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Bleeder, un film de Nicolas Winding Refn : Critique

Bien avant de connaître un succès international avec Drive, le réalisateur danois Nicolas Winding Refn avait déjà signé plusieurs films dans son pays d’origine, dont Bleeder, objet cinématographique hybride qui se rapproche vaguement de Pusher. Sauf qu’à y regarder de plus près, ce long métrage n’a rien d’un film de gangsters. A la croisée des chemins entre Dogme 95, métafilm et délire de geek, Bleeder mêle humour et tension au service d’une histoire sincère et réaliste qui préfigure déjà le style et les thèmes fétiches du cinéaste, comme l’amour, la famille ou encore la violence.

Synopsis : Dans les années 90, dans un quartier populaire de Copenhague, une bande de copains cinéphiles trompe l’ennui en regardant des films. Mais bientôt, la ligne entre fiction et réalité se retrouve franchie lorsque des querelles familiales viennent gangrener leur relation et mettre leur bonne entente en péril… 

Fondu au rouge 

Même si Bleeder affiche une approche formelle et plastique qui s’apparente aux règles esthétiques du Dogme 95 avec sa caméra à l’épaule, son image un peu sale, ses acteurs très naturels et ses scènes qui donnent l’impression d’être improvisées, le film dénote et montre déjà l’émergence d’une volonté artistique atypique chez le danois. Bleeder s’impose comme la genèse d’un style, le témoignage de la naissance d’un auteur. D’une part, Nicolas Winding Refn tente des plans originaux : on y trouve des plongées vertigineuses, des travellings au ras du sol et des close-ups extrêmes qui donnent une impression de claustrophobie, d’enfermement. D’autre part, le réalisateur emploie aussi des couleurs très marquées, caractéristique qui se retrouve dans ses réalisations suivantes. Drive est dominé par le bleu et le vert, Only God Forgives par le rouge, et The Neon Demon nous offre une palette de couleurs très électriques. Ce travail est amorcé dans Bleeder avec l’utilisation fréquente de fondus au rouge, teinte vive qui évoque avant tout la violence, mais aussi l’amour. 

Ces deux thèmes, très chers au cinéaste, s’observent là encore dans la grande majorité de ses productions et sont efficacement travaillés dans Bleeder, notamment avec le personnage de Louis, violent sanguinaire à la limite du skinhead qui n’hésite pas à insulter, menacer voire tabasser quiconque lui déplaît. Petite frappe imprévisible, ce protagoniste évoque les criminels de Pusher, mais s’érige aussi comme un archétype qui traverse toute la filmographie du danois : le héros taiseux, menaçant et un peu fou, à l’image de Mads Mikkelsen dans Le guerrier Silencieux, Ryan Gosling dans Drive ou encore Tom Hardy dans Bronson. Rouge comme l’hémoglobine, rouge comme le titre, rouge comme le tempérament dangereux de ses personnages masculins : cette couleur, omniprésente, nous agresse pour mieux nous rappeler la dureté et l’âpreté du quotidien de ces marginaux qui tuent le temps comme ils le peuvent. Car oui, Bleeder est un film sur l’ennui et le désœuvrement : comment s’occuper et donner un sens à sa vie lorsqu’on est dépourvu de but ? Les héros, prisonniers d’une existence plate et déprimante, s’inventent un quotidien plus palpitant, quitte à transgresser l’interdit et à franchir les lignes.

Fort heureusement, le rouge n’a pas qu’une connotation négative : il ponctue également des séquences plus tendres, comme la rencontre amoureuse bredouillante et maladroite entre Lenny et Lea, qui préfigure celle des deux amants de Drive. Attirés l’un par l’autre mais hésitants et gauches, ces deux jeunes timides et silencieux sont touchants et incarnent l’espoir. Rouge enfin comme les liens du sang qui unissent Louis à Louise, frère et sœur déchirés par la violence, une fois de plus. En somme, Bleeder constitue le fondement identitaire de Nicolas Winding Refn en tant qu’artiste et s’inscrit logiquement dans le reste de sa filmographie.

« Je ne veux pas d’un enfant dans ce monde de merde »

Bleeder, c’est aussi un film social qui dénonce le désarroi d’une génération perdue et paumée, comme Trainspotting, dans un autre genre. Les héros évoluent dans un environnement gris et terne, presque désert, qui prend parfois des allures de terrain vague apocalyptique, entre les friches, les graffitis et les rues inhospitalières, les hangars désaffectés, etc. Leurs loisirs ne donnent pas envie : ils se réunissent sur des morceaux de trottoirs, parlent de tout et de rien pour remplir le vide, mangent debout dans un self qui ressemble à un goulot, regardent des films dans un local pouilleux, habitent des logements vétustes et étriqués… Professionnellement non plus, ils n’ont pas l’air épanoui : quand on fait le bilan, presque tous les personnages sont insatisfaits et courent après l’argent. Lea bosse dans un petit snack miteux et s’y ennuie, Louise ne fait rien et attend le retour de son copain en remplissant ses journées comme elle peut, Louis est videur dans un night-club mal fréquenté et déverse sa frustration sur les premiers venus, et Leo, quant à lui, erre dans le quartier sans que l’on connaisse véritablement la nature de ses activités. C’est la sinistrose.

D’ailleurs, lorsque Louis apprend que sa compagne attend un enfant, il se crispe, c’est le début de la fin, l’élément déclencheur dont découlent tous les drames qui suivent. Pas heureux, il ne se réjouit pas en apprenant la nouvelle, pire, il nie, refuse l’évidence, évite d’aborder le sujet, et tente de continuer comme si de rien n’était. Seulement, sa copine, elle, ne cache pas sa joie et fait partager son excitation à tout le monde, piqûre de rappel permanente qui va pousser Louis à bout, jusqu’à cet aveu terrible : « Je ne veux pas d’un enfant dans ce monde de merde ». Car Louis n’a rien, comme il le fait remarquer à ses amis. Pas de travail, pas d’appartement décent, pas d’argent. Comment accueillir une vie, quand on a soi-même le sentiment d’être privé de la sienne? Ce dilemme central autour duquel s’articule une grande partie du film offre la possibilité à Refn de dresser un triste constat social : précarité, racisme galopant, chômage et violence gratuite sont les piliers de ce monde que Louis rejette. Finalement, les protagonistes préfèrent détruire que construire, comportement ravageur symptomatique d’un malaise latent que le cinéaste dénonce à sa manière.

Seul Lenny est sauvé. Plutôt content de son travail, ce mordu de cinéma, employé d’un vidéo club, adopte une posture différente de ses amis. Indifférent, il traverse son existence sans réellement s’y investir, préférant se réfugier dans les films. Il parle cinéma. Mange cinéma. Drague cinéma. S’habille cinéma. Bosse cinéma. Dort cinéma. Monomaniaque, ce passionné de Septième Art est certes obsessionnel, mais au moins, il est préservé de la morosité ambiante et échappe à la violence qui décime les autres. Il passe entre les mailles du filet grâce à l’art, ce qui, là encore, envoie un message clair : les films, c’est la vie, la vraie. En ce sens, on peut affirmer que Bleeder a une saveur particulière pour tous les cinéphiles qui se reconnaîtront forcément chez Lenny, geek lunaire et maladroit dont l’attitude spontanée et parfois étrange fait jaillir l’humour au milieu du marasme ambiant.

Humour et cinéma

Mais Bleeder, c’est avant tout une ouvre personnelle, vecteur d’expression fondamental qui permet à Winding Refn de se faire plaisir, notamment grâce à l’hommage vibrant et malicieux qu’il rend au cinéma. On peut supposer que Lenny est son avatar dans cette fiction atypique, inclassable et barrée qui touche un peu à tout. Le réalisateur n’a pas peur de confier des monologues à ses personnages, comme lorsque l’employé du vidéo club débite en rafale les noms de dizaines de cinéastes qui ont marqué l’histoire, de Bergman à Godard en passant par Fellini et Lars Von Trier. A ce titre, Mads Mikkelsen, qui récite son texte comme une mitraillette, fait rire le spectateur, amusé par un tel effet. Mais attention, Refn ne tombe pas de l’élistisme, loin de là : la preuve, Lenny arbore un t-shirt à l’effigie d’un pur navet, Plan 9 from outer space,  d’Ed Wood. Sur le même ton, les héros ont souvent des discussions stériles sur des vedettes d’action comme Bruce Lee ou Steven Seagal, ce qui suscite l’hilarité et démocratise le propos du danois. Bleeder s’adresse à tout le monde, c’est une œuvre cosmopolite et éclectique qui brouille les pistes, empruntant aussi bien aux codes du film de gangsters (armes à feu, scène de torture à la Reservoir Dogs et violence brute), de la comédie pure, du drame ou encore de la chronique sociale à la Ken Loach.

En fait, Bleeder peut s’interpréter comme un film méta qui n’a pas peur de réfléchir sur son genre et sur sa nature, en opérant un glissement très lisible d’un style à l’autre au sein même de l’intrigue, et ce sous l’impulsion des personnages eux-mêmes. Ce sont leurs remarques qui font avancer l’histoire et qui lui donnent la direction qu’elle prend ; ce sont eux les acteurs, au propre comme au figuré. C’est parce que Leo voit un film de gangsters qu’il demande un flingue à Louis, simplement car l’idée a germé dans sa tête. Et c’est à partir du moment où il se met à posséder une arme qu’il joue les caïds et devient un criminel, comme au cinéma. Les héros écrivent leur propre destin sous nos yeux, à travers un système de vases communicants entre réalité et fiction, frontière poreuse qui s’estompe progressivement. Paradoxalement, seul Lenny le cinévore reste en phase avec le réel, tandis que les autres se croient dans un film et se perdent en chemin. Toujours est-il que tous cherchent leur identité, exactement à l’image de Bleeder, qui navigue entre plusieurs eaux, pour finalement s’imposer comme un OVNI révélateur des obsessions et des questionnements de Nicolas Winding Refn, auteur singulier qui signe ici une œuvre charnière à l’échelle de sa carrière.

Bleeder : Fiche Technique

Titre original : Bleeder
Réalisation : Nicolas Winding Refn
Scénario : Nicolas Winding Refn
Interprétation: Mads Mikkelsen (Lenny), Kim Bodnia (Leo), Rikke Louise Andersson (Louise), Levino Jensen (Louis), Liv Corfixen (Lea), Zlatko Buric (Kitjo)…
Décors : Peter De Neergaard
Costumes : Loa Miller
Photographie : Morten Søborg
Montage: Anne Østerud
Musique: Peter Peter, Peter Kyed et Povl Kristian
Producteurs : Nicolas Winding Refn, Henrik Danstrup et Thomas Falck
Société de production : Kamikaze
Distributeur : Metrodrome Distribution Scanbox Entertainment
Durée : 98 minutes
Genre: Thriller
Date de sortie : 6 août 1999 / 26 octobre 2016

Danemark -1999

 

Showeb rentrée 2016 : le programme des prochaines sorties cinéma

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[Edition] Showeb Rentrée 2016

Ce mardi 11 octobre 2016 s’est tenu la messe des membres les plus cinéphages de la blogosphère : le Showeb. Pour rappel, il s’agit d’une convention biannuelle organisée par Le Film Français au cours de laquelle les distributeurs présentent à la presse numérique leurs prochains films, à grands coups de bandes-annonces et d’extraits souvent inédits.

Quelques jours après la convention des exploitants à Deauville, les participants avaient évidemment de quoi nous en mettre plein la vue. Toutefois, la cession de cette rentrée a été assez courte pour donner aux organisateurs le temps de diffuser deux films en avant-première. La faute à l’absence très remarquée de plusieurs importants, dont Warner et Sony.

Le bal a été ouvert par Disney, qui nous a permis de commencer notre session par un court-métrage : Raison, déraison réalisé par l’équipe à l’origine des Mondes de Ralph, qui sera diffusé en salles en ouverture de Vaiana à partir du 30 novembre. De ce film d’animation, nous avons pu voir deux extraits musicaux (dont un interprété par Dwayne Johnson qui n’en a décidément pas fini de nous surprendre).

Le studio aux grandes oreilles a poursuivi avec la bande-annonce exclusive de la nouvelle production DisneyNature : L’Empereur (qui sortira le 15 février 2017) réalisé par Luc Jacquet, dans la droite lignée de La Marche de l’Empereur. Les deux bandes-annonces suivantes n’étaient pas inédites puisqu’elles sont déjà en ligne : celles de La Belle et la Bête (22 mars) et Pirates des Caraïbes 5 (24 mai), mais qui évidemment sont plus impressionnantes sur grand écran que sur Youtube.

Côté Marvel, peu de nouvelles images du prochain Dr Strange (une bande-annonce étirée), mais un extrait des Gardiens de la Galaxie 2 (avec un baby Groot irrésistible), de retour le 24 avril. Et pour Star Wars : Rogue One, nous savions qu’il ne fallait en attendre d’images exclusives, nous nous sommes donc contentés d’images de tournage.

Second distributeur : 20th Century Fox a débuté par la bande-annonce de son Birth of a Nation (en salles le 11 janvier), qui évidemment n’est pas le remake mais bien l’antithèse du classique de Griffith dans l’esprit de 12 years a slave (la comparaison semble
inévitable, ce sera son plus gros problème). Le film nous a de plus été présenté par le rappeur/réalisateur Abd al Malik, qui doublera le personnage principal.

La Fox – à défaut d’images de Deadpool 2 et d’Alien : Covenant – a poursuivi avec un extrait du film d’animation Baby Boss (12 avril), par les réalisateurs de Madagascar ; la bande-annonce des Figures de l’Ombre (01/02) qui revient sur l’implication d’afro-américaines dans la conquête spatiale ; Cure for Wellness (15/02… titré Cure for Life en France), un étrange thriller dont l’imagerie rappelant celle d’American Horror Story a intrigué de nombreux spectateurs ; un court teaser de Kingsman 2 (14 juin) dont l’irrévérence et l’énergie laissent présager une suite aussi frapadingue que le premier. Enfin, quelques minutes d’Assassin’s Creed, composées d’images (plus ou moins) inédites.

EuropaCorp a présenté les bandes-annonces de deux films : Miss Sloane (08 mars), avec Jessica Chastain en lobbyiste anti-NRA, et Sous le même toit (1er mars) une comédie familiale de Dominique Farrugia (un sous-Papa et Maman ?). Mais le studio de Luc Besson était surtout là pour nous offrir à voir de courts extraits de son Valérian (26 juillet… à l’occasion des 50 ans de la BD)… dont on nous avait – heureusement – prévenu que les effets spéciaux n’étaient pas finalisés.

Ensuite, changement de registre avec Jour2fête qui nous a listé ces films « d’art et d’essai » à venir et des festivals dont ils ont fait le tour. Deux bandes-annonces : Les très beaux L’attrape-rêve et Theeb, l’enfant du désert, qui sortiront respectivement les 22 et 24 octobre. Plus lointains dans leur line up, le franco-pakistanais Noces (22 février) et Félicité d’Alain Gomis (29 mars) nous promettent de beaux voyages.

Epicentre est lui aussi spécialisé dans les films d’art et d’essai venus des quatre coins du monde dont il nous a présenté plusieurs bandes-annonces dont celles de L’Ornithologue, de João Pedro Rodrigues et avec Paul Hamy (30 novembre), Brothers of the Night, une histoire de prostitués homosexuels et un hommage appuyé à Querelle de Fassbinder venu d’Europe de l’Est (10 février), la comédie burlesque libanaise Tombé du Ciel (4 mars), ou encore Bonheur Académie, une plongée chez les raeliens (date indéterminée).

A nouveau, le ton a radicalement changé avec Paramount, et ses bandes-annonces, tout dans la délicatesse, de Jack Reacher : Never Go Back (19 octobre), xXx 3 (18 janvier) mais aussi de l’affligeant Alerte à Malibu (10 mai)… sans commentaire. Autre belle casserole pour le studio, Monster Cars, ce fameux film au scénario rédigé par un gosse de 4 ans et qui fait un four sur le sol américain tentera de se refaire une santé dans nos salles le 13 janvier.

Mais parce que Paramount ce n’est que pas uniquement ce que le cinéma hollywoodien peut faire de pire, notons tout de même les sorties le 8 février de Fences avec Denzel Washington qui promet de belles performances d’acteurs (espérons dès lors que le film n’ait pas été fait uniquement pour obtenir un Oscar), et le 23 novembre,d’ Alliés, le nouveau Zemeckis avec Brad Pitt et Marion Cotillard. Mais aussi… de Transformers 5 en juin.

Après une pause-déjeuner bien méritée, l’après-midi a débuté avec Gaumont, qui eux-mêmes nous ont offert des goodies de leur prochaine grosse sortie, la comédie régressive Brice 3 (19 octobre), dont nous n’avons pas pu échapper aux bandes-annonces. Ensuite, nous avons découvert celles d’Arès, un film d’anticipation ultra-violent – ce qui est assez rare en France pour ne pas être noté –  (23 novembre), de Ballerina, un film d’animation de fin d’animation qui semble souffrir de très mauvais choix de casting voix (14 décembre), de Sac de billes, l’adaptation du roman de Joseph Joffo qui nous fera suivre deux jeunes frères pendant la seconde guerre mondiale, et s’annonce, de la part du réalisateur de Belle et Sebastien, comme un mélo académique mais familial (1er févier). Plus amusant, Telle mère telle fille, une comédie de Noemie Saglio (Connasse, Princesse des cœurs) qui donnera cette fois à Camille Cottin le rôle de la fille de Juliette Binoche elle-même ado attardée (29 mars). Patients, le film autobiographique de Grand Corp Malade, inspiré de son passage en centre de réadaptation, s’annonce d’un réalisme touchant (1er mars). Mais la grosse attente a été suscitée par Au revoir là-haut, le nouveau film d’Albert Dupontel qui promet d’être la plus ambitieuse de ses réalisations (18 octobre 2017).

Le Pacte, a dans sa line-up la très attendue Palme d’or Moi, Daniel Blake de Ken Loach (26 octobre), ainsi que de l’autre palmé cannois Baccalauréat de Cristian Mungiu (7 décembre) puisqu’il y a obtenu le prix de la mise en scène. S’annoncent également prometteurs La Communauté, nouveau Thomas Vinterberg (4 janvier), le polar espagnol Dieu nous Pardonne ou encore Ouvert la nuit de ET avec Edouard Baer (18 janvier). Autre « de et avec » : M. & Mme Adelman par Nicolas Bedos… qui semble à la hauteur du narcissisme de l’individu. C’est du casting quatre étoiles d’Orpheline (Adèle Exarchopoulos, Adèle Haenel, Sergi Lopez, Gemma Arterton et Nicolas Duvauchelle) d’Arnaud des Pallières, que nous retrouverons en salles le 12 avril, qui a cependant généré les plus grosses attentes. Et même si les sorties de Après la tempête de Kore-Eda et La Región Salavaje n’ont pas pu être annoncées en images, elles promettent quelques beaux moments en 2017.

Les trois films prochainement distribués par Urban Distribution promettent eux-aussi de nous faire voyager puisque Tanna (16 novembre) s’annonce comme une belle histoire d’amour au sein d’une communauté tribale sur une île du Pacifique ; le documentaire The music of Strangers (7 décembre) nous fera suivre la formation d’un orchestre international et Noma in Japan (date de sortie indéterminée) sur le défi d’un prestigieux restaurant danois de se délocaliser à Tokyo.

Suite à ces annonces affriolantes, Sony s’est excusé de son absence en nous offrant à voir en avant-première l’un des films les plus controversés de cette fin année, puisqu’il s’agit de Sausage Party, ce film d’animation dont la sortie a été moult fois remise en question. Et il aurait été dommage de s’en passer, tant le résultat est probant : qui aurait cru qu’un délire de saucisses parlantes puisse aboutir à un film aussi subversif et politiquement incorrect, en particulier dans son discours antireligieux ? Une vraie pépite… dont la version originale est indispensable. En salles le 30 novembre.

D’autres promesses de bons films à venir avec Studio Canal, et la nouvelle comédie d’Éric Judor, Problemos, qui pourrait être rendue très drôle par ses personnages secondaires (date de sortie indéterminée), le film d’animation Sahara (1er février), le retour de l’équipe de Babysitting avec Alibi.com (15 février) ou bien encore l’adaptation de la bande-dessinée Seuls, qui va s’inscrire dans la veine young-adult made in France ( 8 février). La plus grosse sortie de la line-up reste évidemment le nouveau James Gray, le très attendu Lost City of Z, qui s’annonce comme le nouveau Fitzcaraldo (date de sortie encore indéterminée). Sans oublier Le Redoutable de Michel Hazanavicius, qui risque de faire couler beaucoup d’encre, du seul fait de l’interprétation de Louis Garrel dans la peau de… Jean-Luc Godard !

Mais ce n’est pas tout puisque StudioCanal a aussi dans ses valises Le Grand Méchant Renard, un film d’animation par l’équipe d’Ernest et Célestine (12 juillet), Gold avec un MattMac dégarni (date de sortie encore indéterminée), Primaire avec Sara Forestier et Vincent Elbaz (4 janvier) et bien sûr La Folle Histoire de Max et Léon, la truculente comédie préparée par le Palmashow (1er novembre).

Universal a également de nombreux films à venir, puisqu’il couvre les productions du studio Focus Pictures, à savoir Iris, le nouveau thriller de Jalil Lespert (16 novembre), Manchester by the sea (14 décembre) et le très attendu Nocturnal Animals puisqu’il réunira, le 4 janvier en salles, Amy Adams, Jake Gyllenhaal, Michael Shannon et Aaron Taylor-Johnson. Moins glorieux, mais malheureusement plus lucratif, Universal mise aussi beaucoup sur ses blockbusters : 50 nuances plus sombres (8 février), La Grande Muraille (15 mars), dont la bande-annonce pour grand écran est moins foutraque que celle qui tourne sur Youtube, Fast and Furious 8 (12 avril), dont nous avons quelques images de tournages aux quatre coins du monde,  mais aussi le reboot de La Momie (7 juin) dont nous n’avons pas eu l’image mais juste l’assurance qu’il renierait toute la mythologie de Toutankhamon puisque la momie serait une femme et que l’action aurait lieu en Afghanistan (!).

Mais Universal, c’est aussi les studios BlumHouse, et leurs films d’horreur : Ouija 2, le prequel du premier (2 novembre) mais surtout Split avec un James McAvoy en grande forme et le retour annoncé de M. Night Shyamalan (22 janvier). C’est enfin les films d’animation d’Illumination, en l’occurrence la comédie animalière Tous en scène (25 janvier) qui semble d’une bien meilleure facture que leurs Minions mais souffrira de sortir un an après Zootopie dont l’univers visuel est très proche.

Et pour finir, Pathé n’avait que peu de choses à présenter, mais a compensé en faisant venir Oliver Stone pour nous parler de son Snowden (1er novembre), ainsi que de la menace propre à la surveillance globale telle que la pratique la NSA. Également dans leur catalogue, Papa ou Maman 2 (7 décembre), dont on peut espérer qu’il ait d’autres scènes comiques que celles contenues dans l’amusante bande-annonce, ainsi que Dalida (11 janvier) qui promet d’être un biopic plein de paillettes.

La journée s’est achevée par la diffusion en avant-première de Manchester by the sea, qui pourrait bien valoir à Casey Affleck une nomination à l’Oscar du meilleur acteur.

 

Logan : l’adversaire de Wolverine 3 incarné par Boyd Holbrook

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Alors que le Comic Con de New York vient de dévoiler de nombreuses exclusivités, c’est sur Instagram qu’il fallait être pour trouver des informations sur le prochain film centré sur Wolverine.

Depuis 2000 et la sortie de X-Men réalisé par Bryan Singer, long-métrage devenu culte et initiateur des films de super-héros tels que nous les connaissons aujourd’hui, cela fait 16 ans que Hugh Jackman interprète Wolverine, peut être le personnage le plus connu et apprécié par les fans. Entre rage contrôlé et virilité native, Jackman incarne parfaitement la fougue violente du mutant, toujours torturé par sa condition d’immortel. Alors que la Fox a dévoilé au Comic Con de San Diego la première affiche de Logan, le troisième et dernier volet de la trilogie centrée sur Wolverine, c’est sur Instagram qu’a été dévoilée l’identité de la Némésis du X-Men. En effet, l’acteur Boyd Holbrook (Gone Girl, Night Run, Morgane), interprète de Steve Murphy dans la géniale série Narcos, se glissera dans la peau de Donald Pierce, un adversaire de poids pour l’Immortel. Pour ceux qui ne seraient pas familiers avec l’univers Marvel, Donald Pierce est un cyborg membre du club des damnés, club dirigé par Sebastian Shaw dans X-Men Le Commencement (2011). Dans le comics, l’antagoniste cherche à créer une armée de cyborgs mercenaires, appelés les « Reavers ».

Pierce

Une photo publiée par @wponx le

Entré récemment dans sa phase de post-production, Logan semble bel et bien être un des événements cinématographiques de 2017, malgré la présence de Justice League, Gardiens de la Galaxie 2, Transformers 5 ou encore Star Wars 8. Le film suivra Wolverine dans un futur proche, où les gouvernements formeront des mutants au combat pour leurs intérêts militaires. Après un premier volet catastrophique, la franchise est revenue de très loin grâce au second épisode, Le Combat de l’Immortel, qui a su renouer avec l’ambiance et la passion d’un film X-Men. Enfin, on attend d’autant plus ce long métrage qu’ il sera la dernière composition de Hugh Jackman dans la peau du célèbre mutant, 16 ans après sa première interprétation sur grand écran. Logan est prévu dans les salles le 3 mars 2017 aux Etats Unis.

Divorce, une série de Sharon Horgan : critique du pilote

Acclamé pour le grand retour de Sarah Jessica Parker, 13 ans après la fin de Sex in the city, Divorce est signé par Sharon Horgan (actrice et showrunneuse de la série britannique à succès Catastrophe, qui mettait en scène à la manière de You’re The Worst, le ménage de deux personnes rencontrés pour un coup d’un soir).

Synopsis : Frances, une mère de famille new-yorkaise dans la force de l’âge, décide de « recommencer » sa vie avec l’aide de ses amies Dallas et Diane, et songe même au divorce. Mais son mari ne l’entend pas de cette façon…

Avant que ne fonde la glace

L’actrice quinquagénaire est une mère de famille à la recherche d’un nouveau souffle, en pleine crise existentielle. Le pilote d’une demi-heure (format câblé HBO), réalisé par Jesse Peretz, qui a fait ses marques sur Girls, Nurse Jackie, puis Orange is the new black, nous transporte dans l’intérieur d’un couple en perdition. Une fois de plus – car tous les médias le précisent -, il ne faut pas s’attendre à une version posée, vieillissante de Carrie Bradshaw et en voici une bonne nouvelle. Peut-on se réjouir pour autant ?  Si vous cherchez de l’irrévérencieux, visez la nouvelle série par la même chaîne câblée, Insecure.

La scène d’introduction dans la salle de bain, espace d’intimité perdue, entre regards triste sur corps vieillissant déjà-vu et flegmatique détachement de la part du mari râblé et moustachu qui ressemble à Martin Freeman et Kurt Russell, provoque le sourire et le bras d’honneur retrouve ses lettres de noblesses. Puis la coupure franche sur le titre de la série et fond de coulée calme de glace avec le refrain entraînant de Coldplay « Paradise » achève l’humour noir déjà subtilement annoncé. Le personnage de l’époux Robert, trapu et un peu pataud, incarné par Thomas Haden Church (Sandman dans Spiderman 3 et l’amoché dans la comédie à succès Sideways aux côtés de Paul Giamatti en 2004) est source de comédie. Lorsque le Golem rencontre Jacques Villeret, le sourire tendre n’est jamais très loin. Et si les amies de Frances commèrent autant que dans Sex in the City, le ton est nettement moins excentrique. Souhaiter la mort de son conjoint alors que l’amour est en fin de vie (on est loin d’Haneke) semble être ordinaire au pays des armes à feu. Pas aussi absurde que la NRA cependant, cet excès de haine censé poursuivre le traitement de l’humour noir conjugal tombe à plat. Heureusement que l’intérêt est préservé par l’attachement aux personnages.

On craint la boucle lancinante à la limite de l’ennui qu’avait provoqué Pas si simple de Nancy Meyer. On apprécie l’amour en fuite réduit à son plus simple appareil, qui peut soit passer pour de la maîtrise ou soit pour un manque d’ambition. Aucun marivaudage truffaldien et quelques points communs avec la meilleures comédies de mœurs de l’après-guerre, Divorce à l’italienne de Pietro Germi en 1962. Sarah Jessica Parker a ce quelque chose de candide et de badin propre à Marcelo Mastroianni – ou Pierrot la lune c’est selon -, de désespéré et décidé (ou l’inverse) de Jeannette joué par Cate Blanchett dans Blue Jasmine de Woody, mais n’a rien de la bourgeoisie en retenue de Marianne jouée par Liv Ullman dans Scènes de la vie conjugale par Ingmar Bergman (d’abord en série tv de 6×49 en 1973, puis condensé en 2 heures pour le grand écran l’année suivante) bien que les reproches et les malaises soient semblables. Et l’épisode renvoie à l’élégance poétique de 5×2 d’Ozon, sans la structure inversée, ni la symbolique séquentielle. On pourrait d’ailleurs reprocher le montage en roue libre et l’inutilité de certaines scènes d’illustration, mais la doléance n’a pas suffisamment de poids pour nous sortir de cette demi-heure substantielle. Malgré cette pléiade de références annexes, la comédie dramatique HBO conserve une certaine unicité. L’hiver a ce quelque chose de racé et lénifiant, sublime et trivial, cotonneux et sibérien. Cette saison à l’oxymore connotant (chaleur de noël et rigueur climatique), dont le décor édifiant de Fargo contribuait à tout l’intérêt du film, ajoute une plus-value à la série, semblable aux extérieurs magnifiés dans le remarqué For Ellen de So Yong Kim en 2012. Remarque, on retrouve Reed Morano (Kill your darlings, Frozen River) à la caméra…

Apposer la scène de luge dans Citizen Kane en parallèle du rejet définitif tourné en extérieur dans Divorce serait capillotracté et exagéré, mais lorsque les théories vont bon train concernant la signification de Rosebud, on cherche par tous les moyens à défendre cette série qui ne manquera pas de rapidement tourner en rond si l’aléatoire et la répétition sont les seules caractéristiques. Oui, mais… Il faut choisir. La suite serait fade à en croire la presse, nous espérons le contraire. D’autant plus qu’Adam Bernstein (Oz, Breaking Bad) et Jamie Babbit (Gilmore Girls, Looking*, The L Word) réalisent 3 épisodes…

* bilan de série à venir !

Divorce : Fiche Technique

Créateurs : Sharon Horgan
Réalisation : Jesse Peretz
Scénario : Sharon Horgan
Interprétation : Sarah Jessica Parker (Frances), Thomas Haden Church (Robert), Molly Shannon (Diane), Talia Balsam (Dallas), Rajeev Pahuja (Suraj Patel), Tracy Letts (Nick), avec la participation de Jemaine Clement (Julian, l’amant)
Image : Reed Morano
Musique : Keegan DeWitt
Production : Sharon Horgan, Paul Simms, Aaron Kaplan, Sarah Jessica Parker, Alison Benson
Sociétés de production : Merman Films, Kapital Entertainment
Genre : comédie dramatique et sentimentale
Format : 10 x 30 minutes
Chaine d’origine : HBO
Diffusion aux USA : Depuis le 09 octobre – en US+24 sur OCS City

Etats-Unis – 2016

Festival Lumière 2016 : Lady Vengeance, tuerie et châtiment…

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Non content d’avoir piqué la vedette lors de la Cérémonie d’Ouverture, le Kid Tarantino a remis ça en présentant aujourd’hui 2 films issus de sa cuvée 70’s, quand l’une de plus illustres figures de cette décennie, Walter Hill, donnait une master class forcément électrique…

Il flottait dans l’air lyonnais un parfum vintage, aujourd’hui. Et c’est peu de le dire. Car, non content d’avoir apposé hier sa marque sur la programmation en s’invitant à la séance d’Hollywood Vixens, voilà que le kid du Tennesse, expert de l’hémoglobine et des punchlines remet le couvert pour une double programmation sentant bien bon les années 70. D’abord, on aura retrouvé Love Story, d’Arthur Hiller puis le classique Zabriskie Point de Michelangelo Antonioni, pour finir sur l’oeuvre déjantée de Jack Nicholson, Vas-y Fonce. Un cheptel d’oeuvres barrées, peu adeptes de la bienséance et pourtant considérées par QT comme matricielles de cette décennie ou se seront côtoyées Parrain, 3 Jours du Condor ou autre Apocalypse Now. Mais la décennie 70’s aura fait plus que comporter des oeuvres cultes : elle aura aussi engendré divers réalisateurs pour qui cette décennie, faste, aura été leur cour de récréation. Et à ce petit jeu là, c’est important de souligner la place acquise par Walter Hill. Le réalisateur américain, présent à Lyon depuis le début des festivités et qui en a même profité pour dévoiler son nouveau film, Re(Assignment), en avant-première, était en effet l’invité d’une master-class qui lui est dédiée. L’occasion pour le réalisateur, peu loquace, de tailler le bout de gras sur une carrière l’ayant vu côtoyer Charles Bronson (Le Bagarreur), Sylvester Stallone (Du Plomb dans la Tete) ou plus étonnant encore Eddie Murphy (48h), autour d’une filmographie sentant bien bon la violence et le stupre. Forcément, cela ne pouvait que nous plaire.

Petits Meurtres Entre Amis !

Mais si la discussion touche à sa fin, la journée, elle, suit son cours. De Manhattan (Woody Allen) à Gong Li (Miami Vice) ; de Catherine Deneuve (Répulsion) à Dracula (Todd Browning), la voici qui s’écoule au gré d’une température pour le moins glaciale. En ce sens, la perspective de se frayer un chemin dans une bonne salle toute chaude a des airs de grog après une randonnée épuisante. Et finalement, ça sera donc Lady Vengeance, du coréen Park Chan Wook qui obtiendra nos faveurs. Attendu sous peu dans la cité rhodanienne dans laquelle il dévoilera en avant-première son nouveau long-métrage, Mademoiselle, le réalisateur très connu pour son Old Boy est en effet l’un de ceux sacrés par Thierry Frémaux dans cette 8ème édition du Festival Lumière. Et quoi de mieux, dans une programmation dédiée à la figure féminine, que de se pencher sur son « Lady Vengeance » qui explore encore le thème, cher à Wook, de la violence, mais ici transposée dans les mains plus souples et plus douces d’une prisonnière condamnée à tort qui va décider de se venger. Très vite, dans une salle surchargée et donc en proie à une chaleur étouffante, on se dit que le film aura raison de nous, tant pour pour cette quiétude qui nous absorbe telle le ferait une couverture bien chaude, que pour son discours qui mêle une violence et une bizarrerie chronique capable à elle seule de nous faire baisser les yeux. Car qu’on se le dise, le film de Wook est atypique. Sous couvert de raconter une histoire de vengeance, le réalisateur coréen préfère y tisser une histoire emplie de sous entendus moraux, et ce notamment lorsque le nerf de l’intrigue, à savoir la personne cible de la vengeance susvisée s’avère être ligotée face à tous les parents de ses victimes. Oui car ici, point question de tueurs en série sordide, mais un professeur des écoles sadique qui aura donné son compte à plusieurs des ouailles qu’il aura été chargé d’éduquer. Un constat qui fait froid dans le dos et qui contraint l’héroïne, plutôt que de se venger seule, d’inviter les parents pour une session, voire une thérapie de groupe visant à éliminer la menace. Glauque, sordide, mais finalement très burlesque, le film vire rapidement dans la comédie noire quand les parents, assis côte à côte se parent de chasubles transparentes pour mieux échapper au sang qui les incriminerait directement dans ce massacre, joliment agrémentée d’une musique douce et pleine d’espoir. Très paradoxal.

Bande-Annonce Lady Vengeance : 

La malchance poursuit encore Terry Gilliam pour son adaptation de Don Quichotte

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Les passionnés de l’œuvre de Terry Gilliam devront encore être patients pour découvrir son nouveau film au cinéma. Le tournage de The Man Who Killed Don Quixote devait débuter le lundi 03 octobre. Terry Gilliam a été contraint de reporter les premières prises de vue. Espérons que l’ancien membre des Monthy Python ne perde pas son sens de l’humour après cette énième mésaventure sur son projet d’adaptation de Don Quichotte, véritable arlésienne, dont le tournage désastreux et cauchemardesque avec Jean Rochefort, Johnny Depp et Vanessa Paradis avait été immortalisé par la caméra de Keith Fulton et Louis Pepe en 2000 dans le documentaire Lost in La Mancha, avant une sortie en salles en 2002.

 

Comme nous vous l’annoncions il y a quelques mois, l’année 2016 s’annonçait prometteuse pour Terry Gilliam et son rêve d’adaptation. Il allait pouvoir enfin exorciser les vieux démons du passé et tordre le cou à la malchance terrible qui avait touchée le plateau et aux mauvaises ondes qui régnaient lors du tournage en 2000. Ce cruel manque de chance  s’est manifesté par des pluies diluviennes en plein désert, des nuisances sonores causées par des avions de chasse survolant la zone ou bien encore l’état de santé de Jean Rochefort.

Le réalisateur s’est confié au micro de la BBC Radio sur une énième et terrible déconvenue pour son projet d’adaptation de l’œuvre de Cervantes qui devait enfin se concrétiser pour cette rentrée 2016 :

L’un des producteurs, un Portugais, avait promis qu’il rassemblerait les fonds nécessaires en temps et en heure. Mais il s’est avéré il y a quelques semaines qu’il n’avait pas l’argent.

Les prises de vue de The Man Who Killed Don Quixote devaient débuter le lundi 03 octobre 2016 dans la ville de Madrid. Malgré ce contretemps financier, les comédiens Michael Palin et Adam Driver sont toujours mobilisés et engagés pour le tournage. Les deux acteurs occupent les rôles principaux : ceux de Don Quichotte et Toby, un publiciste arrogant qui se retrouve plongé dans une aventure surréaliste. Reste à savoir si John Hurt et Jack O’Connell ont définitivement abandonné le projet ou si pris d’un délire fou Terry Gilliam vis-à-vis de ce film gargantuesque et malchanceux décidait d’orgniser un hommage à ces acteurs avec un caméo ou bien encore faire apparaître Johnny Depp à l’écran, lui qui faisait partie de l’aventure Lost in La Mancha.

Dommage que Terry Gilliam ne se soit pas tourné vers les nouvelles formes de financement participatif auprès des citoyens du monde entier sur la toile. Son projet, même qualifié de maudit dans le milieu du septième art, aurait sans doute pu récolter les fonds précieux qui manquent cruellement en cette rentrée 2016.

Seize ans après le tournage avorté, Terry Gilliam reste très attaché à ce projet et met tout en œuvre pour que The Man Who Killed Don Quixote arrive dans les salles obscures du monde entier.

Aucune date n’a encore été communiquée pour une reprise du tournage éventuelle mais cette difficulté financière devrait être surmontée d’ici quelques semaines ou quelques mois. Espérons pour les cinéphiles que le producteur Paulo Branco parviendra à trouver les fonds rapidement. La course contre la montre risque pourtant d’être rude et impitoyable pour Terry Gilliam, le réalisateur souhaitait en effet présenter son film au prochain Festival de Cannes.

On croise donc les doigts pour ce génie du cinéma qu’est Terry Gilliam qui mériterait tant d’offrir aux spectateurs ce projet nourri et chéri depuis tant d’années.

Festival Lumière 2016 : Re(Assignment), flingueuse et transgenre…

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Outre les nombreuses séances proposées aujourd’hui, de Manhattan (Woody Allen) au Mécano de la Général (Buster Keaton), cette deuxième journée du Festival Lumière aura surtout été l’occasion de se frotter à Re(Assignment), dernier film en date de Walter Hill (48h, Driver) qui raconte l’histoire (tordue) d’un tueur à gage se faisant piéger et transformer, contre son gré en… femme !

Passé l’effervescence de la veille, qui aura vu le public lyonnais succomber à l’incandescence du western de George Roy Hill, Butch Cassidy et The Kid, et aux frasques de Tarantino ayant mis le feu à la PlateForme (ndlr : une boite de nuit très courue de la Presqu’Ile), le soufflet est (un peu) retombé sur la ville des frères Lumières. Mais pas assez ceci dit pour enrayer le mouvement des cinéphiles lyonnais qui, bon gré mal gré, continuent de troquer la messe du dimanche pour le confort (comprenez chaleur) d’une bonne salle obscure. Que ça soit Quai des Brumes de Marcel Carné, Peau d’Âne de Jacques Demy, ou La Porte du Paradis de Michael Cimino, toutes les séances sont combles, pour le plus grand bonheur de Thierry Frémaux, décidément insatiable quand il s’agit de jouer au petit comptable et faire état du succès de « son » festival. Mais si ce dernier est en joie aujourd’hui, ce n’est pas pour rien : son festival, jusque ici bestiaire des plus grandes œuvres déjà sorties, s’apprête à rompre à la règle et dévoiler en avant-première mondiale Re(Assignment), le nouveau film de Walter Hill, connu pour son 48h (avec Nick Nolte et Eddie Murphy) ou son Bagarreur (avec Charles Bronson).

Un film atypique

C’est donc au Comoedia, petit cinéma très couru de la Presqu’Ile, qu’il fallait se rendre. Là-bas, aux cotés des bénévoles très reconnaissables avec leur tenue rouge, l’ambiance est présente. On commence à spéculer sur ce que sera le film (rappelons qu’aucune bande-annonce n’a jusque ici filtré sur la toile), on se demande s’il marquera le grand retour de Walter Hill après des années de disette, mais on s’interroge surtout sur son étonnante intrigue. Car, pour son premier passage derrière la caméra depuis 2012, Walter Hill n’a pas fait les choses à moitié. Souhaitant doter son scénario – un basique revenge-movie- d’une tonalité contemporaine, le réalisateur de 74 ans y a joint une thématique jusque ici peu traitée au cinéma : la question du transgenre. Un souhait noble d’autant plus qu’il le transpose d’une manière comique, en faisant de son personnage principal la cible de cette dernière. Et le voilà donc à filmer l’aventure délirante -pour ne pas dire rocambolesque- de Frank Kitchen, un banal tueur qui, après un contrat, se retrouve enlevé par la sœur de l’une de ses cibles, chirurgienne de son état qui décide pour se venger, de le faire passer sur le billard et procéder à une opération de réatribution sexuelle : l’homme animé par la violence devient alors une femme. Pas facile après ça de se venger pour celui qui doit désormais apprendre à connaitre son nouveau corps et à trouver le coupable. Mais alors que le scepticisme règne dans la salle, voilà que Thierry Frémaux, sans doute conscient de tout ça, débarque. Le GO du Festival, après un rapide speech sur le déroulement des festivités, introduit celui grâce auquel tout le monde est présent aujourd’hui dans la salle : Walter Hill. Le réalisateur, accompagné de son producteur Saïd Ben Saïd en profite alors pour livrer quelques détails sur cette œuvre qu’il estime très « personnelle ». Revenant sur le calvaire qu’a été la production, jugée sans surprise comme sans espoir et trop déviante de l’industrie US (« personne ne voulait le produire, c’était sans espoir et je commençais à penser que le film ne se ferait pas »), Hill ajoute qu’il doit la survie de son film à son casting. Pensez donc, en plus d’avoir ramené Michelle Rodriguez (Fast and Furious), le réalisateur américain a pu s’allouer les services de Sigourney Weaver (Alien), Tony Shaloub (Monk) ou encore Anthony LapaGlia (FBI : Portés Disparus). Une belle brochette de talents, qui auront ainsi convaincu le producteur Saïd Ben Saïd, de se lancer dans le projet, bien que timidement au début.

Une ode aux 80’s très confuse…

Puis vint l’heure du film. Très marqué de cette patine série B qui se mêle à une dimension comic surprenante, le film interpelle dès le début. On y voit Rachel Jane (Sigourney Weaver) parquée dans une camisole de force dans un asile psychiatrique, faisant face au psychiatre Ralph Galen (Tony Shaloub), chargé d’évaluer le profil de cette dernière, accusée de démence depuis qu’elle prétend avoir été la cible d’un tueur, jamais retrouvé par les forces de l’ordre. Interrogatoire à fleur de peau, dialogues ciselés, le début est prometteur d’autant qu’il accuse d’un montage alterné et non linéaire, permettant de revenir sur toutes les forces en présences, entre elle, la chirurgienne et le tueur Frank Kitchen (étonnante Michelle Rodriguez), incarnant ici deux galaxies sur le point de se télescoper. Mais très vite, alors qu’on assiste enfin à l’opération de chirurgie qui donne son titre à la bobine, l’oeuvre tout entière accuse le coup d’une certaine paresse. Le récit, embourbé dans des ellipses et autres montages alternés semble confus et multiplie les lieux, quitte à rendre l’intrigue relativement complexe pour un œil non averti. De pair avec cette confusion qui s’agrandit, on assiste pantois à l’effondrement du rythme du métrage qui peine à régaler. Les effusions très 80’s, symbolisées par divers plans et une violence parfois brute n’arrivent cela dit pas à inverser la tendance. Si l’on louera les performances respectives de chacun (mention spéciale à Sigourney Weaver qui impressionne en chirurgienne tarée et fana de Shakespeare), on ne pourra en dire ainsi du reste du film qui se doit donc d’être apprécié comme une série B mineure et loin du talent qu’on aurait pu attendre de Walter Hill. Reste alors un film sympathique mais très inégal, qui ne vaut que pour son intrigue étonnante et les réactions apeurées de Michelle Rodriguez quand elle prend conscience de son corps de femme et qui ne manqueront pas de faire rire.

Réalisé par Walter Hill. Scénario: Walter Hill et Dennis Hamill.

Avec Michelle Rodriguez, Sigourney Weaver, Tony Shalhoub, Anthony LaPaglia, Caitlin Gerard, Ken Kirzinger, Darryl Quon, Brent Langdon, Caroline Chan, Adrian Hough, John Callender, Bill Croft, Terry Chen.

 

Festival Lumière : Butch Cassidy, Tarantino et le Kid…

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La métropole lyonnaise était à la fête aujourd’hui. Et pour cause, elle lançait les hostilités de son Festival Lumière, événement la voyant se muer le temps d’une semaine riche en surprises et invités, en un cinéma à ciel ouvert brassant autant du coté de Quentin Tarantino que Marcel Carné. Ça valait bien un débrief.

Chaque année, le rituel recommence. En 2015, Thierry Frémaux, insatiable cinéphile au débit mitraillette avait choisi Martin Scorsese, « Marty » pour les intimes ; un cinéaste à la carrière légendaire et à la cinéphilie dévorante. Un an après, et alors que le monde du cinéma ploie sous les attaquées liées à l’inhérent sexisme qui s’y dissimule, voir ce même Frémaux décerner son prix à l’égard d’une femme parait donc tout sauf anodin. Et encore plus quand la femme choisie est l’une des plus grandes de sa profession. Mais, lorsque interrogé sur le sujet, l’actuel Monsieur Loyal du Festival de Cannes botte en touche. « Ce n’est pas une question de politique » dit-il, « c’est une affaire artistique ». Et malgré tout ce qui se dit, on ne peut que lui donner raison. De Jacques Demy à Régis Wargnier en passant par Tony Scott, celle que l’on connait à l’état civil sous le nom de Catherine Dorléac, a depuis longtemps fait état de son talent. Un talent qui ne pouvait se voir ignoré davantage et que Frémaux, accompagné de son fidèle comparse/mentor Bertrand Tavernier a tenu à célébrer par une soirée inaugurale aux airs de manifeste de ce que sera l’évènement : une bonne fête de potes.

Une soirée très détendue…

Car oui, à peine le temps de voir les dernières lueurs de soleil se lézarder sur le carreau de la Halle Tony Garnier que déjà l’ambiance est là. Posée. Du U2 qui tourne à pleins tubes, des festivaliers pressés à la recherche des meilleures places, des bénévoles convertis en vendeur (on vous conseille le T-Shirt), bref ça bourdonne comme dans une ruche qui attend (impatiemment) sa reine. Maintes fois prononcé, susurré et crié, on ne voit cela dit toujours pas Catherine Deneuve arriver. On se contente de Monica Bellucci (sublime), puis Lambert Wilson (fringuant comme jamais),festival-lumiere-quentin-tarantino-thierry-fremaux ou encore Walter Hill, Jerry Schatzberg, Elza Zylberstein, ou plus étonnant, Laurent Wauquiez, qui se fera copieusement huer. Très vite, un va-et-vient se perpétue sur le tapis rouge, le tout au son d’«Ecstasy of Gold» d’Ennio Morricone, comme pour mieux galvaniser une foule déjà (presque) en délire. Thierry Frémaux, en chef de file, multiplie les escortes, accompagnant l’humoriste Ramzy Bédia avec qui il échange une boutade, ou épaulant Line Renaud, 88 ans au compteur. Tout ça pour finalement voir le joyeux brouhaha auquel on venait à peine de s’acclimater, se transformer en un silence de cathédrale lorsque résonne les premières notes de «Little Green Bag», chanson emblématique du Reservoir Dogs de Tarantino et aussi jingle sonore utilisé en long, en large et en travers pour annoncer la venue du natif du Tennessee dans la salle. A peine le temps de réaliser que voilà Mr Pulp Fiction, tout sourire débarquant avec la nonchalance et ce degré de confiance qui le caractérise. Les invités réunis au grand complet, Frémaux peut alors mettre la machine en marche. Il est 18h30, et ça tombe bien car c’est justement l’heure qu’il a choisi pour donner fièrement au public le spot du cru 2016. L’occasion de voir Buster Keaton se mélanger à Park Chan Wook ; Gaspard Noé se frotter à la douceur de l’œuvre de Dorothy Azner, ou encore David Lean (Lawrence d’Arabie) rencontrer Brad Bird (Le Géant de Fer). Bref, encore une fois un programme très éclectique, qui sera cette année encore très vaste car pas moins de 395 séances pour 177 films différents sont à prévoir. Mais, point question pour lui de faire étalage de l’éclectisme du programme puisque Frémaux, très avenant dès lors qu’on parle du festival, se lance dans une (longue) session de remerciements. Il faut dire que vu l’armada déployée chaque année, entre sponsors, bénévoles et autres producteurs, la liste est longue pour remercier quiconque a aidé à transformer cette lubie de cinéphile en festival couru de par la ville. L’occasion pour lui, outre de remercier la métropole de Lyon, puis le couple (disparu) Alice et Bernard Chardière qui ont crée l’Institut Lumière, de se pencher sur ce qui est le thème de ce cru 2016 : les femmes. Qu’elles soient fatales, prédatrices, amoureuses ou dominatrice, elles sont le fer de lance du programme concocté par ses soins et auquel il y a justement dédié un encart, sobrement nommé « Hollywood et les Femmes ». De quoi afficher avec toute la lucidité qu’on lui connait, le signe d’un festival conscient des problématiques inhérentes à la représentation féminine. Il en a dans les idées le Frémaux. Des idées qui justement l’auront incité à proposer Quentin Tarantino comme parrain du film d’ouverture. Sans surprises avec QT, place à un chef d’œuvre du cinéma américain, qui plus est porté par 2 stars incontournables, Paul Newman et Robert Redford : Butch Cassidy et le Kid.

Butch Cassidy & Le Kid : un western majeur.

Western solaire, impertinent et irrévérencieux, Butch Cassidy et le Kid est de l’aveu de Tarantino, un des films les plus marquants du cinéma US. Autant dire une cible de choix pour quiconque s’estime cinéphile, et ce, d’autant plus pour QT qui, émotion aidant, se livre au public et notamment le rapport qu’il entretient vis à vis de ce western. Ainsi, on apprend, non sans curiosité, que c’est le premier film qu’il a vu à Hollywood, et que déjà le ton furibard et très décontracté l’avait séduit (rappelons qu’il n’avait que 6 ans à l’époque).  A l’arrivée, le film est une rareté sans égale. Niché dans une copie pellicule qui en a vu hélas beaucoup d’autres, le film étaye la vie du tandem Butch Cassidy / Sundance Kid, joué respectivement par Paul Newman et Robert Redford. Un duo à l’alchimie imparable, qui fait sans surprise le sel de ce western comique, un brin irrévérencieux et franchement blagueur, surtout quant l’on sait qu’il tend à représenter les derniers jours du célèbre bandit du début du 20ème siècle. Porté par deux acteurs au sommet et une musique sentant bien bond le vintage, le film déploie les moments de bravoures. Entre des attaques de trains, des poursuites à cheval et une balade en vélo sur « Raindrops Keep Falling on My Head », le film déploie une telle sincérité et vitalité en même temps qu’on à peine à penser qu’il fêtera son demi-siècle d’existence dans à peine 3 ans.

Butch Cassidy et le Kid : Bande-Annonce

 

 

Bridget Jones Baby, un film de Sharon Maguire : Critique

Énorme paradoxe : Bridget Jones Baby est une parfaite réussite dans son effort de modernisation sans que sa trame ne se renouvelle réellement. La meilleure preuve que l’on peut faire du neuf avec du vieux.

Synopsis : Alors qu’elle vient de « fêter » ses 43 ans, Bridget Jones déplore que sa vie sentimentale n’ait pas avancé depuis 15 ans. Elle décide de prendre le taureau par les cornes et s’autorise un week-end de beuverie, au cours duquel elle couche avec un bel inconnu américain. De retour à Londres, elle recroise Mark Darcy, son ex, avec qui elle ne peut s’empêcher de passer la nuit. Quelques jours plus tard, elle apprend qu’elle est enceinte… mais ignore de qui.

L’amour a ses raisons que la raison ignore

12 ans. C’est le temps qu’il aura fallu attendre pour retrouver le personnage culte de Renée Zellweger. Qu’on l’ait laissée sur une suite véritablement décevante (pour ne pas dire has-been), nous avait même laissé craindre que cette trentenaire imaginée par Helen Fielding n’avait déjà plus sa place au cinéma. Ses fans regrettèrent pourtant que les studios Working Title n’adaptent pas son troisième roman, publié en 2013 et dans lequel Bridget est veuve et mère de deux enfants(!).  Mais ça y est, Renée Zelweger retrouve son rôle à l’occasion d’un film qui parvient intelligemment à jouer sur ces années qui le séparent des deux précédents. Précisons que cet écart est quelque peu réduit dans la diégèse puisque 15 ans après qu’elle ait fêté ses 32 ans, elle a désormais… 43 ans. Mais il est préférable de fermer les yeux ce détail sans importance, tout comme sur l’ignominieux bashing qu’a subit l’actrice, accusée d’avoir « tué son personnage » à grands coups de chirurgie esthétique. Celle dont on se rappelle comme la « déesse du sexe et de la débauche », qui fumait et buvait trop et se plaignait de ses rondeurs, a à présent mis de côté sa libido, arrêter la clope et la bouteille et perdu ses kilos en trop. C’est ce changement fondamental dans l’appréhension du personnage qui marque une rupture que certains jugeront rédhibitoire.

Mais que l’on se rassure, Bridget Jones reste Bridget Jones. La façon dont est construit ce Bridget Jones Baby semble reposer sur une interrogation constante sur la façon de faire se conjuguer le vieillissement acté de son héroïne et la modernisation de ses aventures. Il ne faut pas oublier que si Bridget Jones est devenu un phénomène de société, c’est grâce au renouveau qu’elle a apporté à la place de la femme dans les codes surannés de la comédie romantique. Depuis cette petite révolution culturelle, de multiples films et séries se sont calés sur le modernisme de cette icone féministe du 21ème siècle. Le seul fait que Bridget soit à présent une « femme d’âge mûr » (une MILF selon ses copines), et qu’elle conserve en tant que tel le rôle principal de cette rom-com reste en soit un fort joli pied-de-nez aux diktats de jeunisme du genre. Il était donc indispensable que le regard sociologique que porte le film sur l’Angleterre de 2016 soit lui aussi en adéquation avec la contemporanéité de ce concept audacieux. C’est ce que parvient à faire le scénario écrit par Emma Thomson en évoquant des problématiques aussi dans l’air du temps que la vulgarité assumée du post-féminisme ou encore l’homoparentalité.

La vie professionnelle de notre héroïne, qui a sacrifié ses velléités de vie de couple pour assurer sa carrière dans un milieu qui est lui-même phagocyté par le tout-numérique, est également une marque du réalisme contemporain dans la représentation des femmes quadragénaires d’aujourd’hui. En cela, le long-métrage a réussi son défi de fixer Bridget Jones dans un contexte qui a autant évolué qu’elle a mûri depuis qu’on l’a quitté, tout en justifiant la transformation qu’elle a subit durant ce laps de temps. Mais qu’en est-il de sa nouvelle (més)aventure amoureuse ? Sur ce point, on peut affirmer que Bridget Jones n’a pas changé d’un poil, en ce sens que son cœur hésite toujours entre passion et sécurité. Sur un schéma finalement similaire à celui du diptyque initial, la comédie romantique se construit sur un triangle amoureux… qui se révèle être tout à fois l’intérêt principal et la limite de ce film. Parce que Renée Zellweger a beaucoup perdu de l’énergie qu’elle pouvait donner à son personnage (elle a vieilli aussi, c’est inévitable), la première partie n’est au fond plaisante que grâce au pur plaisir de la retrouver et au pouvoir d’identification qu’elle véhicule, ce qui ne pourrait pas fonctionner sur le long terme (L’âge de raison l’a prouvé). Fort heureusement, la rencontre entre ses deux amants deviendra l’élément à la fois comique et mélodramatique le plus fort que Bridget Jones Baby ait à nous proposer et qui va assurer son succès.

Même si, face à l’inénarrable Colin Firth, Hugh Grant a cédé sa place de riche beau gosse fantasmatique à la star de Grey’s Anatomy Patrick Dempsey (à noter d’ailleurs que son absence est habilement justifiée), l’alchimie fonctionne à merveille. En cela, ce troisième chapitre de la franchise Bridget Jones est un modèle dans cette volonté d’utiliser de vieux pots pour faire la meilleure des soupes à laquelle Hollywood s’accroche désespérément depuis des années. Sans jamais sombrer dans la facilité de la simple redite, ce scénario prouve qu’il n’est pas nécessaire de se montrer à tout prix original pour que les effets tragicomiques fonctionnent, à la condition que le sujet et le genre soient maitrisés. En l’occurrence, que la réalisatrice du cultissime Bridget Jones’s Diary reprenne les commandes assure à certains passages d’être tout aussi mémorables que cette inoubliable course-poursuite en culotte qui marquait, à la fin du premier opus, la déclaration d’amour de Bridget à son cher Mark Darcy. C’est le cas de l’hilarante scène de l’arrivée à l’hôpital dans laquelle la complémentarité des deux hommes trouve son sens. S’achevant sur une fin ouverte, qui nous laisse un éventuel quatrième épisode toujours plus piquant, cette comédie romantique du meilleur cru parvient à redonner au personnage de Bridget Jones le statut qu’elle mérite, celui d’icône intemporel de la culture pop.

Bridget Jones Baby : Bande-annonce

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Bridget Jones Baby : Fiche technique

Réalisation : Sharon Maguire
Scénario : Emma Thompson et Dan Mazer, d’après les personnages de Helen Fielding
Interprétation : Renée Zellweger (Bridget Jones), Patrick Dempsey (Jack Qwant), Colin Firth (Mark Darcy), Jim Broadbent (Mr. Jones), Emma Thompson (Dr. Rowlins)…
Photographie : Andrew Dunn
Montage : Melanie Oliver
Direction artistique : David Hindle et Jonathan Houlding
Décors : Roya Fraser et Sara Wan
Création des décors : John Paul Kelly
Costumes : Steven Noble
Musique : Craig Armstrong
Production : Working Title Films, Universal Pictures
Budget : 35 000 000 $
Producteurs : Tim Bevan, Eric Fellner et Debra Hayward
Co-producteur : Jane Robertson
Distributeurs : StudioCanal
Durée : 123 minutes
Genre : Comédie, Romance
Date de sortie : 5 octobre 2016

Grande-Bretagne – 2016

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Takashi Miike va adapter le manga Jojo’s Bizarre Adventure dans un film live

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Après s’être attaqué à d’autres mangas dans sa carrière comme Ichi The Killer ou Terra Formars (présenté à L’Etrange Festival il y a tout juste quelques semaines), Takashi Miike est annoncé pour l’adaptation de JoJo’s Bizarre Adventure : Diamond is Unbreakable – Chapitre 1.

Ce projet de transposition du manga culte en film live et complètement frappadingue sous la houlette de Takashi Miike est le fruit d’une collaboration entre Warner Bros et la Toho.

Ce manga japonais est une œuvre créée par Araki Hirohiko dans les années 1980. La série est toujours en cours de publication au Japon.

Le lecteur est confronté au destin de la famille Joestar sur plusieurs générations dans des mondes parallèles et des époques différentes. De nombreux combats ont lieu entre les personnages. La plupart d’entre eux font appel à des esprits, des totems appelés les stands, qui se battent à leurs côtés et à leur place dans des affrontements titanesques. Ces combats sont bien plus rythmés et surprenants que les combats de Pokémons.

Dans ce nouvel arc qui sera adapté par Takashi Miike, Dio a été terrassé, la famille Joestar vit dorénavant en paix. L’histoire nous plonge dans le quotidien d’un lycéen Higashikata Josuke au look de voyou.

Jotaro Kujo va découvrir que Josuke est le fils illégitime de Joseph Joestar. Il décide de s’installer au cœur de la ville de Morio pour enquêter sur le jeune homme. La surprise sera de taille lorsqu’il découvre que de nombreux utilisateurs de stands s’affrontent en ville. Ils retrouveront l’homme traqué depuis plus de 20 ans, Yoshikage Kira, un tueur en série inarrêtable.

Le premier tome de JoJo’s Bizarre Adventure est sorti aux éditions Shueisha en 1986 au Japon. Le chiffre impressionnant et quasi-encyclopédique de 107 tomes publiés à ce jour démontre la variété et la longévité du manga.

Une série animée tirée du manga JoJo’s Bizarre Adventure est disponible en France chez Déclic Images, l’éditeur d’OAV en DVDs et en Blu-rays, pour ceux qui voudraient se familiariser avec l’univers du manga avant de voir la version cinéma survitaminée de Takashi Miike.

Une nouvelle série animée est sortie en 2012 et de nombreux jeux de combat ont vu le jour avec la licence JoJo’s Bizarre Adventure ces dernières décennies sur Dreamcast, PS3 et PS4.

Takashi Miike va donc s’attaquer à la partie la plus récente du manga, de l’anime en cours de diffusion au Japon (l’arc Diamond is Unbreakble).

Espérons que le réalisateur japonais retrouve la flamme et l’inspiration en adaptant ce manga pour ce film qui, en cas de succès, pourrait déboucher sur plusieurs suites.

Le casting a été dévoilé et regroupe les acteurs Kunimura Jun (The Strangers), Nana Komatsu (The World of Kanako), Yamada Takayuki (Terra Formars), Kento Yamazaki, Masaki Okada, Yusuke Iseya, Ryunosuke Kamiki.

Le film devrait débarquer dans les salles au Japon lors de l’été 2017.

 

 

Don’t Breathe – La Maison des ténèbres, un film de Fede Alvarez : Critique

A 38 ans, le « jeune » uruguayen Fede Alvarez, auteur du remake controversé-mais-qui-a-pourtant-fait-sensation Evil Dead en 2013 a su marquer son style, en osant composer avec une nervosité maîtrisée et une esthétique quasi gothique extrêmement soignée.

Synopsis : Pour échapper à la violence de sa mère et sauver sa jeune sœur d’une existence sans avenir, Rocky est prête à tout. Avec ses amis Alex et Money, elle a déjà commis quelques cambriolages, mais rien qui leur rapporte assez pour enfin quitter Détroit. Lorsque le trio entend parler d’un aveugle qui vit en solitaire et garde chez lui une petite fortune, ils préparent ce qu’ils pensent être leur ultime coup. Mais leur victime va se révéler bien plus effrayante, et surtout bien plus dangereuse que ce à quoi ils s’attendaient…

On reprend les mêmes et on recommence. Sam Raimi et Robert Tapert chez Ghost House Pictures, le co-scénariste, le compositeur Roquo Baño (considéré comme l’un des meilleurs d’Espagne) et l’actrice Jane Levy. Le cinéaste nous propose un nouveau film d’horreur qui a fait sensation lors de sa sortie au point de rester à la tête du box office américain 3 semaines consécutives à la fin de l’été (devant Suicide Squad et Kubo et l’armure magique). Réunissant plus de 84 millions de fidèles sur 5 semaines d’exposition – il est encore en circuit, le chiffre risque de grimper de quelques millions – et sorti plus d’un mois après en France, il est temps d’accueillir un véritable film de genre de qualité. Il n’existe aucun rapport de près ou de loin avec It Follows, dont l’avis diverge la rédaction, si ce n’est un des personnages du film (Daniel Zovatto as Money, le copain gangsta de Rocky). Mais les références ne manquent pas. Le pitch sonne étrangement comme Le Sous-sol de la peur (The People Under The Stairs) de Wes Craven, sorti en 1992 quasi incognito sur un cambriolage de nuit qui va mal tourner et les intérieurs se ressemblent tous. Mister Babadook, Conjuring 1The Enfield Haunting, Insidious… La faute aux architectes d’intérieurs américains ? On s’attend toujours à du pur divertissement et c’est pourquoi le genre a toujours été sous-estimé ou déprécié par la critique et autres intellectuels se disant cinéphiles. Assistons-nous ici à une révolution ou un énième produit de consommation?

« J’ai essayé de créer un univers lumineux fait de différentes couleurs et textures. L’éclairage mêle lumière douce et lumière crue, lumière chaude et lumière froide, ce qui le rend très intéressant sur le plan visuel » (Propos de Fede Alvarez issu du dossier de presse)

La photographie est assurément le premier point fort. Encore une fois, presque chaque plan est pensé comme une réelle composition visuelle avec des effets de travelling optiques ou compensés (c’est la même chose) créant toujours une sensation de vertige (cf.scène de la montée des marches dans Vertigo d’Hitchcock) et de ralentis ou de flous qui, montés les uns aux autres, s’articulent comme une « œuvre d’art », ou création artistique si le premier est trop connoté. Il est rare qu’une séquence entière soit tournée dans l’obscurité totale en vision scotopique (rappelez-vous Fort Boyard dans des tunnels sous-terrains dans lesquels les participants criaient au moindre touché inconnu). Cette cécité nous est imposée dans un but bien précis et non gratuitement par pure sensation. Thématique principale, caractéristique du personnage dit psychopathe, ce handicap devient motif et leitmotiv. Voir, c’est comprendre, discerner, concevoir, se représenter, les synonymes sont diverses et l’aveugle renvoie à l’occulté, à l’indistinct et l’ambigu. Ici le manichéisme habituel ne fonctionne plus. Les deux camps sont constamment inversés, les méchants cambrioleurs deviennent victimes et le gentil vieillard est un féroce soldat prêt à tout pour se défendre. Et ce glissement ne cesse de balancer au point relatif de perdre une certaine empathie.

Mais en plus d’être intelligiblement et visuellement construit, Don’t Breathe questionne en même temps qu’il surprend. A la manière du remake de Craven encore, La Dernière Maison sur la Gauche de Denis Iliadis en 2009, le concept de vengeance est à double tranchant et chacun des protagonistes à son bout de gras à défendre et son lot de culpabilité à assumer. Le physique de Dylan Minnette, déjà habitué des plateaux, (Scandal, Marvel: Les Agents du S.H.I.E.L.D., Prison Break, Lost… et la future série drama/mystery Netflix Thirteen Reasons Why adapté du best seller de Jay Aher) transpire d’une innocence constamment en alerte. Même si la morphologie du personnage féminin de Rocky, joué par Jane Levy, n’a rien de singulier, ses intentions d’héroïne soulignées exagérément par une mère égoïste et « agressive » suffisent à faire d’elle une victime dans le besoin. Rodo Sayagues, le co-scénariste serait apparemment le pendant turbulent et subversif, car Fede Alvarez tempère et cherche l’équilibre tandis que son partner in crime tend à l’ébranlement, au déchaînement.* On lui doit donc la scène où toute la salle ne peut s’empêcher de rire écœurée en éprouvant un reflux gastrique. La complémentarité fonctionne et visiblement agit sur notre écoute et notre attention. L’ouverture en trompe l’œil, ainsi que les multiples rebondissements qui, pour une fois, sont crédibles et de ce fait valent le coup d’être remarqués, contribuent au pouvoir attractif de tout film d’horreur. Dernièrement, Conjuring 2 s’élançait dans des hauteurs abyssales faisant de James Wan un cinéaste du genre accompli, Dans le noir de David F. Sandberg pâtissait d’une faiblesse de moyens mais touchait par sa sincérité et cela dû au travail du réalisateur passionné hors circuit jusqu’à maintenant, puis Blair Witch s’enfonce dans ce qui faisait l’originalité du premier sans retenue ni modestie. Ring et Ouija 2 perpétueront-ils l’élan enthousiaste vers une modernisation du genre ? Il est certain que Don’t Breathe ajoute sa pierre à l’édifice.

Il y a quelque chose de Carpenter dans l’ambiguïté développée des personnages et de la question du handicap torturé, sans parler de l’athéisme revendiqué, de L’Exorcisme dans ce jeu de lumière contrasté, la satire sociétale digne d’un Romero (le replis sur soi dans une ville en déclin, car le choix de Détroit n’est pas anodin et l’aliénation, l’aveuglement est un fléau à combattre surtout en période d’élections américaines face à Trump), de Jusqu’en enfer de Sam Raimi par le maquillage de l’aveugle sa démarche désincarné maladroite, de Dario Argento et sa sensibilité chromatique… Sans oublier de citer l’adaptation ciné de Kubrick, le chien diabolique Cujo par l’inconnu Lewis Teague en 1983 ! Mais savez-vous que les trois principales références d’Alvarez ont été Psycho d’Hitchcock, Bande à part de Godard et Panic Room de Fincher? Le premier pour la construction scénaristique en entonnoir qui déplace la première mort rapidement survenue vers une enquête intérieure et une lutte pour sa propre survie sous forme de thriller. Le deuxième pour la dynamique triangulaire des cambrioleurs. Et la troisième pour la réalisation en huis clos inversée (de l’intérieur vers l’extérieur et non l’inverse). Il est certain que Don’t Breathe convainc par sa fraîcheur et ses différents niveaux de lecture élevant l’objet en une véritable création et rare est de constater que peu de réalisateurs dépassent les limites de ce qui se fait habituellement. Fede Alvarez et son acolyte Rodo Sayagues tenter d’émuler les plus grands et vraisemblablement, avec ses confrères Aja, Roth et le moins productif Laugier, une révolution est en marche. Citons les nouveaux noms David F. Sandberg et Andrés Muschietti (Mama en 2013 remarqué à Gerardmer). Il signera l’adaptation ciné de Ça en 2017 d’après Tommy Lee Wallace pour le petit écran avec Tim Curry… Et cela tombe bien,  notre prochaine rétro sera dédiée à Stephen King !

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Don’t Breathe, la maison des ténèbres : Bande Annonce

Don’t Breathe, la maison des ténèbres : Behind the scenes

Don’t Breathe, la maison des ténèbres : Fiche Technique

Titre original : In The Dark, puis Don’t Breathe.
Réalisation : Fede Alvarez
Scénario : Fede Alvarez et Rodo Sayagues
Interprétation : Stephen Lang (l’aveugle), Jane Levy (Rocky), Dylan Minnette (Alex), Daniel Zovatto (Money), Emma Bercovici (Diddy), Franciska Töröcsik (Cindy)
Image : Pedro Luque
Montage : Eric L. Beason, Louise Ford et Gardner Gould
Musique : Roque Baños
Décors / Costumes : Zsuzsa Mihalek / Carlos Rosario
Production : Naaman Marschall, Sam Raimi, Robert Tapert
Sociétés de production : Ghost House Pictures, Good Universe, Screen Gems Inc. et Stage 6 Films
Budget : 9 900 000 $
Genre : Horreur Thriller (interdit au moins de 16 ans)
Durée : 88 minutes
Sortie France : 05 octobre 2016

Etats-Unis – 2016

L’Arme Fatale, une série de Matt Miller : critique du pilote

Bien que les remakes aient toujours existé, force est de se demander si Hollywood éprouve ces dernières années une certaine nostalgie, ou si la ressortie de ses beaux succès s’apparente au contraire à une course effrénée à la planche aux billets verts. Bien que ce phénomène touche essentiellement le cinéma, l’univers des séries télé n’est pas pour autant épargné. Rien que sur le mois de septembre, on ne dénote pas moins de deux lancements de séries ayant fait les beaux jours des studios les années passées : L’Exorciste, adapté du roman de 1971 de William Blaty et surfant sur la franchise du même nom, et MacGyver, reboot misant avant tout sur le lifting de son univers (personnages jeunes, nouvelles technologies…). Pavés de bonnes idées (surtout pour l’Exorciste), ces deux lancements ne connaissent cependant pas le succès escompté auprès du public. Il faudra désormais ajouter à cette liste L’Arme Fatale.

Synopsis : Veuf depuis la mort tragique de son épouse enceinte, Martin Riggs, flic texan et ancien de la Marine, prend un nouveau départ à Los Angeles. Il devient le co-équipier du détective Roger Murtaugh, lequel a récemment subi une crise cardiaque « bénigne » et doit à tout prix éviter les situations de stress. Un duo de choc qui risque de faire des étincelles, entre l’un prudent et l’autre trop imprévisible.

Pétard mouillé

Nul besoin de présenter cette série de 4 films, célèbres comédies policières des années 80-90, popularisé par la réalisation dynamique de Richard Donner, l’écriture de Shane Black, et surtout son duo de flic improbable. D’un côté, Roger Murtaugh, inspecteur intègre, mari et père de famille respectable, prudent, réfléchi ; de l’autre, Martin Riggs, flic imprévisible, casse-cou et impulsif, tendance suicidaire depuis le décès tragique de son épouse. Ce duo populaire a ainsi rendu ses lettres de noblesse au genre du buddy movie qui a connu une forte tendance à la hausse à cette époque. Sur le papier, l’idée d’un renouveau n’était pour ainsi dire pas désagréable en soi, de par la popularité des deux protagonistes et la réussite artistique des films, si l’on acceptait toutefois de ne pas se laisser entrer dans les préjugés négatifs des reboots et voir ainsi une nouvelle version qui se démarquerait de l’originale. Il n’en est cependant rien : cette série, hormis le titre, n’a rien de L’Arme Fatale.

Le principal défaut qui saute aux yeux de cette version vient de l’écriture. Pour une fois, ce n’est pas tant le scénario et la trame principale de ce pilote le véritable problème. L’intrigue s’apparente ni plus ni moins à la majorité des histoires policières et autres séries B de l’époque voire actuelles (enquête sur un meurtre impliquant un trafic de drogue), et en soit ne s’éloigne pas tant que cela de l’intrigue des films d’origine. Là où le bât blesse particulièrement est dans l’écriture des personnages, mais surtout dans le développement de leur relation. C’est bien simple : en même pas un quart d’heure, les bases sont posées, et l’apogée de la relation Riggs/Murtaugh semble atteinte. Comme s’ils s’étaient toujours connus, les deux flics réussissent  déjà à se cerner mutuellement, et à maitriser leurs différents afin de travailler en équipe. Bien sûr, le pilote est là pour exposer les enjeux, et donner le fil conducteur de la saison au spectateur. Mais un minimum de développement n’aurait pas entraîné ces soucis de cohérence, et aurait surtout installé un sentiment d’empathie vis-à-vis de ces deux personnages, victimes collatérales de cette rapidité d’installation.

Ce problème n’empiète pas vraiment sur le personnage de Murtaugh : Damon Wayans, un des membres de la célèbre fratrie et œuvrant essentiellement dans le domaine de la comédie reste fidèle à lui-même. Il fait le job, sa composition oscillant entre instants comiques et gravité plus dosée. Par ailleurs, Clayne Crawford nous fait vraiment regretter Mel Gibson. La principale caractéristique de Martin Riggs – sa tendance suicidaire après le décès de sa femme et donc son impulsivité à régler des situations dangereuses – est survolée à tel point qu’on ne s’attache pas du tout au personnage ni à ses faiblesses. Ses failles n’entrainent aucune émotion, ses frasques aucun rire, voire sourire. Il apparaît seulement comme étant le coéquipier intrépide de Murtaugh, et rien de plus. Inutile également de parler des autres personnages, purement anecdotiques. La psychologue qui sera plus tard mise à mal par Riggs est interprétée par Jordana Brewter, nous montrant son joli minois et sa passivité la plus totale, tandis que le supérieur hiérarchique des deux héros n’a en tout et pour tout que deux répliques, là où les interactions de ce trio dans les films donnaient lieu à de véritables scène comiques.

Mais si L’Arme Fatale version télé marque des points, c’est davantage dans sa forme et la tenue correcte de son récit. Bien que l’image puisse laisser à désirer sur certaines scènes, la faute à des filtres entrainant des couleurs bien trop criardes, le rythme de l’épisode est assez soutenu. Réalisé par McG, un artisan (sans génie mais quand même) du genre action (Charlie et ses drôles de dames, Terminator Renaissance, Target…), les quelques scènes d’action ponctuant l’enquête restent classiques mais efficaces, la plus mémorable étant la course poursuite en voiture se terminant sur le circuit d’un grand prix. Classique mais suffisamment bien emballée pour y accorder de l’intérêt, l’épisode se suit donc sans ennui, ce qui est le minime pour un pilote.

A force de dépoussiérer les vieux mythes, on peut finir par se brûler les ailes. Intentions louables, papier alléchant, et voulant miser avant tout sur le capital nostalgie de l’œuvre originale, ce premier épisode de L’Arme Fatale reste néanmoins une déception. Loin d’être totalement raté, mais plombé par des défauts d’écriture évidents, l’épisode se suit tout juste grâce à l’efficacité de sa réalisation. Reste à savoir si le reste de la saison comblera ces défauts, et rendra honneur au duo de flics le plus déjanté des années 80-90.

L’Arme Fatale : Fiche Technique

Créateur : Matt Miller
Réalisation : McG
Scénario : Matt Miller
Interprétation : Damon Wayans (Roger Murtaugh), Clayne Crawford (Martin Riggs), Jordana Brewter (Dr Maureen « Mo » Cahill), Keesha Sharp (Trish Murtaugh), Kevin Rahm (Cpt Brooks Avery)…
Directeur artistique : Eddie Matazzoni
Musique : John Kramon, Ben Decter
Production : Matt Miller, Dan Lin, Jennifer Gwartz, McG
Genre : Comédie, Policier
Format : 13 épisodes
Chaine d’origine : FOX
Diffusion aux USA : Depuis le 21 septembre 2016

Etats-Unis – 2016