honorablement, mais son travail n’existe pas encore pour lui-même.

C’est un vrai problème, puisque sur cette bande originale ses œuvres, qui tiennent plus lieu de bande sonore, côtoient les chefs-d’œuvre des légendaires frères Sherman, grands auteurs et compositeurs ayant œuvré des années pour les studios Disney. Ils sont à l’origine entre autres, des chansons de Merlin l’Enchanteur, Mary Poppins, Les Aristochats et donc Le Livre De La Jungle. Ils n’ont arrêté de travailler pour Disney qu’en 2000, avec Les Aventures De Tigrou. Au fond, ce n’est peut-être pas John Debney dont le travail est médiocre, mais celui des frères Sherman qui sort bien trop du lot, qui le surclasse de plusieurs niveaux. Sans vouloir non plus dénigrer l’immense acteur qu’est Christopher Walken, et même si son interprétation d’I Wanna Be Like You est pleine d’efforts louables, comment penser qu’il puisse se hisser au niveau du mythe Louis Prima, formidable interprète original ?

La solution aurait certainement été de tout reprendre à zéro, de ne pas tenter de satisfaire anciens et nouveaux fans à travers la musique. Il aurait fallu confier à un compositeur habitué de l’exercice, la création de morceaux et chansons, soit qui révolutionnent le genre, soit en respectent les codes. Mais cette espèce de chose hybride, qui laisse penser qu’on est, parfois dans le film 1967 sans tout à fait y être, parfois on ne sait pas trop où, laisse un arrière-goût étrange et pas vraiment agréable. Le Livre De La Jungle est un remake, la bande-originale l’est aussi…et c’est une énorme erreur.

Sortie: 15 avril 2016

Distributeur: Walt Disney Records

Tracklist:

1. Bare Necessities (Performed By Dr. John And The Nite Trippers) 3:36
2. Trust In Me (Performed By Scarlett Johansson) 2:55
3. Main Titles (Jungle Run) 2:27
4. Wolves / Law Of The Jungle 2:16
5. Water Truce 3:40
6. Rains Return 1:46
7. Mowgli’s Leaving / Elephant Theme 3:28
8. Shere Khan Attacks / Stampede 2:06
9. Kaa / Baloo To The Rescue 5:21
10. Honeycomb Climb 3:31
11. Man Village 2:59
12. Mowgli And The Pit 3:26
13. Monkeys Kidnap Mowgli 1:52
14. Arriving At King Louie’s Temple 4:35
15. Cold Lair Chase 4:03
16. Red Flower 3:15
17. To The River 3:05
18. Shere Khan’s War Theme 2:37
19. Shere Khan And The Fire 4:52
20. Elephant Waterfall 3:27
21. Mowgli Wins The Race 0:41
22. Jungle Book Closes 2:16
23. I Wanna Be Like You (Performed By Christopher Walken) 3:02
24. Bare Necessities (Performed By Bil Murray & Kermit Ruffins)

Festival

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.

Deauville 2026 : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, la petite mort comme grand art

Une jeune cinéaste queer est engagée pour relancer une franchise horrifique vieillissante et part convaincre l'actrice recluse qui incarnait la survivante du premier film culte. Entre elles naissent fascination, désir et vertige, dans un jeu de miroirs où le genre devient territoire de liberté.

Deauville 2026 : Club Kid, père jusqu’au bout de la nuit

Avec "Club Kid", son premier long-métrage, Jordan Firstman signe une comédie touchante et pétillante, ancrée dans l'effervescence des nuits gays new-yorkaises. Il y campe un père dévasté qui doit apprendre à se reconstruire lorsqu'un fils dont il ignorait l'existence débarque soudainement dans sa vie. Un film lumineux et généreux, qui célèbre avec tendresse le sens des liens humains et la capacité de chacun à se réinventer.

Deauville 2026 : Test, la force fragile

Au contraire des films Hollywoodiens qui nous ont habitués à un bodybuilding viril souvent très macho, "Test" offre une plongée sensible au cœur du culturisme et ose briser les tabous. En s'inspirant de sa propre expérience, Brock Yurich incarne un athlète mal dans sa peau en quête d'affirmation. Un récit à fleur de muscles prodigieusement mis en scène.

Newsletter

À ne pas manquer

Rose de Markus Schleinzer : dans le pantalon, la liberté

Avec Rose, Markus Schleinzer plonge dans l’Allemagne rurale du XVIIe siècle, au lendemain de la guerre de Trente Ans. Dans un noir et blanc austère, presque minéral, Sandra Hüller incarne une femme qui a choisi de vivre sous l’identité d’un homme. Un film d’une grande modernité, dont le minimalisme apparent finit par tout envahir.

Salvation, un petit cru d’Emin Alper

En Turquie, la tension monte entre deux villages. Paranoïa et manipulations religieuses attisent la violence. Adoptant les codes des films de genre, Emin Alper ne parvient guère à convaincre, malgré une photographie de qualité, une interprétation impeccable et un final malin.

L’Âme des guerriers (1994), de Lee Tamahori : une tentative de réaffirmation identitaire

Œuvre sur le déclin culturel des Maoris, ce premier long-métrage de Lee Tamahori propose un portrait sans concession de la misère et de la violence dans lesquelles patauge une communauté déracinée. Aux côtés de La Leçon de piano de Jane Campion, sorti un an plus tôt, cette tragédie grecque doublée d’une œuvre choc a permis de mettre la Nouvelle-Zélande sur la carte du cinéma mondial.

La frappe : Sans les mots

La frappe explore avec une caméra au plus près des visages les cicatrices laissées par un père abuseur. Julien Gaspar-Oliveri signe une œuvre tendue et rugueuse, entre drame intime et chronique familiale. Un film qui déroute par son refus de trancher mais finit par séduire lorsqu'il renoue avec une narration plus ferme. Une proposition fragile, parfois monotone, mais qui s'essaye à une certaine forme.

Utu Redux : quand la vengeance devient un incendie sans fin

Le western maori de Geoff Murphy plonge dans la guerre de Te Kooti, tourné à cru dans le bush néo-zélandais. Entre villages incendiés, humour noir et camps jamais figés, le film capture un engrenage de vengeance coloniale où personne ne reste épargné, jusqu'à une scène finale qui vide le mot "utu" de son sens.
Thierry Jacquet
Thierry Jacquethttps://www.lemagducine.fr/
Bressan d'origine, littéraire raté de formation, amateur de bonne chère et de bons vins, sans oublier le corps des femmes (de la mienne en fait). Le cinéma meuble mes moments perdus, et ils sont nombreux. Pas sectaire pour deux sous je mange à tous les râteliers, passant du cinéma d'auteur au blockbuster sans sourciller. En somme un homme heureux de voir et écrire sur le cinéma.

La Bataille de Gaulle : pourquoi Antonin Baudry a confié son diptyque à deux compositeurs opposés

En confiant les deux volets de La Bataille de Gaulle à Volker Bertelmann puis à Théo Cascio, Antonin Baudry fait de son diptyque un objet musical rare, dont la rupture sonore éclaire aussi la réception critique.

La Baleine et le musicien, L’Illusion de Yakushima, Backrooms : trois compositeurs face à un destinataire qu’on n’attendait pas

Rone seul sur un catamaran au large de La Réunion, à attendre plusieurs jours avant de jouer ses premières notes pour une baleine à bosse. Koki Nakano qui compose ses 27 minutes de musique pour les deux heures de film de Naomi Kawase sur le don d'organe pédiatrique au Japon. Kane Parsons, vingt ans, qui co-compose la bande originale du plus gros succès de l'histoire d'A24, pour des espaces 3D vides hérités d'un mythe internet. Trois films sortis cette semaine, trois compositeurs face à un même geste : continuer à composer quand la garantie du destinataire est partie.

John Williams, David Holmes, Dupieux : trois musiques de films qui brouillent les pistes

Avec Disclosure Day, The Christophers et Le Vertige, John Williams, David Holmes et Franck Lascombes signent trois partitions où la musique ne dit plus seulement le film : elle déplace la question de l’auteur, de la signature et de l’identité sonore.