Accueil Blog Page 652

Le fils de Jean, un film de Philippe Lioret : Critique

0

C’est avant tout grâce aux prestations tout en retenue de ses acteurs, ainsi qu’au recul de sa mise en scène qui ne s’étend pas sur leurs jeux de regard, que ce drame intimiste parvient à éviter les écarts mielleux vers lesquels aurait pu l’entraîner son propre pitch.

Synopsis : Mathieu, un père divorcé de 33 ans, n’a jamais connu son père. En jour, un appel passé depuis le Québec par un certain Pierre, se présentant comme son meilleur ami de celui-ci, lui apprend sa mort. Mathieu  décide alors de traverser l’Atlantique pour assister aux funérailles de cet inconnu et surtout rencontrer ses deux demi-frères dont il vient d’apprendre l’existence, mais Pierre l’exhorte à ne pas révéler les liens qui les unissent. Il va alors lui falloir s’acclimater à cette nouvelle famille pour mieux en découvrir les secrets.

Voyage pour raisons familiales

Après des débuts oubliables dans le domaine de la comédie populaire, Philippe Lioret a changé radicalmeent de crédo au début des années 2000 pour se spécialiser, d’abord dans le mélodrame familial, puis dans un sous-genre plus consensuel encore, celui du film social lacrymal (Welcome et Toutes nos envies). Le réalisateur est à présent revenu vers là où il a su le mieux nous prouver son talent car, à l’instar de son œuvre la plus populaire à ce jour, Je vais bien, ne t’en fais pas (2006) qui explorait la relation entre une sœur et un frère à travers l’absence de ce dernier, son nouveau film se penche cette fois sur les rapports père-fils… en l’absence du père. Une démarche que l’on pourrait taxer d’opportuniste, mais dès lors que l’on accorde du crédit à ses déclarations, – comme quoi il travaillait le scénario du Fils de Jean depuis 15 ans (depuis la lecture de « Si ce livre pouvait me rapprocher de toi » de Jean-Paul Dubois dont le réalisateur s’est « indirectement inspiré ») – on peut alors aisément en conclure que son aboutissement est la somme de toutes ses obsessions, en l’occurrence la peur des dislocations familiales et du traumatisme émotionnel que cela peut engendrer.

Cette direction thématique est exactement celle que prend le récit de cet homme, s’obligeant à aller au-devant d’un père inconnu, quand bien même celui-ci serait mort, et chez qui le fait d’apprendre l’existence de deux demi-frères réveille en lui un irrépressible regain de curiosité pour en savoir sur ce géniteur démissionnaire. S’il est une idée qui écarte le scénario du schéma convenu du psychodrame cul-cul-la-praline redouté, c’est celle d’avoir fait de Mathieu un auteur de polars, et de la femme de Pierre une amatrice de tels romans. Une caractérisation qui peut sembler anodine, mais qui annonce en fait une construction du récit faite à la manière d’une enquête policière, débutant par la mort d’un homme suivie d’une infiltration sous une identité secrète. Une investigation dans un cadre intime qui touche à des thématiques pour le moins universelles : Le besoin d’appartenir à un cocon familial et la culpabilité de l’abandon.

Le scénario repose donc essentiellement sur les relations entre ses personnages, sur lesquels va peser le poids des non-dits et des mensonges par omission. Et heureusement pour lui, le film dispose, pour donner corps à cette charge affective, d’excellents acteurs. Le premier d’entre eux est évidemment Pierre Deladonchamps dans le rôle-titre. De ce jeune acteur alsacien découvert dans L’inconnu du Lac, Lioret a su exploité la fragilité de son physique de grand enfant (dissimulé derrière une barbe mal rasée). Face à lui, Gabriel Arcand est magistral dans la façon dont son interprétation tour à tour bougonne et chaleureuse dissimule un malaise bouleversant. La question que l’on peut d’ailleurs se poser est de savoir si ce n’est pas uniquement pour donner le rôle à cet acteur méconnu en France mais populaire au Québec que le tournage est allé s’expatrier là-bas. L’intercontinentalité n’apporte en effet strictement rien à la dramaturgie, sinon de splendides décors. Un voyage imposé par la coproduction? Quoiqu’il en soit, le film y a trouvé d’autres acteurs secondaires tout aussi brillant, et tout particulièrement Catherine de Léan et Marie-Thérèse Fortin dont la sincérité à fleur de peau prend à contre-pied la tension sous-jacente entre les deux personnages masculins.

Quant à la construction du récit proche de celle du thriller, elle sera encore appuyée par un twist final (prévisible diront certains) qui viendra bouleverser tout ce qui l’a précédé, mais aussi les spectateurs. Les blessures internes des personnages prendront alors une ampleur émotionnellement irrésistible dans ces dernières minutes qui offrent de plus une nouvelle lecture au film. Un processus efficace, même si il arrive un peu tard mais parfaitement installé. Impossible de reprocher à Lioret de ne pas avoir su doter sa narration d’un rythme soutenu, chaque scène étant habilement pensée pour nous faire avancer vers ces adieux finaux et les rendre plus déchirants encore… trop peut-être. En effet, sans que la mise en scène n’ait jamais avoir recours au moindre artifice pathos, le sentimentalisme, dont le scénario use de bout en bout et dans chacune de ses pistes scénaristique, frôle (en particulier dans le rapprochement entre Mathieu et la fille de Pierre) la surdose superficielle.

Même si le film laissera indifférents les spectateurs que le cynisme auraient rendu hermétiques aux dispositifs émotionnels, aussi bien calibrés soient-ils, son casting irréprochable et sa structure astucieuse en font l’un des plus beaux mélodrames que le cinéma français nous ait offert ces derniers mois.

Le fils de Jean : Bande-annonce

Le Fils de Jean : Fiche technique

Réalisation: Philippe Lioret
Scénario: Philippe Lioret, Natalie Carter, d’après le livre Si ce livre pouvait me rapprocher de toi de Jean-Paul Dubois
Interprétation: Pierre Deladonchamps (Mathieu), Gabriel Arcand (Pierre), Catherine de Léan (Bettina), Marie-Thérèse Fortin (Angie), Pierre-Yves Cardinal (Sam), Patrick Hivon (Ben)…
Image: Philippe Guilbert
Son: Jean-Marie Blondel
Montage: Andrea Sedláčková
Musique: Flemming Nordkrog
Producteur(s): Marielle Duigou, Philippe Lioret, Pierre Even, Marie-Claude Poulin
Production: Fin Août Productions, France 3 Cinéma, Item 7
Distributeur: Le Pacte
Genre : Mélodrame
Durée: 98 minutes
Date de sortie: 31 août 2016

France/Canada – 2015

Batman : The Killing Joke, un film de Sam Liu : Critique

Loin d’être une mauvaise blague

Ça y est, c’est la rentrée ! Ce qui veut dire que la période estivale arrive ici à son terme, après deux longs petits mois de repos bien mérités. Il est donc temps pour les écoliers et autres étudiants de reprendre le chemin de l’école. Et s’ils vont penser à cette nouvelle année scolaire, ce sera également pour eux l’occasion de raconter leurs vacances : ce qu’ils ont fait, où ils sont partis, les gens qu’ils ont croisé… ou bien les blockbusters qu’ils sont allés voir au cinéma. Mais cet été 2016 n’a pas été des plus mémorables en matière de bons divertissements, les films sortis relevant principalement du passable (Insaisissables 2, S.O.S. Fantômes…) ou alors de véritables douches froides (Suicide Squad et Independence Day : Resurgence en tête). Malgré cela, ils ont, comme chaque année, éclipsé la sortie de longs-métrages bien plus méritants, que ce soit en salles ou directement en vidéo (DTV). C’est d’ailleurs en plongeant dans cette dernière catégorie que la rédaction de Cineseries vous propose de conclure la période estivale, avec Batman : The Killing Joke. Un film d’animation parvenu dans nos contrées début août et qui est totalement passé inaperçu aux yeux du public. Il est donc temps de corriger le tir avec cette critique et de vous montrer que, si vous voulez avoir quelque chose à vous mettre sous la dent, il n’est pas nécessaire de toujours se focaliser sur les films à gros budget.

Avant de commencer, il est bon d’expliquer de quoi il est question, surtout pour les profanes du Chevalier Noir. Car The Killing Joke n’est pas un énième affrontement entre Batman et son ennemi de toujours, le Joker, comme le laisse prétendre le synopsis. Il s’agit de l’adaptation d’un des comics les plus acclamés de la franchise, écrit par le grand Alan Moore (V pour Vendetta, Watchmen, La Ligue des Gentlemen Extraordinaires, From Hell…) et illustré par Brian Bolland (Camelot 3000, Judge Dredd…). Dans lequel le face-à-face entre les deux adversaires, sublimement mise en images, servait de prétexte à renforcer la complexité, la maturité, la violence et la puissance de leur mythique relation. Une tâche pour le moins ardue léguée au réalisateur Sam Liu et son équipe pour concrétiser une telle oeuvre ! Un travail qui n’a pas été apprécié par les fans, qui se sont plutôt déchaînés sur ce film d’animation à sa sortie. À juste titre ?

Dans un sens, il est compréhensif de les voir scandalisés de la sorte. Premièrement, le film n’arrive pas à retrouver l’impact de son modèle par ses images, reprenant quasiment à l’identique chaque scène, chaque réplique. Si l’ensemble se montre tout aussi violent, complexe et cru, on ne ressort pas du visionnage aussi sonné que pendant la lecture du comics, n’en retrouvant pas toute sa subtilité ni sa force. Et cela ne concerne que la seconde partie du film, la première étant un long prologue inventé pour ce film, afin de justifier une durée de plus d’une heure. Qui se permet de prendre son temps (même un peu trop) au point de paraître inutile à la seconde et d’être blasphématoire envers les fans en détériorant la relation entre Batman et Batgirl. Sur le coup, oui, nous pouvons comprendre leur déception face à cette adaptation à première vue édulcorée. Mais en voyant l’ensemble d’un autre œil, vous y verrez un film tout aussi respectueux que sincère.

En effet, Sam Liu et le scénariste Brian Azzarello ont eu l’intelligence de viser un public plus large, de ne pas se cantonner qu’aux fan boys. Du coup, les changements vis-à-vis de l’oeuvre sont justifiées voire même excusables. Notamment cette introduction, qui permet ainsi de s’attacher au personnage de Barbara Gordon/Batgirl, de la rendre bien plus complexe et surtout de donner bien plus d’envergure au duel entre le Joker et l’Homme Chauve-Souris. Un constat pour le coup renforcé par cette relation intime unissant la jeune femme avec Bruce Wayne. Donc oui, Sam Liu et Brian Azzarello se sont permis bien des libertés au risque de surprendre en mal les fans. Mais en faisant cela, ils montrent à quel point ils ont compris le sens du mot « adaptation » : reprendre l’histoire de base et apporter quelque chose (ici, des changements, des ajouts) servant à cette dernière. Et que verra alors le public en général ? Une intrigue bien écrite et tortueuse à souhait, qui fait honneur à l’univers sombre et complexe de Batman. Bien loin de la débâcle de Suicide Squad.

Le choix de l’animation confirme également ce fait. Si elle n’est pas des plus spectaculaires (le film n’ayant coûté que 3,5 millions de dollars), elle appuie néanmoins sur ce respect et cette envie de s’ouvrir à un large public qui nourrissent The Killing Joke. Pour cela, il aura fallu à Sam Liu et son équipe de reprendre l’aspect visuel proche de la mythique série animée des années 90 tout en respectant les traits et l’atmosphère du comics d’Alan Moore.  Encore une fois, le rendu final n’est pas sensationnel et peut être une raison au manque d’impact cité plus haut dans la critique. Mais il tient suffisamment la route pour faire honneur à l’univers de Batman tout en restant aussi sombre et pesant que son aîné. Aidé qui plus est par un doublage (original, bien entendu !) aux petits oignons, dominé par les comédiens ultimes des divers produits dérivés de la franchise. À savoir Kevin Conroy dans le rôle du justicier de Gotham et l’inoubliable Mark « Luke Skywalker » Hamill en Joker, dont c’est certainement la dernière collaboration sur ce personnage (l’acteur ayant déclaré vouloir se détacher du rôle).

Batman : The Killing Joke n’est pas la meilleure adaptation des comics Batman, cela va sans dire. D’autant plus qu’elle se retrouvait de base avec un sérieux handicap, celui de s’attaquer à une oeuvre de très haute volée. Mais hormis cela, elle finit par être un divertissement pensé et travaillé comme il se doit, ne trahissant jamais l’essence de son modèle et voulant à tout prix faire découvrir ce dernier à un plus large public. Une intention des plus louables qui donne envie de découvrir les autres films d’animation portant sur le Chevalier Noir et de mettre de côté les blockbusters à la Suicide Squad, bâclés et charcutés comme ce n’est pas permis.

Synopsis : Alors que la jeune Barbara Gordon, alias Batgirl, vit une situation compliquée avec son complice Bruce Wayne/Batman, et fait tout pour impressionner ce dernier en tentant de régler elle-même une affaire mafieuse. Mais tout va basculer le jour où le Joker, jusque-là enfermé à l’asile d’Arkham, parvient à s’échapper pour prouver que n’importe qui peut sombrer dans la folie, en ayant le commissaire Gordon dans sa ligne de mire

Batman, The Killing Joke : Bande-annonce

Batman, The Killing Joke : Fiche technique

Réalisation : Sam Liu
Scénario : Brian Azzarello, d’après les personnages créés par Bob Kane, Bill Finger et Jerry Robinson, et d’après l’oeuvre éponyme d’Alan Moore et Brian Bolland
Doublage : Kevin Conroy/Emmanuel Jacomy (Bruce Wayne/Batman), Mark Hamill/Marc Saez (le Joker), Tara Strong/Véronique Picciotto (Barbara Gordon/Batgirl), Ray Wise/Gabriel Le Doze (le commissaire Gordon), John DiMaggio/Vincent Grass (Francesco), Robin Atkin Downes/Jean-Claude Sachot (l’inspecteur Bullock), Brian George/Jacques Ciron (Alfred Pennyworth), JP Karliak/Benoît Rivillon (Reese)…
Montage : Christopher D. Lozinski
Musique : Kristopher Carter, Michael McCuistion et Lolita Ritmanis
Producteurs : Bruce Timm et Sam Register
Productions : Warner Bros. Animation et DC Entertainment
Budget : 3,5 M$
Distributeur : Warner Home Video
Genre : Animation
Durée : 93 minutes
Date de sortie : 3 août 2016, en DTV

États-Unis – 2016

Sortie DVD Extant Saison 2 le 6 septembre 2016

Extant Saison 2 En coffret 4 DVD le 6 Septembre 2016

La série événement, produite par Steven Spielberg avec Halle Berry, revient pour 13 épisodes fascinants.

Coffrets 4 DVD 13 épisodes de 45 min

© 2016 CBS Studios Inc. et Amblin Films, Inc. Tous Droits Réservés. EXTANT™ est une marque de CBS Studios Inc. CBS et tous les logos s’y rapportant sont des marques de CBS Broadcasting Inc. Tous Droits Réservés.

Dévastée par la perte de son mari et de son fils Ethan, un robot humanoïde appelée «Humanich », l’astronaute Molly Woods se trouve confinée en zone de repos. Persuadée que cete mise à l’écart vise à lui faire garder le silence au sujet de l’existence d’aliens, Molly s’échappe, mais contracte une maladie inconnue… qu’elle imagine en lien avec la mystérieuse rencontre l’ayant mise enceinte. Trahie par ses amis et se liant d’amitié avec des étrangers, comme l’ex-officier JD Richter, Molly se lance à la recherche d’Ethan et d’Adhu, son fils hybride mi-humain mi-alien, dont l’espèce s’est fortement multipliée. Craignant que les hybrides entraînent l’extinction de l’humanité, le gouvernement ordonne alors la création de puissants soldats Humanich pour les combattre – mais les robots ne voient pas les choses du même œil. L’heure est venu pour les humains de choisir leur camp face aux aliens et aux robots dans cette électrisante 2ème saison d’Extant.

Extraits Vidéo :

Caractéristiques techniques du coffret  :

Formats : 1.78 et 16/9

Son : Français, Anglais 5.1

Sous-titres : Anglais, Français, Finnois, Allemand, Néerlandais, Danois, Norvégien, Suédois

Bonus Extant : un aperçu de la saison 2 – Alchimie : Molly et JD – Deux Humanichs : Ethan et Lucy

Le final de la saison

Le carnaval de la pensée

Scènes coupées Un tour des décors

Bêtisier

Coffrets 4 DVD 13 épisodes de 45 min

Editeur : Paramount

The Good Wife Saison 6 Coffrets DVD Saison 6 et Intégrale le 6 septembre

La saison 6 de la série The Good Wife sortira coffret 6 DVD et intégrale (saison 1 à 6) le 6 septembre 2016.

TM& © 2016 CBS Studios Inc. The Good Wife et toutes les marques et logos rattachés sont des marques de CBS Studios Inc. CBS et toutes les marques et logos rattachés sont des marques CBS Broadcasting Inc. Tous droits réservés.

Julianna Margulies revient dans le rôle qui lui a valu deux Primetime Emmy Awards ®, aux côtés d’Archie Panjabi, Christine Baranski, Alan Cumming et une formidable série de guests stars, dans la saison 6 « d’une série comme on n’en fera plus » (Le Monde)

Alicia Florrick (Julianna Margulies) soutient son mari (Chris Noth) dans le parcours tumultueux le menant aux fonctions de Gouverneur, mais elle fait cette fois son entrée en politique selon ses propres termes en se portant candidate au poste de Procureur Général.  Le jour des élections approchant, Alicia doit trouver un équilibre entre les exigences de son entreprise et celles de de sa campagne, car elle soutient son associé Cary (Matt Czuchry), en proie à une situation bouleversante menaçant sa carrière… et sa propre vie.

Extraits Vidéo :

 CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES du coffret DVD SAISON 6

Formats : 1.78 / 16/9

Son :  Français, Anglais 5.1

Sous-titres : Anglais, Français, Néerlendais, Allemand

Bonus

Suivez le guide : Dans les coulisses du final de la saison

La Tentation d’Alicia Florrick : The Good Wife, saison 6

Scènes coupées

Les Estimables Femmes du dimanche soir : Julianna Margulies and Christine Baranski

Bêtisier

Mostra de Venise 2016 : zoom sur les films les plus attendus de la sélection

Premier événement majeur de cette rentrée cinéma, la 73ème édition de la Mostra de Venise se déroulera du 31 août au 10 septembre.

Le légendaire festival, présidé cette année par Sam Mendes, est bien parti pour nous offrir une sélection éclectique et pétillante qui risque fort d’illuminer le Lido et de piquer la curiosité des amateurs de Septième Art. Traditionnellement considérée comme le coup d’envoi de la rentrée cinématographique, la Mostra semble nous réserver de belles surprises. Est-ce la promesse d’un bel automne dans les salles obscures ?

Côté France : le second souffle et l’émergence d’une nouvelle génération de jeunes cinéastes qui font bouger les lignes

Parmi les longs métrages présentés en compétition officielle, le prochain François Ozon, Frantz, mélodrame historique en noir et blanc, s’impose déjà comme une curiosité et un exercice de style remarquable à la mise en scène délicate, sans parler de la présence de Pierre Niney dans le rôle titre, star montante dans le paysage cinématographique hexagonal. Stéphane Brizé, qui n’était pas passé inaperçu avec son très engagé La loi du marché, est lui aussi en compétition avec son nouveau film, Une vie, adapté du roman éponyme de Maupassant. Mais si des réalisateurs chevronnés comme Benoît Jacquot sont également invités à prendre part aux festivités, on peut constater l’émergence d’une vague de cinéastes au sang neuf : entre le très attendu Planétarium de Rebecca Zlotowski et le dernier projet de  Katell Quillévéré intitulé Réparer les vivants, il y a fort à parier que cette Mostra sera marquée par la confirmation de nouveaux talents.

Le cinéma étranger à l’honneur 

Cette année, le festival de Venise déroule le tapis rouge à la Corée du Sud, avec The Age of Shadows de Kim Jee-woon (A Bittersweet Life ;  Le bon, la Brute et le Cinglé ; J’ai rencontré le diable) un film d’espionnage dont l’intrigue se déroule dans la Corée des années 20, sous l’occupation japonaise. Mais ce n’est pas tout : on pourra faire escale au Mexique avec The Untamed de Amat Escalante, un drame familial aux accents de science fiction ; ou bien  en Russie avec le Paradise de Andrei Konchalovski. Un tour du monde en dix jours !

Un mélange des genres qui dépoussière

A côté des maîtres incontestés du Septième Art se distinguent cette année quelques ovnis, comme The Bad Batch, deuxième film de l’américaine Ana Lily Amirpour qui signe ici une dystopie mêlant romance et cannibalisme. Cette année, il semblerait que le cinéma de genre soit au programme avec Brimstone, western néerlandais dans lequel Kit Harington donne la réplique à Dakota Fanning et Guy Pearce. On pourra également tomber sur Bleeder, un film de boxe ; une comédie horrifique (Prevenge de Ben Wheatley) ; un documentaire vérité sur les chasseurs de trophées en Afrique (Safari, de l’autrichien Ulrich Seidl) et même une série télévisée (The Young Pope de Paolo Sorrentino avec Jude Law sous les traits de Pie XIII !). Comme quoi, la Mostra se diversifie et ouvre des perspectives pour la suite, en délaissant un certain élitisme au profit de la diversité et de l’audace.

Un panel de stars à faire pâlir la Croisette 

Denis Villeneuve, Terrence Malick, Andrew Dominik, Wim Wenders : la Mostra, c’est aussi le cinéma d’auteur. Tandis que le canadien s’essaye cette fois-ci à la science-fiction pure avec Premier Contact, un film d’extraterrestres porté par les stars hollywoodiennes Amy Adams et Jeremy Renner,  le maître Malick revient avec son Voyage of Time, une fresque expérimentale qui se penche sur la naissance de l’univers. Le cinéaste australien signe quant à lui One More Time With Feeling, un documentaire musical sur Nick Cave ; et le réalisateur allemand continue d’exploiter la technologie 3D avec Les beaux jours d’Aranjuez, création apparemment hybride adaptée d’un texte de Peter Handke.  Enfin, des acteurs à la renommée mondiale tels que Natalie Portman (Jackie), Andrew Garfield (Hacksaw Ridge), Ryan Golsing et Emma Stone (La La Land), Michael Fassbender et Alicia Vikander (The Light Between Oceans), Jake Gyllenhaal (Nocturnal Animals) et la jeune révélation Lily-Rose Depp (Planétarium) viendront apporter une touche de glamour sur les écrans et sur le tapis rouge pour couronner le tout !

Entre éclectisme, programmation originale, mélange des genres audacieux, parterre de vedettes et confirmation de nouveaux talents, cette 73ème édition de la Mostra de Venise s’impose donc comme l’événement incontournable de cette rentrée cinéma.

Feed The Beast, une série de Clyde Phillip: critique de la saison 1

Au contraire de la télé-réalité et autre concours qui pullulent sur nos écrans, les séries culinaires sont plutôt rares dans l’univers de la télévision.

Synopsis : Tommy Moran, considéré comme le meilleur sommelier de tout New York, et Dion Patras, un brillant chef qui s’est laissé entraîner dans des affaires douteuses, sont comme des frères. Ils ont toujours eu pour objectif d’ouvrir leur propre restaurant mais les problèmes de Dion ont tout fait partir en fumée. Lorsque Dion sort de prison, les deux amis vont tenter de se reconstruire et se laisser une dernière chance pour monter le restaurant de leurs rêves dans le Bronx. Mais évidemment, les démons du passé et les problèmes de Dion avec la mafia locale vont venir tout compliquer…

Au menu du jour: du vin, de l’amour et des coups de feu

Non pas que ce thème est rarement abordé : loin de là, il peut être assimilé à des caractéristiques identifiables chez certains personnages ou servir de fil rouge tout le long d’une saison. Dernièrement, la série Hannibal, mettant en scène le délicieusement psychopathe docteur Hannibal « le cannibale » Lecter, est le parfait exemple : son raffinement en matière de sommellerie et de gastronomie, ainsi que la manière quasi perfectionniste de filmer la préparation des plats de chair humaine, fascine autant qu’elle ne dégoûte. De même, la série française Chefs avec Clovis Cornillac se passait presque exclusivement en cuisine, montrant l’envers du décor des restaurants, comme le fait régulièrement le monde du cinéma (entre autres, le très réussi Ratatouille, ou le très moyen A Vif !). Il faudra désormais compter parmi cette liste Feed The Beast.

Il y a derrière ce projet une série originale et un homme. La série, c’est Bankerot, une production danoise par Henrich Ruben Genz, s’étalant sur deux saisons de 8 courts épisodes chacune d’environ 25 minutes. L’homme, c’est Clyde Phillips, connu pour avoir produit et mis en scène de nombreuses séries, dont Parker Lewis ne Perd Jamais, La famille Green, et surtout Dexter. Feed The Beast ne fait que confirmer sa volonté de se diversifier dans les choix qu’il opère et met en scène. Il s’entoure pour cela d’un habitué des séries télévisées : David Schwimmer, alias Ross dans la sitcom désormais culte Friends, qui n’a pas hésité ces dernières années à étendre sa palette de jeu quitte à ne pas se laisser enfermer dans le style strictement comique, et à interpréter des rôles plus dramatiques. On pense notamment à la première saison de Band of Brothers en 2001 ou plus récemment à American Crime Story. Dans notre série du jour, il dévoile une nouvelle facette de son talent en jouant un père endeuillé suite au décès de son épouse. Devant à la fois faire face à ses obligations de père, mais aussi de chef d’entreprise dans la création et la bonne gestion du restaurant -le leitmotiv de cette saison- il apparaît complètement désarçonné, dépassé face à ces coups du sort, mais a la contrainte de se relever afin de réussir ses objectifs cités plus haut. Le pilote ainsi que l’épisode 7 sont particulièrement symptomatiques de ce type de comportement : perdu, en larmes, sous l’emprise quasi constante de l’alcool et en manque de l’amour de sa vie, mais se redressant pour élever simplement son fils. Ce qui est parfois compliqué avec Dion, le deuxième rôle-titre de Feed The Beast, interprété par Jim Sturgess.

En effet, Schwimmer forme avec ce dernier un duo fonctionnant sur l’antagonisme. Si lui paraît faible psychologiquement parlant, mais prudent et réfléchissant toujours dans sa prise de décision, Dion est une petite frappe accumulant les tares, agissant à l’instinct, et conjuguant avec excès parfois les femmes et les rails de cocaïne. Ils sont rapidement rejoints par Pilar (pétillante Lorenza Illo), véritable atout charme de cette série, qui les aidera dans la gestion financière de leur établissement, non sans un certain attachement auprès de Tommy. Vous l’aurez compris, ce trio est véritablement la plus grande réussite de la série. L’interprétation est très bonne, chaque acteur trouvant le ton juste, ne cabotinant jamais et ne faisant pas dans le pathos malgré la gravité de certaines situations. De plus, au vu des événements leur arrivant tout le long de la saison, leur complémentarité malgré l’opposition de leurs caractères procure une certaine densité à leurs relations : le deuil de Tommy et de son fils, son rôle de père, son histoire avec Pilar, la création du restaurant, les problèmes de Dion avec la mafia locale… Car oui, une intrigue policière entremêlant à la fois boss mafieux, meurtres à la pelle et braquages vient se greffer sur tout cela. Et là nous touchons au problème principal de Feed The Beast.

Cette série manque indéniablement d’une véritable identité. A force de multiplier les genres et les entrecroiser, la sauce ne prend pas toujours. Là où la partie dramatique se constitue essentiellement du drame familial, du harcèlement moral subi à l’école par le fils de Tommy, et de sa relation douce-amère avec son père et Dion ; il n’en est pas de même pour la partie dite policière, nettement moins réussie. Par exemple, contrairement au trio de tête, le personnage de Patrick Woichik, le principal représentant de la pègre locale, peinant à exister malgré l’absence de son père, ne parait pas très intéressant ni très menaçant. Ses motivations paraissent forcées, et son interprétation par Michael Gladis ne convainc guère. Elle rappelle le personnage de Wilson Fisk de Daredevil, notamment par son côté monolithique pouvant exploser à tout moment, mais sans avoir le jeu et la carrure de Vincent D’Onofrio. De même, les principales actions émanant de cette partie n’impressionnent pas, essentiellement à cause d’un manque d’inventivité, créant un effet d’écho avec d’autres séries du même genre. Ici, on aura donc une fois de plus droit à une mafia très vilaine, tuant sans génie et escroquant sans vergogne, des problèmes d’argent se résolvant par un braquage, des inspecteurs de police véreux… Bref, rien de bien nouveau, et ce malgré le final du dernier épisode procurant une certaine tension et un malaise auprès du spectateur, ce dernier voulant connaître la suite des aventures des personnages…si toutefois la série est renouvelée.

Conçu comme un véritable menu, mélangeant les genres et les saveurs pour concocter au spectateur un met des plus riches, Feed The Beast rate cependant le coche, et n’est pas aussi raffiné qu’il aurait dû être. Sa partie policière par exemple pêche par une interprétation bancale et des situations répétitives déjà vues mille fois. Mais cette série reste agréable à regarder, par son interprétation sans faille du trio de tête (Schwimmer, Sturgess, Illo) entraînant de surcroît des enjeux dramatiques intéressants. Et une série mettant enfin la cuisine en avant est forcément sympathique, non ?

Feed The Beast : Bande annonce

Feed The Beast : Fiche Technique

Créateur : Clyde Phillip
Réalisation : Steve Shill, Daniel Attias, Dennie Gordon…
Scénario : Clyde Phillip, David Babcock, Liz Sagal,
Interprétation : David Schwimmer (Tommy Moran), Jim Sturgess (Dion Patras), Lorenza Illo (Pilar Herrera), Michael Gladis (Patrick Woichik), John Doman (Aidan Moran), Elijah Jacob (TJ Moran)…
Production : Clyde Phillip, Henrik Ruben Genz, Malene Blenkov, Piv Bernth
Sociétés de production : Lionsgate
Genre : Drame, policier
Format : 10 épisodes de 43 minutes
Chaine d’origine : AMC Studios
Diffusion aux USA : mai 2016

Etats-Unis – 2016

Person of Interest saison 1 à 5 : critique de la série

0

Si la série, Person of Interest, est indubitablement très orientée action, elle ne situe pas moins sur une thématique intelligente et plus profonde qu’il n’y paraît, très ancrée dans les problématiques de notre époque. Un bon compromis entre divertissement et réflexion. 

Synopsis : Harold Finch, informaticien de génie, a conçu une Intelligence Artificielle perfectionnée capable, en analysant l’ensemble des sources d’informations et de communication, de prévoir les attentats terroristes. Mais la Machine fait plus que ça : elle peut également prévoir tous les crimes prémédités. Laissant la CIA l’utiliser pour empêcher les attaques terroristes et s’avisant trop tard de leurs mauvais agissements, il a développé un moyen pour récupérer les informations sur ces crimes « non pertinents »  et s’est engagé à  trouver des hommes de terrain qui accepteraient de se dédier à sauver des innocents. C’est ainsi qu’il recrute John Reese, ex agent surentraîné de la CIA à la dérive. Ensemble, ils luttent contre le crime dans les rues de New York, et malgré leurs compétences et la Machine qui voit tout, ils auront fort à faire face au crime organisé, aux  agences secrètes ou groupuscules mystérieux désireux de s’emparer de la précieuse invention.

La possibilité d’une surveillance totale en pleine Amérique post-11 septembre, le Graal de la sécurité construit sur l’autel de la liberté sacrifiée, l’idée est séduisante. A l’heure où les services de renseignement semblent désemparés et incapables de prévoir les attentats terroristes, et où la population commence de plus en plus à redouter la surveillance cachée de leurs données personnelles, la révélation d’une telle invention provoquerait un scandale bien supérieur à l’affaire Snowden. Une thématique à la mode, comme en témoigne le récent Jason Bourne.

On comprend que cette machine soit gardée secrète, et que Finch agit dans l’anonymat le plus total, au risque de l’inquiétude et des dérives que cela peut engendrer. Des craintes légitimes pour ne pas donner naissance à un monde typiquement orwellien.

Sans oublier la thématique de l’Intelligence Artificielle, même si finalement ce n’est pas le sujet principal. Une intelligence aussi développée soit-elle peut-elle savoir ce qui est le mieux pour nous, sachant qu’apprendre à un programme à agir moralement est un des principaux obstacles sur lequel butent actuellement les scientifiques, et que Finch lui-même a dû créer plusieurs versions pour en garder une qui n’essaie pas de le tuer.

Cette thématique contribue à faire de person of interest une des meilleures séries diffusées sur une grande chaîne américaine.

Les personnages

Bien conscient des dérives potentielles, et de la corruption que peut entraîner un tel pouvoir, Harold Finch (Michael Emerson, également l’énigmatique Benjamin Linus de Lost) a tout fait pour s’assurer que personne, pas même lui, n’ait un contrôle total. Finch est un homme secret et complexe, qui éprouve une sorte de répulsion envers l’entité qu’il a créé, en même temps que de l’attachement envers sa création.

John Reese (Jim Caviezel), lui, se voit comme un soldat, un sauveur de la veuve et de l’orphelin dans l’âme, prêt à mourir pour remplir son devoir. Un combattant doté d’une grande intégrité, mais aussi un homme très solitaire, hanté par son passé.

Deux tempéraments distincts unis dans un même objectif, le rapprochement entre les deux sera lent, passant progressivement du statut d’associé à amis.

Les autres personnes qui les rejoindront dans leur mission ont une moralité plus ambiguë.

Fusco (Kevin Chapman), bon père de famille progressivement gagné par la facilité de la corruption, entrevoit dans le soutien à ces deux hommes étranges la possibilité d’une rédemption. Shaw (Sarah Shahi), super agent entraînée à tuer sans poser de questions, trahie et recueillie par l’équipe, se voit contrainte de changer ses méthodes expéditives. Ou encore Root (Amy Acker), hacker terroriste à tendance sociopathe, s’est donnée comme objectif de protéger la machine et est devenue une alliée de circonstances, avant de devenir un membre à part entière. Un joli revirement pour ce qui semblait être au départ une ennemie sans pitié que l’on n’aurait guère imaginé rejoindre le  groupe.

Une mythologie de plus en plus présente

Les premiers épisodes donnent l’impression que ce concept n’est qu’un prétexte pour des épisodes « affaires de la semaine », ce qui ne serait guère différent d’une série policière. Mais cette sensation s’estompe à l’arrivée de plusieurs intrigues, composantes d’une mythologie appelée à s’agrandir. Des flash-back, progressivement dévoilés au fil des saisons, nous en apprennent plus sur le passé des personnages, la création de la Machine et les enjeux qui en découlent.

Précisions quand même que ces épisodes « stand-alone » sont de bonnes factures. John Reese ne peut compter que sur ces compétences de combat pour s’en sortir ce qui donne lieu à pas mal d’action plaisante. Par plusieurs éléments (crimes prémédités, agissements anonymes) les affaires diffèrent des enquêtes policières classiques et apportent une certaine originalité.

Enfin, point crucial, l’accès limité à la Machine ne permet pas de savoir si la personne cible est la victime ou l’assassin. Reese doit alors, espionnant ladite personne avec des moyens modernes, tenter de deviner dans quelles circonstances le meurtre aura lieu. Et les apparences étant souvent trompeuses, la situation est rarement ce qu’elle semble être. Victime ou criminel, bon ou mauvais, toutes les combinaisons sont possibles.

Certes, ces épisodes sont nombreux au début, mais beaucoup de bonnes séries ont commencé ainsi : donnant des prémices d’une mythologie dans la première saison avant de l’étoffer dans les saisons suivantes.

Une mythologie qui deviendra prépondérante à partir de la saison 3

A partir de la saison 3 apparaît en effet un tournant dans l’histoire. Une seconde Machine apparaît, Samaritain cette fois dans de mauvaises mains, et utilisée sans aucune restriction. Malgré tous les efforts de Finch, ce qu’il craignait s’est finalement produit, ailleurs, la technologie étant mûre. A méditer pour toute découverte potentiellement dangereuse…

C’est aussi dans cette saison que disparaît tragiquement un personnage apprécié.

La Machine et ses alliés humains entament donc une lutte secrète contre Samaritain et l’énigmatique Greer (John Nolan), ennemi implacable qui semble toujours avoir un coup d’avance. Manipulation de l’économie, programmes cachés dans les appareils nomades… Cette IA regroupe toutes les dérives possibles des technologies de communication et de surveillance, allant jusqu’à convaincre le gouvernement de la nécessité d’un contrôle total malgré le bafouement des libertés individuelles. « Les citoyens veulent qu’ils soient protégés, peu importe les moyens ».

Durant la dernière saison, la deuxième machine dévoile des plans encore plus extrême : sélection des individus les plus adaptés et projets d’épurations prévus. Devant un tel adversaire, les agents de l’ombre se dirigent de plus en plus vers un combat sans espoir.

Fautes d’audiences suffisantes, la saison 5 fut programmée pour être la dernière, avec un nombre d’épisodes réduit à 13, comme cela se produit parfois dans le monde des séries.

Conclusion de la lutte contre Samaritain, il faut cependant attendre les derniers épisodes pour que les héros s’avancent vers l’affrontement final en grande pompe. Harold Finch est forcé de remettre en question ses principes sacrés s’il veut avoir une chance de donner à ses alliés une chance de victoire. Il donne à sa création les moyens de se défendre et lui enlève toutes ses limitations. Le talentueux Michael Emerson donne là une jolie vision de la face sombre de son personnage.

Le dernier épisode conclut de manière épique et émouvante la série : sacrifice, mise au point de l’évolution de tous les personnages par un moyen scénaristique habile, et réflexion sur l’humanité par une Intelligence Artificiel qui cherche à comprendre ceux qui l’ont créé. Un final qui peut être qualifié de réussi.

Quelques failles dans le programme

Reese ou Shaw ont beau être super entraînés, la facilité avec laquelle ils se tirent d’affaire face à des hommes pourtant rompus au maniement des armes n’est pas toujours très crédible. Le nombre hallucinant de fusillades, d’affaires de corruption et de complots classent d’ailleurs New-York en tête de liste des villes les plus malfamés !

Le détective Fusco manque de développement, jusqu’aux derniers épisodes il risque sa vie sans même savoir contre qui il se bat et pourquoi !

La multitude des scènes d’action n’est pas sans contrepartie. Les affrontements avec moult fusillades avec les agents innombrables de Samaritain, jamais à court d’hommes de mains malgré les nombreuses pertes, deviennent répétitives et un brin lassantes (spécialement dans la saison 4), malgré plusieurs moments épiques (l’assaut de la bourse, la protection désespérée du centre de la Machine). Un écueil qui se fait au détriment du développement des personnages et d’une vraie avancée dans la situation.

Les objectifs de Samaritain, qui prétend vouloir créer un meilleur monde, et ses moyens mis en œuvre, n’hésitant pas à supprimer toute personne gênante, manque un peu de subtilité et de crédibilité. Un meilleur développement du concept, des thèmes de la sécurité en opposition avec la liberté, et des épisodes moins orientés action auraient été sans doute préférable.

Se déroulant dans une Amérique divisée entre une nécessaire surveillance et sa propre liberté, Person of Interest distille son propos au sein d’une œuvre de divertissement donnant la part belle à l’action, aux personnages forts et charismatiques, aux rebondissements et aux scènes épiques. Un spectacle qui prend d’ailleurs parfois le devant sur le développement des thèmes abordés. Malgré cet écueil, la série reste une œuvre intelligente et marquante. C’est définitivement un « show of interest ».

Person of Interest, saison 1 : Bande annonce 

Person of Interest : Fiche technique

Créateur : Jonathan Nolan
Scénario : Jonathan Nolan, Greg Plageman, Patrick Harbinson, David Slack, Amanda Segel…
Interprétation : Michael Emerson, Jim Caviezel, Kevin Chapman, Sarah Shahi, Amy Acker…
Photographie : Teodoro Maniaci
Musique : Ramin Djawadi
Producteurs : J. J. Abrams, Greg Plageman, Athena Wickham, Margot Lulick
Genre : action, science-fiction
Chaîne de diffusion US: CBS
Chaine de diffusion France : TF1
Format : 103 épisodes de 43 minutes

Etats-Unis – 2011

FEFFS 2016: Le maestro Dario Argento sera l’invité d’honneur du festival

0

La ville de Strasbourg va battre au rythme du festival du Film Fantastique

La 9ème édition du Festival Européen du film fantastique de Strasbourg se déroulera du 16 au 25 Septembre 2016. Le cinéaste italien Dario Argento sera l’invité d’honneur de ce rendez-vous incontournable des mordus d’horreur. La France abrite d’autres événements similaires et réputés comme le PIFFF, pour la capitale, ou le festival de Gérardmer.

Les amoureux de cinéma de genre sont gâtés en cette rentrée 2016. La ville de Strasbourg sera le théâtre d’une Master class exceptionnelle de Dario Argento dans le cadre du Festival Européen du Film Fantastique, le samedi 24 Septembre, à 14h, au cinéma Star St-Exupéry. Les débats seront dirigés par Jean-François Roger, directeur de la programmation de la Cinémathèque française. Cette conférence exceptionnelle sera suivie de la projection des Frissons de l’angoisse, en version restaurée, grâce au travail de la Cinémathèque nationale italienne.

Une rétrospective des nombreux films du maître de l’horreur italien sera proposée aux festivaliers pour des séances cultes, vintages et terrifiantes : Suspiria, L’oiseau au plumage de cristal, Quatre mouches de velours gris, Le chat à neuf queues et Ténèbres.

Dario Argento est considéré comme le pape du cinéma fantastique transalpin. La plupart de ses chefs-d’œuvre s’inscrivent dans la tradition du Giallo, avec une intrigue policière où un tueur en série sadique s’en prend majoritairement à des femmes, et dont l’identité n’est révélée qu’à la fin du film généralement. Le Giallo mélange les codes de la fiction policière avec une pointe d’érotisme et d’horreur. Les films de Dario Argento bénéficient également d’un art de la mise en scène à couper le souffle, de prouesses techniques et visuelles ainsi que d’une bande-son inoubliable.

Le jury de la 9ème édition du Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg est composé cette année de William Lustig (le réalisateur de Maniac), de John Ajvide Lindqvist (le romancier suédois auteur de Laisse-moi entrer, adapté au cinéma dans le film éponyme et dans Morse), de Veronika Franz (réalisatrice de Goodnight Mommy) et de Brontis Jodorowski (comédien, metteur en scène et fils ainé du réalisateur Alejandro Jodorowsky). Ils décerneront deux prix à l’issue de la compétition : l’Octopus d’Or et le Méliès d’argent.

Le festival débutera par la projection de Swiss Army Man de Daniel Kwan et Daniel Scheinert. Le film de clôture sera The Mermaid de Stephen Chow.

 La compétition fantastique regroupe les films suivants : Another Evil de Carson D. Mell, The Love Witch de Anna Biller, Jeeg Robot de Gabriele Mainetti, K-Shop de Dan Pringle, The Open de Marc Lahore, Pet de Carles Torrens, Seoul Station de Sang-ho Yeon, Under The Shadow de Babak Anvari, Transfiguration de Michael O’Shea, I am not a Serial Killer de Billy O’Brien, Shelley de Alu Abbasi et Grave de Julia Ducournau.

La compétition crossovers réunit cette année Detour de Christopher Smith, Dogs de Bogdan Miricä, Trash Fire de Richard Bates Jr., Psycho Raman de Anurag Kashyap, Opération Avalanche de Matthew Johnson, Outlaws and Angels de J.T. Mollner et Creative Control de Benjamin Dickinson.

De nombreux classiques du septième art seront diffusés pendant le festival à l’occasion du cycle M for Murder : M le maudit de Fritz Lang (1931), Noblesse oblige de Robert Hamer (1949), L’étrangleur de Boston de Richard Fleischer (1968), Cruising de William Friedkin (1980), Schizophrenia de Gerald Kargl (1983), Henry, portrait d’un tueur en série de John McNaughton (1986), Le Sixième sens de Michael Mann (1986) et Carmin profond d’Arturo Ripstein (1996). Une rencontre avec le président du festival, William Lustig, est d’ailleurs programmée à l’occasion de la séance spéciale de Maniac.

La rétrospective Universal Monsters va permettre aux festivaliers de redécouvrir les classiques du studio Hollywoodien avec Dracula de Tod Browning (1931), L’étrange créature du lac noir de Jack Arnold (1954), Le loup-garou de George Waggner (1941), La Momie de Karl Freund (1932), L’Homme Invisible (1933), Frankenstein (1931) et La fiancée de Frankenstein (1935) de James Whale.

Des séances de minuit feront frissonner les festivaliers jusqu’au bout de la nuit ! Au programme de ces midnight movies, on retrouve 31 de Rob Zombie, Ballad in Blood de Ruggero Deodato, Miruthan de Shakti Soundar Rajan, Yoga Hosers de Kevin Smith, Terra Formars de Takashi Miike, The Greatly Strangler de Jim Hosking, We are the flesh de Emiliano Rocha Minter et Holidays de Anthony Scott Burns.

Fear Itself de Charlie Lyne et Blair Witch de Adam Wingard vont être proposés au public en séances spéciales.

Des projections en plein air seront également programmées, en hommage à Steven Spielberg : Jurassic Park devant la cathédrale de Strasbourg et Les dents de la mer aux bains municipaux de la ville.

Une séance jeune public sera consacrée au film Ivan Tsarévitch et la princesse changeante de Michel Ocelot.

Une zombie walk sera organisée dans le cadre du festival.

Les nouvelles technologies seront à l’honneur avec une compétition internationale pour les développeurs de jeux vidéo indépendants. Des expériences en réalité virtuelle vont être proposées aux festivaliers.

Pour retrouver l’ensemble de la sélection du festival et des informations complémentaires sur le FEFFS 2016 : Sélection Film FEFFS 2016

 

The night of, une série de Richard Price et Steven Zaillian : Critique

A travers une étude de caractères approfondie et une observation méticuleuse des conséquences d’un meurtre odieux, et en particulier d’une descente aux enfers vécue par l’accusé, The Night Of nous dresse un portrait cinglant de l’Amérique et de ses institutions avilissantes.

Synopsis : Nasir « Naz » Khan appartient à la communauté pakistanaise de New-York. Un soir qu’il emprunte le taxi de son père pour se rendre à une fête, il se fait accoster par Andrea Cornish, une ravissante jeune femme qui lui propose de la drogue et couche avec lui. Le lendemain matin, elle est retrouvée morte, victime de 22 coups de poignards. Alors qu’il prend la fuite, incapable de se souvenir des événements de la nuit, Naz est interpellé par la police qui trouve sur lui l’arme du crime. Désigné comme coupable, il est envoyé en prison tandis que s’engagent une enquête délicate et un long procès sous le feu des médias.

HBO s’offre une critique du système judiciaire américain

La gestation aura été longue mais, après un premier refus de la part de la HBO en 2012 puis le décès de leur acteur principal, James Gandolfini (crédité à présent comme « producteur posthume »), Richard Price et Steven Zaillan sont parvenus à mettre en place cette série criminelle qui leur tenait à cœur. Ces deux scénaristes, parmi les plus réputés d’Hollywood, ont donc réussi à tirer profit du concept de la série britannique Criminal Justice (que la BBC1 a arrêté dès la fin de la première saison, mauvais augure ?), à savoir, commencer par une arrestation puis consacrer chaque saison à une enquête et un procès. Pas de chance, en laissant trainer le projet, HBO s’est fait doubler par FX et sa nouvelle série phare American Crime Story, construite d’une façon similaire. Alors qu’offre The Night Of par rapport à la concurrence ? Son principal avantage est de ne pas se vouloir « inspirée d’une histoire vraie », ce qui lui permet de pouvoir tirer parti de son récit purement fictif afin d’être paradoxalement extrêmement réaliste sans avoir peur de trahir une soi-disant vérité. Le travail de documentation de la part des deux showrunners à propos des institutions juridiques est tout bonnement impressionnant et aboutit à un récit procédural d’une précision millimétrée.

L’école du crime…

Sans surprise, le premier épisode nous narre donc le meurtre de la victime et l’arrestation du principal suspect. Jusque-là rien d’innovant, sauf si l’on pense au fait que le dit suspect est un musulman d’origine pakistanaise. Difficile alors de penser que cette caractéristique est quelque chose d’anodin et que les deux scénaristes aguerris n’ont pas quelque chose de sévère à nous dire de l’Amérique post-11 septembre. D’autres remarques peuvent être faites dès cet épisode pilote : d’abord, sur la forme, la qualité de la photographie nocturne, rappelant celle de Mr Robot, est remarquable ; ensuite, sur le fond, l’idée de ne pas nous éclairer sur la culpabilité ou non de Naz va être source d’un suspense retors ; et enfin la présence de l’excellent John Turturro dans la peau de l’avocat annonce une interprétation pleine de bonnes surprises. Les épisodes suivants ne feront jamais mentir ces trois promesses, la qualité formelle et scénaristique n’allant jamais flancher au cours de ce lent dispositif juridique. Alors que les audiences devant le juge se multiplient sans rien faire avancer à l’affaire, que l’emballement médiatique enterre la notion de présomption d’innocence, que la communauté pakistanaise subit le poids des à priori, le véritable drame nous provient du récit de ce jeune Naz, pourtant présenté comme un garçon introverti, que l’on suit en train de sombrer dans une implacable spirale de violence.

Car, en plus de s’axer sur le modèle des grands thrillers juridiques américains (Autopsie d’un meurtre, Du silence et des ombres, Verdict…), la série s’inscrit également dans la veine des huis-clos pénitenciers les plus bruts (Dog Pound, Midnight ExpressUn Prophète…) Aussi bien décrit que l’emballement médiatico-judiciaire, l’enfer carcéral est dépeint avec un réalisme qui fait froid le dos. Mais qui dit intrigue criminelle, dit invariablement enquête. Et là où The Night Of s’éloigne de ses sentiers battus, c’est en donnant plus de place aux investigations menées par l’avocat de la défense (John Turturro) qu’à celles de la police, même si l’inspecteur en charge du dossier (l’excellent Bill Camp) tient une place dans la mise en lumière des nombreuses preuves et du sens à leur donner. Car toutes ces pistes scénaristiques convergent invariablement vers un dernier épisode, qui -là encore sans surprise- réunit les réquisitoires des deux parties, le verdict final mais aussi et surtout des retournements de situation qui viendront changer la balance. Mais malgré toute l’émotion que pourra susciter cette conclusion, on ne pourra pas s’empêcher de ressentir un gout amer de frustration face à l’absence de résolution concrète à ce dossier criminel qui nous aura tenu en haleine pendant plusieurs semaines.

Et une leçon de cinéma

En plus d’être une série criminelle à l’écriture d’un niveau bien supérieure à celle de ses concurrents directs, The Night Of est la preuve que les échecs de Steven Zaillian en tant que réalisateur de film (Préjudice, Les fous du roi…) ne l’empêchent pas d’être un excellent metteur en scène. La façon qu’il a de filmer chaque scène, donnant leur part belle aux détails et aux jeux de regard, grâce à une maîtrise ahurissante des effets de lumière et de profondeur de champ, parvient à rendre palpables les émotions de ses personnages. Cette réalisation virtuose profite parfaitement du travail de 3 chefs opérateurs reconnus : Igor Martinovic (House of Cards saison 2), Frederick Elmes (Sailor & Lula, Coffee and Cigarettes, Paterson…) et Robert Elswit (Magnolia, Night Call, Inherent Vice…). Mais ce que l’on retiendra de la mini-série est très certainement son excellent casting, à commencer par son rôle principal, Riz Ahmed (récemment vu dans Jason Bourne et bientôt dans Star Wars : Rogue One). Sa partition toute en retenue est l’élément principal qui permet de maintenir, du début à la fin, le doute quant à la culpabilité du personnage. Et impossible de nier que Turturro en juriste marginal, d’Amara Karan en magistrate idéaliste ou encore de Jeannie Berlin en redoutable procureure donnent à eux-trois une intensité à chaque scène de procès que l’on a rarement vue au cinéma.

A une heure où HBO traverse une période difficile (l’échec successif de Vinyl et la fin prochaine de Game of Thrones), le succès de cette première saison de The Night Of sonne comme un renouveau pour la chaine câblée mais aussi pour le genre en général auquel la série apporte un réalisme socio-politique d’une rare pertinence. A présent, il ne nous reste qu’à attendre de voir si la suite sera du même acabit ou si, à l’instar de True Detective et American Horror Story, la volonté d’en faire une anthologie sans lien entre les saisons l’empêchera de se maintenir au niveau.

The night of : Teaser

The night of : Fiche technique

Créateurs : Richard Price, Steven Zaillian
Réalisation : Steven Zaillian
Scénario : Richard Price, Steven Zaillian, d’après la série Criminal Justice de Peter Moffat
Interprétation : John Turturro (John Stone), Riz Ahmed (Nasir Khan), Bill Camp (Dennis Box), Amara Karan (Chandra), Peyman Moaadi (Salim Kahn), Poorna Jagannathan (Safar Kahn), Jeannie Berlin (Helen Weiss)…
Image : Igor Martinovic, Frederick Elmes, Robert Elswit
Musique : Jeff Russo
Montage : Nick Houy
Direction Artistique : Michael Ahern
Décors : Lester Cohen
Costumes : Catherine George, Julie Weiss
Production : Richard Price, Steven Zaillian, James Gandolfini, Jane Tranter, Peter Moffat
Société de production : BBC Worldwide Productions
Genre : Drame, policier
Format : 8 épisodes (un pilote de 75 minutes, 6 épisodes de 55 minutes et 1 final de 90 minutes)
Diffusion : OCS depuis le 11 juillet 2016

Etats-Unis – 2016

Voir du Pays, un film de Delphine et Murien Coulin : Critique

Cinq ans après avoir évoqué le touchant récit d’adolescentes faisant face à une maternité soudaine dans 17 filles, les sœurs Coulin présentent leur nouveau film et sont directement propulsées à Un Certain Regard après avoir été révélées à la Semaine de la Critique en 2011.

Synopsis : Deux jeunes militaires, Aurore et Marine, reviennent d’Afghanistan. Avec leur section, elles vont passer trois jours à Chypre, dans un hôtel cinq étoiles, au milieu des touristes en vacances, pour ce que l’armée appelle un sas de décompression, où on va les aider à « oublier la guerre ». Mais on ne se libère pas de la violence si facilement…

Avec sa sœur Muriel à la réalisation, Delphine Coulin adapte son roman Voir du Pays, très remarqué en 2013 (Révélation Roman Français pour l’Express) qui retrace le parcours de deux femmes militaires envoyées en sas de décompression dans un luxueux hôtel chypriote avec toute leur unité. Mais en ressassant le passé, il sera difficile de ne pas faire resurgir la nature de ces soldats confrontés à la violence pendant des mois.

A armes pas vraiment égales

Il faut croire que le cinéma français a à cœur de traiter du conflit afghan, un an après le viril Ni le ciel, ni la terre de Clément Cogitore qui évoquait la perte de raison des soldats français, embourbés dans une guerre sans fin. Ici, les sœurs Coulin livrent un film au propos fortement féministe en adoptant le point de vue de deux filles marquées physiquement et psychologiquement par la guerre et qui devront faire avec leurs séquelles et affirmer leur place dans une unité ayant du mal à retrouver ses repères, dans un monde aux antipodes de ce qu’elles ont vécu en Afghanistan. Le « Voir » du titre du film est un verbe intéressant tant il est utilisé à plusieurs fins dans le film. Après une opération militaire qui a mal tourné, chacun profite du sas pour exprimer son point de vue. Ce stage soutenu par l’armée les oblige même à revivre l’événement grâce à un casque de réalité virtuelle. Il est intéressant de noter que la première image du film est un plan large à l’intérieur d’un avion où toute la section a les yeux bandés par des masques, pour pouvoir dormir. Ariane Labed (The Lobster, Fidelio l’Odyssée d’Alice) se réveille à cet instant dans un léger sursaut en se débarrassant de son masque de nuit. Une métaphore intéressante quoique démonstrative de l’impossibilité de fermer les yeux aussi facilement sur des événements aussi traumatiques. Et dans tout ça, il faut encore que les femmes présentes dans l’armée supportent un mépris général de la part des hommes. Il ne fallait pas moins qu’Ariane Labed et Soko pour porter un tel film et en faire un témoignage universel de l’impossible retour à la réalité des soldats et de la difficile condition des femmes dans l’armée. Bien qu’elles interprètent deux femmes contraires (une douce et l’autre forte), les deux actrices s’avèrent suffisamment en retenue pour ne pas tomber dans la caricature. Elles sont des femmes qui assument aussi bien leur caractère difficile, marqué par la guerre, que leur féminité revendiquée. C’est là tout le propos de ce film qui tend à redonner la place des femmes dans l’armée, trop souvent oubliées.

Sans être un mauvais film, Voir du Pays laisse sur sa faim en oubliant d’aller au fond de son sujet. Restent les performances d’Ariane Labed et Soko, toutes deux convaincantes.

Mais en évoquant uniquement en surface le sujet sensible qu’est le harcèlement des femmes dans l’armée, les sœurs Coulin délivrent une partition attendue et sans audace du délicat retour au pays des soldats envoyés au front. Les cinéastes développent des pistes et les enjeux des personnages mais oublient de les traiter en profondeur. Quel regret de porter l’attention sur un maître-chien et de l’oublier aussitôt, ou de laisser planer le doute sur les intentions des locaux qui voient d’un mauvais œil ces soldats. Tout ça participe à l’inaboutissement d’un film qui avait un formidable (et trop rare) matériau à traiter.  Le problème, c’est qu’alors le récit ne peut s’empêcher de tomber dans les poncifs du genre, en faisant état du racisme ambiant dans l’armée ou du prévisible retour des instincts primitifs de ces hommes affamés. Pire encore, son dénouement en laissera plus d’un frustré après avoir assisté pendant tout le film au combat de deux femmes, tenant tête face aux hommes. Visuellement  sans audace, Voir du Pays semble également lorgner du côté de l’exposé théorique de tous les stress post-traumatiques ainsi que les rapports paradoxaux entre les hommes  et les femmes, comme dans un petit manuel, bien appliqué.

On peut difficilement être déçu par ce second long métrage qui évoque des thématiques intéressantes et peu entrevues dans le cinéma, mais il est regrettable qu’elles soient traitées à certaines reprises par des lourdeurs agaçantes. Il manque également la puissance et la tension qui sied bien à ce genre de films militaro-dénonciateurs dont les Américains sont les plus fervents représentants (Jardhead, Rambo, etc.). Néanmoins Voir du Pays est un film qui a le mérite d’exister par le traitement d’une situation encore très taboue dans le cercle militaire. Il permettra de faire réfléchir certains esprits et de se placer comme un bon exemple de ces films qui donnent aux femmes l’importance qu’elles méritent. Honorable mais terriblement imparfait.

Voir du Pays : Bande-annonce

https://www.youtube.com/watch?v=Tms-Nmo6FyY

Voir du Pays : Fiche Technique

Réalisation : Delphine et Muriel Coulin
Scénario : (d’après l’oeuvre de) Delphine Coulin
Interprétation : Soko (Marine), Ariane Labed (Aurore), Ginger Romàn (Fanny), Karim Leklou (Max), Andreas Konstantinou (Chrystos), Makis Papadimitriou (Harry), Alexis Manenti (Jonathan), Robin Barde (Toni)
Photographie : Jean-Louis Vialard
Costume : Isabelle Pannetier
Décors : /
Montage : Laurence Briaud
Musique : /
Producteurs : Denis Freyd, Fenia Cossovitsa
Sociétés de Production : Archipel 35, Arte France Cinéma, Blonde Audiovisual Productions
Distributeur : Diaphana Distribution
Festival et Récompenses : Prix du Scénario Un Certain Regard Festival de Cannes 2016
Genre : Drame
Durée : 102 minutes
Sortie en salles : 07 septembre 2016

France, Grèce – 2016

Agents presque secrets, un film de Rawson Marshall Thurber : Critique

Agents presque secrets (Central Intelligence), lorsqu’Universal lâche ses « Nice Guys ». Après leur Seigneur « Warcraft » des Anneaux et le relancement de la licence Jurassic Park, Universal Studios poursuit sa course à la production de franchise.

Synopsis : Le gars le plus populaire de la promo d’un lycée, aujourd’hui comptable désabusé, est recontacté par un ancien geek devenu agent d’élite à la CIA. Poursuivi par ses anciens partenaires pour le meurtre de son co-équipier et accusé d’être l’ennemi qu’il a juré d’éliminer, ce dernier recrute pour le seconder le comptable qui, vingt ans plus tôt, l’avait aidé. Avant même que notre col blanc ne réalise ce dans quoi il s’est embarqué, il est trop tard pour faire marche arrière. Le voilà propulsé sans autre cérémonie par son nouveau « meilleur ami » dans le monde du contre-espionnage où, sous le feu croisé des balles et des trahisons, les statistiques de leur survie deviennent bien difficile à chiffrer… même pour un comptable.

Ces dernières années, le buddy movie, ou buddy cop movie, avait regagné ses lettres de noblesses avec les succès critiques et publics de 21 & 22 Jump Street de Phil Lord et Christopher Miller (en charge du spin-off A Star Wars Story : Han Solo), et le récent succès The Nice Guys du maître du buddy movie moderne (né avec la saga L’Arme Fatale / Lethal Weapon, dont il est le scénariste), Shane Black, entre autres. Universal Studios, depuis ces dernières années, tend à étendre ses franchises ad vitam æternam. On peut penser à Fast & Furious, qui en est à son huitième volet et à Jurassic Park, rebootée avec Jurassic World, premier du nom, qui va connaître de nombreuses suites. Il y a aussi les reboots de leurs plus vieilles franchises, les licences monstrueuses La Momie, Dracula, ou encore l’Homme Invisible entre autres, qui vont être rebootées pour mettre en place leur propre univers partagé contre ceux de Marvel et DC Comics/Warner Bros, et ainsi avoir une autre franchise possiblement juteuse, espèrent-ils depuis leurs bureaux d’Universal City à Los Angeles. Et puis il y a la reprise du genre. La trilogie du Hobbit terminée, le genre heroic fantasy et plus particulièrement la « saga de genre heroic fantasy » était orpheline au cinéma, alors qu’à la télévision Games of Thrones poursuit son énorme succès. Universal s’est lié avec la société de jeu vidéo Blizzard Entertainment à l’origine du succès vidéoludique international World of Warcraft. En adaptant le jeu au cinéma avec Warcraft : Le Commencement, Universal joue, discrètement mais surement, à l’image de Jackson deux cartes : celle de la nouvelle saga heroic fantasy au cinéma ; et la carte de l’adaptation (ici d’un jeu vidéo). Mais Universal n’a pas fini d’étendre son empire de franchise.

Après le renouveau du buddy movie avec les succès cités plus haut entre autres, et qui a amené à la création de nouvelles franchises (oui, The Nice Guys 2 est bien prévu, de même que 23 Jump Street), Universal lâche ses Agents presque secrets, comédie d’espionnage, reprenant et digérant la définition et les codes du buddy movie, sur fond d’une intrigue d’espionnage d’une banalité et d’une facilité à couper le souffle, et qui feront pousser au spectateur connaisseur un : « Mais… Encore… Pourquoi ? ». Pour reprendre l’exercice de réflexion d’une intrigue (nommé High Concept) qu’ont à faire les jeunes étudiants de l’école Luc Besson à Saint-Denis : Agents presque spéciaux = 21 Jump Street + Johnny English le Retour + n’importe quel film avec Eddie Murphy post-Flic de Beverly Hills 3.

N’hésitez pas à (re)voir les deux films cités, quant à Eddie Murphy, place à la petite explication. Kevin Hart joue avec deux éléments de son personnage, éléments déjà fortement travaillés – si l’on peut parler ainsi –  par Eddie Murphy dans sa carrière : l’humour sur la communauté noire ou sur les « blacks », et le sentimentalisme lié au conservatisme des personnages. Depuis sa petite apparition dans 40 Toujours Puceau de Judd Apatow en 2005, Kevin Hart multiplie l’humour sur la communauté noire et ses blagues de « black ». Que ce soit dans le récent En Taule : Mode d’Emploi (Get Hard) ou ici, Hart poursuit son humour communautariste déjà usé par Murphy en son temps, à tel point que l’acteur a tenté de se renouveler dans d’autres genres de comédies (notamment familiales). Un humour qu’on sait dominé ailleurs par d’autres tels que Woody Allen (vis-à-vis de la communauté juive et de celle new-yorkaise embourgeoisée) et renouvelé à petite dose surinterprétée et exagérée au point d’en être irrévérencieusement délicieux par Ice Cube dans 21 et 22 Jump Street. Murphy jouait déjà sur la lourdeur de cet humour, et l’irrévérence de celui-ci. Hart lui, est gentil. Et un gentil qui ne sait pas réellement mordre. Le personnage d’Hart ici rappelle ceux de Murphy à partir du Professeur Foldingue, des personnages peut être vulgaires parfois, mais au final, hyper-bienséants et faisait d’une manière inepte (souvent à coup d’happy ends sur-orchestrés) la promotion des valeurs de l’américain empli d’ambition notamment lié à l’héroïsme, ainsi que les valeurs de la famille, de l’union d’un homme ET de SA femme (voir photogramme ci-dessus), et plus largement d’une vision de l’amour peu crédible. Si l’après introduction du film détruit délicieusement tous ces éléments en nous présentant notre héros aigri et désabusé, la suite fera hélas l’éloge (dégueulasse) de ceux-ci. Ici, seul le personnage interprété par Dwayne Johnson, toujours très drôle dans le rôle du p’tit gros traumatisé devenu méga biscotto, semble pouvoir être et rester borderline, hyper masculinisé et adorateur de licornes, agent capable de neutraliser quatre homme en quelques secondes et amateur de câlins, et danseur quasiment professionnel…

Mais si Eddie Murphy a su poursuivre ses cabrioles de petit actionner dans Pluto Nash ou encore Showtime, Kevin Hart ne joue pas toujours volontairement de la cascade. Là où le réalisateur Rawson Marshall Thurber, à qui l’on doit Dodge Ball et Les Miller Une famille en herbe, semble réellement exister dans ce produit manufacturé, c’est non pas dans les dialogues majoritairement ringards du film mais dans les situations qu’il sait mettre en scène, celles où les héros subissent l’événement. Et le comptable interprété par Hart sera magistralement trimballé par celui de Johnson nommé Bob Stone (entre autres noms) lors d’une scène à l’agence du premier (voir photogrammes ci-dessus à droite). On pense aussi à la formidable scène où Hart retrouve sa femme chez le psychanalyste qui a en fait été remplacé par Bob Stone, qui se transforme en échange de baffes. Attention, si elles renouent avec le slapstick, les scènes d’action ne sont pas excellemment réalisées, au contraire, elles tendent à être brouillonnes et illisibles. On notera aussi les trucages de Johnson en surpoids monstrueux (que ce soit techniquement et dans la construction corporelle) et alors assez honteux et immondes. Et si les autres buddy movies ancrent les héros dans notre réalité avec des passants, des seconds rôles, des figurants, de l’activité hors intrigue, Agents très spéciaux suit nos héros et les bad guys étape par étape, comme s’ils étaient hors du monde malgré la présence de seconds rôles et de figurants lors de scènes au lycée et à l’agence comptable. Ainsi les enjeux ne semblent compter que pour eux, et ne semblent avoir aucun poids sur le monde malgré les nombreuses répétitions de Bob Stone au personnage de Hart qui contribuerait « à sauver le monde libre ». Bref le sort du monde, quasiment inexistant à l’écran, est entre les mains de quelques personnes. On remarquera aussi la mise de la production sur la galerie de personnages, avec la présence à l’écran de Jason Bateman (toujours une valeur sûre de la comédie), et Mélissa McCarthy (qui n’avait vraiment pas besoin de cette apparition). Enfin les autres acteurs interprètent leur rôle de telle manière que des clichés vivent à nouveau à l’écran dans une intrigue mâchée et surdigérée (pour ne pas redire « clichée », oups, c’est fait) : Amy Ryan est une froide et déterminée dirigeante (tout en beauté) ; Aaron Paul assure le minimum et se révélera être (ATTENTION SPOILERS) un méchant très méchant (FIN DU SPOILER) ; Danielle Nicolet est la femme parfaite et brillante écartée d’un danger qu’elle ne perçoit pas, notamment parce que trop préoccupée par ses problèmes de couple ; Ryan Hansen interprète le pervers hypocrite absolu.

Mais rassurez-vous ou crevez de peur, Agents presque secrets, qui aurait pu être plus qu’un autre divertissement de l’été oubliable (et possiblement à oublier), est pour l’instant un franc succès : 212 millions de dollars de recette pour 50 millions de budget. La suite ne devrait donc pas tarder à être lancée, ou alors, Universal réutilisera la formule pour relancer la machine probablement (et sobrement) nommée : We Want Money ! And we want it fast !

Agents presque secrets : Bande-annonce

Fiche Technique : Agents presque secrets

 

Titre original : Confidential Intelligence
Réalisation : Rawson Marshall Thurber
Scénario : Ike Barinholtz, David Stassen, Rawson Marshall Thurber, d’après une histoire d’Ike Barinholtz et David Stassen
Interprétation : Dwayne Johnson, Kevin Hart, Amy Ryan, Danielle Nicolet, Aaron Paul, Ryan Hansen, Jason Bateman, Melissa McCarthy
Directeur de la photographie : Barry Peterson
Musique : Theodore Shapiro
Montage : Mike L. Sale, Brian Scott Olds
Décors : Stephen J. Lineweaver, Leslie E. Rollins
Costumes : Carol Ramsey
Producteurs : Scott Stuber, Peter Principito, Paul Young, Ed Helms (co-producteur)…
Production : Universal Pictures, New Line Cinema, Bluegrass Films, Principito-Young Entertainment
Distribution : Universal Pictures International
Budget : 50 millions de dollars
Durée : 109m
Genre : Comédie, Action
Date de sortie française : 24 août 2016

Etats-Unis – 2016

Death House : le trailer dévoilé au festival Days of the Dead le 03 Septembre

0

Death House : le réalisateur Harrison Smith va présenter la bande-annonce lors d’une convention aux USA

 

A presque deux mois de la cérémonie d’Halloween, qui coïncide avec les sorties en salles de nombreux films terrifiants pour de belles soirées popcorn en perspective, les mordus d’horreur vont scruter avec attention les événements qui vont se dérouler lors d’une convention dans la ville de Louisville, dans l’état du Kentucky. A cette occasion, Death House, le film gore indépendant le plus attendu de l’année, va faire parler de lui, le week-end prochain.

Le réalisateur Harrison Smith est invité le Samedi 03 Septembre 2016 pour une conférence lors de la convention Days of the Dead dans la ville de Louisville. A cette occasion, il dévoilera la bande-annonce de  Death House en exclusivité mondiale. Au vu de ces images, les cinéphiles amateurs du genre horrifique pourront se faire une idée de la qualité ou de la médiocrité du film.

Ce long-métrage réunit un casting impressionnant de stars du genre des années 1980 et 1990, ce qui lui a valu d’être présenté comme le Expendables de l’horreur. Kane Hodder, Tony Todd, Dee Wallace, Barbara Crampton, Debbie Rochon, Adrienne Barbeau, Bill Moseley, Michael Berryman, Lloyd Kaufman ou bien encore Sid Haig sont à l’affiche de ce film, produit par Entertainment Factory.

L’intrigue de Death House plonge les spectateurs dans un univers carcéral. Deux agents du FBI, pris au piège dans un établissement pénitentiaire suite à une émeute, sont confrontés à des forces démoniaques. La prison abrite une porte vers l’Enfer…

De nombreux fans de films d’horreur craignent le pire et n’ont pas caché leur déception depuis qu’ils ont vu les premières photographies dévoilées par la production et surtout depuis la révélation sur les personnages du film. Mis à part Leatherface, aucun des monstres sacrés de l’horreur n’est présent dans le film Death House. Kane Hodder n’incarne pas Jason Voorhees. Tony Todd n’interprète pas le rôle de Candyman. Toujours aucune nouvelle sur la présence de Robert Englund, même pour une brève apparition avec un caméo, sous les traits Freddy Krueger.

L’équipe du film défend fièrement ce projet et souhaite faire honneur aux amateurs de films d’horreur. Ils désirent rendre un bel hommage à l’acteur Gunnar Hansen, lui qui interprétait Leatherface dans Massacre à la Tronçonneuse. Gunnar Hansen était très impliqué dans l’écriture et le projet de Death House, avant sa disparition en Novembre 2015.

Harrison Smith et l’équipe du film organisent de nombreux concours sur la page Twitter du long-métrage. Une manière habile de récompenser les fans, de faire parler du film sur la toile et de faire grimper le nombre de followers rapidement.

La date de sortie du film dans les salles obscures n’est pas encore connue et pourrait être communiquée dans cette bande-annonce : Halloween 2016, début 2017 ou Halloween 2017 ? La réponse sera apportée à Louisville, lors du festival Days of the Dead. La convention se déroule du 02 au 04 Septembre 2016 au Crown Plaza Louisville Airport Hotel.

Premier verdict donc le 03 Septembre et dans quelques mois au cinéma ou en direct-to-video pour savoir si Death House est une simple série Z à vite oublier ou une véritable claque horrifique capable de redéfinir les codes du genre.

Comme de coutume aux USA, un teaser trailer haletant et terrifiant a été dévoilé cet été par la production. Cette bande-annonce, très brève, permet de constater la présence de Leatherface et l’absence d’effets numériques pour les effets spéciaux.

Death House – teaser trailer : (VO – âmes sensibles s’abstenir)