Cigognes et Compagnie, un film de Nicholas Stoller et Doug Sweetland : Critique

Plus connu pour ses comédies « american way of trash » (American Trip en 2010 ou Nos pires voisins et sa suite en 2014 et 2016), l’anglais Nicholas Stoller est ce que l’on appelle communément un « Yes Man ».

Synopsis : Au lieu de livrer les bébés, les cigognes délivrent des paquets pour un site Internet. Quand une cigogne nommée Junior produit accidentellement un bébé non autorisé, il doit corriger la situation avant que quelqu’un ne le découvre.

Storks Exchange

Un réalisateur/scénariste efficace et chevronné qui s’efface souvent pour laisser le champ libre à une tripoté de comiques populaires qui souhaitent s’afficher dans des délires souvent outranciers entièrement dédiés à leur propre canonisation. On se souvient de Jim Carrey dans Yes Man (justement), de Russel Brand et Jonah Hill dans American Trip ou de Seth Rogen et Zack Efron dans Nos pires voisins. Personne en revanche ne sait vraiment qui se tient derrière la caméra ou qui tente de faire tenir un flot de vannes ininterrompu dans une trame narrative à peu près cohérente. Stoller est de ces hommes-là, ceux qui trouvent finalement leur bonheur sur les plateaux mais loin des canapés des Talk Show promotionnels de Jimmy Fallon. Le voir aujourd’hui aux commandes d’un film d’animation, aidé par Doug Sweetland (transfuge de Pixar), a quelque chose de surprenant. De quoi faire enfin éclore une sensibilité d’auteur ? Pas vraiment. Cigognes et Compagnie (Storks en V.O) est au diapason de ses autres travaux, entre respect de convention maintream et sympathique dynamitage de quelques codes.

D’un simple point de vue technique, Cigognes et Compagnie reste dans les jupons confortables d’une animation 3D efficace et éprouvée. Qu’il semble loin le temps où chaque sortie Pixar et Dreamworks était un événement culturel, chaque studio inventant ses propres techniques et codes narratifs pour offrir une expérience nouvelle. Ici le mouvement est fluide, le design léger, mais ne se démarque pas vraiment des dernières productions Disney, Illumination Studio (Moi Moche et Méchant) ou Sony (Hôtel Transylvanie). Pour ce qui est de l’intrigue, les scénaristes font l’erreur d’ouvrir un boulevard à leur potentiel détracteurs en reprenant presque à l’identique la trame de l’autre film d’animation « corporate », Monstre et Cie. L’histoire est donc celle d’un employé marié à son boulot, qui voit ses chances de promotions ruinées par l’arrivée d’un enfant, ce qui mettrait en pétard son patron (doublé en V.F par Richard Darbois qui était déjà Mr Watternoose dans…Monstre et Cie). Il s’embarque alors dans une aventure rocambolesque avec une orpheline adoptée par les cigognes pour ramener le bébé non désiré à destination, et finit par s’attacher à celui-ci. On admettra que sur ce point les scénaristes ont été un poil feignants, et comme le film de Pixar en son temps, la critique du capitalisme sauvage est rapidement écartée pour un final convenu qui ne froissera pas trop les décisionnaires (mieux vaut une entreprise humaine que pas d’entreprise du tout). Cela en fait-il un mauvais film pour autant ? Non.

Fort de son expérience avec des comédiens probablement égocentriques, Stoller semble être devenu au fil du temps un maître dans l’art de la sape. Tout en donnant l’impression de remplir son contrat en surface (animation correcte et scénario convenu) il réussit à agrémenter son film de trouvailles visuelles et de gags géniaux. Un PDG qui se fait un bureau en baie vitrée pour montrer sa puissance (les oiseaux ne voient pas le verre et s’écrasent régulièrement sur les vitres), une équipe de gallinacés (dont un émeu) qui tente de s’envoler à l’aide de Jet-Pack de fortune, un pigeon relou, une meute de loups aussi ingénieuse qu’hilarante etc. Le rythme est soutenu et on a parfois à peine le temps de se remettre d’un gag qu’un autre surgit en enfilade, ne laissant que peu de répit aux abdominaux. Tout cela sans délaisser un humour mimétique efficace, quand les animaux adoptent des comportements trop humains, culminant dans une dispute de couple entre un oiseau et une jeune fille réveillés au milieu de la nuit par les pleurs du bébé (qui s’occupe de bercer et qui peut aller dormir ?). L’absurde des situations est poussé dans un extrême que les studios n’avaient pas atteints depuis…Shreck 2.

Mais là où le film est véritablement plaisant, c’est dans sa revendication d’un héritage plus glorieux encore : celui de Chuck Jones et Tex Avery. Cet âge d’or de l’animation, où Warner Bros (ici producteurs du film) et la MGM pouvaient encore rivaliser à armes égales avec Disney sur ce terrain. Cette filiation revendiquée transparaît tout du long, que ce soit dans le nom de l’entreprise « CornerStore » (littéralement « boutique du coin de la rue » – forme d’ACME* moderne), ou dans l’exhumation d’un art que l’on pensait disparu dont Jones et Avery étaient les maîtres : le gag à multiples détentes. Chaque élément visuel ou oral lance une situation absurde qui sera remise en avant plus tard dans un autre contexte. Tchekov aimait parler de son fusil, ces pères du cartoon sont rapidement passés à la mitrailleuse. Sans en atteindre le génie, Cigognes et Compagnie n’en reste pas moins un héritier honorable qui arrive à multiplier les fantaisies les plus folles, ainsi que quelques belles idées de réalisation. Citons ce combat complètement dingue entre les deux héros et une horde de pingouins belliqueux où les deux camps étouffent leurs cris de douleurs pour ne pas réveiller le bébé.

Les quelques maladresses, comme la mise en avant d’une « mémoire génétique de la maternité » (qui risque de servir de spot de pub à la manif pour tous), se compensent par des éléments plus modernes. Ainsi lors d’une très jolie séquence, le film laisse apparaître des couples homo et mono-parentaux. Idem quand le scénario fait mine de critiquer la modernisation à outrance des modes de livraisons (type Amazon) sans pour autant remettre en cause l’esprit d’entreprise. Comme la plupart des comédies de Nicholas Stoller, le film est truffé de paradoxes, lorgnant vers la modernité tout en assumant une posture de vieux con (l’objectif final d’une petite fille qui serait de se marier est sujet à caution et semble anachronique). Mais c’est peut-être cette ambiguïté qui permet au film de se hisser légèrement au-dessus des productions mainstream et du politiquement correct  qui étouffent depuis trop longtemps le monde de l’animation. 

* ACME – American Company Making Everything (leur principal client est le vil Coyote).

Cigognes et Compagnie  : Bande-annonce

 Fiche Technique : Cigognes et Compagnie

Titre Original : Storks
Réalisation : Nicholas Stoller, Doug Sweetland
Scénario : Nicholas Stoller
Doublage V.O : Andy Samberg, Katie Crown, Kesley Grammer, Jennifer Aniston
Doublage V.F : Florent Peyre, Bérengère Krief, Richard Darbois
Musique : Jeff et Mychael Danna
Montage : John Venzon
Producteurs : Nicholas Stoller, Phil Lord, Chris Miller, Brad Lewis, Glenn Ficarra, John Requa, et Jared Stern
Production : Warner Bros Animation
Genre : Comédie
Durée : 89 minutes
Date de sortie : 12 octobre 2016

Etats-Unis – 2016

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Vincent B.https://www.lemagducine.fr/
Intéressé par tout, mais surtout n’importe quoi. Grand amateur de fantastique et de Science fiction débridé. Spécialiste Normand expatrié à Lille de la vague Sushi Typhoon (le seul qui s'en vante en tout cas). Je pense très sérieusement que l’on ne peut pas juger qu’un film est bon si l’on en a jamais vu de vraiment mauvais.

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