Les Mille et Une Nuits, un film de Miguel Gomes : Critique

[Critique] Les Mille et Une Nuits – Volume 1: L’inquiet – Volume 2: Le Désolé Volume 3: L’Enchanté

« Oh venturoso Rei, fui sabedora de que num triste país entre os países » ces mots en portugais qui introduisent chaque nouveau récit de Shéhérazade au sultan résonnent dans mille et une langues. Le sort du Portugal, triste pays parmi les pays, reflètent tous ces états, européens ou non, touchés de plein fouet par la crise économique. Si Miguel Gomes reprend la structure des Mille et Une Nuits pour parler de son pays, c’est pour mieux lui donner un caractère universel.

La légitimité acquise par le cinéaste après son magnifique Tabou lui donne le droit de faire ce qu’il veut. À savoir un film de plus de 6 heures, hybride, jonglant entre la fiction et le documentaire, dans un Portugal contemporains aux aires d’Irak antique, où la Shéhérazade d’autrefois côtoie les travailleurs d’aujourd’hui. Et tout cela fonctionne, miraculeusement.

Le projet fou de Miguel Gomes est à la hauteur du recueil sur lequel il se base. Mille et une nuits pour mille et une histoires du Portugal sur une année, lorsque le pays s’est nettement appauvri dus aux plans de rigueur du gouvernement. Il fallait bien trois films pour couvrir tous ces destins alimentés par la crise économique. Des histoires drôles, parfois tragiques, d’autres fois grotesques mais toutes racontées avec une poésie vertigineuse. Les esprits et la magie se mêlent de ce Portugal en crise et lui redonnent espoir.

Il est incroyable comme Miguel Gomes réussit à insuffler de la poésie dans tous ses récits. Que ce soit l’âme d’une vache morte participant à un procès, un coq qui essaye de s’exprimer ou un dieu du vent peu savant, ces apparitions magiques, comiques et hautement cinématographiques parviennent à faire de ce portrait d’un pays troublé un grand conte sur l’humanité.

Découpé en trois parties, Les Milles et Une Nuits prend la trajectoire que Miguel Gomes veut donner à son œuvre, celle d’un indéfectible optimiste. Dans le premier volet intitulé Inquiet, les hommes de ce pauvre pays, appelés les ‘’magnifiques’’, sont des chômeurs sous le diktat de quelques banquiers dont l’érection provoquée par le pouvoir devient permanente. Dans la seconde partie l’inquiétude passe à la désolation. De ses yeux joyeux et innocents, le chien Dixie voit la détresse des hommes. Une juge pleure quand elle réalise que tous les hommes de l’assemblée sont coupables du crime qui a été commis, coupables par désespoir. Mais finalement c’est l’enchantement qui prime, dans un ultime volet où Shéhérazade entreprend un voyage dans un Bagdad en forme de Marseille. Elle y découvre les merveilles du monde et revient dans son pays sachant qu’un espoir est possible.

Les Mille et une nuits exauce le vœu de tous les cinéphiles, celui d’un cinéma neuf, unique, qui laisse la place large à l’humour et la poésie tout en parlant de notre monde. Miguel Gomes évoque les problèmes économiques de notre époque sans mélancolie, mais avec une fraîcheur incroyable, en donnant aux petites gens la place des véritables héros de notre temps. Le réalisateur fuyant ses responsabilités au début du film a finalement su redonner du souffle à un pays broyé par l’austérité tout en redonnant du souffle à un cinéma d’auteur trop souvent banalisé. Et ce n’était pas une mince affaire, les Milles et Une Nuits est un miracle.

Synopsis : Après un long voyage de l’autre côté du monde, Shéhérazade raconte les innombrables petites histoires d’un état en crise pour ne pas ennuyer son roi. Les portugais, habitants de ce triste pays se sont tous appauvris après une cure d’austérité brutale mis en place par le gouvernement.

Les Mille et Une Nuits: Fiche Technique

Titre original : As mil e uma noites
Auteurs : Miguel Gomes, Mariana Ricardo, Telmo
Réalisateur : Miguel Gomes
Casting : Crista Alfaiate, Dinarte Branco, Carloto Cotta, Adriano Luz, Rogério Samora, Maria Rueff, Cristina Carvalhal, Luisa Cruz, Américo Silva, Diogo Dória, Bruno Bravo, Tiago Fagulha, Teresa Madruga
Chef opérateur : Sayombhu Mukdeeprom
Assistant réalisateur : Bruno Lourenço
Assistant opérateur : Lisa Persson
Chef opérateur son : Vasco Pimentel
Chef décorateur : Bruno Duarte
Chef costumière : Silvia Grabowski
Monteur : Telmo Churro
Mixeur : Miguel Martins
Directrice de production : Isabel Silva
Producteurs : O Som e a furia, Shellac sud, Komplizen films, Box
Le film a été présenté en 3 parties (L’Inquiet, Le Désolé et L’Enchanté) à la Quinzaine des réalisateurs au Festival de Cannes 2015.

Auteur : Jim Martin

Festival

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