Divorce, une série de Sharon Horgan : critique du pilote

Acclamé pour le grand retour de Sarah Jessica Parker, 13 ans après la fin de Sex in the city, Divorce est signé par Sharon Horgan (actrice et showrunneuse de la série britannique à succès Catastrophe, qui mettait en scène à la manière de You’re The Worst, le ménage de deux personnes rencontrés pour un coup d’un soir).

Synopsis : Frances, une mère de famille new-yorkaise dans la force de l’âge, décide de « recommencer » sa vie avec l’aide de ses amies Dallas et Diane, et songe même au divorce. Mais son mari ne l’entend pas de cette façon…

Avant que ne fonde la glace

L’actrice quinquagénaire est une mère de famille à la recherche d’un nouveau souffle, en pleine crise existentielle. Le pilote d’une demi-heure (format câblé HBO), réalisé par Jesse Peretz, qui a fait ses marques sur Girls, Nurse Jackie, puis Orange is the new black, nous transporte dans l’intérieur d’un couple en perdition. Une fois de plus – car tous les médias le précisent -, il ne faut pas s’attendre à une version posée, vieillissante de Carrie Bradshaw et en voici une bonne nouvelle. Peut-on se réjouir pour autant ?  Si vous cherchez de l’irrévérencieux, visez la nouvelle série par la même chaîne câblée, Insecure.

La scène d’introduction dans la salle de bain, espace d’intimité perdue, entre regards triste sur corps vieillissant déjà-vu et flegmatique détachement de la part du mari râblé et moustachu qui ressemble à Martin Freeman et Kurt Russell, provoque le sourire et le bras d’honneur retrouve ses lettres de noblesses. Puis la coupure franche sur le titre de la série et fond de coulée calme de glace avec le refrain entraînant de Coldplay « Paradise » achève l’humour noir déjà subtilement annoncé. Le personnage de l’époux Robert, trapu et un peu pataud, incarné par Thomas Haden Church (Sandman dans Spiderman 3 et l’amoché dans la comédie à succès Sideways aux côtés de Paul Giamatti en 2004) est source de comédie. Lorsque le Golem rencontre Jacques Villeret, le sourire tendre n’est jamais très loin. Et si les amies de Frances commèrent autant que dans Sex in the City, le ton est nettement moins excentrique. Souhaiter la mort de son conjoint alors que l’amour est en fin de vie (on est loin d’Haneke) semble être ordinaire au pays des armes à feu. Pas aussi absurde que la NRA cependant, cet excès de haine censé poursuivre le traitement de l’humour noir conjugal tombe à plat. Heureusement que l’intérêt est préservé par l’attachement aux personnages.

On craint la boucle lancinante à la limite de l’ennui qu’avait provoqué Pas si simple de Nancy Meyer. On apprécie l’amour en fuite réduit à son plus simple appareil, qui peut soit passer pour de la maîtrise ou soit pour un manque d’ambition. Aucun marivaudage truffaldien et quelques points communs avec la meilleures comédies de mœurs de l’après-guerre, Divorce à l’italienne de Pietro Germi en 1962. Sarah Jessica Parker a ce quelque chose de candide et de badin propre à Marcelo Mastroianni – ou Pierrot la lune c’est selon -, de désespéré et décidé (ou l’inverse) de Jeannette joué par Cate Blanchett dans Blue Jasmine de Woody, mais n’a rien de la bourgeoisie en retenue de Marianne jouée par Liv Ullman dans Scènes de la vie conjugale par Ingmar Bergman (d’abord en série tv de 6×49 en 1973, puis condensé en 2 heures pour le grand écran l’année suivante) bien que les reproches et les malaises soient semblables. Et l’épisode renvoie à l’élégance poétique de 5×2 d’Ozon, sans la structure inversée, ni la symbolique séquentielle. On pourrait d’ailleurs reprocher le montage en roue libre et l’inutilité de certaines scènes d’illustration, mais la doléance n’a pas suffisamment de poids pour nous sortir de cette demi-heure substantielle. Malgré cette pléiade de références annexes, la comédie dramatique HBO conserve une certaine unicité. L’hiver a ce quelque chose de racé et lénifiant, sublime et trivial, cotonneux et sibérien. Cette saison à l’oxymore connotant (chaleur de noël et rigueur climatique), dont le décor édifiant de Fargo contribuait à tout l’intérêt du film, ajoute une plus-value à la série, semblable aux extérieurs magnifiés dans le remarqué For Ellen de So Yong Kim en 2012. Remarque, on retrouve Reed Morano (Kill your darlings, Frozen River) à la caméra…

Apposer la scène de luge dans Citizen Kane en parallèle du rejet définitif tourné en extérieur dans Divorce serait capillotracté et exagéré, mais lorsque les théories vont bon train concernant la signification de Rosebud, on cherche par tous les moyens à défendre cette série qui ne manquera pas de rapidement tourner en rond si l’aléatoire et la répétition sont les seules caractéristiques. Oui, mais… Il faut choisir. La suite serait fade à en croire la presse, nous espérons le contraire. D’autant plus qu’Adam Bernstein (Oz, Breaking Bad) et Jamie Babbit (Gilmore Girls, Looking*, The L Word) réalisent 3 épisodes…

* bilan de série à venir !

Divorce : Fiche Technique

Créateurs : Sharon Horgan
Réalisation : Jesse Peretz
Scénario : Sharon Horgan
Interprétation : Sarah Jessica Parker (Frances), Thomas Haden Church (Robert), Molly Shannon (Diane), Talia Balsam (Dallas), Rajeev Pahuja (Suraj Patel), Tracy Letts (Nick), avec la participation de Jemaine Clement (Julian, l’amant)
Image : Reed Morano
Musique : Keegan DeWitt
Production : Sharon Horgan, Paul Simms, Aaron Kaplan, Sarah Jessica Parker, Alison Benson
Sociétés de production : Merman Films, Kapital Entertainment
Genre : comédie dramatique et sentimentale
Format : 10 x 30 minutes
Chaine d’origine : HBO
Diffusion aux USA : Depuis le 09 octobre – en US+24 sur OCS City

Etats-Unis – 2016

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Antoine Mournes
Antoine Mourneshttps://www.lemagducine.fr/
Mes premières ambitions, à l'âge d'une dizaine d'années, était d'écrire des histoires à la manière des J'aime Lire que je dévorais jusqu'en CM2. J'en dessinais la couverture et les reliais pour faire comme les vrais. Puis la passion du théâtre pour m'oublier, être un autre. Durant ses 7 années de pratique dans diverses troupes amateurs, je commence des études d'Arts du Spectacle qui débouche sur une passion pour le cinéma, et un master, en poche. Puis, la nécessité d'écrire se décline sur les séries que je dévore. Depuis Dawson et L’Hôpital et ses fantômes de Lars Von Trier sur Arte avec qui j'ai découvert un de mes genres ciné préférés, l'horreur, le bilan est lourd, très lourd au point d'avoir du mal à établir un TOP 3 fixe. Aujourd'hui, c'est Brooklyn Nine Nine, Master of Sex et Vikings, demain ? Mais une chose est sûre, je vénère Hitchcock et fuis GoT, True Detective et Star Wars. L'effet de masse m'est assez répulsif en général. Les histoires se sont multipliées, diversifiées, imaginées ou sur papier. Des courts métrages, un projet de série télévisée, des nouvelles, un roman, d'autres longs métrages et toujours plus de critiques..?

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