Annabelle, un film de John Leonetti : Critique

Devenue une star grâce à Conjuring, succès surprise de l’été 2013, la terrifiante poupée Annabelle a aujourd’hui droit à son propre spin-off.

Un moyen comme un autre de capitaliser rapidement sur la bonne réputation du film, dont la suite n’est prévue que pour l’année prochaine. On pourrait penser qu’Annabelle n’est qu’une tentative de gagner de l’argent à peu de frais, en utilisant le succès d’une grosse franchise ; que le scénario, bâclé en moins d’un an, ne peut être qu’un empilement des pires clichés du genre ; et que la production mise si peu sur le film qu’elle en confie la mise en scène à John Leonetti, directeur de la photographie de son état, et connu pour avoir réalisé deux chefs d’œuvre du cinéma, Mortal Kombat Annihilation et L’Effet Papillon 2. On pourrait le croire. Mais on serait encore loin du compte.

Petite leçon de cinéma

On dit que l’on apprend plus des mauvais films que des bons. Annabelle devrait donc être montré dans les écoles de cinéma. C’est en effet un parfait exemple de ce que le 7ème art peut faire de pire. En matière de mise en scène, pour commencer. Leonetti est probablement un bon technicien. Après tout, il a commencé sa carrière comme Chef Opérateur, et a même mis en images Conjuring. Cela se ressent, d’ailleurs, dans la photographie, seul élément réussi du film. Le genre de l’horreur se prête assez bien aux jeux d’ombres et de lumières, et l’on sent que Leonetti se fait plaisir, sans chercher non plus à être foncièrement original.

Mais un bon technicien ne fait pas forcément un bon réalisateur. Si certains de ses cadrages sont de bonne facture (encore heureux, vu le passé du bonhomme), la mise en scène est globalement ratée. On sent une intention, une recherche dans les mouvements de caméra, mais le tout manque de fluidité, et ne parvient pas à provoquer l’effroi attendu. Certaines scènes sont mêmes une torture à regarder, tant les erreurs se multiplient. Peut-être l’effet de gêne qui en découle était-il recherché, mais la méthode n’est pas la bonne.

Où est Annabelle ?

Le scénario est également un modèle de foirage total. Les personnages sont creux et inintéressants au possible, tout droit sortis du petit manuel des clichés du genre. Le couple principal ne provoque aucune empathie, malgré les nombreuses tentatives de les rendre sympathiques. Les dialogues creux s’enchaînent, et on a parfois l’impression d’assister à un concours pour voir qui arrivera à sortir le plus de lieux communs en une seule phrase. Difficile de ressentir la moindre frayeur, lorsque l’héroïne principale a moins de personnalité que sa poupée.

D’autant que la poupée en question n’a finalement guère d’incidence sur le scénario. Son origine manque de clarté, et elle ne semble servir à rien pendant les trois quarts du film, hormis à tenter de faire frissonner le spectateur avec ses yeux vides et son sourire carnassier. Au final, on a droit à un enchaînement de séquences sans vraiment de liant, tentant désespérément de relancer l’intérêt du spectateur sans faire progresser l’intrigue d’un iota. Le film se termine sur l’un des cliffhangers les plus poussifs de l’histoire du cinéma, dans une tentative de le lier à Conjuring. Tout cela manque de mordant, ce qui est un comble quand on connaît le nom du scénariste.

Annabelle est une preuve de plus que les producteurs, plutôt que de chercher à prendre des risques, préfèrent capitaliser sur le succès d’un film et l’audience qu’il pourra rapporter sans se mouiller. Finalement, la seule chose qui fasse peur ici, c’est la distance à laquelle ces derniers sont prêts à aller en prenant le spectateur pour un con. À éviter à tout prix, pour ne pas les encourager.

Synopsis : John Form est certain d’avoir déniché le cadeau de ses rêves pour sa femme Mia, qui attend un enfant. Il s’agit d’une poupée ancienne, très rare, habillée dans une robe de mariée d’un blanc immaculé. Mais Mia, d’abord ravie par son cadeau, va vite déchanter.

Annabelle : Bande-annonce

Annabelle : Fiche technique 

Réalisateur : John R Leonetti
Scénariste : Gary Dauberman
Interprétation : Annabelle Wallis (Mia), Ward Horton (John), Alfre Woodard (Evelyn), Tony Amendola (Père Perez), Eric Ladin (Détective Clarkin)
Producteurs : James Wan, Peter Salfran
Directeur de la photographie : James Kniest
Compositeur : Joseph Bishara
Monteur : Tom Elkins
Production : New Line Cinema, Evergreen Media Banner
Distributeur : Warner Bros France
Durée : 98 minues
Genre : Horreur
Date de sortie : 8 octobre 2014

Etats-Unis – 2014

Auteur : Mikael Yung

 

Festival

FIFAM 2026 : la programmation et l’affiche se dévoilent

Mercredi 8 juillet, le Fifam a dévoilé son affiche et les grandes lignes de sa programmation. L’occasion également pour le nouveau directeur artistique, Dominique Olier, de s’exprimer sur les orientations du festival à venir. À l’issue de cette présentation au Ciné St-Leu, les spectateurs ont découvert en avant-première le film de Louis Clichy, Le Corset. Le long-métrage d’animation annonce l’entrée, dans la sélection officielle, d’une section dédiée au cinéma d’animation. Un très beau film habité par l’enfance, le monde agricole et la musique. Le festival se déroulera du 13 au 21 novembre 2026, dans les salles du Ciné St-Leu et de la Maison de la Culture d’Amiens !

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Newsletter

À ne pas manquer

RRR : le blockbuster tollywoodien qui a conquis le monde

« RRR », blockbuster oscarisé de S.S. Rajamouli, débarque enfin sur les écrans français. Cette fresque indienne raconte l'amitié explosive entre deux résistants à la colonisation britannique, entre danses endiablées, action spectaculaire et démesure mythologique assumée, portée par deux acteurs habités. Une œuvre à chérir avec passion et amusement !

Le Rouge et le Noir (1954) : exploration d’une quête romantique, politique et spirituelle

Entre romance et lutte des classes, Claude Autant-Lara réalise une adaptation minutieuse du roman grandiose de Stendhal, axée sur les passions consumées et le repentir.

Sur la route d’Omaha : le pari de la retenue

Présenté au Festival de Sundance et à Deauville en 2025, "Sur la route d'Omaha" suit un père et ses deux enfants contraints de quitter leur maison du jour au lendemain. Sans jamais céder au misérabilisme, Cole Webley signe un road movie d'une grande délicatesse, où chaque étape révèle ce qu'une famille tente encore de préserver lorsque tout semble lui échapper.

Les Maîtres de l’univers (2026) : les muscles froissés

Adoré en mème depuis quarante ans, boudé en salle cet été, le nouveau "Les Maîtres de l'Univers" prouve qu'aimer un souvenir ne suffit pas à remplir un cinéma. Sorti en catimini en streaming sur Prime Video, le reboot de Travis Knight révèle la fracture entre ferveur nostalgique en ligne et indifférence bien réelle du public devant l'écran. Un nouvel échec pour Musclor et son épée magique.

« L’Odyssée » de Christopher Nolan, un spectaculaire voyage intérieur

On l'attendait depuis trois ans ! "L'Odyssée" débarque cette semaine sur nos écrans. Une épopée mythologique sensationnelle qui redore enfin le blason du péplum. Délaissant le pouvoir des dieux au profit des tourments d'un homme, Ulysse, incarné par Matt Damon, Christopher Nolan représente le retour à Ithaque comme un labyrinthe mental inextricable.

RRR : le blockbuster tollywoodien qui a conquis le monde

« RRR », blockbuster oscarisé de S.S. Rajamouli, débarque enfin sur les écrans français. Cette fresque indienne raconte l'amitié explosive entre deux résistants à la colonisation britannique, entre danses endiablées, action spectaculaire et démesure mythologique assumée, portée par deux acteurs habités. Une œuvre à chérir avec passion et amusement !

Sur la route d’Omaha : le pari de la retenue

Présenté au Festival de Sundance et à Deauville en 2025, "Sur la route d'Omaha" suit un père et ses deux enfants contraints de quitter leur maison du jour au lendemain. Sans jamais céder au misérabilisme, Cole Webley signe un road movie d'une grande délicatesse, où chaque étape révèle ce qu'une famille tente encore de préserver lorsque tout semble lui échapper.

Les Maîtres de l’univers (2026) : les muscles froissés

Adoré en mème depuis quarante ans, boudé en salle cet été, le nouveau "Les Maîtres de l'Univers" prouve qu'aimer un souvenir ne suffit pas à remplir un cinéma. Sorti en catimini en streaming sur Prime Video, le reboot de Travis Knight révèle la fracture entre ferveur nostalgique en ligne et indifférence bien réelle du public devant l'écran. Un nouvel échec pour Musclor et son épée magique.