Into the Wild, un film de Sean Penn : Critique

Sean Penn, acteur extrêmement reconnu, prouve à nouveau en 2008 en réalisant Into The wild, qu’il est aussi à l’aise derrière la caméra que devant. En adaptant au cinéma le roman de Jon Krakauer,

Synopsis : Il s’agit là des pérégrinations intellectuelles, spirituelles, physiques et morales d’un jeune homme américain fraîchement diplômé d’Harvard et qui est bien parti pour prendre le même chemin que ses parents pour finir très haut placé. Mais tout d’un coup, il réalise que cette société le dégoûte bien trop pour se fondre hypocritement dans la masse et d’abandonner à terme ce en quoi il aspire réellement, comme tout Homme : le bonheur. S’ensuit une « fugue » de la vie telle qu’elle est, pour entamer une poursuite passionnée et acharnée de la vie telle qu’elle devrait être conçue par l’Homme, qui a depuis longtemps perdu de vue cette vérité. L’esprit et le coeur rempli des plus grands récits de la Littérature (London, Tolstoï… ), il va chercher à s’affranchir de sa destinée et vivre une quête personnelle d’absolu. Son ultime frontière sera l’Alaska, l’un des derniers territoires encore « vierge » de civilisation et de progrès.

Sean Penn fait mouche, tant cette œuvre marquera le cinéma de son empreinte, devenant sans doute l’un des road-movies les plus cultes. Ce film scelle de façon exacte une vérité de l’émotion en frôlant parfois la grandiloquence mais tout en restant d’un lyrisme efficace.

« Il est au sein des bois un charme solitaire, Un pur ravissement aux confins du désert, Et de douces présences où nul ne s’aventure. Au bord de l’océan qui gronde et qui murmure, Sans cesser d’aimer l’homme, j’adore la Nature »

Cette œuvre résonne comme un chant. Elle est une véritable ode à la Nature et à la place que devrait tenir l’Homme, c’est-à-dire soumis à la respecter jusqu’à son dernier souffle, car c’est bien elle qui donne la vie et la maintient.

Cette sensation de paix, d’harmonie et d’amour avec son environnement épargné par la main de l’Homme, l’infime espoir d’une possibilité d’évolution de la situation environnementale et sociale actuelle, tout cela ressort superbement de cette œuvre grandiose. C’est pourquoi Into the Wild semble indispensable, comme un reflet de nos velléités.

Into the Wild c’est quand même beaucoup plus qu’un simple éloge de la liberté, beaucoup plus qu’un film pour adolescents anticonformistes. Sean Penn laisse la place à la pluralité des points de vue. Il se permet de proposer plusieurs morales au sein du même film. Il n’impose rien et laisse à son spectateur la possibilité de se construire lui-même sa ligne directrice, selon ses souhaits, ses principes, ses convictions. Ainsi il s’adresse autant à celui qui veut y voir une critique de la société et un retour aux sources libérateur, qu’à celui qui veut y voir l’échec de la désocialisation et la nécessité – vitale – du « vivre ensemble ». Dans les deux cas, il touche à la fibre humaine de chacun d’entre nous, dans notre rapport aux autres, à la nature et à la société.

Son personnage, Christopher, a construit une peur phobique du mensonge, ne trouvant que la nature comme compagne fidèle, certes parfois hostile, mais toujours vraie, toujours honnête. Mais ce n’est pas qu’un homme à la recherche de la « vérité ». C’est aussi un aventurier qui a soif d’expériences, de sensations fortes. Il y a ainsi deux dimensions dans sa quête : la dimension spirituelle, liée à l’esprit, et la dimension irréfléchie, liée au corps, à l’expérience physique. Tout cela se rejoint pour constituer un personnage plus pluriel qu’il n’y paraît, plus intéressant, aussi. Les rencontres qu’il fait au cours de son errance contribuant à accentuer cela. Des rencontres qui fascinent dans la mesure où elles sont toujours imprégnées de cette fameuse « vérité ». Il y a une telle donation mutuelle, un tel partage, une telle tendresse communicative, que l’on prend conscience, au travers de tous ces portraits esquissés, de la nécessité qu’ont les hommes de se livrer, de s’emmêler, de se prendre et de se donner. Les acteurs se donnent d’ailleurs corps et âmes, pour donner vie à ces personnages. L’humanité, la tendresse, l’émotion, jouées et improvisées devant la caméra, font tellement vraies. Et puis les regards, ces regards disent tout, ils sont merveilleux.

La réalisation enrobe le tout, en étant très virtuose – les ralentis, les effets de lumières toujours cohérents, le montage tantôt discret tantôt survitaminé, les interludes musicaux –, toute la machinerie cinématographique est maîtrisée à la perfection pour accompagner la quête du personnage comme il se doit. On est là, à côté de lui mais en même temps distants, en pleine contemplation. On partage certaines de ses tâches les plus quotidiennes sans pour autant tomber dans le réalisme. C’est toujours pensé selon une logique poétique ; Sean Penn transcende alors ainsi le réel pour en faire jaillir la beauté, rien que la beauté, celle des corps, des paysages, de la vie.

Les deux éléments les plus importants qui marquent le plus dans ce film restent la photographie et la musique. Et quand les deux sont mêlées, c’est tout simplement incroyable. Eddie Vedder a sans doute réalisé la meilleure bande originale qu’il m’ait été donné d’entendre. Sa voix, d’un timbre assez rare, et sa guitare, jouant des notes très finement placées, sont en adéquation totale avec les paysages grandioses des Etats-Unis choisis par le photographe Eric Gauthier, du Dakota du Nord à l’Alaska, en passant par le Grand Canyon. Tout au long du film, les morceaux écrits par Vedder nous bercent au rythme du périple de Christopher.

Outre cette magnificence esthétique, c’est avec émotion que l’on suit le parcourt de ce héros atypique, anticonformiste et antimatérialiste partit à la recherche de son idéal. Malgré son étonnante simplicité le film reste porteur d’un authentique et universel message de liberté, sous couvert de désaliénation.

Des images, des musiques et des acteurs magnifiques au service d’un film profondément idéaliste et romantique (au sens premier : aspiré vers un absolu, une transcendance, une pureté). Mais ce film ne suit pas naïvement ces penchants utopistes : par les rencontres que le personnage fait, par son destin tragique, par ses réflexions, on est amené à s’interroger sur le sens de cette quête d’absolu, sur ce qui fait notre humanité quelque part entre idéalisme personnel et réalisme social.

Into the Wild : Fiche Technique

États-Unis – 2007
Réalisation: Sean Penn
Scénario: Sean Penn d’après: le livre Voyage au bout de la solitude de Jon Krakauer
Interprétation: Emile Hirsch (Christopher McCandless), Marcia Gay Harden (Billie McCandless), William Hurt (Walt McCandless), Jena Malone (Carine McCandless), Brian Dierker (Rainey), Catherine Keener (Jan Burres), Vince Vaughn (Wayne Westerberg)…
Image: Éric Gautier
Montage: Jay Cassidy
Musique: Michael Brook, Kaki King, Eddie Vedder
Producteur(s): Sean Penn, Art Linson, Bill Pohlad
Date de sortie: 9 janvier 2008
Durée: 2h27

 

 

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