Juste avant Blade Runner 2, Denis Villeneuve voulait embrasser la SF, qui plus est fait avec son thème le plus utilisé jusque-là : les petits hommes verts. Le résultat est un film au titre très évocateur (Arrival) serti d’un casting 5 étoiles !
Avant même la remise des prix du Festival de Cannes 2015, où il était venu présenter l’excitant Sicario, Denis Villeneuve avait déjà plié bagage, direction le Canada. La-bas, juste avant qu’il ne soit intronisé réalisateur de Blade Runner 2, il avait pu mettre en boite un nouveau film, destiné de son aveu « à le mettre en jambe » avant de se frotter au classique de Ridley Scott : Story of Your Life. Renommé Arrival dans la langue de Shakespeare, le film qui met en vedette Amy Adams (Batman vs Superman), Jeremy Renner (Captain America Civil War) et Forest Whitaker (le futur Rogue One) reprend un thème, pour ne pas dire un marronnier, de la SF : le premier contact extra-terrestre. C’est du moins la trame de fond qui se dessine de ces premières images où l’on suit Amy Adams, grimée en une sommité des langues et traductions (autrement dit une linguiste) qui se retrouve contacter directement par l’entremise d’un colonel de l’armée américaine (Forest Whitaker). Ce dernier, inquiet, somme la linguiste de traduire une étrange communication sonore venant directement d’un mystérieux astronef noir s’étant posé dans une prairie attenante. La belle est donc propulsée espoir de l’humanité, alors qu’elle doit déterminer les intentions de ces extra-terrestres et juger de leur éventuelle nature belliqueuse. Une simple erreur de traduction pouvant résulter d’une guerre ouverte, la linguiste doit accuser le coup d’une incroyable pression, d’’autant que d’autres astronefs se sont posés sur le reste du monde et inquiètent au plus haut point.
Un projet très ambitieux
Librement adapté d’une nouvelle du romancier Ted Chiang, Arrival est annoncé comme l’un des évènements de cette rentrée. Le passif de son réalisateur n’étant sûrement pas étranger à ce regain d’intérêt, on ne saura occulter aussi le fait que ces premières images donnent à voir une odyssée de SF étonnement réaliste. Des cadres léchés, une photographie minérale quasi grise anthracite et un casting dont l’alchimie semble déjà fonctionner, c’est bien simple : Arrival semble témoigner d’un profond respect de Villeneuve vis à vis des poncifs de la SF. Ajoutez à cela des récurrences stylistiques (l’imagerie du tunnel infusait déjà Prisoners et Sicario ; ou la figure féminine débarquant dans un univers -l’armée- exclusivement masculin comme dans Sicario encore) et on tient peut-être là le film de SF le plus ambitieux de l’année. De là à y déceler un espoir vis à vis de son futur Blade Runner, il n’y a qu’un pas.
Premier Contact (Arrival en VO) sortira sur les écrans le 7 Décembre prochain.
9ème Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg
Septembre, c’est Fantastique ! Après l’Étrange Festival au Forum des Images (Paris) qui aura lieu 07 au 18 septembre , c’est le Grand Est qui aura droit à son festival de genre avec la 9ème édition du Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg, dont le déroulement aura lieu du 16 au 25 septembre dans le centre historique de Strasbourg. Au programme, une édition sous le signe du meurtre avec la rétrospective M FOR MURDERS, un hommage à Dario Argento (avec une rétrospective de ses films annoncée), une compétition de courts métrages prochainement annoncé et une sélection de films plus alléchants les uns que les autres. On pense en ouverture à l’OVNI Swiss Army Man de Daniel Kwan et Daniel Scheinert, avec Daniel Radcliff et Paul Dano, tout droit venu de Sundance, à ceux qui ont marqué la Croisette à Cannes, notamment Grave de Julia Ducournau ou Transfiguration de Michael O’Shea, tous deux en compétition internationale, et Dogs de Bodgan Mirica sélectionné dans la catégorie Crossovers. Mais aussi quelques gros films attendus comme le séquel/reboot du Projet Blair Witch, sobrement intitulé Blair Witch d’Adam Wingard, ou 31 de Rob Zombie. Le Jury de cette édition sera présidé par le réalisateur William Lustig (Maniac, Maniac Cop) et est également composé de Veronika Franz (Goodnight Mommy), Brontis Jodorowski (fils de Alejandro, metteur en scène de théâtre et acteur) et John Ajvide Lindqvist (auteur du best-seller Morse). Cette édition s’achèvera avec la projection du carton au box-office chinois, The Mermaid de Stephen Chow.
FEFFS 2016 – Toute la programmation :
Film d’ouverture :Swiss Army Man de Daniel Kwan et Daniel Scheinert (USA)
Film de clôture :The Mermaid de Stephen Chow (Chine)
Compétition internationale :
– Under The Shadow, de Babak Anvari (Iran)
– Transfiguration, de Michael O’Shea (USA)
– I am not a serial killer, de Billy O’Brien (Irlande)
– Shelley, de Ali Abbasi (Suède/Danemark)
– Grave, de Julia Ducournau (France)
– The Love Witch de Anna Biller (USA)
– Jeeg Robotde Gabriele Mainetti (Italie)
– K-Shop de Dan Pringle (UK)
– The Open de Marc Lahore (France / Belgique)
– PET de Carles Torrens (USA / Espagne)
– Seoul Station de Sang-ho Yeon (Corée)
Compétition Crossovers :
– Psycho Raman, de Anurag Kashyap (Inde)
– Operation Avalanche, de Matthew Johnson (USA)
– Outlaws and Angels, de J.T. Mollner (USA)
– Creative Control, de Benjamin Dickinson (USA)
– Detour de Christopher Smith (USA)
– Dogs de Bogdan Mirica (Roumanie)
– Trash Fire de Richard Bates Jr (USA)
Midnight Movies :
– 31, de Rob Zombie (USA)
– The Greasy Strangler, de Jim Hosking (USA)
– We are the flesh, de Emiliano Rocha Minter (Mexique)
– Holidays, de Anthony Scott Burns, Kevin Kolsch, etc. (USA)
– Ballad in blood de Ruggero Deodato (Italie)
– Miruthan de Shakti Soundar Rajan (Inde)
– Terra Formars de Takashi Miike (Japon)
– Yoga Hosers de Kevin Smith (USA)
Séances spéciales :
– Blair Witch de Adam Wingard (USA)
– Fear Itself de Charlie Lyne (UK)
– Lo and Behold, Reveries of the connected world, de Werner Herzog (USA)
– Late Shift, de Tobias Weber (Suisse)
Séance jeune public :
– Ivan Tsarévitch et la Princesse Changeante de Michel Ocelot (France)
Rétrospective M FOR MURDERS :
– M le Maudit (M) de Fritz Lang (Allemagne, 1932)
– Noblesse oblige (Kind Hearts and Coronets), de Robert Hamer (UK, 1949)
– L’Étrangleur de Boston (The Boston strangler) de Richard Fleischer, (USA, 1968)
– La chasse (Cruising) de William Friedkin, (USA, 1980)
– Maniac de William Lustig (USA, 1980)
– Schizophrenia (Angst) de Gerald Kargl (Allemagne/Autriche, 1983)
– Henry, portrait d’un tueur en série (Henry, portrait of a Serial Killer) de John McNaughton(USA, 1986)
– Le Sixième sens (Manhunter) de Michael Mann (USA, 1986)
– Carmin profond (Deep Crimson) d’Arturo Ripstein (Espagne, 1996)
Réédition des classiques de l’Universal Monsters :
– Dracula de Tod Browning (USA, 1931)
– Frankenstein de James Whale (USA, 1931)
– La Momie de Karl Freund (USA, 1932)
– L’Homme invisible de James Whale (USA, 1933)
– La fiancée de Frankenstein de James Whale (USA, 1935)
– Le Loup-garou de George Waggner (USA, 1941)
– L’Étrange créature du lac noir de Jack Arnold (USA, 1954).
Projection exceptionnelle :
–Les Dents de la Mer de Steven Spielberg (USA, 1975), projeté dans la Grande Piscine des Bains de Strasbourg.
–Jurassic Park de Steven Spielberg (USA, 1993), projeté en Plein Air devant la Cathédrale de Strasbourg.
La rédaction CSM compte bien s’y rendre pour la troisième fois, afin de vous livrer son compte-rendu et vous donner un aperçu du panorama fantastique de ces prochains mois.
Malgré son rythme effréné et quelques impressionnantes séquences visuelles, Dernier Train pour Busan n’est qu’un interminable film de zombies, caricatural et prévisible.
Synopsis : Un virus inconnu se répand en Corée du Sud, l’état d’urgence est décrété. Les passagers du train KTX se livrent à une lutte sans merci afin de survivre jusqu’à Busan, l’unique ville où ils seront en sécurité…
Après avoir marqué les esprits sur la Croisette cannoise en 2011 avec King of Pigs, le sud-coréen Sang-Ho Yeon s’essaie pour la première fois au cinéma live avec Dernier Train pour Busan (Busanhaeng), adapté du manga du même nom. Il est la suite directe de Seoul Station, son précédent film d’animation, qui voyait les premiers jours d’une invasion mondiale de zombies. C’est l’occasion pour le cinéaste de revenir fouler le tapis rouge dans une séance de minuit qui avait tous les éléments pour être la séance la plus jouissive du festival. Le blockbuster venu d’Asie saura-t-il voler la vedette aux productions hollywoodiennes, et surtout à son modèle, World War Z ? Nul besoin de tenir un faux-suspense, Dernier Train pour Busan manque cruellement le coche et fait preuve d’une paresse dans l’écriture qui dénote face à l’accumulation de moyens déployés pour rendre crédible cette course-poursuite ferroviaire viscérale.
World War Z + Snowpiercer
L’équation semble simple sur le papier. Si vous appréciez un tant-soi peu la frénésie et la folie des infectés de World War Z, la superproduction de Marc Foster avec Brad Pitt, et que vous vous êtes pris un uppercut ferroviaire avec le claustrophobique et renversant Snowpiercer – Le Transperceneige du compère sud-coréen Bong Joon-ho, alors il est évident que la formule devait fonctionner. Mais le construction caricaturale du scénario est la variable qui empêche l’équation de tenir la route. Tout n’est pourtant pas à jeter puisque si la naïveté des situations et les stéréotypes défilent à la pelle, il faut reconnaître que Dernier Train pour Busan épate par la rage violente qui anime ces zombies et les fait courir à toute allure, loin de ceux de La Nuit des Morts Vivants (George A. Romero, 1968) mais plus proches de ceux de L’Armée des Morts (Zack Snyder, 2004). Cela donne lieu à quelques impressionnantes séquences d’invasion et de course-poursuite à l’instar de World War Z. Le cinéaste Sang-Ho Yeon utilise avec simplicité et efficacité tous les codes ferroviaires de l’espace fermé dans lequel il pose sa caméra pour redonner un coup de jeune à un genre maintes fois rabattu et pour lequel on a désormais tout vu. La réalisation fait preuve d’une incroyable maîtrise visuelle en termes de découpage et de fluidité, ce qui rend l’ensemble souvent dynamique. Si dans Snowpiercer, le train était une métaphore de l’échelle sociale, dans Dernier Train pour Busan, il est une allégorie du refuge qui révèle les véritables caractères des gens. C’est ainsi que le cinéaste coréen dénonce l’individualisme d’un pays où chacun des passagers pense avant tout à son intérêt, prêt à sacrifier les autres. Cette situation exceptionnelle sera donc le parcours vers la rédemption pour le héros du film (un père qui tente de renouer le contact avec sa fille) qui va devoir mettre sa personne de côté et réapprendre à s’ouvrir aux autres. Pour le cinéaste, l’invasion est donc le point de départ pour décrire un monde déshumanisé, corrompu par le capitalisme, où l’intérêt passe avant l’humain. La métaphore sociale aurait sans doute été appréciée si elle n’avait pas été aussi peu subtile.
Car s’il arrive à tenir son rythme de croisière qui ne faiblit jamais, Dernier Train pour Busan oublie de maîtriser son sujet, de ne pas empiler les clichés à la pelles et de rendre le train aussi terrifiant que ce qu’il se déroule à l’extérieur. Le problème du film vient alors de son manque total d’originalité et de son classicisme déprimant. Le film enfonce des portes et rend la situation aussi caricaturale que prévisible. Avec ce père et sa fille qui n’arrivent plus à communiquer, forcés de devoir affronter l’insurmontable et de réapprendre à s’aimer, on roule souvent des yeux devant la naïveté d’une relation artificielle pour laquelle on a du mal à éprouver de l’affection. Dans ce sens, Dernier Train pour Busan témoigne d’un pathos écrasant dont on ne sait pas si le réalisateur avait conscience de la lourdeur de son propos. Il ne lésine jamais sur les moyens de sortir les violons dans les moments dramatiques ou de pousser constamment les gens aux sacrifices. C’est regrettable alors que le propos soit appuyé par la lourdeur des personnages, tous aux caractères bien distincts et auxquels il est malheureusement difficile de s’identifier, empêchant toute empathie. Dernier Train pour Busan est un film qui se veut pluriel (drame, action, série B) mais qui, à force de ne jamais vraiment jouer dans une seule catégorie, échoue lamentablement tout ce qu’il entreprend. A aucun moment, il ne nous arrive d’être ému par les conflits des personnages, amusé par la folie des combats ou impressionné par l’action du film parce que le cinéaste s’étale entre tous ces genres sans jamais les développer.
Cela n’a pas empêché le film d’obtenir une (incompréhensible) standing ovation à Cannes, et de faire un carton en Corée du Sud, où il a engrangé plus de dix millions d’entrées, soit le plus gros succès de l’année dans le pays. Mais World War Z, avec tous les défauts qu’on lui connaît, n’avait-il pas également été un carton international (plus d’un demi milliards de recettes) ? Pas sûr que le style coréen ne plaise autant en Occident mais vu le succès qui précède l’arrivée du film dans l’hexagone, et la popularité toujours aussi forte des zombies (coucou The Walking Dead!), on peut difficilement nier que les zombies ne vont pas encore squatter quelques temps les salles de cinéma. Malheureusement avec son incapacité à dépoussiérer un genre usé jusqu’à la moelle, Dernier Train pour Busan n’en reste pas moins un film à oublier très vite.
Dernier train pour Busan : Bande-annonce
Dernier train pour Busan : Fiche Technique
Titre original : 부산행 (Busanhaeng)
Réalisation : Sang-Ho Yeon
Scénario : Sang-Ho Yeon
Interprétation : Gong Yoo (Seok-woo), Kim Soo-Ahn (Su-an), Yu-mi Jeong (Sung-kyung), Dong-seok Ma (Sang-Hwa)
Photographie : Lee Hyung-deok
Décors : Lee Mok-won
Montage : Yang Jin-mo
Musique : Jang Yeong-gyoo
Producteurs : Lee Dong-ha
Sociétés de Production : Red Peter Films
Distributeur : ARP Sélection
Festival et Récompenses : Séances de minuit du Festival de Cannes 2016
Genre : Action, fantastique
Durée : 118 minutes
Sortie en salles : 17 août 2016
Découvrir L’Autre près de 45 ans après sa sortie, c’est se plonger dans un mélange virtuose d’ambiances pastorale et gothique, mais surtout comprendre les bases d’un dispositif mille fois copié depuis.
Synopsis : Connecticut, 1935. Dans la ferme familiale, les deux frères jumeaux Niles et Holland Perry sont élevés par leur grand-mère Ada. Une série de drames va toutefois secouer ce bonheur de surface et remettre en question la douce réalité des choses, jusqu’à nous plonger dans la folie.
Derrière un charme bucolique se cache un chef d’œuvre précurseur du cinéma fantastique
Connu pour ses réalisations très terre-à-terre (Du silence et des ombres est, à juste titre, régulièrement cité parmi les meilleurs films américains), Robert Mulligan aura tenté une seule et unique incursion dans le domaine du fantastique. C’est à l’occasion d’une adaptation du premier roman de Tom Tryon (homonyme en version originale mais titré « Le Visage de l’autre » en français), adapté par ses soins en scénario, que Mulligan s’est lancé dans l’aventure. On retrouve dans sa réalisation une patte personnelle marquée par l’imagerie rurale traditionnelle américaine qui a infusé dans l’ensemble de la filmographie de ce new-yorkais d’origine irlandaise. Ce récit sur les liens étroits entre deux jeunes frères jumeaux est également pour lui un prétexte d’explorer sa thématique de prédilection qu’est la perception par des enfants, ou adolescents, des notions d’innocence et de culpabilité. Mais l’argument fantastique entre rapidement, mis en exergue, à travers le « jeu » que la grand-mère inculque à ses petits-enfants consistant en une forme de projection télépathique dans l’esprit d’animaux. Mais, au-delà de ça, c’est la nature de Holland, l’un des deux jumeaux en question, qui est au cœur de cette dimension fantastique, celui-ci allant se révéler être en réalité mort avec le début du film, et sa présence à l’écran n’étant que l’illustration des visions qu’en a son frère Niles.
Ce twist peut sembler prévisible pour un spectateur qui, de nos jours, est habitué à de telles utilisations du média filmique. Mais, pour saisir l’importance de L’autre, il faut bien saisir que, en 1972, ce procédé fut si révolutionnaire qu’il divisa la critique. Montrer à l’écran un personnage qui n’existe que dans l’imagination schizophrénique d’un tiers est devenu monnaie courante, mais peut-être ne serait-ce pas le cas si L’autre n’avait pas ouvert la voie. Sans l’audace de Mulligan, qui d’ailleurs parvient à mettre en scène la dualité entre les deux frères avec maestria, en ne les réunissant jamais dans le cadre et en profitant de l’ambiguïté générée par la gémellité de ses deux jeunes acteurs, peut-être n’aurait-on eu jamais eu de Faux-semblants (David Cronenberg, 1988), de Sixième Sens (M. Night Shyamalan, 1999), de Fight Club (David Fincher, 1999) ou même, dans une moindre mesure, de Mullholland Drive (David Lynch, 2001).
L’autre grande force de L’Autre est d’avoir su ajuster sa mise en scène sur le point de vue du personnage de Niles pour parfaitement adopter son regard innocent sur les événements tragiques qu’il suscite malgré lui. C’est justement parce que le public voit les choses à travers son regard que, dans la dernière demi-heure, une fois que Niles a pris conscience de sa propre névrose, que l’on en vient à partager sa paranoïa croissante, justifiant ainsi la rupture stylistique vers une épouvante crescendo au terme de laquelle la grand-mère, jusque là source d’apaisement, en vient à apparaitre comme une pure figure horrifique. Là encore, le rapport de l’enfance au surnaturel est depuis devenu un inévitable leitmotiv dans le genre (Shining, Poltergeist, Le Labyrinthe de Pan…), même s’il ne s’agissait pas en 1972 de quelque chose d’inédit, puisque l’excellent Les Innocents (Jack Clayton, 1961) reste la référence en la matière. Il n’empêche que l’expérience de Mulligan pour filmer des enfants pour mieux les rendre attachants permet au film d’être la source d’un malaise profond chez le spectateur. A noter que le passif du scénariste/romancier en tant qu’acteur peut également justifier une lecture métafilmique de l’œuvre, le « jeu » étant alors une allégorie du travail de comédien dont la relation avec son personnage fictif serait comparable à celui entre Niles et Holland. Une autre piste qui fait de L’Autre une réalisation bien plus innovante qu’elle n’en a l’air.
L’insidieux passage mené entre une photographie très lumineuse qui s’accorde à la candeur des enfants et une atmosphère ténébreuse terriblement angoissante se fait avec une subtilité telle que, là encore, L’Autre s’impose comme un modèle incontournable pour toutes les générations d’amateurs de films d’horreur. Cette imagerie bucolique que l’on pourrait au premier abord juger désuète participe donc paradoxalement au succès intemporel de cette petite perle.
L’autre : Bande-annonce
https://www.youtube.com/watch?v=HMmMqWkudgA
L’autre : Fiche technique
Titre original : The Other
Réalisation : Robert Mulligan
Scénario : Tom Tryon, d’après son propre roman
Interprétation : Chris Udvarnoky (Niles Perry), Martin Udvarnoky (Holland Perry), Uta Hagen (Ada)…
Photographie : Robert Surtees
Montage : Folmar Blangsted et O. Nicholas Brown
Décors : Albert Brenner
Musique : Jerry Goldsmith
Production : Robert Mulligan, Don Kranze et Tom Tryon
Société de production : Twentieth Century Fox
Durée : 96 minutes
Genre : Fantastique, drame
Date de sortie du Coffret DVD/Blu-ray : 14 septembre 2016
La chaîne Lifetime a le culot de nous présenter une série vraiment originale, dévoilant les coulisses et les rouages de la télé-réalité, à travers un regard critique et quasi documentaire, mais toujours alimenté par des storylines fictives, propres au format sériel. UnREAL prend l’initiative de révéler tout ce qu’il y a de plus mauvais dans ces émissions, de la part des candidats, mais surtout des producteurs qui sont définitivement les maîtres du jeu, sans limites pour faire de l’audimat.
Synopsis : Après s’être remise de sa dépression,Rachel Goldberg revient travailler aux côtés de la productrice Quinn King pour l’émission Everlasting, reprenant tous les codes du style Bachelor. Le rôle de Rachel est de manipuler les candidates afin d’obtenir suffisamment de drames pour maintenir l’audience, avec le soutien de Quinn qui veut faire le plus de buzz autour de sa télé-réalité…
Un jeu d’échecs entre deux femmes
Bien sûr, il est évident que tout ce que nous montre la série n’est pas toujours véridique, mais il doit y avoir un semblant de réalisme grâce à son duo de créatrices : Marti Noxon (que l’on ne présente plus depuis Buffy contre les vampires, créatrice de Girlfriends’ Guide to Divorce) et Sarah Gertrude Shapiro, productrice pendant plusieurs saisons de The Bachelor.
De ce fait, la première saison suit les étapes de production et de tournage de l’émission fictive « Everlasting » qui correspond à notre bachelor avec le personnage d’Adam Cromwell (interprété par Freddie Stroma), cherchant l’amour de sa vie, et qu’il devra choisir parmi plusieurs candidates à la fin de l’aventure.
La construction des 10 épisodes de la saison est similaire à la vraie télé-réalité où chaque semaine verra l’élimination d’une prétendante.
Côté casting, nous retrouvons deux actrices talentueuses, Shiri Appleby (Roswell, Life Unexpected) et Constance Zimmer (Grey’s Anatomy, House of Cards) dans les rôles titres de Rachel et Quinn.
Constance Zimmer campe un personnage déjà bien installé dans cette production, alors que Rachel revient travailler dans ce milieu qui l’avait beaucoup perturbée par le passé.
Aux premiers abords, Rachel semble être fragile, hésitante à revenir à la production, les spectateurs pourront s’identifier à son personnage au départ pour intégrer tous les éléments de la télé-réalité.
Nous retenons principalement ces deux fortes têtes, féministes à l’extrême, manipulant aussi bien les hommes que les femmes pour arriver à leurs fins. Elles portent ensemble la série sur leurs épaules, et arrivent à exploiter tout leur talent d’actrice à travers leurs personnages. Shiri Appleby signe, sans conteste, un retour triomphant depuis la fin de Roswell.
Les différents protagonistes sont très stéréotypés mais très similaires aux vrais candidats de télé-réalité comme les célèbres Kardashian pour ne relever qu’eux.
En effet, le bachelor, véritable Don Juan, presque imbécile, fait cette émission uniquement pour l’argent, mais les prétendantes représentent aussi le genre de personnalités qui sont vues dans ces programmes. Certaines sont ici pour trouver l’amour alors que d’autres cherchent par tous les moyens à rester jusqu’au bout afin d’être célèbres et acquérir une certaine popularité (éphémère restons lucide).
La première saison construit assez bien les traits de caractères des candidats, mais nous nous intéresserons essentiellement aux différentes ficelles de la production. Quinn mène la danse, dirige son émission avec son compagnon Chet, et donne ses consignes à Rachel qui doit convaincre les candidats de faire telle ou telle action pour créer rebondissements, clashs, buzz, garantissant l’intérêt du spectateur pour revenir voir l’épisode suivant. C’est monstrueusement réussi quand on s’imagine que nos scénaristes de séries télés font exactement la même chose pour attirer le public à travers leurs nombreux cliffhangers. De plus, cela semble très réaliste avec nos télé-réalités qui font toujours en sorte d’apporter plus de tension pour obtenir de l’audience.
Quinn, Rachel et les producteurs jouent en manipulant les candidats, tels des pions sur un échiquier, ils tirent toutes les conclusions et décident de qui devra gagner la finale. Ils incarnent tout ce qu’il y a de plus néfaste dans ce genre télévisuel, jusqu’à l’extrême au point qu’une des prétendantes se suicide en milieu de parcours, renforçant là aussi l’instabilité psychologique de certains candidats qui participent à ces émissions. Lifetime a pris un gros risque en diffusant UnREAL sachant qu’elle possède aussi des télé-réalités dans sa programmation, mais avec une première saison forte dans son intention, très attrayante, le pari est tout simplement réussi.
Nous avons là un vrai Guilty Pleasure à suivre durant l’été en attendant la reprise de nos séries annuelles.
Une seconde saison répétitive, exagérée, et mal exploitée…
La saison 2 suit la continuité de la première avec un nouveau prétendant et de nouvelles candidates.
Rachel a obtenu une promotion en tant que shownrunner, mais Quinn continue de mettre son grain de sel, elle n’accepte pas que sa création soit dans les mains d’une autre. Désormais nous avons un vrai face à face entre les deux femmes pour savoir qui est la meilleure productrice, bien qu’elles continuent à se soutenir d’ici la fin de la saison.
Dans cette nouvelle aventure, le célibataire choisi est pour la première fois noir, B.J. Britt est retenu pour interpréter le sportif Darius Beck, et il y a bien plus de prétendantes de couleur. La série aborde donc plus en détails les problèmes de racisme et de minorités, notamment à travers un épisode où le meilleur ami du bachelor sera victime des coups de feu d’un policier, accentuant d’autant plus le mouvement « Black Lives Matter » en faveur du peuple noir américain victime des attaques injustifiées des autorités.
Cependant, cette suite s’enfonce rapidement en ne proposant rien d’inédit. Nous nous retrouvons face à une pale copie de la première saison, en moins bien, à l’exception que nous avons un bachelor moral qui obtiendra sa fin heureuse.
Alors qu’on nous proposait une série révélant les secrets de la télé-réalité, UnREAL s’enfonce dans un soap-opéra classique, enchaînant scandale sur scandale afin de maintenir le spectateur en haleine, au détriment d’une qualité narrative moins soutenue. Par conséquent, nous sommes perplexes quant à la prochaine saison 3, notamment à cause de scénaristes trop dispersés, ne sachant pas trop où aller.
Heureusement, tout n’est pas à jeter, le point très positif est l’évolution de ses deux personnages principaux.
Quinn a toujours été antipathique, avec un semblant d’humanité, mais Rachel devient à son tour une vraie anti-héroïne. Malgré leur rivalité, elles se soutiennent, Quinn est la seule à comprendre Rachel, et elles se serviront de tous les stratagèmes possibles pour protéger leur bébé des médias.
La première saison abordait déjà le côté bipolaire de Rachel, mais la saison 2 l’exploite complètement et approfondit son histoire. Rachel est un personnage malade, bouffé par son travail, qui s’imagine faire de la « vraie » télévision, alors que tout est manipulé pour faire du mal aux candidats. Les choix et les tournures que prend le protagoniste choquent, mais on n’a qu’une envie c’est de voir jusqu’où Shiri Appleby pourra aller car elle habite vraiment son personnage, c’est assez fascinant.
Certes, beaucoup de choses ne sont pas réelles, mais on peut supposer qu’il existe un lien autobiographique du personnage de Rachel à la co-créatrice Sarah Gertrude Shapiro, personne longtemps dépressive, victime de la télé-réalité.
Pour l’instant, il n’y a aucune morale, les deux vipères s’en sortent, mais le karma finira par les rattraper, elles sont toutes les deux seules, enfermées dans leur Everlasting qui est leur réussite, mais qui n’a rien de réel.
Au bout de deux saisons, UnREAL est toujours aussi divertissante et scandaleuse à souhait, c’est indéniable, mais la saison 2 a clairement tout essayé pour faire mieux que la première, et c’est un échec, nous sommes face à quelque chose de brouillon. On espère une saison 3 se concentrant plus sur ses candidats, et qui ramènera une qualité narrative et une énergie similaires à ses débuts…
UnREAL saison 1 : bande-annonce
UnREAL : Fiche Technique
Créateurs : Marti Noxon, Sarah Gertrude Shapiro
Interprétation : Shiri Appleby (Rachel Goldberg), Constance Zimmer (Quinn King), Creg Bierko (Chet Wilton), Josh Kelly (Jeremy Carver), Jeffrey Bowyer-Chapman (Jay)
Musique : Fil Eisler
Sociétés de production : A+E Studios, Wieden+Kennedy Entertainment, Tiny Pyro, A Bob Sertner Production
Date de sortie : 1er juin 2015
Format : 10 épisodes de 42 minutes
Genre : dramatique
D’abord attirant pour sa photographie sombre, Outcast s’avère vite souffrir d’une action qui fait du sur-place et d’une mentalité bondieusarde très pesante.
Synopsis : A Rome, un petit village de Virginie Occidentale, Kyle Barnes vit reclus depuis de nombreuses années, hanté par le traumatisme de possessions démoniaques dont il a été témoin. Alors que des cas similaires se déclarent à nouveau, il décide de sortir de sa retraite pour aider le révérend Anderson dans ses exercices d’exorcisme. Mais le phénomène va se révéler d’une plus grande ampleur qu’ils ne l’avaient craint.
Seigneur, protégez-nous du mal !
Alors que les amateurs puristes de fantastique redoutent massivement l’adaptation sérielle du film culte de William Friedkin, L’exorciste, l’exploitation de sa thématique aura été quelques semaines plus tôt, au cœur de la nouvelle série de Robert Kirkman. Déjà auteur de la BD The Walking Dead, et très impliqué dans sa variation télévisuelle jusqu’à en concevoir le spin-off Fear The Walking Dead, Kirkman était légitime à faire de Outcast une série, celle-ci étant tirée d’un autre de ses romans graphiques. A l’inverse de The Walking Dead, où l’horreur (les zombies) est un élément acté et à l’échelle mondiale, celle d’Outcast (les démons) est quelque chose d’insidieux restant de l’ordre du mystère et cloisonné à un petit village du midwest.
Son épisode pilote apparait comme franchement prometteur : Celui-ci nous introduit assez bien le personnage au cœur du récit, Kyle Barnes, un anti-héros tourmenté dont on peut espérer que la psychologie et le passé trouble soient explorés au fil de la série, et la scène d’exorcisme venant le conclure est véritablement impressionnante. Formellement, l’image léchée a même de quoi rivaliser avec les meilleurs films d’épouvante de ces dernières années. Il semble alors surtout évident que l’argument fantastique des possessions démoniaques devait servir de représentation des violences domestiques, qu’elles soient infligées à des enfants ou à des adultes.
Malheureusement, il s’avérera dès les épisodes suivants, que le véritable héros de l’histoire n’est pas Kyle, mais le révérend Anderson. Dès lors, le discours se retrouve empêtré dans un prêchi-prêcha de mauvais gout, essayant de nous convaincre que tous les maux que va connaitre le village ne pourront trouver de solution que dans la religion. Le message s’avère d’autant plus réactionnaire dans le fait que les deux seuls personnages naturellement mauvais -dans le sens où ils n’ont pas besoin pour cela d’être infestés par des esprits démoniaques- sont des personnages extérieurs à la communauté. D’une part, Sydney évidemment, celui-ci étant assimilé à pas moins que le diable, et d’autre part, Donnie (qui avait grandi au village mais en tant que pièce rapportée puisqu’il avait été adopté, il semble que ce soit important de le préciser ici), qui va plonger le couple formé par Megan et Mark –les deux seuls personnages ouvertement athées de la série – dans la tourmente. Une sous-intrigue qui ne sera d’ailleurs pas menée jusqu’à sa résolution, laissant penser que leur sort est scellé et qu’ils ne méritent pas d’être sauvés. Le scénario ira toujours se concentrer sur Kyle qui, lui-aussi, émet des doutes sur le fait que tout puisse être résolu par la foi, mais reviendra toujours, par la force des choses, sous le giron du révérend, qui incarne ce pouvoir salutaire et son unique espoir de rédemption.
Au-delà de sa thématique bigote omniprésente, la série est surtout une déception dans le sens où les principales promesses de son pilote n’allaient pas être tenues. D’abord, les scènes d’exorcisme vont se faire rares et perdre en qualité, se basant moins sur le réalisme et l’ambiance glauque que sur des effets spéciaux loin d’être toujours réussis. Ensuite, le scénario ne va pas réussir à tirer pleinement parti des troubles intérieurs de Kyle, dont on ne profite des flash-backs (les scènes les plus horrifiques de cette première saison) que dans les premiers épisodes. Après ça, il deviendra un personnage aussi superficiel que les autres. Ce défaut est d’ailleurs caractéristique du travail de Kirkman en tant scénariste, déjà sensible dans ses précédentes séries. On pourra toujours espérer que, comme dans The Walking Dead, l’intérêt pour les personnages ne viendra que de leur évolution sur le long-terme, mais les interprétations irrégulières de Patrick Fugit et Philip Glenister ne parviennent pas à rendre leurs rôles suffisamment attachants pour nous donner envie de les retrouver.
Alors que certains épisodes manquent cruellement de contenu, créant un rythme très monotone et délaissant au passage certaines pistes de scénario et beaucoup de personnages secondaires qui auraient gagné à être développées, le scénario d’Outcast a pour seule finalité de nous asséner sa tartuferie puritaine et conservatrice. La suite de la série ne pourra rattraper ces torts qu’en assumant pleinement ses enjeux bibliques, mais au vu du peu d’ambition de ces 10 premiers épisodes autant reconnaître que c’est très mal parti.
Outcast : Bande-annonce
Outcast : Fiche technique
Créateur : Robert Kirkman
Réalisation : Adam Wingard, Howard Deutch, Julius Ramsay…
Scénario : Chris Black, Jeff Vlaming, Robert Kirkman…
Interprétation : Patrick Fugit (Kyle Barnes), Philip Glenister (Reverend Anderson), Wrenn Schmidt (Megan Holter), Brent Spiner (Sidney), Reg E. Cathey (Chef Giles)…
Production : Robert Kirkman, Chris Black, David Alpert, Sue Naegle
Sociétés de production : Fox International Productions
Genre : Fantastique
Format : 10 épisodes de 50 minutes
Chaine d’origine : Cinemax
Diffusion française : OCS
Vous reprendrez bien un peu glace et de Chris Hemsworth, non ?
Après avoir mis la déculottée du siècle à l’odieuse Ravenna (Charlize Theron), la belle Kristen Stewart s’en est allé, avec le sentiment du devoir accompli. Mais tapie dans l’ombre se cache une nouvelle menace pour le Chasseur (Chris Hemsworth) : Freya alias la jeune reine des glaces (Emily Blunt) va en effet ressusciter sa défunte sœur et chercher à se venger. Face à une menace aussi intraitable que maléfique, le chasseur aura bien besoin de l’aide de Sara (Jessica Chastain), une redoutable guerrière pour ramener la paix dans le royaume enchanté.
La petite fraicheur de ce mois d’Août.
On aura beau maudire en silence cette politique de l’autruche entrepris par Hollywood vis-à-vis des plus grands contes de notre enfance, il n’empêche que chaque film estampillé comme tel a du succès. Un constat d’autant plus vrai à la vue de ce nouvel opus du spin-off de Blanche Neige, tant le film de Cédric Nicolas Troyen (cocorico un français), en plus d’avoir fait le plein en salle, accuse le coup d’une certaine maitrise. Que ça soit son casting, rempli de têtes d’affiches (Chris Hemsworth, Jessica Chastain, Emily Blunt, Charlize Theron), sa direction artistique mêlant héroic-fantasy et dimension médiévaleà son humour non dissimulé rappelant le modèle Marvel, le film est ainsi une indéniable réussite. On appréciera de fait beaucoup les efforts investis par le réalisateur français pour donner corps à cette histoire surprenante puisque totalement inventée. Cela dit, malgré son caractère fictif, le film n’en oublie pas d’être dynamique et ironiquement frais (le jeu de mot n’était pas volontaire). De quoi le rendre fatalement très séduisant et assez excitant.
Une petite déception du coté des bonus.
Au vu de ce joli succès d’estime, on était donc impatient de voir le processus créatif accompagnant l’oeuvre mais surtout le recul du casting. Patatras, on ne pourra pas vraiment dire que le film s’avère généreux envers son public car en plus des habituels commentaires audios, on ne sera gratifié que d’un maigre bêtisier et d’un making-off assez court. Pas de quoi donc briser la glace.
Recap DVD/Blu-Ray
Caractéristiques techniques du DVD :
Image: 16:9 2.40:1 Letterbox
Audio: Anglais, Français et Italien Dolby Digital 5.1
Bonus du Blu-rayTM :
Commentaire sur le film et les scènes coupées avec le réalisateur Cédric Nicolas- Troyan / Bêtisier / Vue d’hiver : Le making-of du Chasseur et la Reine des glaces (Deux reines et deux guerriers, A la rencontre des nains, De la magie partout, Vêtu pour tuer, L’amour triomphe de tout)
Caractéristiques techniques du Blu-rayTM 3D:
Image : 16:9 2.40:1 Letterbox
Audio: Anglais DTS:X Master Audio, Français et Espagnol DTS-HD High Resolution Audio 7.1, Hindi DTS Digital Surround 5.1
Stefan Zweig, adieu l’Europe est un film biographique qui revient sur les heures sombres de l’existence de l’homme de lettres autrichien.
Synopsis : Alors que la Seconde Guerre Mondiale fait rage en Europe, le célèbre écrivain juif Stefan Zweig est forcé à l’exil. Afin d’échapper à la barbarie nazie, il quitte son Autriche natale et trouve refuge au Brésil, où il s’installe avec sa femme Lotte. Mais cette terre d’accueil ne parvient pas à faire oublier le vieux continent au dramaturge, qui, en proie au mal du pays, préfère mettre fin à ses jours.
Un biopic ennuyeux à la mise en scène austère et statique dont il est difficile de cerner la finalité
L’auteur, persécuté par le régime nazi à cause de sa judaïté, a dû fuir son pays natal comme bon nombre de ses compatriotes, pour s’exiler. Cette tragédie historique et humaine, qui a profondément ébranlé la sphère intellectuelle de l’époque, est au cœur du récit, dont l’intrigue s’étale de 1936 à 1942. Divisé en plusieurs tableaux, le long métrage nous montre différents chapitres de la vie du nouvelliste, tiraillé entre son sentiment d’appartenance à une Europe qu’il ne reconnaît plus, et son envie de liberté dont il ne peut pleinement jouir qu’à l’étranger. Mais à force de longs discours, de plans-séquences qui s’étirent et de passages vains à l’utilité discutable, on s’ennuie la plupart du temps.
Un Zweig sinistre érigé au rang de monument empaillé
La première séquence, plan fixe certes joli mais interminable, nous montre un Zweig plébiscité et honoré par toute l’intelligencia brésilienne réunie dans un luxueux établissement de Rio où se presse tout le gratin. Discours élogieux, courbettes et civilités polies sont au rendez-vous de ce prologue qui donne le ton : le film, ultra documenté, peut assurément se targuer d’être fidèle à la réalité en opérant une reconstitution historique minutieuse, mais ne nous épargne pas une certaine torpeur. D’emblée, le cadre est immobile, les décors sont guindés, et les protagonistes sont enfermés dans des carcans étouffants dont il n’émane aucune vie. A noter que Joseph Hader, l’acteur qui prête ses traits à l’illustre Zweig, donne l’impression d’être figé voire engoncé dans le costume d’un personnage mythifié qui semble tout droit sorti d’un musée : c’est fixe et monotone, rien ne bouge.
La suite ne fait que confirmer ce sentiment. Zweig, invité à une conférence littéraire de la plus haute importance à Buenos Aires, retrouve ses compatriotes et se mêle à l’élite des grands penseurs du moment. Evidemment, le débat sur les dérives du régime hitlérien et les spéculations sur l’évolution de la situation géopolitique en Europe vont bon train, entre les idéologues engagés qui souhaitent faire entendre leur voix, et les écrivains plus frileux et réservés, comme Zweig, qui refusent de s’exprimer publiquement. Là encore, le cadre est beau mais poussiéreux, les couleurs sont ternes, et on se retrouve plongé dans un univers à l’académisme barbant, voire soporifique.
Scènes de la vie quotidienne
Alors que le début du film laisse entrevoir la promesse d’un propos engagé, la déception est au rendez-vous puisque, très vite, le contexte politique et les convictions de Zweig s’effacent derrière une enfilade de séquences plates et banales qui nous montrent le romancier dans son plus pur quotidien. Il visite un champ de cannes à sucre en prenant des notes, fait un tour en voiture, s’inquiète de ne pas avoir de vêtements d’hiver en prévision de son voyage à New-York, se rend chez le maire d’un village reculé qui a organisé une réception en son honneur, paye une petite visite à son ex-femme aux Etats-Unis et en profite pour parler famille autour d’un thé, retrouve un vieil ami dans les rues de Pétropolis, reçoit un chien pour son anniversaire… Tant de moments ordinaires qui n’apportent rien de décisif à l’avancée de l’intrigue et qui ne contribuent guère à la résolution des problématiques qui tiraillent l’essayiste.
Là où on aurait pu s’attendre à découvrir l’homme derrière son œuvre, on assiste en fait à une succession de discussions vides et creuses qui ne nous éclairent en aucun cas sur la personnalité de Zweig. A la place, on doit faire l’effort de s’y retrouver au beau milieu de conversations truffées de name dropping : Zweig parle de ses cousins, de ses amis d’enfance, de compatriotes en exil, de collègues… Tant de gens que l’on ne connaît pas nécessairement et dont l’évocation présente un intérêt très restreint.
Enter the void
Au final, Stefan Zweig, adieu l’Europe passe à côté de son sujet. Plutôt que de figurer la difficulté de l’exil, le sentiment d’étrangeté et le déchirement idéologique auxquels était en proie un Zweig usé et dénué de tout espoir, Maria Schrader transpose un vide. Vide de sens, vide d’enjeux, vide de rythme, son film s’apparente à un documentaire rasoir, à une reconstitution historique qui sent bon le manuel scolaire. Didactique quoique peu enrichissant d’un point de vue culturel, son long-métrage ne nous fait pas non plus entrer dans l’intimité de l’auteur comme on l’aurait voulu. Le parti pris est flou, et le héros nous apparaît assez antipathique voire lâche par son absence de positionnement et son refus systématique de prendre la parole, de s’exprimer, d’agir face au conflit qui ravage son Europe. Ses tourments intérieurs ne se ressentent pas, son désarroi ne nous touche pas : on est désinvesti. Paradoxalement, avec une matière de départ aussi riche et dense, la réalisatrice nous donne à voir un récit presque superficiel.
Pour conclure, il paraît clair que les intentions de Maria Schrader étaient nobles et on ne peut que saluer l’impressionnant travail de recherche qui a été effectué sur ce long-métrage. La réalisatrice ne prend aucune liberté, reconstitue très fidèlement une époque, et va jusqu’à recréer sous nos yeux des instants de vie fugaces que Zweig lui-même n’aurait sans doute pas contestés. Les paysages sont beaux, certains plans sont harmonieux, et le fond s’avère tout de même instructif. Mais rien ne décolle dans ce long métrage austère et statique aux accents moroses : on ne comprend pas où le film veut en venir et on décroche, lassé. Les promesses de départ ne sont pas tenues.
Stefan Zweig, adieu l’Europe : Bande-annonce
Stefan Zweig, adieu l’Europe : Fiche Technique
Titre original : Vor der Morgenröte (Avant l’aurore)
Réalisation : Maria Schrader
Scénario : Maria Schrader et Jam Schomburg
Interprétation : Joseph Hader (Stefan Zweig), Barbara Sukowa (Friderike Zweig), Aenne Schwarz (Lotte Zweig), Matthias Brandt (Ernst Feder), Charly Hübner (Emil Ludwig), André Szymanski (Joseph Brainin), Lenn Kudrjawizki (Samuel Malamud), Vincent Nemeth (Louis Piérard)
Direction artistique : Susanne Abel
Photographie : Wolfgang Thaler
Décors : Silke Fischer
Costumes : Jürgen Doering
Montage : Hansjörg Thaler
Musique : Tobias Wagner, Cornelius Renz
Production : Stefan Arndt, Danny Krausz, Denis Poncet, Uwe Schott, Pierre-Olivier Bardet, Kurt Stocker
Producteurs délégués : Maria Schrader, Ulli Neumann, Claire Lion et Manfred Fritsch
Sociétés de production : X Filme Creative Pool, Idéale Audience, Maha Productions et Dor Film Produktionsgesellschaft GmbH
Sociétés de distribution : ARP Sélection
Langues originales : Allemand, portugais, français
Genre : Biopic, drame, historique
Durée : 106 minutes
Date de sortie : 10 août 2016
Vous reprendrez bien un peu de Magnum et de Blue Steel, non ?
15 ans qu’on n’avait pas revu la frimousse de Derek Zoolander (Ben Stiller), le plus célèbre modèle masculin du métier. Autant dire une éternité pour son ex-ennemi/comparse Hansel (Owen Wilson) qui décide de couper court à la retraite du mannequin pour l’emporter dans un complot aux ramifications mondiales. Toutes les stars de la pop sont en effet retrouvées mortes avec la même moue au visage : celle de l’un des plus gros succès de Derek. Il n’en fallait pas plus pour voir l’inénarrable duo s’acoquiner avec Valentina (Pénélope Cruz), agent de la Fashion Police d’Interpol pour tenter de sauver le monde (et la mode) d’une insaisissable menace.
Une comédie tordante.
Zoolander. Un monument pour quiconque a vécu les années 2000 et l’émoi suscité pas les frasques de Ben Stiller et Owen Wilson, grimés en simili drag-queen face à l’inoubliable Will Ferrell. Culte pour une très rare frange de fans, le film n’en a pas oublié d’être constamment remis au gout du jour par l’entremise de son inénarrable duo. A force de persévérance, la belle équipe se reforme pour le meilleur (et pour le pire). Si l’on louera en effet ce retour déguisé en come-back/revival, c’est surtout parce que, à la grande différence du premier, Zoolander 2 assume parfaitement son degré de connerie. Et à un stade rare, soit dit en passant. Encore plus crétin, plus déjanté et multipliant les caméos (Marc Jacobs, Benedict Cumberbatch, Sting, Justin Bieber), le film nous rappelle non sans nostalgie ce moment ou l’industrie hollywoodienne était encore capable de nous donner des œuvres singulières et, qu’on se le dise, osées. Evidemment, c’est à double tranchant, mais si la perspective de voir Will Ferrel grimé en intraitable couturier balançant avec mépris un café brulant sur l’un de ses assistants vous séduit, nul doute que cette histoire foutraque mêlant rire, haute couture et premier degré assurera le spectacle.
Des bonus taillés sur mesure.
Forcément, vu le délai de 15 ans entre l’épisode 1 et 2, on était -autant pour voir les effets du temps sur le duo que leur motivation de retour sur le red carpet- impatient de découvrir les bonus proposés. Si l’on pourra déplorer de ne pas disposer de commentaires et d’interview de l’équipe à proprement parler, on ne boudera toutefois pas son plaisir devant les modules présents. On retrouvera ainsi un reportage consacré à Drake Sather, scénariste du premier film, aujourd’hui disparu et qui a façonné le personnage déjanté il y a de ça 15 ans. On notera aussi un petit module consacré à la ville de Rome qui accueille une large partie de l’intrigue du film ; et aussi un qui oeuvre à remettre au gout du jour l’héritage du personnage de Derek Zoolander sur l’inconscient collectif. Autant dire un sacré programme.
Recap DVD/Blu-Ray :
Caractéristiques techniques du DVD :
Bonus DVD: L’héritage de Zoolander / Tous les chemins mènent à Rome
Image : 16/9 letterbox – 4/3
Audio : anglais, français Digital Surround 5.1
Sous-titres : anglais (sourds et malentendants), français, néerlandais
Caractéristiques techniques du Blu-rayTM :
Image : 16/9 letterbox 2.39 :1
Audio : Anglais DTS:X et piste audio descriptive
Allemand, espagnol, français, italien, japonais Dolby Digital 5.1 surround
Sous-titres : danois, allemand, anglais, espagnol, français, italien, japonais, néerlandais, norvégien
Bonus du Blu-rayTM: L’héritage de Zoolander / Tous les chemins mènent à Rome / Drake Sather : l’homme qui a créé Zoolander / Lait de jouvence
10 Cloverfield Lane, le huis-clos SF de Dan Trachtenberg, produit par J.J Abrams (Star Wars : Le Réveil de la Force) débarque enfin en Blu-Ray/DVD. Gare à la bête !
Michelle (Mary-Elizabeth Winstead) est une styliste à la vie compliquée. Un soir, alors qu’elle roule sans but dans la campagne américaine, elle est victime d’un grave accident. A son réveil, menottée dans ce qui ressemble à un sous-sol, elle fait la connaissance de Howard (John Goodman) et Emmett (John Gallagher Jr), 2 hommes lui annonçant qu’une grave attaque chimique a eu lieu en surface et qu’ils sont peut-être les derniers survivants. Mais très vite, les non-dits et soupçons s’accumulent et la jeune femme se met à douter. Et si cette prétendue attaque chimique était fausse ?
Un prodige de communication.
Suite ? Prequel ? Reboot ? Ou véritable anthologie ? Bien avisé sera celui capable de dire ce qu’est vraiment ce 10 Cloverfield Lane par rapport au filmde Matt Reeves, sorti en 2006. D’aucuns prétexteront ainsi qu’il s’agit là d’une suite, quand d’autres verront dans ce film mâtiné de profond relent de huis-clos, les premiers émois, comprenez le prequelde la bête ayant dévasté Manhattan dans le film initial. On optera après visionnage pour une approche radicalement éloignée de celles susmentionnées puisque si le film tend vers une certaine forme, c’est bien à celle de l’hommage. Et pas à n’importe qui puisque le spectre d’Alfred Hitchcock rode au-dessus du film de Dan Trachtenberg. Jeune premier issu de la team Bad Robot, le metteur en scène (dont c’est le premier film) étonne par sa relative maitrise de l’espace. Car, il faut bien le dire : s’il conserve la tension attenante de son ainé, le réalisateur omet d’en garder la patine SF (tout du moins jusque dans les dernières minutes) pour préférer le mécanisme bien huilé du huis-clos. Conçu dans la plus pure tradition du genre, la peur del’inconnu et des occupants faisant le reste, le film peut alors dérouler ses références et surtout glacer d’effroi de par son sujet mystérieux en diable et son parterre d’acteurs. D’abord l’étonnante Mary Elizabeth Winstead, le comique John Gallagher Jr, mais surtout l’inquiétant John Goodman, qui, particulièrement en forme ces dernières années, continue de creuser son répertoire pour donner un rôle terrifiant de justesse et de tension. Et tant pis si le titre, un peu mensonger en somme, renvoie à une dimension purement commerciale des studios, car en emballant avec passion et maîtrise le film, le jeune Dan Trachtenberg s’est offert une place très recommandable au sein de la profession : celle de réalisateur à suivre.
Une édition soignée qui dissipe les nombreux mystères.
Forcément, vu l’émoi suscité par le film, on était désireux de s’en dégoter une copie. Ne serait-ce que pour l’incroyable coup marketing orchestré autour de sa sortie (rappelons qu’il a été conçu dans le plus grand secret) que pour sa promotion à contre-courant des normes hollywoodiennes (la première bande-annonce est parue à 2 mois de sa diffusion US), on tenait là un cas d’école qu’il nous tardait de mieux comprendre. Et d’analyser. Heureusement, bien que chapeautée par l’apôtre de la dissimulation qu’est J.J Abrams, le film se paie une batterie de bonus suffisamment étoffés pour mériter coup d’œil. Ainsi, on sera agréablement surpris de voir qu’en plus des traditionnels commentaires audio se sont glissés quelques modules racontant les différentes facettes du film : « Cloverfield » qui relate le lien existant entre le métrage et celui de Matt Reeves ; « Mentalité de Survivant/Aux Abris » qui expliquent le processus mis en oeuvre pour donner du crédit au parti-pris de délocaliser l’intrigue dans un bunker en sous-sol ; et « Fin de l’Histoire » qui explique le lien ténu entre le film de Matt Reeves et la fin du film en question. Bref, pas mal de pistes pour décrypter au mieux ce film qui devrait sans nul doute hériter d’une suite.
10 Cloverfield Lane : Recap DVD/Blu-Ray
Caractéristiques techniques du DVD :
Image : 16/9 1.78 :1 Full Frame
Audio : anglais, français et espagnol Dolby digital AC3 5.1 Surround
Sous-titres : anglais, néerlandais, espagnol, français
Bonus : Commentaires du réalisateur Dan Trachtenberg et du producteur
J.J.Abrams / Documentaires (Cloverfield, Mentalité de survivaliste, Fin de l’histoire)
Avis aux amateurs : le film qui a valu l’Oscar de la Meilleure Actrice à la future Captain Marvel, Brie Larson, est de sortie. Préparez les mouchoirs !
Ma’ (Brie Larson) est une mère qui élève seule son fils Jack. Le bain, les repas, les loisirs, tout est normal pour elle. Sauf peut-être l’endroit ou elle vit. Car la room du titre n’est autre qu’une pièce ou elle vit en captivité et qui au yeux de Jack, né à l’intérieur, représente le monde. Lucide mais surtout amoureuse, la mère va alors se battre pour faire connaitre le monde (le vrai) à son fils. Un combat auquel ce dernier n’est peut-être pas préparé.
Une ode à l’espoir.
Les mots viennent à manquer dès lors qu’il est question d’aborder le cas de Room. Véritable ascenseur émotionnel (on passe de la joie à la tristesse, de l’espoir au désespoir, ou encore de la chaleur à la froideur), le film de Lenny Abrahamson émeut autant qu’il donne à sourire. Il faut dire qu’en plus de pouvoir compter sur un réalisateur parfaitement à l’aise pour distiller des émotions et des états à travers sa caméra (jamais l’enfermement n’aura si bien été retranscrit), le long-métrage ne tombe jamais dans le pathos et sait, fait rare, conserver un petit espoir. Il suffit de voir le soleil se poser sur une fenêtre, le regard émerveillé de Jack fêtant son 5ème anniversaire ou le sourire à peine voilé de Ma pour comprendre que la vraie force du film réside ainsi dans ce sentiment. L’espoir de vivre. L’espoir de survivre. Et autant dire qu’en confiant aux méconnus Brie Larson et Jacob Tremblay les rôles de ces deux âmes en perditions, le réalisateur a réalisé le home-fun du siècle. Larson, tout en simplicité, saisit par la justesse de son jeu et la peur lancinante qui habite son personnage, quand Tremblay, lui, fascine par sa palette de jeu que ne renierait pas ses homologues plus âgés.
Une palette de bonus exiguës
Évidemment, quand on sait la proximité qu’entretient l’histoire avec d’obscurs faits divers similaires survenus en Autriche, on voulait en savoir plus. Quelles ont été ainsi les inspirations du projet ? Qu’est-ce qui a motivé le casting à prendre part à l’aventure ? Manque de pot, on ne pourra compter, en plus des habituels commentaires audios, à quelques modules consacrés essentiellement à la pièce du titre. 3 mètres sur 3 recréera ainsi l’enfermement en expliquant les conditions de tournage dans la pièce qu’on imagine déjà bien exiguë, quand le making-off nous plongera dans les coulisses du film et de son tournage. Bref, rien de bien neuf au soleil mais on aurait apprécié cela dit voir les inspirations du réalisateur qui a accouché d’une oeuvre pour le moins périlleuse.
Room : Recap DVD/Blu-Ray
Caractéristiques techniques du DVD :
Bonus DVD: Making of de Room / Recréer Room
Caractéristiques techniques du Blu-rayTM :
Bonus du Blu-rayTM:
Making of de Room / 3 mètres sur 3 / Recréer Room / Commentaire audio
Image : 16/9 2.40 :1 Letterbox
Audio : anglais, français, espagnol, allemand, italien Dolby Digital 5.1
Le concept de Gotham avait tout de quoi intriguer. Une sorte de préquelle à Batman, l’histoire située avant l’apparition du justicier masqué, un Bruce Wayne enfant, un Gordon encore jeune et idéaliste, et les super-vilains à leurs commencements, certains même avant le début de leur parcours criminel.
Synopsis : Le jeune Bruce Wayne voit ses parents mourir devant ses yeux. Traumatisé, il s’est lancé dans une quête insatiable pour retrouver les meurtriers, oubliant son jeune âge et au mépris souvent du danger. James Gordon, nouvelle recrue idéaliste et intègre, a juré de l’aider, et découvre que la corruption dans Gotham remonte au plus haut niveau. Pendant ce temps, un malfrat manipulateur surnommé Pingouin prépare ses coups, la jeune délinquante Cat se rapproche de Bruce, la petite Ivy se remet de la mort de son père, Ed Nygma se plait à travailler sur les crimes sordides toujours une devinette en tête…
Une série à la fois source de promesses et d’inquiétudes
Un Batman sans Batman. Il y avait certes matière à développer, mais était-ce pour autant suffisant à en faire une série ? Sachant que le héros principal de cet univers n’est qu’un enfant, aux intrigues forcément limités, et qui allait être relégué au statut de personnage secondaire; et qu’à part montrer la genèse des personnages emblématiques, il n’y avait pas réellement possibilité de montrer l’évolution d’un moment antérieur jusqu’à la situation initiale de l’histoire telle qu’on l’a connue comme le peuvent certains préquelles d’univers riches (Star wars, Le Seigneur des Anneaux). La série allait donc devoir déployer d’autres histoires et développer son propre univers.
Le créateur s’avère être en plus Bruno Heller, créateur d’une série excellente comme Rome ou plus populaire comme The Mentalist, deux séries de genre et de valeurs bien différentes. Quelle allait donc être la qualité de Gotham, allait-elle réussir son pari de raconter des histoires captivantes, ou n’aurait-elle d’intéressante que le concept?
Premier constat, l’univers visuel est plutôt réussi. Une ville sale, polluée et sombre, où la fumée des usines et des aérations enferment la ville dans un brouillard quasi permanent. Une espèce de New York des années 70-80, telle qu’on a pu la connaître dans Taxi Driver, avec la technologie moderne. Le banditisme, la violence, la corruption font partie inhérente de l’identité de cette cité décadente, où les crimes les plus fous sont commis et où les criminels les plus instables et machiavéliques œuvrent impunément. Une folie qui semble chaque jour plus forte, repoussant les limites de l’inimaginable, comme si la ville avait atteint un point de non-retour qui allait l’enfoncer toujours plus profondément dans les ténèbres de l’âme humaine.
Certains personnages parviennent à produire une forte impression, par leur caractère marqué et le jeu des acteurs. Ainsi Fish Money, femme fatale et redoutable ; Harvey Bullock (interprété par Donal Logue, également le roi Horik dans Vikings) le partenaire cynique et désabusé de Jim ; Alfred, qui joue plus le rôle de mentor et de garde de corps (et il sait bien se battre le bougre) que de majordome, un rôle intéressant et assez osé ; mais c’est surtout le Pingouin (le diabolique Oswald Cobblepot) qui attire toute l’attention. Cet homme aux manières étranges, un larbin dévoué et inoffensif en apparence tant il se dissimule par de bonnes manières, mais qui cache en réalité un tueur de sang-froid aussi impitoyable que rusé, capable soudainement d’enlever le masque affable pour révéler celui d’une bête tueuse et impitoyable, et remettre ensuite l’ancien masque avec un naturel effrayant. L’étendue de toute sa manipulation ne sera d’ailleurs appréhendée que plus tard dans la saison, le rendant plus retors que jamais, créant des conflits entre les gangs pour que les plus grands s’entretuent entre eux, et attendant le moment propice pour jouer le coup final.
Naturellement, la série allait créer sa propre mythologie. Certains ont crié au scandale à propos du passé de tel ou tel personnage qui ne respectait pas l’univers, mais il serait bon de rappeler que la mythologie de Batman a, dans les comics, changé plusieurs fois, et c’est encore plus vrai pour les films.
Beaucoup de personnages sont ainsi présentés dès le début, certains ayant plus ou moins d’importance. Il y a eu plusieurs critiques sur la façon dont ces personnages étaient introduits, d’aucun reprochant leur apparition peu subtile. Si peu subtil que plusieurs ont cru que le comique timide aperçu au premier épisode était le Joker… A ce titre les scénaristes ont par la suite plusieurs fois joué avec ce que le spectateur croyait savoir sur l’identité de tel ou tel personnage.
Réussite en demi-teinte
Réussite alors ? A l’issue de la première saison, la réponse est mitigée.Gotham subit les inconvénients du format long, à savoir une vingtaine d’épisodes, là où 13 auraient été sûrement préférables. La série étire les intrigues et les meuble à coups d’histoires épisodiques et de sous-intrigues d’intérêts inégaux. Elle évite le méchant de la semaine, mais y a recours à plusieurs reprises, lorgnant un peu trop vers une série policière classique, même si certains éléments rappellent que c’est loin d’être le cas (l’homme bouc ou le tueur aux ballons, on voit mal le NCIS être sur ce genre d’affaires…). C’est dommage car l’histoire globale est intéressante. Les complots de Fish pour voler le pouvoir à Falcone, les manipulations du Pingouin, l’opposition entre Gordon et son partenaire assurent un suivi qui incite à regarder l’épisode suivant. Malgré certains épisodes qui amènent leur lot de révélations et de bouleversements, la série retombe par la suite dans ses travers et retrouve un schéma classique, comme la mortelle cheffe de gang qui continue de sévir et de montrer encore et encore à quel point elle est dangereuse, aboutissant à une intrigue conçue juste pour elle et séparée des autres, procédure que l’on retrouvera également dans la saison 2 avec le Pingouin.
Les personnages restent fidèles à eux-mêmes sans réelle évolution, et les manœuvres de Fish et du Pingouin, comme les sarcasmes de Bullock face à un Gordon éternellement droit, finissent par lasser. Pour d’autres personnages les scénaristes semblent ne pas trop savoir quoi faire d’eux, le pire revenant à la compagne de Gordon après leur séparation, adoptant une attitude difficilement compréhensible, même s’il faut bien avouer qu’elle connaît par la suite une évolution très particulière et intéressante. L’intrigue globale semble difficile à cerner, tant elle semble constituée de sous-histoires maladroitement mises bout à bout, bien que certains éléments semblent prouver que les scénaristes savent un peu où ils vont (la corruption de Wayne Entreprise, qui revient en fin de saison et sera un élément central par la suite).
Il était à espérer pour l’avenir de la série que ces derniers décident de gommer ces travers et de proposer des histoires plus captivantes et mieux construites. La fin de la saison semblait assez prometteuse dans ce sens, avec un inspecteur devenant une icône d’intégrité pour la police, un jeune Bruce Wayne se rapprochant dangereusement des malversations de l’entreprise de son père, certains futurs vilains qui passent à l’acte et les longs conflits de pouvoir résolus en un bain de sang plutôt osé.
Une deuxième saison qui remonte le niveau
Les créateurs semblent avoir entendu les critiques, puisque la saison 2 constitue une agréable surprise. La continuité y est définitivement plus marquée. Chaque épisode fait avancer l’intrigue, aucun stand-alone, et ce sans –ou très peu– d’histoires secondaires, réussissant l’exercice, pourtant pas évident sur autant d’épisodes, de maintenir le rythme et l’intérêt constant. L’équipe de criminels regroupés au début ? Elle ne dure guère. Les machinations de Galavan ? Rapidement découvertes. Mister Freeze ? Arrêté rapidement avant qu’il ait un autre rôle plusieurs épisodes plus tard.
Plus du tout d’ennui donc, au prix toutefois de certaines incohérences dans les décisions des personnages, la logique des événements ou l’étrange organisation de la ville, comme par exemple les criminels qui parviennent à plusieurs reprises à triompher d’une police décidément bien impuissante. Mais c’est Gotham, une ville particulière hors du temps comme si elle possédait des lois qui lui sont propres. Des moines fanatiques qui attaquent à l’arme blanche, un ancien mort habillé en chevalier animé d’une force surhumaine qui se fait exploser à coup de lance-roquette finissent par devenir la routine… C’est aussi l’occasion de satisfaire un bon plaisir coupable, entre fusillades et combats au corps à corps.
Malgré tout certains choix laissent dubitatif : introduire une nouvelle équipe d’élite qui se font tuer un par un, ou la belle-famille du Pingouin dont on cherche toujours l’intérêt.
Du côté des personnages principaux, James Gordon montre une face plus sombre, inquiétante même, allant jusqu’à franchir la ligne rouge. Bruce Wayne, malgré son jeune âge, prend une part plus active, sur le point lui aussi de céder à la vengeance au détriment de la loi. Ses enquêtes, ses aventures avec Selina Kyle, ses confrontations avec la mort et des meurtriers l’ont rendu plus mature et moins naïf. Au point que Alfred, comprenant qu’il ne peut rien faire pour l’arrêter, accepte bon gré mal gré de l’assister et de lui apprendre les compétences pour survivre.
Les méchants ne sont pas en reste, le Pingouin verra sa place de « king of Gotham » compromise alors que de nouveaux joueurs arrivent en ville, et le futur Enigma assume enfin sa part maléfique.
Comme de nombreuses autres séries le font déjà, cette saison est divisée entre deux intrigues distinctes (avant et après la pause hivernale).
La première voit une sombre machination opérer dans la ville du crime, semant d’avantage le chaos.
Tandis que la seconde voit les horribles expériences d’un psychiatre machiavélique faire entrer Gotham dans une nouvelle ère de folie. Cette partie introduit entre autres le célèbre Mr Freeze, et les connaisseurs de l’homme chauve-souris sauront reconnaître également la naissance du chapelier fou. Des malversations qui n’épargneront personne, les personnages, héros ou vilains, se croisant et s’associant temporairement.
La série s’éloigne donc de l’aspect réaliste de la trilogie Dark Knight, pour permettre d’introduire des ennemis plus fantaisistes, et surtout de traiter d’affaires relevant plus de la science-fiction comme la réanimation des morts, et ce n’est pas pour déplaire.
La saison 2 a débarrassé la série des défauts de sa première saison pour réellement montrer tout le potentiel du concept, et lancer Gotham comme une série à part entière digne d’intérêt. Pour autant la question de son avenir à long terme se pose toujours, et il n’est pas garanti que la série parvienne au même résultat dans les saisons à venir. Il y a toutefois des éléments rassurants, l’univers compte un grand nombre de méchants à introduire et diverses intrigues peuvent être adaptées. Les créateurs ont-ils un plan ? Ont-ils décidés quand s’arrêter avant de laisser la place à l’icône masqué ? Quel sera l’état de la ville quand il va débarquer ? Nous verrons.
Gotham : Bande-annonce de la saison 1
Gotham, saisons 1 & 2 : Fiche technique
Créateur : Bruno Heller
Réalisateurs : Eagle Egilsson, Rob Bailey, Danny Cannon…
Scénaristes : Bruno Heller, Danny Cannon, John Stephens, Ken Woodruff, Jordan Harper, Robert Hull…
Interprétation : Ben McKenzie, Donal Logue, David Mazouz, Sean Pertwee, Robin Lord Taylor, Camren Bicondova, Cory Michael Smith, Morena Baccarin…
Musique : Graeme Revell, David E. Russo
Producteurs : Bruno Heller, Danny Cannon
Chaîne de diffusion : Fox
Genre : Science-fiction, Policier
Format : Deux fois 22 épisodes de 42 minutes