Feed The Beast, une série de Clyde Phillip: critique de la saison 1

Au contraire de la télé-réalité et autre concours qui pullulent sur nos écrans, les séries culinaires sont plutôt rares dans l’univers de la télévision.

Synopsis : Tommy Moran, considéré comme le meilleur sommelier de tout New York, et Dion Patras, un brillant chef qui s’est laissé entraîner dans des affaires douteuses, sont comme des frères. Ils ont toujours eu pour objectif d’ouvrir leur propre restaurant mais les problèmes de Dion ont tout fait partir en fumée. Lorsque Dion sort de prison, les deux amis vont tenter de se reconstruire et se laisser une dernière chance pour monter le restaurant de leurs rêves dans le Bronx. Mais évidemment, les démons du passé et les problèmes de Dion avec la mafia locale vont venir tout compliquer…

Au menu du jour: du vin, de l’amour et des coups de feu

Non pas que ce thème est rarement abordé : loin de là, il peut être assimilé à des caractéristiques identifiables chez certains personnages ou servir de fil rouge tout le long d’une saison. Dernièrement, la série Hannibal, mettant en scène le délicieusement psychopathe docteur Hannibal « le cannibale » Lecter, est le parfait exemple : son raffinement en matière de sommellerie et de gastronomie, ainsi que la manière quasi perfectionniste de filmer la préparation des plats de chair humaine, fascine autant qu’elle ne dégoûte. De même, la série française Chefs avec Clovis Cornillac se passait presque exclusivement en cuisine, montrant l’envers du décor des restaurants, comme le fait régulièrement le monde du cinéma (entre autres, le très réussi Ratatouille, ou le très moyen A Vif !). Il faudra désormais compter parmi cette liste Feed The Beast.

Il y a derrière ce projet une série originale et un homme. La série, c’est Bankerot, une production danoise par Henrich Ruben Genz, s’étalant sur deux saisons de 8 courts épisodes chacune d’environ 25 minutes. L’homme, c’est Clyde Phillips, connu pour avoir produit et mis en scène de nombreuses séries, dont Parker Lewis ne Perd Jamais, La famille Green, et surtout Dexter. Feed The Beast ne fait que confirmer sa volonté de se diversifier dans les choix qu’il opère et met en scène. Il s’entoure pour cela d’un habitué des séries télévisées : David Schwimmer, alias Ross dans la sitcom désormais culte Friends, qui n’a pas hésité ces dernières années à étendre sa palette de jeu quitte à ne pas se laisser enfermer dans le style strictement comique, et à interpréter des rôles plus dramatiques. On pense notamment à la première saison de Band of Brothers en 2001 ou plus récemment à American Crime Story. Dans notre série du jour, il dévoile une nouvelle facette de son talent en jouant un père endeuillé suite au décès de son épouse. Devant à la fois faire face à ses obligations de père, mais aussi de chef d’entreprise dans la création et la bonne gestion du restaurant -le leitmotiv de cette saison- il apparaît complètement désarçonné, dépassé face à ces coups du sort, mais a la contrainte de se relever afin de réussir ses objectifs cités plus haut. Le pilote ainsi que l’épisode 7 sont particulièrement symptomatiques de ce type de comportement : perdu, en larmes, sous l’emprise quasi constante de l’alcool et en manque de l’amour de sa vie, mais se redressant pour élever simplement son fils. Ce qui est parfois compliqué avec Dion, le deuxième rôle-titre de Feed The Beast, interprété par Jim Sturgess.

En effet, Schwimmer forme avec ce dernier un duo fonctionnant sur l’antagonisme. Si lui paraît faible psychologiquement parlant, mais prudent et réfléchissant toujours dans sa prise de décision, Dion est une petite frappe accumulant les tares, agissant à l’instinct, et conjuguant avec excès parfois les femmes et les rails de cocaïne. Ils sont rapidement rejoints par Pilar (pétillante Lorenza Illo), véritable atout charme de cette série, qui les aidera dans la gestion financière de leur établissement, non sans un certain attachement auprès de Tommy. Vous l’aurez compris, ce trio est véritablement la plus grande réussite de la série. L’interprétation est très bonne, chaque acteur trouvant le ton juste, ne cabotinant jamais et ne faisant pas dans le pathos malgré la gravité de certaines situations. De plus, au vu des événements leur arrivant tout le long de la saison, leur complémentarité malgré l’opposition de leurs caractères procure une certaine densité à leurs relations : le deuil de Tommy et de son fils, son rôle de père, son histoire avec Pilar, la création du restaurant, les problèmes de Dion avec la mafia locale… Car oui, une intrigue policière entremêlant à la fois boss mafieux, meurtres à la pelle et braquages vient se greffer sur tout cela. Et là nous touchons au problème principal de Feed The Beast.

Cette série manque indéniablement d’une véritable identité. A force de multiplier les genres et les entrecroiser, la sauce ne prend pas toujours. Là où la partie dramatique se constitue essentiellement du drame familial, du harcèlement moral subi à l’école par le fils de Tommy, et de sa relation douce-amère avec son père et Dion ; il n’en est pas de même pour la partie dite policière, nettement moins réussie. Par exemple, contrairement au trio de tête, le personnage de Patrick Woichik, le principal représentant de la pègre locale, peinant à exister malgré l’absence de son père, ne parait pas très intéressant ni très menaçant. Ses motivations paraissent forcées, et son interprétation par Michael Gladis ne convainc guère. Elle rappelle le personnage de Wilson Fisk de Daredevil, notamment par son côté monolithique pouvant exploser à tout moment, mais sans avoir le jeu et la carrure de Vincent D’Onofrio. De même, les principales actions émanant de cette partie n’impressionnent pas, essentiellement à cause d’un manque d’inventivité, créant un effet d’écho avec d’autres séries du même genre. Ici, on aura donc une fois de plus droit à une mafia très vilaine, tuant sans génie et escroquant sans vergogne, des problèmes d’argent se résolvant par un braquage, des inspecteurs de police véreux… Bref, rien de bien nouveau, et ce malgré le final du dernier épisode procurant une certaine tension et un malaise auprès du spectateur, ce dernier voulant connaître la suite des aventures des personnages…si toutefois la série est renouvelée.

Conçu comme un véritable menu, mélangeant les genres et les saveurs pour concocter au spectateur un met des plus riches, Feed The Beast rate cependant le coche, et n’est pas aussi raffiné qu’il aurait dû être. Sa partie policière par exemple pêche par une interprétation bancale et des situations répétitives déjà vues mille fois. Mais cette série reste agréable à regarder, par son interprétation sans faille du trio de tête (Schwimmer, Sturgess, Illo) entraînant de surcroît des enjeux dramatiques intéressants. Et une série mettant enfin la cuisine en avant est forcément sympathique, non ?

Feed The Beast : Bande annonce

Feed The Beast : Fiche Technique

Créateur : Clyde Phillip
Réalisation : Steve Shill, Daniel Attias, Dennie Gordon…
Scénario : Clyde Phillip, David Babcock, Liz Sagal,
Interprétation : David Schwimmer (Tommy Moran), Jim Sturgess (Dion Patras), Lorenza Illo (Pilar Herrera), Michael Gladis (Patrick Woichik), John Doman (Aidan Moran), Elijah Jacob (TJ Moran)…
Production : Clyde Phillip, Henrik Ruben Genz, Malene Blenkov, Piv Bernth
Sociétés de production : Lionsgate
Genre : Drame, policier
Format : 10 épisodes de 43 minutes
Chaine d’origine : AMC Studios
Diffusion aux USA : mai 2016

Etats-Unis – 2016

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Kevin Beluche
Kevin Beluchehttps://www.lemagducine.fr/
Grand passionné de cinéma depuis mes 3 ans, âge auquel j’ai pour la première fois mis les pieds dans une salle de cinéma (Aladdin !), je n’ai depuis cessé d’alimenter mon amour vis-à-vis du septième art. A travers des critiques ponctuelles, des discussions endiablées entre passionnés et amis, de nombreux achats d’objets collector et de sorties, cet art est devenu un réel besoin ne demandant qu’à être assouvi encore davantage. Ayant un double diplôme dans la finance et la comptabilité à Nancy, je travaille actuellement dans une boite de BTP en tant que responsable administratif. Mais fort heureusement, le cinéma ne m’a jamais réellement lâché, l’écriture me permettant de transmettre les rouages et mécanismes de ma passion.

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