Conjuring 2 : le Cas Enfield, un film de James Wan : Contre-critique

James Wan maîtrise son art mais ne prend pas la peine de le renouveler. Il suffit d’avoir vu ses précédents films similaires pour savoir où et quand vont surgir les vilains fantômes.

Cet article vient contrebalancer le précédent, voyant en Conjuring 2 le « meilleur film d’horreur de l’année ».

Synopsis : Au milieu des années 70, une famille londonienne est confrontée à un poltergeist qui hante leur pavillon. Faisant appel à l’Eglise, cette mère célibataire voit intervenir les Warren, tout juste popularisés par une affaire similaire en Virginie. Le couple de chasseurs de fantômes va avoir affaire à son expérience la plus terrifiante… comme l’était déjà la précédente, et le sera probablement la prochaine.

On prend les mêmes et on recommence

La tension naît inconsciemment du passage de la musique au silence et, brusquement, une rupture brutale de montage nous fait sursauter. Par nature, la peur naît de la surprise, or le public n’est plus dupe face à cet effet de mise en scène qui sature les films d’horreur depuis une quinzaine d’années. Ces fameux jump-scare en sont venus à n’avoir plus comme unique contrecoup que de faire éclater de rire la salle devant la réaction des rares spectateurs, de moins en moins nombreux, encore sensibles à ce dispositif grossier. Nul doute alors que l’engouement du public pour cette rengaine lourdaude soit arrivé à bout de souffle, comme ce fut le cas du found-foutage il y a encore peu de temps. Il semble d’ailleurs que même Jason Blum (le fondateur des studios BlumHouse, et donc l’initiateur de cette déferlante de films d’horreur bon marché) en ait pris conscience et ait commencé à diversifier ses productions. Mais chez New Line, on veut y croire. Eux qui avaient embauché James Wan en 2013, qui était  justement à l’époque en contrat avec BlumHouse, pour lui commander un « Insidious avec un budget 10 fois supérieur », avaient rencontré un franc succès avec Conjuring. Mais les décideurs ont voulu creuser le filon en misant sur un spin-off… avec le succès que l’on sait. Après la catastrophe Annabelle, la stratégie s’imposait d’elle-même : Rappeler James Wan pour reprendre les rênes du bateau et tripler le budget, dans l’espoir de sortir cette franchise balbutiante de sa propre ringardise.

« If there’s something strange in your neighborhood, who ya gonna call? »

En tant que suite, il est logique que ce Conjuring 2  exploite les mêmes personnages principaux, à savoir le couple formé par Ed et Lorraine Warren, toujours interprétés par Vera Farmiga et Patrick Wilson. C’est en revanche plus contestable que le scénario se construise strictement pareil, adoptant de fait la mécanique propre à une série policière : Un épisode = une enquête, et donc une intrigue et un lieu uniques. En l’occurrence, le couple de chasseurs de fantômes traverse l’Océan Atlantique pour résoudre une nouvelle affaire de maison hantée en Angleterre. Mais alors qu’est-ce que ce changement de décors apporte de neuf ? Strictement rien, sinon une courte introduction sur fond de rock anglais et un plan laissant apercevoir Margaret Thatcher à la télévision (le plan le plus flippant du film ?). Pour le reste, ce n’est encore une fois qu’un recyclage de poncifs dont on s’est depuis longtemps lassé de connaitre toutes les ficelles : Les meubles et les jouets qui bougent, le plancher qui grince, les enfants qui voient les fantômes en premier et la plus jeune d’entre eux qui se fait posséder… Quand bien même, le film prend davantage l’allure d’un remake que d’une suite du premier opus, il faut une nouvelle fois miser sur la réalisation pour y insuffler une ambiance capable de nous tenir en haleine.

La fluidité des plans-séquences dont James Wan a fait preuve à l’occasion du premier épisode garde son pouvoir d’immersion et la photographie, à la fois rétro et poisseuse, assurée par Don Burgess (Forest Gump, Spider-man…) nous fait partager la moiteur pesante de ce pavillon dévasté par un dégât des eaux. Toutefois, le pouvoir de suggestion, qui étaient indéniable dans ses choix de cadrages misant judicieusement sur le flou d’arrière-plan et le hors-champs, est cette fois mal exploité. En plus de savoir à l’avance dans quel coin du cadre la menace est tapie, le stress de ne pas savoir ce qui se cache autour ne se fait jamais sentir. Avec une maladresse évidente, les deux scènes les plus réussis en terme de tension horrifique, une séance de spiritisme et un cauchemar vécus tous deux par le personnage de Lorraine, se situent au début du film, générant un énorme ventre mou (le film dure tout de même 2h15 !) jusqu’à la conclusion. Concrètement, dans ce long passage à vide, il ne faut compter que sur les réactions des gamins, et en particulier la petite Madison Wolfe, pour nous la faire pleinement partager leur peur.

Prêchi-prêcha en roue libre

Justement, c’est aussi sur ce cocon familial que le scénario va focaliser le principal enjeux hors-paranormal. La difficulté de cette mère pour élever seule ses quatre enfants aurait alors pu apporter au film d’horreur un angle de lecture social, mais dans la façon dont Ed est porté en héros en jouant le père de substitution (avec notamment cette scène chantée qui rappellera probablement de bons souvenirs aux anciens scouts) c’est irrémédiablement vers un discours défenseur des valeurs familiales que se dirige le long-métrage. L’insistance faite sur la ferveur chrétienne des deux héros, qui se retrouve exacerbée par leur lutte -armée de crucifix et de prières- contre ce « démon aux allures blasphématoires » appuie plus encore le sous-texte ouvertement bondieusard et bien-pensant de cette production. Quant aux enjeux paranormaux, la volonté des scénaristes d’introduire deux entités horrifiques, « l’homme tordu » (que l’on croirait tout droit sorti de L’Etrange Noel de Mr Jack) et « La nonne » (qui a déjà droit à un spin-off/prequel sur les rails !), n’aboutit qu’à une confrontation finale confuse en plus d’être grand-guignolesque.

Comme un clou venant enfoncer ce manque d’audace has-been, le générique de fin nous ouvre les yeux sur le fait que le choix des acteurs, dont le charme formaté et engoncé est aux antipodes du physique moins enjôleur des personnages auxquels ils prêtent leurs traits, est une preuve de plus que nous avons affaire à un pur produit commercial calibré selon les codes de l’industrie du rêve hollywoodienne.

Conjuring 2 : le cas Enfield  : Teaser VOST

Conjuring 2 : le cas Enfield : Fiche Technique

Titre original : The Conjuring 2: The Enfield Poltergeist
Réalisation : James Wan
Scénario : Carey W. Hayes, Chad Hayes, James Wan et David Leslie Johnson
Interprétation : Patrick Wilson (Ed Warren), Vera Farmiga (Lorraine Warren), Sterling Jerins (Judy Warren), Frances O’Connor (Peggy Hodgson), Madison Wolfe (Janet Hodgson), Lauren Esposito (Margaret Hodgson)…
Photographie : Don Burgess
Montage : Kirk M. Morri
Direction Artistique : Julie Berghoff
Costumes : Kristin M. Burke
Musique : Joseph Bishara
Producteur(s) : Bob Cowan, Peter Safran et James Wan
Sociétés de production : New Line Cinema, The Safran Company, Atomic Monster et Evergreen Media Group
Budget: 40M $
Distribution : Warner Bros. Pictures
Durée : 134 minutes
Genre : Horreur
Date de sortie : 29 juin 2016

Etats-Unis – 2016

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Julien Dugois
Julien Dugoishttps://www.lemagducine.fr/
Sans jamais avoir voulu me prétendre du statut pompeux de cinéphile, je suis un dévoreur acharné de films, de tous genres, de tous horizons. J’admets vouer un culte aux œuvres de Kubrick, Chaplin, les frères Coen, Kurosawa et Jarmusch, pour ne citer qu’eux. De cette passion, devenue addiction, est née mon envie de passer un diplôme en audiovisuel pour poser un regard plus professionnel sur ce que je vois, mais aussi de rédiger des critiques. A l’origine, je n’écrivais que pour moi, me faisant des fiches pour combler ma mémoire défaillante, mais j’essaie aujourd’hui d’étoffer mes écrits pour être lu de ceux avec qui j’aimerai partager mon avis et débattre intelligemment.

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