Hollywood Dementia : une plateforme de récits-fictions sur les déviances d’Hollywood adaptés par HBO !
Hollywood Dementia, c’est quoi ça ?
Le site est opérationnel depuis Juin 2016 sur hollywooddementia.com. Lancé en Août 2015 par Nikki Finke, la fondatrice de Deadline Hollywood, Hollywood Dementia permet la publication en ligne de récits fictionnels sur la vie des professionnels du cinéma obsédés et tourmentés par ces métiers de création et d’imaginaire. Résultats : des textes originaux, audacieux, tantôt humoristiques, tantôt délirants et agrémentés d’illustrations Pop Art rétros et colorées dans la veine de Roy Lichtenstein.
« Depuis F. Scott Fitzgerald, John O’Hara et plus récemment Michael Tolkin ou Bruce Wagner, peu d’écrivains bien informés avaient réussi à aborder le Showbiz dans la fiction courte ou à se faire payer pour ça. Désormais, on peut ajouter mon nom à la liste de ceux qui tentent le challenge – et j’invite tous les scénaristes du cinéma d’Hollywood et de la télévision, les producteurs, journalistes, critiques et auteurs à se joindre à moi ! » a expliqué Nikki Finke pour vendre son projet.
N’est pas Dément qui veut !
Ce projet collaboratif (sorte de crowdfunding), la journaliste tient d’abord à y participer en tant qu’écrivaine. Le site gratuit sera dédié à la création en ligne d’histoires fictives sur la vie et le travail à Hollywood. Nikki Finke va non seulement écrire certains des textes, mais elle va surtout organiser les contributions pour les scénaristes et permettre de révéler au grand jour bien d’autres artistes. Mais les récits se doivent d’être croustillants et un tantinet borderline pour aguicher lecteurs et investisseurs !
Dès la page d’accueil, Nikki annonce la couleur avec cette citation : « Hollywood Dementia : nom définissant la détérioration des facultés intellectuelles, telles que la mémoire, la concentration et le jugement, provoquée par le travail dans l’industrie du divertissement et empêchant l’individu d’être capable de penser clairement ou de distinguer ce qui est réel de ce qui ne l’est pas. »
En clair, les récits devront raconter les déviances des stars, producteurs, scénaristes et autres réalisateurs hollywoodiens…leurs fantasmes, leurs délires, leurs malaises… Le tout en restant dans la fiction : les faits tirés de la réalité sont absolument prohibés !
Intéressé ? L’auteur doit avant tout se montrer convainquant et être un fin connaisseur de la « mafia hollywoodienne ». Un premier tri passe par Nikki Finke elle-même car elle tient à s’assurer des connaissances de ses rédacteurs sur le milieu d’Hollywood. La journaliste exige alors qu’un e-mail lui soit adressé directement. Les volontaires devront se vendre par écrit et patienter jusqu’à ce qu’ils reçoivent enfin une invitation personnelle. Les textes ou les extraits proposés compteront entre 2500 et 8000 mots et seront sardoniques et provocateurs ou comme Nikki le dit si bien :
« Venez pour le Cynisme, restez pour la Subversion. »
Un contrat avec HBO !
Nikki a récemment conclu un premier accord avec HBO pour utiliser les oeuvres en ligne sur Hollywood Dementia. La chaîne câblée sera donc prioritaire sur les adaptations des récits-fictions qui seront ainsi produites par Nikki Finke et Christine Vachon de Killer Films.
A ce jour, Hollywood Dementia compte déjà plus de 300 histoires loufoques et uniques pour une centaine d’écrivains triés sur le volet ! Parmi les plus lus : Jeffrey Peter Bates (The Billion Dollar Bikinique CineSerieMag vous conseille en priorité), Ian Randall Wilson (The Business), Steven Axelrod (Necessary Monsters)… Bien évidemment, les textes sont tous en anglais. Bonne lecture & have Fun !
Casey Affleck porte le mélodrame sur ses frêles épaules mais ne parvient pas à générer l’émotion altérée par ce scénario convenu et mal construit qui semble avoir été conçu pour satisfaire les conventions propres au Festival de Sundance.
Synopsis : Après plusieurs années passées à Boston, Lee Chandler retourne à Manchester, Massachusetts, après la mort de son frère. Il y prend en charge son neveu Patrick, mais son deuil et son retour dans la ville font renaitre en lui des souvenirs douloureux qu’il aurait voulu garder enfouit.
Le poids du passé
Même si son meilleur rôle à ce jour reste celui de Gone Baby Gone, réalisé par son frère, on peut affirmer depuis longtemps – depuis la trilogie Ocean’s diront certains, depuis Gerry diront d’autres – que Casey Affleck s’est fait un prénom, essentiellement grâce à son physique fragile et surtout à son regard capable d’en dire beaucoup, que ce soit une profonde délicatesse ou la pire des fourberies. A l’occasion de son troisième long-métrage, Kenneth Lonergan lui offre le rôle principal, celui d’un homme brisé qui va avoir à se reconstruire. Le schéma classique de « retour aux sources et confrontation au poids du passé », Casey l’avait déjà pratiqué dans l’excellent (mais méconnu) Lonesome Jim. Ici, le personnage est ancré dans sa mélancolie, toujours au bord de l’explosion intérieure, et surtout mutique. C’est cette contrainte qui rend sa prestation remarquable, car réussir à exprimer tant d’émotions en en disant si peu est le fruit d’un jeu d’acteur qui mérite d’être salué. Présent dans chaque plan, ce cher Casey est le cœur de cette quête de soi rédemptrice. Pourquoi rédemptrice ? Parce que son personnage, Lee Chandler, traine derrière lui un traumatisme qui le rend irritable et dont il cherchera inconsciemment à se débarrasser.
Ce schéma scénaristique pour le moins classique va de plus se développer via une structure narrative anodine… et terriblement maladroite. Toute la première moitié du long-métrage va ainsi se scinder entre deux axes temporels, l’une suivant ce que vit Lee, la seconde explorant ses souvenirs à grands coups de flash-backs. Mais aucune distinction visuelle n’étant perceptible entre ces éléments (et surtout pas Casey Affleck qui ne vieillit pas d’une époque à l’autre), la reconstitution de ce puzzle chronologique va peu à peu prendre le pas sur le ressenti des émotions de ces trop nombreuses scènes chargées en mélancolie. Ce dispositif poussif ne fait naitre qu’un seul et unique enjeu: celui de deviner quel est ce drame qui hante Lee. Lorsque la réponse nous est dévoilée, à mi-parcours, la scène fait l’effet d’une révélation si attendue que là encore son potentiel lacrymal tombe à plat.
Une fois passé ce nœud dramaturgique, la seconde moitié adopte, à quelques passages près, une narration linéaire, entièrement concentrée sur la relation délicate entre Lee et son neveu Patrick. Interprété par le très prometteur Lucas Hedges (MoonriseKingdom, ZeroTheorem…), le jeune homme devient, dans sa volonté d’aller de l’avant alors que son oncle reste muré dans sa peine, son pendant optimiste, et inéluctablement le vecteur de cette inévitable rédemption. Là encore, la trame de cette reconstruction familiale est un parcours attendu, que le réalisateur parvient à ne pas rendre trop grossier grâce au choix de privilégier un semblant de légèreté à du pathos lourdement appuyé. L’exemple le plus parlant restant cette scène des retrouvailles entre Patrick et sa mére sous l’égide d’un beau-père incarné par l’acteur fétiche de Lonergan, Matthew Broderick (WarGames, La Folle Journée de Ferris Bueller…) grimé pour l’occasion en bondieusard ultra-puritain.
L’unique nom féminin sur l’affiche est celui de Michelle Williams (Brokeback Mountain, Blue Valentine…) qui est essentiellement présente dans les flashbacks de Lee, ce qui ne lui laisse que peu de place pour faire preuve d’une prestation aussi remarquable que celles de ses partenaires masculins… une remarque qui pourrait en fin de compte s’appliquer à chacun des personnages secondaires, trop peu développés. Parce que Manchester by the sea ne repose finalement que sur ses acteurs principaux, on ne retiendra de ce mélodrame familial que la performance de Casey Affleck, sans que l’on puisse pour autant la qualifier de « meilleur rôle de sa carrière ». Il se pourrait même que son jeu tout en retenue soit en somme contre-productif, tant le filtre qu’il impose au regard de son personnage taciturne sur le drame qu’il traverse participe au manque d’emphase que le spectateur va avoir avec l’universalité de la situation. En plus d’être trop classique, sur le fond comme sur la forme, pour être véritablement bouleversant, ce scénario n’a à nous offrir que peu de scènes réellement poignantes, et les amène d’une manière qui nuit à leur effet. Il ne faudra pas compter sur la fin ouverte mais tragiquement prévisible pour redonner à ce qui l’a précédé la force émotionnelle qui lui fait défaut.
Manchester by the sea : Bande annonce
Manchester by the sea : Fiche technique
Réalisation : Kenneth Lonergan
Scénario : Kenneth Lonergan
Interprétation : Casey Affleck (Lee Chandler), Lucas Hedges (Patrick Chandler), Kyle Chandler (Joe Chandler), Michelle Williams (Randi)…
Photographie : Jody Lee Lipes
Montage : Jennifer Lame
Musique : Lesley Barber
Directeur artistique : Jourdan Henderson
Production : Kimberly Steward, Lauren Beck, Matt Damon, Chris Moore, Kevin J. Wals
Société de Production : K Period Media, B Story, CMP, Pearl Street Films
Distribution : Universal
Présence en festival : Sundance, Toronto
Récompenses : Oscars 2017 du Meilleur scénario original pour Kenneth Lonergan, Oscars 2017 du Meilleur acteur pour Casey Affleck
Genre : Drame
Durée : 135 minutes
Date de sortie : 14 décembre 2016 Etats-Unis – 2016
Captain Fantastic – La B.O./Trame sonore/Soundtrack
Le réalisateur Matt Ross, acteur remarqué dans la série Silicon Valley, dit au sujet du personnage de Viggo Mortensen, su-père héros moderne écolo : « Il a fallu qu’il s’approprie ce personnage qui finit par être rigide à force de vouloir combattre la rigidité qui l’entoure ».
L’éloquence d’un rayon de soleil dans une brume de souvenirs
Entre Peter Pan et Little Miss Sunshine, cette pépite indie qui a remporté le Prix de la mise en scène à Un Certain Regard à Cannes et le Prix du public & Prix du jury à Deauville 2016 est traversée par une musique entre acoustique et instrumental aérien. Le frère du réalisateur, Kirk Ross est crédité comme le producteur des musiques additionnelles, mais l’honneur du « score produced, engineered and mixed by » (collaborateur à la bande son originale) revient à Alex Somers, membre fondateur des Parachutes et Jónsi, à la tête du groupe islandais, Sigur Rós, connu à l’international après avoir fait les premières parties de Radiohead en 2000. L’utilisation de leurs ballades astrales sont multiples. « Svefn-g-englar« , pour commencer,dans Vanilla Sky de Cameron Crowe en 2001, jusqu’à Upside down de Juan Solanas douze ans après. Entre temps, « Untilted#3 (Samskeyti) » a été utilisée pour la scène finale du film Mysterious Skin de Gregg Araki en 2004, Staralfur dans le film La Vie aquatique de Wes Anderson en 2004, Untitled#1 (Vaka) dans la première et l’avant dernière scène du film After the Wedding de Susanne Bier en 2006 et Gobbledigook a été utilisée dans le film Un prophète de Jacques Audiard en 2008… La liste est loin d’être exhaustive, n’oublions pas les séries tv (Game of Thrones, Les Simpsons*…), clips publicitaires, jeux vidéos et autres bandes annonces ! Avec 7 albums en studio, le groupe ne se présente plus.
Alex Somers, avec l’aide de son ami Jónsi (avec qui il forme un duo musical), et du quatuor à cordes féminin Amiina, installe un climat à l’oxymore qui caractérise tant leur musique, entre poésie, communion avec la nature, chaleurs nocturnes, rigueurs enneigées et expérimentations sensorielles. Nos confrères aux Inrocks avaient titré « le feu sous la glace » lors de la sortie de leur dernier album Kveikur en 2013. Si le quatrième morceau « Funeral Pyre » retransmet la saturation d’un son enfermé dans un bocal tout en tirant toujours plus haut sur les apesanteurs à cordes électroniques, « Memories » fait écho aux pianos discrets et au vocal choral de sopraniste propres aux morceaux de leur avant dernier album, Valtari, explosif, maritime et à couper le souffle.
Musique Captain Fantastic Soundtrack Tracklist
Mais suffisamment parlé de ce transport céleste, Captain Fantastic a conscience de manière diégétique du potentiel musical entre folklore et classique. Bodevan, l’aîné écoute du Bach et ce par l’intermédiaire des Variations Goldberg de Glenn Gould (concertiste et homme de radio canadien) que sa mère affectionnait tant, ou Yo-Yo Ma, le violoncelliste chinois. La reprise de Bob Dylan, « I Shall Be Released », par Kirk Ross ne se démarque que peu de Nina Simone, Joe Cocker et encore Jeff Buckley et Maroon 5 (et oui autant de reprises de la chanson), tandis que le titre de Guns N’Roses « Sweet Child O Mine » repris avec une guitare, une percussion en bois et un harmonica, est une ode folk à la vie, délicatement interprétée par Samantha Isler, qui incarne Kielyr, l’une des filles du père joué par Viggo Mortensen. La mère décédée nous est présentée au travers de ses goûts musicaux. La chanson se prête d’ailleurs très bien à une adaptation orchestrale, pour un feel-good movie réconfortant.
Guns N’ Roses – Sweet Child O’ Mine
Captain Fantastic Original Motion Picture Soundtrack Tracklist – Various artists.
1. Boy 1904 – Jónsi & Alex
2. Sweet Child O Mine – Viggo Mortensen, George MacKay, Samantha Isler, Annalise Basso, Nicholas Hamilton, Kirk Ross and Philip Klein
3. Scotland The Braver – Murray Huggins, Kirk Ross, Brian Tichy and David Delhomme
4. I Shall Be Released – Kirk Ross with Tyra Juliette, Steven Wolf, David Delhomme and Jeff Thall
5. Rain Plans – Israel Na
6. Goldberg Variations; BWV 988, Variation 30 a 1 Clav. Quodlibet – Glenn Gould
7. Unaccompanied Cello Suite No. 4 in E-Flat Major, BWV 1010 Prélude – Yo-Yo Ma
8. Varðeldur – Sigur Rós
9. My Heart Will Go On (Love Theme from ‘Titanic’) – The O’Neill Brothers Group
10. Goldberg Variations – Kirk Ross
* les trois membres du groupes apparaissent à 1’15. On reconnait Jonsi tout à gauche.
L’attrape-rêves fait sans conteste partie de ces films à ambiance qui instaurent d’emblée un climat et une atmosphère singuliers grâce à des décors naturels grandioses, un univers personnel, des thèmes originaux, un rythme hors du temps et un style atypique.
Synopsis : Dans le grand Nord canadien, une mère isolée lutte pour s’en sortir avec ses deux fils, Ivan et Gully. Son aîné est passionné par les faucons, tandis que son cadet est gravement malade… A cours d’options, elle décide sans trop y croire de rendre visite à un guérisseur dans l’espoir de sauver son enfant, mais sa quête va rapidement tourner au drame.
En choisissant de poser ses caméras sur la banquise, aux confins du cercle polaire, la réalisatrice péruvienne nous transporte vers des contrées lointaines et inconnues propices à l’évasion. Mais en dépit de ses qualités et de sa sincérité, le film ne parvient pas à nous transcender, sans doute à cause d’un manque de spiritualité et d’approfondissement qui empêche le récit de se doter de l’ampleur escomptée.
Une tonalité poétique et éthérée
L’attrape-rêves plante son action dans un monde à part, puisque l’histoire se déroule dans le grand Nord canadien, près des réserves indiennes. Teintée d’un mysticisme viscéral et d’une atmosphère étrange, l’intrigue surprend par son originalité. Les personnages évoluent dans une nature somptueuse, à mi-chemin entre ciel et terre, comme suspendus dans une dimension unique, à la croisée de plusieurs chemins. Les banquises, les lacs gelés, les étendues de glace à perte de vue et les forêts enneigées sont tant d’éléments qui contribuent à faire de ce projet une oeuvre hors du commun qui nous happe et nous incite à l’évasion, au voyage. De plus, la réalisatrice s’intéresse à des individus mystérieux : les guérisseurs, tantôt admirés tantôt méprisés. Ces êtres, connectés à des éléments spirituels qui nous dépassent, fascinent par leurs dons mais suscitent également beaucoup de scepticisme. C’est sur cette inquiétante étrangeté, cette dualité et ce mystère que se penche la cinéaste, en tentant non pas de percer les secrets de ces chamans, mais de comprendre leurs motivations, leurs pouvoirs, leur démarche. Fort d’un visuel très marquant, le long métrage oscille toujours entre gravité et légèreté, tout comme les installations éphémères que filme Claudia Llosa. Les héros construisent, à l’aide de brindilles et de branchages, des cabanes, des abris et autres balançoires arachnéennes qui évoquent les croyances et les pratiques ancestrales des tribus indiennes, en phase avec leur foi, les Dieux, l’au-delà, l’âme. Cette idée, qui domine le récit, est également relayée par la présence très importante des faucons, symbole animal très ancré dans la culture amérindienne, chez qui l’oiseau est perçu comme l’esprit totem de la roue de la vie. L’attrape-rêves est donc un film qui nous élargit la pensée et nous fait découvrir de nouveaux horizons, en prônant une approche holiste du monde, où tout serait régi par des interconnexions fondamentales qui échappent aux humains. Il ne s’agit pas de prendre position, mais de croire et de se laisser porter.
Des sujets sensibles et douloureux traités avec douceur
Le film retrace avant tout l’errance de plusieurs personnages. D’un côté, Nana Kunning, submergée par l’aspect arbitraire de la vie et l’injustice chaotique qui régit son existence, se cherche et tâtonne avant de trouver sa voie, quitte à heurter ses proches et à briser des vies au passage. De l’autre, Ivan, homme blessé et bourru qui se réfugie dans son amour pour les faucons, se met en quête de réponses qui s’avéreront (peut-être) rédemptrices. Entre ces deux âmes tourmentées, Jannia Ressmore, une journaliste courageuse, lutte contre la maladie et entame une course contre la montre effrénée en attendant un miracle. Ces parcours croisés nous marquent par la force des problématiques que chaque héros porte en lui. Culpabilité, deuil, pardon, maternité et filiation, croyances, espoir, rage, maladie, abandon et ressentiment sont au cœur de l’Attrape-rêves, qui aborde des thèmes difficiles et universels sous un angle très personnel, vecteur de sincérité et d’émotion. Doux, bienveillant, délicat et intriguant, le long métrage s’avère être plutôt une bonne surprise, sublimé par une touche de féminité qui arrondit les angles et confère à l’ensemble une certaine grâce.
Un résultat mitigé qui nous laisse sur le bord de la route
Malgré les nombreux points positifs qui rendent l’Attrape-rêves aussi curieux qu’agréable, on peurt déplorer la structure narrative maladroite avec une alternance mal dosée entre flashbacks et présent, mais surtout le manque d’ampleur et d’intensité du film, qui aurait pu être bien plus impactant et fort. Peu émouvants, les personnages nous paraissent froids, distants et inaccessibles, ce qui freine le processus d’empathie. On ne ressent pas leur chagrin, leur détresse ou leur peur face à l’incertitude du destin, et on n’éprouve ni tristesse, ni pitié, ni sympathie pour ces trois piliers qui évoluent sous nos yeux en portant leurs fardeaux dans l’indifférence. C’est clairement dommage : on aurait aimé vibrer et pleurer avec eux ! Même remarque pour les nœuds dramatiques qui se font et se défont trop rapidement, presque de façon arbitraire. Le basculement de Nana s’opère abruptement, les raisons qui la poussent à quitter son foyer ne sont pas expliquées, et son attitude peut même rebuter, puisqu’elle préfère aider des inconnus au détriment des siens, sorte de postulat aussi altruiste qu’égoïste et destructeur qui nous laisse dubitatif. On aurait apprécié que la cinéaste développe cette ambiguïté pour montrer la complexité des Hommes mais également pour créer le débat, le malaise, nous pousser dans nos retranchements. Idem pour Ivan, à qui la finesse fait défaut. Emmuré dans le silence, bourru et rustre, il est manifestement à vif, il se protège. Et pour cause : rongé par la culpabilité et poursuivi par un acte qu’il n’a jamais pu se pardonner, il nourrit une certaine rancœur à l’égard de sa mère qui l’a abandonné. Là encore, la confrontation finale entre le fils et sa génitrice, qui aurait pu être déchirante, manque d’enjeux. Le face à face est expédié, l’émotion se fait attendre, et la résolution arrive bien trop vite ! Au final, l’Attrape-rêves se laisse voir mais sonne inéluctablement creux en dépit d’une matière de départ riche et prometteuse, qui n’a pas été exploitée et approfondie à sa juste valeur. Des lacunes.
Joli, poétique avec un sujet original rarement vu au cinéma, un traitement sensible et des paysages magnifiques, L’attrape-rêves surprend mais ne convainc pas totalement : absence d’empathie, rythme qui ne décolle pas, léger manque d’approfondissement dans l’écriture des personnages… Ce film témoigne d’une belle démarche personnelle et s’impose comme une tentative artistique qui a le mérite de sortir des sentiers battus, pour un résultat malheureusement en demi-teinte.
L’attrape-rêves : Bande Annonce
L’attrape-rêves : Fiche Technique
Titre original : Aloft
Réalisation : Claudia Llosa
Scénario : Claudia Llosa
Interprétation: Jennifer Connelly (Nana Kunning) ; Mélanie Laurent (Jannia Ressmore) ; Cillian Murphy (Ivan) ; Oona Chaplin (Alice) ;
Décors : Eugenio Caballero
Costumes : Heather Neale
Photographie : Nicolas Bolduc
Montage: Guillermo de la Cal
Musique: Michael Brook
Producteurs : Ibon Cormenzana, Phyllis Laing, José Maria Morales
Distributeur : Jour2Fête
Durée : 94 min
Genre: Drame
Date de sortie : 26 octobre 2016
Canada/France/Espagne – 2014
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Jamais un documentaire social n’avait suscité un mouvement de contestation aussi véhément que ne l’a fait le Merci Patron ! de François Ruffin. Sa sortie en DVD est l’occasion de (re)découvrir le phénomène de société qui a inspiré les Nuit-deboutistes.
L’homme qui murmurait à l’oreille des sans-dents
Fondateur de Fakir, un obscur petit journal anarcho-révolutionnaire, François Ruffin décide de s’attaquer à la plus grande fortune de France, Bernard Arnaud, en prenant la défense d’un couple d’anciens salariés du groupe LVMH, victimes de la délocalisation de leur usine en Pologne. En s’imaginant un personnage de fervent défenseur du milliardaire, et en mettant au point un habile stratagème, il va parvenir à sauver ces victimes de la crise d’une saisie de leur maison par un huissier. La lutte des classes au sens le plus noble de ce terme depuis longtemps éculé.
« Le groupe LVMH est l’illustration, l’incarnation de ce que, pour ces observateurs d’extrême gauche, l’économie libérale produit de pire. » (Bernard Arnaud)
Ce succès surprise (diégétique comme commercial) va devenir un modèle de déterminisme politico-social, au point de dépasser les ambitions son propre initiateur. Il faut lui reconnaitre que, là où beaucoup de réalisateurs de documentaires auraient instrumentalisé la détresse des Klur pour dépeindre une situation misérabiliste, Ruffin a fait le choix audacieux de filmer son propre combat à leurs côtés… au risque de se servir d’eux pour mettre en valeur sa propre action. C’est en cela que le dispositif de documentaire à la première personne trouve sa propre limite, celle de mettre davantage en valeur l’action de son réalisateur que son propre discours politique. Mais, avant d’être un symbole de contestation militante, Merci Patron est une œuvre cinématographique qui fonctionne en tant que telle. Grâce à une rythmique ludique, portée par une chanson des Charlots (qui viendra prêter son titre au film) et à un certain humour au second degré, Ruffin est parvenu à ne pas tomber dans le piège du documentaire austère. Mais bizarrement, le plus drôle dans le film est à la fois parfaitement indépendant de la volonté de son créateur et source d’un rire jaune, puisque l’on doit les meilleurs dialogues à son principal antagoniste, à savoir le « commissaire », le porte-parole du patron de LVMH, dont la verve n’a rien envier à celle d’un personnage sorti d’un scénario de Michel Audiard.
Des bonus généreux
Le DVD édité par le distributeur Jour2fête s’accompagne de deux livrets : un premier incluant deux articles, l’un paru dans Le monde Diplomatique et un second rédigé par François Ruffin lui-même revenant sur le phénomène Nuit Debout qu’il a engendré mais dont il s’est désolidarisé ; un second comprenant plusieurs lettres échangées entre Ruffin – sous la fausse identité de Jérémie Klur – et ce fameux « commissaire ». Le DVD contient plusieurs suppléments, dont une dizaine de minutes de scènes coupées, les lectures des courriers de ce canular épistolaire derrière la manipulation machiavélique et une interview d’une vingtaine de minutes de François Ruffin. Du grain à moudre pour ses détracteurs l’accusant d’avoir signé un pamphlet autocentré, mais surtout de quoi mieux comprendre l’astuce et l’audace de ce Robin des Bois des temps modernes.
CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES DVD:
Format image : PAL 16/9 ; Couleurs
Format son : 2.0 / 5.1
Langue : Français / Audiodescription
Sous-titres : Anglais, français
Durée du film: 1h23
Durée totale du DVD : 2h18
Prix public indicatif : 19,99€ COMPLÉMENTS:
– Entretien avec François Ruffin
– 2 scènes coupées
– Mon Jérémie, le commissaire, Bernard et moi
– Les deux affiches du film
– 2 livrets
– Un coupon d’abonnement à Fakir
Plus connu pour ses comédies « american way of trash » (American Trip en 2010 ou Nos pires voisins et sa suite en 2014 et 2016), l’anglais Nicholas Stoller est ce que l’on appelle communément un « Yes Man ».
Synopsis : Au lieu de livrer les bébés, les cigognes délivrent des paquets pour un site Internet. Quand une cigogne nommée Junior produit accidentellement un bébé non autorisé, il doit corriger la situation avant que quelqu’un ne le découvre.
Storks Exchange
Un réalisateur/scénariste efficace et chevronné qui s’efface souvent pour laisser le champ libre à une tripoté de comiques populaires qui souhaitent s’afficher dans des délires souvent outranciers entièrement dédiés à leur propre canonisation. On se souvient de Jim Carrey dans Yes Man (justement), de Russel Brand et Jonah Hill dans American Trip ou de Seth Rogen et Zack Efron dans Nos pires voisins. Personne en revanche ne sait vraiment qui se tient derrière la caméra ou qui tente de faire tenir un flot de vannes ininterrompu dans une trame narrative à peu près cohérente. Stoller est de ces hommes-là, ceux qui trouvent finalement leur bonheur sur les plateaux mais loin des canapés des Talk Show promotionnels de Jimmy Fallon. Le voir aujourd’hui aux commandes d’un film d’animation, aidé par Doug Sweetland (transfuge de Pixar), a quelque chose de surprenant. De quoi faire enfin éclore une sensibilité d’auteur ? Pas vraiment. Cigognes et Compagnie (Storks en V.O) est au diapason de ses autres travaux, entre respect de convention maintream et sympathique dynamitage de quelques codes.
D’un simple point de vue technique, Cigognes et Compagnie reste dans les jupons confortables d’une animation 3D efficace et éprouvée. Qu’il semble loin le temps où chaque sortie Pixar et Dreamworks était un événement culturel, chaque studio inventant ses propres techniques et codes narratifs pour offrir une expérience nouvelle. Ici le mouvement est fluide, le design léger, mais ne se démarque pas vraiment des dernières productions Disney, Illumination Studio (Moi Moche et Méchant) ou Sony (Hôtel Transylvanie). Pour ce qui est de l’intrigue, les scénaristes font l’erreur d’ouvrir un boulevard à leur potentiel détracteurs en reprenant presque à l’identique la trame de l’autre film d’animation « corporate », Monstre et Cie. L’histoire est donc celle d’un employé marié à son boulot, qui voit ses chances de promotions ruinées par l’arrivée d’un enfant, ce qui mettrait en pétard son patron (doublé en V.F par Richard Darbois qui était déjà Mr Watternoose dans…Monstre et Cie). Il s’embarque alors dans une aventure rocambolesque avec une orpheline adoptée par les cigognes pour ramener le bébé non désiré à destination, et finit par s’attacher à celui-ci. On admettra que sur ce point les scénaristes ont été un poil feignants, et comme le film de Pixar en son temps, la critique du capitalisme sauvage est rapidement écartée pour un final convenu qui ne froissera pas trop les décisionnaires (mieux vaut une entreprise humaine que pas d’entreprise du tout). Cela en fait-il un mauvais film pour autant ? Non.
Fort de son expérience avec des comédiens probablement égocentriques, Stoller semble être devenu au fil du temps un maître dans l’art de la sape. Tout en donnant l’impression de remplir son contrat en surface (animation correcte et scénario convenu) il réussit à agrémenter son film de trouvailles visuelles et de gags géniaux. Un PDG qui se fait un bureau en baie vitrée pour montrer sa puissance (les oiseaux ne voient pas le verre et s’écrasent régulièrement sur les vitres), une équipe de gallinacés (dont un émeu) qui tente de s’envoler à l’aide de Jet-Pack de fortune, un pigeon relou, une meute de loups aussi ingénieuse qu’hilarante etc. Le rythme est soutenu et on a parfois à peine le temps de se remettre d’un gag qu’un autre surgit en enfilade, ne laissant que peu de répit aux abdominaux. Tout cela sans délaisser un humour mimétique efficace, quand les animaux adoptent des comportements trop humains, culminant dans une dispute de couple entre un oiseau et une jeune fille réveillés au milieu de la nuit par les pleurs du bébé (qui s’occupe de bercer et qui peut aller dormir ?). L’absurde des situations est poussé dans un extrême que les studios n’avaient pas atteints depuis…Shreck 2.
Mais là où le film est véritablement plaisant, c’est dans sa revendication d’un héritage plus glorieux encore : celui de Chuck Jones et Tex Avery. Cet âge d’or de l’animation, où Warner Bros (ici producteurs du film) et la MGM pouvaient encore rivaliser à armes égales avec Disney sur ce terrain. Cette filiation revendiquée transparaît tout du long, que ce soit dans le nom de l’entreprise « CornerStore » (littéralement « boutique du coin de la rue » – forme d’ACME* moderne), ou dans l’exhumation d’un art que l’on pensait disparu dont Jones et Avery étaient les maîtres : le gag à multiples détentes. Chaque élément visuel ou oral lance une situation absurde qui sera remise en avant plus tard dans un autre contexte. Tchekov aimait parler de son fusil, ces pères du cartoon sont rapidement passés à la mitrailleuse. Sans en atteindre le génie, Cigognes et Compagnie n’en reste pas moins un héritier honorable qui arrive à multiplier les fantaisies les plus folles, ainsi que quelques belles idées de réalisation. Citons ce combat complètement dingue entre les deux héros et une horde de pingouins belliqueux où les deux camps étouffent leurs cris de douleurs pour ne pas réveiller le bébé.
Les quelques maladresses, comme la mise en avant d’une « mémoire génétique de la maternité » (qui risque de servir de spot de pub à la manif pour tous), se compensent par des éléments plus modernes. Ainsi lors d’une très jolie séquence, le film laisse apparaître des couples homo et mono-parentaux. Idem quand le scénario fait mine de critiquer la modernisation à outrance des modes de livraisons (type Amazon) sans pour autant remettre en cause l’esprit d’entreprise. Comme la plupart des comédies de Nicholas Stoller, le film est truffé de paradoxes, lorgnant vers la modernité tout en assumant une posture de vieux con (l’objectif final d’une petite fille qui serait de se marier est sujet à caution et semble anachronique). Mais c’est peut-être cette ambiguïté qui permet au film de se hisser légèrement au-dessus des productions mainstream et du politiquement correct qui étouffent depuis trop longtemps le monde de l’animation.
* ACME – American Company Making Everything (leur principal client est le vil Coyote).
Cigognes et Compagnie : Bande-annonce
Fiche Technique : Cigognes et Compagnie
Titre Original : Storks
Réalisation : Nicholas Stoller, Doug Sweetland
Scénario : Nicholas Stoller
Doublage V.O : Andy Samberg, Katie Crown, Kesley Grammer, Jennifer Aniston
Doublage V.F : Florent Peyre, Bérengère Krief, Richard Darbois
Musique : Jeff et Mychael Danna
Montage : John Venzon
Producteurs : Nicholas Stoller, Phil Lord, Chris Miller, Brad Lewis, Glenn Ficarra, John Requa, et Jared Stern
Production : Warner Bros Animation
Genre : Comédie
Durée : 89 minutes
Date de sortie : 12 octobre 2016
Le festival parisien vient de lancer, pour sa sixième édition et pour la première fois de son histoire, une opération de financement participatif ouverte aux internautes. Le festival ne bénéficie pas de subventions de la Mairie de Paris. Les mordus de cinéma de genre et les passionnés d’horreur seront heureux de retrouver les séances exceptionnelles du PIFFF dans le cadre prestigieux du Max Linder Panorama. Frissons garantis avec les atouts et les qualités de la salle des Grands Boulevards : le balcon, l’écran si particulier et les installations sonores de qualité.
La sixième édition du Paris International Fantastic Film Festival va se dérouler du 06 au 11 décembre 2016 au Max Linder Panorama.
Le festival avait été menacé d’interdiction ou d’annulation l’année dernière. L’événement culturel était organisé au Grand Rex quelques jours à peine après les tragiques événements du 13 novembre 2015. Le public était malgré tout au rendez-vous.
Les organisateurs ont bouclé la programmation du PIFFF, début Octobre, au Festival de Sitges.
L’excellente nouvelle, pour l’avenir du festival et pour le cinéma de genre en France, est tombée le 09 Octobre. La campagne de financement participatif, lancée sur la plateforme Ulule par les organisateurs du PIFFF, a été financée en l’espace de 4 jours seulement.
Campagne Ulule financée en 4 jours !! Un grand merci à tous nos contributeurs, il reste encore 23 jours pour faire aller encore plus loin.
Les Internautes peuvent toujours se montrer généreux envers les organisateurs et le festival afin de faire grimper la cagnotte et de débloquer de nouvelles surprises pour cette édition 2016 et les éditions à venir.
Voici le communiqué et le message publiés par les équipes du festival à l’occasion de cette campagne de financement participatif pour l’édition 2016 :
POURQUOI SOUTENIR LE PIFFF ?
UN ÉVÉNEMENT QUI ARRIVE… BIENTÔT !
Dans quelques semaines (précisément du 6 au 11 décembre prochains, notez bien !), la nouvelle édition du Paris International Fantastic Film Festival – ou PIFFF pour la famille et les intimes – se tiendra au Max Linder, nouvel – et superbe – écrin d’une manifestation qui fête cette année son sixième anniversaire et vise toujours l’excellence en termes de programmation. Les habitués de cette grande fête annuelle le savent bien : le PIFFF est salué pour la qualité de son organisation, la proximité avec son public (qui a l’insigne honneur de choisir les grands vainqueurs des compétitions longs et courts-métrages), la qualité de ses invités et ses choix éditoriaux que les organisateurs souhaitent vivants et pertinents.
L’UNION FAIT LA FORCE
Aussi, le PIFFF est une manifestation financée grâce à ses fidèles spectateurs et ses précieux partenaires privés : sans eux, le festival ne pourrait exister et continuer à proposer le meilleur du cinéma fantastique. Sans eux, beaucoup de films de genre (dont certains réalisés par de jeunes cinéastes très prometteurs) ne pourraient bénéficier d’une exposition en salles alors qu’ils méritent d’être découverts dans les conditions idéales. Il s’agit ici de défendre une culture, de la faire rayonner, de la sortir du carcan étriqué et parfois caricatural dans lequel, malheureusement, beaucoup continuent de l’enfermer.
NOTRE PASSION, VOTRE AIDE
Aujourd’hui, aucune aide publique ne permet au PIFFF de démarrer sereinement, de communiquer plus efficacement autour de sa programmation, de se propulser vers des horizons encore plus ambitieux en augmentant le nombre de films et le nombre d’invités par exemple. Cette opération de financement participatif est un appel à un coup de pouce propulsif : vous êtes un habitués du PIFFF et souhaitez voir votre manifestation préférée se développer, s’améliorer et devenir un rendez-vous inégalable dans notre galaxie ? Vous aimez le cinéma fantastique, pestez contre sa sous-représentation scandaleuse dans les salles de cinéma et voulez voir plus de cinéma de genre sur grand écran ? Ou simplement, vous êtes curieux, défenseur d’une culture plurielle et désireux de découvrir des univers singuliers ? Dans tous les cas, nous avons besoin de vous, de votre passion indéfectible certes, mais aussi d’un peu de votre argent.
Alors que le long-métrage de Gareth Edwards, tant attendu par les fans de la saga Star Wars, s’apprête à sortir sur nos écrans le 14 décembre prochain, les studios Disney et Lucas Film Ltd viennent de dévoiler la toute dernière bande-annonce du film. Ce spin-off s’annonce d’ores et déjà prometteur au vu de ces nouvelles images. Attachez vos ceintures, le mode hyperespace démarre dans deux mois seulement ! L’attente va être longue, trop longue pour certains…
Une toute nouvelle bande –annonce est donc disponible pour le film le plus attendu cet hiver : Rogue One: A Star Wars Story.
Le casting de ce blockbuster hivernal regroupe Felicity Jones (Jyn Erso), Riz Ahmed (Bodhi Rook), Diego Luna (Captain Cassian Andor), Forest Whitaker (Saw Gerrera), Ben Mendelsohn (Director Orson Krennic), Donnie Yen (Chirrut Imwe), Jian Wen (Baze Malbus), Alan Tudyk (K-2SO), Mads Mikkelsen (Galen Erso), Genevieve O’Reilly (Mon Mothma). James Earl Jones prête sa voix à Dark Vador.
Gareth Edwards a été épaulé sur le tournage par Tony Gilroy pour cinq semaines de reshoots afin de peaufiner certaines scènes.
La trame scénaristique de ce nouvel opus de la saga Star Wars s’inscrit d’un point de vue chronologique juste avant l’épisode IV (La Guerre des étoiles). Un commando rebelle a la lourde tâche de dérober les plans d’une arme de destruction massive, capable de détruire des planètes entières, l’Etoile Noire. Mads Mikkelsen interprète le rôle de l’homme qui a conçu , contre son gré, les plans de cet engin de mort. Sa fille, membre du commando rebelle, va tout tenter pour sauver son père des griffes de l’Empire galactique.
La présence des rebelles et de Dark Vador risque de combler les fans de la saga mais le film pourrait être différent et plus sombre que le récentStar Wars Le Réveil de la Force. Des séquences dignes des films d’espionnage et des films de guerre devraient être présentes. De belles batailles spatiales sont également au rendez-vous.
Beaucoup ont déjà dû cocher leur calendrier à la date du 14 décembre. Si ce n’est pas encore votre cas, ce sera chose faîte après avoir visionné cette ultime bande-annonce. La France bénéficiera de deux jours d’avance par rapport à la sortie américaine, prévue le 16 décembre aux USA (le vendredi étant traditionnellement le jour des sorties aux Etats-Unis).
L‘affiche du film a été dévoilée récemment :
Rogue One – A Star Wars Story : Bande-annonce (VF):
Miss Peregrine et les enfants particuliers: quand les studios en disent trop.
Devant la sortie de Miss Peregrine et les enfants particuliers la question n’est finalement pas tant de savoir si l’univers de Tim Burton est soluble dans la logique hollywoodienne d’aujourd’hui. Au-delà d’une analyse auteuriste, ce film (dernier né de la longue lignée des adaptations de romans teen) peut servir de levier pour mettre en avant certaines tendances et limites de ce genre d’entreprise. Des défauts, le film en regorge, mais il n’est pas le seul à avoir les mêmes. Pourquoi ? Essayons de voir…
Une quête du sens
Aujourd’hui, Tim Burton rejoint la liste des réalisateurs chargés d’adapter mécaniquement des succès littéraires destinés aux adolescents. Celui qui avait tracé sa route à la force de son imaginaire fertile se voit obligé de rentrer dans le giron des studios en se pliant à celui d’un autre. Ici c’est le roman de Ransom Riggs, Miss Peregrine et les enfants particuliers, qui y passe. Une histoire assez loufoque autour de l’enquête de Jacob sur les histoires étranges que lui racontait son grand père sur un pensionnat rempli d’enfants aux particularités étonnantes. Mélangeant imaginaire gothique, voyages temporels et esthétique rétro, nombreux sont ceux qui ont qualifié le roman (et ses suites) de burtonien, tant ce dernier avait réussi à refaçonner à son image une certaine idée de l’imaginaire enfantin. Le réalisateur jouissant toujours d’une certaine cote à Hollywood (rappelons que malgré des critiques assassines et une déception du public, Alice au pays des merveilles a rapporté presque un milliard de dollars à Disney), le fait qu’il arrive à prendre les rênes de cette adaptation n’étonne finalement personne. Mais comme d’habitude avec Burton, le produit fini échoue à mettre tout le monde d’accord. Le film est loin d’être parfait, mais le réalisateur est-il le seul responsable, ou doit-il composer avec une logique de studio trop répressive ? Le projet n’étant pas de son initiative mais de celle du studio Fox, qui avait acheté les droits du roman. Certains critiques y voient une réflexion du cinéaste sur sa place d’auteur à Hollywood (la critique d’Alexandre Poncet pour MadMovies résume très bien cette idée), d’autres un énième produit formaté dans le lequel l’auteur de Mars Attacks se serait perdu. Les deux hypothèses peuvent être valides mais se limitent finalement à une analyse « auteuriste » du film. Mais est-ce que Miss Peregrine et les enfants particulier aurait également quelque chose à nous apprendre sur le genre même dans lequel il s’inscrit, à savoir la « fantasy-teen » ?
Au centre du film se trouve une séquence matricielle particulièrement saisissante. Après une séance de projection improvisée par les enfants particuliers, tous les pensionnaires sortent dans la cour en pleine nuit pour observer leur gouvernante, Miss Peregrine, redémarrer la boucle temporelle qui les protège tous dans ce jour sans fin de 1943. Les enfants enfilent tous un masque à gaz tandis que leur tutrice lance un vinyl qui laisse entendre la chanson Run Rabbit Run du duo Flannagan & Allen. Une chanson innocente (gros succès de l’époque) au sujet d’un lapin fuyant un fermier. Les bombardiers allemands arrivent et les bombes explosent aux alentours, éclairant de leur lumière orangée le petit groupe. Quand enfin l’une d’elles menace de tomber sur l’orphelinat, Miss Pérégrine remonte sa montre à gousset, fait reculer le projectile et rembobine toute la journée jusqu’à la nuit précédente. Il s’agit là d’un des rares moments où Burton semble avoir repris le contrôle de son film. L’esthétique change, adoptant une lumière clair-obscur du plus bel effet (quand le reste du film apparaît désespérément terne) et tout l’esprit du film se condense dans ces quelques minutes. S’y retrouvent pêle-mêle la magie du temps qui se replie sur lui-même, l’évocation des horreurs de la guerre, la fonction ambiguë de cette gouvernante qui protège les enfants en les cachant dans cette boucle temporelle tout en leur refusant le droit de grandir et de prendre en main leur destin, ainsi qu’un rappel de la menace qui plane sur eux. Répétant inlassablement « run rabbit run » (qui par assonance sonne comme « round and around »), la chanson donne à la scène une ironie trop absente dans les autres scènes. Malgré leur bulle temporelle, ces enfants ne sont que des petits lapins traqués inlassablement par des chasseurs violents, ce que leur tutrice leur rappelle au travers de cette chanson, justifiant ainsi son contrôle cyclique sur ce microcosme. Dernier sens caché de ce film donc, la peur du pédophile (le chasseur de la chanson étant désigné uniquement par son fusil). Cet être immonde qui attire les enfants au-delà des limites rassurantes de la bulle familiale, psychose parentale du XXIe siècle. Le fait que les antagonistes « pénètrent » leurs victimes avec des appendices tentaculaires n’a rien de d’innocent (même si ce sont les yeux qui sont arrachés – amenant ainsi d’autres possibilités d’analyse). On notera également la présence de Samuel L. Jackson dans un rôle de pervers polymorphe au sens littéral. Bref, en plus de réussir à multiplier les signes dans un temps très court, cette brève séquence se différencie du reste du long métrage de la manière la plus évidente : elle est quasiment dépourvue de dialogue.
Écoutons avec les yeux
Cet élément qui apparaît au premier abord totalement anodin semble pourtant cristalliser le défaut majeur de tous ces films fantastiques pour adolescents : une certaine peur du vide sonore. Cela peut parfois se traduire par une bande-son saturée de musiques populaires (Les gardiens de la galaxie et Suicide squaden sont des exemples marquants) mais Tim Burton n’a pas encore perdu sa sensibilité musicale. Même la séquence finale sur fond de musique techno agressive peut être vue comme un geste artistique ironique plutôt qu’un remplissage hasardeux. Non. Ici c’est bien le dialogue qui fait défaut au film. Plus précisément, la surenchère du dialogue dit « d’exposition », ces phrases prononcées par les personnages dont la seule fonction est d’expliquer au spectateur l’intrigue ou de préciser un élément flou. Des répliques informatives ne mettant en avant que des faits propres à l’univers de la fiction. L’exemple universellement connu étant celui du méchant qui expose son plan machiavélique au héros avant de se faire savater. Parfois le recours à ce procédé est un mal nécessaire, car certaines informations ne peuvent être communiquées autrement, mais au cinéma comme ailleurs, tout est histoire de dosage. Un personnage expliquant à un moment certains mystères propres aux films (l’origine d’un pouvoir, la fonction d’un lieu, etc.) peut offrir au spectateur des clés de compréhension appréciables, mais si tous les personnages s’y mettent et que la majeure partie du tissu narratif devient une exposition interminable, alors la psychologie et la profondeur passent à la trappe. Le récit n’existe que pour l’événement qu’il raconte, au présent, et ne laisse plus d’ouverture possible.
Miss Peregrine s’ouvre ainsi dès le début sur une voix off, celle de Jacob (Asa Butterfield), qui se pose des questions sur son existence et sa place dans le monde. Les premiers plans montrent une plage déserte avec un panneau publicitaire décrépit sur la Floride devant un ciel grisâtre, puis un supermarché générique, et enfin Jacob dans ce supermarché qui empile des couches. Trois images qui suffisent à montrer le vide de son quotidien. Donc on questionnera tout de suite l’utilité de cette voix off introductive qui, en plus d’être un cliché de plus en plus agaçant, n’apporte absolument aucune information supplémentaire. Mais pourtant il faut combler le vide, faire parler le plus vite possible le personnage pour montrer qu’il existe. Un peu plus tard, après avoir découvert le cadavre de son grand père, Jacob est dans le bureau d’une psychologue. Il lui explique que son grand père lui racontait des histoires folles. Scène suivante… un flash back où le grand père lui raconte des histoires folles. L’une ou l’autre de ces séquences aurait suffi, les deux font l’effet d’une répétition. Et le film continue comme ça tout du long, assumant cette bizarrerie jusqu’au bout quand la fameuse Miss Peregrine explique dans une seule tirade son rôle, ses pouvoirs, le nom des gens de son espèce à un Jacob qu’elle vient de rencontrer (au moins la confiance règne). Pour faire court, chaque situation présente à l’écran amène le commentaire d’un personnage ou d’un autre qui vient surligner ce que l’on sait déjà. Tel un monstre grossissant à vue d’œil, le dialogue sur-expose, s’étale, prend de plus en plus de place et finit par supplanter tout le reste.
Exposition et caractérisation
En plus de brider toute possibilité d’interprétation (puisque l’histoire n’échappe plus aux barrières imposées par l’oralité), cette insistance a aussi pour effet néfaste de construire un récit par accumulation de faits et de données. Et la seule chose qui reste à faire à un spectateur face à une pile de données, c’est du classement. Alors il classe, et ce faisant il se rend compte qu’il manque des infos, qu’il y a des problèmes de cohérence, que cette histoire de boucles temporelle ne tient pas la route et exige ainsi de nouvelles données pour compléter le puzzle. Celles-ci ne viendront jamais et il sortira de la salle frustré. Trop d’informations tue l’information comme on disait dans le temps. Il serait également judicieux de rappeler que la première chose que l’on apprend en école de cinéma est qu’il est toujours plus intelligent de suggérer que d’expliquer. Surtout quand on s’attaque à un genre aussi complexe que le fantastique, celui-ci ne survivant pas à l’absence de mystère. La séquence du disque, analysée plus haut, échappe subrepticement à cette tyrannie du texte, et permet du coup une infinité de conjectures possibles. Mais pour le reste, nous sommes obligés de nous en remettre à ce que veulent bien nous expliquer les personnages, l’image étant entièrement soumise à leur logorrhée. Lorsqu’un personnage dit qu’un montre apparaît, un monstre apparaît, fin de l’histoire, aucun suspense. Triste, quand on sait que Burton s’était justement fait une place non par son art du dialogue (il n’est jamais scénariste de ses films) mais par sa capacité à composer des images fortes qui se suffisaient à elles-mêmes.
Mais cet échec permet de mettre en avant toute la complexité de l’art de l’écriture : le dosage entre exposition et caractérisation. La caractérisation par le dialogue est beaucoup plus complexe. Ce sont ces phrases prononcées par les personnages qui n’apportent rien de concret à l’intrigue, mais les définissent en tant qu’humain. Les exemples ne manquent pas, que ce soit les mafieux de Scorsese qui parlent longuement de la meilleure façon de cuire les pâtes ou les truands de Tarantino qui analysent les paroles de Like a Virgin autour d’un café. Cela ne fait aucunement avancer le shmilblick, mais ça crée une empathie entre les spectateurs et les héros qu’ils devront suivre pendant tout le film. Ici, nous aurons réussi à retenir une seule réplique de ce type, celle où Emma, la fille volante, dit à Jacob « il te faut une cravate » avant d’aller dîner avec les autres. Une phrase tout à fait anodine certes, mais qui montre rapidement un début de flirt entre les deux personnages, le besoin de la jeune fille de faire ressembler Jacob à son grand père (qui était son premier amour), ainsi qu’un automatisme d’imposer au jeune homme des codes d’une époque qui n’est pas la sienne (s’habiller bien pour dîner). On part loin dans l’analyse ? Peut-être bien. Toujours est-il que les possibilités d’interprétation de cette phrase banale sont infiniment plus grandes que « Il s’est fait manger les yeux ! ». Que pouvons-nous interpréter là-dedans de plus que : c’est franchement pas de bol.
Une certaine tendance de la « teen-fantasy »
Il serait facile d’en vouloir uniquement à Tim Burton. De lui reprocher de ne pas avoir su doser son scénario pour étoffer correctement ses personnages, ceux-ci se contentant de défiler à l’écran sans susciter chez nous aucune empathie. Malheureusement ce souci de la surexposition par le dialogue ne date pas d’hier. L’un des reproches le plus souvent adressé aux premiers Harry Potter est par exemple le rôle de Ron Weasley qui passe pour un idiot à force de commencer toutes ses phrases par « mais pourquoi… ». Soit le personnage pose des questions sur tout et n’importe quoi, amenant ainsi une réponse directe des deux autres protagonistes, soit il explique un élément de l’univers et ce afin de rassurer les fans du bouquin quant à la fidélité de l’adaptation (compilation de données encore et toujours). Là est peut-être finalement le problème. Si adapter fidèlement un livre en totalité est quasi impossible, le moindre écart avec le matériau d’origine risque d’être vu comme une trahison par un certain public. Cet équilibre étant difficile à tenir, on ressent parfois la panique des producteurs face au fan énervé quand certains personnages alignent les répliques référencées, mettant en avant des éléments du livre pas toujours utiles à la progression dramatique. Par exemple, la scène du « rappelle-tout » dans le premier Harry Potter. Les lecteurs du livre sont contents, mais les simples spectateurs se demandent encore quelle était donc l’utilité de cet artefact fantastique (dans la quête de la pierre philosophale entendons-nous bien). Mais prenons plutôt des exemples de véritables échecs, car en plus d’être parmi les pionniers, cette saga peut encore être qualifiée de réussite du genre.
En 2007, New Line tente de porter à l’écran la superbe trilogie À la croisée des mondes (His Dark Material) de Phillip Pulman. Arrive donc dans les salles le premier opus d’une future trilogie à succès, La boussole d’or (Les royaumes du nord/Northen Light dans sa version papier). Avec son casting de stars (Daniel Craig, Nicole Kidman, Ian McKellen, Sam Elliot et Christopher Lee en tête) le film avait toutes les cartes en mains pour être un hit, ce fut un flop et le reste ne fut jamais adapté. Les principaux reproches faits au film s’articulèrent autour de la non fidélité au roman, particulièrement la disparition du discours anticlérical, pour ne pas froisser la foi de l’actrice principale. Peu en revanche ont souligné la pauvreté des dialogues, ceux-ci étant majoritairement de l’exposition. Déjà à cette époque le film s’ouvrait sur la voix off de l’héroïne qui expliquait bien au spectateur qu’elle vivait dans une autre dimension où les humains vivent avec un animal totem (les daemon) sorte de projection de leur subconscient. Deux éléments majeurs de l’intrigue qui étaient découverts progressivement par le lecteur dans le roman sont ici exposés d’entrée de jeu, brisant ainsi tout le plaisir de la découverte (surtout que la présence de dimensions parallèles était en fait le twist final du premier livre – donc ce n’était pas très malin). Durant le reste du film, les personnages nombreux apparaissent monolithiques, n’ouvrant la bouche que pour dérouler une intrigue à l’origine passionnante mais qui ennuie profondément. Sept ans plus tard, peu de temps après la folie Twillight, Mark Waters (réalisateur de Lolita malgré moi) signe l’arrêt de mort des teen movies vampiriques avec Vampire Academy, d’après la série de Richelle Mead. Encore un faux départ pour une saga qui devait atteindre des sommets, et encore une introduction en voix off qui tente en un temps record de faire rentrer dans la tête du spectateur une mythologie relativement dense (l’opposition entre gentils et méchants vampires, le but d’une école pour vampires etc..). Les exemples de ce type ne manquent pas. Nous aurions pu citer également L’assistant du vampire (2009) Sublimes Créatures (2013), The Mortal Instrument (2013) ressuscité récemment en série télé, Percy Jackson (2010)… Toutes des œuvres littéraires relativement denses, avec probablement un fond intéressant, ayant conquis un public large (vous excuserez le rédacteur de ne pas avoir tout lu pour s’en assurer), sacrifiées sur l’autel de la simplification à outrance.
Le point commun entre toutes ces tentatives est donc celui-ci : les cinéastes s’effacent invariablement derrière un scénario écrit à la va-vite et validé par les studios pour plaire aux fans. Ils ne prennent pas le risque de faire sauter quelques répliques pour favoriser l’unité visuelle de l’ensemble ou tenter de faire passer des informations par l’image. Le film n’en est finalement plus un, il n’est que l’illustration d’un texte déjà écrit et récité platement par les comédiens. Le seul contre-exemple qui nous vient en tête serait peut-être le premier Hunger Games réalisé par Gary Ross, qui offre une extension intéressante au livre en faisant le choix d’aller dans l’envers du décor, mais certains ayant crié à la trahison, les suites ne se sont pas gênées pour revenir dans un giron plus confortable (donc de l’exposition à outrance). C’est un constat bien triste car il s’agit d’une véritable négation du pouvoir de l’imagination, tant pour le cinéaste que pour le spectateur. D’autant que ces films s’adressent plutôt à un jeune public. Et supposer ainsi que les enfants préfèrent de longues répliques explicatives à des images fortes c’est plutôt curieux. Mais c’est ainsi, et tant que cette hégémonie du discours d’exposition perdurera, il sera difficile de croire que ces films nous prennent pour autre chose que des ahuris incapables de lier une image à une autre.
Voyage à travers le cinéma français : Autoportrait d’un cinéphile partageur
Synopsis : Un témoignage vivant d’une cinéphilie avancée au cœur du cinéma français. Voyage qui s’arrête aux portes de la carrière de son réalisateur Bertrand Tavernier.
Bertrand Tavernier, grande figure du cinéma hexagonal, nous livre un Voyage à travers le cinéma français gourmand et passionnant pendant près de 3h15. L’occasion de (re)découvertes cinématographiques devant lesquelles nos yeux pétillent parfois.
Tout commence par la naissance cinéphilique de Bertrand Tavernier qui commente les images de son tout premier émoi cinématographique, à 6 ans : Dernier Atout de Jean Becker. Les images de cinéma ne cesseront de peupler ce voyage en terres cinéphiles. Par ce geste, Tavernier poursuit celui entamé sur le cinéma américain et se place aux côtés de grands noms comme celui de Scorsese lui-même qui parla de sa cinéphilie dans Un voyage de Martin Scorsese à travers le cinéma américain (2006). Mais plus encore qu’un documentaire sur le cinéma, Voyage à travers le cinéma français est aussi un autoportrait du réalisateur qui se livre à travers ses coups de cœur. Tavernier ne convoque en effet que des films qu’il tient en estime, des souvenirs agréables. Il n’hésite donc pas à nous parler de cinéastes peu reconnus mais dont quelques opus l’ont touché, à défaut de l’œuvre entière. C’est le cas du réalisateur Jean Delannoy dont il a aimé et fait donc partager Macao, l’enfer du jeu avec Erich von Stroheim.
D’autres réalisateurs sont, eux, placés très au dessus du lot par Bertrand Tavernier comme Jean Renoir. Mais il n’est pas question de classement, plutôt d’hommage comme celui qu’il rend à Jean Gabin. Car les acteurs et actrices des films ont aussi leur place dans ce documentaire d’admirateur, tout comme la musique, autre actrice majeure du cinéma, qui se trouve mise en lumière. Lumière, c’est d’ailleurs le nom du festival qu’il préside (tout comme l’institut), avec Thierry Fremaud, depuis 8 ans à Lyon. Dans ce documentaire érudit et accessible, passionné dirait-on et passionnant, la voix de Tavenier nous berce ainsi que celle d’André Marcon, elle nous amène à travers son cinéma, qui n’est jamais excluant. L’expérience de ces 194 films célébrés se poursuivra d’ailleurs bientôt à la télévision dans une série de 9 heures, comme l’espère Bertrand Tavernier. On connaissait le goût du réalisateur pour le cinéma américain, auquel il a déjà consacré des ouvrages, le voilà en admirateur de la France, une position pas si courante et qui fait du bien.
Bertrand Tavernier et le cinéma français
Devant ce travail d’orfèvre et d’admirateur, on ne résiste pas à la tentation de vous faire partager un petit bout de l’œuvre de Bertrand Tavernier, cinéaste éclectique. Le film s’arrête en effet au moment où le réalisateur, âgé aujourd’hui de 75 ans, a commencé sa carrière dans les années 70. Il ne nous parle pas de ce qui se passe après pour éviter le conflit d’intérêt (voir l’interview donnée à Télérama). Pourtant, le réalisateur a su aussi s’inscrire dans notre monde contemporain. Avec des films puissants et documentés comme Holy Lola qui parlait autant de l’intime de l’adoption que de la situation d’un pays comme le Cambodge, terre d’adoption et de corruption. Le quotidien du couple se heurtait à celui de tout un peuple. L’intime et l’universel, voilà aussi ce que réunit Voyage à travers le cinéma français puisque c’est également un pan de l’histoire de la France que l’on traverse à travers les extraits présentés, mais aussi des carrières que l’on voit évoluer et pas seulement la vie de Tavernier que le réalisateur évoque.
Le cinéaste du très américain (et réussi!) Dans la brume électrique, n’a jamais caché son amour pour le cinéma français et ses acteurs. De La Princesse de Montpensier à Quai d’Orsay (ses films les plus récents) se croisent rien moins que Mélanie Thierry, Grégoire Leprince Ringuet, Thierry Lhermite, Julie Gayet, Lambert Wilson et bien d’autres. On y parle politique, amour, passion, guerre et paix. Entre humour et classicisme, l’oeuvre du réalisateur est traversée par un élan, celui de raconter la vie, de la documenter aussi. D’autres acteurs ont traversé son œuvre comme Jacques Gamblin. Au plus près de ses sujets, Tavernier livre des œuvres exigeantes comme avec L.627 (1992) . Ce titre qui désigne l’article du Code de la santé publique relatif à la répression de la drogue donne une idée du travail minutieux d’un réalisateur qui pourrait paraître austère, mais qui sait aussi rester aussi au plus près de l’humain. Dans L.627, il suit le quotidien d’une brigade, à travers les yeux d’un jeune policier. C’est finalement aussi l’humanité, sa force de création, que célèbre Tavernier à travers cet autoportrait cinéphile. En regardant des films, nous « partageons des solitudes » comme l’exprimait si bien Céline Sciamma lors de la promotion de Bande de filles en 2014. Et Bertrand Tavernier nous le fait ressentir à travers cette nostalgie vibrante et vivante qu’est Voyage à travers le cinéma français.
Voyage à travers le cinéma français : Bande Annonce
Voyage à travers le cinéma français : Fiche Technique
Réalisation : Bertrand Tavernier
Scénario : Bertrand Tavernier
Interprétation: Bertrand Tavernier (lui-même et voix-off), André Marcon (narrateur)
Documentation : Emanuelle Sterpin
Montage: Guy Lecorne, Marie Deroudille
Musique: Bruno Coulais
Société de production : Little Bear, Gaumont, Pathé Production
Distributeur : Pathé Distribution
Durée : 195 minutes
Genre: Documentaire
Date de sortie : 12 octobre 2016
Master class Dario Argento : le cinéma italien à l’honneur au FEFFS
Master class Dario Argento : après Joe Dante l’an dernier, le FEFFS a accueilli pour sa 9ème édition le maestro du cinéma de genre italien, Dario Argento. Le cinéaste qui a popularisé le giallo, et qui est reconnu pour ses films à l’esthétique très recherchée s’est donc prêté à l’exercice de la master class. Cette master class a été conduite par Jean-François Roger, directeur de la programmation de la cinémathèque française. LeMagduciné étant sur place, nous n’avons pas résister au plaisir de partager avec vous cette leçon du cinéma du grand réalisateur transalpin.
Première partie : Les premiers pas dans le cinéma – « Le premier film qui m’a marqué est un film fantastique que j’ai vu en vacances avec ma famille. »
Jean-François Roger :Ton père était producteur de cinéma et ta mère photographe, est-ce que cela a déterminé ton envie de faire du cinéma ?
Dario Argento : Non ce ne sont pas eux qui m’ont décidé à faire du cinéma. Je pense que c’est la lecture ou les films que j’ai vus. Ma mère pensait que je serais un écrivain, mon père ne pensait rien.
Ce qui t’as poussé à faire du cinéma, comme beaucoup de ta génération, c’est le cinéma lui-même. Quelles étaient tes premières émotions de cinéma ?
Dario Argento : Il y a des films qui m’ont frappés, je l’ai écrit dans une biographie qui sortira en France l’an prochain. Le premier film qui m’a marqué est un film fantastique que j’ai vu en vacances avec ma famille. C’était le Fantôme de l’opéra de Lubin avec Peter Lorre, qui m’a beaucoup troublé. Près de ma maison, il y avait un grand cinéma, et pendant l’été ils ont fait une rétrospective de cinéma fantastique et mon père avait une carte pour entrer sans payer. J’utilisais cette carte et je passais les plus beaux après-midi de ma vie, pour voir des vieux films comme Frankenstein. C’est ça qui m’a touché dans ma conscience. Puis j’ai travaillé dans un journal de cinéma et un journal de Rome. J’ai fait critique de cinéma parce qu’une critique est tombée malade. Son congé a duré longtemps, et j’ai pris de l’influence et je suis devenu critique officiel pour le journal. Les choses se sont passées très naturellement. J’ai commencé à écrire et c’était un beau moment de ma vie. Tout seul avec la page blanche, écrire une histoire qui se composait devant mes yeux. Je pensais que c’était le travail de ma vie. Puis une fois, j’ai écrit un film et je pensais que je pouvais le diriger.
Pour rester sur ton expérience de critique, on a une idée de la critique italienne comme étant conformiste, t’es-tu opposé à cette vision, t’intéressais-tu à des films auxquels la critique ne prêtait pas attention ?
Dario Argento : J’ai eu une expérience en France, lorsque j’étudiais à Paris, de la critique française. Une expérience différente, quand je vois les critiques italiennes très professorales. Un côté social c’est bien, sinon ça n’intéresse personne. Ce sont des critiques nées pendant le néo-réalisme. Pendant que je faisais mes critiques, mon directeur m’envoyait des lettres parce que j’écrivais des stupidités. Il disait ça, mais je voyais dans ses yeux qu’il pensait que j’avais raison. Il pensait que les films de Leone étaient des films commerciaux. J’avais toujours ce cauchemar où j’entrais à la rédaction et le concierge me disait qu’il avait une lettre pour moi. J’ai cependant eu une expérience très belle, je n’avais pas d’assistants, je voyais tous les films moi-même. Je passais d’excellentes soirées à voir des films.
Tu parles de ton expérience de scénariste et de Sergio Leone, une des tes grandes collaborations est celle sur Il était une fois dans l’ouest. Comment s’est passée ta rencontre avec Sergio Leone ?
Dario Argento : J’ai eu une interview avec lui, puis nous sommes devenus amis. Il avait un film qui lui posait problème, où le protagoniste principal était une femme. En Italie, c’était problématique, notamment pour le western. Il a eu l’idée de faire écrire le scénario préparatoire à des jeunes comme Bernardo Bertolucci et moi. Bernardo Bertolucci a d’ailleurs dit à Sergio Leone qu’il aimait beaucoup comment il filmait le cul des chevaux. Leone pensait que les jeunes pouvaient mieux comprendre les femmes.
Et le scénario a été alors complètement différent ou c’est le personnage de Claudia Cardinale qui devait être le personnage principal ?
Dario Argento : Oui c’est Claudia.
On va aborder ta carrière de réalisateur. Tu réalises un premier film, L’Oiseau au plumage de cristal, on est en 1970. C’est un thriller criminel qu’on nomme giallo et tu t’es spécialisé dans ce genre là, pourquoi as-tu enchaîné une série de films de ce style là ?
Dario Argento : Parce que le premier film a été un succès que personne n’avait prévu. Alors on m’a demandé d’en faire un autre.
C’est le succès qui a déterminé cela. Mais il y a un point commun entre tous ces films, c’est la peur. C’est une émotion qui t’intéresse ?
Dario Argento : Oui, après j’ai compris que ça m’intéressait, le fantastique. Je repensais à mon passé avec les films comme le Fantôme de l’opéra. Toute ma vie j’ai aimé ce genre de films. Après j’ai compris que c’était ma vie. Je suis du côté de l’imaginaire.
Je propose qu’on voit un extrait de L’Oiseau au plumage du cristal. Je pense que c’est une scène qui va annoncer tout ton cinéma.
La scène est un dispositif artistique où il enferme son personnage dans une cage de verre. Le personnage veut entrer dans une image et il n’y parviendra pas. Je pense que c’est la clé de ton cinéma. Tu ne vas cesser de raconter l’histoire de personnages qui veulent rentrer dans une image, comment t’es venue cette idée ?
Dario Argento : C’est comme un poisson dans un aquarium qui regarde la réalité et qui ne peut rien faire. Puis j’ai pensé au problème de la mémoire qui est un peu illusoire. Chacun voit la même scène et chacun a une version de cette scène. Il y a un filtre en fonction de notre culture et de notre expérience. Le personnage a vu une scène mais il ne comprend pas. C’est ce qui m’a obsédé pour ce film.
C’est une leçon hitchcokienne qui a beaucoup été exploitée par des cinéastes de ta génération. Regarder n’est pas voir. On peut regarder et ne pas voir. C’est ce qu’on va voir dans beaucoup de tes films et tu vas faire pareil avec le son. Ce qui est intéressant aussi dans cette scène, c’est la musique de Morricone. Tu vas travailler avec lui pour tes trois premiers films et sa musique est dissonante, elle refuse la mélodie. Comment s’est passée ta collaboration ?
Dario Argento : Pour la première fois, Morricone a voulu improviser. La musique a été improvisé dans un studio pendant qu’on passait le film avec un groupe de musiciens, comme dans une jam session. Morricone jouait de la trompette. La musique était à chaque fois différente de l’autre. C’est une grande expérimentation qu’il a fait ici.
Cela rajoute beaucoup à la frayeur. On est plus effrayé par cette construction de la musique que si elle avait souligné la frayeur ?
Dario Argento : Oui c’était le plus important. Une musique plus émotionnelle, qui vient de l’émotion de gens qui voient la scène pour la première fois. C’est une expérience qu’il n’a pas fait plusieurs fois. Il y avait un risque que la musique ne marche pas.
Et il n’y a pas de mélodie. On se rappelle tous des musiques de Morricone pour les films de Leone, mais ici sans mélodie c’est difficile.
Dario Argento : Si, au début du film, il y a une mélodie. D’ailleurs Tarantino a repris la musique du début pour son film Grindhouse. Morricone ne voulait pas vendre, il lui a offert de l’argent et il l’a vendu. A moi, il n’a rien offert. Il a juste mis à la fin « Merci à Dario Argento », mais il ne m’a rien donné.
Deuxième partie : Un artisan des couleurs et du son – « J’étais dans une sorte de transe, de folie, d’associations d’idées un peu freudiennes. »
Avançons dans ta carrière, tout en restant du côté du son. Ton quatrième giallo est Profondo Rosso, et là nouveau tour de force, tu fais appel à un groupe de rock progressif italien, les Goblins. Pourquoi as-tu eu cette idée là ?
Dario Argento : Je pensais changer et prendre Georgio Verdini, un jazzman italien. Il a commencé à faire la musique pendant que je tournais le film. Mais la musique n’était pas juste avec les scènes. J’ai demandé à mon éditeur musical de chercher un groupe étranger. Il a pensé à de grands groupes anglais comme les Pink Floyd. Nous sommes allés parler avec eux à Londres, mais il était en train d’enregistrer The Wall et c’était très important pour eux. J’avais pensé aussi à Genesis. Avec mon éditeur, on a cherché de nouvelles personnes, très jeunes, on pensait que c’était une idée intéressante. On a écouté des démos, et découvert ce jeune groupe pas connu qui ne s’appelait pas encore les Goblins. Ils avaient une musique très intéressante. C’est le succès de Profondo Rosso, sa musique étrange.
Profondo Rosso est un film qui repose une nouvelle fois sur une perception fausse d’une image au début du film. On avait découvert le film quand il est sorti, après Suspiria en France, dans une version courte (1h40 au lieu de 2h). On s’est rendu compte que la majorité des scènes enlevées sont des scènes avec Hemmings et Nicolodi. On remarque que ces scènes sont autobiographiques et qu’elles rejouent ta rencontre avec Daria Nicolodi. On avait déjà pu remarquer ça dans le film précédent, Quatre mouches de velours gris. Est-ce que ça te plait de mettre des aspects autobiographiques dans tes films ?
Dario Argento : Quelquefois ce sont des inconsciences. J’étais pas conscient que c’était un peu l’histoire de ma vie, je n’y pensais pas. Puis quand le film était fini, dans la salle, ma femme m’avait dit : « Tout le monde me regarde, qu’est-ce que tu as fait ? « . J’ai répondu : » Rien ». C’est une autre histoire. C’est pas vraiment l’histoire de ma vie, mais de mes rêves ou cauchemars.
Suspiria est un coup de tonnerre. Tu passes au genre surnaturel. Quand le film est sorti, on avait le sentiment de n’avoir jamais vu ça. L’horreur opératique. On avait l’impression que le scénario ne cherchait pas l’horreur à travers la psychologie des personnages. On avait l’impression d’avoir jamais vu ça, mais il y a cependant plein d’influences. Est-ce que tu peux nous parler de ce qui t’as inspiré pour Suspiria. Genre Walt Disney, la cinquième victime, etc..
Dario Argento : Avant de faire Suspiria, je me demandais ce que je pouvais faire de plus que Profondo Rosso. Je suis revenu à mes souvenirs d’enfance.
On retrouve le thème de l’enfance, avec les sorcières.
Dario Argento : Oui. Et puis les grands films du passé, de l’expressionnisme allemand. Les Walt Disney comme Blanche-Neige. Je ne pense pas avoir fait un film si fort ( à part Opera).
Avec un usage irréaliste des couleurs. On pense à quelqu’un qui a fait un usage pareil des couleurs, c’est Mario Bava.
Dario Argento : Oui mais avec des autres couleurs. Lui, il a inventé un mur où c’était juste du tissu, et de l’autre côté il y avait une lumière qui donnait une luminescence. Cela rappelait le technicolor des années 40-50, comme John Ford. J’ai utilisé ça pour faire un film tout fantastique. Et j’ai commencé à travailler avec les femmes. C’est plus facile qu’avec les hommes. Elles subissent les plus folles envies du cinéaste avec enthousiasme, alors que les hommes discutent. Les femmes ont une disposition pour aller au fond des choses. C’est pour ça que j’ai beaucoup de femmes pour protagonistes et souvent très jeunes. Comme Jennifer Connelly dans Phenomena qui a 13 ans. Ma fille, Asia, aussi.
Avant de parler de la psyché féminine, je voudrais parler d’Inferno qui est un film encore plus fou que Suspiria. C’est un film difficile à résumer. Tout ce qui arrive ne procède pas d’une logique psychologique mais poétique et cela vient notamment de ton utilisation de la couleur. Je propose qu’on regarde un extrait d’Inferno.
Ce que j’aime dans cet extrait, c’est que c’est un cauchemar. Ce qu’on voit n’a l’air d’obéir à aucune logique, on s’attend à ce que le marchand de hot-dog vienne sauver le vieil homme mais finalement il l’assassine, et on le reverra d’ailleurs plus du film. Il y a un peu d’humour aussi. Le héros du film est la mort, et elle est vêtue de noir. Ici, on se retrouve dans une nuit d’éclipse de lune donc tout est noir, et la mort devient blanche et le cuisinier est tout en blanc. On a une véritable logique poétique, la scène est absolument cohérente si on sort de la convention du scénario, si on suit la logique des rêves, des cauchemars, dictée par le choix des couleurs. C’est sans doute la scène la plus radicale que j’ai vue dans cette direction là au cinéma. Je voudrais que tu nous parles de cette scène là, qui a été véritablement tournée à Central Park. Tu as fait ramener des rats non ?
Dario Argento : Je voulais dire que dans cette scène, un rat a véritablement mordu son oreille. On avait l’impression qu’il récitait quand il faisait « Aaaah aaah », mais en fait c’était vrai. Et puis après il est allé à l’hôpital.
Mais d’où ils venaient ces rats ?
Dario Argento : De la Pologne. Ils sont arrivés avec des polonaises. La scène vous l’avez très bien expliquée. Ce film pour moi, est aussi un mystère. Un film où je comprends pas tout. J’étais dans une sorte de transe, de folie, d’associations d’idées un peu freudiennes, les chats, les rats, etc.. Tout le film est une énigme qui est difficile à expliquer. Quand j’ai vu le film avec la présidente de la Fox qui a produit le film, elle est restée sans expression pendant tout le film. Et quand il était fini, elle m’a dit : « Je comprends rien, pourquoi toute cette énigme ». J’ai répondu que je voulais que le public donne une explication. Mais elle a dit que c’était impossible pour le public américain. Il a peu marché aux USA, mais il a bien marché dans d’autres pays. Il faut regarder ce film avec des yeux différents.
Oui c’est toute la beauté du film, le fait qu’on ne comprend rien.
Troisième partie : L’exploration du psyché féminin et de l’enfance – » J’ai commencé à m’intéresser à l’enfance parce qu’elle n’est pas corrompue par le discours, la politique, elles (NDLR : les jeunes femmes) sont libres dans la pensée, elles ont des idées géniales. »
Après ce film, tu retournes au giallo avec Ténèbres, et après tu enchaînes toute une série de film (Phenomena, Trauma, Le Syndrome de Stendhal) où tu vas t’intéresser à la psyché féminine. Avec des jeunes femmes tu vas t’interroger sur leurs névroses, leurs obsessions. Elles font toutes des choses qui leurs ouvrent les clés vers un autre univers : Jennifer Connelly est somnambule dans Phenomena, Asia est anorexique dans Trauma et ultra sensible aux œuvres d’arts dans le Syndrome de Stendhal. Cette infirmité leurs ouvre des portes vers l’imaginaire. Tu vas t’interroger sur les jeunes femmes et leurs mystères.
Dario Argento : Oui, j’ai commencé à penser aux jeunes femmes avec Suspiria. Le projet initial était de faire une école avec des élèves très jeunes, 11-12 ans, mais le distributeur n’a pas voulu. J’ai commencé à m’intéresser à l’enfance parce qu’elle n’est pas corrompue par le discours, la politique, elles sont libres dans la pensée, elles ont des idées géniales.
Ce sont des films qui rappellent les contes de fées. Dans Trauma avec les têtes coupées qui rappelle Alice aux pays des Merveilles, ou dans Phenomena avec les insectes et le singe. Je propose qu’on voit un extrait de Phenomena vu que c’est une des choses que tu as fait de plus beau. En plus je vais vous montrer un extrait d’un film qui n’est pas d’Argento mais qui aurait pu servir d’inspiration (Extrait de Nosferatu). On a un rapport entre Murnau et toi très éclairant. Dans l’expressionnisme le monde psychique pénètre le monde réel, et je pense que c’est ce que tu veux faire dans tes films. Je pense donc que l’expressionnisme a eu une réelle influence sur toi.
Dario Argento : Oui, oui très importante, j’ai vu mon premier film expressionniste allemand à Paris quand j’étais étudiant. J’ai trouvé ça incroyable. Une fois j’ai été invité par la cinémathèque de Munich où j’ai présenté quelques uns de mes films et on m’a montré quelques films expressionnistes colorisés et c’était une expérience fantastique. Comme une île au trésor. On retrouve l’expressionnisme partout, dans la peinture, dans la littérature et certains cinéastes français aussi.
C’est toi qui va le plus loin, je pense. Tes films sont presque des films muets parfois. D’ailleurs les extraits qu’on a vu était quasiment muets. Bon, je vais remonter à une généalogie encore plus lointaine que le cinéma expressionniste, qui est le cinéma italien des années 10. Le cinéma des Dive avec des actrices très emphatiques qui expriment leurs émotions en tordant les bras, des figures de l’hystérie. Et je pense que dans les années 10, il y a déjà les origines du giallo. Le giallo c’est l’histoire d’une femme qui est seule et qui à peur. Il y a un désir d’avoir peur, une dimension sexuelle même. J’ai l’impression que dans le cinéma italien des années 10, il y a quelques choses qui se retrouvent dans ton cinéma.
Dario Argento : Oui c’est vrai et c’est vrai que c’est un peu l’origine du giallo. Cette possibilité d’avoir peur et une chose qui est sexuelle. Le désir d’être tuée, d’être possédée par un autre, une arme. Le couteau est un peu phallique.
On a pas parlé d’éléments un peu plus formels, mais tu aimes bien les défis techniques. Tu aimes bien les longs plans à la Louma, la Steadycam. Pourquoi aimes-tu ce genre de défi ? On a l’impression que tu veux dépasser les caractéristiques traditionnelles du film pour trouver, grâce à la caméra, un endroit que l’œil humain n’atteint pas.Je pense notamment au fameux plan à la grue dans Ténèbres. Pourquoi aimes-tu cela ?
Dario Argento : Je pense que c’est surtout parce que dès qu’une nouveauté technique apparaissait, je voulais l’essayer. En pensant qu’elle me permettrait d’explorer de nouveaux terrains.
Je propose qu’on boucle cette discussion avec un dernier extrait qui est une réponse au premier. C’est le début du Syndrome de Stendhal. Ce qui caractérise ton œuvre, c’est le mélange entre l’art noble (peinture, opéra) et la pop culture populaire (giallo, horreur). Je trouve que tu t’es magnifiquement servi de ces deux éléments pour en faire une œuvre visionnaire.
Dario Argento : Oui, c’est mon inspiration qui me porte dans ces chemins imaginaires. La musique, la peinture. La musique de cet extrait avait été faite par Ennio Morricone, et on peut lire le morceau de gauche à droite, et de droite à gauche et c’est le même. Ce passage où Asia déambule à travers les peintures est l’un des plus beaux moments de ma carrière.
Tarantino. Encore et toujours. Le natif du Tennessee aura continué à s’acoquiner avec le public lyonnais en donnant de sa voix pour la radio de la ville, quand Buster Keaton, Marcel Carné ou encore Park Chan Wook continuaient de tracer leur chemin dans les salles de la métropole, comme pour mieux faire attendre la venue de la reine du bal : Catherine Deneuve.
On aimerait pouvoir vous parler de quelqu’un d’autre. Vraiment. Mais c’est comme ça : Quentin Tarantino est un trou noir. Il aspire tout dans son sillage et s’accapare toute l’attention. Ajoutez à cela une bonhommie king-size, une aura qui vaut foi dans n’importe quelle congrégation cinéphile et vous obtenez une force cinéphile difficile à mettre à mal. Bref, pas facile d’exister à côté du maître. Et pourtant, Thierry Frémaux, en bon stratège qu’il est, a osé jouer la carte de la contre-programmation dans ce Festival Lumière en offrant au public lyonnais une masterclass à Jean-Loup Dabadie. Scénariste, écrivain, la liste est longue pour désigner toutes les professions qu’a rempli au cours de sa longue carrière ce français, qui s’est notamment illustré chez les plus grands des années 1970, de Claude Sautet, à François Truffaut en passant par Yves Robert. L’occasion parfaite donc de confronter un public lyonnais à une figure méconnue du cinéma français qui lui aura pourtant beaucoup donné, au gré de dialogues ciselés et autres films cultes, notamment Un Eléphant Ça Trompe Énormément. Placée sous le sceau de la bonne humeur, cette longue discussion aura aussi vu Dabadie se mêler avec l’un de ses fidèles comparses, l’humoriste Guy Bedos, déjà à l’œuvre du film susvisé et qui n’aura pas manqué de saluer le geste de Thierry Frémaux, que celui de raviver au goût du jour des classiques dans une ambiance amicale et détendue.
Un polar coréen sombre et dévastateur
Mais si un film était attendu par la rédaction aujourd’hui, ça n’était pas dans nos contrées qu’il fallait le chercher, ni même du côté de la programmation de QT. Non, il fallait se tourner vers la Corée, et son émissaire Park Chan Wook, qui a eu la bonne idée d’apporter dans ses bagages une copie 35 mm de son chef d’œuvre Old Boy. Adulé par Tarantino il y a de ça 13 ans quand il était proposé en Compétition Officielle au Festival de Cannes, le film, après visionnage mérite ses gallons. On y suit l’histoire d’Oh Dae-Su (Choi Min-Sik), un père de famille brusquement enlevé en pleine rue dans la Corée moderne. Détenu contre son gré pendant 15 ans pour des raisons qu’il ignore, il est un jour relâché et pressé par son ravisseur de procéder à diverses épreuves afin de le retrouver. S’engage un jeu de pistes ou règne alors mystère, peur, violence mais surtout incompréhension pour celui qui ignore encore les raisons d’un tel emprisonnement. On se gardera d’en dire plus tant les secrets de l’oeuvre jouent pour beaucoup dans son appréciation finale, subtil mélange de fatalité et de violence burlesque chère à Park Chan Wook. Les acteurs sont ainsi stupéfiants, la musique particulièrement entrainante et rappelant çà et là celle de John Ottman dans Usual Suspects. Bref un vrai polar coréen pur jus, où ne compte que la violence et la représentation de celle-ci, en atteste un plan séquence magnifique voyant le père s’attaquer à une bande d’ennemis dans un couloir avec pour seul arme un marteau. Du grand art.