Outcast, une série de Robert Kirkman : Critique de la saison 1

D’abord attirant pour sa photographie sombre, Outcast s’avère vite souffrir d’une action qui fait du sur-place et d’une mentalité bondieusarde très pesante.

Synopsis : A Rome, un petit village de Virginie Occidentale, Kyle Barnes vit reclus depuis de nombreuses années, hanté par le traumatisme de possessions démoniaques dont il a été témoin. Alors que des cas similaires se déclarent à nouveau, il décide de sortir de sa retraite pour aider le révérend Anderson dans ses exercices d’exorcisme. Mais le phénomène va se révéler d’une plus grande ampleur qu’ils ne l’avaient craint.

Seigneur, protégez-nous du mal !

Alors que les amateurs puristes de fantastique redoutent massivement l’adaptation sérielle du film culte de William Friedkin, L’exorciste, l’exploitation de sa thématique aura été quelques semaines plus tôt, au cœur de la nouvelle série de Robert Kirkman. Déjà auteur de la BD The Walking Dead, et très impliqué dans sa variation télévisuelle jusqu’à en concevoir le spin-off Fear The Walking Dead, Kirkman était légitime à faire de Outcast une série, celle-ci étant tirée d’un autre de ses romans graphiques. A l’inverse de The Walking Dead, où l’horreur (les zombies) est un élément acté et à l’échelle mondiale, celle d’Outcast (les démons) est quelque chose d’insidieux restant de l’ordre du mystère et cloisonné à un petit village du midwest.

Son épisode pilote apparait comme franchement prometteur : Celui-ci nous introduit assez bien le personnage au cœur du récit, Kyle Barnes, un anti-héros tourmenté dont on peut espérer que la psychologie et le passé trouble soient explorés au fil de la série, et la scène d’exorcisme venant le conclure est véritablement impressionnante. Formellement, l’image léchée a même de quoi rivaliser avec les meilleurs films d’épouvante de ces dernières années. Il semble alors surtout évident que l’argument fantastique des possessions démoniaques devait servir de représentation des violences domestiques, qu’elles soient infligées à des enfants ou à des adultes.

Malheureusement, il s’avérera dès les épisodes suivants, que le véritable héros de l’histoire n’est pas Kyle, mais le révérend Anderson. Dès lors, le discours se retrouve empêtré dans un prêchi-prêcha de mauvais gout, essayant de nous convaincre que tous les maux que va connaitre le village ne pourront trouver de solution que dans la religion. Le message s’avère d’autant plus réactionnaire dans le fait que les deux seuls personnages naturellement mauvais -dans le sens où ils n’ont pas besoin pour cela d’être infestés par des esprits démoniaques- sont des personnages extérieurs à la communauté. D’une part, Sydney évidemment, celui-ci étant assimilé à pas moins que le diable, et d’autre part, Donnie (qui avait grandi au village mais en tant que pièce rapportée puisqu’il avait été adopté, il semble que ce soit important de le préciser ici), qui va plonger le couple formé par Megan et Mark –les deux seuls personnages ouvertement athées de la série – dans la tourmente. Une sous-intrigue qui ne sera d’ailleurs pas menée jusqu’à sa résolution, laissant penser que leur sort est scellé et qu’ils ne méritent pas d’être sauvés. Le scénario ira toujours se concentrer sur Kyle qui, lui-aussi, émet des doutes sur le fait que tout puisse être résolu par la foi, mais reviendra toujours, par la force des choses, sous le giron du révérend, qui incarne ce pouvoir salutaire et son unique espoir de rédemption.

Au-delà de sa thématique bigote omniprésente, la série est surtout une déception dans le sens où les principales promesses de son pilote n’allaient pas être tenues. D’abord, les scènes d’exorcisme vont se faire rares et perdre en qualité, se basant moins sur le réalisme et l’ambiance glauque que sur des effets spéciaux loin d’être toujours réussis. Ensuite, le scénario ne va pas réussir à tirer pleinement parti des troubles intérieurs de Kyle, dont on ne profite des flash-backs (les scènes les plus horrifiques de cette première saison) que dans les premiers épisodes. Après ça, il deviendra un personnage aussi superficiel que les autres. Ce défaut est d’ailleurs caractéristique du travail de Kirkman en tant scénariste, déjà sensible dans ses précédentes séries. On pourra toujours espérer que, comme dans The Walking Dead, l’intérêt pour les personnages ne viendra que de leur évolution sur le long-terme, mais les interprétations irrégulières de Patrick Fugit et Philip Glenister ne parviennent pas à rendre leurs rôles suffisamment attachants pour nous donner envie de les retrouver.

Alors que certains épisodes manquent cruellement de contenu, créant un rythme très monotone et délaissant au passage certaines pistes de scénario et beaucoup de personnages secondaires qui auraient gagné à être développées, le scénario d’Outcast a pour seule finalité de nous asséner sa tartuferie puritaine et conservatrice. La suite de la série ne pourra rattraper ces torts qu’en assumant pleinement ses enjeux bibliques, mais au vu du peu d’ambition de ces 10 premiers épisodes autant reconnaître que c’est très mal parti.

Outcast : Bande-annonce

Outcast : Fiche technique

Créateur : Robert Kirkman
Réalisation : Adam Wingard, Howard Deutch, Julius Ramsay…
Scénario : Chris Black, Jeff Vlaming, Robert Kirkman…
Interprétation : Patrick Fugit (Kyle Barnes), Philip Glenister (Reverend Anderson), Wrenn Schmidt (Megan Holter), Brent Spiner (Sidney), Reg E. Cathey (Chef Giles)…
Production : Robert Kirkman, Chris Black, David Alpert, Sue Naegle
Sociétés de production : Fox International Productions
Genre : Fantastique
Format : 10 épisodes de 50 minutes
Chaine d’origine : Cinemax
Diffusion française : OCS

Etats-Unis – 2016

Festival

Deauville 2026 : The Man I Love, la fureur de vivre

Dans "The Man I Love", Ira Sachs met en scène Rami Malek dans le rôle d'un acteur confronté à la mort. Entre répétitions, danses, chants et désirs sexuels, il compose une ode à la vie exaltant le plaisir de chaque instant. Un drame queer qui manque malheureusement de consistance et d'émotion pour pleinement s'affirmer.

Deauville 2026 : Mouse, la souricière du chagrin

Présenté en compétition au Festival de Deauville après avoir reçu un très bon accueil à la Berlinale, "Mouse" déploie un récit de deuil adolescent sensible et délicat porté par un somptueux duo d’actrices. En filmant l’intime avec autant de tendresse que de naturalisme, Kelly O’Sullivan et Alex Thompson s’imposent comme des cinéastes incontournables du cinéma indépendant américain.

Deauville 2026 : I’ll Be Gone in June, le crépuscule d’un monde

Comment les Européens perçoivent-ils l'Amérique ? Et comment ce pays, ancienne terre d'immigration, accueille-t-il les étrangers dans un contexte troublé ? Ce sont les questions que posent, en creux, le premier long-métrage de Katharina Rivilis. Avec "I'll Be Gone in June", la cinéaste allemande signe un récit d'apprentissage à la fois âpre et lumineux, tourné dans le désert du Nouveau-Mexique, sur fond de traumatisme post-11 septembre. Une œuvre très personnelle qui touche par sa sensibilité.

L’Étrange Festival 2026 : Blaise, quand la politesse tourne à l’émeute

"Blaise" suit une famille obsédée par son image, prête à tout pour ne déplaire à personne, jusqu'à s'embourber dans une spirale de quiproquos de plus en plus absurdes. Porté par une animation en photomontage numérique inédite, le film transforme la politesse ordinaire en mécanique comique redoutable.

Newsletter

À ne pas manquer

Salvation, un petit cru d’Emin Alper

En Turquie, la tension monte entre deux villages. Paranoïa et manipulations religieuses attisent la violence. Adoptant les codes des films de genre, Emin Alper ne parvient guère à convaincre, malgré une photographie de qualité, une interprétation impeccable et un final malin.

L’Âme des guerriers (1994), de Lee Tamahori : une tentative de réaffirmation identitaire

Œuvre sur le déclin culturel des Maoris, ce premier long-métrage de Lee Tamahori propose un portrait sans concession de la misère et de la violence dans lesquelles patauge une communauté déracinée. Aux côtés de La Leçon de piano de Jane Campion, sorti un an plus tôt, cette tragédie grecque doublée d’une œuvre choc a permis de mettre la Nouvelle-Zélande sur la carte du cinéma mondial.

La frappe : Sans les mots

La frappe explore avec une caméra au plus près des visages les cicatrices laissées par un père abuseur. Julien Gaspar-Oliveri signe une œuvre tendue et rugueuse, entre drame intime et chronique familiale. Un film qui déroute par son refus de trancher mais finit par séduire lorsqu'il renoue avec une narration plus ferme. Une proposition fragile, parfois monotone, mais qui s'essaye à une certaine forme.

Utu Redux : quand la vengeance devient un incendie sans fin

Le western maori de Geoff Murphy plonge dans la guerre de Te Kooti, tourné à cru dans le bush néo-zélandais. Entre villages incendiés, humour noir et camps jamais figés, le film capture un engrenage de vengeance coloniale où personne ne reste épargné, jusqu'à une scène finale qui vide le mot "utu" de son sens.

Smash Palace : au pays de la casse

Dans une casse automobile perdue en Nouvelle-Zélande, un ex-pilote confond amour et possession jusqu'à traiter sa fille comme un trophée. Son couple se déchire, son garage déborde de carcasses, et le paysage tout entier se referme sur lui comme un piège dont personne ne ressort.
Julien Dugois
Julien Dugoishttps://www.lemagducine.fr/
Sans jamais avoir voulu me prétendre du statut pompeux de cinéphile, je suis un dévoreur acharné de films, de tous genres, de tous horizons. J’admets vouer un culte aux œuvres de Kubrick, Chaplin, les frères Coen, Kurosawa et Jarmusch, pour ne citer qu’eux. De cette passion, devenue addiction, est née mon envie de passer un diplôme en audiovisuel pour poser un regard plus professionnel sur ce que je vois, mais aussi de rédiger des critiques. A l’origine, je n’écrivais que pour moi, me faisant des fiches pour combler ma mémoire défaillante, mais j’essaie aujourd’hui d’étoffer mes écrits pour être lu de ceux avec qui j’aimerai partager mon avis et débattre intelligemment.

Off Campus : les hockeyeurs mis à nu

Après le succès de "L'été où je suis devenue jolie", Prime Video offre avec "Off Campus" une nouvelle romance destinée aux jeunes adultes. La série relate les histoires d'amour de quatre amis hockeyeurs, partageant leur temps entre les études, les matchs et les conquêtes féminines. Malgré son déroulé très convenu, "Off Campus" compose une romance agréable à condition de l'accepter pour ce qu'elle reste : une série ado qui mise sur le sex-appeal de ses acteurs pour attirer ouvertement le public féminin. Oubliable, mais pas déplaisant.

Spider-Noir : dans les toiles de la Grande Dépression

Après des années de flops et de faux espoirs, Sony surprend tout le monde avec "Spider-Noir", disponible sur Prime Video. Nicolas Cage incarne un Spider-Man vieillissant et désabusé dans le New York de la Grande Dépression. Un polar élégant, une esthétique soignée, et une belle réussite qu'on n'attendait plus vraiment.

Harry Hole : Le Prince d’Oslo

Oslo, caniculaire et putride, sert d’écrin à la nouvelle série événement de Netflix : Harry Hole (L'Etoile du Diable). Cette plongée vertigineuse dans l’univers du maître du nordic noir Jo Nesbø tient toutes ses promesses. Scénarisée par l’auteur lui-même, la série emprunte à son œuvre son tempo punk rock, son écriture torturée, sa mise en scène à l'esthétique graphique et ses personnages hantés.