The Get Down saison 1 partie 1 : Critique Serie

[Critique] The Get Down Saison 1 Partie 1, une série de Baz Luhrmann et Stephen Adly Guirgis

Synopsis : Le Bronx, 1977. Zeke est un adolescent comme les autres : il a sa bande de copains, il est amoureux de Mylene, une fille de son âge qui rêve de devenir chanteuse, et lui-même aspire à faire de la musique. Zeke a un don pour l’écriture dont il ne sait pour l’instant pas trop quoi faire. Cependant, sa rencontre avec le mystérieux Shaolin Fantastic, tagueur légendaire du quartier et apprenti DJ, pourrait bien donner une nouvelle perspective à son talent, à sa bande et à son avenir…

La série télé musicale est à l’honneur cette saison. Au printemps, HBO nous proposait son Vinyl, plongée au cœur de l’industrie du rock’n’roll dans les années soixante qui, malgré un démarrage en trombe avec un magnifique pilote réalisé par Martin Scorsese, s’est terminé en fiasco avec l’annulation de la série. Cet été, c’est au tour de Netflix de décliner la thématique de la création musicale avec The Get Down, qui s’intéresse aux débuts de la culture et de la musique hip-hop dans le Bronx de la fin des années 70. La série est menée par le réalisateur Baz Luhrmann, scénariste et producteur exécutif ainsi que réalisateur du premier épisode.

Dès le pilote, on retrouve donc plusieurs éléments caractéristiques du réalisateur australien : la danse et la musique utilisées comme médium d’affrontements et de duels (Ballroom Dancing), la ville filmée comme un théâtre de rivalités, d’amitiés et d’amours (Roméo + Juliette), la lutte des classes rendue visible par la friction des quartiers populaires et bourgeois (Gatsby le Magnifique). Pourtant c’est dans les épisodes suivants que la série réussit réellement à trouver sa juste mesure et à mixer tous ces éléments dans un seul et même rythme de croisière.

New York 1977

The Get Down est une série qui s’intéresse à un endroit précis (un quartier de New-York), à un moment précis (1977), et son but avant toute chose est de capter l’essence de cet espace temps et de le distiller dans sa forme la plus pure.

Le contexte devient donc un élément essentiel, et la série s’applique à l’utiliser du mieux possible. La fiction prend place dans un cadre documentaire, et de réels évènements jalonnent la narration. L’élection d’Ed Koch à la mairie de New York, la sécheresse de l’été 1977, les incendies qui ravageaient certains quartiers, le black-out qui a privé les new-yorkais d’électricité une nuit entière sont autant de faits historiques qui sont utilisés par les scénaristes pour construire le récit. Car ils ne servent pas seulement de décor : ils sont dotés d’une réelle importance et donnent lieu à des intrigues de premier plan. L’idée est renforcée par les irruptions régulières d’images d’archives qui donnent à celles de la série toute l’authenticité dont elles ont besoin. Enfin, les pistes se brouillent lorsque certaines images de la série sont retouchées pour ressembler à des prises de vue de l’époque, finissant d’attacher le récit à son contexte.

Légendes urbaines

Pourtant, loin de rester collée les pieds sur terre, la série redouble d’efforts pour se détacher de sa toile de fond et s’envoler loin au-dessus de tout réalisme. Cela passe notamment par l’utilisation d’une mythologie propre à la culture populaire, à l’imaginaire des films de kung-fu et de science-fiction si chers au Wu-Tang Clan et à IAM, au hip-hop en général. Si tout un vocabulaire référencé est employé dans la série, on est pourtant loin du namedropping inutile et toutes ces références font pleinement sens. D’abord car elles étaient déjà utilisées à l’époque par les DJs et les rappeurs qui empruntaient leurs noms à des super-héros de comics ou à des légendes du cinéma oriental. La série ne fait donc que reproduire cet esprit et, en le regardant à travers les yeux d’une poignée d’adolescents, leur confère tout l’émerveillement et la superbe dont ils sont emplis.

Ensuite car l’histoire ne fait pas qu’emprunter quelques noms aux films de genre, elle s’en imprègne toute entière. Le parcours de ces jeunes gens dans le monde du hip-hop est raconté comme une quête spirituelle et initiatique, comme un récit fantastique au cours duquel ils devront dénicher un mystérieux guerrier, retrouver des objets magiques, déchiffrer les conseils de leur mentor, apprendre à maîtriser leurs super-pouvoirs, prendre part à des batailles et à des duels… C’est comme si le groupe sautait d’un film à l’autre, se retrouvant tour à tour plongé dans un western, un film de Bruce Lee, l’univers de Star Wars ou une épique fresque d’heroic fantasy. Les titres des épisodes, en forme de six commandements (« Le Trésor se trouve dans la ruine », « Choisis ceux qui attisent le feu de ta passion », « L’Obscurité est ta lumière », « Préfère la célébrité à la sécurité », « Tu as des ailes, apprends à voler », « Élève ta voix, pas tes mots ») renforcent encore la dimension quasi-religieuse que la série accorde à l’Histoire du hip-hop.

Double platine

Car c’est bien ça le cœur de la série : le Bronx, sa culture, ses habitants, son esthétique, sa musique… Et là encore, la série place tous ces éléments au centre même de sa construction. Lors du générique de début par exemple, le titre de la série et celui de l’épisode apparaissent sous forme de graffitis peints sur le métro aérien de la ville ; au lieu de la traditionnelle voix-off qui résume les épisodes précédents, c’est ici le personnage de Zeke, devenu adulte et rappeur à succès, qui fait le point sur les évènements à travers les paroles d’une chanson.

Baz Luhrmann a donné le ton lors du pilote : comme à son habitude il a garni celui-ci de séquences de fêtes et de danses qui tentent d’immerger le spectateur dans l’ambiance et dans l’action. Les autres réalisateurs ont suivi la cadence, au point qu’on a parfois l’impression de regarder un très long clip : le montage est rapide, les images s’enchaînent et les plans fixes se font rares. Ce parti pris, vite agaçant, se révèle finalement pertinent sur le long terme car il permet d’organiser la narration éclatée et de faire d’un bordel confus un tout cohérent.

Cette pertinence trouve son apogée dans une séquence du deuxième épisode. Grandmaster Flash, le mentor des protagonistes, vient d’expliquer aux garçons comment fonctionne l’art du break. Deux platines sont devant le DJ : l’une représente le présent, et joue le sample que l’on entend en ce moment ; la deuxième représente le futur : elle joue le son que l’on entendra dans quelques instants. Toute la difficulté de l’exercice consiste à faire coexister ces deux temporalités, et à faire en sorte qu’elles s’inscrivent dans une continuité. Le novice s’entraîne alors et s’acharne à rendre continus ces deux espace-temps. La séquence alterne alors avec une autre, qui se déroule ailleurs. Deux espace-temps. Et les deux s’enchaînent sans cesse, de plus en plus rapidement, dans un rythme effréné et une symbiose parfaite qui lie les deux moments dans une impeccable continuité stylistique. DJing et montage, même combat : réussir à synchroniser deux séquences pour proposer au spectateur une expérience nouvelle.

La force de The Get Down, c’est de réussir à ne faire qu’un avec son sujet, et à offrir au spectateur de superbes moments de musique (hip-hop mais aussi disco grâce à la très belle voix de Herizen F. Guardiola). La fiction et même le fantasme de cette période se mêlent brillamment aux faits réels, avec une intrigue originale et des personnages rapidement attachants.

The Get Down, saison 1, partie 1 : Fiche Technique

Création : Baz Luhrmann, Stephen Adly Guirgis
Scénario : Seth Zvi Rosenfeld, Sam Bromell, Jacqui Rivera…
Réalisation : Ed Bianchi, Baz Luhrmann…
Interprétation : Justice Smith, Shameik Moore, Herizen F. Guardiola, Skylan Brooks, Tremaine Brown Jr., Yahya Abdul-Mateen II,Jimmy Smits…
Genre : Dramatique, Musical
Société de production : Bazmark Films
Format : 6 épisodes de 55 minutes (90 minutes dans le cas unique du Pilote)
Chaîne d’origine : Netflix
Diffusion à partir du : 12 août 2016

Etats-Unis – 2016

Auteur : Amaurych

 

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