Conjuring 2 : le Cas Enfield, un film de James Wan : Critique

James Wan, réussit pour ses adieux au genre un véritable coup de maitre : maitrisé et flippant à souhait, son Conjuring 2 au pays des Rosbifs est glaçant d’effroi !

Synopsis : Lorraine et Ed Warren se rendent dans le nord de Londres pour venir en aide à une mère qui élève seule ses quatre enfants dans une maison hantée par des esprits maléfiques. Il s’agira d’une de leurs enquêtes paranormales les plus terrifiantes…

Dans un registre horrifique aujourd’hui capable du bon (The Witch) comme du moins bon (The Door) et soumis aux plus viles bassesses de la part des studios, il était loisible de placer tous nos espoirs dans James Wan pour assurer la relève, lui qui un an après son interlude motorisé (Fast and Furious 7) avait affiché son souhait de vouloir retourner vers le genre l’ayant vu éclore en tant que metteur en scène. Un espoir qui n’aura cessé de croitre depuis l’annonce de son transfert chez DC Comics (rappelons qu’ils adaptera bientôt les aventures d’Aquaman), donnant à cette virée horrifique un parfum doux-amer : celui des adieux d’un réalisateur au genre qui l’a révélé. Et rien qu’en ça, on se doutait bien que ce Conjuring 2, outre d’être une suite au brillant film homonyme, serait plus qu’une énième suite comme Hollywood nous en gratifie par dizaine.

London Calling’

Et comme d’habitude avec James Wan, il ne faudra que quelques minutes pour s’en convaincre. Quittant le cloaque du Connecticut ayant abrité les évènements du premier film, pour la localité d’Enfield, une banlieue londonienne sans histoire, le réalisateur australien annonce déjà la couleur : son baroud d’honneur au genre sera à la fois pareil et différent. Une formulation très hasardeuse loin s’en faut mais qui trouve une étonnante concordance dans sa mise en scène. Car, à peine le temps de voir les époux Warren, brillamment campé par un Patrick Wilson et une Vera Farmiga tous deux ravis d’être là, que le voilà déjà en train d’enclencher la machine. Patine rétro (le film se passe en 1977) habilement retranscrite, costumes old school, casting au diapason et un scénario faisant la part belle au quotidien de la famille victime des spectres : Wan excelle encore une fois après Conjuring premier du nom à distiller une ambiance (horrifique). Usant de cette singularité, donnant son charme à la saga et ayant peu à peu disparue des productions actuelles, Wan peut donc laisser libre cours à ses envies de réalisations. Affichant 12 idées de réalisations par plan, jouant du clair-obscur et des mythes horrifiques, le bougre a bossé son sujet à tel point que les sempiternelles figures du genre apparaissent comme des petits soldats à la parade : escalier qui grince, porte qui claque, possession, lévitation… Autant d’éléments assénés ici avec une efficacité et une maitrise telle que son statut de maitre de l’horreur semble loin d’être usurpé. Mais point question d’y voir ici un réalisateur qui singe maladroitement ses idoles de jeunesses. Non, la seule chose qui découle de cet amas jamais indigeste de références et autres prouesses, c’est davantage un respect sans borne pour le genre l’ayant révélé, et plus encore pour le public qui l’adule.

Time is running out

Car en plus, d’être une indéniable réussite horrifique et visuelle, Conjuring 2 est une déclaration d’amour à son public. On l’avait entraperçu dans Fast and Furious 7, on ne s’en rend compte que trop bien désormais. Profitant d’une délocalisation de son intrigue, Wan allonge la durée de son film de manière significative. Si la perspective peut sembler réjouissante sur le papier,  notamment en ce qu’elle permette de nous effrayer à coup de jumpscare bien sentis et largement imprévisibles, autant dire que le rendu une fois sur l’écran est tout autre et accuse d’une certaine longueur. Jamais pénible pour autant, le film se retrouve à témoigner d’un script mal dégrossi enchainant les passages obligés du genre, quitte à zapper toute la fluidité qui avait fait le sel du premier film, qui filait lui à toute berzingue crescendo sur l’autel de la peur. Mais au fond, on n’en tiendra guère rigueur tant le constat reste le même : Wan aime ce qu’il fait et le fait bien. Une raison de plus pour être impatient de le voir à l’œuvre sur Aquaman, tout en pleurant à chaude larme son départ. Car si l’on peut attester d’une carence qui sévit sur Hollywood comme la grippe espagnole en son temps, c’est bel et bien celle de la générosité. Et autant dire qu’avec un film aussi riche en images et thématiques, Wan témoigne clairement d’une bienveillance aussi anecdotique qu’enivrante. (Une bienveillance qui n’aura toutefois pas été au gout de tout le monde à la rédaction, notamment pour Julien qui n’a pas su trouver son compte dans la proposition de cinéma de James Wan )

Autant suite que vrai film, Conjuring 2 ne manquera pas de marquer l’attention tant le soin apporté à sa confection le distingue clairement des autres productions horrifiques. Tour à tout terrifiant, envoutant et vraiment flippant, autant dire que le génie de James Wan transpire par toutes les pores du film quitte à l’imposer comme l’un des meilleurs films d’horreur de l’année.

Conjuring 2 : le cas Enfield  : Bande-annonce VOST

Conjuring 2 : le cas Enfield : Fiche Technique

Titre original : The Conjuring 2: The Enfield Poltergeist
Réalisation : James Wan
Scénario : Carey W. Hayes, Chad Hayes, James Wan et David Leslie Johnson
Interprétation : Patrick Wilson (Ed Warren), Vera Farmiga (Lorraine Warren), Sterling Jerins (Judy Warren), Frances O’Connor (Peggy Hodgson), Madison Wolfe (Janet Hodgson), Lauren Esposito (Margaret Hodgson)…
Photographie : Don Burgess
Montage : Kirk M. Morri
Direction Artistique : Julie Berghoff
Costumes : Kristin M. Burke
Musique : Joseph Bishara
Producteur(s) : Bob Cowan, Peter Safran et James Wan
Sociétés de production : New Line Cinema, The Safran Company, Atomic Monster et Evergreen Media Group
Budget: 40M $
Distribution : Warner Bros. Pictures
Durée : 134 minutes
Genre : Horreur
Date de sortie : 29 juin 2016

Etats-Unis – 2016

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Antoine Delassus
Antoine Delassushttps://www.lemagducine.fr/
J'ai une profonde admiration pour les sushis, James Bond, Leonardo DiCaprio, Apocalypse Now, Zodiac, les bons films et le ski. Pas forcément dans cet ordre. Et à ceux pouvant critiquer un certain amateurisme, je leur répondrais simplement que l'Arche de Noé a été fabriqué par des amateurs et le Titanic par des professionnels.

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