Accueil Blog Page 664

Christophe Gans va adapter 20 000 lieues sous les mers

0

20 000 lieues sous les mers : le projet de Christophe Gans devient réalité dans une production franco-chinoise

Le réalisateur Christophe Gans (Le pacte des loups, Crying Freeman, Silent Hill, La belle et la bête) se consacrera à l’adaptation de l’oeuvre de Jules Verne, 20 000 lieues sous les mers, pour son prochain film. Ce projet tenait à coeur au réalisateur français depuis de nombreuses années.

Le film sera une coproduction franco-chinoise, fruit de la collaboration entre les sociétés de production Eskwad  (pour la France) et Bliss Media (pour la Chine). Les cinéphiles devraient retrouver des similitudes entre ce nouveau long-métrage de Christophe Gans et le travail de Jean-Jacques Annaud sur Le dernier loup, une autre production franco-chinoise assez récente. En effet, cette nouvelle mouture de 20 000 lieues sous les mers devrait se dérouler en Chine. Les rôles principaux seront interprétés par des comédiens chinois. La préproduction va débuter à l’automne 2016.

Les fonds marins sur grand écran

Alors que le biopic sur le commandant Cousteau, L’Odyssée, de  Jérôme Salle avec Lambert Wilson, Pierre Niney et Audrey Tautou, sera sur nos écrans le 12 Octobre, d’autres projets cinématographiques dans un univers aquatique devraient voir le jour dans les mois qui viennent. Tout comme le futur long-métrage de Christophe Gans, ces projets concernent également l’adaptation de la même oeuvre de Jules Verne, 20 000 lieues sous les mers. Le réalisateur Bryan Singer travaille sur un remake avec un tournage prévu pour cet automne. James Mangold (Wolverine : Le combat de l’immortel) prépare de son côté un film basé sur le personnage du Capitaine Nemo.

 

Le livre de Jules Verne, 20 000 lieues sous les mers, connaitra donc de nouvelles adaptations, après le grand classique de Richard Fleischer de 1954 avec Kirk Douglas, James Mason, Peter Lorre et Paul Lukas. Le film de Christophe Gans, une production franco-chinoise, pourrait être un tournant intéressant pour la carrière du réalisateur français et un succès considérable au box office avec le marché chinois (comme ce fut le cas pour Avatar ou plus récemment Warcraft : le commencement).

Michael Cimino : Mort du réalisateur à l’âge de 77 ans

0

Michael Cimino : la fin du voyage pour un cinéaste de génie

Après les décès récents de Nicole Courcel, Bud Spencer et Anton Yelchin, le monde du cinéma est de nouveau en deuil. Une légende vivante du cinéma américain s’est éteinte ce samedi 02 Juillet 2016. Le réalisateur américain Michael Cimino est décédé à l’âge de 77 ans. Il avait réalisé de nombreux chefs-d’oeuvres dans sa carrière cinématographique comme Voyage au bout de l’enfer, La Porte du Paradis ou bien encore L’Année du dragon.

De très nombreux cinéphiles seront bouleversés à l’annonce de cette bien triste nouvelle. Ses films ont marqué des générations entières de passionnés du cinéma.

Michael Cimino pouvait être considéré comme un véritable auteur qui a marqué et forgé le cinéma américain de son empreinte à la période du nouvel Hollywood.

Michael Cimino n’avait pas réalisé de films depuis plus de vingt ans (Sunchaser en 1995). Il était considéré comme l’une des rares légendes vivantes du cinéma américain encore en vie.

Après des études à Yale, Michael Cimino avait commencé sa carrière en réalisant des documentaires et en travaillant pour la publicité. Il fait ses premiers pas de réalisateur à Hollywood en 1974 avec le film Le Canardeur avec Clint Eastwood.

Quatre ans plus tard, il réalise Voyage au bout de l’enfer. Les spectateurs découvrent dans ce film culte le destin de trois amis confrontés à la guerre du Vietnam. Robert de Niro et Christopher Walken livrent des performances d’acteurs inoubliables dans ce film devenu l’un des grands classiques du cinéma américain. Voyage au bout de l’enfer remporte 5 Oscars et Michael Cimino celui de meilleur réalisateur.

Son film suivant, La porte du paradis, un western retraçant les conflits et les luttes territoriales entre des éleveurs anglo-saxons et des colons à l’époque de l’Ouest, fut incompris. A sa sortie, le film connut un échec commercial et critique qui blessa terriblement Cimino. Longtemps jugé comme un film maudit, La porte du paradis a été réévalué au fil des années et est dorénavant considéré à sa juste valeur, comme l’une des perles de Cimino.

Cimino tourna par la suite L’année du dragon, avec Mickey Rourke, véritable plongée dans la mafia chinoise aux USA.

Cimino tourna d’autres films dans les années 80 et 90 : Le Sicilien, La Maison des otages et The Sunchaser (son dernier film).

Le réalisateur américain travaillait depuis plusieurs années sur l’adaptation de La condition humaine, d’André Malraux.

Michale Cimino laisse un grand vide aux Etats-Unis et à Hollywood qui semble se perdre de plus en plus dans les blockbusters et les adaptations de comics  au regard des sorties de cet été 2016.

Pendant ce temps sur Outbuster… Saving the hubby, Brazilian western, Kiss me Fucking Moron, Brazilian Western et A Story of Yonosuke

0

Encore pleins de nouveaux films sur Outbuster! On a vu, on a aimé :

Saving The Hubby (Hyeon Nam-Seob, Corée du Sud, 2002) : Avant d’être la muse des Wachowski, Bae Doona tournait déjà pour Park Chon-Wook, Kore-Eda, Bong Joon-Ho et… dans cette petite comédie d’action fort agréable. Prêtant ses traits à une mère de famille au bout du rouleau, ses petites mimiques rendent à la fois touchante et rigolote l’aventure dans laquelle la mène une sortie nocturne impromptue. A la façon d’un After Hours en son temps, Saving the Hubby utilise un point de départ intimiste pour nous faire parcourir, le temps d’une nuit, la face cachée d’une ville riche en péripéties surprenantes. C’est en l’occurrence de l’implication surréaliste de ce petit bout de femme, affublée d’un bébé geignard, dans une guerre des gangs séouliens ainsi qu’à une vive accélération des enjeux dans le dernier quart d’heure, que naissent les principaux effets comiques de ce film purement récréatif.

Brazilian Western (René Sampaïo, Brésil, 2013) Et non ce n’est pas un western, même si Brazilian Western est truffé de références au genre, à commencer par les gros plans sur les yeux, emblématiques des westerns spaghettis de Leone. On pense plutôt au film noir contemporain comme No Country for Old Men des Coen mais surtout à La Cité de Dieu, lui aussi brésilien. Les deux se passent sur fond de trafic de drogue dans les années 70-80. A Brasilia, le jeune João de Santo Cristo tombe amoureux de Maria, également convoitée par Jeremias. Sélectionné au Festival du film de Toronto ainsi qu’au festival Reflets du Cinéma Ibérique et Latino-Américain de Villeurbanne, le premier long-métrage de René Sampaïo est plutôt de bonne facture. On remarque un assez bon travail de la lumière (à la fois très chaude et très dure) ainsi que plusieurs moments de mise en scène intéressants. Même si le scénario ne surprend que rarement, l’intensité va crescendo, et il n’en faut pas plus pour nous satisfaire.

Par Alexandre

Kiss Me, You Fucking Moron (Stian Kristiansen, Norvège, 2013) Par son idée même de faire du théâtre un vecteur d’entrée dans un teen-movie, le réalisateur norvégien nous évite les écueils vulgaires inhérents au genre et met en place une comédie romantique tout en délicatesse. Que le seul adulte auquel le scénario accorde un rôle majeur soit le metteur en scène, interprété par l’inénarrable Kristoffer Joner, est la conséquence directe d’une narration qui met cette petite troupe en vase clos pour mieux en étudier les relations, qu’elles soient conflictuelles ou amoureuses. Les troubles que va apporter Vegrad, une star locale du football mais aussi un odieux imbécile et mauvais acteur (ce qui est dur à jouer), dans cette équipe soudée mais en manque d’expérience va sans surprise se muer en une romance avec l’une des actrices, en l’occurrence Conte, la plus naïve d’entre elles, qui va mener les deux à dépasser leurs défauts respectifs. Une trame classique mais traitée avec une finesse et écrite avec un soin porté à ses personnages qui la rendent très attachante.

A Story of Yonosuke (Shûichi Okita, Japon, 2013) Adapté d’un roman de Shuichi Yoshida publié en 2009, le récit de Yonosuke, ce garçon constamment joyeux, nous est raconté depuis les souvenirs qu’en gardent ces anciens amis de ses années universitaires. Un dispositif qui, en plus de nous renvoyer dans le Japon des années 80, assure une certaine mélancolie à côté de l’insouciance qui caractérise le personnage. Dans cette histoire d’amour platonique mais non moins attendrissante, la tendresse entre ce garçon venu d’un petit village de pêche et une jeune bourgeoise, qui atteint son paroxysme lors du séjour chez ses parents à lui, les choses prennent leur temps. L’humour n’est d’ailleurs pas en reste, notamment grâce à la différence d’origine sociale des deux personnages mais aussi grâce à l’attachante bonne humeur humeur que Yonosuke dégage sur ses proches. Filmé dans un style typiquement japonais, ce mélodrame laisse difficilement indifférent.

Hibou, un film de Ramzi Bédia : Critique

Alors qu’il tenait le matériau d’une fable romanesque et enfantine, Ramzy Bedia n’a pas réussi à s’empêcher de charger son récit d’une pitrerie lourdingue, au risque d’y perdre tout son lyrisme attendrissant.

Synopsis : Rocky vit très mal de passer constamment inaperçu. Un matin, il découvre qu’un grand-duc, une espèce protégée de hibou, a élu domicile dans son salon. C’est de là que lui nait l’idée de se déguiser en hibou pour attirer les regards sur lui. Malheureusement, le résultat n’est pas au rendez-vous, mais ce sera l’occasion pour lui de rencontrer une jeune femme qui, elle, est déguisée en panda.

Bas les masques

On avait cru remarquer il y a quelques mois, à l’occasion de la réunion de son duo avec Eric Judor dans La Tour 2 Contrôle Infernale, que Ramzy semblait mal à l’aise par le fait de réutiliser l’extrême  bouffonnerie qui avait fait leur succès à la fin des années 90. Un espoir de voir l’ancien trublion avoir acquis une certaine maturité, que la nouvelle de sa première réalisation n’aura pas tardé à venir confirmer. Toutefois, dès l’affiche et la bande-annonce de son Hibou, le ton était donné : C’est clairement vers la farce absurde que s’est dirigé Ramzy, mais derrière la douce folie qu’inspire l’idée même de ces personnages en costumes, une certaine mélancolie se laissait percevoir dans la caractérisation de son rôle mal dans sa peau et en quête d’identité. L’allégorie du métier d’acteur, se dissimulant derrière un personnage, est évidente et, en cela, on pouvait espérer voir dans le parcours de Rocky une mise en abime du début de carrière de son interprète et donc une certaine sincérité.

Chassez le naturel…

Malheureusement, dès la fin de la première scène, le constat est accablant : Plutôt que de  miser sur la légèreté poétique de son propos, Ramzy a enrobé le dispositif d’un humour lourdaud qui vient parasiter toutes les émotions qu’il tente de transmettre. Toute la candeur enfantine de ce qui aurait pu être une fable pleine de fraîcheur est également contrebalancée par la place prise par la vie professionnelle du personnage dans les enjeux. Sans doute est-ce sous l’influence des producteurs que Ramzy a été obligé d’inclure une part de stupidité dans la loufoquerie de son écriture, mais toujours est-il que le manque de subtilité nuit terriblement à l’attachement envers son personnage. Un vrai regret car, derrière ce manque de confiance dans l’aboutissement personnel d’un travail pétri d’inspirations évidentes (Jacques Tati, Michel Gondry, Roy Andersson…), on peut remarquer que le soin porté à la direction artistique, et en particulier à la musique, à certains décors urbains et à la lumière solaire, apporte à cette première réalisation une ambiance assez plaisante où la finesse aurait eu sa place.

Un imaginaire foisonnant mais mal exploité

Parmi les personnages secondaires, la plupart sont irritants à force d’être caricaturaux, à commencer par Philippe Katherine en musicien dépressif ou Franck Gastambide en bénévole demeuré. Hormis l’inévitable caméo d’Eric (qui, sans surprise, fait du Eric), on peut noter le rôle de l’animalier tenu par Etienne Chicot qui est peut-être le plus drôle, mais aussi celui de Guy Marchand qui offre à la toute fin (et donc bien trop tard) une révélation assez floue mais qui, si elle avait été un tant soit peu approfondie, aurait pu donner au film un angle de lecture profondément plus touchant, surtout lorsque l’on sait que l’acteur a été choisi par Ramzy pour sa ressemblance avec son propre père. Par défaut, il ne faut compter que sur l’amourette entre Hibou et Panda pour générer un semblant d’émotions, mais là encore la lourdeur avec laquelle cette relation nous est contée freine ces sentiments qui auraient pu être ce qu’on attendait de plus réaliste dans cette comédie. En la matière, l’insupportable durée du dernier plan vient enterrer les quelques efforts faits sur la mise en scène qui l’ont précédé.

Quel dommage que Ramzi ne soit pas parvenu à sortir des sentiers de la comédie poussive –ceux-là même qui l’ont tour à tour fait connaître, puis ringardisé– pour aller jusqu’au bout de son envie de nous attendrir avec un conte onirique et introspectif. Plutôt que d’organiser la quantité d’idées qui lui ont vraisemblablement traversé l’esprit durant la longue pré-production, son mélange maladroit entre fantaisie naïve et cabotinage régressif fait s’effondrer ce projet qui, à n’en point douter, lui tenait à cœur.

Hibou : Bande-annonce

Hibou : Fiche technique

Réalisateur : Ramzi Bedia
Scénario : Ramzy Bedia, Fadette Drouard, François Uzan, François Reczulski
Interprétation : Ramzy Bedia (Rocky), Élodie Bouchez (Panda), Etienne Chicot (Patron de l’animalerie), Philippe Katerine (Francis Banane), Guy Marchand (Le père de Rocky)…
Photographie : Jean-Louis Vialard
Montage : Jean-Denis Buré
Musique : Arthur Simonini, Ulysse Cottin, Louis Sommer
Direction artistique : Jean-François Clément, Grégoire Steunou
Producteurs : Valérie d’Auteuil, André Rouleau, Jean Cottin, Sidonie Dumas
Sociétés de production : Les Films du Cap, Gaumont, Caramel Films, 4 Mecs à Lunettes Production
Distribution (France) : Gaumont
Durée : 83 minutes
Genre : Comédie
Date de sortie : 6 juillet 2016

France – 2016

La Tortue rouge, un film de Michael Dudok de Wit : critique

L’animation reste encore peu représentée au sein des grands festivals de cinéma, hormis ceux qui lui sont spécifiquement dédiés. Face au cinéma de fiction en prise de vues réelles, le cinéma animé fait souvent office de parent pauvre, ou de production destinée aux enfants et donc perçue comme un sous-genre, compte tenu de l’image que véhicule la culture enfantine auprès du plus grand nombre.

Synopsis : Échoué sur une île déserte, un marin essaie de rejoindre la civilisation en bâtissant un radeau. Ses tentatives successives seront invariablement stoppées par l’intervention d’une énorme tortue rouge. Le lien entre l’homme et la bête va peu à peu se transformer.

Une histoire des sentiments

La notoriété que peut apporter une présentation d’un film à Cannes est très importante, d’autant plus lorsqu’il s’agit d’un projet ambitieux, porteur d’une esthétique radicale, ce dont il est question avec La Tortue rouge. Par ailleurs, cette œuvre est également estampillée de l’étiquette Ghibli un autre argument massif en terme de publicité auprès des nombreux amoureux du studio japonais. Le cas de La Tortue rouge est assez singulier dans l’histoire de Ghibli pour que l’on prenne le temps de s’y attarder. En effet, il s’agit du premier film hors Japon dont le studio est co-producteur. Michael Dudok de Wit, le réalisateur, explique qu’il a été contacté par Isao Takahata l’un des membres fondateur de l’entreprise japonaise, lequel avait beaucoup apprécié le dernier court-métrage du cinéaste néerlandais. Takahata demande à pouvoir produire le premier long métrage de Dudok de Wit, sans requérir aucune demande particulière en matière d’esthétique ou de scénario. Carte blanche est laissée au cinéaste pour réaliser son film. C’est donc la première fois dans l’histoire du studio Ghibli qu’est produit un film qui ne soit pas japonais et qui n’émane pas des fondateurs ou de leurs collaborateurs. Pourtant, il y a bien une filiation dans la façon extrêmement sensible qu’adopte la narration de La Tortue rouge pour évoquer des thématiques universelles (le rapport de l’être humain à son environnement, les liens familiaux…). Le fait qu’une société aussi influente que Ghibli décide de mettre son nom au service de projets exigeants d’où qu’ils viennent sans chercher à uniformiser la création semble être de bonne augure.

La Tortue rouge adopte un parti pris assez rare et osé pour un long métrage, celle de ne pas intégrer de dialogues. Pendant les une heure vingt que dure le film, aucun des personnages ne prononcera le moindre mot. Michael Dudok de Wit a choisi cette position radicale pour que l’image prenne en charge l’émotion dans sa globalité, afin que l’oeuvre puisse se percevoir partout de manière universelle. De ce point de vue là, La Tortue Rouge réussit admirablement son pari. En évitant la trivialité ou l’excès d’emphase qui résulte parfois d’un échange verbal, la poésie du propos n’en est qu’exacerbée. Les séquences purement oniriques et fantasmatiques qui sont le cœur de la première partie du film sont à ce titre les plus belles. Cette absence de dialogue fonctionne moins quand il est question de représenter des scènes de la vie familiale. Ainsi, on peut s’interroger sur l’impossibilité des personnages à se nommer quand il s’interpellent les uns les autres. Le jeune homme à la recherche de ses parents après qu’un tsunami ait dévasté l’île ne fait que pousser des cris indistincts qui peuvent laisser perplexe. Dans ce genre de situations, surtout dans le cas d’un long métrage, où l’on attend du scénario qu’il développe tous les aspects de son intrigue, le défaut de deux termes aussi évidents que « maman » et « papa » interroge et transforme une qualité poétique en un étrange mutisme. Cependant, peut-être aurait-il été plus surprenant encore d’entendre soudainement les personnages se mettre à parler après plus d’une heure de film.

Les gestes disent parfois plus que n’importe quels mots, c’est en cela que réside toute la beauté de La Tortue rouge. En dehors de la première scène du naufrage, Michael Dudok de Wit a évincé tout spectaculaire de ce qu’il représente. Ce n’est pas une histoire de survie, mais une tranche de vie, à l’image d’un roman qui accompagnerait de bout en bout ses héros. Le film évolue progressivement vers cette forme, en passant d’une scène d’exposition dans laquelle l’homme est réellement aux prises avec une nature qui le domine, tant visuellement, avec l’utilisation de plans larges, évoquant ceux du western, que sur le plan sonore, où les bruits naturels sont omniprésents, à la mise en scène qui s’attarde sur les détails d’un quotidien sublimé. Le surnaturel ne fait qu’un surgissement et est assez vite éclipsé ; il n’est qu’un moyen poétique de permettre le développement de la narration. Il s’agit de montrer l’être humain faisant communauté, en exaltant l’harmonie des liens familiaux, famille qui fait le cœur de l’existence humaine semble-t-il. Cette vision lénifiante et très lisse peut être critiquée pour tout ce qu’elle sous-entend de consensuel dans les rapports entre les êtres, néanmoins La Tortue rouge regorge de poésie et parvient à ne jamais se perdre dans les bons sentiments simplistes en demeurant fidèle à son exigence de départ.

La Tortue Rouge : Bande annonce

La Tortue rouge : fiche technique

Titre original : The Red turtle
Réalisateur : Michael Dudok de Wit
Scénario : Michael Dudok de Wit, Pascale Ferran
Musique : Laurent Perez del Mar
Chef animateur : Jean-Christophe Lie
Montage : Céline Kélépikis
Son : Bruno Seznec
Producteurs : Pascal Caucheteux, Vincent Maraval, Grégoire Sorlat, Toshio Suzuki, Isao Takahata
Distribution : Wild Bunch
Récompenses : Prix spécial du jury de la sélection Un Certain regard au Festival de Cannes 2016
Durée : 80 minutes
Genre : Drame
Date de sortie : 29 juin 2016

France, Belgique – 2016

Voix off, un film de Cristián Jiménez : Critique

Le chilien Cristián Jiménez s’est fait connaître en 2009 pour Illusiones opticás, un film aussi étrange que drôle, déjà critique d’un certain dysfonctionnement de la société chilienne. Avec son nouveau film, Voix off, on retrouve, avec seulement plus de maîtrise, la même veine décalée.

Synopsis : Sofia, jeune mère récemment divorcée vit à Valdivia. En quête de tranquillité et de vérité elle fait un vœu de silence inversé : plus de portable, de tv, d’internet, ni de lecture pendant un an. Au lieu de trouver la paix intérieure espérée, elle va déclencher une crise familiale comique et existentielle. …

Historias minimas

Le film s’ouvre sur une scène d’accouchement que l’on peut qualifier, sans mauvais jeu de mot, d’assez tranchée. Dans cette première scène, le spectateur est emmené sur un terrain glissant fait d’une crudité frontale, et l’espace d’une seconde, on pourrait se croire dans un film de l’américain Todd Solonz, mais ça ne dure que l’espace de cette unique seconde, car le chilien a un regard très différent sur la famille, plus bienveillant peut-être, aussi dysfonctionnelle et névrotique que soit cette famille.

Sofia, une belle jeune femme un peu à l’ouest, est le pivot du récit, et de la famille. Au-dessus d’elle, deux générations, Matilda sa mère, appelée Grand-mère (Paulina García, dans un rôle qui fait écho à celui de Gloria de Sebastián Lelio qui l’a révélée en France en 2013) et sa grand-mère, appelée Mami ; en dessous, deux enfants inclassables, Alicia et Roman, aussi attachants qu’énervants. A côté d’elle, une sœur, Ana, la plus rebelle et pourtant la plus pragmatique des deux, fraîchement revenue de Paris au prétexte de s’occuper de sa mère Matilda, larguée par son mari Manuel (Cristián Campos) au bout de 35 ans de bons et loyaux services.

Tout ce beau monde se côtoie dans le tumulte incessant d’une petite ville de province dans le Sud du Chili, Valvidia, où certains rêves sont permis, comme de faire la voix off pour des publicités pour Sofia, ou encore pour Antoine, la pièce française rapportée par Ana, d’éditer des grands classiques de la littérature traduits en mapudungun pour les indiens natifs du coin. Sofia, prise dans un délire mystico-ésotérique après sa séparation d’avec le père de ses enfants, a prononcé un vœu de déconnexion pour se « purifier » : plus de télé, plus de téléphone portable, plus d’internet, mais si c’est sa fille Alicia qui la connecte à Skype pour qu’elle puisse parler à sa sœur quand celle-ci était encore à Paris, si c’est sa fille qui répond aux messages de son père, et pire, si c’est un téléphone fixe, alors ça ne compte pas, le vœu est respecté. Le parti pris est donc comique, drôlatique, même si cette histoire de vœu se termine de la plus symbolique et de la plus poétique des façons. Sofia est végétarienne, ainsi que ses enfants, et là encore, le cinéaste montre de manière exquise comment à  l’approche de leur mère, les petits zappent rapidement une émission culinaire où on parle de la cuisson des langoustes, comme s’ils avaient regardé plutôt un film pornographique quelconque, pour revenir à un inoffensif dessin animé… Ingrid Isensee est parfaite dans le rôle de cette jeune femme vraiment perdue, plus enfant que mère, entichée d’un improbable amant et pratiquant auprès de son guru de pacotille d’ex-mari un chantage affectif au chien.

La force du film de Cristián Jiménez est l’incroyable caractérisation des personnages de la famille, tant en qualité qu’en quantité. Sans que cela n’ajoute quelque de chose de spécial à l’intrigue, mais sans que l’absence d’un seul d’entre eux ne soit envisageable, tous les personnages vivent pleinement dans Voix off, de l’aïeule férue de web tech, à Matilda davantage tournée vers son cabinet de dentiste que vers ses filles, jusqu’aux enfants qui jouent de vrais rôles entiers et pas uniquement décoratifs comme on peut en trouver dans nombre de films : le cinéaste s’attarde sur leurs jeux, sur leurs chutes et leurs chamailleries, sur leur vie en un mot, dans le cadre de scènes à part entière. Même Antoine, le personnage joué par Niels Schneider, est totalement immergé dans l’ensemble chilien. Les personnages sont riches, ainsi que leurs relations, alors même si on peut craindre le surplace ou la répétition, le film a une capacité importante à captiver le spectateur.

Couche après couche après couche, le cinéaste dépose une facette nouvelle de cette famille extraordinaire, et même la manière dont Shiva, le chien de la famille s’abandonne dans l’herbe au pied de ses maîtres, et encore plus celle dont Sofia pose un pied caressant sur son flanc sont suffisantes pour montrer l’intensité des liens qui nouent les membres de la famille. Une belle image qui résume parfaitement les intentions du film au point d’en illustrer l’affiche.

Voix off est un film généreux, plus insidieux qu’il n’en a l’air. Bien qu’il ne cherche pas à expliquer quoi que ce soit, bien que les questions soient plus importantes que les réponses qui n’arrivent d’ailleurs pas forcément toujours, bien qu’il reste à une certaine distance égale de tous, Cristián Jiménez parvient à nous attacher fortement à ses personnages imparfaits, pleins de doutes et de manquements, nos alter ego en somme. Voix off est la belle surprise de ce début d’été.

Voix off : Bande annonce

https://www.youtube.com/watch?v=iuo1Bbk2yww

Voix off : Fiche technique

Titre original : La Voz en off
Réalisateur : Cristián Jiménez
Scénario : Cristián Jiménez, Daniel Castro
Interprétation : Ingrid Isensee (Sofia), María José Siebald (Ana), Paulina García (Matilde), Maite Neira (Alicia), Cristián Campos (Manuel), Niels Schneider (Antoine), Lucas Miranda (Roman), Cristóbal Palma (Karishim), Vanessa Ramos (Novia), Shenda Román (Mami)
Musique : Caroline Chaspoul, Eduardo Henríquez, Adam Waito
Photographie : Inti Briones
Montage : Soledad Salfate
Producteurs : Bruno Bettati, Nicolas Comeau, Julie Gayet, Cristián Jiménez, Augusto Matte, Nadia Turincev
Maisons de production : Rouge International, Jirafa, 1976 Productions
Distribution (France) : JHR Films Distribution
Récompenses : –
Budget : –
Durée : 96 min.
Genre : Drame
Date de sortie : 22 Juin 2016
Chili, France – 2014

La Danseuse, un film de Stéphanie Di Gusto : critique

Synopsis : Rien ne destine Loïe Fuller à devenir une icône de la Belle Epoque et encore moins à danser à l’Opéra de Paris. Même si elle doit se briser le dos et se brûler les yeux avec ses éclairages, elle ne cessera de perfectionner sa danse. Mais sa rencontre avec Isadora Duncan va précipiter sa chute.

Elle

Pour son tout premier film, Stephanie Di Gusto a choisi de raconter la vie d’une danseuse méconnue : Loïe Fuller, qui croisa la route d’Isadora Duncan. Plus qu’une danseuse-étoile, Loïe (Marie-Louise) était une créatrice de talent dont l’idée la sublima tout autant qu’elle la détruira par la suite. Pour raconter cette vie, la réalisatrice a choisi la performance visuelle en retranscrivant cette danse, ce déploiement de papillon dans les conditions réelles (soit sans effets spéciaux, comme à l’époque) de sa création. Les scènes de danse sont ainsi des moments magnifiques, magiques empreints d’une grande liberté. Stephanie Di Gusto filme ces moments dansés avec d’infinies variations, que ce soit dans l’évolution du morceau, mais aussi en choisissant de les montrer au milieu d’un décor naturel en faisant courir ses actrices dans la forêt. Les espaces sont grands alors même que la plupart des personnages semblent enfermés. Ainsi, Loïe ne parvient pas à s’épanouir dans le succès et ceux qui l’entourent, à l’exception d’Isadora Duncan qui la vampirise, souffrent du même mal. L’idée du film est venue à sa réalisatrice d’une photographie dans laquelle Loïe déploie ses tissus. Le mystère y règne. C’est ainsi que Stephanie Di Gusto a décidé de débuter son film : par l’image d’une Loïe mystérieuse et souffrante, engoncée dans un imbroglio de tissus. Cette scène sera revue (et comprise plus tard). C’est le regard de Gabrielle qui s’impose dans cette scène. La mentor et amie de Loïe est interprétée par une Mélanie Thierry qui y met autant de douceur que de fermeté.

Corps déchu

A côté de Mélanie Thierry dont le personnage s’efface au profit de la reine-danseuse, Soko trouve toute la place pour déployer son jeu, qui se nourrit aussi de ses talents d’artiste derrière ceux d’actrice. Résultat, l’actrice joue une Loïe à la fois sûre d’elle (c’est-à-dire de ses choix), mais aussi broyée par la vie, repliée sur elle-même. C’est d’ailleurs auprès de son double masculin, Louis (Gapard Ulliel), qu’elle tente en vain de s’épanouir. Elle s’accroche finalement plus à lui qu’elle ne se sauve par lui. Et ce n’est pas la lumineuse, mais aussi duale, Isadora Duncan (Lily Rose-Depp) qui aidera la jeune fleur Loïe à déployer « ses ailes de géant qui l’empêche de marcher ». La réalisatrice insiste sur le corps, sa déchirure et les stigmates que laisse la performance sur Loïe. Pourtant, elle ne cesse aussi de la sublimer, de l’écouter, de l’entourer. Si elle filme une chute, elle filme aussi et surtout une performance grandiose qui ne cesse de nous enchanter les yeux. Pour cela, Stephanie Di Gusto insiste sur la beauté de la lumière et du cadre, les plans étant dessinés comme autant de tableaux où s’inscrit la force du féminin que les hommes regardent, des Folies Bergères (où l’on retrouve François Damiens) à l’Opéra (où Louis-Do de Lencquesaing mène la danse). Un beau moment de vie et de cinéma.

Rencontre avec la réalisatrice Stephanie Di Gusto et Soko

La danseuse : Bande-annonce

La danseuse : Fiche technique

Réalisation : Stephanie Di Gusto
Scénario : Stephanie Di Gusto, Sarah Thibau, Thomas Bidegain
Interprétation : Soko, Gaspar Ulliel, Mélanie Thierry, Lily Rose-Depp, François Damiens, Louis-Do de Lencquesaing, Denis Ménochet
Montage : Géraldine Mangenot
Décor : Carlos Conti
Costumes : Anaïs Romand
Production : Les Productions du Trésor, Wild Bunch, Les Films du Fleuve, Sirena Film
Distribution : Wild Bunch Distribution
Récompenses : César des meilleurs costumes
Durée : 120 minutes
Genre : Drame
Date de sortie : 28 septembre 2016
France – 2016

 

Camping 3, un film de Fabien Onteniente : Critique

Synopsis : Comme chaque été, au Camping des Flots Bleus se retrouvent pour leurs vacances nos amis, Les Pic, Jacky et Laurette, Gatineau, tout juste divorcé de Sophie, le 37, et Patrick Chirac fidèle à ses habitudes.Cette année, Patrick a décidé de tester le co-voiturage… Pensant traverser la France avec Vanessa, il se retrouve avec trois jeunes dijonnais : Robert le charmeur, Benji le beau gosse et José la grande gueule.Bien évidemment, après le co-voiturage, Patrick se voit contraint de tester le co-couchage…

La tente prend l’eau.

En France, le troisième opus d’une trilogie au cinéma est toujours un film maudit, car souvent la preuve d’un manque d’idées et d’une simple envie de surfer sur le succès des épisodes précédents. Cette année, nous avons eu le coup avec Les Visiteurs 3, véritable épisode raté, mais auparavant, des films comme Les Bronzés 3 ou Le Cœur des Hommes 3 se sont également fait remarquer tant ils décrédibilisent le reste de la série.
Malheureusement, mais il fallait s’y attendre, Camping 3 n’échappe pas à la règle et n’est que la preuve que Fabien Onteniente fait tout ce qu’il y a de plus mauvais dans la comédie française actuelle.

Si le premier épisode avait un côté sympathique, un tantinet innovant de par le contexte, la découverte des personnages et des touches d’humour efficaces, ce troisième opus est un vrai calvaire, un magnifique ratage qui ne fait que susciter le trop plein chez les spectateurs. Les tentatives comiques de Camping 3 sont consternantes et frôlent parfois l’abject tant elles  sont mal interprétées. En effet, Fabien Onteniente fait le choix de vanner la communauté homosexuelle par l’intermédiaire de Gatineau, personne incarnée par Antoine Dulery. Mais  ses blagues côtoient une sorte d’homophobie déplaisante, qui n’est qu’un pot pourri des pires clichés sur les LGBT, comme les Village People, le transformisme, et toutes ces références sexuelles qui, selon le scénario du réalisateur, représentent la communauté homosexuelle. Quelle tristesse de subir  des blagues pareilles à notre époque. Outre le fait que ce soit vu et revu et que ca ait déjà été fait d’une meilleure manière, c’est juste outrancier et complètement mauvais.
Aussi, Onteniente tente vainement de rattacher les jeunes à sa cause. Il faut donc croire que la jeunesse se résume à parler verlan, à dire des « wesh » et à parler de manière vulgaire. Merci Camping pour ces fabuleux reflets d’une société arriérée. Aussi, on trouvera dans le film des acteurs qui « plaisent » aux jeunes, comme Mister V, célèbre Youtuber actuel. Enfin, on remarquera que c’est  Maitre Gims, qu’on trouvera talentueux ou non, qui est aux commandes de la chanson originale du film, et il n’y a pas d’autre terme pour la qualifier que celui de consternante, tant le rythme est mauvais et les paroles incongrues.

Et sinon, d’un point de vue technique, c’est insipide, réellement sans saveur, aucune prise de risque, mise à part la découverte du drone qui nous laisse voir des panoramas de la plage que squattent les campeurs des Flots Bleus.
On ne peut qu’être peiné devant Camping 3, mais outre le film qui ne peut qu’attrister le spectateur par sa bêtise, on déplorera aussi le fait qu’un film de la sorte ait été financé, qu’un fond ait été levé afin que ce long-métrage voie le jour, au détriment de bon nombre de films français bien plus intéressants et réussis qui  ont du mal à pointer le bout de leur nez dans les salles obscures françaises.

Camping 3 est du même acabit qu’un téléfilm TF1 dans lequel il ne se passe rien, ou les acteurs sont mauvais, et où les partis pris techniques sont proches du néant. Et qu’on ne s’y méprenne pas , même si le film se rapproche tranquillement du navet cinématographique, il y a fort à parier que malheureusement, ce sera un gros succès populaire. On ne peut, à présent, qu’espérer la fin de la franchise, Camping 3 étant le coup fatal, dont on se serait passé, mais qui est venu enterrer le restant de dignité d’Onteniente, mais aussi des acteurs, qui sombrent dans le jeu négligé et imparfait.

Camping 3 : Bande-annonce

Camping 3 : Fiche Technique

Réalisateur : Fabien Onteniente
Scénario : Fabien Onteniente
Interprétation : Franck Dubosc, Claude Brasseur, Mylène Demongeot, Antoine Duléry, Gérard Jugnot, Michèle Laroque, Leslie Medina, Louka Meliava, Philippe Lellouche…
Photographie : Pierre Gantelmi d’Ille
Montage : Enzo Onteniente
Musique : Jean-Yves d’Angelo, Maitre Gims
Direction artistique : Jacques Rouxel
Producteurs : Patrick Godeau, Jerôme Seydoux
Sociétés de production : Wainting for Cinéma, Pathé Production, TF1 Films Productions, Pathé Distribution
Distribution (France) : Pathé Distribution
Durée : 90 minutes
Genre : Comédie
Date de sortie : 29 juin 2016

France – 2016

Silent Running, un film de Douglas Trumbull: critique

[critique] Silent Running En édition Blu-ray+DVD+Livret le 6 Juillet 2016

Synopsis: Dans le futur, la Terre n’a plus assez de ressources naturelles pour survivre ; la végétation a presque totalement disparu. À bord du transporteur spatial Valley Forge, une équipe de chercheurs cultive des forêts, notamment le botaniste Freeman Lowell qui s’occupe avec passion de l’entretien des serres géantes avec l’aide de robots, les drones Huey et Dewey.

Film culte pour beaucoup, nanar pour d’autres, mais certainement savant mélange d’optimisme et de fatalisme. Silent Running, qui sort ce mois-ci en version restaurée chez Wild Side, se veut à la fois film de science-fiction et d’anticipation non seulement par ce qui va nous arriver, mais par ce qui nous arrive déjà. Nous n’avons pas encore envoyé dans l’espace de grand vaisseau chargé de sauvegarder la Nature tel l’Arche de Noé, mais nous avons bien commencé à puiser sans vergogne dans les réserves de notre planète, persuadés que la science nous sauvera. Par son choix de ne pas montrer un seul instant cette Terre dévastée, Douglas Trumbull donne un surcroît de force à son film, car il nous laisse le soin d’imaginer le pire, démarche pédagogique de sa part, l’imagination frappant les esprits bien plus fortement que la démonstration.

Les personnages et leur caractérisation renforcent le postulat de Trumbull car, dans une civilisation où la Nature s’apparente de plus en plus à un lointain souvenir, trois des quatre membres d’équipage passent ce temps coincés dans l’espace, à jouer au poker et faire des courses de voiturettes, se moquant éperdument de sauvergarder le moindre brin d’herbe qui serait un jour replanté sur Terre. Le quatrième, Lowell, botaniste de formation, reste alors le seul à avoir à cœur de mener à bien sa mission. Ne donnant aucune explication sur ce qui amène alors les Terriens à prendre leur grande décision (le tournant du film), Trumbull fait une nouvelle fois confiance à l’intelligence du spectateur, préférant montrer sans démontrer.

Au centre du film se trouve donc Lowell, personnage mystique et quasi-prophétique, habillé la plupart du temps de grandes chasubles lui donnant des airs de missionnaire. Il semble souvent habité, parfois jusqu’à la folie, par un Bruce Dern mémorable qui rappelle que ses récentes nominations aux Golden Globes et aux Oscars pour Nebraska, ne doivent rien au hasard, mais tout à cette manière qu’il a d’intensifier son jeu d’un seul regard, jusqu’à la saturation. Le scénario fait que le film lui doit tout, reposant presque exclusivement sur ses épaules à l’époque déjà frêles.

Bénéficiant de l’expérience de certains sur des films comme 2001, l’Odyssée De l’Espace, Blade Runner, Rencontres Du Troisème Type (Trumbull ayant dirigé les effets visuels des trois films) ou Star Trek, d’un Michael Cimino au scénario et d’une Joan Baez à la musique, Silent Running est un film où la technologie a fait un bond spectaculaire, mais en cohérence avec nos connaissances actuelles. C’est surtout une mise en garde, un miroir qu’on nous retourne et qui nous montrerait par anticipation où se trouve le point de non-retour pour notre espèce. Silent Running nous rappelle que nous venons, au même titre que toute chose ou tout être, de cette Terre qui nous a donné la vie et nous la reprendra si nécessaire, et que lorsque nous glissons une main dans cette Terre, nous reprenons contact avec notre Mère originelle. Mais le ferons-nous avant qu’il ne soit trop tard ?

CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES DVD

Master restauré HD – Format image : 1.85, 16/9ème compatible 4/3 –  Format son : Anglais DTS 2.0 & Anglais & Français Dolby Digital 2.0 – Sous-titres : Français – Durée : 1h26

 CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES Blu-ray

Master restauré HD Format image : 1.85 – Résolution film : 1080 25p – Format son : Anglais & Français DTS-HD Master Audio 2.0 – Sous-titres : Français – Durée : 1h29

Compléments : Dans les coulisses de SILENT RUNNING : le making of d’époque (52’) Entretien avec Bruce Dern (10’) Hier, Aujourd’hui et Demain par Douglas Trumbull (5’) Douglas Trumbull parle de SILENT RUNNING (30’) [Exclusivement sur le Blu-ray]

 + Un livret exclusif de 74 pages sur le film et sa genèse, spécialement écrit pour cette édition par Frédéric Albert Lévy, illustré de photos d’archive rares.

Silent Running  Extrait (VOST – HD) : Bande Annonce

Silent Running : Fiche Technique

Réalisation : Douglas Trumbull
Scénario : Deric Washburn, Michael Cimino et de Steven Bochco
Interprétation: Bruce Dern, Cliff Potts, Ron Rifkin, Jesse Vint, Mark Persons, Steve Brown, Cheryl Sparks et Larry Whisenhunt
Photographie : Charles F. Wheeler
Musique : Peter Schickele
Musique complémentaire : Joan Baez
Montage : Aaron Stell
Décors : Frank Lombardo
Directeur des effets visuels : Douglas Trumbull
Production : Michael Gruskoff
Société de distribution : Universal Pictures
Durée : 89′

Le chef-d’œuvre précurseur de la SF moderne sort le 6 Juillet Blu-ray+DVD+Livret Chez Wildside

 

Rochefort : hommage à Jacques Demy du 01er au 03 Juillet

0

La ville de Rochefort rend hommage aux demoiselles de Demy

A l’occasion du 50ème anniversaire du tournage du film Les demoiselles de Rochefort de Jacques Demy, de nombreuses animations culturelles sont organisées dans la ville de Rochefort les 01er, 02 et 03 Juillet 2016 pour le plus grand bonheur des cinéphiles.

Jacques Demy avait posé ses caméras du 31 Mai au 27 Août 1966 pour le tournage du film Les Demoiselles de Rochefort avec Jacques Perrin, Catherine Deneuve, Gene Kelly,  George Chakiris, Françoise Dorléac, Michel Piccoli, Danielle Darrieux ou bien encore Henri Crémieux. Le film était sorti dans les salles en Mars 1967.

Près d’un millier de figurants, les habitants de Rochefort principalement, avaient participé à la célèbre scène finale de la fête populaire sur la place principale de la ville, la place Colbert, avec le spectacle des deux soeurs jumelles. Certains espaces de la ville avaient été repeints et aménagés pour les décors et les besoins du tournage. Ce grand classique du cinéma français est le fruit de la collaboration exceptionnelle entre Jacques Demy et Michel Legrand.

 

Sous l’impulsion de la femme de Jacques Demy, Agnès Varda, le film a été restauré en 2011.

En ce début d’été 2016, les célébrations et les hommages sur les trois jours permettront au public de visionner le film lors d’une séance exceptionnelle. Un concert de Michel Legrand est prévu dans le cadre des festivités. Des visites sur les lieux du tournage seront également proposées tout au long du week-end (le magasin de musique de monsieur Dame ou bien encore l’appartement de Delphine et Solange, l’ancien bureau du maire de l’époque, François Gaury, très impliqué sur le tournage).

Vendredi 01er Juillet: Une parade sera organisée place Colbert avec des voitures de collection, un flashmob et des concerts. Les Demoiselles de Rochefort sera projeté dans la soirée, sur la même place mythique de la ville de Rochefort.

Samedi 02 Juillet: Des expositions seront accessibles au public place Colbert et au musée Hèbre de Saint-Clément. La ville de Rochefort célèbrera le film et son ambiance unique tout au long de la journée dans les rues emblématiques du centre-ville avec notamment des spectacles de danse et la présence de majorettes. A 21h, Michel Legrand sera en concert exceptionnel en quintet

Dimanche 03 Juillet: Les Conservatoires de musique de Rochefort et de Saintes donneront un concert en hommage au film de Jacques Demy au jardin de la Marine.

http://www.350ans.ville-rochefort.fr/#!50-ans-des-demoiselles-de-rochefort/c0gxc

 

https://youtu.be/poBN4_0UieA

Rétrospective Wes Craven à la Cinémathèque du 29 Juin au 31 Juillet

0

Le maître de l’horreur vient hanter nos nuits à la Cinémathèque

La mémoire du réalisateur Wes Craven, décédé en août 2015 à l’âge de 76 ans, va être honorée tout au long du mois de Juillet 2016 à la Cinémathèque française avec une retrospective de ses films et une conférence (Wes Craven, L’Amérique sauvage, en compagnie du journaliste Stéphane du Mesnildot).

Wes Craven avait révolutionné et réinventé les codes du cinéma de genre dans les années 70 et 80 avec des films d’horreur qui sont devenus des grands classiques comme La colline a des yeux, La dernière maison sur la gauche ou Les griffes de la nuit.

La saga Freddy sera diffusée en intégralité. Une nuit Scream sera même organisée. Le public pourra également découvrir des films méconnus ou rarement diffusés comme L’Amie Mortelle et The Serpent and The Rainbow. 

Après une retrospective et une exposition consacrées à l’oeuvre et aux travaux du réalisateur américain Gus Van Sant, c’est au tour de Wes Craven, un autre réalisateur majeur sur la jeunesse américaine, de recevoir le plus beau des hommages avec cette rétrospective à la Cinémathèque française tout au long du mois de Juillet 2016.

Le programme complet des projections est à retrouver sur le site officiel de la Cinémathèque française.

http://www.cinematheque.fr/cycle/wes-craven-344.html

 

Conjuring 2 : le Cas Enfield, un film de James Wan : Contre-critique

James Wan maîtrise son art mais ne prend pas la peine de le renouveler. Il suffit d’avoir vu ses précédents films similaires pour savoir où et quand vont surgir les vilains fantômes.

Cet article vient contrebalancer le précédent, voyant en Conjuring 2 le « meilleur film d’horreur de l’année ».

Synopsis : Au milieu des années 70, une famille londonienne est confrontée à un poltergeist qui hante leur pavillon. Faisant appel à l’Eglise, cette mère célibataire voit intervenir les Warren, tout juste popularisés par une affaire similaire en Virginie. Le couple de chasseurs de fantômes va avoir affaire à son expérience la plus terrifiante… comme l’était déjà la précédente, et le sera probablement la prochaine.

On prend les mêmes et on recommence

La tension naît inconsciemment du passage de la musique au silence et, brusquement, une rupture brutale de montage nous fait sursauter. Par nature, la peur naît de la surprise, or le public n’est plus dupe face à cet effet de mise en scène qui sature les films d’horreur depuis une quinzaine d’années. Ces fameux jump-scare en sont venus à n’avoir plus comme unique contrecoup que de faire éclater de rire la salle devant la réaction des rares spectateurs, de moins en moins nombreux, encore sensibles à ce dispositif grossier. Nul doute alors que l’engouement du public pour cette rengaine lourdaude soit arrivé à bout de souffle, comme ce fut le cas du found-foutage il y a encore peu de temps. Il semble d’ailleurs que même Jason Blum (le fondateur des studios BlumHouse, et donc l’initiateur de cette déferlante de films d’horreur bon marché) en ait pris conscience et ait commencé à diversifier ses productions. Mais chez New Line, on veut y croire. Eux qui avaient embauché James Wan en 2013, qui était  justement à l’époque en contrat avec BlumHouse, pour lui commander un « Insidious avec un budget 10 fois supérieur », avaient rencontré un franc succès avec Conjuring. Mais les décideurs ont voulu creuser le filon en misant sur un spin-off… avec le succès que l’on sait. Après la catastrophe Annabelle, la stratégie s’imposait d’elle-même : Rappeler James Wan pour reprendre les rênes du bateau et tripler le budget, dans l’espoir de sortir cette franchise balbutiante de sa propre ringardise.

« If there’s something strange in your neighborhood, who ya gonna call? »

En tant que suite, il est logique que ce Conjuring 2  exploite les mêmes personnages principaux, à savoir le couple formé par Ed et Lorraine Warren, toujours interprétés par Vera Farmiga et Patrick Wilson. C’est en revanche plus contestable que le scénario se construise strictement pareil, adoptant de fait la mécanique propre à une série policière : Un épisode = une enquête, et donc une intrigue et un lieu uniques. En l’occurrence, le couple de chasseurs de fantômes traverse l’Océan Atlantique pour résoudre une nouvelle affaire de maison hantée en Angleterre. Mais alors qu’est-ce que ce changement de décors apporte de neuf ? Strictement rien, sinon une courte introduction sur fond de rock anglais et un plan laissant apercevoir Margaret Thatcher à la télévision (le plan le plus flippant du film ?). Pour le reste, ce n’est encore une fois qu’un recyclage de poncifs dont on s’est depuis longtemps lassé de connaitre toutes les ficelles : Les meubles et les jouets qui bougent, le plancher qui grince, les enfants qui voient les fantômes en premier et la plus jeune d’entre eux qui se fait posséder… Quand bien même, le film prend davantage l’allure d’un remake que d’une suite du premier opus, il faut une nouvelle fois miser sur la réalisation pour y insuffler une ambiance capable de nous tenir en haleine.

La fluidité des plans-séquences dont James Wan a fait preuve à l’occasion du premier épisode garde son pouvoir d’immersion et la photographie, à la fois rétro et poisseuse, assurée par Don Burgess (Forest Gump, Spider-man…) nous fait partager la moiteur pesante de ce pavillon dévasté par un dégât des eaux. Toutefois, le pouvoir de suggestion, qui étaient indéniable dans ses choix de cadrages misant judicieusement sur le flou d’arrière-plan et le hors-champs, est cette fois mal exploité. En plus de savoir à l’avance dans quel coin du cadre la menace est tapie, le stress de ne pas savoir ce qui se cache autour ne se fait jamais sentir. Avec une maladresse évidente, les deux scènes les plus réussis en terme de tension horrifique, une séance de spiritisme et un cauchemar vécus tous deux par le personnage de Lorraine, se situent au début du film, générant un énorme ventre mou (le film dure tout de même 2h15 !) jusqu’à la conclusion. Concrètement, dans ce long passage à vide, il ne faut compter que sur les réactions des gamins, et en particulier la petite Madison Wolfe, pour nous la faire pleinement partager leur peur.

Prêchi-prêcha en roue libre

Justement, c’est aussi sur ce cocon familial que le scénario va focaliser le principal enjeux hors-paranormal. La difficulté de cette mère pour élever seule ses quatre enfants aurait alors pu apporter au film d’horreur un angle de lecture social, mais dans la façon dont Ed est porté en héros en jouant le père de substitution (avec notamment cette scène chantée qui rappellera probablement de bons souvenirs aux anciens scouts) c’est irrémédiablement vers un discours défenseur des valeurs familiales que se dirige le long-métrage. L’insistance faite sur la ferveur chrétienne des deux héros, qui se retrouve exacerbée par leur lutte -armée de crucifix et de prières- contre ce « démon aux allures blasphématoires » appuie plus encore le sous-texte ouvertement bondieusard et bien-pensant de cette production. Quant aux enjeux paranormaux, la volonté des scénaristes d’introduire deux entités horrifiques, « l’homme tordu » (que l’on croirait tout droit sorti de L’Etrange Noel de Mr Jack) et « La nonne » (qui a déjà droit à un spin-off/prequel sur les rails !), n’aboutit qu’à une confrontation finale confuse en plus d’être grand-guignolesque.

Comme un clou venant enfoncer ce manque d’audace has-been, le générique de fin nous ouvre les yeux sur le fait que le choix des acteurs, dont le charme formaté et engoncé est aux antipodes du physique moins enjôleur des personnages auxquels ils prêtent leurs traits, est une preuve de plus que nous avons affaire à un pur produit commercial calibré selon les codes de l’industrie du rêve hollywoodienne.

Conjuring 2 : le cas Enfield  : Teaser VOST

Conjuring 2 : le cas Enfield : Fiche Technique

Titre original : The Conjuring 2: The Enfield Poltergeist
Réalisation : James Wan
Scénario : Carey W. Hayes, Chad Hayes, James Wan et David Leslie Johnson
Interprétation : Patrick Wilson (Ed Warren), Vera Farmiga (Lorraine Warren), Sterling Jerins (Judy Warren), Frances O’Connor (Peggy Hodgson), Madison Wolfe (Janet Hodgson), Lauren Esposito (Margaret Hodgson)…
Photographie : Don Burgess
Montage : Kirk M. Morri
Direction Artistique : Julie Berghoff
Costumes : Kristin M. Burke
Musique : Joseph Bishara
Producteur(s) : Bob Cowan, Peter Safran et James Wan
Sociétés de production : New Line Cinema, The Safran Company, Atomic Monster et Evergreen Media Group
Budget: 40M $
Distribution : Warner Bros. Pictures
Durée : 134 minutes
Genre : Horreur
Date de sortie : 29 juin 2016

Etats-Unis – 2016