Accueil Blog Page 665

Game of Thrones, Saisons 5 et 6, une série de David Benioff et D.B. Weiss : Critique

Après s’être peu à peu éloignée des romans de G.R.R. Martin, la série Game of Thrones de Weiss et Bienhoff est désormais libre de ses contraintes dramaturgiques, et s’envole vers sa conclusion tant attendue.

Synopsis : La mort de Tywin Lannister a ébranlé tout le royaume, à commencer par ses héritiers, de plus en plus effrayés de voir les alliances maritales royales se retourner contre eux. Au nord de Westeros, l’improbable alliance entre Stannis Baratheon et le lord commandeur Jon Snow est ébranlée par la volonté de ce dernier d’intégrer les sauvageons dans sa lutte contre les Marcheurs Blancs. Au-delà du détroit, Tyrion Lannister est en exil, en route vers Mereen, où Danerys est victime de moults complots qui rendent son règne difficile.

The end is coming

Après être devenu un phénomène culturel sans véritable précédent dans l’histoire de la série télévisée, Game of Thrones met les bouchées doubles pour ne pas tomber dans le piège de la lassitude après une quatrième saison qui, paradoxalement, aura déçu certains spectateurs en même temps qu’elle a connu un pic d’audience. Et le résultat est là, puisque, dès le début de la saison 5, l’audience américaine va, pour la première fois, dépasser la barre symbolique des 8 millions. Les efforts des producteurs pour renouveler le show se ressentent dans un premier temps dans le casting. Alors que les acteurs des premières saisons étaient, à de rares exceptions (Sean Bean et Charles Dance), de purs inconnus, la plupart d’entre eux sont devenus cinq ans plus tard des stars  bankables. C’est tout particulièrement vrai pour Kit Harrington, Peter Dinklage et Emilia Clarke, devenus tous trois incontournables. Les saisons 5 et 6 introduisent donc de nouveaux personnages interprétés par des visages connus, voir prestigieux : Jonathan Pryce, Max van Sydow, Ian McShane ou encore Pilou Asbæk. Sur un plan formel aussi la réalisation fait preuve de fulgurances. On retiendra tout particulièrement cette Bataille des Bâtards, en guise d’épisode 9 de la saison 6, que certains veulent déjà consacrer du titre honorifique de «meilleur épisode de l’histoire de la télévision » (jusqu’au prochain épisode de bataille sans doute), mais dont on peut au moins affirmer que la maîtrise des plans-séquences n’a rien à envier à celle de The Revenant ou Il faut Sauver le Soldat Ryan, ce qui n’est déjà pas pas si mal.

Autre élément fondamental qui sépare ces deux saisons de celles qui les ont précédées : Une liberté absolue par rapport aux romans de G.R.R. Martin. Et pour cause, le récit de la série a dépassé celui les livres dès la fin de la saison 5! Un point de rupture que l’on savait inévitable depuis le lancement de la série et dont on pouvait craindre qu’elle la condamne à s’effondrer, privée de matériau auquel se rattacher. Mais il n’en fut rien. L’adaptation ultra-fidèle des deux premières saisons s’était déjà vue peu à peu émaillée d’un nombre croissant de raccourcis scénaristiques et d’écarts dans la chronologie des évènements, mais n’avait jamais cessé de rester tout aussi passionnante qu’à ses débuts. Il faut dire que si la série n’était pas restée concentrée sur certains personnages clés et avait, comme les romans, multiplié les sous-intrigues, sa narration se serait depuis longtemps bien trop éparpillée. Mais à présent il est presque impossible pour les fidèles lecteurs de jouer à lister, dans l’arc narratif de chaque personnage (hormis les nombreux que les showrunners ont passé à la trappe), les différences entre les deux versions. Pourquoi presque ? Parce que la saison 6 a tout de même réussi à mettre en scène certains évènements qui, si la chronologie propre aux romans avait été précédemment appliquée à la lettre, se seraient déroulés plus tôt. Résultat : L’approche des spectateurs est désormais bien différente, libérée de cette question de la fidélité ou non de l’adaptation.

A présent que plus personne n’est à même de dire ce qui va se passer, les twists sont plus attendus que jamais. Apparue lors des dernières saisons de la série Lost, la mode de mettre en ligne des théories, parfois tirées par les cheveux, sur le déroulé à venir de la série atteint son paroxysme avec Game of Thrones. Il faut dire qu’en matière de rebondissements, les showrunners savent nous gâter, chaque épisode livrant son lot de surprises et de scènes chocs. Le cliffhanger de la saison 5 aura été en cela une apothéose, tant les commentaires le concernant n’auront cessé d’enflammer la Toile pendant 10 mois avec une hype à faire pâlir de jalousie les producteurs de Walking Dead. Et il semble à présent évident que l’impact de la conclusion de la saison 6 n’en a pas non plus fini de faire parler de lui!

Cependant, les premiers épisodes de la cinquième saison avaient souffert, aux yeux de beaucoup de spectateurs, d’une baisse de rythme –au point de voir rapidement baisser son audimat record. La faute en incombe à l’introduction assez laborieuse de nombreuses sous-intrigues et à la lente évolution des relations entre personnages, à défauts d’événements véritablement marquants. Mais, depuis la seconde moitié de cette saison 5 mal amorcée, impossible de nier que les pions de la bataille entre les prétendants au trône de fer n’ont depuis cessé d’avancer vers un inévitable affrontement final.

Recette gagnante : Faire table rase du passé pour rendre l’avenir plein incertain encore.

Au cours de ces saisons, on a pu voir les membres survivants de la maison Stark deviennent de plus en plus forts d’épisode en épisode. Les enseignements d’Arya et de Bran auprès de, respectivement, les Sans Visages et la Corneille à trois yeux ont porté leurs fruits. Autant dire que les retrouvailles de la famille nordienne s’annonce un événement qui va peser lourd dans la balance. A l’inverse, les Lannister ont vu leur pouvoir vaciller, conséquence directe de la mort de leur patriarche et de lourdes erreurs stratégiques. La place prise par l’intégrisme religieux dans les complots politiques opposant Cersei et la maison Tyrell a su apporter une nouvelle dimension aux antagonismes qui secouent Port-Réal. Une problématique qui aura aussi beaucoup joué dans le parcours de Stannis Baratheon, que la dévotion aveugle à R’hloor a mené à prendre des décisions contestables, tant sur un plan personnel que militaire. Quant à Daenerys, ce sont également les choix discutables qu’elle aura dû prendre en tant que reine pour maintenir son pouvoir dans un environnement chaotique qui lui ont valu la désapprobation de beaucoup de ses fans de la première heure. Il en sera d’ailleurs de même pour Jon Snow, confronté à la trahison de ses frères d’armes. La preuve, s’il en fallait encore, que Game of Thrones n’est pas qu’un simple show d’heroic-fantasy, il s’agit avant tout d’un sujet d’études politiques. Les enjeux géopolitiques, les tensions entre grandes familles et la menace du Long Hiver n’auront décidément jamais été aussi exacerbés qu’à la fin de cette saison 6 qu a été riche en révélations, en morts tragiques, en retrouvailles et en alliances inespérées… en somme, tout ce qu’on aime dans Game Of Thrones!

Toujours fidèle à son lot de batailles épiques, de jeux de pouvoir retors et de destins brisés, la série reste jusque-là fidèle à elle-même. Et alors que l’on a appris que les producteurs ont décidé de bafouer le chiffre sacré en préparant non pas sept, mais huit saisons (un pêché que le Grand Moineau n’aurait pas laissé passer), on peut être certains que les guerres à mener au Nord contre les Autres et au Sud pour l’obtention du Trône de Fer sont dors et déjà assurées de rentrer dans les annales de la télévision.

Game of Thrones : Bande-annonce de la saison 5

Game of Thrones : Fiche technique

Créateurs / Showrunners : David Benioff et D.B. Weiss d’après l’œuvre de G.R.R. Martin
Réalisateurs : Daniel Sackheim, Jack Bender, Jeremy Podeswa, Mark Mylod, Miguel Sapochnik, David Nutter, Michael Slovis
Interprètes : Kit Harington (Jon Snow), Peter Dinklage (Tyrion Lannister), Emilia Clarke (Daenerys Targaryen), Maisie Williams (Arya Stark), Natalie Dormer (Margaery Tyrell), Aidan Gillen (Petyr Baelish), Iwan Rheon (Ramsay Bolton)…
Photographie : Marco Pontecorvo
Montage : Frances Parker, Oral Norrie Ottey
Direction artistique : Paul Inglis, Thomas Brown, Ashleigh Jeffers, Tom McCullagh, Steve Summersgill
Musique : Ramin Djawadi
Producteurs : Mark Huffam, Frank Doelger
Sociétés de production : HBO, Management 360
Diffusion (France) : OCS
Format : 2 x 10 épisodes pouvant aller de 45 à 70 minutes

Etats-Unis – 2011

Love & Friendship, un film de Whit Stillman : critique

Whit Stillman est autant un écrivain qu’un cinéaste. Admirateur sans bornes de Jane Austen qu’il appelle pourtant ironiquement et sans doute tendrement « the spinster authoress » (1) dans l’adaptation qu’il a faite de son « Lady Susan », il n’a pas manqué de faire référence à l’une ou l’autre de ses œuvres dans ses précédents films, comme par exemple dans Metropolitan (1990) où deux protagonistes devisent sur les plus et les moins du « Mansfield Park » de l’écrivaine.

Synopsis : Angleterre, fin du XVIIIe siècle : Lady Susan Vernon est une jeune veuve dont la beauté et le pouvoir de séduction font frémir la haute société. Sa réputation et sa situation financière se dégradant, elle se met en quête de riches époux, pour elle et sa fille adolescente. Épaulée dans ses intrigues par sa meilleure amie Alicia, une Américaine en exil, Lady Susan Vernon devra déployer des trésors d’ingéniosité et de duplicité pour parvenir à ses fins, en ménageant deux prétendants : le charmant Reginald et Sir James Martin, un aristocrate fortuné mais prodigieusement stupide…

La veuve joyeuse

Fin connaisseur de son auteure fétiche, il a choisi pour ce roman (puis plus tard pour le film) le titre de Love & Friendship, sachant que le titre Lady Susan a été attribué posthume par son neveu lors de sa première publication, et non par Jane Austen elle-même. Le titre choisi est celui d’un autre roman de sa jeunesse, « Love and Freindship » (sic), et de la bouche du cinéaste lui-même, c’est un titre plus cohérent avec ce qu’il voulait montrer dans son film, un peu beaucoup de « Lady Susan », bien sûr, mais aussi une étude plus globale de cette société nobiliaire georgienne ultra-codifiée. Originalement structuré sous formes de lettres essentiellement entre Lady Susan Vernon et sa meilleure amie Alicia Johnson, puis entre sa belle-sœur Catherine Vernon et la propre mère de celle-ci, « Lady Susan » est un roman réputé inspiré des « Liaisons dangereuses » de Pierre Choderlos de Laclos, autre roman épistolaire écrit quelques années auparavant, et il est vrai que l’héroïne austénienne n’est pas sans rappeler une certaine Madame de Merteuil…

Whit Stillman a mené une entreprise jubilatoire à travers ce nouveau projet, le roman d’abord, puis le film. La relative parcimonie de sa production est amplement justifiée par le très grand soin et la très grande richesse qu’il a apportés à ce projet tellement singulier, un film en costumes qui aurait pu avoir lieu aujourd’hui, tant les personnages sont d’une contemporanéité aigüe.

« Lady Susan » est donc un court roman épistolaire dont l’héroïne éponyme est une veuve de fraîche date de 35 ans, jolie et désargentée, prête à toutes les manigances pour trouver des maris fortunés pour elle-même et pour sa très jeune fille Frederica (interprété ici par Morfydd Clark). Par construction, le récit de Jane Austen est  elliptique et discontinu, et une des prouesses du cinéaste est d’avoir entièrement réécrit le roman en remplissant ces trous de manière à rendre fluide la progression du récit, en complétant largement les rares dialogues cités dans les lettres du roman original, en créant de nombreuses scènes permettant des tête-à-tête entre Lady Susan (Kate Beckinsale, très à l’aise dans un rôle éloigné de ses prestations habituelles) et son amie Alicia Johnson (immuable Chloë Sévigny), le plus souvent à l’ombre des carrosses, et en transformant les échanges de lettres en dialogues et échanges verbaux moins monotones et beaucoup plus dynamiques. Le cinéaste a tiré intelligemment parti du fait que le vieux et noble Monsieur Johnson (Stephen Fry) interdit à sa femme la fréquentation de la sulfureuse Lady Susan pour créer ces scènes intimes où les deux amies peuvent échanger librement à l’abri des indiscrétions, comme dans les lettres finalement…

Avec beaucoup de malice et d’humour, Whit Stillman renforce avec ses dialogues la noirceur de lady Susan, le personnage principal, le cynisme et la mauvaise foi qu’elle affiche en toutes circonstances, ainsi que son amie Alicia, la bêtise crasse du soupirant de sa fille, sir James Martin, dont l’interprétation irrésistible et majestueuse de Tom Bennett confine au burlesque, avec une gestuelle presque keatonienne (il faut le voir se balancer come un dindon sur ses pattes, la main à la hanche,  en s’invitant sans prévenir chez les Vernon, la belle-famille de lady Susan, débitant une énormité après l’autre). Le tout baigne dans un humour décalé. Le personnage de Kate Beckinsale décrit-il les traits de Sir James Martin auprès de son amie en le traitant de « vastly rich, rather simple » (2) ? Chloë de Sévigny prête ses traits sophistiqués d’égérie indie américaine à Alicia pour lui répondre : « The ideal ! » (3)… Tout est à l’avenant, décalé, drôle, exquis, réglé au cordeau. Dans son souci d’en montrer un peu plus que ce qu’il y a dans le roman original, le cinéaste choisit par exemple de faire de la même Alicia une américaine, pour amener dans le film le contexte historique de l’époque, soit l’exil de certains américains en Angleterre après la guerre de l’indépendance). Ce sont de telles surprises et décisions qui font la réussite de Love & Friendship !

De plus, cette comédie des mœurs repose sur une esthétique très dynamique avec un ballet incessant de visiteurs, de valets ou encore de femmes de chambres qui entrent et qui sortent, un procédé qui rompt la monotonie d’un film assez verbeux il faut bien le dire. Ces portes enferment dans le secret les agissements de Lady Susan, encore une manière subtile de la part de Whit Stillman pour augmenter la réalité du roman de Jane Austen, donnant ainsi la sensation au spectateur de chausser des lunettes légèrement déformantes qui permettent de draper la protagoniste d’une sorte de dignité contraire à sa réputation de séductrice…

De nouveau tourné avec Kate Beckinsale et Chloe Sevigny, la paire d’actrices que Whit Stillman a déjà fait tourner ensemble comme amies dans Les Derniers Jours du disco (1998), Love and friendship est un film iconoclaste et réjouissant qui plaira aussi bien aux adeptes de Jane Austen qu’aux cinéphiles plus béotiens…

 (1) L’auteure célibataire

(2) Richissime, mais pas très futé

(3) C’est l’idéal

Love & Friendship : Bande annonce

Love & Friendship : Fiche technique

Titre original : Love & Friendship
Réalisateur : Whit Stillman
Scénario : Jane Austen (d’après son roman Lady Susan), Whit Stillman
Interprétation : Kate Beckinsale (Lady Susan Vernon), Morfydd Clark (Frederica Vernon), Tom Bennett (Sir James Martin), Jenn Murray (Lady Lucy Manwaring), Lochlann O’Mearáin (Lord Manwaring), Sophie Radermacher (Miss Maria Manwaring), Chloë Sevigny (Alicia Johnson), Stephen Fry (Mr. Johnson), Xavier Samuel (Reginald DeCourcy), Emma Greenwell (Catherine DeCourcy Vernon), Justin Edwards (Charles Vernon), Kelly Campbell (Mrs. Cross), Jemma Redgrave (Lady DeCourcy), James Fleet (Sir Reginald DeCourcy)
Musique : Benjamin Esdraffo
Photographie : Richard Van Oosterhout
Montage : Sophie Corra
Producteurs : Katie Holly, Lauranne Bourrachot, Whit Stillman, Raymond Van der Kaaij, Marco Cherqui, Producteurs délégués :Collin de Rham, Russell Pennoyer, Kieron J. Walsh
Maisons de production : ProductionWesterly Films, Blinder Films, Chic Films, Revolver Films, Arte France Cinéma
Distribution (France) : Sophie Dulac Distribution
Récompenses : –
Budget : 3 000 000 USD
Durée : 92 min.
Genre : Comédie
Date de sortie : 15 Juin 2016
Irlande, Pays-bas, France, USA – 2016

Pendant ce temps sur Outbuster… Love Steaks, The Turning, Flickering Lights et The Grand Heist

0

Deux semaines après son lancementOutbuster n’en a pas fini de nous proposer une ribambelle de films inédits et pleins de talents. La preuve par quatre:

Love Steaks, The Turning, Flickering Lights et The Grand Heist

  • Love Steaks (Jakob Lass, Allemagne, 2014) Grand admirateur du Dogme 95 danois, le jeune réalisateur Jakob Lass en propose sa variation personnelle en s’amusant à filmer ses acteurs au naturel et en plein exercice d’improvisation. L’histoire d’amour qui découle de cet exercice de style sort complètement des sentiers battus : D’abord parce que ses deux protagonistes ne sont pas enfermés dans les sempiternels canons de la beauté propres aux romcom (l’un d’eux est même jugé « moche » par son entourage), parce que la liberté de ton est une bonne surprise, en particulier venant d’un cinéma allemand trop souvent jugé académique, et enfin parce que les rapports entre les personnages prend à contre-pied les schémas caricaturaux des rapports homme-femme. Cette romance tour à tour platonique et fusionnelle profite donc d’une mise en scène audacieuse qui pourrait bien devenir un modèle du genre.
  • The Turning (beaucoup de réalisateurs, Australie, 2013) Quel rapport entre les retrouvailles emplies de mélancolie entre un père et son fils et les errances oniriques d’un jeune aborigène sur une plage ? Strictement aucune, sinon qu’il s’agit de l’adaptation de nouvelles signées par Tim Winton (réunies dans un ouvrage homonyme en version originale, mais publiée en France sous le nom de «Angelus »), sous la forme de 10 segments d’une dizaine de minutes. Cette sélection faite sur les 18 que composent initialement ce film à sketchs dans sa version intégrale, implique un gage de qualité dans cet exercice de style par nature inégal auquel ont participé les plus grandes stars du cinéma australien (Cate Blanchett, Hugo Weaving, Rose Byrne…). A noter d’ailleurs que Mia Wasikowska y livre sa première expérience de réalisatrice, qui se révèle le segment le plus ésotérique du panel. Sans doute un des conséquences psychotropes de son va-et-vient au Pays des Merveilles…
  • Flickering Lights (Anders Thomas Jensen, Danemark, 2000) Si le récent Men & Chicken a réuni Mads Mikkelsen et Anders Thomas Jensen dix ans après Adam’s Apple, la première collaboration entre l’acteur devenu depuis incontournable et le réalisateur remonte à Flickering Lights. On y trouvait déjà le gout du cinéaste danois pour les personnages marginaux et surtout la thématique qui sera l’enjeu de chacun de ses films, à savoir leur tentative de socialisation. Et même s’il était à l’époque encore frileux d’intégrer une véritable transgression dans son propos, Jensen savait déjà donner à ses personnages une profondeur qui ne les limitent pas à des artifices de parodies de cinéma de genre, quand bien même les codes du film de gangsters sont en l’occurrence habilement détournés. On pense d’ailleurs à Il était une fois en Amérique dans ce dispositif de flashbacks qui vient apporter une certaine gravité derrière le caractère presque burlesque de ces quatre bras-cassés.
  •  The Grand Heist  (Kim Joo-Ho, Corée du Sud, 2011) Encore une preuve que les coréens sont les maitres du mélanges de genres car malgré son discours politique, celui de la dénonciation d’un monopole commercial sur un produit vital, sa direction artistique qui soigne la reconstitution médiévale et ses gimmicks propres au cinéma d’action asiatique, avec notamment ses impressionnants mouvements de caméra, The Grand Heist est avant tout une comédie. Construite sur le schéma scénaristique des films de braquage, et en particulier d’Ocean’s Eleven dont il emprunte au moins le nombre de braqueurs, impliquant une mise en place des enjeux et des préparatifs assez longue, cette aventure est aussi l’occasion de de voir à l’action Cha Tae Hyun, une star locale qui n’a plus été vu en France depuis My Sassy Girl en 2001. Chacun des personnages secondaires apportant son petit plus à l’édifice, on peut affirmer que tous les ingrédients sont réunis pour passer un bon moment.

La Fête du cinéma 2016 se déroulera du 26 au 29 Juin 2016

0

La Fête du cinéma fait son grand retour pour le plus grand bonheur de tous les cinéphiles français, à la fin du mois de Juin.

En ce début d’été 2016, alors que l’Euro bat son plein en France et à quelques jours d’intervalle de la fête de la musique, le septième art sera à l’honneur du 26 au 29 Juin dans toutes les salles de cinéma de France. Un tarif exceptionnel de 4 euros pour chaque séance sera proposé à l’occasion de ces quatre jours de célébration.

Un bon moyen pour tous les cinéphiles d’effectuer de nombreuses séances de rattrapage pour les blockbusters et les films phares de l’été 2016 (Elle, Warcraf : Le commencement, Ninja Turtles 2, Captain America Civil War, Le Monde de Dory) ou de se laisser tenter par des films qui sortent des sentiers battus (Ma ma, American Hero, The Neon Demon, The Witch, Folles de joie, Celui qu’on attendait, Illégitime) mais également d’encourager et de se faire un avis sur les dernières productions françaises (Camping 3, Dans les forêts de Sibérie, L’outsider, Ils sont partout, L’idéal, Le secret des banquises, La forêt de Quinconces, La loi de la jungle, Bienvenue à Marly-Gomont, Diamant noir, Merci patron).

Un grand jeu concours est organisé sur le site Internet de l’événement. Des voyages à Hollywood et à Bollywood sont à gagner ainsi que de nombreux autres cadeaux, des places de cinéma notamment.

http://www.feteducinema.com

 

 

 

 

 

 

L’Âge de glace : les lois de l’univers, un film de Mike Thurmeier : Critique

L’âge de glace revient pour une cinquième aventure incroyable, encore plus folle et extravagante que les précédentes.

Synopsis : Toujours à la poursuite de son gland, Scrat finit, malgré lui, dans une soucoupe volante, provoquant la collision entre deux planètes. Les débris forment des astéroïdes en direction de la Terre. Manny, Diego, Sid, et le reste de la meute retrouve leur ancien ami Buck et collaborent ensemble pour sauver leur planète…

Une dernière aventure explosive !

Après avoir survécu à la fonte des glaces, aux dinosaures ou à la dérive des continents, nos héros doivent littéralement sauver le monde entier d’un astéroïde qui fonce droit eux. Dans ce nouveau film d’animation, Blue Sky voit les choses en grand, en ramenant tout les personnages préférés des précédents opus, ainsi, le célèbre Buck du troisième épisode est de retour pour notre plus grand plaisir. Mais chaque long-métrage de la saga amène aussi son lot de nouveaux personnages, comme le fiancé de Pêche, Julian, Shangri Lama, ou encore Brooke, qui arriveront facilement à trouver une place dans le cœur des fans.
Entre les anciens, et les nouveaux arrivants, nous avons ici le plus gros casting depuis L’âge de glace premier du nom.

D’un point de vue technique, Les lois de l’univers est certainement le plus beau des cinq films. Nous avons un univers très coloré, rappelant l’atmosphère du Temps des dinosaures, assez différent des autres chapitres, misant sur les couleurs froides de la banquise. Les effets spéciaux sont très réussis, que ce soit la partie de Scrat dans l’espace, ou celle de nos héros sur Terre, nous sommes loin des images de synthèse du début des années 2000. Les décors sont moins vides et plus fournis en détails.

De plus, le montage de James Palumbo rend l’animation très dynamique, à travers un scénario qui ne s’arrête jamais à cause des nombreux rebondissements et de la menace de l’astéroïde.

Cependant, le défaut majeur de L’Âge de glace : les lois de l’univers se trouve justement dans cette technique qui se veut grandiose. Nous sentons que les scénaristes souhaitent en faire le plus possible dans ce qui semble être la conclusion d’une saga commencée il y a 13 ans.
Ce trop-plein d’artifices et d’effets spéciaux, mêlé à un humour grossier mal adapté dans certaines situations, rendent le récit de plus en plus balour au fur et à mesure des mésaventures de nos héros.
Première conséquence, l’insistance sur le comportement ridicule du personnage de Buck en devient vite agaçante. En contre partie, notre chère Mémé aurait mérité plus de temps à l’écran pour nous dévoiler de nouveaux numéros hilarants, dignes du précédent long-métrage.

Ainsi, cela sera le principal problème : l’équilibre du temps de passage dans le film à cause de son imposante distribution. L’histoire repose sur ses personnages et leurs évolutions, assez bien construites depuis le commencement. Malheureusement, en dehors de la famille de Manny, aucun personnage n’est vraiment développé. Avec 11 animaux à suivre et 3 nouveaux venus, le récit est devenu choral. Nous regrettons surtout le manque de scènes entre nos trois héros Sid, Manny et Diego. Heureusement la mascotte reste intacte, on se régale toujours autant devant les pitreries de Scrat, seul responsable de tous les événements catastrophiques de ce nouvel épisode. Ses aventures dans l’espace sont vraiment originales, innovantes, mais ce n’est pas une vraie surprise, ce petit écureuil constitue à lui seul le succès de L’Âge de glace.

Malgré ces défauts, nous gardons une cohérence dans l’évolution de nos héros. Manny et Ellie vivent la dernière étape dans leur vie de parents, avant de laisser leur enfant voler de ses propres ailes. Du côté de Diégo, il se montre heureux avec Kira, et ils imaginent fonder une famille. Enfin, après tant de recherches, tant de difficultés, Sid, le magnifique, trouve finalement l’amour, ou plutôt, l’amour l’a trouvé.

Nous voyons dans cette intrigue la parfaite conclusion pour tous nos personnages, malgré certains couacs portant préjudice au scénario.
L’Âge de glace : les lois de l’univers devrait satisfaire le public qui suit les aventures de Manny, Diego, Sid et Scrat depuis plus de 10 ans, en dépit d’une narration qui souffre d’un humour parfois mal amené. Désormais tous nos héros sont heureux aux côtés de leurs moitiés, il n’est peut-être pas nécessaire de pousser l’histoire sur un sixième film après ce point final…

L’Âge de glace : les lois de l’univers : Bande-annonce

L’Âge de glace : les lois de l’univers : Fiche Technique

Titre originale : Ice Age : Collision Course
Réalisation : Mike Thurmeier, Galen T. Chu
Scénario : Michael J. Wilson
Doublages (VO) : Ray Romano (Manny), John Leguizamo (Sid), Denis Leary (Diego), Queen Latifah (Ellie), Keke Palmer (Pêche), Jennifer Lopez (Kira), Simon Pegg (Buck), Wanda Sykes (Mémé), Chris Wedge (Scrat), Jesse Tyler Ferguson (Shangri Lama), Adam DeVine (Julian), Nick Offerman (Gavin), Max Greenfield (Roger), Stephanie Beatriz (Gertie), Melissa Rauch (Francine), Michael Strahan (Teddy), Jessie J (Brooke), Neil deGrasse Tyson (Neil deBuck Weasel)
Doublages (VF) : Gérard Lanvin (Manny), Élie Semoun (Sid), Vincent Cassel (Diego), Armelle Gallaud (Ellie), Lisa Caruso (Pêche), Laura Blanc (Kira), Emmanuel Curtil (Buck), Évelyne Grandjean (Mémé)
Montage : James Palumbo
Musique : John Debney
Producteurs : Lori Forte, Carlos Saldanha, Chris Wedge
Sociétés de production : 20th Century Fox Animation, Blue Sky Studios
Société de distribution : 20th Century Fox
Durée : 94 minutes
Genre : Animation, comédie
Date de sortie : 13 juillet 2016

Etats-Unis – 2016

Le secret des banquises, un film de Marie Madinier : critique

Malgré son titre aux allures de grand froid, Le secret des banquises est une petite douceur. Sorte de conte scientifique souvent très drôle, le film sait aussi être poétique, notamment quand il plonge dans les yeux ébahis de son héroïne.

Synopsis : Le professeur Quignard et son équipe de chercheurs étudient la PPM, une protéine immunisante produite par le pingouin. Christophine, jeune thésarde un peu maladroite et émotive, décide de s’injecter du génome pingouin pour aider le professeur dans ses recherches, mais aussi pour se rapprocher de lui… 

Chaleur polaire

C’est un film qui fait du bien, car il dit aussi que le plaisir (ici, la jouissance) est le secret d’une longue vie (voire de l’immunité !). L’amour n’est pas ici la seule issue du côté « comédie romantique » très bien assumé (et détourné!) par Le secret des banquises. On y retrouve une Charlotte Le Bon tantôt perdue, tantôt rêveuse, mais surtout mystérieuse. Quant à Guillaume Canet, il fait le job en séducteur malgré lui. Les seconds rôles sont tout aussi croustillants, d’Anne Le Ny en laborantine frustrée à Damien Chapelle qui devient acrobate là où on l’attend le moins, tout fasciné par les souris qu’est son personnage.

« La jouissance, c’est la clef de l’immunité »

Marie Madinier est une jeune réalisatrice dont le premier film sort clairement du lot. On y retrouve une ambiance particulière (scellée par un décor intéressant et un bon sens du cadre), faite de conflits entre laboratoires, de petits arrangements avec la science et d’une dose d’humour très équilibrée. Le décalage naît de la naïveté apparente de Christophine (qu’on n’appelle jamais vraiment par son prénom…) dans cet univers impitoyable où s’entassent les cobayes (pas encore humains, le laboratoire n’en n’a pas reçu l’autorisation, contrairement aux Américains). Plus il avance, plus le film s’entoure d’un mystère avec cette héroïne prête à tout pour être regardée par celui qu’elle aime/admire en secret. C’est qu’au lieu de rester terre à terre, le film prend son envol, s’écarte des sentiers battus et recouvre son personnage féminin d’une nouvelle aura. Le sacrifice (Christophine devenant cobaye par fascination) est traité ici avec délicatesse, drôlerie et un amour pour ses personnages que Marie Madinier distille tout du long, n’hésitant pas à aller jusqu’en Antarctique pour sceller une union un brin décoiffante. Et si le titre du film, Le secret des banquises, était une sorte d’hommage à la chanson d‘Alain Bashung, on retiendrait ces paroles « J’ai des doutes sur la notion de longévité », question qui ne manque pas d’alimenter ce film singulier et les réactions les plus folles de ses personnages.

Le secret des banquises : Bande-annonce

Le secret des banquises : Fiche technique

Réalisation : Marie Madinier
Scénario : Marie Madinier
Interprétation : Charlotte Le Bon, Guillaume Canet, Anne Le Ny, Patrick D’Assumçao, Damien Chapelle
Photographie : Pascal Marti
Montage : Guerric Catala
Son : Olivier Le Vacon
Costumes : Anaïs Romand
Production : Les Films du Lendemain, Entre Chien et Loup
Distribution : Mars Films
Durée : 81 minutes
Genre : Comédie
Date de sortie : 22 juin 2016

France – 2016

Plus fort que le diable, un film de John Huston : critique DVD

Synopsis : Cinq aventuriers minables attendent dans un petit port d’Italie. Ils s’apprêtent à prendre un bateau pour l’Afrique, où ils veulent acheter des gisements d’uranium. Un couple d’Anglais arrive à son tour et se mêle à l’histoire.

Le film d’aventures marque la dernière collaboration entre John Huston et Humphrey Bogart

John Huston est un des cinéastes les plus importants du cinéma américain, auteur d’une œuvre personnelle où il s’amusait à détourner les genres avec humour, humanité et, parfois, un brin de cynisme. Depuis Le Faucon Maltais, qui a « inventé » le film noir, jusqu’aux mafieux de L’Honneur des Prizzi en passant par les cambrioleurs de Quand la ville dort ou les paumés des Misfits, la filmographie du réalisateur est parsemée de chefs d’œuvres qui ont bouleversé l’histoire du 7ème art et qui lui ont assuré une place à part à Hollywood, en marge du système des studios.

Plus fort que le diable est une preuve de plus de cette indépendance par rapport aux producteurs tout-puissants de Hollywood. D’abord, adapter le roman d’un communiste notoire en plein MacCarthysme, il fallait oser. C’est d’ailleurs une des raisons qui ont poussé Huston à partir tourner son film loin de Los Angeles.

Ensuite, les aventuriers de Huston n’ont strictement rien à voir avec l’image qu’ils avaient dans les films hollywoodiens de l’époque. Ici, nous avons affaire à des personnages de losers, des minables. Et la première réplique, en voix off, donne le ton d’un cynisme ravageur qui va traverser le film. C’est la voix d’un Huston qui va amuser ses spectateurs par une galerie de portraits tous plus grotesques les uns que les autres. Pour cela, le cinéaste retrouve deux acteurs avec lesquels il avait déjà tourné, Robert Morley et surtout le formidable Peter Lorre, l’ancien M Le Maudit de Fritz Lang, qui avait déjà joué avec Huston et Bogart dans Le Faucon Maltais. Flanqués d’Ivor Barnard et Marco Tulli (un des acteurs de la série des Don Camillo), ils forment un quatuor inoubliable de bandits pitoyables mais profondément humains, peut-être les véritables personnages principaux du film, puisque le récit débute et se clôt sur eux.

Mais surtout, Huston s’associe, une fois de plus, une ultime fois hélas, à Humphrey Bogart, son acteur fétiche (et compagnon de beuveries), et lui offre à nouveau un rôle à contre-emploi. Alors que l’acteur était au sommet de sa célébrité et que les rôles de héros s’accumulaient, il se retrouve ici dans la peau d’un aventurier-bandit cynique et séducteur, abandonnant sans vergogne sa Gina Lollobrigida de femme pour aller dans les bras d’un Jennifer Jones teinte en blonde.

Et pour écrire le film, Huston va s’associer au romancier Truman Capote, encore inconnu et qui signera là son premier scénario. Il va ciseler des dialogues remarquables quoique trop envahissants peut-être (la légende prétend que l’auteur écrivait du jour pour le lendemain, sans avoir un plan vraiment défini).

Le minimum que l’on puisse dire, c’est que Plus fort que le diable n’est pas un film d’action. Il s’y déroule relativement peu de choses, et celles-ci sont si rocambolesques qu’on regrette presque qu’elles soient là, comme cette scène avec la voiture. Non, Plus fort que le diable est un film de dialogues et de personnages. Des dialogues d’orfèvres avec des répliques formidables et cinglantes parfois. Et des personnages comme Huston les aime, ridicules certes, mais aussi profondément humains. Parce que le cinéaste aime ses personnages, des marginaux, des hors-systèmes, comme lui (et comme Truman Capote également). Il ne faut pas oublier la vie plus que mouvementée du réalisateur, tour-à-tour aventurier au Mexique, boxeur, etc.

Huston cherche visiblement à détruire le romantisme du film d’aventures. Il y a tout : le dépaysement italien, deux femmes dont l’une pourrait être fatale, des usurpations d’identités, de la suspicion, des projets pas très honnêtes, etc. Mais tout part en quenouille parce que nos personnages sont de minables incompétents, qui sont constamment à côté de la plaque et ne comprennent, finalement, pas grand-chose à tout ce qui arrive.

Sur de nombreux aspects, ce film, souvent sous-estimé, fait pleinement partie, par ses thèmes et leurs traitements, de la filmographie du cinéaste. Les aventuriers cyniques et un peu minables font furieusement penser aux futurs espions de La lettre du Kremlin. Et le rire final de Bogart ne peut que rappeler celui que l’on trouve dans un précédent chef d’œuvre du maître, Le Trésor de la Sierra Madre.

Certes, Plus fort que le diable a des défauts, il est trop bavard et on a souvent l’impression qu’il n’avance pas. Mais il reste un bon film, déroutant, cynique,  terriblement novateur et excellemment interprété.

Plus fort que le diable (Beat the Devil)

sortie du combo DVD-Blu-Ray le 14 juin 2016
Pour la 1ère fois dans une copie restaurée et en Haute Définition
Format 1.33

Langue : Anglais
Sous-titres français
Son mono

Suppléments du DVD :
Découvrir John Huston (45 min) : un portrait du cinéaste illustré d’extraits de ses plus grands films
Interview de Patrick Brion (33 min)

Fiche Technique : Version restaurée en haute définition
USA / 1953/ 89 mn / Noir et Blanc / Format 1.33 / Langue: Anglais / Son mono / Sous-titres français
Suppléments du DVD : Découvrir John Huston (45 mn) : un portrait du cinéaste illustré d’extraits de ses plus grands films, dont Chinatown, L’homme qui voulait être Roi, Les Misfits, Moby Dick, …
Interview de Patrick Brion (historien du cinéma) (33 mn)
Film annonce
Sortie en combo DVD et Blu-ray le 14 juin 2016
Prix public conseillé: Combo DVD et Blu-ray : 19,99 €

Rimini Editions

Plus fort que le diable : bande annonce

Plus fort que le diable : Fiche Technique

Titre original : Beat the devil
Réalisateur : John Huston
Scénario : John Huston et Truman Capote, d’après le roman de James Helvick (Claud Cockburn)
Interprètes : Humphrey Bogart (Billy Dannreuther), Gina Lollobrigida (Maria Dannreuther), Robert Morley (Peterson), Peter Lorre (Julius O’Hara), Marco Tulli (Ravello), Ivor barnard (The Galoping Major Jack Ross), Jennifer Jones (Gwendolen Chelm), Edward Underdown (Harry Chelm).
Photographie : Oswald Morris.
Montage : Ralph Kemplen
Musique : Franco Mannino
Producteur : John Huston
Sociétés de production : Rizzoli Haggiag, Romulus Films, Santana Pictures Corporation
Société de distribution : United Artists
Date de sortie en France : 13 août 1954
Durée : 89’
Genre : aventures, comédie

Etats-Unis-1953

L’Effet aquatique, un film de Solveig Anspach : critique

Avant de succomber au cancer qu’elle avait si vaillamment combattu jusque dans son plus beau film, Haut les cœurs!, Solveig Anspach a tourné L’Effet aquatique, une romance pas tout à fait comme les autres.

Synopsis : Samir, la quarantaine dégingandée, grutier à Montreuil, tombe raide dingue d’Agathe. Comme elle est maître-nageuse à la piscine Maurice Thorez, il décide, pour s’en approcher, de prendre des leçons de natation avec elle, alors qu’il sait parfaitement nager. Mais son mensonge ne tient pas trois leçons – or Agathe déteste les menteurs! Choisie pour représenter la Seine-Saint-Denis, Agathe s’envole pour l’Islande où se tient le 10ème Congrès International des Maîtres-Nageurs. Morsure d’amour oblige, Samir n’a d’autre choix que de s’envoler à son tour…

De l’eau, il y en a à foison dans ce film rempli d’humour et d’amour, bref d’humanité brute. Issu d’une trilogie composée de Back Soon et Queen of Montreuil, L’Effet aquatique n’est pas à proprement parler une suite, mais une variation autour du personnage d’Agathe, la veuve de Queen of Montreuil, de ses amis Islandais et du beau grutier amoureux, Samir (interprété par Samir Guesmi). 

Amour et amnésie 

Le film commence sur un ton combatif. On retrouve Agathe, que l’on avait laissée reine de Montreuil il y a trois ans, prête à en découdre avec un type qui, non content de ne pas vraiment lui proposer du boulot, veut en plus profiter de son corps. La petite jeune femme ne se laisse pas faire, tout cela sous les yeux amusés de Samir. Il veut dès lors en savoir plus sur elle. Et c’est à la piscine, dans un boxer de bain orange et orné d’un palmier, acheté spécialement pour l’occasion, qu’il vient chercher sa dulcinée, maître-nageuse. Ce ne sera pas tout à fait elle qu’il retrouvera dans un premier temps. Ces premières scènes donnent lieu à quelques moments hilarants où Samir Guesmi joue au grand enfant, entouré de joyeux Luron auquel Philippe Rebbot, entre autres, donne toute leur saveur. Piégé une nuit dans la piscine, Samir parvient enfin à toucher Agathe en plein cœur, avant de se faire rattraper par son mensonge.

La piscine

Ce premier moment du film nous mènera bientôt en plein milieu de l’Islande. Agathe fait le voyage inverse de celui effectué par sa nouvelle copine, Anna, dans Queen of Montreuil. Elle remplace son collège durement renvoyé par Solveig Anspach en personne qui interprète ici un tout petit rôle. La raison du voyage ? Un congrès international de maîtres-nageurs. On y retrouve donc Anna associée à Frosti pour une gestion municipale quelque peu insolite : un jour sur deux l’un est le patron de l’autre et inversement le jour suivant. D’autres utopies fantaisistes se dessinent sous la forme d’une piscine construite entre Israël et la Palestine. L’eau est ici est élément vivace qui fait se croiser les personnages. C’est aussi une thérapie, une marque du souvenir. Dans cette petite fantaisie toujours très plaisante à laquelle nous convie Solveig Anspach, l’amour s’invite. On y oublie peut-être enfin les chagrins. Le côté romance est sans cesse détrôné par l’humour, et quand les corps s’abandonnent enfin, c’est la tendresse et l’humanisme qui ressortent. Ce film est donc une petite bulle de bonheur, qui confronte  tout de même l’héroïne à ses drames et à elle-même, durant laquelle on oublierait presque que Solveig Anpasch n’est plus et que L’Effet aquatique est sa dernière petite fantaisie. Ce dernier film a été terminé sans elle, mais a su garder le cap qu’elle avait maintenu ces dernières années, tout étant dans le décalage entre les personnages et un monde bien trop sérieux pour eux.

L’Effet aquatique : Bande-annonce

L’Effet aquatique : Fiche technique

Réalisation : Solveig Anspach
Scénario : Solveig Anspach, Jean-Luc Gaget
Interprétation : Florence Loiret-Caille, Samir Guesmi, Didda Jonsdottir, Philippe Rebbot, Esteban, Olivia Côte, Nina Meurisse, Solène Rigot, Ingvar Eggert Sigurðsson, Jóhannes Haukur Jóhannesson, Samer Bisharat, Frosti Runolfsson
Photographie : Isabelle Razavet
Montage : Anne Riegel
Costumes : Anne Blanchard
Producteur(s) : Patrick Sobelman, Skuli Fr. Malmquist, Jean-Luc Gaget
Sociétés de production : Agat Films & Cie, Ex Nihilo, Zik Zak Filmworks
Distribution : Le Pacte
Récompense: César 2017 du meilleur scénario original
Durée : 83 minutes
Genre : Comédie dramatique
Date de sortie : 29 juin 2016

France – 2015

Conjuring 2 : le Cas Enfield, un film de James Wan : Critique

James Wan, réussit pour ses adieux au genre un véritable coup de maitre : maitrisé et flippant à souhait, son Conjuring 2 au pays des Rosbifs est glaçant d’effroi !

Synopsis : Lorraine et Ed Warren se rendent dans le nord de Londres pour venir en aide à une mère qui élève seule ses quatre enfants dans une maison hantée par des esprits maléfiques. Il s’agira d’une de leurs enquêtes paranormales les plus terrifiantes…

Dans un registre horrifique aujourd’hui capable du bon (The Witch) comme du moins bon (The Door) et soumis aux plus viles bassesses de la part des studios, il était loisible de placer tous nos espoirs dans James Wan pour assurer la relève, lui qui un an après son interlude motorisé (Fast and Furious 7) avait affiché son souhait de vouloir retourner vers le genre l’ayant vu éclore en tant que metteur en scène. Un espoir qui n’aura cessé de croitre depuis l’annonce de son transfert chez DC Comics (rappelons qu’ils adaptera bientôt les aventures d’Aquaman), donnant à cette virée horrifique un parfum doux-amer : celui des adieux d’un réalisateur au genre qui l’a révélé. Et rien qu’en ça, on se doutait bien que ce Conjuring 2, outre d’être une suite au brillant film homonyme, serait plus qu’une énième suite comme Hollywood nous en gratifie par dizaine.

London Calling’

Et comme d’habitude avec James Wan, il ne faudra que quelques minutes pour s’en convaincre. Quittant le cloaque du Connecticut ayant abrité les évènements du premier film, pour la localité d’Enfield, une banlieue londonienne sans histoire, le réalisateur australien annonce déjà la couleur : son baroud d’honneur au genre sera à la fois pareil et différent. Une formulation très hasardeuse loin s’en faut mais qui trouve une étonnante concordance dans sa mise en scène. Car, à peine le temps de voir les époux Warren, brillamment campé par un Patrick Wilson et une Vera Farmiga tous deux ravis d’être là, que le voilà déjà en train d’enclencher la machine. Patine rétro (le film se passe en 1977) habilement retranscrite, costumes old school, casting au diapason et un scénario faisant la part belle au quotidien de la famille victime des spectres : Wan excelle encore une fois après Conjuring premier du nom à distiller une ambiance (horrifique). Usant de cette singularité, donnant son charme à la saga et ayant peu à peu disparue des productions actuelles, Wan peut donc laisser libre cours à ses envies de réalisations. Affichant 12 idées de réalisations par plan, jouant du clair-obscur et des mythes horrifiques, le bougre a bossé son sujet à tel point que les sempiternelles figures du genre apparaissent comme des petits soldats à la parade : escalier qui grince, porte qui claque, possession, lévitation… Autant d’éléments assénés ici avec une efficacité et une maitrise telle que son statut de maitre de l’horreur semble loin d’être usurpé. Mais point question d’y voir ici un réalisateur qui singe maladroitement ses idoles de jeunesses. Non, la seule chose qui découle de cet amas jamais indigeste de références et autres prouesses, c’est davantage un respect sans borne pour le genre l’ayant révélé, et plus encore pour le public qui l’adule.

Time is running out

Car en plus, d’être une indéniable réussite horrifique et visuelle, Conjuring 2 est une déclaration d’amour à son public. On l’avait entraperçu dans Fast and Furious 7, on ne s’en rend compte que trop bien désormais. Profitant d’une délocalisation de son intrigue, Wan allonge la durée de son film de manière significative. Si la perspective peut sembler réjouissante sur le papier,  notamment en ce qu’elle permette de nous effrayer à coup de jumpscare bien sentis et largement imprévisibles, autant dire que le rendu une fois sur l’écran est tout autre et accuse d’une certaine longueur. Jamais pénible pour autant, le film se retrouve à témoigner d’un script mal dégrossi enchainant les passages obligés du genre, quitte à zapper toute la fluidité qui avait fait le sel du premier film, qui filait lui à toute berzingue crescendo sur l’autel de la peur. Mais au fond, on n’en tiendra guère rigueur tant le constat reste le même : Wan aime ce qu’il fait et le fait bien. Une raison de plus pour être impatient de le voir à l’œuvre sur Aquaman, tout en pleurant à chaude larme son départ. Car si l’on peut attester d’une carence qui sévit sur Hollywood comme la grippe espagnole en son temps, c’est bel et bien celle de la générosité. Et autant dire qu’avec un film aussi riche en images et thématiques, Wan témoigne clairement d’une bienveillance aussi anecdotique qu’enivrante. (Une bienveillance qui n’aura toutefois pas été au gout de tout le monde à la rédaction, notamment pour Julien qui n’a pas su trouver son compte dans la proposition de cinéma de James Wan )

Autant suite que vrai film, Conjuring 2 ne manquera pas de marquer l’attention tant le soin apporté à sa confection le distingue clairement des autres productions horrifiques. Tour à tout terrifiant, envoutant et vraiment flippant, autant dire que le génie de James Wan transpire par toutes les pores du film quitte à l’imposer comme l’un des meilleurs films d’horreur de l’année.

Conjuring 2 : le cas Enfield  : Bande-annonce VOST

Conjuring 2 : le cas Enfield : Fiche Technique

Titre original : The Conjuring 2: The Enfield Poltergeist
Réalisation : James Wan
Scénario : Carey W. Hayes, Chad Hayes, James Wan et David Leslie Johnson
Interprétation : Patrick Wilson (Ed Warren), Vera Farmiga (Lorraine Warren), Sterling Jerins (Judy Warren), Frances O’Connor (Peggy Hodgson), Madison Wolfe (Janet Hodgson), Lauren Esposito (Margaret Hodgson)…
Photographie : Don Burgess
Montage : Kirk M. Morri
Direction Artistique : Julie Berghoff
Costumes : Kristin M. Burke
Musique : Joseph Bishara
Producteur(s) : Bob Cowan, Peter Safran et James Wan
Sociétés de production : New Line Cinema, The Safran Company, Atomic Monster et Evergreen Media Group
Budget: 40M $
Distribution : Warner Bros. Pictures
Durée : 134 minutes
Genre : Horreur
Date de sortie : 29 juin 2016

Etats-Unis – 2016

Le monde de Dory, un film de Andrew Stanton : Critique

Dans cette suite de Le monde de Nemo, nous retrouvons tous nos amis poissons pour une nouvelle aventure riche en rebondissements, en émotion, avec une panoplie de nouveaux personnages tout aussi incroyables que ceux que l’on a découverts dans le premier film.

Synopsis : Un an après avoir retrouvé Nemo, Dory, souffrant d’amnésie chronique, récupère quelques souvenirs de son enfance et se rappelle qu’elle a des parents. Elle décide de retrouver sa famille quelque part en Californie, accompagnée de Marin et son fils pour l’aider dans sa quête…

 Notre chère Dory reste inoubliable !

Alors que Marin recherchait son fils, cette fois nous suivons Dory à la recherche de ses parents.
Nous nous sommes posé la question, si c’était vraiment utile de faire une suite après une première histoire émouvante et réussie, qui nous a tous fait rêver. La réponse est non, l’univers est déjà bien connu, l’originalité et la surprise sont atténués, mais les anciens, comme la nouvelle génération auront un réel plaisir à replonger dans les océans de Pixar, qui ont rarement fait d’erreurs jusqu’ici.
D’autant plus que c’est la charmante Dory l’héroïne de ce second volet, le poisson le plus drôle et le plus populaire chez les fans.

Après Le voyage d’Arlo qui n’a pas rencontré le succès souhaité, ni la sympathie du public, Le monde de Dory corrige le tir, et nous amène dans une histoire vraiment prenante et dynamique.
Ce deuxième chapitre se montre beaucoup plus dur, et moins naïf que son prédécesseur.
En effet, à cause de son amnésie, Dory nous émeut, nous attriste même, quand on voit toute la détresse du petit poisson prêt à tout pour retrouver sa famille. Les studios Pixar ont créé un personnage tellement fort et touchant que le spectateur voudra absolument combler sa solitude.
Les nouveaux poissons sauront également attendrir notre cœur, que ce soit Hank un poulpe qui rêve de rester seul, ou le duo Destinée et Bailey, un requin-baleine et un béluga, qui aideront Dory dans son odyssée, chacun à sa manière.
Nos anciens héros poissons clowns, certes assez secondaires face à cette nouvelle palette de poissons au caractère bien trempé, permettent de nous rappeler nos bons souvenirs du premier dessin animé. Marin reste ce poisson peureux, trop sérieux, mais qui cherche toujours à bien faire, Nemo, lui, continue de montrer la voie à suivre pour son père qui a parfois du mal à se lancer dans l’aventure.

Le risque de ce numéro deux serait d’avoir fait un scénario trop proche du premier film, mais heureusement, il y échappe de très près.
Le récit reste très similaire, après avoir retrouvé son fils, Marin doit secourir Dory qui s’est faite capturer par un institut de Biologie Marine (qui s’avèrera être son lieu de naissance).
Nous avons une intrigue plus dans l’action, et bien moins dans la contemplation que pour Le monde de Nemo. Nous avions des pauses dans le voyage de Marin, s’étendant sur plusieurs jours, grâce à Nemo dans son petit aquarium. A l’inverse, dans cette suite, nous sommes constamment dans un rythme effréné. Nous pourrions reprocher cette manière de raconter, mais au contraire, c’est ce qui différencie, à juste titre, les deux longs-métrages, bénéfique pour ce nouveau Pixar.
Encore une fois, l’esprit, mais surtout l’humour propre à ce monde marin restent intacts, grâce à ces nouveaux personnages, permettant d’exploiter intelligemment des sketchs drôles et sympathiques.
Par conséquent, Le monde de Dory est difficile, de telle manière que les plus petits seront bouleversés par son parcours, mais ils apprécieront la légèreté qui sera plus que bienvenue pour atténuer la dramaturgie de ce conte aquatique.

Visuellement, nous restons bluffés, le travail technique des studios est encore plus beau qu’en 2003. Les couleurs et la clarté des océans, des aquariums donnent envie de s’immerger dans les profondeurs marines. De plus, l’ambiance sonore et musicale renforce notre empathie pour Dory et ses amis, à travers un univers qui plaira aux petits comme aux grands. Ainsi, Pixar nous prouve qu’ils savent toujours aussi bien raconter les histoires et développer leurs personnages.

Le monde de Dory n’était pas forcément nécessaire, le premier film d’animation se suffit à lui-même, mais nous sommes toujours émerveillés devant de si beaux moments, à passer en famille ou entre amis. Dory continue de nous faire rire, mais jouera surtout sur l’émotion tout le long. Peut-être que notre chirurgien bleu préféré oublie tout au fur et à mesure, mais il restera inoubliable à nos yeux…

Le monde de Dory : Bande-annonce

Le monde de Dory : Fiche Technique

Titre originale : Finding Dory
Réalisation : Andrew Stanton
Scénario : Andrew Stanton, Angus McLane
Doublages (VO) : Ellen DeGeneres (Dory), Albert Brooks (Marin), Hayden Rolence (Nemo), Ed O’Neill (Hank), Kaitlin Olson (Destinée), Ty Burrell (Bailey), Diane Keaton (Jenny), Eugene Levy (Charlie), Idris Elba (Fluke), Dominic West (Rudder), Bob Peterson (Mr Ray), Sloane Murray (Dory enfant)…
Doublages (VF) : Céline Monsarrat (Dory), Franck Dubosc (Marin), Timothé Vom Dorp (Nemo), Mathilde Seigner (Destinée), Philippe Lellouche (Hank), Kev Adams (Bailey), Catherine Davenier (Jenny), Michel Papineschi (Charlie)…
Musique : Thomas Newman
Producteurs : John Lasseter, Lindsey Collins, Bob Roath
Sociétés de production : Pixar Animation Studios, Walt Disney Pictures
Société de distribution : Walt Disney Studios Motion Pictures International
Durée : 103 minutes
Genre : Animation, comédie
Date de sortie : 22 juin 2016

Etats-Unis – 2016

Dans les forêts de Sibérie, un film de Safy Nebbou : Critique

Tiré de l’expérience de Philippe Tesson relatée dans son roman autobiographique couronnée par le prix Médicis en 2011, Dans les forêts de Sibérie s’attache à relater une aventure humaine loin du monde.

Le synopsis est tout aussi séduisant que les premières séquences du film. Il nous laisse espérer un dépaysement total tant les paysages sont magnifiques et semblent lointains. De façon très contemplative, la musique douce d’Ibrahim Maalouf berce avec douceur et mélancolie les superbes images de Gilles Porte du lac Baïkal gelé. Les lents mouvements de caméra lancinants sont sensibles et à propos. On ressent tout de suite la communion entre le personnage et son nouvel espace de vie. Raphaël Personnaz, solaire, est sublimé par cette nature.

Into the Sibérie

Sa fuite répond à un désir de vivre intensément chaque instant de sa vie, comme un appel à un carpe diem  spirituel. Teddy se veut libre et sans contraintes, pour vivre au rythme des saisons, pour apprivoiser le climat, et épouser la lumière sibérienne. Il veut connaître le plaisir de rouler sur l’épaisse couche de glace dans une vieille camionnette, et de crier dans le silence des montagnes qui bordent le lac, il veut sentir le gel sur sa peau et le soleil qui la réchauffe lentement.

« Je partis dans les bois car je voulais vivre sans me hâter, vivre intensément et sucer toute la moelle secrète de la vie. Je voulais chasser tout ce qui dénaturait la vie, pour ne pas, au soir de la vieillesse, découvrir que je n’avais pas vécu. » Le cercle des poètes disparus, Peter Weir, 1989

Le film atteint alors un certain degré de perfection profondément jubilatoire qui malheureusement ne durera qu’un temps.

Ces premières impressions vont en effet rapidement s’éroder au fur et à mesure que progresse le récit. Dès lors, le film semble scindé en deux. Si sa première partie était sublime, très vite le scénario va amener le spectateur vers des horizons beaucoup moins intéressants.

Le principal défaut de la seconde partie est en réalité son existence en elle-même car la rencontre avec Aleksei a pour conséquence la fin de la solitude de Teddy. Or, l’œuvre n’a alors fait que survoler la solitude, sans l’exploiter vraiment. En quelques séquences cette expérience de vie solitaire a été mise à l’écart au profit d’une intrigue secondaire, très peu intéressante. Une histoire d’amitié se noue entre Teddy et Aleksei, personnage qui apporte un contrepoids. En exil depuis des années, il souhaite retourner en ville quand Teddy ne cherche lui qu’à rester en exil dans la nature. Mais quel est le sens de cette sous-intrigue, de ces scènes de chasse entre amis, qui apparaissent comme les ingrédients d’un film conventionnel pour un projet qui ne l’était pas 

Le défi de Safy Nebbou était de réussir à filmer cette solitude. Or, le scénario ne lui permet pas un tel accomplissement. Ainsi le film manque son objectif majeur.

Par ailleurs, le film ne se révèle que très peu introspectif. Quid des motivations de Teddy ? Qu’est ce qui le pousse à entreprendre le voyage ? Est ce une fuite de la société, un besoin de solitude, un désir de liberté ? Certes il semblerait que ce soit un peu tout ça à la fois cependant, ne connaissant pas la vie du personnage, le spectateur se retrouve pantois et troublé.

Dans les forêts de Sibérie, s’inspire énormément du succès d’Into the wild de Sean Penn en 2007, allant  jusqu’à épouser sa morale. Toutefois il ne parvient jamais à insuffler la même vitalité ni la même émotion à son œuvre.

Si la simplicité du récit offre au film une réelle sobriété, il obtient également une certaine rugosité, une âpreté, une rudesse qui ne lui permettent pas d’emporter le spectateur complètement avec lui en Sibérie.

Synopsis : Pour assouvir un besoin de liberté, Teddy décide de partir loin du bruit du monde, et s’installe seul dans une cabane, sur les rives gelées du lac Baïkal. Une nuit, perdu dans le blizzard, il est secouru par Aleksei, un Russe en cavale qui vit caché dans la forêt sibérienne depuis des années. Entre ces deux hommes que tout oppose, l’amitié va naître aussi soudaine qu’essentielle.

Dans les forêts de Sibérie : Bande annonce

Dans les forêts de Sibérie : Fiche technique

Réalisation : Safy Nebbou
Scénario : Safy Nebbou et David Oelhoffen, d’après le livre de Sylvain Tesson
Interprétation : Raphaël Personnaz et Evgueni Sidikhine
Photographie : Gilles Porte
Montage : Anna Riche
Musique : Ibrahim Maalouf
Décors : Cyril Gomez-Matthieu
Producteurs : Philippe Boëffard et Christophe Rossignon
Société de production : France 3 cinéma, Zéphyr production, et Nord-Ouest Films
Distribution : Paname Distribution et Other Angle Pictures
Récompense : César 2017 de la meilleure musique originale
Durée : 105 minutes
Genre : Aventure
Date de sortie : 15 juin 2016

France – 2016

Auteur : Clement Faure

Le professeur de violon, un film de Sérgio Machado : Critique

Synopsis : Parce qu’il vient d’échouer à l’audience d’un prestigieux orchestre, Laerte n’a d’autre choix que d’accepter un poste de professeur de musique dans une favela. Il comprend rapidement que, dans ce milieu hostile, ses élèves refusent son autorité et ne prennent pas au sérieux les compétences qu’il veut leur inculquer.

Musique classique, film trop classique.

Découvert il y a 10 ans grâce à la présentation de son film Bahia, ville basse à Cannes, Sérgio Machado revient avec le même acteur principal (Lazaro Ramos) et un sujet qui lui tient particulièrement à cœur, la musique. Mais comment aborder cette thématique aussi commune à travers le média cinématographique ? Tout simplement en prenant le même dispositif que tant d’autres films ont déjà utilisé avant lui : Celui de la transmission. On pense à Whiplash aux Etats-Unis ou encore à Les Choristes en France, parmi les nombreux scénarios partageant ce schéma de lien entre élèves et mentor autour de cours de musique. Les rapports de force entre ces élèves rebelles et leur professeur passionné n’ont dès lors pas grand-chose d’original à proposer, tant sa morale de rédemption par l’enseignement paraît éculée.  Son contexte urbain peut-être ? Là encore, l’image que le réalisateur donne des favelas est sensiblement la même que celle déjà vue dans une ribambelle de films brésiliens (La Cité de Dieu et La Cité des Hommes pour ne citer qu’eux), avec leur lot de guerres des gangs, de violences policières, de prostitution et de trafics de drogues. Toutefois, le label « histoire vraie » rend ce manque d’inspiration difficilement attaquable de front.

Les personnages secondaires étant largement caricaturaux et l’évolution de leurs relations avec leur enseignant étant très prévisibles dès leur introduction – pour quiconque connait un tant soit peu les ficelles scénaristiques du cinéma mainstream-, la qualité du long-métrage en vient à reposer essentiellement sur la prestation de Lazaro Ramès. Fort heureusement, l’acteur, inconnu en France mais populaire au Brésil grâce aux nombreuses telenovelas auxquelles il a participé, fait preuve d’une palette de jeu pour le moins convaincante. Le seul fait d’avoir sélectionné un acteur black pour incarner un professionnel de la musique classique renverse les clichés raciaux qui entourent ce milieu sommes toutes élitiste. Parce que le personnage est de nature stressée et peu sûr de lui, son interprétation est la marque d’un certain talent pour rendre tangible cette personnalité troublée. On regrettera donc que ces difficultés personnelles ne soient pas davantage exploitées par le scénario qui semble privilégier la réussite de ses méthodes pédagogiques à ses doutes intérieurs.

Son objectif éducatif, qui est d’apprendre à un groupe de jeunes – incluant quelques délinquants (une minorité en fait, mais les seuls sur lesquels la dramaturgie va choisir de s’attarder) – à apprécier les composition de Bach et Beethoven pour les sortir de leur quotidien morose et sans avenir, n’est cependant pas l’unique enjeu du personnage. Sa volonté d’intégrer un orchestre, au risque d’abandonner ses élèves, apparaît comme un contrepoids dans ce parcours plein de bons sentiments. Et pourtant, ni l’une ni l’autre des deux sous-intrigues ne semble être menée jusqu’à son terme. Sans doute est-ce la série Mozart in the Jungle qui nous a appris à attendre du microcosme des orchestres une vision quelque peu subversive. Mais là, rien de tout ça, bien au contraire, aucun membre de cet orchestre (hormis la chef d’orchestre dans une unique scène) n’aura même droit à une réplique. Et quant à l’émancipation des jeunes élèves, elle est passée à la moulinette d’ellipses qui rendent indéchiffrables leur cheminement psychologique. Toute cette mécanique scénaristique apparaît au final comme bien trop académique pour prétendre apporter un quelconque regard novateur sur les milieux socio-culturels qu’il tente de dépeindre, lui préférant toujours une exacerbation des émotions que peut générer cette belle histoire, au risque d’aller flirter avec un ton résolument pathos dans les dernières minutes.

Tenu par un cahier des charges commercial et sensationnaliste, Sérgio Machado livre un film terriblement convenu et sans la moindre audace, dont la véritable réussite est à imputer aux monteurs qui ont réussi à aligner le découpage des passages de concert au rythme des instruments à cordes.

Le professeur de violon : Bande-annonce

Le professeur de violon : Fiche technique

Titre original : Tudo que aprendemos juntos
Réalisation : Sérgio Machado
Scénario : Marta Nehring, Sérgio Machado, Marcelo Gomes, Maria Adelaide Amaral d’après le roman d’Antonio Ermirio de Moraes
Interprétation : Lázaro Ramos (Laerte), Kaique de Jesus (Samuel), Elzio Vieira (VR), Sandra Corveloni (Alzira), Fernanda de Freitas (Bruna)…
Photographie : Marcelo Durst
Montage : Márcio Hashimoto Soares
Direction artistique : Valdy Lopes Ferreira
Musique : Alexandre Guerra, Felipe de Souza
Production : Caio Gullane, Fabiano Gullane, Debora Ivanov, Gabriel Lacerda
Sociétés de production : Gullane Filmes
Sociétés de distribution : Jour2fête
Durée : 100 minutes
Genre : Drame, musical
Dates de sortie : 22 Juin 2016

Brésil – 2016