Accueil Blog Page 677

American Horror Story Hotel, saison 5 : Une série de Ryan Murphy et Brad Falchuk

American Horror Story Hotel commençait bien, après une saison 4 pas totalement convaincante mais qui rattrapait une saison 3 déjà bien décevante. La série semblait alors prendre un nouveau départ.

Synopsis : Une série de meurtres sanglants commis à Los Angeles amène le détective John Lowe jusqu’au mystérieux Hôtel Cortez, tenu par la comtesse Elizabeth et hanté par de macabres résidents.

Début très prometteur

 Le grand changement de cette saison est bien sûr l’absence de Jessica Lange, impératrice incontestée de la série. Il va sans dire que cela n’a pas plu à tous les fans, cet adieu était pourtant nécessaire car, si l’actrice nous a offert des performances habitées et mémorables, ses personnages n’en étaient en fait qu’une seule entité recyclée saison après saison.
Apprenant alors les leçons de Freak Show dont la principale faiblesse était ses personnages et situations vus et revus, Ryan Murphy chamboule les rôles et c’est avec surprise qu’on retrouve Evan Peters jusqu’alors habitué aux rôles de “gentils” jouer le défunt fondateur du Cortez, Mr. March, accessoirement serial killer, qui avait construit l’hôtel dans le seul but d’en faire un immense vide cadavres et ainsi pouvoir tuer ses victimes à sa guise. Denis O’Hare nous surprend lui aussi avec son nouveau rôle, celui de l’émouvante Liz Taylor, barman travesti, qui change profondément des personnages habituellement antipathiques de l’acteur. On retrouve brièvement Lily Rabe dans deux épisodes, notamment dans le très bon Devil’s Night, où elle interprète Aileen Wuornos ou plutôt le fantôme de cette prostituée devenue serial killer. Après une apparition furtive dans Freak Show, Matt Bomer et Wes Bentley sont promus personnages principaux. Et enfin mais pas des moindres : Lady Gaga elle-même, qui a su convaincre les plus sceptiques d’entre nous en offrant une performance plus qu’honnête pour son premier rôle, celui de la vampirique Comtesse Elizabeth.

Pourquoi changer quand ça marche ?

Un casting plutôt alléchant au sein d’un superbe décor donc, car si on peut accorder quelque chose à Murphy c’est bien son titre de “créateur d’univers”, avec ses décors travaillés et sa photographie léchée, Hotel à une esthétique très aboutie. Le Cortez fait partie intégrante des personnages et on se complaît à errer dans ses couloirs kubrickiens.
Mais voilà, créer de super personnages, les déposer dans un chouette hôtel pour ensuite les laisser vagabonder et tuer anarchiquement les clients, ça ne suffit pas à faire une série. Murphy nous offre un semblant de renouveau avec le premier épisode mais s’arrête ici, ne remettant rien d’autre en question et on retrouve alors tout ce qui faisait défaut aux saisons précédentes. A l’instar de ses aînées, Hotel est une saison en dent de scie, alternant des épisodes palpitants et d’autres terriblement en dessous de nos attentes, comme si les scénaristes se lassaient en chemin. Car si les personnages étaient prometteurs, leurs histoires ne suivent pas : la créature au gode tout droit sorti de Seven n’est que très peu évoquée alors qu’elle était de loin le personnage le plus intriguant de l’hôtel, de même que les enfants vampires créés par la comtesse, un des secrets énigmatiques de l’hôtel qui ne mène pourtant nulle part au final. La plupart des histoires sont bâclées et mises de côté même celle du mystérieux détective John Lowe, personnage principal qui nous faisait découvrir l’hôtel autour duquel le récit était centré mais qui disparaît au fil des épisodes, n’apparaissant qu’occasionnellement avant de voir le dénouement de son récit expédié lors du finale. Si les premières saisons avaient réussi à gérer ce trop plein de personnages et de récits, Hotel n’y parvient pas et donne l’impression d’un fouillis incontrôlé pour lequel on peine à sympathiser avec ces personnages qui manquent de profondeur. Mention spéciale a Denis O’Hare cependant, qui arrive à nous émouvoir et fait de Liz Taylor le personnage le plus touchant de la saison et à vrai dire le seul dont l’histoire nous intéresse réellement. Au final, Hotel ne nous offre rien de bien nouveau, les nouveaux rôles reprennent en fait le schéma habituel, Jessica Lange a juste été remplacé par une version plus jeune d’elle-même. Redondant jusqu’au dernier épisode, sorte d’épilogue happy end où tous les fantômes se trouvent une raison d’être, American Horror Story nous rabroue ici encore et avec peu de subtilité l’idéologie qui affirme que même les freaks ont le droit au bonheur, mais après cinq saisons on est en droit de se demander si on n’a pas un peu fait le tour de la question.

Et l’horreur dans tout ça ?

Pensant qu’une série en anthologie signifie assez de renouveau pour faire ce qu’ils veulent, les créateurs perdent de vue le concept original. Exit l’ambiance glauque à souhait sur laquelle la série devait reposer mais pas de problème quant à recycler les personnages et les histoires à l’infini alors que c’est tout le contraire qu’ils auraient dû faire.
Outre les problèmes scénaristiques, American Horror Story peine à garder l’ambiance qui a fait sa renommée et même si les touches d’humour de plus en plus présentes sont les bienvenues (la scène de la fusillade sur “Hotline Bling” ou encore celle de la vidéo tribute d’Iris étaient aussi surprenantes qu’hilarantes), le reste n’a malheureusement plus rien à voir avec ses débuts. Additionnant scènes sanglantes et références horrifiques le tout sur de la bonne musique goth/punk, certains moments sont assez jubilatoires, mais il nous manque quelque chose. Hotel n’arrive jamais vraiment à nous faire peur.
American Horror Story était la promesse d’un film d’horreur sordide et terrifiant au format série. Et les deux premières saisons ont tenu cette promesse, nous faisant frissonner de peur et nous déstabilisant tant la série était dérangeante à l’époque mais qui est loin d’être le cas à présent. Alors soit, on nous offre un vrai bain de sang et du sexe à chaque épisode, mais c’est loin, très loin d’être suffisant pour nous choquer. Devant cette provocation facile on ne peut que se sentir nostalgique des débuts, quand les mystères de Murder House nous empêchaient de dormir le soir ou quand Asylum nous avait offert un univers tellement glauque qu’il devenait presque insoutenable à regarder par moment et nous restait en tête bien après l’épisode.
On continue d’espérer à chaque nouvelle saison la renaissance de la série tout en sachant au fond qu’on ne retrouvera rien de tout ça. Et c’est cette sensation de rester sur notre faim à chaque fois, cette frustration de voir un tel potentiel gâché qui nous empêche d’apprécier pleinement la série et c’est bien dommage.

On ne va pas se mentir, la série reste bonne, et malgré ses défauts évidents il nous arrive de prendre encore notre pied. Une fois encore, on attend avec impatience la saison prochaine, piégé par ce concept d’anthologie qui ne cesse d’attiser notre curiosité, mais encore combien de temps avant qu’on se lasse définitivement ?

American Horror Story Hotel, saison 5 – Bande-annonce

American Horror Story Hotel, saison 5 : Fiche Technique

Création : Ryan Murphy et Brad Falchuk
Réalisation : Bradley Buecker, Alfonsa Gomez-Rejon et David Semel
Scénario : Ryan Murphy, Brad Falchuk, Tim Minear, Jennifer Salt, Jessica Sharzer et James Wong
Interprétation : Kathy Bates, Sarah Paulson, Evan Peters, Wes Bentley, Matt Bomer, Denis O’Hare, Lady Gaga…
Décors : Mark Worthington
Costumes : Chrisi Karvonides-Dushenko
Photographie : John B. Aronson et Michael Goi
Montage : Adam Penn, Fabienne Bouville, Bradley Buecker et Robert Komatsu
Musique : James S. Levine
Casting : Eric Dawson, Carol Kritzer et Robert J. Ulrich
Production : Alexis Martin Woodall et Chip Vucelich ; Tim Minear (consultant) ; Jessica Sharzer (superviseur)
Production exécutive : Dante Di Loreto, Brad Falchuk, Ryan Murphy, Bradley Buecker, Jennifer Salt et James Wong
Société de production : 20th Century Fox
Genre : horreur, dramatique, fantastique
Format : 12 épisodes de 42 minutes
Diffusion: FX

Into the Wild, un film de Sean Penn : Critique

Sean Penn, acteur extrêmement reconnu, prouve à nouveau en 2008 en réalisant Into The wild, qu’il est aussi à l’aise derrière la caméra que devant. En adaptant au cinéma le roman de Jon Krakauer,

Synopsis : Il s’agit là des pérégrinations intellectuelles, spirituelles, physiques et morales d’un jeune homme américain fraîchement diplômé d’Harvard et qui est bien parti pour prendre le même chemin que ses parents pour finir très haut placé. Mais tout d’un coup, il réalise que cette société le dégoûte bien trop pour se fondre hypocritement dans la masse et d’abandonner à terme ce en quoi il aspire réellement, comme tout Homme : le bonheur. S’ensuit une « fugue » de la vie telle qu’elle est, pour entamer une poursuite passionnée et acharnée de la vie telle qu’elle devrait être conçue par l’Homme, qui a depuis longtemps perdu de vue cette vérité. L’esprit et le coeur rempli des plus grands récits de la Littérature (London, Tolstoï… ), il va chercher à s’affranchir de sa destinée et vivre une quête personnelle d’absolu. Son ultime frontière sera l’Alaska, l’un des derniers territoires encore « vierge » de civilisation et de progrès.

Sean Penn fait mouche, tant cette œuvre marquera le cinéma de son empreinte, devenant sans doute l’un des road-movies les plus cultes. Ce film scelle de façon exacte une vérité de l’émotion en frôlant parfois la grandiloquence mais tout en restant d’un lyrisme efficace.

« Il est au sein des bois un charme solitaire, Un pur ravissement aux confins du désert, Et de douces présences où nul ne s’aventure. Au bord de l’océan qui gronde et qui murmure, Sans cesser d’aimer l’homme, j’adore la Nature »

Cette œuvre résonne comme un chant. Elle est une véritable ode à la Nature et à la place que devrait tenir l’Homme, c’est-à-dire soumis à la respecter jusqu’à son dernier souffle, car c’est bien elle qui donne la vie et la maintient.

Cette sensation de paix, d’harmonie et d’amour avec son environnement épargné par la main de l’Homme, l’infime espoir d’une possibilité d’évolution de la situation environnementale et sociale actuelle, tout cela ressort superbement de cette œuvre grandiose. C’est pourquoi Into the Wild semble indispensable, comme un reflet de nos velléités.

Into the Wild c’est quand même beaucoup plus qu’un simple éloge de la liberté, beaucoup plus qu’un film pour adolescents anticonformistes. Sean Penn laisse la place à la pluralité des points de vue. Il se permet de proposer plusieurs morales au sein du même film. Il n’impose rien et laisse à son spectateur la possibilité de se construire lui-même sa ligne directrice, selon ses souhaits, ses principes, ses convictions. Ainsi il s’adresse autant à celui qui veut y voir une critique de la société et un retour aux sources libérateur, qu’à celui qui veut y voir l’échec de la désocialisation et la nécessité – vitale – du « vivre ensemble ». Dans les deux cas, il touche à la fibre humaine de chacun d’entre nous, dans notre rapport aux autres, à la nature et à la société.

Son personnage, Christopher, a construit une peur phobique du mensonge, ne trouvant que la nature comme compagne fidèle, certes parfois hostile, mais toujours vraie, toujours honnête. Mais ce n’est pas qu’un homme à la recherche de la « vérité ». C’est aussi un aventurier qui a soif d’expériences, de sensations fortes. Il y a ainsi deux dimensions dans sa quête : la dimension spirituelle, liée à l’esprit, et la dimension irréfléchie, liée au corps, à l’expérience physique. Tout cela se rejoint pour constituer un personnage plus pluriel qu’il n’y paraît, plus intéressant, aussi. Les rencontres qu’il fait au cours de son errance contribuant à accentuer cela. Des rencontres qui fascinent dans la mesure où elles sont toujours imprégnées de cette fameuse « vérité ». Il y a une telle donation mutuelle, un tel partage, une telle tendresse communicative, que l’on prend conscience, au travers de tous ces portraits esquissés, de la nécessité qu’ont les hommes de se livrer, de s’emmêler, de se prendre et de se donner. Les acteurs se donnent d’ailleurs corps et âmes, pour donner vie à ces personnages. L’humanité, la tendresse, l’émotion, jouées et improvisées devant la caméra, font tellement vraies. Et puis les regards, ces regards disent tout, ils sont merveilleux.

La réalisation enrobe le tout, en étant très virtuose – les ralentis, les effets de lumières toujours cohérents, le montage tantôt discret tantôt survitaminé, les interludes musicaux –, toute la machinerie cinématographique est maîtrisée à la perfection pour accompagner la quête du personnage comme il se doit. On est là, à côté de lui mais en même temps distants, en pleine contemplation. On partage certaines de ses tâches les plus quotidiennes sans pour autant tomber dans le réalisme. C’est toujours pensé selon une logique poétique ; Sean Penn transcende alors ainsi le réel pour en faire jaillir la beauté, rien que la beauté, celle des corps, des paysages, de la vie.

Les deux éléments les plus importants qui marquent le plus dans ce film restent la photographie et la musique. Et quand les deux sont mêlées, c’est tout simplement incroyable. Eddie Vedder a sans doute réalisé la meilleure bande originale qu’il m’ait été donné d’entendre. Sa voix, d’un timbre assez rare, et sa guitare, jouant des notes très finement placées, sont en adéquation totale avec les paysages grandioses des Etats-Unis choisis par le photographe Eric Gauthier, du Dakota du Nord à l’Alaska, en passant par le Grand Canyon. Tout au long du film, les morceaux écrits par Vedder nous bercent au rythme du périple de Christopher.

Outre cette magnificence esthétique, c’est avec émotion que l’on suit le parcourt de ce héros atypique, anticonformiste et antimatérialiste partit à la recherche de son idéal. Malgré son étonnante simplicité le film reste porteur d’un authentique et universel message de liberté, sous couvert de désaliénation.

Des images, des musiques et des acteurs magnifiques au service d’un film profondément idéaliste et romantique (au sens premier : aspiré vers un absolu, une transcendance, une pureté). Mais ce film ne suit pas naïvement ces penchants utopistes : par les rencontres que le personnage fait, par son destin tragique, par ses réflexions, on est amené à s’interroger sur le sens de cette quête d’absolu, sur ce qui fait notre humanité quelque part entre idéalisme personnel et réalisme social.

Into the Wild : Fiche Technique

États-Unis – 2007
Réalisation: Sean Penn
Scénario: Sean Penn d’après: le livre Voyage au bout de la solitude de Jon Krakauer
Interprétation: Emile Hirsch (Christopher McCandless), Marcia Gay Harden (Billie McCandless), William Hurt (Walt McCandless), Jena Malone (Carine McCandless), Brian Dierker (Rainey), Catherine Keener (Jan Burres), Vince Vaughn (Wayne Westerberg)…
Image: Éric Gautier
Montage: Jay Cassidy
Musique: Michael Brook, Kaki King, Eddie Vedder
Producteur(s): Sean Penn, Art Linson, Bill Pohlad
Date de sortie: 9 janvier 2008
Durée: 2h27

 

 

Première bande annonce épique pour l’adaptation d’Assassin’s Creed !

0

Une bande annonce épique et stylisée pour l’adaptation de la franchise vidéoludique « Assassin’s Creed »

Sorti le 13 novembre 2007, le jeu vidéo Assassin’s Creed, premier d’une future longue franchise vidéoludique, est un carton internationale et permet à son studio français, Ubisoft, de s’implanter au niveau mondial et de donner une référence francophone dans le milieu du jeu vidéo. Narrant l’histoire de Desmond Miles, un barman descendant de la confrérie des assassins et forcé par la sombre société Abstergo à rentrer dans un « Animus », une machine permettant à son utilisateur de visualiser la mémoire génétique de ses ancêtres.

Sous fond de complot, de religion et d’Histoire, le sujet s’intègre parfaitement à une mécanique cinématographique et peu avant la sortie de Assassin’s Creed III, Ubisoft Entertainment annonce un partenariat avec la 20th century Fox pour une adaptation sur grand écran. Ainsi, les annonces et les théories se mettent à pleuvoir jusqu’aux officialisations de casting : Michael Fassbender, Marion Cotillard, Jeremy Irons, Brendan Gleeson, Denis Menochet pour l’acting et Justin Kurzel, auteur du fabuleux et stylisé Macbeth, à la réalisation. Une sortie est alors annoncée pour décembre 2016 et après une série d’images alléchantes, la toute première bande annonce du long métrage vient d’être dévoilée.

 

Affublée d’une esthétique prometteuse, la bande annonce tient toutes ses promesses au niveau visuel. On suit alors l’histoire de Callum Lynch (Michael Fassbender) se réveillant sur un lit d’hôpital et accompagné du Dr Sophia Rikkin (Marion Cotillard). Avec une trame similaire aux jeux vidéos, Callum revit les aventures de son ancêtre, Aguilar de Nehra, dans l’Espagne du XVe siècle. Callum découvre qu’il est issu d’une mystérieuse société secrète, les Assassins, et amasse les connaissances dont il aura besoin pour affronter une autre redoutable organisation : l’Ordre des templiers. Promettant des batailles épiques et une esthétique des plus intéressantes, l’adaptation cinématographique d’Asssassin’s Creed confirme son statut d’attente privilégiée de fin d’année et semble, avec Rogue One : A Star Wars story, promettre une fin d’année riche en expériences visuelles.

Bande-annonce de l’adaptation cinématographique d’Assassin’s Creed 

Cannes 2016 : Sieranevada de Cristi Puiu (Compétition Officielle)

La Review Pour/Contre de Cannes : Sieranevada de Cristi Puiu

Synopsis : Trois jours après l’attentat contre Charlie Hebdo et quarante jours après la mort de son père. Lary – 40 ans, docteur en médecine – va passer son samedi au sein de la famille réunie à l’occasion de la commémoration du défunt. L’événement, pourtant, ne se déroule pas comme prévu. Forcé à affronter ses peurs et son passé et contraint de reconsidérer la place qu’il occupe à l’intérieur de la famille, Lary sera conduit à dire sa part de vérité.

L’avis sans doute surestimé de Kévin

            Première sélection dans la compétition cannoise pour Cristi Puiu qui, avec Cristian Mungiu (4 mois, 3 semaines, 2 jours) est l’un des fers de lance du cinéma roumain. Ce déjà-habitué de la Croisette (il a remporté le Prix Un Certain Regard en 2005 pour La Mort de Dante Lazarescu) dresse avec Sieranevada un portrait habile, cynique et oppressant de la société roumaine coincée entre ses traditions, ses tensions, ses peurs et ses doutes. Le film suit le repas d’une famille dont la tension et les rancœurs vont lui donner des allures de règlements de compte. Une exécution familiale en somme qui se déroule quasi-intégralement en huis-clos, soit dans un appartement fermé où les personnages passent de pièce en pièce, chacune comprenant un récit qui fait partie d’une intrigue générale où tout se mêle, se chevauche et s’envenime.

            Cristi Puiu aborde le point de vue de Larry, un personnage imposant et attachant -bien qu’un peu maladroit- qui agit comme observateur. Celui qui l’incarne n’est autre que Mimi Branescu, un acteur que les amateurs de Cristi Puiu reconnaîtront puisqu’il était déjà présent dans La Mort de Dante Lazarescu. Doté d’une profondeur qui lui permet de jouer une vague palette d’émotions, il apporte au récit une compassion, une autorité soudaine (il devient l’homme de la famille), une absurdité (par ses rires nerveux) et une mélancolie toutes bienvenues qui en font un personnage terriblement attachant. Tout le film n’est pour Lary qu’une succession de situations gênantes où il se retrouve coincé malgré lui dans les colères noires de sa femme, les mauvais stationnements, les disputes familiales, les discussions conspirationnistes, les révélations et ce repas gargantuesque qui n’arrive jamais. Jeune neurologue qui voyage en France et à Genève pour le travail, Lary n’est autre que cette représentation de la Roumanie qui tente de trouver sa place mais qui ne peut se défaire de son passé, de ses tensions internes et de ses vices.

            Bien qu’interminable (avec ses 2h53 dans le ventre), Sieranevada fascine et bouleverse par la justesse de ses acteurs, l’authenticité de sa mise en scène et la représentation d’une Roumanie qui se cherche et ne sait pas où se situer, entre son passé conservateur et son désir d’aller de l’avant. Ses baisses de régime n’y font rien, on est subjugué par la force évocatrice de ce huis-clos qui donne à voir une critique juste et nuancée d’un pays divisé en deux. Un Prix (du Scénario ?) ne serait assurément pas démérité.

 Retour mi-figue mi-raisin par Benjamin

            La salle Debussy du Palais des Festivals est plongée dans le noir. Tout à coup, le film démarre sur un long plan séquence avec la caméra fixée sur son axe, manipulée dans des panoramiques horizontaux. Tel le Rossellini des temps du Messie (1975), le réalisateur capte un moment, ou plutôt un instant, et tous ses moments / accidents. Un papa barbu sympathique est mal garé, il est entré dans un bâtiment, une camionnette arrive et attend que le conducteur revienne. Le barbu est suivi d’une femme élégante, accompagnée d’une petite fille puis d’une femme âgée (la grand-mère de la petite, la maman de la grande). Le plan ne s’arrête pas là, la voiture fera le tour du bloc de bâtiment encore une fois. Les deux individus sortiront, déposeront la gamine et repartiront à deux. Ainsi commence Sieranevada, film réalisé par Cristi Puiu, en compétition officielle au Festival de Cannes édition 2016.

            Le métrage long de ses deux heures et cinquante-trois minutes suivra le protagoniste barbu pendant un diner de famille (au repas sans cesse retardé). Comme dans Le Prénom (2012) ou dans Carnage (2011), cette réunion devient le théâtre d’événements familiaux, de révélations, de relations ouvertes à l’autre, de drames, de rires et d’absurdité. Un théâtre familial qui en amène très peu subtilement un autre, celui de la Roumanie, avec ses secrets, ses blessures, ses paradoxes, ses rituels, ses conflits internes, et ses histoires d’une grande Histoire qui reste encore mystérieuse. Le film, construit comme une pièce de théâtre naturaliste – avec la caméra qui observe à partir de très longs plans fixes dont le seul mouvement tient de panoramiques –, avec un espace central, la maison, et quelques autres espaces extérieurs et surtout intérieurs, la voiture, est loin d’être justement réaliste. L’idée d’un film de groupe (familial, amical) agissant dans une maison, et dont les membres vont se révéler les uns aux autres – via des disputes, des échanges, des relations parfois absurdes – n’est pas nouveau comme il a été noté précédemment. Aussi l’idée d’un film naturaliste s’efface rapidement avec la mise en place de personnages-types, archétypaux dira-t-on : la vieille mémé convaincue, le jeune homme moqué pour ses convictions, la mama roumaine… Un comic relief vient alléger le film entre deux moments dramatiques et mêmes tragiques, cela pendant tout le métrage, notamment avec l’usage de punchlines qu’on ne trouverait qu’au cinéma. L’ensemble est très chorégraphié, ainsi la captation du réel se transforme presque en ballet corporel. Le scénario peu subtil cache difficilement ses grosses ficelles : un personnage extérieur arrive, bouleversant les espaces et les relations / situations des autres personnes. Le protagoniste barbu rentre dans une pièce, visitant des espaces bien définis (la cuisine où on prépare les repas, on se dispute / se stresse / s’énerve et aussi où l’on fume), parfois isolés des autres lors du saut de la caméra dans celui-ci, provoquant l’arrivée d’une scène dans ce présent de cet espace. Ce travail très théâtral est loin d’être inintéressant, notamment puisqu’il tend à servir ce naturalisme, cette observation de ce chapitre de vie de la famille, véritable carrefour d’événements s’enchaînant les uns après les autres et s’empilant ou s’empalant, de manière irréaliste. Il s’agit plus particulièrement du parcours du barbu dans tout ce brouhaha.

            Si certains moments sont d’une extrême justesse, c’est-à-dire qu’ils sont purement humains, la majorité du film manque d’incarnation, d’humanité (et alors de subtilité), d’accidents, ce que recherche d’ailleurs le métrage à travers des panoramiques (faussement ?) hésitants. L’ensemble, s’il n’est pas original, est trop mécanique, trop écrit, trop mis en scène, et bien trop long. Nous aurions espérer avoir plus de ces 2h53, toutefois comme les personnages et acteurs complètement sincères et justes à sa fin, nous touchons à une certaine euphorie, à de l’absurdité, à l’idée que la vie reprenne et qu’enfin le repas – cannois pour notre part – soit dégusté.

Sieranevada
Un film de Cristi Puiu
Avec Mimi Branescu, Judith State, Bogdan Dumitrache
Distribution: Wild Bunch
Durée : 177 minutes
Genre : Drame
Date de sortie indéterminée

Roumanie – 2016

Sieranevada : Extrait

 

Baden Baden, un film de Rachel Lang : critique

Synopsis : Après une expérience ratée sur le tournage d’un film à l’étranger, Ana, 26 ans, retourne à Strasbourg, sa ville natale. Le temps d’un été caniculaire, elle se met en tête de remplacer la baignoire de sa grand-mère par une douche de plain pied, mange des petits pois carotte au ketchup, roule en Porsche, cueille des mirabelles, perd son permis, couche avec son meilleur ami et retombe dans les bras de son ex. Bref, cet été là, Ana tente de se débrouiller avec la vie.

Ana de-ci de-là

Ana a 26 ans, elle cumule des petits boulots à droite à gauche au gré de ses rencontres sans se fixer un quelconque objectif sur le long-terme. Elle navigue à vue, sans élaborer de grands projets, elle vit ici et maintenant, dans une existence pas vraiment stable, parce que l’engagement angoisse et que choisir paralyse. Dans la vie précaire d’Ana peut se reconnaître une bonne partie de la jeunesse d’aujourd’hui. Sans chercher à exploiter les ressorts du film social qui auraient fait de Baden Baden une étude de cas, Rachel Lang obtient un instantané de la société en évitant les lourdeurs dramatiques que l’on retrouve dans de nombreux films sociaux. L’instabilité et la précarité ne sont pas vécues comme une humiliation, c’est simplement un état de fait. Ana ne cherche pas une voie vers une sécurité routinière, elle ne trace pas une route, mais plusieurs chemins sinueux. Elle expérimente autant qu’elle échoue, recule puis ose à nouveau, elle ne se laisse pas enfermer dans les rôles qu’on souhaiterait la voir jouer, elle est un peu tout, mais jamais exactement comme les autres aimeraient qu’elle soit. Ce protagoniste constitue à lui seul (ou presque, la grand-mère d’Ana, jouée par Claude Gensac est aussi une merveille d’interprétation) la plus belle réussite du film. Rendre toute la complexité et les ambivalences d’une personnalité, c’est témoigner d’un grand respect de ses personnages, et par extension de son public, auquel on n’apporte pas du prototype prêt à être produit en grande série.

Dans la lignée de ces jeunes réalisatrices trentenaires, Lang propose un portrait de femme vu à travers les yeux d’une autre femme. Céline Sciamma, Lucie Borleteau, Mia Hansen-Love, Deniz Gamze Ergüven, elles sont de plus en plus nombreuses, ces cinéastes qui décident que l’image des femmes ne se fera pas sans le regard de celles-ci. Ce travail prend bien des aspects : déconstruire les clichés les plus éculés du féminin (à commencer par cette idée surannée d’essence féminine), désacraliser les corps des femmes, érotisés jusqu’à l’usure et chosifiés et leur permettre ainsi de recouvrer leur autonomie, lever les tabous qui sont nombreux à persister, sous-tendus par une pudibonderie racornie etc… La liste est encore longue ! Ce qui est remarquable dans le film de Rachel Lang c’est qu’elle offre deux très beaux rôles à deux comédiennes issues de générations bien différentes, et que chaque personnage est tout aussi ciselé. En effet, si Salomé Richard est bien l’héroïne de Baden Baden, Claude Gensac, la grand-mère n’est pas en reste. Là aussi, la réalisatrice a pris soin de ne pas cantonner le personnage à des poncifs. La vieille dame est tout à la fois drôle, cynique, touchante, lucide, toute une palettes de jeu que l’actrice, dont la carrière connaît un renouveau depuis quelques années, met en œuvre avec brio. Il est intéressant que les deux femmes qui portent ce film soient toutes les deux à la marge. Ana avec ses errances professionnelles et amoureuses n’apparaît pas comme « accomplie » aux yeux de sa mère. Quant à la grand-mère, elle craint de devenir une inapte, un poids mort, « si je deviens un légume, il faudra que tu me piques » dit-elle à sa petite fille. Outre ces très beaux rôles féminins, les hommes ne sont pas absents mais sont vus par le prisme du regard d’Ana, donc forcément moins développés. Ils sont des amis, des amants, des rencontres et passent d’une case à l’autre sans peine, additionnant les fonctions (encore une fois, pas de frontière étanche, les personnages chez Rachel Lang ne sont pas des archétypes).

En dehors de la performance des deux actrices principales qui marque les esprits, le rythme de Baden Baden est plutôt vif et enlevé, sans fioritures ni longueurs. Le montage suit Ana dans ses errances sans perdre l’intérêt du public. Toutefois, le ressort narratif final est plutôt attendu et apparaît comme un moyen de clore le film de façon à refermer l’histoire clairement. Peut-être la cinéaste aurait-elle pu choisir de demeurer en suspens, sur le fil, comme le fait son héroïne tout au long de l’intrigue.

Avec ce premier long métrage, Rachel Lang impose un style marqué et marquant dont les personnages particulièrement ciselés sont le cœur d’ouvrage. Une réalisatrice à suivre !

Baden Baden : bande annonce

https://www.youtube.com/watch?v=HszNKDpbwZU

Baden Baden : fiche technique

Réalisation : Rachel Lang
Scénario : Rachel Lang
Interprétation : Salomé Richard (Ana), Claude Gensac (la grand-mère), Lazare Gousseau (Grégoire), Swann Arlaud (Simon), Olivier Chantreau (Boris), Jorijn Vriesendorp (Mira), Noémie Rosset (Meriem), Zabou Breitman (la mère d’Ana), Driss Ramdi (Amar)
Photographie : Fiona Braillon
Montage : Sophie Vercruysse
Son : Aline Huber
Production : Valérie Bournonville, Pierre-Louis Cassou, Jérémy Forni, Joseph Rouschop
Distribution : Jour 2 Fête
Genre : comédie dramatique
Durée : 1h36
Date de sortie : 4 mai 2016Belgique/France – 2016

Les Hauts de Hurlevent, un film d’Andrea Arnold : Critique

A peine quelque mois après l’adaptation de Jane Eyre (Charlotte Brontë) par l’américain Cary Joji Fukunaga (sin Nombre), voici qu’Andrea Arnold délaisse les HLM de Red Road et de Fish Tank, ses deux films primés à Cannes, pour une 27ème adaptation de Les Hauts de Hurlevent, unique roman d’Emily, une autre Brontë.

Synopsis : Angleterre – XIXème siècle. Heathcliff, un enfant vagabond, est recueilli par M. Earnshaw qui vit seul avec ses deux enfants, Hindley et Cathy, dans une ferme isolée. Heathcliff est bientôt confronté aux violences de Hindley, jaloux de l’attention de son père pour cet étranger. Le jeune garçon devient le protégé de Cathy. A la mort de M. Earnshaw, Cathy est courtisée par le fils de riches voisins, laissant peu à peu Heathcliff à la merci de Hindley. A l’annonce du prochain mariage de Cathy, Heathcliff s’enfuit. L’attachement fraternel qu’il vouait à Cathy se transforme alors en un amour obsessionnel…

Animal Kingdom.

Les sœurs Brontë sont si peu conventionnelles pour leur époque, Emily en particulier avec sa sauvagerie, si romantiques et si gothiques, qu’il n’est pas étonnant que la cinéaste, qui ne craint pas l’adversité, ait eu envie de se frotter à ce roman, de manière assez radicale il faut bien le dire, en expurgeant justement le gothique et en réalisant un film extrêmement naturaliste. Les Hauts de Hurlevent, ce classique de la littérature anglaise, raconte une très sombre histoire d’amours et de vengeance. Heathcliff est un bohémien recueilli par le père de Cathy Earnshaw. Hindley, le frère de Cathy, profite de la mort de Mr Earnshaw pour ramener Heathcliff plus bas que terre en le traitant pire qu’un esclave, alors qu’en même temps de sentiments profonds se nouent entre ce dernier et Cathy. Leur relation est contrariée et Heathcliff s’enfuit. Le roman se déroule sur de longues années, et Heathcliff, devenu prospère, revient à Wuthering Heights pour fomenter une vengeance à travers les générations. Emily Brontë s’est beaucoup inspirée de son propre frère Bramwell pour composer des hommes féroces et violents (Heathcliff et Hindley). Tout comme ses sœurs, tout comme George Sand, l’auteure a dû prendre le pseudonyme masculin d’Ellis Bell pour publier son histoire, encore plus avant-gardiste que celles de ses consœurs…

Tourné en format « carré » 4/3, comme Fish Tank, cette nouvelle version est aux antipodes du film de William Wyler tourné en 1939, l’adaptation la plus célèbre à ce jour, un vrai film en costumes, lisse, avec un Laurence Oliver aussi éloigné que possible du « gitan » décrit plusieurs fois dans le livre de la romancière. Par comparaison au Jane Eyre de Fukunaga, qui laisse au contraire les paysages prendre une dimension expansive sur sa pellicule, Andrea Arnold  choisit de contenir les vastes landes du Nord de l’Angleterre, les moors du Yorkshire qu’elle filme en long, en large et en travers dans les environs du chemin du Pennine Way, dans un format plus étriqué, comme pour ramener les choses à hauteur des deux enfants, Heathcliff (Solomon Glave) et Cathy (Shannon Beer), qui occupent une large partie du récit.

De telles contradictions s’insèrent dans un schéma global de radicalité qu’Andrea Arnold semble s’être fixée pour la réalisation de ce film. Ainsi, par exemple, si les intentions socio-politiques d’Emily Brontë ne sont pas forcément claires ni conscientes en choisissant de faire de Heathcliff un étranger (« a dark-skinned gypsy »), la cinéaste va au bout de la logique en mettant en exergue la différence, et en adoptant un Heathcliff noir. Ainsi encore, la caméra constamment à l’épaule, produisant des images heurtées qui sont là pour interroger le regard ; et ainsi enfin, l’absence quasi totale de musique, à l’exception d’une magnifique chanson des Mumford & Sons à une minute de la fin du film, pour laisser la part belle au hurlement du vent. Les dialogues rares et l’authenticité amenée par le relatif anonymat du casting viennent compléter un tableau âpre et intransigeant, qui pourrait en rebuter plus d’un, et pourtant d’une beauté indiscutable (elle a gagné le prix de la meilleure Contribution Technique à Venise), et d’une sensualité inattendue.

Par dessus tout, la cinéaste a choisi un point de vue original pour raconter cette histoire gothique pleine de fantômes, en s’attardant sur la première partie du livre, celle qui concerne l’enfance des protagonistes. Cette mise en avant des enfants, en âge de courir partout et après les animaux lui donne l’occasion de filmer en gros plan, à la manière d’un documentaire animalier, tous les insectes et tous les oiseaux cités par Emily Brontë elle-même : alouettes, chardons, merles ou linottes…Une sorte d’animalisme ou d’anthropomorphisme qui appuie les affirmations de la cinéaste qui pense qu’au centre du roman repose l’idée de l’être humain comme un animal parmi les autres, le plus dangereux d’entre eux sans doute.

De fait, l’amour n’est pas l’enjeu central de la version d’Andrea Arnold du film. Filmé du point de vue d’Heathcliff, le monde est avant tout sensoriel. Une séquence en particulier, aboutissant dans un superbe corps à corps dans les landes boueuses, résume magnifiquement tout ce que la cinéaste voulait montrer : les deux jeunes adolescents se poursuivent et tombent dans la boue dont ils s’emploient à s’enduire l’un l’autre, un acte qui enracine leur attachement plus fortement que des mots…

Tronquée de ses chapitres du début et de la fin, la version d’Andrea Arnold de Les Hauts de Hurlevent a davantage à voir avec ses précédents films, dits sociaux, qu’avec un film en costumes. Les paysages extrêmes du Yorkshire ne sont pas loin des rues et des tours de Red Road. Et bien que la radicalité fasse un peu système (anachronismes de dialogues tels que « fuck you all, cunts », Les Hauts de Hurlevent est un film qui mérite l’attention, voire l’effort, tant la cinéaste ne cherche pas la facilité.

Les Hauts de Hurlevent : Bande annonce

Les Hauts de Hurlevent : Fiche technique

Titre original : Wuthering Heights
Réalisateur : Andrea Arnold
Scénario : Andrea Arnold et Olivia Hetreed, d’après le roman d’Emily Brontë
Interprétation : James Howson (Heathcliff adulte), Solomon Glave (Heathcliff enfant), Paul Hilton (Mr. Earnshaw), Shannon Beer (Cathy jeune), Lee Shaw (Hindley), Amy Wren (Frances), Michael Hughes (Hareton), Kaya Scodelario (Cathy adulte), James Northcote (Edgar Linton), Nichola Burley (Isabella Linton)…
Musique : Mumford & Sons pour la chanson finale
Photographie : Robbie Ryan
Montage : Nicolas Chaudeurge
Producteurs : Robert Bernstein, Douglas Rae, Kevin Loader, Matt Delargy, James Saynor
Maisons de production : Ecosse Films, Film4, HanWay Films, Goldcrest Films International
Films Distribution (France) : Diaphana Films
Récompenses : Prix de la meilleure Contribution technique – Festival de Venise
Budget : 5 000 000 GBP
Durée : 129 min.
Genre : Drame
Date de sortie : 5 Décembre 2012

Royaume Uni – 2011

 

Rencontre avec l’équipe de Mama’s Angel : Séries Mania

Rencontre avec l’équipe créative de Mama’s Angel au festival Séries Mania !

          À l’occasion de la diffusion de ses premiers épisodes (tout justes sortis des tables de montage nous-a-t-on dit) au festival Séries Mania, CineSeriesMag a découvert Mama’s Angel. La série israélienne suit plusieurs familles menant une vie sans histoires dans une banlieue aidée de Tel-Aviv, jusqu’au jour où un meurtre est commis dans le quartier. « D’abord choqués par l’événement, les voisins ne tardent pas à camoufler leur implication directe ou indirecte dans l’affaire. Mama’s Angel sonde les travers de la société israélienne, sur fond de racisme latent et de tensions sociales » peut-on lire sur la brochure de Séries Mania. Après la projection de ces deux très intéressants épisodes et la découverte de cette série au potentiel formidable, son équipe est venue à la rencontre du public. La série dramatique – qui hoche entre comédie, tragédie, étrangeté, telle Twin Peaks ou encore la majorité des films des Frères Coen – a eu comme représentants au festival la créatrice Keren Weissman, le réalisateur Eyal Sella et ses producteurs, Saar Yogev et Naomi Levari.

Votre série travaille sur un sujet difficile, la perte d’un enfant…

            Créatrice : « C’est un sujet difficile, j’ai mis du temps à écrire le scénario (quatre ans). Effectivement c’est une matière difficile. (…) J’ai rédigé plusieurs nouvelles qui se mélangeaient les unes aux autres. Et l’une des choses les plus importantes étaient les parents, la maternité. (…) Les personnages sont venus après l’écriture de l’histoire et ils ont tous une biographie que je connais par cœur. »

Producteurs : « Le sujet est difficile, et en plus de cela, c’est vrai que c’était dur quand on est allé voir les chaînes car c’était très complexe. Il y a tellement de couches (de récits dans la série), il fallait trouver un vrai partenaire. »

            Créatrice : « Le mélange des genres peut être très difficile pour le lecteur, mais c’est naturel pour moi. »

Pourquoi avoir démarré l’histoire le jour de Yom Kippour ?

            Créatrice : « Vous n’êtes pas forcément juifs donc vous n’êtes pas obligés de savoir que c’est un jour sacré (…) même pour les non-religieux. (…) C’est aussi un bon cadre, un bon décor pour la guerre. (…) C’est difficile de répondre aux questions sans révéler le mystère. »

Vous n’hésitez pas à montrer la réalité du racisme qui est très présent en Israël.

            Créatrice : « Je crois qu’aucune société n’est exempte de ça, et chez nous c’est comme ça. Les éthiopiens sont les derniers arrivés, les plus malheureux (…) ça ne concerne pas que les arabes et les juifs. »

Être parent, ce qu’est un parent, sont des sujets essentiels à votre série.

            Créatrice : « Un des sujets très importants de la série c’est évidemment celui d’être parent, et d’avoir à subir la perte d’un enfant. (…) Être parent c’est de l’angoisse, du bonheur… C’est assez personnel, ma famille a dû faire face à une perte. (…) Tout est basé sur de vraies histoires, et pour le reste, tout est basé sur des faits réels. (…) Ce qui m’a vraiment le plus inspiré est la réalité. »

Concernant la réalisation, est-ce que vous vous êtes inspiré de cinéastes, d’autres de vos modèles, ou vous avez voulu inventer une imagerie ?

            Réalisateur : « Le style de la réalisation est tout-à-fait personnel (…) Je voulais faire quelque chose de cinématographique (…) afin qu’on ne voit pas la différence entre cinéma et télévisions. (…) Je veux entendre ma propre voix même si en tant que fan de cinéma, je ne peux pas empêcher les inspirations de s’insérer (inconsciemment) dans mon travail. »

Pouvez-vous nous parler du personnage du jeune homme handicapé ? Comment s’est passé le tournage ?

            Réalisateur : « La plus importante direction prise était que tout se passe au moment présent. (…) L’acteur réagissait vraiment au présent comme un petit poisson… Il est toujours alerte, il fallait être constamment concentré. »

Votre série présente des femmes fortes et des hommes faibles…

            Le réalisateur explique qu’à entretien d’embauche, on lui a demandé si ça l’embêtait de travailler avec des femmes fortes, ce à quoi il a répondu : « Je les adore ».

            Créatrice : « Oui les femmes sont plus fortes que les hommes. Les hommes écrivent les choses mais… là ce que ce que je vous montre est la réalité. »

Qu’est-ce qui vous a motivé à produire la série Mama’s Angel ?

            Producteurs : « Ce qui nous motive, ce sont les bonnes histoires. (…) C’est toujours difficile de faire un film, et même une série, mais les producteurs israéliens font les deux. »

            La rencontre se termina sur l’annonce de la diffusion des dix épisodes de la première saison de Mama’s Angel en Israël début juin. Toutefois, la France n’a pas de date de diffusion prévue.

Serbis, un film de Brillante Mendoza : Critique

Synopsis : Dans la ville d’Ángeles, aux Philippines, le Family est un vieux cinéma dans lequel sont diffusés des films porno datant des années 70. Il est tenu par la famille Pineda qui loge également en ces lieux sordides. Sur quatre générations, le quotidien de cette cellule matriarcale se mêle aux mœurs perverties qui règnent dans ces couloirs labyrinthiques.

Family Business

Ancien pubard devenu, en très peu de temps, le porte-étendard du renouveau du cinéma philippin, Brillante Mendoza a, dans ses trois premiers films, pris un soin tout particulier à la retranscription de la misère sociale de son pays à travers une thématique récurrente : Qu’il s’agisse de massages érotiques dans Le masseur (2005), d’adoptions dans John John (2007) ou de vol à la tire dans Tirador (2007), chaque film interroge sur le rapport entre morale et besoins économiques dans la façon de se faire de l’argent en ne disposant comme outil de travail que de son corps. Cette notion de marchandisation des corps-objets est indubitablement le cœur du propos de ce quatrième film où la pornographie et la prostitution apparaissent comme une industrie source de revenus tout autant que de malaises. Tourné en moins de deux semaines, Serbis, nous plonge au cœur d’un cinéma porno, à la fois lieu de débauche et cocon familial de ses tenanciers, et nous perd dans le dédale de ses couloirs comme les personnages semblent y avoir quelque peu perdus leur âme.

Dès la première scène, Mendoza nous fait clairement comprendre où l’on met les pieds : Une jeune femme nue, s’entrainant à minauder devant un miroir, filmée caméra à l’épaule, est la marque ostentatoire que son film sera placé sous le sceau du voyeurisme. Et la vive lumière qui ouvre cette scène, assimilable à celle d’un projecteur, nous permet de mesurer la dimension métafilmique de son œuvre (rendue indiscutable par le plan de fin, marquée par un effet de pellicule brûlée), d’autant plus évidente que, en singeant les actrices X, le rapport entre cette gamine et son reflet apparait comme l’allégorie du lien entre l’image et la réalité qui imbibera la suite du film. Ces premières minutes permettent également de mesurer à quel point le réalisateur s’applique dans l’art de filmer le corps de ces acteurs. Et pourtant, tout est loin d’être beau chez ces personnages, comme viendront nous le rappeler ces plans sur le furoncle mal placé de l’un des fils de la famille.

Cette volonté de donner une certaine grâce aux personnages sans pour autant les magnifier correspond d’ailleurs à la façon qu’a Mendoza de filmer son décor. L’atmosphère glauque, presque angoissante, du film est d’ailleurs ce que l’on en retient le plus après coup. Le travail de plasticien et l’usage de la caméra portée dont Mendoza faisait déjà usage dans ses précédents films sont ici mis au profit d’un dispositif formel qui parvient à capter à la perfection tout aussi bien l’insalubrité morne des lieux que l’énergie humaine qui y bouillonne. Serbis se savoure d’ailleurs davantage pour son ambiance que pour l’observation des relations familiales. En termes d’intrigue, seule l’évocation du procès du père adultère met en place un semblant d’enjeu émotionnel, mais il ne s’agit finalement que d’un prétexte pour mettre en avant la volonté de contrôle de cette mère acariâtre, véritable patronne de la maison, et la cupidité de ses enfants, uniquement motivés par l’idée d’assurer leur héritage. Davantage que les liens qui unissent les membres de la famille (qui eux-mêmes préfèrent fermer les yeux sur certaines dérives incestueuses), le réalisateur filme avec un soin digne d’un documentaire le travail de chacun, tel que le cadet des fils obligé à plusieurs reprises de déboucher des toilettes inondées ou un autre, projectionniste, sur lequel la caméra va s’attarder tandis qu’il met en place sa bobine, relevant ainsi la mécanisation de leur tâche, privée d’une quelque sensualité.

Davantage qu’un cinéma porno, le Family est également un lieu de passe, où la plupart des prostitués sont de jeunes mineurs ou des travestis proposant leurs fameux « services » à des clients (dont la caractérisation en tant qu’homosexuels est parfois un peu caricaturale). C’est ainsi que le jeu entre image et réalité va prendre son sens car, si Mendoza fait en sorte de toujours laisser le grand écran hors-champ, il n’hésite pas à filmer frontalement des fellations non simulées. Et au milieu de ce beau monde en pleine activité, circule un jeune gamin sur un tricycle (impossible de ne pas y voir un clin d’œil à Shining), pour qui tout cela paraît des plus anodins. L’analyse anthropologique que semble porter le scénario à cet avilissement des mœurs se situe justement dans l’ambivalence des réactions à son contact : Certains, comme la patronne qui maudit ce cinéma qu’elle est obligée de faire tourner, essaient à tout prix d’ignorer ce qui se passe autour, tandis que d’autres, comme l’une de ses filles observant ses tapineuses pour mieux les imiter ou ce fils attiré par sa cousine, ne désirent qu’en profiter pleinement. Et quand, dans ce vivier d’une humanité pervertie, bâtie autour d’un vaste escalier en colimaçon évoquant une évidente descente aux enfers, pénètre un élément naturel et sain, c’est alors que le chaos va véritablement exploser. La course-poursuite entre la fratrie et une chèvre, dont la simple présence semble mettre toute leur activité en péril, est sans nul doute la scène la plus frappante du film, bien plus que certains passages provocateurs, voire parfaitement inutiles, ne visant qu’à appuyer l’ambiance poisseuse de ce microcosme au bord de l’implosion.

Pour l’anecdote, il existe deux versions de Serbis : Celle diffusée en salles lors de sa sortie et disponible dans la plupart des éditions Blu-Ray/DVD, et une autre, plus rare, correspondante à la version présentée à Cannes en 2008, où l’expérience sensorielle est intensifiée par une bande-son ultra-saturée, faisant entendre en permanence le bruit venu de l’extérieur : Passages de voitures, klaxons, verbiage des piétons… une simple question de double vitrage mais qui pose la question du caractère hermétique du lieu, et de tout ce qu’il représente, ou de sa pleine imbrication dans la société philippine.

Serbis est un film d’ambiance d’une qualité plastique si immersive que chaque image semble puer le stupre et la putréfaction. Son scénario un peu léger pourrait certes le limiter à une simple succession de scènes d’un goût douteux. Cela aurait été sans compter sur la virtuosité de son réalisateur dont la mise en scène interroge sur le caractère à la fois sensuel et sordide d’une sexualité délurée et sur l’impact des images –réelles comme filmiques– sur ceux qui la côtoient au quotidien.

Serbis : Bande-annonce

Serbis : Fiche Technique

Réalisation: Brillante Mendoza
Scénario: Armando Lao, Boots Pastor
Interprétation: Gina Pareño (Nanay Flor), Jaclyn Jose (Nayda), Julio Diaz (Lando), Coco Martin (Alan), Kristofer King (Ronald)…
Image: Odyssey Flores
Montage: Claire Villareal
Musique: Gian Gianan
Direction artistique : Harley Alcasid, Deans Habal
Producteur(s): Didier Costet, Ferdinand Lapuz
Production: Swift Productions, Centerstage Productions
Distributeur: Équation
Durée: 93 minutes
Genre : Chronique sociale, drame
Date de sortie: 12 novembre 2008

Philippines – 2008

Cannes 2016 : Qui est Maren Ade, en compétition avec Toni Erdman ?

Toni Erdman en compétition officielle

C’est une première pour Maren Ade à Cannes. Déjà à l’origine de deux courts et deux longs métrages, celle que la critique estime déjà comme la cinéaste allemande la plus prometteuse de sa génération sera présente pour la première fois – en tant que réalisatrice – à Cannes. La Berlinale avait déjà été séduite en 2009 par Everyone Else, son second long métrage, qui avait obtenu L’Ours d’Argent et le Prix d’Interprétation Féminine. Interrogée lors de cette consécration, la réalisatrice avait évoqué ses influences qui se trouvent du côté de John Cassavetes et d’Ingmar Bergman, et particulièrement de Scènes de la vie conjugale. A 39 ans, Maren Ade fait également partie du mouvement méconnu que l’on appelle L’Ecole de Berlin, soit un mélange d’hyper-réalisme et de troubles identitaires fantastiques, et dans lesquels des cinéastes comme Christian Petzold (Barbara, Yella) et Benjamin Heisenberg (Le Braqueur, Sleepers) se revendiquent du mouvement. Egalement productrice et fondatrice de la société Komplizen Film avec son associée Janine Jackowski, elle a notamment produit Tabou et la trilogie des Milles et une Nuit de Miguel Gomes.

Dans cette 69ème édition du Festival de Cannes, Maren Ade sera l’une des trois réalisatrices de la compétition (sur les 21 films sélectionnés) et tentera de devenir la seconde Palmée après Jane Campion et La Leçon de Piano en 1993. Elle présentera Toni Erdman, une comédie dramatique dans laquelle un père retrouve sa fille après des années de séparation et qui, pensant qu’elle a perdu le sens de l’humour, décide de lui faire des farces.

Au-delà de cette réjouissante présence dans la compétition, c’est l’occasion de mettre fin à huit ans de disette pour l’Allemagne qui n’avait pas présenté de films en compétition depuis Rendez-vous à Palerme de Wim Wenders. Par ailleurs, la dernière fois que l’Allemagne a remporté une Palme d’Or, c’était en 1984 pour Paris, Texas … déjà de Wim Wenders. Verdict le 22 mai prochain pour savoir si Maren Ade saura faire briller les couleurs allemandes sur les terres cannoises.

Cannes 2016 : Qui est Kleber Mendonça Filho, en compétition avec Aquarius ?

Aquarius en compétition officielle

Cinéaste de l’exigence et de l’expérimentation, Kleber Mendonça Filho commence à tourner ses premiers courts métrages dans les années 90. Né à Récife au Brésil en 1968, le cinéaste a vécu quelques années avec sa mère au Royaume-Uni. Il reviendra sur ses terres natales étudier le journalisme, et deviendra par la suite critique cinéma pour une gazette locale. Il cesse cette activité en 2011 pour se consacrer pleinement à la réalisation, et notamment ses premiers longs métrages. Il possède avec sa femme sa propre société de production intitulée Cinemascópio, avec laquelle il souhaitait exclusivement financer ses propres films. Mais le succès venant, il collabore désormais avec des amis et des collègues de la profession et s’apprête notamment à produire un long métrage qui n’est pas réalisé par lui. Dans tous ses films, Mendonça cherche à produire des images de sa ville natale, qu’il affectionne particulièrement, et à donner cette représentation hors des frontières du Brésil. Profondément anti-hollywoodien, le cinéaste brésilien souhaite casser l’image que les grands studios américains donnent de son pays. A côté de toutes ces activités, Kleber Mendonça Filho est également programmateur dans un cinéma de la Fondation Joaquim Nabuco (homme politique brésilien qui a lutté contre l’esclavage).

Jouissant d’une notoriété immense dans la profession au Brésil, il se fait remarquer par les programmateurs cannois qui inscrivent son court métrage Vinil Verde à la Quinzaine des Réalisateurs en 2005. C’est une première étape pour le cinéaste qui connaîtra véritablement une renommée internationale avec son premier long métrage en 2012, Les Bruits de Recife, un thriller psychologique social qui fait le tour du monde des festivals avant de représenter le Brésil pour les Oscars en 2014.

Pour ses premiers pas dans la compétition cannoise, Kleber Mendonça Filho viendra présenter Aquarius, son second long métrage décrit comme un nouveau thriller social. Le récit suivra les traces de Clara, une critique de musique retraitée. Veuve, et mère de trois enfants, elle vit dans dans un appartement plein de disques et de livres situé dans l’immeuble « Aquarius« . Un important promoteur rachète tous les appartements mais elle, se refuse à vendre le sien. Elle va rentrer en guerre froide avec la société immobilière qui la harcèle. Très perturbée par cette tension, elle repense à sa vie, son passé, ceux qu’elle aime.

Le film sera dans les salles françaises à partir du 28 septembre 2016. Et avant même une éventuelle consécration cannoise, le réalisateur brésilien a déjà annoncé la mise en chantier de son prochain long métrage intitulé Bacurau, attendu pour 2017. Avec à la clé peut-être une nouvelle sélection au Festival de Cannes ?

Cannes 2016 : Les Films Sélectionnés En Avant-Première À Paris

Reprise des films présentés au Festival de Cannes dans la région parisienne

Alors que nous sommes à quelques jours de nous envoler pour la Croisette et de vous faire un compte-rendu comme jamais CineSeriesMag n’en a fait, une pensée pour tous nos amis rédacteurs et lecteurs restés à Paris. Car chaque année, des manifestations ont lieu dans la capitale pour donner la possibilité aux parisiens de voir les films de Cannes en avant-première. Si le reste de la France fait grise mine, saluons néanmoins l’effort des salles parisiennes pour projeter les films des différentes sélections. Cannes s’invite donc dans quatre salles et permettra aux cinéphiles de voir les films de la compétition officielle, d’Un Certain Regard, de la Quinzaine des Réalisateurs et de la Semaine de la Critique. Autant dire Glamour, tapis rouge, champagne et paillettes, c’est officiel, le Festival de Cannes est lancé. Chaque année, le lancement des festivités s’accompagne des habituelles difficultés pour les festivaliers à voir les films des différentes sélections. Sans compter que peu de films présents à Cannes ont pour le moment une date de sortie officielle. Qu’à cela ne tienne, en parallèle du festival, c’est Cannes qui vient à vous. Ces prochaines semaines, quatre cinémas de la capitale seront les théâtres de projections cannoises exceptionnelles. Une bonne manière de combler les attentes des cinéphiles parisiens.

Les films de la Sélection Officielle 

Dans le IXème arrondissement, c’est le Gaumont Opéra qui aura comme chaque année les honneurs de projeter treize films de la compétition du 20 au 22 mai. Vendredi verra ApprenticeLa fille inconnue et Mademoiselle être projetées tandis que samedi fera la part belle à Aquarius, Voir du pays, La Tortue rouge, La danseuse, Moi Daniel Blake et Rester vertical. Enfin le dimanche sera l’occasion pour American Honey, Le Client (The Homesman), Personal Shopper et The Neon Demon de conclure ses festivités cannoises parisiennes.

Peut-être que certains spectateurs auront les honneurs de découvrir en avant-première la future Palme d’Or.

Plus d’informations sur : Cinemapathegaumont

Les films Un Certain Regard

A peine le temps de se remettre de la fin du festival que le Reflet Médicis sera le lieu de projections des films de la sélection Un Certain Regard. Situé dans le Vème arrondissement, ce cinéma indépendant projettera les films de cette sélection du 25 au 31 mai. Programmation à définir.

Plus d’informations sur l’évenement Facebook.

Les films de la Quinzaine des Réalisateurs

Du côté du Ier arrondissement, le Forum des Images est le partenaire officiel de La Quinzaine des Réalisateurs. Du 26 mai au 05 juin prochain, l’intégralité de la sélection y sera diffusée. L’occasion de voir avant tout le monde L’Economie du Couple, Neruda, Poesia Sin Fin, Risk ou Dog Eat Dog.

Plus d’informations sur : Forum des images

Les films de La Semaine de la Critique

Enfin la Cinémathèque Française sera le dernier vecteur du cinéma cannois avec la projection des films de La Semaine de la Critique. L’ensemble de la sélection aura les honneurs d’y être projetés du 1 au 6 juin, l’occasion de découvrir entre autres Grave, Diamond Island ou Victoria.

Plus d’informations sur : Cinematheque

Sans oublier qu’à partir de mercredi, vous pourrez déjà retrouver en salles Café Society de Woody Allen, le film d’ouverture du Festival tout comme Ma Loute de Bruno Dumont, candidat à la Palme d’Or. Le jeudi 12 mai, c’est Money Monster de Jodie Foster qui sera diffusé simultanément à Cannes et dans toute la France. Le 15 mai, on retournera dans les seventies accompagné de Russel Crowe et Ryan Gosling avec The Nice Guys de Shane Black.

D’ici le début de l’été, d’autres films de la sélection cannoise auront également droit à une sortie nationale. En ce qui concerne la compétition officielle, Julieta de Pedro Almodovar n’attendra pas les résultats du palmarès pour sortir au cinéma puisqu’il y sera dès le 18 mai tandis qu’ Elle de Paul Verhoeven porté par Isabelle Huppert sera en salles à partir du 25 mai. Autre prétendant à la Palme d’Or, le très attendu The Neon Demon de Nicolas Winding Refn envoûtera les cinémas nationaux dès le 08 juin prochain.

Enfin hors-compétition, le nouveau film d’animation de Steven Spielberg intitulé Le BGG – Le Bon Gros Géant sera sur les écrans à partir du 20 juillet. 

Avec ça, vous ne pourrez pas dire qu’on ne vous a pas prévenu. Bon festival !

The end, un film de Guillaume Nicloux : critique

Synopsis : De bon matin, un homme part à la chasse. Après peu de temps, il s’aperçoit que son chien, Yoshi, a disparu et que lui-même s’est perdu dans cette forêt qu’il pensait pourtant connaitre comme sa poche. Incapable d’appeler du secours, il se retrouve contraint de dormir dans une grotte.

Promenons-nous dans les bois…

C’est quelque part, entre l’exploration de la limite entre fiction et réalité amorcée dans le surprenant L’enlèvement de Michel Houellbecq et la divagation mystico-contemplative du très joli, mais inabouti Valley of Love, que nous entraine Guillaume Nicloux, cet auteur et réalisateur anciennement spécialiste en polars (Le poulpe, Cette femme-là, Une affaire privée…). Son nouveau long-métrage se bâtit d’ailleurs sur un concept finalement assez similaire à celui du précédent qui envoyait Gérard Depardieu et Isabelle Huppert errer dans la Vallée de la Mort, à la différence que cette fois, c’est tout seul (ou presque) que notre cher Gégé va déambuler dans un décor à fort potentiel fantasmagorique. C’est justement à l’occasion de leur premier tournage en commun, moins d’un an avant celui-ci, que l’acteur et le réalisateur ont décidé de réitérer au plus vite leur collaboration. L’ennui de cette précipitation est que le cinéaste, en mal d’inspiration, n’a pas trouvé d’autre idée que de porter à l’écran un de ses mauvais rêves. L’histoire du cinéma, et en particulier horrifique, nous a prouvé à plus d’une reprise que les cauchemars peuvent inspirer de bonnes scènes (l’ouverture de Halloween ou la course-poursuite souterraine de Kill List), mais rarement des films dans leur globalité. Ainsi Nicloux, bien qu’incapable d’interpréter les souvenirs qu’il garde de son songe et donc d’en maitriser toute la symbolique, a reproduit une promenade en forêt tournant vite à une plongée aux frontières de la folie.

À l’inverse de Valley of Love, qui tirait sa puissance émotionnelle de son traitement du deuil et du rapprochement d’un couple séparé, et dont la principale qualité reposait dans la façon dont la mise en scène s’appliquait à magnifier ses deux acteurs, dans The End le charme n’agit pas. Aucune thématique n’est clairement abordée à travers cette randonnée surréaliste et la caméra ne met aucunement en valeur Depardieu. Ce dernier semble même par moments aussi perdu que ce chasseur qu’il incarne… au point de nous faire douter du réel contenu de sa bouteille de Schweppes. Mais peut-on lui reprocher de ne pas réussir à rendre convaincant son personnage antipathique de chasseur du dimanche ronchon et collectionneur d’assiettes américaines, tant celui-ci n’est caractérisé que par ses rares répliques – ou plus exactement ses borborygmes –, toutes aussi crétines les unes que les autres ? Et pourtant, grâce au pouvoir d’attraction imposé par la seule présence à l’écran de son physique éléphantesque, Gégé est ce qui sauve le film de la vacuité de son postulat, les efforts fournis par son corps massif pour se déplacer en terrain escarpé étant un sujet d’observation fascinant.

Bien trop rapidement, la sensation que le film va virer dans le fantastique est rendue perceptible par la sensation d’étrangeté que procure la musique d’Eric Demarsan, un compositeur de renom grâce à ses collaborations dans les années 70 avec Melville, Mocky ou encore Costa-Gavras mais qui, comme Nicloux, ne s’est jamais véritablement essayé au cinéma d’épouvante. Justement, cette idée d’avoir installé par le son une ambiance dérangeante, à défaut d’être réellement angoissante, dès les premières minutes et sans la faire évoluer, est symptomatique de l’inexpérience du réalisateur, incapable de créer une aura de mystère autour de son récit. Car il ne faut pas non plus compter sur la mise en scène pour placer le spectateur face à un malaise énigmatique, dans lequel il aurait eu à chercher une signification à ce trip champêtre. On n’espérait certes pas trouver là un ersatz franchouillard de David Lynch, mais le minimalisme des décors aurait au moins pu être mis au profit d’un quelconque regard lyrique. Hormis peut-être un jeu de couleurs assez grossier, qui détache le personnage en orange sur son environnement verdoyant, la réalisation ne fait preuve d’aucune idée ni d’effort, qui rendrait cet univers visuel hypnotique ou appuierait son propos.

Mais quel propos au juste ? Comment décrypter ce rêve que Guillaume Nicloux a tant tenu à porter à l’écran ? Et surtout, le sait-il lui-même ? Rien n’est moins sûr. Mais toujours est-il que si réponse il y a, elle est à chercher dans l’interprétation allégorique des personnages secondaires, à savoir le jeune homme incarné par Swann Arnaud et la femme interprétée par Audrey Bonnet. Le réalisateur ne laisse aucune clef à l’analyse psychanalytique de ces individus insolites et, par voie de fait, parfaitement inutiles. Le scénario semble se dérouler sans savoir dans quelle direction aller, conscient que son soi-disant twist final viendra, par une tentative de rationalisation grotesque, balayer d’un revers de manche toute interrogation sur ce qui l’a précédé. On reproche régulièrement au cinéma mainstream de se montrer trop explicatif, ne laissant aucune place à l’imagination de son public, mais celui-ci nous rappelle qu’au contraire, ne répondre à aucune des questions qu’il pose, est tout aussi rédhibitoire. Quitte à nous faire suivre Depardieu seul dans les bois (une proposition de cinéma qui ne peut se défendre qu’en présence d’un acteur de sa prestance), il aurait mieux valu ne pas parasiter le dispositif de mise à nu par cette amorce bâclée de conte fantastique capillotracté, qui n’a pour seule raison d’être qu’une évidente velléité auteuriste.

Pour l’anecdote, la bande-annonce a été réalisée par un proche de Nicloux, Gaspar Noé, qui a bien compris que le seul moyen de donner un brin de bizarrerie horrifique à ce pseudo cauchemar éveillé était de le noyer dans un filtre rouge-sang des plus menaçants… De quoi regretter qu’il n’ait pas été consulté plus tôt.

En s’égarant dans son propre projet, Guillaume Nicloux perd en route le spectateur. On ne s’étonne pas en lisant que le réalisateur s’est entendu dire par son acteur principal que le tournage avait été un « calvaire sans intérêt », tant le ressenti au vu du résultat est similaire. Indéniablement, le sursaut du cinéma fantastique français n’est pas à chercher de ce côté-là.

The end : Bande-annonce

The end : Fiche technique

Réalisation : Gillaume Nicloux
Scénario :  Gillaume Nicloux
Interprétation : Gérard Depardieu (le chasseur), Audrey Bonnet (la femme), Swann Arlaud (le jeune homme)
Photographie : Christophe Offenstein
Montage : Guy Lecorne
Musique: Eric Demaran
Production : Sylvie Pialat
Société de production : Les films du Worso
Distribution : Gaumont
Genre : Fantastique, drame
Durée : 82 minutes
Date de sortie : Le 7 avril 2016 en e-cinéma

France – 2016