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Eye In The Sky, un film de Gavin Hood: Critique

Déjà réalisateur du remarqué Mon Nom Est Tsotsi, mais aussi d’X-Men Wolverine et de La Stratégie Ender, Gavin Hood revient en e-cinéma avec Eye In The Sky, avant-dernier film tourné mais dernier à sortir avec Alan Rickman, le très regretté acteur britannique décédé en janvier 2016.

Synopsis: Le colonel Katherine Powell, officier du service d’espionnage, est placé aux commandes d’une opération top-secrète impliquant plusieurs nations. Un groupe de terroristes réfugié à Nairobi doit être capturé ; les services secrets découvrent que le groupe prépare une attaque suicide. Le risque est imminent, il faut agir très vite pour stopper les terroristes coûte que coûte. Dans une base du Nevada, Steve Watts, pilote de drones, est prêt à intervenir pour éliminer la menace. Une petite fille entre dans la zone de tir…

Le moins que l’on puisse dire c’est qu’on sort dubitatif de ce film, mélange d’efficacité cinématographique et d’idéologie nauséabonde, Alan Rickman méritait mieux pour tirer sa révérence. Inspiré à la fois de 24h Chrono et Homeland, Eye In The Sky privilégie l’efficacité et la tension au service d’une idéologie qui ne serait pas si nauséabonde, si elle ne s’était pas paré de vertus humanistes de la manière la plus honteuse. Mais, il faut le reconnaitre, sur le strict plan cinématographique, le film fait le job, la tension est palpable, surtout quand il s’agit d’envoyer un agent dans une zone tenue par les terroristes, agent qui doit piloter un mini drone espion tout en faisant semblant de vendre des seaux.

Deux choses frappent indiscutablement, pour peu qu’on utilise ses neurones devant l’écran. Dans la droite ligne des médias internationaux, le film ne remet jamais en cause le bien-fondé des exécutions sommaires par l’intermédiaire de drones pilotés à des milliers de kilomètres. Aucune notion de cette justice tant vantée par les démocraties: on soupçonne on frappe, bien souvent par des incursions illégales sur le territoire de pays souverains, c’est le cas ici. Le plus incroyablement pathétique reste les émotions, que prétendent ressentir ces ministres et militaires confortablement installés dans leurs bureaux, lorsqu’ils découvrent qu’une fillette risque d’être frappée par le missile qu’ils lâcheront sur la cache de terroristes présumés. On a beaucoup de mal à y croire, tant voir pleurer cette galerie de guignols habitués à prendre des décisions autrement plus lourdes de conséquences, n’est pas crédible un instant. Il ne reste plus alors qu’à déposer son cerveau et profiter d’une action bien menée.

Mais quel gâchis tout de même de voir tout ce talent utilisé pour un tel bidule, et on ne parle pas que d’Alan Rickman qui, jusqu’au bout, aura conservé ce charisme incroyable et surtout ce faciès, qui le démarquent de toute une génération d’acteurs. Non, Helen Mirren aussi en femme-maitresse semble gaspiller son temps et son énergie, sans parler d’Aaron Paul qui joue les pleureuses, incapable qu’il est d’appuyer sur un petit bouton pour faire son job. Bref, tout est gaspillage ici.

Qu’il aurait été bon que la vie d’Alan Rickman s’achève sur un petit chef-d’œuvre, qu’on garde une belle dernière image cinématographique, un précieux souvenir. Au lieu de ça, il finit sur un rôle puant d’occidental sûr de son fait et de sa supériorité, dans un film colonialo-moralisateur bas de plafond et dans lequel, même si l’on tente de se rabattre sur la seule action, il est bien difficile de mettre sa conscience en sommeil, pour peu qu’on en possède une mais ça, c’est une autre histoire…

Eye In The Sky : Bande Annonce

Eye In The Sky : Fiche Technique

Réalisation : Gavin Hood
Scénario : Guy Hibbert
Direction artistique : Johnny
Interprétation: Alan Rickman, Helen Mirren, Aaron Paul, Barkhad Abdi Breedt
Photographie : Haris Zambarloukos
Son : William R. Dean
Décors : Patrick O’Connor
Costumes : Ruy Filipe
Montage : Megan Gill
Musique : Paul Hepker et Mark Kilian
Production : Ged Doherty, Colin Firth et David Lancaster
Sociétés de production : Entertainment One, Moonlighting Films et Raindog Films
Sociétés de distribution : UGC Distribution
Langue originale : Anglais
Format : couleur – 2,35:1 – son Dolby numérique
Genre : thriller, guerre
Durée : 102′
Date de sortie : 9 septembre 2016 en e-cinema

Royaume-Uni – 2016

Rester Vertical, un film d’Alain Giraudie : critique

Quatre ans après L’inconnu du lac et un passage par le festival de Cannes, Alain Giraudie revient sur les écrans avec l’étrange objet cinématographique qu’est Rester Vertical. Une histoire de loups, de corps à corps, et presque d’initiation au cœur d’une France sèche et fertile à la fois, soit la Lozère et ses magnifiques paysages. Une nouvelle œuvre exigeante et déstabilisante repartie bredouille de la Croisette en mai 2016.

Synopsis : Léo est à la recherche du loup sur un grand causse de Lozère lorsqu’il rencontre une bergère, Marie. Quelques mois plus tard, ils ont un enfant. En proie au baby blues, et sans aucune confiance en Léo qui s’en va et puis revient sans prévenir, elle les abandonne tous les deux. Léo se retrouve alors avec un bébé sur les bras. C’est compliqué mais au fond, il aime bien ça. Et pendant ce temps, il ne travaille pas beaucoup, il sombre peu à peu dans la misère. C’est la déchéance sociale qui le ramène vers les causses de Lozère et vers le loup.

Des loups et des hommes

Léo veut voir le loup qui sévit dans un causse de Lozère, mais c’est une femme qu’il rencontre. Elle guette son troupeau de brebis accompagnée d’un chien blanc. Très vite, Rester Vertical prend des allures de conte. On fonce à toute vitesse dans le temps, et pourtant lentement dans le rythme général du film, de la rencontre à l’accouplement de deux êtres qui se connaissent à peine. Leur union donne bien vite naissance à un enfant. Un bébé à moitié désiré et donc à moitié assumé. Il est pourtant le « Graal » auquel Léo s’accroche tout le long du film. Malgré les difficultés, il se convainc que c’est ce qu’il a toujours voulu, pour lui seul. Ce ne sont pas des super-héros que filme Giraudie dans ce film pourtant sorti en plein été. Ce ne sont même pas des héros. Ce sont avant tout des hommes. Le réalisateur du remarqué L’inconnu du lac (2012) nous embarque pour un voyage sans véritable retour. Le conte se déploie alors avec ce qu’il faut d’ingrédients : des loups invisibles mais qui rôdent et menacent, des paysages à perte de vue, des rencontres incongrues, un peu de surréalisme. Mais c’est aussi une sorte de piège que Giraudie referme sur son personnage. Ainsi, Léo croise des personnages qui disparaissent pour mieux réapparaître et le déstabiliser, même en l’aidant. Le réalisateur est aussi un cinéaste de la répétition, du cycle. Tel qu’on voyait le personnage principal revenir inlassablement au lac dans son précédent opus, ici,c’est Léo qui prend sans arrêt la même route et Giraudie filme particulièrement un tournant où la voiture semble comme foncer droit dans un mur, forçant le conducteur à ralentir. Il n’y a presque pas d’échappatoire possible. Les êtres que Léo rencontre alors qu’il tente d’écrire son scénario sont comme tout droit sortis de son imagination, ils débarquent de nulle part.

Une évasion sans roi et sans issue

Les motifs propres au réalisateur sont donc bien présents, l’ambiance notamment et cette capacité à sortir des sentiers battus. Le scénario est loin d’être cousu de fil blanc. Les acteurs également sortent plus ou moins des normes habituelles. Tel Pierre Deladonchamps (qui s’est aujourd’hui imposé sur les écrans), Damien Bonnard a ce qu’on peut appeler une « gueule » de cinéma. C’est d’ailleurs ce qu’il dit à un inconnu croisé sur le bord d’une route et à qui il propose de faire du cinéma. Les corps de ces acteurs sont montrés sans détour, la chair y est souvent triste, molle. Car il est aussi question de sexe ici, filmé, encore une fois, frontalement. Il est pourtant assez peu question d’un réel désir ou même de passion. Tout y est presque mécanique. C’est d’abord une femme que filme Giraudie ou plutôt son sexe à la manière d’une « Origine du monde » cinématographique. Il est aussi question de la vie qui sort de ce même corps. L’accouchement n’est ici aucunement embelli. Le désir entre hommes est également évoqué, sans que ne soient privilégiés des corps jeunes, esthétiques. Pourtant, et contrairement à ce qu’il filmait dans L’inconnu du lac, Giraudie ne fait presque jamais aboutir ce désir homosexuel. Ou alors de manière détournée, macabre même. Il nous emmène au-delà du réalisme apparent, du terre-à-terre ambiant et ce, jusque dans la diction des personnages, leur manière de déclamer le texte, la partition écrite pour eux.

Toujours debout

Giraudie filme un face à face entre les loups et l’homme, entre l’homme et l’homme de manière parfois magnifique (surtout dans les paysages qu’il nous donne à voir), souvent déstabilisante. Rester Vertical nous mène nulle part et partout à la fois. Si bien que même une rivière, signe habituellement de la liberté ou du moins de la possibilité de la fuite, s’avère une impasse moins mystique qu’au premier abord. Ce face à face n’a qu’un objectif : démontrer que face au loup comme à la vie, il faut savoir rester debout (ou vertical comme le suggère le titre), ne pas courber l’échine. Léo le découvre presque à ses dépends, dépouillé à la fin du film tout autant qu’au début, devenu père entre temps, puis dépossédé de ce titre. Il finit par ne plus bouger, mais refuse de se coucher, d’abandonner cet élan vital qui l’habite. Un film rare, qu’il faut aborder sans des yeux de spectateurs habitués au grand spectacle, mais simplement avec ce qu’il faut de surréalisme, de détours et de beauté froide.

Rester Vertical : Bande annonce

Rester Vertical : Fiche technique

Réalisation : Alain Giraudie
Scénario : Alain Giraudie
Interprétation : Damien Bonnard, India Hair, Raphaël Thierry, Christian Bouillette, Basile Meilleurat, Laure Calamy, Sebastien Novac
Photographie : Claire Mathon
Montage : Jean-Christophe Hym
Décors : Thomas Baqueni
Production : Sylvie Pialat, Benoit Quainon
Sociétés de production : Les films du Worso
Sociétés de distribution : Les Films du Losange
Genre : Drame
Durée : 100 minutes
Dates de sortie :24  août 2016

France – 2016

Divines: rencontre avec la réalisatrice Houda Benyamina et l’équipe du film

Rencontre avec l’équipe du film Divines (au cinéma le 31 août)

Lundi 22 août, Club 13. Après la projection presse de Divinesla réalisatrice Houda Benyamina, accompagnée de ses acteurs principaux Oulaya Amamra, Déborah Lukumuena, Jisca Kalvanda et Kevin Mischel, s’est prêtée à un échange avec les spectateurs dans le cadre d’un débat questions/réponses. Non contente d’avoir décroché la Caméra d’Or au dernier Festival de Cannes, la cinéaste, qui signe ici son premier long métrage, part désormais à la conquête du public avec un projet viscéral et engagé qui risque de faire couler beaucoup d’encre. Violent, réaliste et sans concession, Divines brosse le portrait d’une génération de jeunes filles désœuvrées et prêtes à tout pour s’en sortir, quitte à faire les mauvais choix.

Récit de cette rencontre à laquelle a participé CineSeriesMag, belle occasion de discuter avec toute l’équipe du film de façon spontanée et détendue, tout en abordant des problématiques pertinentes.

I/ La réalisatrice prend la parole : « Selon moi, le cinéma est la réconciliation de tous les arts »

Qu’est-ce qui vous a motivée à réaliser ce film ?*

Houda Benyamina : Au départ, je voulais surtout raconter une histoire d’amitié fusionnelle entre deux adolescentes avec le sens du sacrifice. Mais bien sûr, mes motivations étaient également politiques : comme tout le monde, j’ai été très touchée et choquée par les émeutes de Villiers-le-Bel en 2005. Moi aussi, comme ces jeunes, j’avais la rage et je voulais manifester avec eux, prendre part au mouvement. Heureusement, j’ai eu la chance de pouvoir canaliser ma colère grâce à mon art, le cinéma, donc je ne suis pas descendue dans la rue, mais j’avais envie. Je voulais montrer comment la colère se transforme en révolte, établir un constat sur les monstres qu’on a créés.

Quelles sont vos inspirations artistiques, comment se déroule votre processus créatif ? Je n’ai pas pu m’empêcher de remarquer les tatouages « Love » et « Hate » sur les phalanges de Jessica, est-ce une référence au film de Spike Lee [Do the right thing, ndlr] ?

Houda Benyamina : Je préfère plutôt partir d’un sentiment quand je fais un film, d’une nécessité, de quelque chose que je veux raconter. Donc je n’ai pas eu de modèle de référence particulier. Mais en ce qui concerne mes goûts, je suis éclectique, j’aime Spike Lee, Scorsese, Fassbinder, Pasolini, Sirk (j’aime beaucoup le mélo), Eustache, Renoir, Scola… En règle générale, j’apprécie le cinéma d’ampleur. Pour le tatouage, c’était plus un clin d’œil à La Nuit du Chasseur. D’ailleurs, il y a plein d’autres clins d’œil dans mon film !

« Je voulais faire un film d’ampleur »

A ce propos, comment avez-vous construit l’esthétique du film ? Souvent, le cinéma vérité a une image crue, alors que dans Divines, le visuel est très travaillé.

Houda Benyamina : Comme je l’ai dit, mon mot d’ordre c’est l’ampleur, l’organique. Je voulais faire un film opératique en restant connectée à la vérité. On a énormément préparé tous les aspects du film, à travers de multiples réunions avec toute l’équipe, pour regrouper les talents de chacun. Les décors extérieurs, les costumes, les coiffures, les lumières : rien n’a été laissé au hasard. J’ai tout chiadé, mais c’était un travail de groupe. On a choisi d’insister sur les contrastes entre haut/bas, spirituel/politique, obscurité/clarté… On s’est basé sur des dossiers iconographiques, on s’est livré à des repérages, etc.. Selon moi, le cinéma est la réconciliation de tous les arts : musique, peinture, littérature. Mais je ne souhaitais pas non plus que la forme prenne le pas sur le fond, que Divines devienne un exercice de style dépourvu de sens. J’avais peur de ne pas rester en phase avec l’histoire : grâce à mon équipe, on a créé du sens, on l’a transcendé, et on l’a intégré à la personnalité des héroïnes.

Je voudrais revenir sur la dernière scène, avec la pleine lune, qui fait semble-t-il écho à un des passages du film où Dounia et Maïmouna évoquent la présence d’une entité divine. Quelle est la morale ? J’ai le sentiment que vous introduisez une idée de destin.

Houda Benyamina : Mon film est une tragédie grecque. Je parle de la destinée que mes personnages mettent en place pour elles-mêmes. Mais oui, il y a effectivement l’idée d’un Dieu, d’une force cosmique, d’une énergie. Je ne suis pas une réalisatrice à message donc il n’y a pas de morale, je cherche plutôt à questionner par l’émotion, décrire le combat entre le sacré et le politique, montrer la quête de rédemption de Dounia. A la fin, elle comprend.

« Divines est une tragédie grecque »

Pourquoi amorcez-vous deux histoires d’amour très puissantes (l’amitié entre Dounia et Maïmouna d’un côté et sa passion naissante pour Djigui le danseur de l’autre) pour finalement les casser, les briser ?

Houda Benyamina : Je tenais à mettre mon personnage face à un dilemme, lui imposer un choix. Mais c’est vrai que ça n’a pas été facile en termes d’écriture scénaristique, on a dû faire en sorte que tous les axes se répondent, pour tisser un réseau organique et vrai. L’issue est sombre car mon film est politique. Il n’y avait pas d’autre alternative possible.

2/ Les comédiens s’expriment : « On a appris à relativiser »

Comment s’est déroulé le casting ?

Oulaya Amamra : En fait, je suis la petite sœur d’Houda, donc c’est du piston (rires). Plus sérieusement, au départ, je prenais des cours de théâtre dans sa classe, c’était ma prof. Comme elle n’avait personne dans ses cours elle m’a forcée (rires). En réalité, elle ne m’a pas parlé de son projet tout de suite, je l’ai appris plus tard. Au début, elle ne voulait pas que je passe le casting, elle ne me trouvait pas adaptée au rôle, mais je lui ai dit que je voulais ma chance comme tout le monde, j’ai passé l’audition, et après une attente de neuf mois, j’ai reçu une réponse positive.

Houda Benyamina : Ce qu’il faut préciser c’est que je n’étais pas convaincue par un tel choix car ma sœur a reçu une éducation catholique, elle a fréquenté des cours privés, a fait du catéchisme, de la couture (rires). Elle est venue au casting avec du vernis, je lui ai dit qu’elle n’avait rien compris au rôle ! Mais au fur et à mesure, elle a troqué ses robes contre des joggings, s’est noué les cheveux, a commencé à faire de la boxe, jusqu’à devenir Dounia [son personnage dans le film, ndlr].

Déborah Lukumuena : Pour moi ça a été très différent, à la base je ne suis pas dans le cinéma, je faisais des études de lettres et je me suis découvert une passion timide pour le Septième Art et le métier d’acteur. Mais je suis réaliste, je me suis dit que ça allait être difficile pour moi, surtout en l’état actuel des choses -je trouve personnellement que le cinéma n’est pas franchement le reflet de sa population- alors j’ai commencé par m’orienter vers de la figuration. Et puis j’ai vu l’annonce du casting : je correspondais aux critères, donc j’ai tenté ma chance, et neuf mois plus tard, j’ai su que j’étais retenue pour le rôle de Maïmouna !

Jisca Kalvanda : Dans mon cas c’est plus comme Oulaya, je connaissais déjà Houda puisque j’étais aussi dans son cours de théâtre. Mais en fait je voulais le rôle de Maïmouna, donc j’étais toujours dans les pattes d’Houda pour essayer de la convaincre, sauf que, disons que je ne remplissais pas les critères ! Quand j’ai su que j’étais pressentie pour incarner Rebecca [la dealeuse du quartier, ndlr], j’ai eu peur car je ne suis pas du tout comme elle, j’ai pensé « ah ouais quand même ! » (rires). Surtout qu’au départ comme le personnage de Jessica existe en vrai, c’était elle qui devait jouer son propre rôle ; mais elle a eu des problèmes et n’a pas pu le faire… Finalement, c’est moi qui ait repris le flambeau.

Kevin Mischel : Pour moi, ça s’est passé comme pour Déborah, en fait je suis danseur, donc j’ai été contacté par le directeur de casting qui a trouvé mes vidéos, il m’a expliqué qu’il cherchait un danseur/acteur pour un film et m’a proposé de rencontrer Houda et le reste de l’équipe. J’ai accepté car j’aime le cinéma, ça s’est fait comme ça.

 « J’ai eu entre les mains des De Niro, des Depardieu, des Meryl Streep et des Adjani » (Houda Benyamina à propos de ses acteurs)

Question pour Jisca Kalvanda : comment avez-vous travaillé votre rôle ? Y avait-il une part d’improvisation ou était-ce très écrit ?

Houda Benyamina : Pour commencer je tiens à préciser que pour tous mes comédiens, il s’agissait vraiment de rôles de composition, j’ai eu entre les mains des De Niro, des Depardieu, des Meryl Streep et des Adjani, selon moi ils sont au même niveau (à ses acteurs : « c’est bon ne prenez pas la grosse tête non plus hein !« ).

Jisca Kalvanda : Personnellement j’étais assez intimidée par le personnage que je devais jouer et surtout par la vraie dealeuse dont le rôle est inspiré, j’ai pris modèle sur elle, j’ai été coachée par Houda, c’était dur, j’étais à deux doigts de pleurer parfois.

Houda Benyamina, l’interrompant  : C’est pas vrai t’as pleuré dis le !

Jisca Kalvanda : Pas pendant la prépa, mais pendant le tournage oui ! On a fait un gros travail d’équipe avec la maquilleuse, la coiffeuse pour arriver au résultat final. J’ai aussi regardé tous les films de gangsters, je suis allée sur le terrain, j’ai appris à couper du shit, à rouler des joints, à fumer. Avec Houda, on ne peut pas tricher. A force de traîner avec la vraie dealeuse, j’ai appris à ne pas juger, à m’approprier la psychologie de l’héroïne.

Qu’est-ce que cette expérience vous a apporté, humainement ?

Oulaya Amamra : J’ai grandi, j’ai pris de l’âge. J’ai découvert que j’avais un côté guerrière en moi, je me suis révélée à moi-même sur certains aspects. Et puis j’ai aussi appris à relativiser ! Quand on s’immerge dans le quotidien d’un personnage, qu’on dort dans des camps de roms, on réalise que rien n’est grave dans sa propre vie ! Ce film, c’est l’amitié, c’est la vie : ça m’a éclairée sur ce que j’avais en moi.

Déborah Lukumuena : Personnellement, comme je ne suis pas actrice de formation, j’ai surtout acquis un réel enseignement professionnel. Il faut se livrer avec profondeur et intimité, gagner en ouverture d’esprit, s’effacer derrière le personnage, lui donner une peau et s’oublier. Cela m’a fait réfléchir sur le métier que je voulais embrasser, mais pas seulement : Divines aborde des thèmes comme la perte de ses rêves, de ses objectifs, l’erreur et la surconsommation, donc moi aussi, j’ai relativisé après !

Jisca Kalvanda : J’ai compris qu’un film, ce n’était pas seulement les personnages. Au départ, je ne pensais que par le prisme de Rebecca, je me concentrais sur mon interprétation, mais quand j’ai vu le film terminé, j’ai réalisé qu’il fallait englober la totalité du message. Divines parle de remise en question, des combats qu’on se livre à nous-mêmes.

Kevin Mischel : Cette expérience, ça m’a appris beaucoup sur le métier de comédien mais également sur la solidarité et l’entraide, car on s’est serré les coudes dans les moments difficiles pour que le projet fonctionne. C’était très humain.

Humain, c’est le mot de la fin, et c’est véritablement ce que l’on peut retenir de Divines, film coup de poing criant de vérité qui met en image la rage et la haine qui rongent actuellement les classes populaires françaises les plus défavorisées. Le long métrage, riche et dense, multiplie les registres, entre scènes de la vie quotidienne, récit d’apprentissage, rise and fall, chronique engagée, portrait humaniste et tragédie moderne aux accents de guérilla urbaine, le tout au service d’un message sans concession qui établit un constat implacable : la société engendre des monstres. Reste à savoir si la révolte est en marche ou non. Divines sort en salles le 31 août.

*Toutes les questions ont été posées par les spectateurs présents lors de la projection presse.

Divines : Bande annonce

Divines : Fiche technique

Réalisateur : Houda Benyamina
Scénario : Houda Benyamina, Romain Compingt
Interprétation : Oulaya Amamra (Dounia), Déborah Lukumuena (Maïmouna), Jisca Kalvanda (Rebecca), Kevin Mischel (Djigui)
Musique : Demusmaker
Photographie : Julien Poupard
Montage : Vincent Tricon et Loïc Lallemand
Producteurs : Marc-Benoît Créancier (Easy Tiger)
Distribution (France) : Diaphana
Récompense : Caméra d’or au Festival de Cannes 2016
Durée : 105 min.
Genre : Drame
Date de sortie : 31 Août 2016

France, Qatar – 2016

 

TCM Cinéma Les douze salopards, un film de Robert Aldrich : Critique

Les douze salopards : A retrouver sur TCM Cinéma et TCM à la demande à partir du 19 septembre 2016

Faut-il déshumaniser la lie de l’humanité?

Même s’il fut perçu par une partie du public, américain comme français, de 1967 comme une « glorification de la violence à des fins militaires », et par extension comme une œuvre fasciste, Les Douze Salopards s’inscrit pleinement dans la réinvention ouvertement antimilitariste du film de guerre telle que l’a entreprise Robert Aldrich avec Attaque en 1956. Le réalisateur s’amusait à détourner les codes de ce genre ultra-balisé pour mieux enterrer ses trois caractéristiques majeures que sont l’humanisme, le manichéisme et le patriotisme. Le grand leitmotiv d’Aldrich, et ce dans tous les genres auxquels il s’est attaqué, est la remise en question de la notion d’héroïsme. Cette valeur à laquelle le public de l’époque, en pleine guerre du Viêt-Nam, tenait beaucoup est particulièrement malmenée dans cette réalisation provocatrice du cinéaste, qui deviendra avec le temps son film le plus populaire. Il faut reconnaitre que l’absence de repère moral dans la conception de ses personnages rend impossible l’identification à l’un d’eux, qu’il s’agisse des généraux cyniques prêts à sacrifier leurs soldats, des fameux douze repris de justice assimilables à de redoutables criminels et même de ce commandant chevronné servant de tampon entre eux mais rapidement rendu antipathique par son autoritarisme méprisant. Cet exercice de détachement idéologique vis-à-vis d’un récit qui ne propose à la place des habituels « héros » que des individus détestables reste encore aujourd’hui une référence en la matière, souvent copié, jamais égalé (on pense évident au Inglourious Basterds de Tarantino ou plus récemment encore à Suicide Squad).

Si le roman d’E.M. Nathanson s’accorde à la perfection avec le cinéma d’Aldrich c’est justement pour leur gout commun pour les personnages anti-héroïques, et en l’occurrence pour des êtres humains vérolés par leurs névroses respectives. Or, et contrairement aux films sus-nommés, c’est la question de leur humanité que va justement aller poser la première partie du scénario dans laquelle ces personnages, et leurs aliénations respectives, sont introduits et où l’on suit leur entrainement intensif. Car, en plus d’être une voie vers la rédemption, au sens le plus religieux du terme, ces exercices sont avant tout une façon pour leur hiérarchie de faire plier leur personnalité jugée dangereuse. La déshumanisation est-elle alors plus forte dans l’amoralité d’une bande de criminels sans foi ni loi ou dans l’uniformisation intellectuelle que cherche à créer l’armée au sein de ses rangs? C’est bien cette interrogation psychologique qui est au cœur de ce long-métrage, à travers la relation conflictuelle, source de situations tout à tour comiques et dramatiques, entre ces soldats borderline et leur instructeur qui veut nier leur individualité pour les faire entrer dans le moule, afin de mieux les envoyer au casse-pipe.

Même si le film aurait beaucoup gagné à les développer davantage, ces salopards écornent l’image de l’armée américaine comme aucun autre auparavant. L’apogée du travail subversif de « Big Bob ».

La charge antimilitariste est plus virulente encore dans la seconde partie, même si sa construction dramaturgique s’aligne sur les codes traditionnels du film d’aventures. Mais davantage que le récit de l’attaque d’une base ennemie en territoire allié, comme ont pu en proposer des dizaines de productions hollywoodiennes d’après-guerre, cette mission est une façon pour le réalisateur de malmener le manichéisme naïf propre au genre en nous faisant voir des soldats américains s’en prendre directement à des civils – dont certains prisonniers français! – et détruire le château qu’ils étaient censé venir libérer. Une telle violence n’avait rien à envier aux films de Peckinpah. Impossible alors de savoir si ces agissements condamnables sont le fait des dangereux criminels tels qu’ils apparaissaient au début du film ou des soldats qu’aurait réussi à façonner l’armée. C’est justement de ce doute qu’est née la polémique sur l’interprétation à tirer de ce film.

S’il est un personnage parmi les douze rôles-titres dont on ne peut pas nier qu’il agisse jusqu’à la fin comme le névropathe qu’il était avant son entrainement militaire, c’est indéniablement celui interprété par Telly Savalas, certainement le plus effrayant de la bande, tiraillé entre perversion et fanatisme religieux. Parmi les autres anti-héros, les deux plus exploités par le scénario sont ceux interprétés par Charles Bronson en tueur froid et John Cassavetes en odieux magouilleur. Les neuf autres resteront toutefois bien moins identifiables. Donald Sutherland en grand dadais apporte une part d’humour à chacune de ses apparitions et Jim Brown permet à ses confrères de fortune de balancer quelques injures racistes. L’inégalité de traitement de ses personnages est sans conteste le plus gros reproche que l’on puisse faire au film, sans que cela ne nuise à sa puissance subversive. Sur le casting, Aldrich a fait un parti pris assez amusant, celui de faire appel à trois acteurs déjà présents dans ses précédents films, Ernest Borgnine, George Kennedy et Lee Marvin,  pour incarner des soldats tout aussi détestables que les fameux salopards à différentes strates de la hiérarchie militaire. L’unique haut-gradé moralement admissible étant interprété par Robert Ryan, volontairement trop peu présent à l’écran pour réhabiliter l’image de l’armée.

Entré dans la postérité comme le modèle du film de guerre irrévérencieux, Les douze salopards reste un film qui brille avant tout par son casting en or faite de pures « gueules de cinéma » qui excellent tant dans des rôles à contre-emploi qu’ils font naitre une véritable sympathie pour cette lie de l’humanité. Le massacre final n’en est que plus étonnamment bouleversant.

 Les douze salopards : Bande-annonce

Les douze salopards : fiche technique

Titre original : The Dirty Dozen
Réalisateur : Robert Aldrich
Scénario : Nunnally Johnson, Lukas Heller D’après : E.M. Nathanson
Interprétation : Lee Marvin, Charles Bronson, Jim Brown, John Cassavetes, Telly Savalas, Donald Sutherland, Clint Walker, Ernest Borgnine…
Photographie : Edward Scaife
Montage : Michael Luciano
Musique : Frank De Vol
Direction artistique : William Hutchinson
Maquillage : Ernest Gasser, Wally Schneiderman
Producteurs : Kenneth Hyman, Raymond Anzarut
Studios de production : MKH, Metro-Goldwyn-Mayer (MGM), Seven Arts Productions
Genres : Action, Drame, Guerre
Durée : 145 minutes
Date de sortie : 27 septembre 1967

Royaume-Uni / États-Unis – 1967

 

Critique Série : Scream Saisons 1 et 2

Véritable carton au box-office (le film a rapporté plus de 173 millions de dollars), récompensé comme le meilleur film d’horreur en 1997 au Saturn Awards, Scream est un succès mondial et intègre la catégorie des films cultes en imposant une vision satirique du film d’horreur, truffée de références aux films du genre dont Vendredi 13, Halloween ou encore Les Griffes de la nuit.

Synopsis : Un soir, dans la petite ville de Lakewood, la jeune Nina Patterson est assassinée brutalement à son domicile. Mensonges et secrets de famille remontent alors à la surface quand un mystérieux tueur masqué commence à tuer des adolescents. Cette vague de meurtres semble porter la marque de Brandon James, un tueur qui avait sévit des années plus tôt avant d’être finalement abattu. Quelqu’un chercherait-il à le venger ?

La brune ou la blonde ?

Qui ne se souvient pas de Sidney Prescott, héroïne du slasher de Wes Craven, sorti en 1996 ?

À l’époque, Sidney (Neve Campbell) et sa bande d’amis, devaient faire face à un dangereux tueur en série masqué, talonnés par la journaliste Gale Weathers (interprétée par Courtney Cox) prête à tout pour obtenir un scoop.

Rien d’étonnant donc à ce que neuf ans plus tard le film inspire encore, un genre en plein essor : la série.

Sortie quatre ans après le dernier film de Wes Craven (Scream 4), la série Scream était sans conteste la surprise de l’été 2015. Si l’on mourrait d’envie de jubiler à l’annonce du projet, on ne savait pas vraiment à quoi s’attendre. La série allait elle se montrer à la hauteur du slasher culte? Scream pouvait-il fonctionner en format série? Au visionnage du premier épisode, on retrouvait avec plaisir l’esprit des films avec un opening chargé en hémoglobine et en cris de bimbo en maillot de bain (ceux de Bella Thorne). La série annonçait un retour en puissance de la saga avec de la chair fraîche au menu, pour reprendre le flambeau et succéder à des personnages dont on commençait doucement à se lasser.

Petite soeur spirituelle de Sidney Prescott, Emma Duvall a presque tout de son ainée : l’attention particulière du tueur, un courage à toute épreuve, de la détermination et surtout l’immunité. Car oui, Emma se croit invincible et pour cause, elle l’est. Si l’adolescente voit disparaitre un à un ses proches autour d’elle, le tueur la taquine, joue avec ses nerfs mais l’épargne toujours. La formule, on la connait. Si ce n’était que ça… Mais Emma est atteinte du syndrome de « l’héroïne adolescente américaine » ; un regard toujours grave, des querelles incessantes avec sa mère et son petit copain, et elle en devient vite agaçante. 

Après une Saison 1 qui avait permis aux spectateurs de s’attacher aux personnages et dont l’épisode final annonçait de tout évidence une suite, on s’attendait naturellement à retrouver Emma et ses amis dans une nouvelle lutte contre le tueur masqué. En effet, après avoir quitté la ville suite au massacre de Lakewood (Saison 1), Emma revient quelques mois plus tard dans l’espoir de reprendre une vie normale. Mais si l’on suit toujours l’adolescente blonde à la vie amoureuse et familiale tumultueuse, le réalisateur a pris le parti, pour cette Saison 2, de malmener également la brune mystérieuse Audrey que l’on avait laissée, perplexes, à la fin de la première saison. Personnage antagoniste, jouant par moments double jeu, elle est certainement l’originalité notoire de la série, tranchant avec les nombreux éléments parodiques auxquels nous avait habitués Wes Craven. Ce n’est donc plus un, mais deux protagonistes que nous suivons cette saison.

Dans la lignée des bonnes surprises, l’utilisation d’une voix off très bien maîtrisée, celle de Noah Foster (joué par le talentueux John Karna). Déjà présente dans la première saison, elle débute et conclut presque chaque épisode avec justesse. Noah est le fan de films d’horreur par excellence et par là-même l’incarnation du fan de Scream à l’écran, personnage typique de la saga que l’on retrouvait déjà dans la série de films. Dans cette saison, il anime un podcast dans lequel il raconte les évènements terrifiants de Lakewood (aka Murderville), ce qui ajoute un aspect ironiquement tragique à la série, d’autant plus que l’émission s’appelle « La Morgue ».

Un tueur à l’ère des réseaux sociaux

À l’époque, Scream s’était démarqué par l’utilisation du téléphone au cinéma comme source d’angoisse, point central de la réalisation et de la narration, élément clé que reprendra en 2006 le film d’horreur Terreur sur la ligne de Simon West ou encore le thriller Phone Game de Joel Schumacher sorti en 2002.

Aujourd’hui, à l’heure où le virtuel règne en maître, la série réinvente le phénomène pour créer un tueur 2.0 qui utilise Snapchat, usurpe l’identité de qui bon lui semble pour tromper ses victimes et pirate des ordinateurs ou des téléphones portables pour brouiller les pistes. Le tueur peut ainsi être n’importe où et n’importe qui, suscitant à la fois une certaine paranoïa mais trompant également la confiance de certaines de ses cibles qui ne se méfient pas toujours suffisamment de leur entourage. Là où les films s’en tenaient à la sonnerie de téléphone glaçante et aux apparitions surprises du tueur masqué, la série ajoute aux meurtres un coté voyeur, grâce au partage quasi illimité d’informations permettant de créer une nouvelle forme de spectacle, notamment à travers le partage de vidéos sur internet ou encore le podcast de Noah. Dans cette émission, les survivants deviennent « Les Six de Lakewood », des célébrités locales dont la vie est étalée sur la toile, que les internautes peuvent commenter. Tout est bon pour faire parler de soi, y compris se mettre ouvertement en danger.

La ville de Lakewood comme métaphore des réseaux sociaux, il fallait y penser et la « formule Scream » s’y prête bien. Petite ville coupée du monde dans laquelle circule un flux d’informations continu et où les liens se font et se défont. Lakewood est le centre de tout, à la fois témoin, générateur et porte parole des générations passées, présentes et à venir.

Les masques tombent …

Dans cette deuxième saison, de nouveaux personnages font leur apparition à Lakewood et d’autres en profitent pour faire leur grand retour. Le cercle des suspects s’agrandit, ayant pour effet de garder l’identité du tueur bien au chaud jusqu’à la grande scène de la révélation finale.

Les personnages en apparence clichés, se révèlent chacun à leur manière sous un autre jour, pas toujours meilleur. Seul Emma échappe à ce processus et reste cloîtrée dans son rôle de Miss parfaite sous tous rapports qui tente vainement de se la jouer rebelle en prenant des risques irraisonnés mais souvent sans grandes conséquences. On reprochera principalement à cette deuxième saison d’avoir par moments un peu trop tendance à se focaliser sur ses nouvelles intrigues amoureuses, transformant ce qui devait être à l’origine une série horrifique en une succession de péripéties adolescentes et de sur-protéger ses protagonistes.

Mais les scénaristes ont plus d’un tour dans leur sac pour nous surprendre et n’ont pas peur de s’en servir, jouant parfaitement avec les codes du film d’horreur et du teen-movie, tout en re-visitant la franchise d’origine. Un pari risqué mais gagné !

Quelle bonne idée de faire de ces films cultes une série ! Le spectateur prend davantage le temps de s’attacher aux personnages et de jouer à deviner l’identité du tueur, maintes et maintes fois remise en question, ce que permet le format série. 

Rafraîchissante, truffée de références au cinéma d’horreur jusque dans les titres de ses épisodes (« I know what you did last summer » – « Souviens toi l’été dernier », « Psycho » – « Psychose », « Dawn of the dead » – « Shaun of the dead », « The last house on the left » – « La dernière maison sur la gauche ») Scream est une série pleine de bonnes idées et palliée de bonnes intentions.

Meilleure actrice de série télévisée pour Willa Fitzgerald, meilleure série télévisée de l’été au Teen Choice Awards 2015, la série avait un bel avenir devant elle. Mais si la Saison 1 avait trouvé ses fans, la Saison 2 malheureusement, n’aurait pas rencontré le succès escompté auprès du public américain qui se serait lassé des aventures des survivants de Lakewood. Alors que 700 000 spectateurs étaient au rendez-vous l’été dernier pour le lancement de la première saison, ils ne seraient aujourd’hui plus que 330 000 à suivre la série. Pour information, l’épisode 2×04, « Happy Birthday to Me », n’a été suivi que par 270 000 personnes, un très mauvais score qui pourrait se sommer par une annulation de la Saison 3.

Certes, la série Scream n’est probablement pas un incontournable, mais on lui décerne bien volontiers le titre de « série coup de coeur » pour le bel hommage rendu au maître de l’horreur et à nous, nostalgiques du cinéma des années 90.

Scream la série : Bande-annonce

https://www.youtube.com/watch?v=oK7Wa5KdHMQ

Scream la série : Fiche Technique

Créée par: Jill Blotevogel, Dan Dworkin et Jay Beattie, adaptée d’après la série de films Scream de Wes Craven
Réalisation : Jamie Travis, Tim Hunter, Brian Dannelly, etc.
Scénario : Jill Blotevogel et Jaime Paglia, d’après un scénario de Kevin Williamson
Interprétation : Willa Fitzgerald, Bex Taylor-Klaus, John Karna, Emma Duval, Carlson Young, Brooke Maddox, Audrey Jensen, John Karna, Noah Foster, Amadeus Serafini …
Musique : Jeremy Zuckerman
Genre: Horreur, slasher, thriller, drame
Format: 10 et 14 épisodes de 42 minutes
Diffusée sur : Netflix
Saison 2 disponible depuis le :  31 mai 2016

États-Unis – 2015

Auteur : Yael Calvo

Hors Contrôle, un film de Jake Szymanski : Critique

Intitulé en anglais Mike & Dave need wedding dates, Hors Contrôle s’inspire très largement de l’histoire vraie de Mike (joué par Adam Devine) et Dave (Zac Efron) Stangle.

Synopsis : Mike et Dave Stangle, deux frères totalement immatures et rois de la fête, sont forcés par leur entourage de trouver des cavalières parfaites afin qu’elles les accompagnent au mariage de leur sœur Jeanie, à Hawaï. Ils passent alors une annonce sur internet qui crée un énorme buzz. Devenus de véritables stars en quelques semaines, les frères trouvent chaussures à leurs pieds en la personne de Tatiana et Alice, des meilleures amies qui s’avèrent être encore plus incontrôlables qu’eux.

Deux frères qui ont pour réputation de ruiner les rassemblements familiaux par leurs frasques incessantes. Zac Efron, de plus en plus abonné aux comédies, se retrouve pourtant bien sage dans ce rôle de Dave, face à son frère aîné, Mike, dont la bêtise et l’humour lourd font de lui un clown. Cependant, les deux frères se font rapidement voler la vedette par les meilleures amies déjantées Tatiana et Alice, sans qui le film serait des plus ennuyeux. En effet, les prouesses humoristiques des actrices Anna Kendrick et Aubrey Plaza réussissent à agréablement surprendre une assistance peu convaincue dès les premières minutes. Aussi, alors que la rebelle Tatiana nous offre des punchlines à en faire pâlir son pitre de rencard, Mike, Alice quant à elle séduit l’audience par sa douceur et sa folie. Véritables vedettes du film, Tatiana et Alice mènent la danse et par la même occasion, tempèrent les craintes des féministes de la première heure puisque les deux personnages féminines principales se révèlent aussi incontrôlables -si ce n’est plus- que leurs homologues masculins. La parité est donc respectée. La question est de savoir s’il y a de quoi s’en vanter.

Ainsi, uniquement « révolutionnaire » par son habileté à faire des femmes de son film des protagonistes aussi importants que les hommes, Hors Contrôle présente toutefois -comme à l’accoutumée des comédies- une flopée de clichés (sexe, alcool, drogue, fêtes qui dégénèrent, violence…) qui malheureusement font sombrer le film dans la pénombre la plus totale au fur et à mesure que les minutes s’écoulent. Surfant sur la vague anticonformiste des jeunes d’aujourd’hui, l’extrême simplicité du scénario ponctué par un humour gras, fait de Hors Contrôle, une comédie bas de gamme qui ennuie rapidement.

Aux manettes de cette production américaine, Andrew Jay Cohen et Brendan O’Brien (à qui l’on doit notamment Nos Pires Voisins, avec déjà Zac Efron) nous offrent une ode à l’immaturité où la ligne du décent est plus d’une fois franchie. Ainsi, les scènes de nu, la scène de masturbation dans un sauna et celle du massage qui frôle l’érotisme finissent d’inscrire Hors Contrôle dans une tendance assumée du trash, qui met rapidement dans l’embarras quiconque avait pour ambition de voir en cette comédie, une œuvre teintée d’intelligence et de réflexion.

Se basant sur un humour potache et régressif, Hors Contrôle engendre un malaise dont son quatuor de stars (Efron, Kendrick, DeVine et Plaza) bien qu’attachant, ne parvient pas à se dépêtrer. Une mention honorable est à faire tout de même à l’actrice Sugar Lyn Beard dans le rôle de Jeanie, la sœur Stangle, qui réussit à voler la vedette dans toutes les scènes où elle est, à l’instar de sa collègue Aubrey Plaza.

Hors Contrôle : Bande Annonce

Hors Contrôle: Fiche Technique

Réalisation : Jake Szymanki
Scénario : Andrew J. Cohen et Brendan O’Brien
Interprétation : Zac Efron (Dave Stangle), Adam DeVine (Mike Stangle), Anna Kendrick (Alice), Aubrey Plaza (Tatiana), Sugar Lyn Beard (Jeanie Stangle), Sam Richardson (Eric), Alice Wetterlund (Terry).
Direction Artistique : Mark Garner et Caleb Mikler
Photographie : Matthew Clark
Montage : Lee Haxall et Joathan Schwartz
Musique : Jeff Cardoni
Production : Peter Chemin,Jonathan Levine et Jenno Topping
Sociétés de production : Chemin Entertainment et TSG Entertainment
Sociétés de distribution : 20th Century Fox et SF Film (Finlande)
Budget : 33 000 000 $
Langue originale : Anglais
Format : couleur
Genre : Comédie
Durée : 98 minutes
Dates de sortie : France : 17 août 2016

Etats-Unis – 2016

 

Moka, un film de Frédéric Mermoud : Critique

Avec un titre aussi laconique, le nouveau film du suisse Frédéric Mermoud , Moka, suscite la curiosité.

Synopsis : Munie de quelques affaires, d’un peu d’argent et d’une arme, Diane Kramer part à Evian. Elle n’a qu’une obsession : retrouver le conducteur de la Mercedes couleur moka qui a renversé son fils et bouleversé sa vie. Mais le chemin de la vérité est plus sinueux qu’il n’y paraît. Diane devra se confronter à une autre femme, attachante et mystérieuse…

Coffee and Cigarettes

Moka, c’est une couleur café, belle et élégante. Ainsi est le film du cinéaste, beau et élégant, à l’image de cette entame très forte, Diane (impressionnante Emmanuelle Devos) qui se tape obstinément et compulsivement le front contre une baie vitrée donnant sur le lac Léman, posant d’emblée le postulat d’une certaine intensité.

Diane Kramer est alitée dans ce qui s’apparente à une clinique. Il s’agit plus vraisemblablement d’un hôpital psychiatrique ou d’une maison de repos. Dans les volutes de la fumée des cigarettes qu’elle brûle les unes après les autres, elle a des visions d’un jeune garçon qui pourrait être son fils. C’est son fils, c’était son fils, et assez vite on comprend que celui-ci a été renversé et tué par un chauffard au volant d’une voiture couleur moka, selon le détective qu’elle a engagé. Diane se sauve de la clinique et traverse la frontière pour suivre à Evian la trace d’une voiture couleur moka, et suspecte.

Moka a tout l’air d’un revenge movie, d’une vigilante à la mode romande, avec cette femme qui va friser la folie dans sa recherche du ou de la meurtrière de son fils, puisqu’il faut appeler un chat un chat. Pourtant, le film est beaucoup plus que ça, et se focalise surtout sur son chemin cathartique pour tenter de revenir vers le monde des vivants. Frédéric Mermoud installe certes une ambiance anxiogène, quand il met sa protagoniste face à Marlène (Nathalie Baye), celle qu’elle pense être la chauffarde. Il réussit à mettre parfaitement en scène le danger permanent que Marlène et ses proches courent, face à une mère paradoxalement aussi perdue que déterminée, capable de tout à tout moment…

Mais ce qui touche dans son film, c’est surtout la solitude et la douleur de Diane, qui ne sait vers qui ni vers quoi diriger sa souffrance. Simon, son mari interprété avec beaucoup de justesse et de pudeur par un Samuel Labarthe aussi élégant qu’à l’habitude, devient presque un ennemi, celui qui n’a pas su empêcher le désastre, celui qui reste raisonnable et qui a accepté l’inacceptable. Au contraire, dans son parcours vengeur, elle rencontre de nouvelles personnes, dont Marlène, et leur contact la ramène petit à petit dans le réel, l’éloigne quelque peu de ses intentions borderline qui ne sont d’ailleurs pas sans nous rappeler la récente prestation de Marina Foïs dans l’excellent Irréprochable de Sébastien Marnier. Marlène la coupable devient à son insu presque une bouée de sauvetage pour Diane.

Emmanuelle Devos est parfaite dans ce rôle de femme triste et esseulée, qu’elle a déjà embrassé de manière évidemment plus ou moins différente dans plusieurs de ses récents films : Le temps de l’aventure de Jérôme Bonnell, La Vie domestique d’Isabelle Cjazka, ou encore Arrête ou je continue de Sophie Filières. L’actrice sait déployer une forme de mélancolie qui apporte une forte crédibilité à ces films, et dans Moka, son jeu si particulier décuple l’intensité dramatique de la survenue de la mort d’un fils.

Quant à Nathalie Baye, elle est également dans un registre doux- amer et émouvant. Son personnage,  une gérante de parfumerie, « un truc pour les vieilles qui veulent paraître jeunes » comme dira sa propre fille Elodie (Diane Rouxel) prend conscience de son âge, du moindre désir qu’elle semble susciter auprès de son amant plus jeune, des doutes et des peurs que cela engendre. Marlène fait presque écho à Nathalie Baye, une talentueuse actrice que l’on voit vieillir sous nos yeux. Quand Marlène parle, c’est presque Nathalie Baye qu’on entend. Elle livre ici une très belle performance, empreinte de douceur et de sensibilité.

Comme un vrai thriller, Moka connaît des twists dont l’exploitation est cependant assez maladroite, pour ne pas dire expéditive. Toute à son intrigue psychologique, réussie au demeurant, le cinéaste a oublié ce fil-ci de son métrage, et c’est dans une sorte de maelstrom foutraque qu’il délivrera à la fin du film coups de théâtre et révélations. Beaucoup trop tardivement en tout cas pour donner du corps à l’intrigue policière déjà très ténue. Même les scènes les plus musclées (coups de feu, courses poursuites) verseront dans une symbolique plutôt lourde et convenue, et ne rapprochent en rien le film de son côté thriller initial.

Le spectateur retiendra plutôt ces beaux portraits de femmes, celui de Diane Kramer en particulier, un personnage riche et évolutif, même s’il n’apporte pas au film le dynamisme qui lui manque. Il retiendra également l’époustouflante photo d’Irina Lubtchansky aidée par une nature généreuse, depuis les hauteurs d’Evian jusqu’aux miroitements du Lac Léman, superbement filmée dans son calme trompeur, à l’instar de Marlène et de Diane. Une réussite en demi-teinte donc, faute à une certaine mollesse, mais un film qui est loin d’être déplaisant à visionner…

Moka : Bande annonce

Moka : Fiche technique

Réalisateur : Frédéric Mermoud
Scénario : Antonin Martin-Hilbert, Frédéric Mermoud d’après le roman de Tatiana de Rosnay
Interprétation : Emmanuelle Devos (Diane), Nathalie Baye (Marlène), David Clavel (Michel), Samuel Labarthe (Simon), Olivier Chantreau (Vincent),Diane Rouxel(Elodie), Jean-Philippe Écoffey (Le détective)…
Musique : Christian García, Grégoire Hetzel
Photographie : Irina Lubtchansky
Montage : Sarah Anderson
Producteurs : Damien Couvreur, Julien Rouch, Tonie Marshall, Co-producteur : Jean-Stephane Bron
Maisons de production : Bande a Part Films, Diligence Films, Tabo Tabo Films
Distribution (France) : Pyramide Distribution
Récompenses : Variety Piazza Grande Award, Festival du film de Locarno, Edition 2016
Durée : 89 min.
Genre : Drame
Date de sortie : 17 Août 2016

France, Suisse – 2016

 

Mercenaire, un film de Sacha Wolff : critique

Le passé de documentariste du réalisateur lui assure un naturalisme qui évite le pathos et le misérabilisme, mais son manque d’expérience dans la fiction est palpable dans l’écriture inaboutie de son récit.

Synopsis : Au sein de la communauté wallisienne de  Nouméa, la tension est palpable du fait de la fronde de Soane envers son père. C’est ainsi qu’y est perçu sa décision de quitter sa terre natale pour rejoindre une équipe de rugby en métropole. Son voyage va toutefois le mener dans un univers où il devra apprendre à s’émanciper.

Quête initiatique en Ovalie

En guise de premier long-métrage (après plusieurs courts et moyens métrages documentaires), Sacha Wolff nous propose de mettre au cœur de son film deux sujets injustement peu mis à profit par le cinéma français malgré leur énorme potentialité : la communauté wallisienne et le rugby. Autrement dit, la collision entre les folklores océanien et du sud-est de la métropole. Mais un tel dispositif de « choc des cultures » était difficilement concevable sans que l’exploitation des caractéristiques propres à ces deux univers, qui semblent n’avoir en commun que la sacralisation de la virilité, ne sombre dans la caricature. C’est malheureusement dans ce piège que tombe le film, et en particulier dans la caractérisation de son personnage principal et de son parcours, au cours duquel il sera traité comme on traite une vulgaire bête de compétition.

Soane apparait comme un jeune homme imprégné des traditions ancestrales polynésiennes dans lesquelles il a grandi, mais dont, paradoxalement, le départ semble être moins alimenté par son envie de faire carrière dans le rugby que par sa volonté de s’éloigner de ses terres natales, et en particulier de l’étau de son père. Un chemin qui va le conduire entre les griffes d’un recruteur malhonnête, lui aussi d’origine océanienne. Le passage d’une violence physique à une violence psychologique dont il faudra se libérer. Une litanie des plus classiques donc, mais traitée avec une distanciation qui empêche au film d’approfondir efficacement sa dénonciation des méthodes véreuses en cours au sein des petits clubs de sport semi-professionnels. Pour de trop rares évocations des pratiques de dopages ou des magouilles financières qu’il prétend pointer du doigt, le scénario va chaque fois préférer se concentrer sur le quotidien aux faibles enjeux cinématographiques de son héros.

Outre une histoire d’amour avec une fille peu farouche et un boulot ennuyeux, la vie routinière de Soane en métropole est surtout régentée par ses relations conflictuelles avec d’autres personnages partageant ses origines. C’est essentiellement dans la représentation de leur code d’honneur, limité à la loi du plus fort, que le scénario s’engouffre dans la caricature qui frôle l’imagerie postcoloniale qu’il aurait pourtant voulu contrebalancer. Des individus tous battis comme des armoires à glace et n’ayant que la violence comme moyen d’expression, peut-on concevoir stéréotype plus réducteur ? Et ce n’est pas le jeu de Toki Pilioko (vrai rugbyman mais acteur amateur) qui va permettre à son rôle de s’assurer une quelque profondeur psychologique qui rendrait son personnage émouvant. Au contraire, ce bloc de muscle inexpressif participe à la superficialité du long-métrage en affichant la même neutralité quand il roue de coups un coéquipier méprisant que quand il demande sa copine en mariage… l’effet Koulechov a ses limites !

La véritable qualité du film, et c’est là que l’on ressent le passif du réalisateur dans le domaine du documentaire, est la justesse de la mise en scène, aisément qualifiable de naturaliste, dès lors qu’il s’agit de filmer les décors dans lesquels a lieu son récit. Exemple le plus flagrant, le squat où vit, à Nouméa, la famille de Soane échappe à cette image d’Epinal teintée d’exotisme qui colle aux basques de ses habitants. Idem pour les vestiaires de l’équipe, où règnent la tension et le malaise, jusqu’à ce que les dialogues, et en particulier le haka entrepris par Soane, renvoient chacun des personnages à l’archétype qu’il est, brisant aussitôt la sincérité de la réalisation. Le recul de la caméra sur l’action est également flagrant dans le manque d’intensité avec laquelle sont filmées les rares scènes de rugby, privées du pouvoir cinégénique auquel ce sport devrait pouvoir prétendre.

Vraisemblablement handicapé par ses difficultés à dessiner des individus crédibles ainsi qu’à mettre en place une intrigue novatrice et la mener jusqu’à son terme, Sacha Wolff se contente de nous faire suivre un personnage opaque et peu attachant comme vecteur de découverte d’un microcosme sportif vérolé par le dopage et la corruption. Le dispositif est louable mais trop mal exploité pour ne pas en sortir persuadé qu’un documentaire eut été plus approprié.

Mercenaire : Extraits

Mercenaire : Fiche technique

Réalisation : Sacha Wolff
Scénario : Sacha Wolff
Interprétation : Toki Pilioko (Soane), Iliana Zabeth (Coralie), Mikaele Tuugahala (Sosefo), Laurent Pakihivatau (Abraham)…
Lumière : Samuel Lahu
Montage : Laurence Manheimer
Son : Julien Sicart
Compositeur : Luc Meilland
Maquillage : Simon Livet
Production : Remi Burah, Olivier Père
Festival et récompenses : Label Europa Cinemas à la Quinzaine des Réalisateurs 2016 et nomination au Festival du Film Francophone d’Angoulême 2016
Distribution :  Ad Vitam
Genre : Drame
Durée : 104 minutes
Date de sortie : 5 octobre 2016

France – 2016

 

Bosch saison 2, une série d’Eric Overmyer : critique

Après une première saison de haut vol, qui savait aussi bien miser sur le suspense d’une histoire complexe que sur l’ambiance urbaine nocturne, cette deuxième saison était attendue. Et, pour commencer, il faut dire que l’on retrouve bien des qualités présentes l’année précédente.

Synopsis : Après six mois de suspension, l’inspecteur Harry Bosch revient à la brigade criminelle de Hollywood. Là, on lui confie l’enquête sur le meurtre de Tony Allen, un producteur de films pornographiques retrouvé abattu dans le coffre d’une voiture.

Le héros de Michael Connelly est de retour

Qualité de l’interprétation pour commencer. Titus Welliver est formidable. Il incarne réellement Bosch, avec ses coups de colère, ses certitudes, mais aussi ses doutes, ses émotions, ses peurs. Son interprétation évolue avec son personnage et il sait magnifiquement bien mettre en valeur toutes les facettes d’un caractère complexe.

Les autres acteurs n’ont rien à lui envier, et la série développe avec intérêt toute une galaxie de personnages secondaires qui sont de vrais caractères. C’est d’autant plus important que les deux histoires qui se croisent dans cette saison ont des retentissements dans la vie personnelle des deux protagonistes de la série. Ainsi, l’enquête sur la mort du producteur de films pornographiques va mener Bosch à Las Vegas, auprès de son ex-femme, qui pourrait ne pas être étrangère à cette histoire.

L’autre histoire, présentée d’abord en parallèle, concerne le chef Irving (interprété par Lance Reddick, que les amateurs de la regrettée série Fringe connaissent bien). Son fils, George, infiltre un réseau de flics ripous qui participent à un trafic de drogue. De plus, le chef Irving est pris dans un conflit politique autour de la course à la mairie de Los Angeles.

A ce titre, il faut préciser que, pour bien comprendre tous les enjeux de la saison 2, il est indispensable d’avoir suivi la précédente. Cela permet, entre autre, de bien saisir tous les aspects politiques, très présents. Car la série ne montre pas que le côté policier de l’histoire : comme dans les romans de Connelly, fin connaisseur du système policier et judiciaire californien, Bosch nous montre qu’une enquête a des répercutions privées et publiques, médiatiques et politiques. La saison alterne d’ailleurs les scènes personnelles, dans la vie privée des personnages, avec les scènes policières.

Une saison plus inégale cependant

Si les qualités concernant le réalisme de l’enquête et la complexité des enjeux sont toujours présentes, cette saison présente un véritable problème de rythme. Après un premier épisode vraiment réussi, la série devient plus lente, plus stagnante. Les épisodes s’enchaînent sans que l’on ait l’impression d’une réelle progression dans les histoires.

Ce ventre mou s’achève brutalement à l’épisode 7, où Bosch reprend brutalement de l’intérêt. Et les quatre épisodes finaux (de 7 à 10) retrouvent la grande qualité de rythme et d’ambiance qui faisait la joie des spectateurs l’année précédente. Le final est rapide, musclé et émouvant en même temps (difficile de retenir des larmes lors du dernier épisode), complexe et passionnant. Un final qui, de plus, tisse déjà une partie du canevas possible de la saison 3 (puisque l’on a appris que la série a été renouvelée pour une troisième année consécutive).

En conclusion, si cette saison deux est plus inégale que la première, au final les qualités sont les mêmes, celles d’une série noire urbaine sombre et réaliste, parfois violente, et ne cédant pas aux facilités habituelles du genre. Ceux qui ont apprécié la première saison ne devraient pas être déçus.

Bosch saison 2 : bande-annonce

Bosch saison 2 : fiche technique

Créateur : Eric Overmyer
Réalisateurs : Pieter Jan Brugge, Adam Davidson, Tim Hunter…
Scénaristes : Michael Connelly, Eric Overmyer, d’après les romans de Michael Connelly
Interprètes : Titus Welliver (Harry Bosch), Jamie Hector (Jerry Edgar), Amy Aquino (Billets), Lance Reddick (Chef Irving), Sarah Clarke (Eleanor Wish), Madison Lintz (Maddie), Robbie Jones (George Irving)…
Montage : Steven Cohen
Photographie : Patrick Cady
Musique : Jesse Voccia
Producteurs : Patrick McKee, Tara Duncan, Jim McKay, Rachel Rusch, T. L. Lankford.
Sociétés de production : Amazon Studios, Fabrik Entertainment
Société de distribution : Amazon
Genre : Policier
Format : 10 épisodes de 45 minutes
Chaîne de diffusion : Amazon.com
Diffusion aux USA : 11 mars 2016

Etats-Unis-2016

Blade Runner 2 : Jared Leto embarque chez Denis Villeneuve !

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Le nouveau Joker de DC Comics rejoint Harrison Ford et Ryan Gosling dans ce qui est sans nul doute le projet le plus excitant de l’année prochaine ! Gare aux Répliquants !

Ça pour une surprise, c’est une surprise. Actuellement empêtré dans une polémique d’envergure liée à Suicide Squad, le bougre critiquant notamment sa faible apparition dans le film, Jared Leto n’en oublie pas de poursuivre sa carrière. La preuve : il a rejoint le casting de Blade Runner 2, la suite du classique de Ridley Scott que tourne actuellement, et dans le plus grand secret, Denis Villeneuve (Sicario, Arrival). Vu la nature hautement confidentielle du long-métrage (tout juste sait-on qu’il se déroulera plusieurs décennies après le film original), bien avisé sera cependant celui capable de déterminer la teneur du rôle de celui qui s’est récemment illustré dans les guenilles multicolores du Joker. Quoiqu’il en soit, on pourra cependant être sûr d’une chose : en rameutant coup sur coup Harrison Ford (Star Wars : Le Réveil de la Force), Ryan Gosling (The Nice Guys), Robin Wright (House of Cards), Mackenzie Davis (Seul sur Mars), Dave Bautista (Spectre), Barkhad Abdi (Captain Phillips), Lennie James (The Walking Dead) et Roger Deakins (célèbre chef-opérateur des frères Coen), le projet part sur de bons rails. Vivement le résultat le 6 Octobre 2017 !

Toni Erdmann, un film de Maren Ade : Critique

Toni Erdmann, une des curiosités de la dernière sélection cannoise était de retrouver (enfin) un film allemand en compétition, celui d’une jeune réalisatrice quasi inconnue.

Synopsis : Quand Ines, femme d’affaire d’une grande société allemande basée à Bucarest, voit son père débarquer sans prévenir, elle ne cache pas son exaspération. Sa vie parfaitement organisée ne souffre pas le moindre désordre mais lorsque son père lui pose la question « Es-tu heureuse? », son incapacité à répondre est le début d’un bouleversement profond. Ce père encombrant et dont elle a honte fait tout pour l’aider à retrouver un sens à sa vie en s’inventant un personnage : le facétieux Toni Erdmann…

Le remède Toni

Notre voisin d’outre-Rhin n’avait plus présenté de film en compétition depuis 2008 avec Rendez-vous à Palerme de Wim Wenders. Le cinéma allemand qui n’a cessé de briller durant toute l’histoire du cinéma peinait à trouver un successeur à cette génération dorée des années 70 (Fassbinder, Wenders, Herzog etc.). Si le jury de George Miller ne s’était pas autant fourvoyé, l’Allemagne aurait pu rafler une nouvelle Palme d’Or, plus de trente ans après Paris, Texas.

Toni Erdmann raconte la relation laborieuse d’un père et de sa fille victimes d’un conflit de génération qui n’a eu de cesse de les éloigner l’un de l’autre. Ines, femme d’affaire continuellement serrée dans son tailleur chic, n’a pour vie personnelle que son environnement professionnel. Son père Winfried, éternel farceur dépassé par la mutation grandissante du monde, s’inquiète pour le moral de sa fille. Il décide d’aller la voir à Bucarest pour ressouder des liens qu’il ne cesse de voir s’éloigner. Ainsi commence le film de 2h47 de Maren Ade, l’odyssée d’un père prêt à tout pour faire rire sa fille à nouveau.

S’il brosse le portrait de deux personnages absolument passionnants -d’un côté la fille bien de son époque, pure produit du capitalisme, de l’autre, le père aussi ringard qu’attachant- Toni Erdmann brille dans la confrontation de ces deux univers différents pourtant issus de la filiation. Ces deux êtres dont le lien ne perdure que par les souvenirs, celui d’un père et de sa petite fille, n’ont aujourd’hui plus rien à se dire. Il n’y a qu’à voir l’attente insoutenable de l’ascenseur pour mettre fin à un silence plombant au moment des premiers au revoir. Rentre alors en scène le facétieux Toni Erdmann, personnage inventé par Winfried pour approcher sa fille et espérer au moins lui esquisser un sourire.

Si cette histoire a tout du tragique, elle réussit pourtant à nous faire rire, parfois même jusqu’aux éclats. Ce ne sont pas les gags lourdeaux à base de coussins péteurs de Toni qui font sourire le spectateur, mais bien la tendresse avec laquelle ces blagues sont exécutées. Derrière les fausses dents et la perruque de Toni se cache toujours la lueur d’espoir dans les yeux de Winfried, celle de décrocher un sourire à sa fille. C’est tout l’art de Maren Ade de jongler entre comique (rire de Toni) et tragique (désillusion de Winfried) tout au long du film. Une ambiguïté permanente que l’on retrouve dans les yeux d’Ines, mi attendrie, mi exaspérée. Jusqu’au paroxysme dans la scène de chant où sa voix oscille entre cri de rage et clameur libératrice.

La gêne et les larmes lors de son départ ne trompent pas, la jeune femme aime visiblement son père mais, face au gouffre idéologique qui les sépare, elle reste incapable d’exprimer quoi que ce soit. Si bien que le seul moment de tendresse qu’elle lui accorde c’est lorsqu’il ne peut la regarder dans les yeux, emmitouflé dans son costume folklorique bulgare. Rarement les complexités d’une relation entre un père et d’une fille que tout oppose n’ont été aussi justement mises en lumière.

Davantage que la montagne russe d’émotions et le statut de feel-good movie qu’on lui prête, Toni Erdmann s’approche du film-somme en sa qualité politique et fortement dénonciatrice. Le film de Maren Ade offre une image saisissante de notre monde, à travers son héroïne, et par contraste total avec son héros. Rappelons que l’histoire se situe essentiellement à Bucarest, un autre monde pour Winfried mais terrain de chasse pour la femme d’affaire allemande. Ines exerce en Europe de l’est la profession de consultante qui consiste grosso-modo à faire le sale boulot des entreprises trop lâches pour licencier elles-mêmes du personnel. C’est une femme de son temps, vissée à son téléphone, évoluant dans une Europe ultralibérale et fortement machiste. Une misogynie qu’elle a acceptée de fait.

Maren Ade fait ainsi très mal aux certitudes idéologiques de son pays qui souhaite régner en maître dans l’Europe d’aujourd’hui. À force de prendre les ouvriers pour du bétail, Ines en a perdu le goût de rire, de baiser (voir la scène des petits fours), et ne sait plus ce que signifie être heureux. Avant que l’antidote Toni ne fasse son petit effet…

Toni Erdmann de Maren Ade : Bande-annonce

Toni Erdmann : Fiche Technique

Réalisation : Maren Ade
Scénario : Maren Ade
Interprétation : Peter Simonischek, Sandra Hüller
Photographie : Patrick Orth
Montage : Heike Parplies
Décors : Silke Fisher
Costumes : Gitti Fuchs
Production : Maren Ade, Jonas Dornbach, Janine Jackowski
Distributeur : Haut et Court
Durée : 162 minutes
Genre : Comédie dramatique
Date de sortie : 17 Août 2016

Allemagne – 2016

The Get Down saison 1 partie 1 : Critique Serie

[Critique] The Get Down Saison 1 Partie 1, une série de Baz Luhrmann et Stephen Adly Guirgis

Synopsis : Le Bronx, 1977. Zeke est un adolescent comme les autres : il a sa bande de copains, il est amoureux de Mylene, une fille de son âge qui rêve de devenir chanteuse, et lui-même aspire à faire de la musique. Zeke a un don pour l’écriture dont il ne sait pour l’instant pas trop quoi faire. Cependant, sa rencontre avec le mystérieux Shaolin Fantastic, tagueur légendaire du quartier et apprenti DJ, pourrait bien donner une nouvelle perspective à son talent, à sa bande et à son avenir…

La série télé musicale est à l’honneur cette saison. Au printemps, HBO nous proposait son Vinyl, plongée au cœur de l’industrie du rock’n’roll dans les années soixante qui, malgré un démarrage en trombe avec un magnifique pilote réalisé par Martin Scorsese, s’est terminé en fiasco avec l’annulation de la série. Cet été, c’est au tour de Netflix de décliner la thématique de la création musicale avec The Get Down, qui s’intéresse aux débuts de la culture et de la musique hip-hop dans le Bronx de la fin des années 70. La série est menée par le réalisateur Baz Luhrmann, scénariste et producteur exécutif ainsi que réalisateur du premier épisode.

Dès le pilote, on retrouve donc plusieurs éléments caractéristiques du réalisateur australien : la danse et la musique utilisées comme médium d’affrontements et de duels (Ballroom Dancing), la ville filmée comme un théâtre de rivalités, d’amitiés et d’amours (Roméo + Juliette), la lutte des classes rendue visible par la friction des quartiers populaires et bourgeois (Gatsby le Magnifique). Pourtant c’est dans les épisodes suivants que la série réussit réellement à trouver sa juste mesure et à mixer tous ces éléments dans un seul et même rythme de croisière.

New York 1977

The Get Down est une série qui s’intéresse à un endroit précis (un quartier de New-York), à un moment précis (1977), et son but avant toute chose est de capter l’essence de cet espace temps et de le distiller dans sa forme la plus pure.

Le contexte devient donc un élément essentiel, et la série s’applique à l’utiliser du mieux possible. La fiction prend place dans un cadre documentaire, et de réels évènements jalonnent la narration. L’élection d’Ed Koch à la mairie de New York, la sécheresse de l’été 1977, les incendies qui ravageaient certains quartiers, le black-out qui a privé les new-yorkais d’électricité une nuit entière sont autant de faits historiques qui sont utilisés par les scénaristes pour construire le récit. Car ils ne servent pas seulement de décor : ils sont dotés d’une réelle importance et donnent lieu à des intrigues de premier plan. L’idée est renforcée par les irruptions régulières d’images d’archives qui donnent à celles de la série toute l’authenticité dont elles ont besoin. Enfin, les pistes se brouillent lorsque certaines images de la série sont retouchées pour ressembler à des prises de vue de l’époque, finissant d’attacher le récit à son contexte.

Légendes urbaines

Pourtant, loin de rester collée les pieds sur terre, la série redouble d’efforts pour se détacher de sa toile de fond et s’envoler loin au-dessus de tout réalisme. Cela passe notamment par l’utilisation d’une mythologie propre à la culture populaire, à l’imaginaire des films de kung-fu et de science-fiction si chers au Wu-Tang Clan et à IAM, au hip-hop en général. Si tout un vocabulaire référencé est employé dans la série, on est pourtant loin du namedropping inutile et toutes ces références font pleinement sens. D’abord car elles étaient déjà utilisées à l’époque par les DJs et les rappeurs qui empruntaient leurs noms à des super-héros de comics ou à des légendes du cinéma oriental. La série ne fait donc que reproduire cet esprit et, en le regardant à travers les yeux d’une poignée d’adolescents, leur confère tout l’émerveillement et la superbe dont ils sont emplis.

Ensuite car l’histoire ne fait pas qu’emprunter quelques noms aux films de genre, elle s’en imprègne toute entière. Le parcours de ces jeunes gens dans le monde du hip-hop est raconté comme une quête spirituelle et initiatique, comme un récit fantastique au cours duquel ils devront dénicher un mystérieux guerrier, retrouver des objets magiques, déchiffrer les conseils de leur mentor, apprendre à maîtriser leurs super-pouvoirs, prendre part à des batailles et à des duels… C’est comme si le groupe sautait d’un film à l’autre, se retrouvant tour à tour plongé dans un western, un film de Bruce Lee, l’univers de Star Wars ou une épique fresque d’heroic fantasy. Les titres des épisodes, en forme de six commandements (« Le Trésor se trouve dans la ruine », « Choisis ceux qui attisent le feu de ta passion », « L’Obscurité est ta lumière », « Préfère la célébrité à la sécurité », « Tu as des ailes, apprends à voler », « Élève ta voix, pas tes mots ») renforcent encore la dimension quasi-religieuse que la série accorde à l’Histoire du hip-hop.

Double platine

Car c’est bien ça le cœur de la série : le Bronx, sa culture, ses habitants, son esthétique, sa musique… Et là encore, la série place tous ces éléments au centre même de sa construction. Lors du générique de début par exemple, le titre de la série et celui de l’épisode apparaissent sous forme de graffitis peints sur le métro aérien de la ville ; au lieu de la traditionnelle voix-off qui résume les épisodes précédents, c’est ici le personnage de Zeke, devenu adulte et rappeur à succès, qui fait le point sur les évènements à travers les paroles d’une chanson.

Baz Luhrmann a donné le ton lors du pilote : comme à son habitude il a garni celui-ci de séquences de fêtes et de danses qui tentent d’immerger le spectateur dans l’ambiance et dans l’action. Les autres réalisateurs ont suivi la cadence, au point qu’on a parfois l’impression de regarder un très long clip : le montage est rapide, les images s’enchaînent et les plans fixes se font rares. Ce parti pris, vite agaçant, se révèle finalement pertinent sur le long terme car il permet d’organiser la narration éclatée et de faire d’un bordel confus un tout cohérent.

Cette pertinence trouve son apogée dans une séquence du deuxième épisode. Grandmaster Flash, le mentor des protagonistes, vient d’expliquer aux garçons comment fonctionne l’art du break. Deux platines sont devant le DJ : l’une représente le présent, et joue le sample que l’on entend en ce moment ; la deuxième représente le futur : elle joue le son que l’on entendra dans quelques instants. Toute la difficulté de l’exercice consiste à faire coexister ces deux temporalités, et à faire en sorte qu’elles s’inscrivent dans une continuité. Le novice s’entraîne alors et s’acharne à rendre continus ces deux espace-temps. La séquence alterne alors avec une autre, qui se déroule ailleurs. Deux espace-temps. Et les deux s’enchaînent sans cesse, de plus en plus rapidement, dans un rythme effréné et une symbiose parfaite qui lie les deux moments dans une impeccable continuité stylistique. DJing et montage, même combat : réussir à synchroniser deux séquences pour proposer au spectateur une expérience nouvelle.

La force de The Get Down, c’est de réussir à ne faire qu’un avec son sujet, et à offrir au spectateur de superbes moments de musique (hip-hop mais aussi disco grâce à la très belle voix de Herizen F. Guardiola). La fiction et même le fantasme de cette période se mêlent brillamment aux faits réels, avec une intrigue originale et des personnages rapidement attachants.

The Get Down, saison 1, partie 1 : Fiche Technique

Création : Baz Luhrmann, Stephen Adly Guirgis
Scénario : Seth Zvi Rosenfeld, Sam Bromell, Jacqui Rivera…
Réalisation : Ed Bianchi, Baz Luhrmann…
Interprétation : Justice Smith, Shameik Moore, Herizen F. Guardiola, Skylan Brooks, Tremaine Brown Jr., Yahya Abdul-Mateen II,Jimmy Smits…
Genre : Dramatique, Musical
Société de production : Bazmark Films
Format : 6 épisodes de 55 minutes (90 minutes dans le cas unique du Pilote)
Chaîne d’origine : Netflix
Diffusion à partir du : 12 août 2016

Etats-Unis – 2016

Auteur : Amaurych