Festival Lumière 2016 : Re(Assignment), flingueuse et transgenre…

Outre les nombreuses séances proposées aujourd’hui, de Manhattan (Woody Allen) au Mécano de la Général (Buster Keaton), cette deuxième journée du Festival Lumière aura surtout été l’occasion de se frotter à Re(Assignment), dernier film en date de Walter Hill (48h, Driver) qui raconte l’histoire (tordue) d’un tueur à gage se faisant piéger et transformer, contre son gré en… femme !

Passé l’effervescence de la veille, qui aura vu le public lyonnais succomber à l’incandescence du western de George Roy Hill, Butch Cassidy et The Kid, et aux frasques de Tarantino ayant mis le feu à la PlateForme (ndlr : une boite de nuit très courue de la Presqu’Ile), le soufflet est (un peu) retombé sur la ville des frères Lumières. Mais pas assez ceci dit pour enrayer le mouvement des cinéphiles lyonnais qui, bon gré mal gré, continuent de troquer la messe du dimanche pour le confort (comprenez chaleur) d’une bonne salle obscure. Que ça soit Quai des Brumes de Marcel Carné, Peau d’Âne de Jacques Demy, ou La Porte du Paradis de Michael Cimino, toutes les séances sont combles, pour le plus grand bonheur de Thierry Frémaux, décidément insatiable quand il s’agit de jouer au petit comptable et faire état du succès de « son » festival. Mais si ce dernier est en joie aujourd’hui, ce n’est pas pour rien : son festival, jusque ici bestiaire des plus grandes œuvres déjà sorties, s’apprête à rompre à la règle et dévoiler en avant-première mondiale Re(Assignment), le nouveau film de Walter Hill, connu pour son 48h (avec Nick Nolte et Eddie Murphy) ou son Bagarreur (avec Charles Bronson).

Un film atypique

C’est donc au Comoedia, petit cinéma très couru de la Presqu’Ile, qu’il fallait se rendre. Là-bas, aux cotés des bénévoles très reconnaissables avec leur tenue rouge, l’ambiance est présente. On commence à spéculer sur ce que sera le film (rappelons qu’aucune bande-annonce n’a jusque ici filtré sur la toile), on se demande s’il marquera le grand retour de Walter Hill après des années de disette, mais on s’interroge surtout sur son étonnante intrigue. Car, pour son premier passage derrière la caméra depuis 2012, Walter Hill n’a pas fait les choses à moitié. Souhaitant doter son scénario – un basique revenge-movie- d’une tonalité contemporaine, le réalisateur de 74 ans y a joint une thématique jusque ici peu traitée au cinéma : la question du transgenre. Un souhait noble d’autant plus qu’il le transpose d’une manière comique, en faisant de son personnage principal la cible de cette dernière. Et le voilà donc à filmer l’aventure délirante -pour ne pas dire rocambolesque- de Frank Kitchen, un banal tueur qui, après un contrat, se retrouve enlevé par la sœur de l’une de ses cibles, chirurgienne de son état qui décide pour se venger, de le faire passer sur le billard et procéder à une opération de réatribution sexuelle : l’homme animé par la violence devient alors une femme. Pas facile après ça de se venger pour celui qui doit désormais apprendre à connaitre son nouveau corps et à trouver le coupable. Mais alors que le scepticisme règne dans la salle, voilà que Thierry Frémaux, sans doute conscient de tout ça, débarque. Le GO du Festival, après un rapide speech sur le déroulement des festivités, introduit celui grâce auquel tout le monde est présent aujourd’hui dans la salle : Walter Hill. Le réalisateur, accompagné de son producteur Saïd Ben Saïd en profite alors pour livrer quelques détails sur cette œuvre qu’il estime très « personnelle ». Revenant sur le calvaire qu’a été la production, jugée sans surprise comme sans espoir et trop déviante de l’industrie US (« personne ne voulait le produire, c’était sans espoir et je commençais à penser que le film ne se ferait pas »), Hill ajoute qu’il doit la survie de son film à son casting. Pensez donc, en plus d’avoir ramené Michelle Rodriguez (Fast and Furious), le réalisateur américain a pu s’allouer les services de Sigourney Weaver (Alien), Tony Shaloub (Monk) ou encore Anthony LapaGlia (FBI : Portés Disparus). Une belle brochette de talents, qui auront ainsi convaincu le producteur Saïd Ben Saïd, de se lancer dans le projet, bien que timidement au début.

Une ode aux 80’s très confuse…

Puis vint l’heure du film. Très marqué de cette patine série B qui se mêle à une dimension comic surprenante, le film interpelle dès le début. On y voit Rachel Jane (Sigourney Weaver) parquée dans une camisole de force dans un asile psychiatrique, faisant face au psychiatre Ralph Galen (Tony Shaloub), chargé d’évaluer le profil de cette dernière, accusée de démence depuis qu’elle prétend avoir été la cible d’un tueur, jamais retrouvé par les forces de l’ordre. Interrogatoire à fleur de peau, dialogues ciselés, le début est prometteur d’autant qu’il accuse d’un montage alterné et non linéaire, permettant de revenir sur toutes les forces en présences, entre elle, la chirurgienne et le tueur Frank Kitchen (étonnante Michelle Rodriguez), incarnant ici deux galaxies sur le point de se télescoper. Mais très vite, alors qu’on assiste enfin à l’opération de chirurgie qui donne son titre à la bobine, l’oeuvre tout entière accuse le coup d’une certaine paresse. Le récit, embourbé dans des ellipses et autres montages alternés semble confus et multiplie les lieux, quitte à rendre l’intrigue relativement complexe pour un œil non averti. De pair avec cette confusion qui s’agrandit, on assiste pantois à l’effondrement du rythme du métrage qui peine à régaler. Les effusions très 80’s, symbolisées par divers plans et une violence parfois brute n’arrivent cela dit pas à inverser la tendance. Si l’on louera les performances respectives de chacun (mention spéciale à Sigourney Weaver qui impressionne en chirurgienne tarée et fana de Shakespeare), on ne pourra en dire ainsi du reste du film qui se doit donc d’être apprécié comme une série B mineure et loin du talent qu’on aurait pu attendre de Walter Hill. Reste alors un film sympathique mais très inégal, qui ne vaut que pour son intrigue étonnante et les réactions apeurées de Michelle Rodriguez quand elle prend conscience de son corps de femme et qui ne manqueront pas de faire rire.

Réalisé par Walter Hill. Scénario: Walter Hill et Dennis Hamill.

Avec Michelle Rodriguez, Sigourney Weaver, Tony Shalhoub, Anthony LaPaglia, Caitlin Gerard, Ken Kirzinger, Darryl Quon, Brent Langdon, Caroline Chan, Adrian Hough, John Callender, Bill Croft, Terry Chen.

 

Festival

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Antoine Delassus
Antoine Delassushttps://www.lemagducine.fr/
J'ai une profonde admiration pour les sushis, James Bond, Leonardo DiCaprio, Apocalypse Now, Zodiac, les bons films et le ski. Pas forcément dans cet ordre. Et à ceux pouvant critiquer un certain amateurisme, je leur répondrais simplement que l'Arche de Noé a été fabriqué par des amateurs et le Titanic par des professionnels.

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