Même si la compétition n’est pas encore close à Deauville, nous pourrions dès aujourd’hui remettre le très officieux prix d’interprétation à Rachel Weisz, fabuleuse dans Complete Unknown, le dernier film de Joshua Marton (Maria, pleine de grâce). L’actrice, épaulée par un Michael Shannon comme toujours excellent, s’affirme comme l’une des comédiennes en forme du moment après ses très belles prestations dans The Lobster ou Youth. Le film bénéficie évidemment d’un casting impressionnant mais se distingue aussi par la qualité de son récit nébuleux et de sa mise en scène aérienne.
Chez lui à Brooklyn, Tom fête son anniversaire avec son épouse et ses plus proches amis. L’un d’entre eux vient accompagné d’une jeune femme prénommée Alice, que Tom semble avoir connue par le passé. Alice nie le connaître, mais au cours de la soirée, elle va lui révéler un secret qui pourrait bien changer sa vie tranquille d’homme rangé.
D’entrée, Joshua Marton nous immerge au cœur du personnage d’Alice avec une scène d’ouverture légère mais intrigante: infirmière, étudiante, assistante d’un magicien en Chine, autant d’identités qui défilent sur un même visage. A n’en pas douter, elle mène une vie unique en son genre, radicale et audacieuse. On retrouve alors la jeune femme dans le nouveau rôle qu’elle s’est choisi à New York ; chercheuse, elle est venue directement de Tasmanie pour étudier une grenouille endémique des marais de Long Island. Pourtant le regard posé par le cinéaste est loin d’être arrêté, il ne s’agit pas de faire l’apologie d’une aventure constante. Lorsqu’elle fait la rencontre, a priori par hasard, d’un homme marié dans sa propre maison, elle s’invente un passé au Mexique avec une facilité déconcertante. Très vite on découvre que le mensonge est partie intégrante de son existence, et qu’elle n’a pour seule compagnie que ses anciennes personnalités. Solitude et identité sont des thèmes récurrents cette semaine à Deauville, et Complete Unknown aborde le sujet de la meilleure des manières. Et on a beau se délecter de la moindre interaction entre Shannon et Weisz, c’est bel et bien le cinéaste qui par sa direction d’acteur et son écriture (il cosigne le scénario avec Julian Sheppard) forge une alchimie captivante mais faussement fusionnelle… Une scène dans l’appartement de Tom, où, avec Alice ils sont tout deux piégés par un entourage qui ignore tout de leur passé commun ; forçant l’étrangère à s’obstiner dans sa mythomanie. Une scène dans l’appartement d’une vieille femme que le non-couple a raccompagnée chez elle, Alice forçant alors Tom à partager son jeu de rôle perturbant. L’atmosphère pesante du film ondule entre réalité et possibilité, une dichotomie altérée par Alice qui semble naviguer entre les deux, et qui, dès que les choses deviennent trop palpables (notamment les rapports humains), s’oblige à fuir vers de nouveaux horizons. Une course contre soi-même résumant parfaitement la quête entreprise par Alice et Tom ; ce dernier ayant choisi l’immobilisme pour « cultiver » sa vie professionnelle comme sentimentale. Abandon ou stagnation, il est difficile de savoir qui a le plus tord, mais tout les deux vont profiter de cette confrontation pour se remettre en question. Ainsi Tom va découvrir l’aspect tangible des fabulations d’Alice en explorant le fameux chant des grenouilles au milieu du marais dans lequel travaille la vraie/ fausse scientifique ; alors que la conception ultra individualiste d’Alice s’effrite au contact de celui qu’elle a connu dans une vie antérieure.
Complete Unknown est un beau film, déconcertant, qui nous a enthousiasmés par son spleen moderne, incarné par cette jeune femme polymorphe. Un sérieux candidat pour une récompense samedi soir.
Douze ans après avoir remporté le Grand Prix du Jury à Deauville avec « Maria, pleine de grâce », le réalisateur américain Joshua Marston revient avec Complete Unknown en compétition. Au casting Rachel Weisz, Michael Shannon, Michael Chernus, Azita Ghanizada, Omar Metwally, Chris Lowell, Frank DeJulio, Condola Rashad, Danny Glover, Kathy Bates…
Sous ses airs de Spring Breakers virtuel, Teenage Cocktail aurait pu être une parfaite radiographie de la jeunesse américaine d’aujourd’hui. Manque de pot, le rendu qu’en fait John Carchietta est bien trop superficiel et désincarné pour prétendre atteindre cette vision cauchemardesque d’une génération cupide et insouciante.
Synopsis : Deux adolescentes de banlieue, Annie et Jules, veulent fuir ensemble à New York, loin de leurs parents et du quotidien insipide qui est le leur. Mais pour cela, elles ont besoin d’argent. De beaucoup d’argent même, d’après leurs calculs. Jules, la plus libérée des deux, initie son amie, tout d’abord réticente, à l’univers très lucratif du mannequinat en ligne. Au départ, rien de bien sérieux apparemment. Mais grâce à leurs vidéos sexy et à la clientèle qui grandit, elles se mettent à gagner d’importantes sommes. Sans se rendre compte des conséquences de leurs actes, les deux jeunes filles décident d’aller plus loin, mettant alors leur vie en danger…
Impossible, passé le générique de fin deTeenage Cocktail de ne pas penser à Spring Breakers. Les deux films, outre de se faire le portrait d’une jeunesse insouciante, sont teinté du même pessimisme. De la même envie d’évasion surtout. Un besoin de fuir, qui s’il se résumait à une envie de fête chez Harmony Korine, se transforme en envie de voir du pays et vivre ce fameux rêve américain chez John Carchietta. Le réalisateur, dont c’est le premier film ici, tente cela dit d’apporter plus qu’un simple regard sur cette génération MTV souvent pointée du doigt pour ses excès. Lucide, il a ainsi cru bon d’y apposer un autre sujet, diablement plus intime, mais pourtant bien réel : l’exhibitionnisme chez les jeunes. Moyen d’obtenir le précieux argent nécessaire à l’envie d’évasion des jeunes femmes montrées à l’écran, l’exhibitionnisme et par extension la prostitution sont ainsi surreprésentés dans ce film, quitte à amener un réel questionnement sur la jeunesse d’aujourd’hui. Et pas n’importe lequel puisque encore une fois, voici que les limites de cette générations sont sondées. Jusqu’où peut-elle aller pour toucher le moindre dollar ? Jusque-ou est elle prête pour accomplir ses rêves ? Des réflexions inquiétantes, pour ne pas dire terrifiantes, qui se posent sur les personnages Annie et Jules. Les jeunes femmes rêvent ainsi de vivre la grande vie à New-York, loin du carcan familial et de cette pression estudiantine qui leur tend inexorablement les bras.
Un film à l’image de la jeunesse qu’il tend à montrer : superficiel !
Mais si l’intention est louable, autant pour la pertinence que l’originalité du propos, on ne peut dire que le résultat soit à la hauteur. D’un sujet malsain et somme toute vicieux, le réalisateur en tire paradoxalement un film fade mais surtout poussif. La faute sans doute à une approche trop propre sur elle, rendant difficile d’atteindre le ton trash et provocant qu’on aurait pu espérer, mais surtout à un casting quelque peu au fraise. Très peu travaillées, les prestations des deux jeunes femmes (Nichole Bloom et Fabienne Therese) ternissent en effet le bilan du film en affichant un jeu d’actrices insipide, pour ne pas dire raté. Résultat, difficile d’éprouver quelconque empathie pour le duo. Une tare qui impacte également notre ressenti, en ce que jamais le propos, pourtant caustique, ne parvienne à nous bousculer et réellement nous faire réfléchir sur nos propres limites. C’est d’autant plus regrettable que le film propose en plusieurs endroits des scènes étant à même de choquer (on pense à la scène ou se confronte les jeunes femmes et leurs parents). Mais, fatalement, au vu de leur prestation dynamitant systématiquement tous les efforts faits pour inverser la tendance, difficile de ressentir toute la tension qu’elles devraient contenir. D’autant, qu’en proposant une direction artistique et technique relativement banale, le film ne fait rien pour détourner l’attention du spectateur, rivé sur le coup sur son propos traité par dessus la jambe et affichant par la même sorte, de relatives carences. Mais peut-être est-ce imputable à un scénario trop languissant et insignifiant Car, sous des airs faussement engagés, Teenage Cocktail affiche une superficialité assez gênante, puisque ne prenant pas la peine d’examiner les situations que des comportements aussi naïfs pourraient engendrer.
Superficiel, fade et par moments carrément vain, ce Teenage Cocktail manque clairement de consistance pour séduire. C’est d’autant plus dommage, car en optant pour la représentation d’une jeunesse désenchantée et insouciante, l’occasion nous était donné de voir un film moderne dans la compétition, pour le moment bien stoïque.
Teenage Cocktail, réalisé par John Carchietta, avec Nichole Bloom, Fabienne Therese, Pat Healy etc… n’a pas encore de date de sortie prévue en France.
Après le costume de la chauve-souris, place à celui du mafieux. Ben Affleck est en effet de retour derrière la caméra pour adapter le roman de Dennis Lehane (Shutter Island), Live By Night, qui voit l’interprète du Batman s’improviser caïd de la mafia dans une Amérique post-Première Guerre Mondiale, miné par la criminalité.
A peine le temps de le voir quitter son costume monochrome du justicier de Gotham City que l’acteur Ben Affleck avait déjà décampé, direction Boston pour shooter son nouveau film, particulièrement ambitieux : Live By Night. Adaptation d’un roman de Dennis Lehane (on lui doit Mystic River), on y suit l’histoire de Joe Coughlin (Affleck), un soldat rentré de la grande guerre et accessoirement fils du chef de la police locale, qui en pleine période de la Prohibition, va s’improviser figure de la pègre. Une ambition de carrière allant à rebours de celle du paternel et qu’on pressent déjà comme explosive, au vu des premières images, sublimes. Bien aidé par la photographie de Robert Richardson (Les Huits Salopards, Django Unchained, Hugo Cabret), Ben Affleck a toutefois pu s’arroger un casting de reve dans son nouveau film. Pensez donc : en plus de le voir drapé dans les plus beaux costumes de l’époque, on aura la chance de pouvoir compter sur le renfort de Elle Fanning (The Neon Demon), Zoe Saldana (Les Gardiens de la Galaxie), Chris Cooper (Démolition), Sienna Miller (American Sniper), Scott Eastwood (Suicide Squad) ou Brendan Gleeson (Harry Potter, Bon Baisers de Bruges). Un joli casting pour un film qu’on pressent sans trop se mouiller figurer en bonne place dans les prétendants aux Oscars 2017, aux coté du Silence de Martin Scorsese ou du Hacksaw Ridge de Mel Gibson.
Live By Night sortira quant à lui, le 18 Janvier prochain dans les salles françaises.
Live By Night : Bande-annonce du film évènement de Ben Affleck
Deuxième jour à l’Étrange Festival où après une première salve de film, il est temps de regarder de plus près Pet de Carles Torrens, Terra Formers de Takashi Miike et Hime-anole de Keisuke Yoshida :
Pet, le film de Carles Torrens, souffre de deux choses ; sa courte durée et son scénario. La première empêche au réalisateur d’instaurer une vraie ambiance sur son film. Il ne prend pas le temps de créer le malaise ou le doute chez le spectateur et il expédie le tout dans une mise en scène classique, et parfois même au bord de l’amateurisme. Et même si le casting est convaincant et qu’il se donne du mal pour impliquer le spectateur, surtout Dominic Monaghan et Ksenia Solo qui sont excellents, le tout s’embourbe dans un récit douteux et mal géré dans sa pseudo immoralité. On sent une envie d’être impertinent dans le regard porté sur l’amour et tout ce que cela implique dans une relation. Il y a une critique de l’envie de posséder l’autre qui est plutôt bien mise en parallèle avec la relation que peut avoir une personne avec son animal de compagnie. Mais l’ensemble tourne très vite à vide, faute à la manière très survolée dont est traitée la relation des deux personnages principaux. L’envie de jouer un double jeu aurait pu être intéressant, car la question qui est le captif de qui est au cœur du film, mais cela devient inconséquent à partir du moment où le scénario passe au dessus des motivations de ses personnages. Il reste trop simpliste, ce qui l’amène à être assez malaisant dans sa façon de justifier les actes de ses protagonistes et livre une morale douteuse. Faire une oeuvre plus piquante et immorale aurait clairement servie le propos, ici il le dénature. Pet n’a donc que très peu d’intérêt en dehors de son casting et sabote la plupart de ses bonnes idées.
Takashi Miike, à l’instar de Sono Sion, est un réalisateur très prolifique. Dans ses nombreuses productions qui sortent en une année, il est capable d’offrir le meilleur comme le pire. Et avec Terra Formars il livre clairement le pire. Film de commande insipide qui se rêve en grand blockbuster mais qui n’est rien d’autre qu’un délire pas très drôle qui sent le réchauffé passé la première demi-heure. Éreintant dans son rythme catastrophique qui vient couper net toute montée d’adrénaline pour laisser la place à l’exposition. Le film n’est que ça, une longue séquence d’exposition étendue sur un peu moins de deux heures. La présentation des personnages et de leurs pouvoirs est mal-amenée et n’en finit pas, les acteurs sont tous mauvais et le tout suinte le mauvais goût le plus totale. On enchaîne les séquences gênantes les unes après les autres avec le sentiment que ça ne finira jamais -ou ne se lancera jamais, au choix- et on se réalise que tout ça n’est qu’un appel pour une éventuelle suite, strictement rien n’est accompli dans ce film. Les flashbacks sont placés n’importe comment, les effets spéciaux sont laids et le film ne dispose que de très peu d’idées visuelles intéressantes. On notera quand même certains plans aériens vraiment bluffants de fluidité, Miike n’est quand même pas un amateur, mais on ne peut qu’être déçu devant des scènes de bastons particulièrement frileuses. Tera Formars est un navet XXL qui fait l’erreur de ne pas totalement se prendre au sérieux, il aurait pu être un formidable nanar si il avait embrassé totalement son côté what the fuckesque. Ici on ne se retrouve que face à une peloche de douleur et de désespoir car rien n’y est fun.
Hime-anole fait l’erreur de vouloir être plus qu’une simple rom-com. Même si l’ambition est toujours une bonne chose, ici Keisuke Yoshida handicape sa très attachante comédie romantique par un thriller, sous forme de jeu de massacre, assez bancal. Le sentiment d’avoir deux films très distincts qui viennent s’entre-choquer maladroitement ne nous quitte jamais, amenant un essoufflement qui mène à une fin assez faible. Surtout que la partie thriller est très lourde tout en se construisant sur des clichés éculés. Par contre, la partie comédie, en plus d’être vraiment drôle, apporte un vent de fraîcheur appréciable surtout qu’il peut compter sur un couple attachant et très bien interprété. La mise en scène est sobre, maîtrisée et fait preuve d’un réalisme saisissant lors de ses moments les plus violents. Donc Hime-anole n’est clairement pas un film transcendant mais s’impose comme une sympathique curiosité et qui aurait vraiment pu être une belle réussite si il avait mit ses envies de meurtre de côté.
Patchwork, Psycho-raman, Girl Asleep et Être Cheval
Dans la pure veine des comédies fantastiques des années 80, Patchwork nous propose une relecture moderne et surtout à 300% féminine du mythe de Frankenstein. Un pur délire trash, dont la seule différence notable avec ses modèles évidents (qu’il s’agisse de Re-animator ou de Human Centipede) est sa nette volonté de se montrer féministe. Avec son image déplorable du mâle dominant américain et son sous-texte sur la place de la femme dans une société phallocrate, on aurait presque eu du mal à croire que le film soit signé par un homme, mais au vu de la connerie assumée de son développement, le doute n’est plus permis. Bien qu’il soit maladroitement charcuté en 8 parties, le scénario livre tout de même son petit lot de surprises, parfois prévisibles mais toujours amenés de façon à faire se cohabiter l’humour et le gore. Et ça, ça fait plaisir !
Deux ans après avoir choqué le Festival avec son Ugly, Anurag Kashyap revient avec Psycho Raman, dont le nom est emprunté à un célèbre serial-killer qui, dans les années 60, fit plus d’une quarantaine de victimes à Bombay. Le film nous fait suivre, non pas le parcours de ce tueur, mais d’un autre dangereux criminel qui partage le même prénom. Nawazuddin Siddiqui (qui tenait déjà l’un des rôles principaux de Gangs of Wasseypur, le plus gros succès du réalisateur en Europe à ce jour) incarne ici un psychopathe redoutable dans les exactions se font dans des scènes d’une intensité terrifiante. Mais, la plus atroce de celle-ci étant la première, la suite va rapidement se mettre à tourner quelque peu à vide, d’autant que l’enquête policière en parallèle se retrouve complètement éclipsée par la vie privée tumultueuse du commissaire en charge de l’affaire. L’idée de lien unissant le flic et le tueur apparait trop rapidement comme une évidence, tant le traitement des deux personnages et de leur violence est construit de manière diamétralement opposé. Même s’il est finalement bien amené, nous révélant une part jusque-là insoupçonné de l’esprit retors du tueur, le twist final ne parvient pas à lui-seul à justifier l’énorme maladresse de ce qui l’a précédé.
Ce ne serait pas étonnant que, un an après que Moonwalkers et son imagerie très sixties, ait remporté le Grand Prix du Jury, ce soit au tour de l’univers visuel, cette fois estampillée seventies, de Girl Asleep d’être récompensé par les spectateurs du Festival. Directement adapté d’une pièce de théâtre, ce film australien nous fait profiter d’une direction artistique aussi follement kitsch et pastelle que celle d’un Wes Anderson. La comparaison semblait inévitable. Mais, derrière cette plastique vintage agréablement superficielle, se cache un discours universel puisqu’il s’agit ni plus ni moins que du difficile passage à l’âge adulte d’une jeune fille de 14 ans, qui vient d’emménager dans un nouveau collège et dont les parents ont la bonne idée d’inviter ses camarades qu’elle connait à peine à sa fête d’anniversaire. Les situations qui en découlent sont éminemment rocambolesques et écrites avec un second degré fort jubilatoire, mais l’on en retiendra surtout l’univers onirique dans lequel ira se réfugier l’héroïne pour apprendre à s’y émanciper. Pas de chance, cette partie charnière, plus chargée en symbolique lourdaud qu’en véritables gags visuels, est moins enthousiasmante que peut l’être la réalité, pourtant morose mais mise en scène avec une magnifique énergie.
Parce que l’Etrange Festival a aussi son lot annuel de documentaires, Etre Cheval a tout à fait sa place dans la sélection de cette édition. Non pas qu’il ait vocation à nous faire découvrir des individus que nous jugerions « étranges », mais au contraire parce qu’il interroge sur le regard que l’on peut porter sur certaines personnes aux pratiques anticonformistes. Car comment qualifier autrement les adeptes du pony-play ? Suivi(e) pendant plusieurs années par le documentariste Jérôme Clément-Wilz, Karen (homme ? femme ? peu importe finalement) s’est laissé filmer pendant un de ses voyages en Floride, au cours duquel il a pris plaisir à se transformer en cheval et à se faire dresser par un cow-boy. Des scènes intimes surréalistes, voire perturbantes, mais qui finissent peu à peu à devenir touchantes, notamment grâce à la dimension quasi-mystique que le réalisateur laisse infuser dans sa mise en scène. Aussi rebutante que puisse paraitre l’idée d’être harnaché et traiter comme une bête, on en vient à être heureux pour les pratiquants de cette forme de fétichisme d’avoir ainsi réussi à dépasser les questions de sexe, de genre, et même d’humanité. Troublant et poétique à la fois, en un mot étrange.
En délaissant le sensationnel et misant sur l’aspect humain de son (incroyable) histoire, Brad Furman fait des merveilles dans ce film voyant l’ex-Walter White de Breaking Bad s’improviser agent infiltré cherchant à démanteler le cartel de Medellin et faire tomber son illustre patron, Pablo Escobar.
Synopsis : L’agent fédéral Bob Mazur a pour mission d’infiltrer le cartel de drogue de Pablo Escobar. Son but : faire tomber 85 barons et une banque internationale. Son plan : s’inventer un passé, une identité, une fiancée. Son risque : le moindre faux pas lui serait fatal.
Walter White du coté des gentils. C’est peu dire qu’on en avait rêvé. Et pourtant, voilà que l’américain Brad Furman, précédemment auteur d’une inoffensive incartade sur les dangers des jeux en ligne (Players), l’a fait. L’ex-prof de chimie aux méthodes expéditives est en effet de tous les plans dans ce film convoquant non sans malice l’âge d’or du film de cartel et son illustre figure, Pablo Escobar. Mais pas question pour lui de jouer les contrebandiers ou dealers, mais bien un agent des douanes particulièrement émérite, puisque partant à la chasse au cartel de Medellin par l’entremise de ses nombreux banquiers chargés de blanchir l’argent rapporté par le célèbre trafiquant colombien. Une gageure que l’on pressentait vouée à l’échec, tant pour le C.V de son auteur qu’à cause du succès de Narcos, la série à succès estampillée Netflix, qui boxe dans la même catégorie. Mais là où la série de José Padilha a à cœur depuis l’année dernière de raconter à sa façon, l’envers du décor du vaste réseau d’Escobar et de ses velléités hégémoniques dans le domaine de la distribution de cocaïne, Infiltrator vise lui beaucoup plus petit. Et c’est sans doute là sa plus grande force.
Dirty Sexy Money
Petit. C’est le mot. Pour ne pas dire dérisoire si on le compare à l’aura (gigantesque) d’Escobar. C’est pourtant le créneau dans lequel s’engouffre le film de Brad Furman. Préférant ainsi se faire l’écho des hommes et femmes membres du trafic et ceux essayant désespérément de les arrêter, plutôt que de montrer la fameuse poudre blanche à l’origine de la fortune que doit blanchir Bryan Cranston, le film emprunte un chemin de traverse bienvenu quitte à assumer une palette de statuts. Bien aidé par un casting en phase, le métrage peut alors dérouler ses cartes, quitte à surprendre pour le ton et l’approche choisis. Tour à tour polar 80’s arrogant, odyssée rise and fall à la Scorsese et narco-thriller, Infiltrator trouve dans sa dernière bobine son rythme de croisière et par là même son but. Pas besoin pour lui de rappeler les méfaits de la drogue, ou l’échec de la politique US à endiguer le trafic d’Escobar, mais plus le soin impérieux de dresser la contradiction des émotions de ces agents infiltrés devant pactiser avec de beaux salauds, et s’apercevoir, non sans surprise, derrière le vernis de poudre balancé par Washington et les agents des stups, qu’ils sont juste des gens tentant de survivre avec leur lot de problèmes et leurs envies d’amitié et de confiance. On pourra certes arguer que le film vogue alors vers un classicisme assez ronflant et que le rythme en pâtit par endroits, mais on saura au moins reconnaitre qu’il arrive à démythifier, de brillante façon d’ailleurs, l’envers du décor d’un des trafics les plus connus du monde, sans se perdre en broutilles bling-bling et hyper-violence stylisée sur fond de hits sud-américains. Et fatalement, dès lors que se pointe le générique de fin, on se dit que Brad Furman a bien mûri son coup : les meilleurs choses dans la vie, sont comme le dit bien l’expression, les plus simples. Une qualité dont n’a pas à rougir le film. Loin de là même.
En sacralisant la dimension humaine au détriment de la grosse machinerie du trafic, Brad Furman parvient avec Infiltrator à paradoxalement déconstruire les rouages de l’empire Escobar. Une gageure qui doit beaucoup au talent de son casting, mais aussi à la pertinence de son approche, résolument anti-spectaculaire.
Infiltrator : Bande-Annonce
Infiltrator : Fiche Technique
Titre original : The Infiltrator
Réalisation : Brad Furman
Scénario : Ellen Brown Furman, d’après The Infiltrator de Robert Mazur
Interprétation : Bryan Cranston (Robert Mazur), John Leguizamo (Emir Abreu), Benjamin Bratt (Roberto Alcaino), Diane Kruger (Kathy Ertz), Yul Vasquez (Javier Espina)…
Photographie : Joshua Reis
Montage : Luis Carballar, Jeff McEvoy et David Rosenbloom
Direction artistique : Karen Wakefield
Décors : Crispian Sallis
Costumes : Dinah Collin
Musique : Chris Hajian
Production : Paul M. Brennan, Brad Furman, Miriam Segal, Don Sikorski
Producteurs délégués : Bryan Cranston, Kate Fasulo, Cam Galano, Peter Hampden, Scott LaStaiti, Robert Mazur, Norman Merry, Jill Morris, Martin Rushton-Turner
Coproducteurs : Nicole Boccumini, Jess Fuerst, Matt Ruskin et Paula Turnbull
Société de production : Good Films
Sociétés de distribution : Broad Green Pictures (États-Unis), ARP Sélection (France)
Budget : 47,5 millions de dollars
Langue originale : anglais
Format : couleur
Genre : thriller, historique
Durée : 127 minutes
Date de sortie : 7 septembre 2016
Michael Pena (Fury, Seul sur Mars) et Alexander Skarsgard (Tarzan) se tiennent la dragée haute dans War on Everyone, virée sans concession dans l’univers de deux flics américains portés sur la violence, l’humour noir et l’argent facile.
Synopsis : Deux flics corrompus de l’Alabama font vivre un enfer à la communauté qu’ils sont censés protéger… jusqu’à ce qu’ils rencontrent un bandit pire qu’eux.
Le nouveau film de John Michael McDonagh est d’abord l’occasion, parfaite selon nous, de donner à Michael Peña la chance d’être une vraie tête d’affiche. L’acteur américain d’origine hispanique, jamais en reste pour nous gratifier de seconds rôles savoureux (on pense à Ant-Man, à Seul sur Mars ou à Fury) est en effet un habitué du genre, quitte à avoir avec le temps, totalement abandonné ses velléités de leader. Fort heureusement, le voici ici avec un rôle à même de révéler tout son talent, mais surtout de prouver, une fois n’est pas coutume, la relative aisance qu’il a, à se mêler avec d’autres. A ce titre, le duo qu’il forme avec Alexander Skarsgard, récemment vu dans Tarzan, est exquis. Un duo qui n’est pas sans rappeler celui de Starsky et Hutch, quitte à reprendre l’habitude de rouler en voiture de collection, et qui sous les prestations habitées de deux acteurs, se transforme en une troupe de joyeux larrons totalement déjantés, pour ne pas dire hors-norme, dont la vision dans la rue ne pourrait que nous faire frémir. Il faut dire que leur duo multiplie les bévues. Sexe, drogue, alcool, castagnes et fuck, fusent ainsi à la vitesse de l’éclair. De quoi littéralement nous tordre de rire sur le fauteuil et en redemander tant le sous-texte, purement caustique enchainant les réparties, l’humour noir (si ce n’est graveleux) et le politiquement incorrect, est d’une modernité confondante. Daesh, le djihad, la communauté afro-américaine, la blanche, les européens et même le tennis : rien ne semble ainsi épargné par le réalisateur, qu’on imagine trop heureux à l’idée de pouvoir tailler un short dans les règles de l’art à tous ces sujets de sociétés, pour la plupart sensibles.
Un buddy-movie régressif.
Mais au-delà de ce ton débridé, McDonagh n’en oublie pas d’humaniser ses personnages. Sous leurs airs de gros durs, on s’éprend ainsi d’une certaine affection pour le duo. Leur nonchalance et leur impertinence font d’eux des hommes presque sans limites, et les voir déambuler dans ce buddy-movie régressif et bien rétro dans l’âme, nous fait presque regretter les années 80 ou cet acabit de film était légion. Mais heureusement, à peine le temps d’esquisser un regret. Puisque non content de dynamiter le genre en remplaçant la sempiternelle drogue par de l’argent, le réalisateur nous balade à l’instar de Shane Black dans son Kiss Kiss Bang Bang, dans une intrigue pourtant limpide mais rapidement reléguée en arrière plan. A la place, McDonagh tente d’apposer une petite histoire d’amour, sensée chambouler le personnage d’Alexander Skarsgard, grand viking impassible, qui devant le joli minois de Tessa Thompson, va rapidement perdre son latin. Fluide, maitrisée et évitant le pathos d’un cheveux, la petite amourette s’avère ainsi plus importante qu’on pourrait le penser au premier abord. Elle humanise l’agent blond tout en s’ajoutant avec brio à l’intrigue, qui puise dans ces moments de quiétude comme pour mieux nous surprendre lors des scènes d’actions. Ces dernières, simples et enlevées, sont d’ailleurs trépidantes puisque versant continuellement dans l’hommage aux vieux films (Bullit en tête) et illustrent d’ailleurs le formidable montage, qui 2h durant aligne cris, tirs, bourrinage et autre canardage en règle, sans pour autant lasser. Bien au contraire même. On appréciera d’ailleurs le soin qu’a eu l’équipe de ne pas cantonner son équipe dans une vulgaire banlieue américaine, puisque on retrouve notre fine équipe à un moment, en plein territoire islandais. Dépaysement assuré pour nos joyeux lurons qui ne manquent pas d’accompagner leur virée la-bas de scènes totalement absurdes, et versant dans la pure dérision.
Un duo qui marche du tonnerre, un réalisateur parfaitement à l’aise dans ses baskets et une intrigue résolument moderne : pas de doute, en signant War on Everyone, John Martin McDonagh a signé le buddy-movie de l’année. Et on l’en remercie bien assez pour cela.
Le réalisateur anglo-irlandais de The Guard etCalvary, revient avec War on Everyone, présenté hors Compétition ce jeudi à Deauville ; un troisième long métrage mixant humour au vitriol et dialogue pétillant voir très piquant. Sur une musique de Glen Campbell, on retrouve aux côtés de Alexander Skarsgard et Michael Pena, John Michael McDonagh, Theo James, Tessa Thompson, Paul Reiser…
Amazon pilotes de séries 2016 – Au programme : le retour de Lauren Ambrose, une adaptation de Comic, un pamphlet fémininiste made in Jill Soloway, une bonne dose d’autodérision…
Zoom sur les pilotes de The Interestings, The Last Tycoon, The Tick, I Love Dick, Jean Claude Van Johnson
Amazon produit depuis 2013 ses propres séries en mettant à disposition plusieurs pilotes de séries qui verront le jour si le succès est au rendez-vous. Mozart in the Jungle ou The Man in the High Castle par exemple pour ne citer qu’eux dont la première a été récompensée aux Golden Globes en janvier dernier. La nouveauté cette année pour la firme américaine est de placer bon nombre de ses pilotes sur les réseaux sociaux comme Youtube ou Facebook pour inciter les hésitants à s’abonner à Amazon Prime, le service coûtant 100 dollars par an (un peu moins de la moitié par rapport à Netflix). La plateforme qui est en plein boom avec une augmentation de 50 % de ses clients depuis 2015, va continuer à jouer le grand jeu dans les mois à venir, avec une série créée par Woody Allen (Crisis in Six Scenes) ou une série reprenant les aventures de Jack Ryan, personnage créé par Tom Clancy déjà incarné par Harrison Ford et Chris Pine par le passé.
En cette rentrée 2016, le sort de 2 dramas et 3 comédies en est jeté. La rédaction se prononce sur ces 5 pilotes.
The Interestings : c’est du passé n’en parlons… (2/5)
Dès les premières minutes du pilote de The Interestings, le duo de showrunners Lyn Greene et Richard Levine (qui travaillèrent tous sur la série Nip/Tuck) nous immergent dans une Amérique seventies très bucolique. La verve est verbe et l’explicite est redondant. « Long time no see », amis de longues dates, ils le répètent plusieurs fois comme pour souligner les superpositions temporelles. Car en effet, l’intérêt de cette camaraderie se construit sur l’entremêlement un peu hasardeux des flash/backs/forwards, faisant de la narration éclatée une trop évidente saga bavarde. Heureusement que Lauren Ambrose (Six Feet Under) crève l’écran poussant le plaisir au-delà du commun. Autre visage familier, celui de Jessica Paré (Mad Men) qui manque de relief. Le cliché est donc, quelque peu, de bon ton et la nostalgie s’incarne difficilement pour tisser une toile relativement peu complexe, mais intéressante. Dommage qu’on y reste pas collé, mais suffit de peu. La faute au survol faisant des personnages des coquilles vides, les rendant peu attachants. La curiosité finit par suivre le pas.
Créateurs : Lynnie Greene et Richard Levine
Réalisateur : Mike Newell
Scénaristes : Lynnie Greene et Richard Levine
Interprétation : Lauren Ambrose (Jules Jacobson), Katie Balen (la jeune Jules), Matt Barr (Goodman Wolf), Jessica Collins (Cathy Kiplinger), Corey Cott (Jonah Dey), Gabriel Ebert (Dennis), Jance Enslin (le jeune Jonah), Sasha Frolova (la jeune Cathy), David Krumholtz (Ethan Figman), Justin Matthews (le jeune Goodman)…
Image : Terry Stacey
Format : 60 minutes
The Last Tycoon : cinéma, glamour, sexe et pouvoir… (3/5)
Écrit et réalisé par le cinéaste Billy Ray (Shattered Glass, Hunger Games, Capitaine Phillips…), cette adaptation du roman inachevé de F. Scott Fitzgerald, The Last Tycoon (également connu sous le nom The Love of The Last Tycoon) se base sur la vie tragique et légendaire du jeune producteur de film Irving Thalberg qui va s’opposer à son mentor Louis B. Mayer. Un roman au regard aiguisé sur Hollywood. Fitzgerald change les noms mais les similitudes sont impossibles à manquer. En 1976, le roman avait été adapté par Elia Kazan au cinéma, avec Robert de Niro dans le rôle principal. The Last Tycon se penche sur l’ascension de Monroe Stahr, interprété avec classe par Matt Bomer, ce Wonder Boy talentueux, séduisant, se heurte à son mentor Pat Brady (incarné par Kelsey Grammer), patron du Studio. Situé dans les années de pré-Seconde Guerre mondiale, à une période charnière pour l’industrie du cinéma, le pilote capture avec style l’Old Hollywood, un très bel écrin derrière lequel se profile la misère provoquée par la Grande Dépression, les luttes de pouvoirs et l’influence grandissante de l’Allemagne hitlérienne. Si vous êtes un fan de l’ancien Hollywood, des beaux costumes, des romans de Fitzgerald, ou encore d’images léchées, The Last Tycoon est un must ! La série devrait plaire à tous les romantiques. Initialement développé pour HBO, le projet du scénariste/réalisateur Billy Ray se concrétise sur Amazon puisqu’une première saison est déjà prévue. Amazon aime Francis Scott Fitzgerald ; en tout cas, une saison de Z : The Beginning of Everything, qui revient sur l’histoire de Zelda Fitzgerald (incarnée par Christina Ricci), a été commandée.
Créateur : Billy Ray
Réalisateur : Billy Ray
Scénariste: Billy Ray
Interprétation : Matt Bomer, Kelsey Grammer, Lily Collins, Mark O’Brien, Enzo Cilenti, Dominique McElligott, Jessica De Gouw…
Image : Daniel Moder
Format : 30 minutes
The Tick : Toujours plus loin, toujours plus fort (4/5)
Si vous en avez marre de subir l’omniprésence de ces superhéros qui se bagarrent le haut du box-office comme les rapaces assoiffés de pépettes qu’ils sont derrière leurs improbables costumes ringards, alors The Tick est fait pour vous ! D’abord adapté en comics dans les années 80 puis en série animée la décennie suivante, ce défenseur des opprimés tout de bleu vêtu, initialement pensé comme une enseigne de magasin ( !), connait aujourd’hui une incarnation dans la peau du truculent Peter Serafinowicz, vu notamment dans Shaun of The Dead. Mais le coup de génie du créateur de la série, Ben Edlund qui officia précédemment sur les scénarios deSupernatural, est de baser l’histoire sur le point de vue d’un humain lambda – ou presque –, permettant ainsi de créer de succulents décalages comiques sur le regard que peuvent porter des témoins sur la présence de superhéros de leur réalité. Une excellente alternative au premier degré de tous ces films involontairement grotesques !
Créateur : Ben Edlund, d’après le personnage créé par Ben Edlund
Réalisateur : Wally Pfister
Interprétation : Peter Serafinowicz (The Tick), Griffin Newman Griffin Newman (Arthur Everest), Brendan Hines (Superian), Jackie Earle Haley (The Terror)…
Image : Bryce Fortner
Musique : Chris Bacon
Format : 30 minutes
I Love Dick : tête de noeud et adultère (3/5)
Jill Soloway est devenu en l’espace de 3 ans, un pillier de la scène sériphilique américaine, notamment avec son récompensé Transparent qui bouleverse les codes du genre. La showrunneuse adapte un best seller féministe de 1997 signé Chris Kraus, I Love Dick. Si le roman tend vers une certaine forme de perversion jouissive à souhait et une bonne dose d’autodérision, portant le regard de l’auteure comme prêcheuse d’une bonne parole malgré soi, le pilote d’une demi-heure réussit-il à nous transporter de la même manière ? A coups d’arrêts sur image, titres sur fond rouge, jump cut inaperçus ou gros plans , la mise en scène de Mme Soloway fait mouche et Kathryn Hahn dans le rôle de Chris, suave comme Victoria Abril, au physique éloquent à la manière de Ruth Wilson (The Affair), est épatante. Le principal défaut est l’autre choix de casting, Kevin Bacon en connard obsédant n’est pas le cowboy rustre, summum de virilité, mais il brille par son charisme naturel. On ne s’ennuie pas il est certain, mais nous ne prenons pas pour autant de plaisir. L’alchimie n’est pas suffisante entre les deux personnages principaux et le plaisir coupable de la série susnommée d’Hagai Levi est sans égal. Le pilote pâtit donc principalement d’un déséquilibre scénaristique, sur la description effleurée de Dick. Et la crise existentielle du personnage féminin, ainsi que de son couple, parviennent à convaincre un minimum. On reste cependant sur notre faim et c’est plutôt bon signe…
Créateur : Jill Soloway
Réalisateur : Jill Soloway
Scénaristes : Jill Soloway et Sarah Gubbins, basée sur un roman de Chris Kraus
Interprétation : Kevin Bacon, Kathryn Hahn (Chris), Griffin Dunne (Sylvere), Roberta Colindrez (Devon)…
Image : Jim Frohna
Format : 30 minutes
Jean Claude Van Johnson : un JCVD en pleine auto-dérision dans une série décomplexée (4/5)
A partir d’un pitch de départ aussi barré (Jean-Claude Van Damme est en réalité Jean-Claude Van Johnson, super agent de la CIA s’étant servi de ses tournages pour accomplir des missions secrètes, reprenant du service après une pré-retraite des plus dépressives), on est en droit d’attendre une série d’action décomplexée mâtinée de second degré. Et il faut dire que le pari est réussi et ce, dès les premières minutes : voir un Jean-Claude Van Damme vieilli, croupissant dans une villa de luxe où l’eau de la robinetterie a été remplacée par du lait de coco, allant chercher son journal en peignoir à bord d’un gyropode, et affirmant sans aucune retenue que « Timecop est nettement mieux que Looper », a quelque chose de jouissif. Dès lors, les sourires et surtout les rires fusent. Sachant faire preuve de beaucoup d’autodérision (comme l’attestent de nombreux direct to dvd comme Welcome to The Jungle) mais aussi d’un don indéniable pour la comédie (le spectre de JCVD n’est pas loin), Van Damme assure le spectacle. De même, il démontre qu’à 55 ans, surtout lors de la scène d’action finale, le bonhomme ne démérite pas dans les coups de tatane et les fameux high kick retournés ayant fait sa réputation. Le risque introduit par ce pilote serait la totale occupation à l’écran de l’acteur au détriment des autres personnages, qui pourraient peiner à exister. Cela se reflète notamment chez le personnage de Vanessa, dont la bluette sentimentale avec JC semble partir sur une trame des plus classiques, à base de quiproquos et autre non-dits. Ne boudons cependant pas notre plaisir avec ce pilote, véritable réussite dans le genre, et qui laisse présager de nombreux rebondissements drôles en présence de notre actionner belge préféré.
Créateur : Dave Callaham
Réalisateur : Peter Atencio
Scénariste : Dave Callaham
Interprétation : Jean-Claude Van Damme (Lui-même), Kat Foster (Vanessa), Moises Arias (Luis), Phylicia Rashad (Jane), Tim Peper (Gunnar), Deren Tadlock (Victor)…
Producteurs : Ridley Scott, David Zucker, Dave Callaham, Jean-Claude Van Damme
Format : 30 minutes
Christine, chronique d’une descente aux enfers d’une journaliste dans l’Amérique des seventies
Belle surprise ce matin à Deauville, même si le public n’a pas semblé être conquis par le 3ème long métrage d’Antonio Campos. Déjà en compétition à Sundance, Christine est, en plus d’être brillamment interprété par Rebecca Hall (Vicky Cristina Barcelona), un film maitrisé de bout en bout.
1974, Sarasota, Floride. Christine est une journaliste ambitieuse, âgée de 29 ans, sûre de ses compétences et persuadée de réussir dans le métier. Mais le parcours d’une femme déterminée à faire carrière dans les années 1970 n’est pas sans obstacles. La concurrence pour obtenir une promotion est féroce et la crise identitaire n’est jamais loin, surtout si l’on nourrit, comme Christine, un amour non partagé pour un collègue de travail, et que l’on mène une vie familiale tumultueuse. Lorsque la chaîne de télévision WZRB change de ligne éditoriale en décidant de passer d’avantage de « sensationnel » à l’antenne – en rupture totale avec l’implication journalistique de la jeune femme dans des sujets plus « sérieux » -, Christine réussit à ne pas perdre de vue les objectifs qui sont les siens, tout en surmontant ses doutes et en donnant à voir ce que les gens attendent.
Écrit d’après une histoire vraie, le film met du temps à justifier une telle inspiration ; mais cela permet de dissimuler jusqu’au bout une dramaturgie fort bien construite. Antonio Campos, à défaut d’établir clairement son sujet, parvient à nous embarquer immédiatement dans cette histoire qui mêle trouble identitaire et déontologie journalistique. Sa reconstitution des années 70 met au premier plan la pellicule et le vinyle, technologies aussi désuètes que prisées aujourd’hui et devenus symboles d’une époque révolue mais souvent regrettée. Christine, elle, veut évoluer mais à contre-courant de la nouvelle politique de son patron (Tracy Letts, très convaincant) ; son journalisme se veut humaniste et engagé tandis que son boss voudrait plus de sang, plus de cascades. Coincée entre les opportunités de carrière qu’elle pourrait obtenir et le plaisir qu’elle retire de son travail, Christine devient très fébrile. Ses collègues de travail (Michael C. Hall et Maria Dizzia) vont chacun leur tour essayer de la remotiver, mais le mal est autant physique que psychologique.
Avec ce portait touchant d’une femme malade et esseulée, Antonio Campos nous renvoie à nos échecs, à notre propre solitude et délivre une copie très aboutie. Si le film aurait pu gêner par sa longueur et son rythme pesant, il n’en est rien au vu de la remarquable prestation de Rebecca Hall et son insidieux besoin d’attention. Chose qu’elle n’obtient jamais, ou presque. Engagée, que ce soit dans ses reportages ou dans l’hôpital dans lequel elle fait du bénévolat, Christine paye douloureusement le prix de sa dévotion par un isolement qu’elle ne parvient pas à rompre. Le film a évidement une résonance contemporaine avec cette description amère des médias, cette course effrénée à l’image, et le mal être qu’il peut en naître ; mais Christine bouleverse surtout par son personnage éponyme, gracieux, déterminé, chef d’orchestre de son propre chant du cygne.
Troisième long-métrage réalisé par Antonio Campos avec Rebecca Hall, Michael C. Hall, Maria Dizzia, Tracy Letts…
Born to be blue: un biopic avec Ethan Hawke dans la peau de Chet Baker, le légendaire trompettiste à la voix divine qui a tout perdu avec l’héroïne.
Synopsis : Afin de lui rendre hommage, un producteur d’Hollywood propose à Chet Baker, un trompettiste de jazz célèbre des années 1960, de tenir le premier rôle dans un film sur sa vie. Pendant le tournage, il tombe follement amoureux de sa covedette, Jane. Malheureusement, ce retour sur son passé ravive les démons qui hantent Chet. On met alors fin au projet. Anéanti, l’artiste se replie sur lui-même. Néanmoins, Jane réussit à le convaincre de remonter sur les planches pour une tournée.
Après Miles Davis et son biopic réalisé et incarné par Don Cheadle (Miles Ahead), c’est Chet Baker qui voit sa vie contée sur grand écran et projetée au Festival de Deauville avec Born to be blue, réalisé par Robert Budreau.
Ces dernières années, une prestation d’Ethan Hawke est souvent gage de qualité. Ses rôles dans les films de Richard Linklater (Before Sunrise, Before Midnight, Boyhood...) l’ont confirmé auprès du public mondial comme un acteur talentueux. Born to be blue ne déroge pas à la règle, et l’acteur réaffirme son talent, mais il ne s’agit en rien de sa meilleure prouesse cinématographique.
Chet Baker est un personnage complexe, tiraillé entre les femmes, la drogue, le sexe et la musique. Son amour pour la trompette fait de lui un grand artiste, au talent singulier, qui frôle le « faux », ce qui le différencie de Miles Davis. Cette mentalité est parfaitement illustrée dans le long-métrage et Ethan Hawke l’incarne avec une sobriété, une certaine froideur qui l’empêche de tomber dans un pathos caricatural. L’acteur américain devient Chet Baker, mais parvient tout de même à garder une distance avec l’homme qu’était le trompettiste. Et que serait Chet Baker sans les femmes ? À travers l’œil de Robert Budreau, on prend conscience qu’il ne serait pas grand chose et que son inspiration aurait été bien amoindrie. Elaine, qui sera sa compagne durant quelques temps, est elle aussi parfaitement représentée par Carmen Ejogo, qui ne forme parfois qu’un avec le musicien. L’amour évoqué dans Born to be blue est légèrement trop appuyé, mais il permet de caractériser au mieux nos protagonistes. On ne fait pas que découvrir la vie de Chet Baker, on en apprend également sur lui. Le réalisateur fait du musicien un être aux multiples facettes, tantôt talentueux et au sommet de son art, tantôt ridicule, à la limite de l’imbécillité et de la grivoiserie. Malheureusement, si les intentions du réalisateur sont comprises, elles peinent à être clairement exposées. La dimension téléfilmique de Born to be blue joue en sa défaveur. Les flash-back ainsi que le montage parallèle ne sont pas bien amenés, ce qui alimente une impression de fourre-tout, comme s’il était nécessaire de rappeler le mal quand Chet Baker veut le bien, et vice-versa. Born to be blue souffre d’un gros problème de montage. On perçoit aisément une tentative de glorification de la musique et des instruments (piano, trompette, contrebasse) mais elle n’est pas assez puissante pour être considérée comme un personnage à part entière, comme ça pouvait être le cas dans Whiplash. On prend du plaisir à réentendre les différents morceaux de Chet Baker, mais ils auraient pu être amenés de manière plus majestueuse, afin de faire hérisser le poil du spectateur dès les premières notes de trompette.
L’alternance entre noir et blanc et couleur s’avère dépourvue de sens. Born to be blue est une mise en abime, un film dans lequel un film est tourné, mais on ne sait plus où donner de la tête et le scénario nous perd.
Mais, comme dans bon nombre de films musicaux, la scène finale est d’une puissance et d’une fraîcheur spectaculaire. On se délecte du morceau, et les acteurs s’offrent à nous comme jamais. Tous réunis, ils parviennent à se livrer par un simple regard, un sourire en coin ou une larme sur la joue. Born to be blue est un drame prenant, mais trop peu travaillé esthétiquement pour en faire un biopic mémorable, alors que l’histoire de Chet Baker, qui sera accroc à l’héroïne toute sa vie, est pourtant passionnante, et il est bon de parfois découvrir l’envers du décor, afin de nous faire aimer davantage un artiste qui n’a jamais su se trouver.
Un demi-siècle après avoir enregistré les chansons My Funny Valentine et Let’s Get Lost, sa voix douce et désarmante sonne toujours de manière aussi étrange et obsédante. Cette délicatesse hypnotisante reste gravée à jamais dans l’histoire du jazz…
Born to be blue, réalisé par Robert Burdreau, avec Ethan Hawke, Carmen Ejogo, Callum Keith Rennie… est déjà sorti dans de nombreux pays et sortira prochainement en France.
Gomorra Saison 2 : de belles audiences en perspective pour Canal +
Alors que la chaîne cryptée semble traverser une véritable crise et une tempête médiatique depuis l’arrivée de Vincent Bolloré selon de nombreux observateurs du monde des médias (le malaise au Grand Journal, le licenciement de Maïtena Biraben, les modifications en profondeur des Guignols de l’Info, le départ de Yann Barthès du Petit Journal ou bien encore l’arrêt de l’émission d’enquêtes Spécial Investigation), le groupe Canal + n’oublie pas ses missions principales : proposer une très belle grille de rentrée pour ses abonnés avec une offre de films et de fictions télévisées de qualité, en plus de sa participation active avec les nombreuses créations originales (le retour de Braquo et du Bureau des légendes) ou bien encore avec le financement de l’industrie du cinéma à travers Studio Canal. Un spot diffusé récemment sur la chaîne vient de rassurer tous les amateurs de séries : Gomorra est de retour pour la saison 2, diffusée en exclusivité sur Canal +, en cette rentrée 2016.
Cette série policière d’une rare intensité dresse un portrait sans concession de la mafia napolitaine, de l’économie parallèle liée au trafic de stupéfiants, des nombreux jeux de pouvoir pour le contrôle des territoires, de l’emprise de la mafia dans d’autres pays comme en Espagne et de la violence ordinaire qui règne dans les quartiers déshérités de Naples. Gomorra est adapté du livre du journaliste Roberto Saviano. Il est menacé de mort par de nombreuses organisations criminelles mafieuses depuis la parution de son enquête dans cet ouvrage. Il vit au quotidien sous protection policière. Matteo Garrone avait adapté Gomorra pour la première fois, en 2008, dans un long-métrage.
On retrouve au casting de cette série italienne Marco d’Amore (Ciro Di Marzio), Fortunato Cerlino (Pietro Savastano), Salvatore Esposito (Genny Savastano), Maria Pia Calzone (Immacolata Savastano) ou bien encore Marco Palvetti (Salvatore Conte).
Cette nouvelle salve d’épisodes de Gomorra,qui s’apprête à être diffusée sur Canal +, est la suite directe de la première saison. La lutte acharnée et territoriale entre le clan Savastano, Salvatore Conte et Ciro Di Marzio risque de ne pas laisser les téléspectateurs français indifférents. Cette nouvelle saison s’annonce titanesque !
Canal + a révélé la date de diffusion des deux premiers épisodes de la saison 2 sur son antenne : le Jeudi 29 Septembre 2016 à 20h55.
L’intégralité de la saison 2 sera disponible à la demande, via l’interface MyCanal, dès la diffusion des premiers épisodes. Il faudra donc éviter de consulter les réseaux sociaux français afin de ne pas lire malencontreusement de nombreux spoils et des révélations sur l’intrigue de cette nouvelle mouture de Gomorra qui seront dévoilés par les internautes qui auront effectué assez rapidement un marathon de tous les épisodes de la saison 2.
Il y a quelques mois en Italie, le succès de cette nouvelle saison de Gomorra a été considérable. Les mésaventures des mafieux napolitains ont attiré chez nos voisins transalpins plus de spectateurs que la série Game Of Thrones. Cette réussite d’audience en Italie a permis d’assurer l’avenir de ce programme : les saisons 3 et 4 deGomorraont été confirmées et sont en cours d’écriturecomme nous vous l’indiquions il y a quelques mois. Les fans du monde entier sont aux anges.
Verdict donc le 29 Septembre sur Canal + pour cette nouvelle saison deGomorra.
A la manière de François Hollande et de sa volonté d’inverser la courbe du chômage, Vincent Bolloré pourrait, avec Gomorra, redonner des couleurs au groupe Canal + en inversant la spirale négative concernant le nombre d’abonnés, en berne ces derniers mois, face à la multiplication des offres sur le même secteur (Netflix, FnacPlay, les plateformes de VOD, sans même parler du téléchargement illégal ou des sites de streaming…). Les amateurs de série policière sont gâtés sur les antennes de Canal + pour cette rentrée, en plus de la saison 2 de Gomorra, la saison 4 de Braquo sera diffusée dès le Lundi 12 Septembre 2016.
A partir de ce 7 septembre, le Forum des Images accueille le 22ème Étrange Festival, rendez-vous annuel des amateurs de cinéma alternatif.
Après que le président d’honneur, notre cher Alejandro Jodorwsky, ait déclaré ouvert le Festival, dans un petit discours faisant (comme il sait si bien le faire) l’apologie de la liberté artistique, la première séance a été précédée d’un court métrage d’animation. Réalisé par l’espagnol Alberto Vaquez, qui exploite ainsi ses propres bandes-dessinées, Decorado, est une création éminemment étrange, à la fois drôle et déprimante. Ça a ensuite été au tour du fils du président d’honneur de venir présenter le premier film de la compétition, dont il tient l’un des rôles principaux.
The Darkness, du mexicain Daniel Castro Zimbrón nous a donc été présenté en avant-première mondiale en guise d’ouverture. Un film étrange, comme on les aime, qui nous plonge dans un univers post-apocalyptique dont on ne saura finalement rien. Tout le malaise est là, dans le peu d’informations que nous permet de récolter le scénario sur le contexte dans lequel il nous place. Tout est vu par le prisme du regard d’un jeune garçon qui vit cloitré dans une cabane avec sa sœur et son père (Brontis Jodorowsky, réellement angoissant), et dont on ira jusqu’à partager les pires cauchemars. Dehors rôde une menace, un monstre certes bruyant mais que l’on ne verra jamais. Autant dire que le réalisateur sait soigner le pouvoir de suggestion du hors-champ, mais aussi l’ambiance oppressante de ce huis-clos survivaliste magistralement tourné en lumière naturelle. Une atmosphère étouffante qui va peu à peu devenir presque malsaine car plus le film avance plus il réussit à semer le doute quant à la réalité même de cette créature. La menace ne serait-elle alors ce père ultra-protecteur ? Serait, à l’instar des parents de Canine, l’instigateur d’un terrible mensonge, ou alors est-il bel et bien ce père bienveillant qu’il prétend être ? Une question que pourrait finalement se poser tous les enfants en pleine adolescence… mais dans une perspective moins horrifique, espérons-le.
Agnieszka Smoczyńska signe avec The Lure un premier film inabouti mais pleins de belles promesses. Passé une première partie envolée et plutôt originale, le film prenant très vite la forme d’une comédie musicale, le tout s’essouffle dans un deuxième acte qui s’embourbe dans ses références -il est difficile de ne pas penser par moments à une version sous acide de Under the Skin– et qui ne transcende pas son matériel. Faire un conte macabre teinté d’humour noir en mode musical était une bonne idée, mais le cœur du récit est très plan-plan au point d’en être prévisible. C’est une œuvre féministe comme on en voit assez souvent ses derniers temps, mais ici l’inventivité et la surprise en moins, le film accumulant même certains clichés. Après Smoczyńska peut compter sur un casting particulièrement convaincant et s’impose comme une formaliste talentueuse. Du somptueux générique de début à la fin très poétique -belle même mais un brin trop attendue- le film est visuellement superbe et transpire la maîtrise et les bonnes idées de mise en scènes. De quoi être vraiment marquant si le tout n’étant pas handicapé par un scénario assez pauvre.
Même si il est peu connu en France, Sono Sion est un metteur en scène qui n’a plus rien à prouver. Non seulement il est un des réalisateurs japonais les plus prolifiques en activité -il a fait pas moins de 6 films en 2015- mais il s’est imposé avec des œuvres comme Guilty of Romance ou Strange Circus, en incroyable cinéaste féministe. Ici, il revient taper fort avec son Antiporno, un revival de sous-genre du cinéma japonais, le Pinku eiga, aussi appelé Roman porno pour son caractère très érotique. On aurait pu craindre que le film fasse partie des œuvres plus consensuelles du réalisateur, qui aurait du se plier à un cahier des charges mais il n’en est rien. Sono Sion signe non seulement son œuvre la plus barrée mais aussi sa plus féministe. Pointant du doigt comme à son habitude les traditions étouffantes de la famille japonais et le patriarcat, il va s’affranchir de toute barrières narratives pour mettre le spectateur fasse à la détresse dans sa forme la plus brute. L’œuvre s’apparente à un portrait de femme aussi magnifique que troublant mais surtout déchirant. Le personnage comme le spectateur et mis face à ses pulsions, ses névroses, son besoin d’être valorisé, aimer par les autres ; son envie d’être vu. Sion brosse une réflexion intéressante sur l’image et la femme en tant qu’objet d’art, où il confronte le spectateur à son propre regard sur la femme. Ici, l’actrice ne peut échapper à notre regard et le cinéaste résume par cette état de fait, tout l’oppression qu’elle subit. Le tout n’est qu’un chaos constant qui s’apparente par moments à une vraie naissance, celle d’une femme, d’une oeuvre et la renaissance d’un genre. Il s’accouche dans la grâce comme dans la douleur montrant sans détour tout ce qui rend l’humain abject mais aussi resplendissant. Il appuie son propos par une mise en scène posée, hyper symbolique -surtout dans l’utilisation de l’espace, des arrières plans et des couleurs- et d’une virtuosité qui laisse souvent pantois tout comme l’interprétation renversante d’Ami Tomite, véritable révélation, qui trône sur un casting impeccable. Une leçon de cinéma.
The Attack of the Lederhosenzombies est, comme son titre l’indique une variation 100% autrichienne des habituels films de zombies. Dans un esprit très proche de Dead Snow, Dominik Hartl fait se confronter une bande de jeunes snowboarders désinvoltes à des rednecks tyroliens, accidentellement transformés en bouffeurs de cerveaux. De cette situation relativement convenue nait tout un tas de péripéties agréablement what the fuck, à commencer par l’étrange réaction de ces créatures à la musique. Probablement une façon pour le réalisateur viennois de se moquer de la coutume compulsive de ces montagnards liée à la danse. Mais le film est avant tout une belle histoire d’amour, vécue par un jeune homme, une star du surf immature, qui doit prouver à sa copine qu’il sait garder la tête sur les épaules, et quoi de mieux pour ça que d’affronter une horde de morts-vivants carnivores ? Par moments ouvertement nanardesque, cette petite comédie horrifique bis n’en reste pas moins truffée de bonnes idées comiques, pas forcément exploités avec la plus grande subtilité qui soit, mais qui plairont aux amateurs de gore burlesque et de snowbord.
Egalement diffusés ce jour, deux documentaires : The Sion Sono, sur le réalisateur nippon d’Antiporno et Mapplehorpe, consacré au photographe Robert Mapplethorpe.