Eye In The Sky, un film de Gavin Hood: Critique

Déjà réalisateur du remarqué Mon Nom Est Tsotsi, mais aussi d’X-Men Wolverine et de La Stratégie Ender, Gavin Hood revient en e-cinéma avec Eye In The Sky, avant-dernier film tourné mais dernier à sortir avec Alan Rickman, le très regretté acteur britannique décédé en janvier 2016.

Synopsis: Le colonel Katherine Powell, officier du service d’espionnage, est placé aux commandes d’une opération top-secrète impliquant plusieurs nations. Un groupe de terroristes réfugié à Nairobi doit être capturé ; les services secrets découvrent que le groupe prépare une attaque suicide. Le risque est imminent, il faut agir très vite pour stopper les terroristes coûte que coûte. Dans une base du Nevada, Steve Watts, pilote de drones, est prêt à intervenir pour éliminer la menace. Une petite fille entre dans la zone de tir…

Le moins que l’on puisse dire c’est qu’on sort dubitatif de ce film, mélange d’efficacité cinématographique et d’idéologie nauséabonde, Alan Rickman méritait mieux pour tirer sa révérence. Inspiré à la fois de 24h Chrono et Homeland, Eye In The Sky privilégie l’efficacité et la tension au service d’une idéologie qui ne serait pas si nauséabonde, si elle ne s’était pas paré de vertus humanistes de la manière la plus honteuse. Mais, il faut le reconnaitre, sur le strict plan cinématographique, le film fait le job, la tension est palpable, surtout quand il s’agit d’envoyer un agent dans une zone tenue par les terroristes, agent qui doit piloter un mini drone espion tout en faisant semblant de vendre des seaux.

Deux choses frappent indiscutablement, pour peu qu’on utilise ses neurones devant l’écran. Dans la droite ligne des médias internationaux, le film ne remet jamais en cause le bien-fondé des exécutions sommaires par l’intermédiaire de drones pilotés à des milliers de kilomètres. Aucune notion de cette justice tant vantée par les démocraties: on soupçonne on frappe, bien souvent par des incursions illégales sur le territoire de pays souverains, c’est le cas ici. Le plus incroyablement pathétique reste les émotions, que prétendent ressentir ces ministres et militaires confortablement installés dans leurs bureaux, lorsqu’ils découvrent qu’une fillette risque d’être frappée par le missile qu’ils lâcheront sur la cache de terroristes présumés. On a beaucoup de mal à y croire, tant voir pleurer cette galerie de guignols habitués à prendre des décisions autrement plus lourdes de conséquences, n’est pas crédible un instant. Il ne reste plus alors qu’à déposer son cerveau et profiter d’une action bien menée.

Mais quel gâchis tout de même de voir tout ce talent utilisé pour un tel bidule, et on ne parle pas que d’Alan Rickman qui, jusqu’au bout, aura conservé ce charisme incroyable et surtout ce faciès, qui le démarquent de toute une génération d’acteurs. Non, Helen Mirren aussi en femme-maitresse semble gaspiller son temps et son énergie, sans parler d’Aaron Paul qui joue les pleureuses, incapable qu’il est d’appuyer sur un petit bouton pour faire son job. Bref, tout est gaspillage ici.

Qu’il aurait été bon que la vie d’Alan Rickman s’achève sur un petit chef-d’œuvre, qu’on garde une belle dernière image cinématographique, un précieux souvenir. Au lieu de ça, il finit sur un rôle puant d’occidental sûr de son fait et de sa supériorité, dans un film colonialo-moralisateur bas de plafond et dans lequel, même si l’on tente de se rabattre sur la seule action, il est bien difficile de mettre sa conscience en sommeil, pour peu qu’on en possède une mais ça, c’est une autre histoire…

Eye In The Sky : Bande Annonce

Eye In The Sky : Fiche Technique

Réalisation : Gavin Hood
Scénario : Guy Hibbert
Direction artistique : Johnny
Interprétation: Alan Rickman, Helen Mirren, Aaron Paul, Barkhad Abdi Breedt
Photographie : Haris Zambarloukos
Son : William R. Dean
Décors : Patrick O’Connor
Costumes : Ruy Filipe
Montage : Megan Gill
Musique : Paul Hepker et Mark Kilian
Production : Ged Doherty, Colin Firth et David Lancaster
Sociétés de production : Entertainment One, Moonlighting Films et Raindog Films
Sociétés de distribution : UGC Distribution
Langue originale : Anglais
Format : couleur – 2,35:1 – son Dolby numérique
Genre : thriller, guerre
Durée : 102′
Date de sortie : 9 septembre 2016 en e-cinema

Royaume-Uni – 2016

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Thierry Jacquet
Thierry Jacquethttps://www.lemagducine.fr/
Bressan d'origine, littéraire raté de formation, amateur de bonne chère et de bons vins, sans oublier le corps des femmes (de la mienne en fait). Le cinéma meuble mes moments perdus, et ils sont nombreux. Pas sectaire pour deux sous je mange à tous les râteliers, passant du cinéma d'auteur au blockbuster sans sourciller. En somme un homme heureux de voir et écrire sur le cinéma.

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