Sortie DVD : Vendeur, réalisé par Sylvain Desclous.
Synopsis : Serge est l’un des meilleurs vendeurs de France. Depuis 30 ans, il écume les zones commerciales et les grands magasins, garantissant à ses employeurs un retour sur investissement immédiat et spectaculaire. Il a tout sacrifié à sa carrière. Ses amis, ses femmes et son fils, Gérald, qu’il ne voit jamais. Et sa santé. Quand Gérald vient lui demander un travail pour financer les travaux de son futur restaurant, Serge hésite puis accepte finalement de le faire embaucher comme vendeur. Contre toute attente, Gérald se découvre un don.
Réalisateur : Sylvain Desclous
Casting : Gilbert Melki, Pio Marmai, Christien Hecq, Sara Giraudeau…
Distribution France : Bac Films
L’avis de la rédaction à propos de Vendeur : Pour un premier long-métrage, Vendeur se révèle être agréable et intéressant. Porté par un binôme qui remplit son travail, avec un Gilbert Melki qui quitte ses rôles caricaturaux de comédies françaises, on regrettera tout de même les facilités scénaristiques qui commencent à se faire lassantes dans le cinéma dramatique français actuel. Sylvain Desclous livre un premier film prometteur, et on ne peut que se demander ce que le réalisateur nous proposera dans le futur.
Critique à retrouver dans son intégralité ici.
Caractéristiques techniques du DVD : DVD-9 – Zone 2 – PAL – Format film 1.85 (16/9 compatible 4/3) – Couleur – Langue : français – Sous-titres : français – Stéréo et 5.1 – Durée : 1h29 minutes
En terme de bonus : Le DVD contient un entretien complet avec le réalisateur, Sylvain Desclous, mais c’est également l’occasion de découvrir ou de revoir les courts-métrages du jeune réalisateur. Ainsi, vous pourrez apprécier Mon héros, d’une durée de 30 minutes, ainsi que Le monde à l’envers, d’une durée de 37 minutes.
Transpecos, un thriller dans le Nouveau-Mexique où la drogue fait loi pour le premier long-métrage de Greg Kwedar, en Compétition Officielle.
Synopsis : Dans un coin reculé du désert américain, trois agents de la police des frontières tiennent un poste de contrôle : Flores, qui a un véritable don pour prendre en chasse les véhicules suspects, Davis, qui a rejoint la patrouille pour séduire les femmes et monter à cheval et Hobbs, un agent de la vieille école convaincu qu’un diplôme universitaire ne peut arrêter une balle. Le quotidien des trois hommes va basculer à tout jamais à l’occasion du contrôle de routine d’un véhicule suspect, qui mettra au jour les terribles secrets enfouis d’un poste frontière en apparence tranquille…
Pour son premier long-métrage, le réalisateur américain Greg Kwedar nous emmène dans le désert aride du Nouveau Mexique et nous immerge dans le quotidien de gardes frontières États-Unis/Mexique. Si le thème abordé n’est pas très novateur, la suite du récit ne l’est pas non plus. Les trois hommes, qui sont presque les seuls personnages du film (des rôles secondaires apparaissent à de très courts moments), sont des personnages que l’on pourrait qualifier de lieu commun du film policier/thriller avec un flic naïf, un flic corrompu, un flic dur qui tentent d’impressionner les nouveaux venus, bref, des protagonistes vus et revus qui peinent à impressionner le spectateur. On aurait préféré des caractéristiques plus spécifiques ou un tant soit peu originales. Et c’est bien dommageable tant notre trio principal est bon et crédible.
Malgré un très bon commencement, avec une intrigue qui se met en route progressivement, sans trop en dévoiler, une fois les ficelles décelées, tout est bien trop prévisible, voire surfait. On peine à être surpris par les actes, les pensées, les impressions de nos protagonistes. Transpecos est un film sur la lutte, car chaque policier se cherche, et prend conscience au fur et à mesure qu’il préfèrerait être ailleurs que dans le désert du Nouveau-Mexique. A cela viennnent se mêler la drogue et les cartels mexicains, également lieu commun de bon nombre de films policiers se déroulant dans le sud des États-Unis. Tout le potentiel de la première demi-heure se voit gâché par des facilités scénaristiques que Greg Kwedar et ses scénaristes ont suivi, sans complexifier leur récit. Il y a un travail sur la caractérisation des personnages, mais il est bien trop superficiel pour compenser le manque d’originalité du récit.
Tout n’est pas à jeter, loin de là ! La photographie est certes simple, mais les décors offerts par le Nouveau Mexique et ses massifs rocheux renvoient directement à la carte postale américaine que l’on peut avoir en tête. Les couchers de soleil sont magnifiquement utilisés et donnent lieu à des scènes fortes cinématographiquement. Des ombres surviennent, les détails disparaissent, ne restent plus que des silhouettes englobées par des paysages merveilleux, à la manière de certains plans de Sicario, réalisé par Denis Villeneuve. Il faut savoir que le tournage de Transpecos n’a duré que 16 jours, et que tous les plans sont tournés en décors naturels, avec 38 séquences sur 40 tournées en extérieur. L’équipe technique était donc à la merci du jour et de la nuit, et devait se contraindre au climat, mais également aux faits climatiques, comme les tempêtes de poussière qui ont pu venir déranger le tournage.
Transpecos est un film sympathique, bien que déjà vu, mais très vite oublié. On gardera en mémoire la performance de nos trois acteurs principaux, ainsi que quelques images sublimes qui imprègnent la rétine.
Transpecos, réalisé par Greg Kwedar, avec Johnny Simons, Gabriel Luna, Clifton Collins Jr. … ce film sort fin 2016 ou début 2017.
Avec Sing Street, John Carney fait danser les festivaliers de Deauville et leur donne du baume au coeur.
Après Once et New-York Melody, John Carney continue dans sa lignée musicale et vient présenter Sing Street en Compétition Officielle, l’occasion de proposer le film pop du festival et de faire bouger les festivaliers, tout en leur redonnant le sourire.
Synopsis : Dublin, années 80. La pop, le rock, le métal, la new wave passent en boucle sur les lecteurs K7. Conor, un lycéen dont les parents sont au bord du divorce, est obligé de rejoindre les bancs de l’école publique. Il se retrouve au milieu d’élèves turbulents qui le malmènent. Afin de s’échapper de cet univers violent, il n’a qu’un objectif : impressionner la plus jolie fille du quartier, la mystérieuse Raphina. Il décide alors de monter un groupe et de se lancer dans la musique, univers dans lequel il ne connait rien ni personne, à part les vinyles de sa chambre d’adolescent. Afin de la conquérir, il lui propose de jouer dans son futur clip.
Qu’on se le dise d’emblée, la première heure de Sing Street est géniale et pleine de bonnes idées. Les protagonistes principaux sont tous excellents et John Carney parvient à faire de chacun d’eux des êtres uniques, au tempérament bien trempé. Le casting est à la hauteur des espérances que l’on pouvait porter au film, avec des mentions spéciales pour Lucy Boynton, qui resplendit, et qui a littéralement charmé le public du Festival de Deauville, ainsi que Ferdia Walsh-Peel, qui s’affirme comme un acteur prometteur. Mais il est important de souligner que les rôles secondaires font aussi tout le charme du long-métrage, que ce soit les membres de la famille de Cosmo ou les membres du groupe Sing Street. Les compositions musicales spécialement conçues pour le film sont toutes très réussies, avec une préférence pour « The Riddle of The Model », qui n’est qu’un rappel de la musique des années 80, que ce soit Depeche Mode ou Duran Duran. On se délecte également des autres chansons, mais elles s’avèrent beaucoup plus innocentes, candides et bien moins entrainantes, les paroles n’étant que la retranscription des complications amoureuses que traversent notre héros. La scène du bal, bien que très réussie et parfaitement mise en scène, perd en vitalité et en énergie par ce slow qui fait virer Sing Street dans un pathos dont on aurait pu se passer. Certes les protagonistes sont dans la fleur de l’âge, ils ne cessent de se chercher et découvrent leur premier amour, mais l’énergie pop des premières minutes est tellement entrainante qu’on regrette un peu qu’elle soit interrompue par des musiques beaucoup plus moroses.
La construction du récit de John Carney est bonne, on aime à se joindre à ces jeunes gaillards dans la création de leur groupe de musique « futuriste », mais les ficelles sont trop grosses et tout est bien trop prévisible. Si l’on s’appesantit sur la dimension amoureuse de l’oeuvre, tout est offert trop rapidement, et le côté « gentillet » de l’oeuvre peut très vite agacer. L’univers très british de Sing Street, semblable à Pride ou We Want Sex Equality, écarte ici toutes formes de difficultés, si ce n’est la complexité de s’intégrer à une nouvelle bande et de trouver sa place dans une nouvelle école, où on se marche les uns sur les autres. Cependant, les touches humoristiques sont nombreuses et très réussies, certaines scènes étant vraiment un reflet absurde de l’époque, avec des personnages qui ne peuvent qu’être enthousiasmants de par leur naturel. Malheureusement, la fresque familiale de Cosmo n’est, elle, que partiellement construite et n’est pas assez élaborée pour être réellement plaisante. On comprend le souhait de notre héros de se détacher de ses parents et de vivre ses rêves, mais qu’apporte réellement l’instabilité du couple parental de Cosmo à l’intrigue ? Certes, elle permet une caractérisation plus poussée du bonhomme, mais elle n’est pas toujours très bien amenée.
Mais qu’on ne s’y méprenne ! Sing Street est un vrai bon moment de cinéma, qui plaira aux petits et aux grands, à en croire la standing-ovation à la fin de la séance durant le Festival de Deauville. C’est le sourire aux lèvres que les spectateurs sortaient de la salle, certains allant jusqu’à chantonner les différents airs du film.
Sing Street, réalisé par John Carney, avec Lucy Boynton, Ferdia Walsh-Peel, Aidan Gillen ou encore Jack Reynor, sortira au cinéma le 26 octobre 2016.
Nouveau drama historique produit par ITV, Victoria peine à convaincre avec deux premiers épisodes pétris de bonnes intentions, mais surtout bourrés de défauts. L’écriture est maladroite et l’intérêt historique tout à fait relatif.
Synopsis: Le début de la vie adulte de la Reine Victoria, de son arrivée sur le trône à l’âge de 18 ans en passant par ses premiers émois et son mariage avec le Prince Albert.
Après le succès surprenant mais indiscutable de Downton Abbeyet celui, plus relatif, de Mr. Selfridge (sur « l’inventeur » des grands magasins), la chaîne anglaise ITV semble avoir trouvé dans le « drama victorien » un filon prometteur. Il ne manquait qu’une pierre à l’édifice : raconter les prémices de cette ère charnière dans l’histoire anglaise, qui ne cesse de fasciner encore aujourd’hui, tant elle fût un terreau fertile pour de nombreuses révolutions à la fois scientifiques, artistiques et sociales. Le projet est simple, revenir sur les jeunes années de celle qui prête son illustre nom à cette période à cheval entre le XIXe et le XXe, la reine Victoria. La longueur de son règne (63 ans tout de même) et les bouleversements sociaux qui l’accompagnent semblent au premier coup d’œil une base solide pour créer un nouveau drama à succès reprenant des éléments des Tudors, pour les guerres intestines entre héritiers de la couronne, et de Downton Abbey pour la représentation des mœurs. Ajoutons à cela une direction artistique léchée qui insiste bien sur le budget costume et coiffure et le plan semble parfait. Sauf que devant le produit fini, la chute est brutale tant les intentions de base semblent trop évidentes.
Le long pilote d’une heure dix pose rapidement une dichotomie assez lourdingue entre les manigances politiques d’un coté et les crêpages de chignons des domestiques du palais de l’autre. Les transitions d’un univers à l’autre se font brusquement (tout le monde n’est pas Robert Altman), parfois sans transition. Le premier a pour but de faire un cour d’histoire assez synthétique sur les traditions et les relations politiques de l’époque, le second insiste sur les innovations techniques reçues avec méfiance par le peuple (l’installation des lampes à gaz occupant une bonne partie du temps des domestiques). Pris séparément, ces deux ensembles pourraient avoir un intérêt, mais mis dos à dos, ils s’étouffent l’un l’autre. Les magouilles des aristocrates paraissent simplistes et grossières, tandis que les actions des serviteurs semblent tout aussi viles qu’incompréhensibles. Le personnage du chambellan semble, à cet égard, particulièrement fantaisiste, usant et abusant de ruses pour ennuyer sa supérieure. Ce qui dans n’importe quelle bonne maison lui vaudrait un renvoi manu militari passe étonnamment inaperçu au palais royal. Toujours est-il que les deux groupes semblent ne pas appartenir au même monde narratif et c’est là que la série pêche le plus. Si dans Downton Abbey l’aspect « musée vivant » donnait à un univers de soap opéra rigide une pâte ludique qui décoinçait un peu la série, ici cela parait hors de propos. Déjà l’ambition de « faire comme Downton » est trop flagrante, mais surtout il est extrêmement difficile de ressentir de l’empathie pour ces trois bonnes, deux valets et un cuistot qui évoluent en coulisses, ceux-ci ne partageant que très peu de moment avec leurs illustres employeurs.
Mais le problème majeur de Victoria tient finalement à sa figure centrale. L’ère victorienne est passionnante à étudier pour de nombreux aspects : l’industrialisation massive du pays, le décuplement de l’empire anglais en outre mer, l’émulation artistique (en particulier en littérature avec des figures incontournables tel Charles Dickens, Bram Stoker ou les sœurs Brontë) ou le développement de théories scientifiques majeures (Darwin entre autres). Nous pourrions également citer l’évolution des mœurs qui tendent vers un puritanisme assez répressif, les transformations de style et mode ou encore le folklore découlant directement des théorie sur le spiritisme très en vogue à l’époque etc. Le moment est intéressant, son « prête-nom » beaucoup moins. Quelques recherches simplistes suffisent à mettre à jour ses repères historiques. Le règne de Victoria fût long, mais son influence réelle sur le monde reste toute relative. Lorsqu’elle s’assied sur le trône, le Royaume-Uni est déjà une monarchie constitutionnelle bien établie où la figure royale n’a que peu de pouvoir. La reine n’est finalement que le symbole, pas l’architecte. Ainsi les complots de la famille proche pour destituer la jeune monarque, en plus d’être grossièrement traités, sont finalement peu intéressants (on accuse l’une d’être folle, l’autre d’être enceinte, on veut remplacer les dames de compagnie etc). La série voudrait nous montrer une jeune femme qui s’affirme face à une société machiste, mais ne réussit qu’à nous montrer une petite fille un peu trop capricieuse qui s’éprend rapidement de son premier ministre, le romantique et ténébreux Lord Melbourne.
Les acteurs n’y changeront rien. Jenna Coleman (Doctor Who) s’efforce de rendre son personnage sympathique en vain, tandis que les « méchants » affichent des trognes grotesques qui ferait passer les traités de phrénologie pour des études sérieuses. Mentions spéciales aux cousins prussiens qui nous gratifient d’un accent germanique du plus bel effet, ajoutant à l’ensemble une petite touche de xénophobie du plus mauvais goût (l’ennemi extérieur et ce genre de choses). Seul Rufus Sewell (Dark City, Chevalier) sort son épingle du jeu dans le rôle du mentor Lord Melbourne, qui apparaît ici bien moins intéressé que son alter ego historique (qui avait lancé rien de moins que les guerre de l’opium). Tout ce beau monde tente de survivre dans une reconstitution qui va du correct (coiffure et costume) au franchement dégueulasse (reconstitution 3D des décors et des foules qui feraient pâlir de honte le département effet spéciaux de Syfy).
Malgré ses ambitions, difficile de voir en Victoria une héritière crédible aux drama historiques majeurs de la télévision anglaise. Pour l’instant, la série n’a ni l’élégance de Downton Abbey, ni le charme sulfureux des Tudors, et encore moins l’intérêt historique de l’une ou l’autre.
Victoria : Bande annonce
Victoria: Fiche Technique
Titre original : Victoria
Date de sortie : 2016
Crée par Daisy Goodwin
Nationalité : anglaise
Réalisation : Tom Vaughn, Oliver Blackburn, Sandra Goldbacher
Scénario : Daisy Goodwin, A.N Wilson
Interprétation : Jenna Coleman, Rufus Sewell, Paul Rhys, Peter Firth…
Musique : Ruth Barrett
Costumes : James Keast
Production: ITV
Diffusion : ITV1
Budget : NR
Genre : Drame, historique
Épisodes: 8 épisodes de 45min (Pilote 1h10)
James Franco adapte un autre classique de la littérature américaine, In Dubious Battle (En un combat douteux) de John Steinbeck
Pour le troisième hommage de l’édition 2016 du festival, Deauville met la main sur une valeur sûre du cinéma américain actuel. Aussi bien réalisateur qu’acteur, James Franco arrive sur le tapis rouge normand cheveux longs et moustache de biker, de quoi faire chavirer le cœur de plus d’une demoiselle. Mais outre l’hommage qui lui est rendu, avec une rétrospective de sa filmographie (Spring Breakers, Harvey Milk, 127 heures, Tandis que j’agonise…), le festival offre aux spectateurs la possibilité de découvrir en avant-première In Dubious Battle, nouveau né de James Franco, qu’il réalise, mais dans lequel il joue également. Un pari osé, avec ce risque de déplaire aux fans de Steinbeck qui se montrent intransigeants si l’on songe déformer un tant soit peu l’œuvre originale.
Lors de la conférence de presse, c’est la mine sérieuse et parfois le sourire en coin que James Franco nous fait part de son amour pour la littérature et de son souhait d’adapter des œuvres issues du patrimoine littéraire américain. Pour lui, qui d’autre que Steinbeck peut aussi bien représenter les classiques américains ? Lorsqu’on lui demande s’il se retrouve dans son personnage d’In Dubious Battle, il nous explique qu’il n’a jamais été engagé politiquement, mais qu’il s’est toujours senti concerné par les conditions de vie des classes défavorisées.
James Franco ne peut que nous mettre l’eau à la bouche lorsqu’il parle de son nouveau long-métrage, mais est-il à la hauteur de nos espérances ?
Adapter Steinbeck n’est pas chose aisée selon les fans de l’auteur, à savoir donc que cet avis est écrit sans avoir connaissance de l’œuvre originale, et ne se base que sur le film en lui-même.
Synopsis : En Californie, dans la vallée de Salinas plantée de vergers, neuf cents ouvriers migrants se soulèvent « en un combat douteux » contre les propriétaires terriens. Tirant sa force de chacun des individus qui le composent, le groupe a pour meneur un certain Jim Nolan dont l’idéalisme tragique conduit les grévistes à avoir désormais le courage de « ne plus jamais se soumettre, de ne plus jamais céder ».
In Dubious Battle, par son contexte historique, est un film d’époque réussi. Les années 30 sont parfaitement exposées, et tous les éléments sont réunis pour rendre le propos crédible, que ce soit les costumes, les décors, mais aussi les rapports humains et le pouvoir hiérarchique entre exploitants et exploités. In Dubious Battle, comme son titre l’indique (En un combat douteux, si l’on traduit littéralement), est un film sur la lutte et sur le conflit, avec ce désir de grève qui ronge les travailleurs. Les acteurs portent parfaitement les relations humaines qui sont le cœur de l’œuvre, où certains s’affrontent, se repoussent, mais s’aiment également. On soulignera l’excellente prestation de Vincent D’Onofrio (bientôt dans Les 7 Mercenaires), qui parvient à dégager une force d’interprétation que ce soit dans les discours devant des assemblées, mais aussi dans sa propre lutte personnelle par sa prestance. James Franco se détache de plus en plus de son image de « beau gosse Hollywoodien » et se salit de plus en plus les mains, avec ici une prestation brute, sans aucun artifice. On se désintéressera plus des prestations de Selena Gomez et Nat Wolff qui nous apparaissent comme bien naïves et trop peu rodées face au contexte historique complexe. Enfin, on se délectera des quelques apparitions de grosses pointures américaines tel que Bryan Cranston, Ed Harris, Robert Duval, Zach Braff ou encore Sam Shepard. Il y a donc du beau monde à l’affiche du nouveau film de James Franco.
D’un point de vue technique, rien de neuf sous les tropiques. James Franco s’est contenté d’un strict minimum afin de s’assurer de la compréhension du récit par le spectateur. La photographie de James Franco et de son chef opérateur met en exergue les acteurs, les faisant valoir comme les piliers du récit.
Si l’on devait souligner de petits défauts techniques, on dégagerait celui du montage, qui n’est qu’enchainement de fondus en tous genre entre les plans, et qui se montre foireux lors des flash-backs, notamment ceux finaux. La fin du récit, pourtant intense et majeure, est bien mal amenée par le montage. Le propos est captivant, mais l’intensité dramatique est considérablement affaiblie, faute à des choix trop brouillons.
In Dubious Battle, réalisé par James Franco, avec Selena Gomez, Nat Wolff, Robert Duval, Vincent D’onorio, Bryan Cranston et Ed Harris sortira courant 2017.
Premier long métrage du réalisateur New Yorkais Michael O’Shea, Transfiguration a plombé l’ambiance à Deauville avec une histoire de vampire dérangeante et hypnotique. Avec un style léché associé à une approche ultra moderne, le cinéaste dépoussière le mythe pour créer un monstre troublé et bien ancré dans la réalité.
Peur bleue, globule rouge
Dans le Queens, à New York. Milo a quatorze ans. Orphelin, ignoré par ses camarades de classe et malmené par les élèves plus âgés, son seul refuge est l’appartement qu’il partage avec son grand frère. Solitaire, il passe son temps à regarder des films de vampire et cache un lourd secret. L’arrivée d’une nouvelle voisine, Sophie, fera naître en lui des sentiments inédits.
On se souvient des vampires rocks et élégants incarnés par Tilda Swinton et Tom Hiddlleston dans le Only lovers left alivede Jarmusch, ici Michael O’Shea joue la carte du film de genre en n’oubliant jamais de faire sursauter, mais comme son homologue, il s’inspire de ce folklore pour nous confronter à notre propre mortalité. Milo (Excellent Eric Muffin) n’a jamais été mordu, il ne craint pas la lumière du jour, et il ne dort pas dans un cercueil, on est bien loin de Murnau et son terrifiant Nosferatu que l’adolescent regarde sur son ordinateur. Une bonne histoire de vampire selon lui se juge par son réalisme, sa capacité à retranscrire la pulsion tueuse et cette indescriptible envie de sang. Il se délecte donc de vidéos d’abattoir ou de chasse animale. Asocial, Milo l’est forcément; pourtant il parvient à nouer une relation amoureuse avec une adolescente qui habite dans son immeuble. Le cinéaste filme alors, selon ses mots, « la magie de se découvrir » qui ouvre forcément sur le pouvoir de se détester. Dans ce sens le profil de Milo dressé par Michael O’Shea nous fait penser, des années en arrière, à un M définitivement maudit ; en totale ambivalence entre leurs soumission à leur propre mal et l’horreur qu’ils propagent à travers la ville.
Evidement ce vampirisme se prête à toute sorte d’allégorie, religieuse ou sociale. La banlieue du Queens n’est pas un lieu anodin, le titre tout droit sorti de la Bible ne l’est pas non plus. Avec un scénario audacieux, et quelques idées très lugubres, Transfiguration n’est pas le film que l’on attendait, et ce pour le plus grand bien du cinéma d’horreur. Sa photographie et sa bande originale nous remémore It Follows (David Robert Mitchell), également en compétition à Deauville il y a 2 ans, et son casting nous a convaincu. A voir !
Réalisé par Michael O’Shea, ce film d’horreur est distribué par ARP Sélection avec Danny Flaherty, Lloyd Kaufman, James Lorinz, Victor Pagan, Eric Ruffin, Chloe Levine, Aaron Moten, Carter Redwood…
Transfiguration a été présenté dans la section Un Certain Regard et nominé à sept reprises lors de la 69e édition du Festival de Cannes (Prix du scénario, la Caméra d’Or, le Prix Spécial du Jury et le Prix de la mise en scène….)
Après Venise et Deauville, direction le Canada avec le Festival International du Film de Toronto (TIFF), qui fête cette année ses quarante ans.
Ce festival non compétitif, véritable marché du film, est souvent considéré comme l’antichambre des Oscars, à l’instar des Golden Globes. Occasion pour les professionnels et les cinéphiles de découvrir les films qui feront la tendance de cette rentrée. L’édition 2016, qui se déroulera du 8 au 18 septembre, affiche une sélection foisonnante qui réunit plus d’une centaine de longs métrages, dont certains ont déjà été présentés à Sundance, Cannes ou encore Venise. Pourtant, le catalogue du TIFF affiche également quelques nouveautés inédites : zoom sur les films les plus prometteurs de cet événement majeur.
Un remake de remake en ouverture
Après Les Sept Samouraïs de Kurosawa en 1954, son adaptation américaine de John Sturges quatre ans plus tard et sa série dérivée, Les Sept Mercenaires s’offre une énième jeunesse sous la houlette d’Antoine Fuqua. Le cinéaste, connu pour ses productions musclées (Training Day, Shooter, La Rage au ventre) s’attaque à un grand classique du western en mettant en scène un groupe de « badasses » hollywoodiens en quête de justice. Porté par Denzel Washington, Chris Pratt ou encore Ethan Hawke, le blockbuster s’offre même Lee Byung-hun, une vedette sud-coréenne spécialisée dans les arts martiaux. Avec un casting de renom et un style qui décoiffe, cette superproduction aux accents de film d’action, qui sera présentée en ouverture, risque fort de dynamiter le festival qui va démarrer sur les chapeaux de roues !
Des producteurs prestigieux
Si le fameux réalisateur italo-américain Martin Scorsese ne signe pas de film cette année, cela ne l’empêche pas pour autant de se montrer très actif en coulisses, puisqu’il est le producteur exécutif de Bleed for This et Free Fire, deux longs métrages qui seront présentés à Toronto. Tandis que le premier s’impose comme un rise and fall qui met en vedette Miles Teller dans la peau d’un boxeur à la carrière foudroyante frappé en pleine ascension par un accident de voiture quasi-fatal, le second, signé Ben Wheatley, s’apparente plutôt à un mélange entre comédie noire et thriller d’action où se croisent trafiquants d’armes et activistes de l’IRA, avec Brie Larson en prime. Autres producteurs de poids, Harvey Weinstein, qui va tenter de rafler un Oscar avec Lionde Garth Davis ; et Brad Pitt, dont la société Plan B a participé à la production de Moonlight, un puissant récit d’apprentissage dont l’action se déroule en Floride.
Un festival engagé
Cette année, le TIFF met le documentaire à l’honneur avec ABACUS: Small Enough To Jail, un film sursur la crise financière. Réalisé par Steve James, le projet remet en cause le rêve américain en fustigeant le système bancaire de tout un pays et met en lumière les dérives d’une politique économique néfaste. Mais la finance n’est pas le seul sujet qui sera débattu lors du festival, puisque le cinéaste Werner Herzog revient quant à lui avec un documentaire écologique et environnemental sur les volcans, justement intitulé Into the Inferno. Autre moyen de s’engager : la fiction politique. Cette année, entre The Promise, qui revient sur la Première Guerre Mondiale et le génocide arménien ; et American Pastoral, le premier film d’Ewan McGregor adapté du roman de Philip Roth dont l’intrigue se déroule sur fond de terrorisme politique dans les années 60, le festival n’a pas peur de se mouiller en abordant des thèmes sensibles. Pour preuve, le biopic sur le très controversé Snowden sera également projeté, occasion peut-être pour Oliver Stone de signer un retour gagnant dans un registre qu’il affectionne : le film engagé (JFK ; Né un 4 Juillet…). Enfin, la pédophilie, problématique délicate, sera aussi portée à l’écran dans le drame Una, où Rooney Mara campe une jeune femme en quête de son bourreau (Ben Mendelsohn).
Une petite touche dark
Le néo-noir connaît manifestement un regain de popularité depuis quelques années, tendance qui se confirme avec la présence au catalogue de deux thrillers sombres. D’une part, on aura l’occasion de suivre Riz Ahmed (The Night Of) dans une plongée au fin fond des entrailles de la pègre londonienne avec City of Tiny Lights ; de l’autre, Message from the King nous proposera de découvrir le parcours houleux d’un sud-africain (Chadewick Boseman) qui se rend à LA pour enquêter sur le meurtre de sa soeur. Dans un registre différent, The Belko experiment, un thriller horrifique satirique aux allures de huis-clos, met en scène un groupe de personnes forcées de s’entretuer, tandis que Michael Fassbender prêtera ses traits à un membre d’une communauté rurale anglaise qui tente de s’affranchir de l’emprise d’un patriarche criminel dans Trespass Against Us.
Un peu de légèreté
Heureusement, le cinéma est aussi fait pour se détendre, et Toronto ne déroge pas à la règle, puisqu’au milieu d’une sélection relativement grave et sérieuse, on peut trouver quelques films plus légers, comme le dessin animé Sing, qui fait chanter des petits animaux dans une sorte de télé-crochet digne de The Voice ; ou encore le rafraîchissant Paris Can’t Wait, mi comédie romantique mi road movie réalisé par Eleanor Coppola, la veuve de Francis Ford Coppola.
En conclusion, le TIFF nous offre une fois encore un panel de films d’une grande diversité et place visiblement cette rentrée sous le signe de l’engagement et de la nostalgie avec ses nombreux films d’époque, ses thrillers politiques et ses documentaires. Quels seront les longs métrages les plus plébiscités par le public ? Réponse le 18 septembre avec la remise du People’s Choice Award !
Révélation de ce début d’année, la série de Sam Esmail avec Rami Malek en hacker perturbé est enfin de sortie. L’occasion de replonger avec plaisir dans les aventures tourmentées de ce cyber-justicier en passe de fomenter une incroyable révolution numérique. Addiction garantie !
Janvier 2016. Alors que les yeux du monde entier sont rivés sur la cérémonie des Golden Globes qui récompense chaque année le gratin de la production cinématographique et télévisée américaine, des voix s’élèvent déjà dans les travées du Beverly Hilton Hotel. Le lieu qui accueille comme chaque année le prestigieux événement est en effet la cible d’un bien étrange ballet, voyant tous les convives, habillés sur leur 31, jacasser à propos d’une série. Mais pas question d’entendre parler des évidentes Game of Thrones, Orange is The New Blackou House of Cards. Non, la série qui enflamme les discussions se nomme Mr Robot. On pourrait croire avec un titre pareil qu’il s’agit là d’une obscure série télévisée nichée en plein milieu d’un cadre futuriste à la Minority Report. Que nenni. Derrière ce titre étonnement sibyllin (qui est donc ce fameux Mr Robot ?), se cache en fait une série profondément enracinée dans notre époque, puisque se faisant déjà l’avocat du diable vis à vis d’un thème de société récurrent : la technologie. Retorse, amère et pourtant réaliste, le show de Sam Esmail suit le parcours d’Elliott, un homme qui mène une double vie. Programmeur dans une firme de cyber-défense le jour, il devient sitôt la nuit tombée un redoutable hacker, qui n’a de cesse de réparer les injustices. Mais alors qu’il doit gérer de gros troubles du comportement qui l’isolent de plus en plus, le voici contacté par un collectif de hacker, appelé F-Society, qui le somment de rejoindre leurs rangs afin de parachever une gigantesque révolution numérique, destinée à faire tomber une entreprise, quasi-omnisciente puisque nichée dans tous les secteurs (ou presque) de l’économie : Evil Society.
Un Fight Club à l’ère du numérique.
On ne saurait vraisemblablement pas où commencer sitôt que l’on aborde le cas de Mr. Robot. La série, volontairement en marge du système, se distingue tellement de ses homologues du câble qu’on serait presque tenté de croire que la série n’en est pas une. Et on aurait raison. Il faut dire que son concepteur, Sam Esmail a toujours envisagé d’adapter son histoire au cinéma. Une gageure qui se ressent d’ailleurs dès l’entame, la série ne présentant par exemple pas de générique à proprement parler, et témoignant d’une qualité visuelle léchée, rappelant ça et là Fincher dans ses grandes heures. Mais là ou la série innove radicalement de la concurrence, c’est par son histoire. Condensé de trois éléments ayant façonné ce siècle -les attentats du 11 Septembre, la crise financière de 2008 et la recrudescence des nouvelles technologies- la série se veut un portait sans fard de la société de consommation. Critique, pour ne pas dire carnassier, le portait qu’en fait Sam Esmail inquiète autant qu’il ne terrifie. Et ce, non pas pour la violence, totalement ouatée de l’ensemble, mais davantage pour la véracité de ce qui y est montrée. Des hommes sans scrupules, des relations virtuelles qui prennent le dessus, une confiance aveugle dans les nouvelles technologies, c’est très simple : la série semble être une véritable update du Fight Club de David Fincher; les deux œuvres partageant ce nihilisme ambiant et cette massive dose de pessimisme qui avait érigé en son temps le film au rang de culte. Mais cette fois-ci, pas de Brad Pitt au sourire ravageur en doppelganger. Non, le seul auquel on a droit, c’est Elliot. Seul personnage qui semble être épargné par les événements, il n’en reste pas moins un être avec de grosses fêlures, quitte à fasciner par sa fragilité et son interprétation sidérante de justesse que lui donne Rami Malek.
Erreur 404 : Bonus not Found
Vu l’hermétisme propre à la série, il aurait été appréciable de pouvoir compter sur de réels bonus, autant pour décrypter tous les mystères de celle-ci, que pour comprendre les motivations à voir le casting y prendre part. Manque de pot, la galette DVD s’avère être relativement maigre de ce coté-là puisque mis à part un court making-off, qui explique notamment le processus de création de la série, le show ne peut compter que sur un modeste bêtisier pour captiver les foules. Dommage.
Récapitulatif DVD/Blu-Ray
Caractéristiques techniques du coffret 3 DVD:
Image : 16/9 1.78 :1 Son : Français, Anglais et Espagnol Dolby Digital 5.1 Sous-titres: Anglais (sourds et malentendants), Français, Espagnol et Néerlandais
Caractéristiques techniques du coffret 2 Blu-rayTM + Digital HD :
Image : 16/9 1.78 :1 Son : Anglais DTS-HD Master Audio 5.1, Français et Espagnol DTS Digital Surround 5.1 Sous-titres: Anglais (sourds et malentendants), Français, Espagnol et Néerlandais
Bonus des coffrets 3 DVD et 2 Blu-rayTM + Digital HD :
• Scènes coupées • Bêtisier • Making-of
Durée : 10 épisodes de 45 min
Des suites du dramatique accident de Dylan O’Brien, le tournage du Labyrinthe : Le Remède Mortel, troisième film adapté des romans de James Dashner, avait du être interrompu. Bonne nouvelle : il semblerait que l’état de santé de l’acteur lui permette aujourd’hui de retrouver le chemin des plateaux.
La nouvelle avait fait grand bruit en mars dernier. Alors occupé à tourner le dernier volet de la trilogie Le Labyrinthe à Vancouver, l’acteur Dylan O’Brien avait été la victime d’un dramatique accident.Percuté de plein fouet par une voiture au cours d’une cascade, l’acteur américain avait du être envoyé en catastrophe à l’hôpital le plus proche. Une tare pour ne pas dire catastrophe qui avait été immédiatement suivie par l’arrêt du tournage, reportée aux calendes grecques, le temps de digérer le choc et surtout de laisser à son acteur principal, le soin de guérir (on parle de plusieurs os cassés). Mais il semblerait que la convalescence de l’acteur soit sur le point de toucher à sa fin, puisque si l’on se fie aux propos de nos confrère de chez Empire, le tournage du film va reprendre au mois de Février 2017. Pourquoi si tard ? Simplement parce que durant le repos de l’acteur, les autres têtes d’affiches du film tels que Thomas Brodie-Sangster, ou Kaya Scodelario (qu’on retrouvera dans le prochain opus de Pirates des Caraïbes) se sont engagés dans d’autres projets, rendant leur participation acquise qu’à cette date hivernale. Un report de presque un an qui aura naturellement des conséquences sur la sortie du film, ce dernier étant désormais prévu pour une sortie au mois de Février 2018. Mais qu’importe, l’acteur est en bonne santé et prêt à en découdre face à la firme W.I.C.K.E.D donc ça augure du bon pour le film de Wes Ball, qui rappelons-le se chargera de clore les aventures de Thomas et consorts.
Débarqué dans quelques salles obscures de l’hexagone ce mercredi 31 aôut, Blood Father marque deux retours : celui de Jean-François Richet au cinéma de genre, et surtout, celui de Mel « Mad Max » Gibson sur grand écran dans un premier rôle personnel et rédempteur.
Synopsis : John Link n’a rien d’un tendre : ex-motard, ex-alcoolique, ex-taulard, il a pourtant laissé tomber ses mauvaises habitudes et vit reclus dans sa caravane, loin de toute tentation. C’est l’appel inattendu de sa fille Lydia, 17 ans, qui va lui faire revoir ses plans de tenir tranquille… Celle-ci débarque chez lui après des années d’absence dûe à une fugue, poursuivie par des narcotrafiquants et leur chef, son petit ami, suite à un braquage qui a mal tourné. Lorsque les membres du cartel viennent frapper à la porte de John, ils sont loin de se douter à qui ils ont affaire…
Deux et trois ans après ses seconds rôles de vilain très vilain dans Expandables 3 et Machete Kills, quatre ans après son sympathique premier rôle dans Get the Gringo, et cinq ans après sa formidable prestation d’un père de famille en dépression, séparé et dans un état schizophrénique dans Le Complexe du Castor, Mel Gibson est enfin de retour dans un rôle et devant une caméra aptes à supporter toute sa démesure. Richet, après son Moment d’égarement est lui aussi bien de retour, exposant à nouveau tout son talent dans le film de genre, et une habilité que peu de réalisateurs ont pu avoir et possèdent, celui de savoir capter et composer avec Mel Gibson.
Mel Gibson est John Link
Guillaume Méral, du Quotidien du Cinéma, avait déclaré sur un réseau social : « L’acteur-réalisateur le plus décrié du monde est un masochiste compulsif qui a toujours fait de son oeuvre l’antichambre de sa folie ». Cette riche réflexion nous permet de pointer deux faits importants liés au personnage de Gibson, John Link. En effet, Link est un être qui a souffert. Mais s’il évite absolument de retomber dans l’alcool et la violence, il aime cette dernière. Quand sa fille s’excusera de l’avoir mis dans l’embarras, disant à quel point sa situation est tordue, John répliquera approximativement avec humour : « Tu plaisantes ? C’est rien du tout à côté de ce que j’ai connu. » Si le personnage était en quête de rédemption avec son sevrage et son emploi tranquille de tatoueur dans un coin perdu du Nouveau-Mexique, il ne s’écartera pas nécessairement de cette quête avec son retour à la violence.
Link cherche la rédemption à travers la préservationde safille, disparue depuis plusieurs années. Pour ce faire, il utilisera tous ses contacts dans le milieu, tout son savoir sur les gangs et autres éléments de la violence (armes à feu, noms des tueurs à gage mexicains – soit les Sicario, etc.), et toute sa rage et ses compétences cumulées sur toute une vie de brutalité. Le personnage cherche sa rédemption en étant lui-même, un être furieux, qui a subi de nombreuses épreuves et qui aime ça jusqu’à s’en amuser. Il est aussi cinglé et étrangement sage (notamment de par son expérience), follement bavard et cependant très taciturne, ironique et drôle mais pas cynique. Ce rachat des pêchés a lieu par l’existence et l’action du personnage qui s’assume tel qu’il est, la différence avec son passé est qu’il met tout ce qu’il est au service de sa plus belle réussite, sa fille Lydia. Si elle a connu des moments ténébreux, si elle tend parfois plus à s’enfoncer par manque de maturité et naïveté, et à cause d’une absence de protection, l’espoir qu’elle représente d’être quelqu’un qui fera du bien plutôt que du mal sur ces terres n’est pas mort. Link le sait et veut absolument sauver cette lueur, afin qu’elle puisse illuminer le monde plus tard, quitte à en mourir. Qu’importe qu’il fasse le bien, l’anti-héros dira d’ailleurs à un certain moment qu’avec tout ce qu’il a fait, il ne pouvait pas s’attendre à ce que les gens lui pardonnent tout à coup et qu’il soit considéré comme une bonne personne. Son passé le poursuit, il doit l’assumer pour mieux s’en servir et accomplir du bien, en faisant alors preuve de sauvagerie furieuse à plusieurs reprises. On ne peut alors cesser de penser à Mel Gibson. Comme l’a dit Guillaume Méral, Gibson a fait de son œuvre l’antichambre de sa folie. Plus encore que cela, l’œuvre de Gibson est, comme le corpus de bien des auteurs, le miroir de son identité, de ce qu’il est, de ce qu’il vit, ce qu’il a vécu, pensé, ou de ses futurs démons. Et Gibson ne s’attend pas à ce qu’on lui pardonne pour les malheureux propos qu’il a pu tenir il y a déjà dix ans, alors qu’il était alcoolique, lui, le grand philanthrope silencieux et imparfait.
Jean-François Richet filme les US
La rédemption du héros profondément Gibsonien va l’amener à faire un road-trip à travers les paysages arides du Nouveau Mexique, partagé entre le crépuscule de l’Ouest sauvage, ouvert et brutal, et l’urbanisation gangrénée par une violence sourde. En effet, Link est à l’instar du personnage nazi et cupide interprété par Michael Park, l’un des derniers représentant du western non civilisé et en proie à toutes les actions humaines, brutales ou bienveillantes, pour la création de liens avec la nature ou destructrices de celle-ci… Ainsi Richet capte Link et son ami / parrain de lutte contre l’alcool dans des terrains naturels à peine marqués par des voies de déplacement de véhicules. Les mobil-homes qu’ils habitent, anciens, usés et abîmés par le temps et l’espace, participent à cette illustration de fin d’une ère. Il est intéressant de noter que Link est un ancien membre d’un gang de bikers, un ex-bandit d’un groupe de pistoleros non plus montés sur des chevaux mais sur des montures à deux roues. Le personnage de Parks en parlera d’ailleurs à Lydia lors d’une réunion d’anciens bikers, lui expliquant approximativement que tout cela appartenait à une autre époque. Attention aux spoilers, Parks essayera d’abattre Link tel un pistolero dans un duel du genre. Mais alors qu’il dégainera, Link l’abattra avec une rapidité d’une grande brutalité due au fait que Richet place l’action hors-champ, ne captant que la victime si soudainement abattue.
À côté de l’Ouest brutal et agressif, Richet capte par moment l’urbanisation, où la violence se fait plus sourde. En effet, lorsque Link trouve sa fille en pleine nuit, beaucoup de jeunes occupent la rue, le protagoniste ne sait pas reconnaître sa fille, il hésite même à un certain moment. Richet filme son héros perdu dans un espace urbain ténébreux, où la jeunesse semble avoir été corrompue par l’alcool et les drogues. Lydia, elle, semble perdue et terrorisée à tel point qu’il lui semble difficile de rentrer dans l’ancien véhicule de son père, espace d’une ancienne ère qu’elle n’a pas connue. Plus tard dans le film, Lydia se rend en ville, au cinéma, à cause de mauvais conseils d’un ami de son père torturé. Elle est bien sûr surveillée de prêt, traquée. Le mal sort en plein jour, et elle sera enlevée sans même que ce soit remarqué.
Au centre de ces deux cosmos, Richet expose la réalité de l’immigration illégale mexicaine. Dans l’ancien monde de l’Ouest comme dans le nouveau de l’urbanisation, les ouvriers mexicains sont toujours là, à travailler dans l’ombre, silencieusement et modestement, à la construction de l’éternelle nouvelle Amérique, dans laquelle le mal – lui aussi éternel – continue de faire son œuvre, tout en changeant de visage (du néo-nazi au voleur, du membre du cartel mexicain à l’arnaqueuse). Si Link pense bêtement que ces immigrés volent probablement un travail à des américains, sa fille se moquera de lui, notamment en plaisantant avec ces gens en leur parlant espagnol. Comme dit plus haut, sa fille incarne l’espoir. Elle incarne ici aussi celui du nouveau monde où l’harmonie la plus simple est encore possible.
Une fin avec un goût de gin dans le diabolo
Si Richet, Mel Gibson et leur Blood Father sont assurément une réussite et présentent un véritable intérêt dans leur peinture de l’Amérique, la fin de ce film de genre est un vrai problème. Attention aux spoilers, fermez les yeux ou gardez-les bien ouverts, lorsque le Mad Mel est blessé, il se laisse tomber les yeux fermés dans les bras de sa fille, qui ne va même pas vérifier son pouls. Elle n’a même pas cherché à savoir s’il était vivant, non, il est mort. Le vilain très vilain se fait arrêter, il va en prison où il est suggéré qu’il va souffrir. On retrouve sa fille plus tard dans un club d’aide aux addicts. On apprend que son père est bien mort. Certes le film dure une heure et vingt-huit minutes, mais était-ce une contrainte de production ou la fin a-t-elle été écrite ainsi ? Si oui, elle est véritablement un échec, tant par sa construction que par son effet de neutralisation des effets, de la force et de la tension du film. Mais rassurez-vous, elle n’est malgré tout que quelques minutes d’un film fort et ténébreux, humain et lumineux, brutal et émouvant, et définitivement à (re)voir.
Blood Father : Bande-Annonce
Blood Father : Fiche Technique
Réalisation : Jean-François Richet
Scénario : Peter Craig, Andréa Berloff, d’après le roman de Peter Craig
Interprétation : Mel Gibson, Erin Moriarty, Diego Luna, Michael Parks, Willliam H. Macy, Dale Dickey, Thomas Mann, Miguel Sandoval
Image : Robert Gantz
Direction artistique : Billy W. Ray
Décors : Robb Wilson King, Susan Magestro
Costumes : Terry Anderson
Montage : Steven Rosenblum
Musique : Sven Faulconer
Producteurs : Chris Briggs, Pascal Caucheteux, Sebastien Lemercier, Peter Craig
Production : Why Not Productions
Distribution : Wildbunch (international), SND (France)
Langue originale : anglais
Durée : 88 minutes
Genres : Action, Thriller
Date de sortie : 31 Août 2016
Mean Dreams, une fable sombre mais également un thriller évoquant le passage à l’âge adulte
Avec son deuxième long-métrage, Nathan Morlando débarque à Deauville pour nous présenter, en Compétition Officielle Mean Dreams. L’occasion pour les spectateurs d’apprécier une nouvelle prestation de Sophie Nélisse, découverte dans La voleuse de livres, ou de retrouver Bill Paxton sur grand écran, dans la peau d’un flic corrompu.
Synopsis : Après avoir volé un sac contenant de l’argent de la drogue, un garçon de quinze ans s’enfuit avec la fille qu’il aime tandis que le père de celle-ci, un flic corrompu, les prend en chasse.
Les premières secondes de Mean Dreams piquent les yeux et ébranlent. Pourquoi l’image est-elle si contrastée ? Quelles sont les raisons de ces couleurs si forcées, à la limite du fluo, qui font perdre tout le détail de la photographie ? Impossible de le savoir, mais l’on sait d’ores et déjà que la lumière jouera un rôle majeur dans l’intrigue. En effet, le travail sur l’éclaircissement ou l’assombrissement de l’image rythme l’intrigue. Plus les tons seront grisâtres, plus nos deux personnages principaux s’enliseront dans une galère dont ils pourront difficilement s’extraire. Et lorsque l’on demande à Nathan Morlando si la lumière est un fil d’ariane de son film, il répond par la positive, et expose ses inspirations que sont Jeff Nichols (Mud), mais essentiellement Prisoners, de Denis Villeneuve, film dont la tension qui émane est un véritable exemple pour lui. La photographie de Mean Dreams est donc soignée, nous offrant de longs plans qui permettent de progresser dans le récit au même rythme que nos personnages. Toutefois, le montage peut s’avérer confus, le spectateur ne pouvant pas saisir l’enjeu de certaines scènes.
Heureusement, Bill Paxton en flic corrompu et père indigne fait remarquablement le boulot. Ses airs de ressemblance avec Bryan Cranston sont fascinants, à tel point qu’on en viendrait presque à douter d’une alternance entre les deux acteurs. Mais outre ce fait plutôt amusant, l’acteur se révèle être vraiment terrifiant, et fait de son personnage de père de famille n’ayant plus que sa fille dans la vie, un être inquiétant, cynique et méprisant. Sa fille, justement, incarnée par Sophie Nélisse, se révèle moins convaincante que son compagnon de jeu, ses airs poupons jouant en sa défaveur. À l’opposé, Josh Wiggins, le deuxième jeune du duo principal, est quant à lui austère et mystérieux, presque tout aussi inquiétant que Bill Paxton, tant on ne connait pas réellement ses intentions, outre le fait de s’enfuir avec son amoureuse (mais l’amour est-il réel ?) Casey. Le trio principal tient la route, et Sophie Nélisse se voit relevée par ses comparses.
Malheureusement, ce qui pèche dans Mean Dreams, c’est son scénario, mêlant road-movie, thriller et course poursuite. Le rythme ne cesse de changer, l’amour peine à se confronter à la tension, et les rares moments de répit sont bien trop niais pour être réellement satisfaisants. Pourtant, la dimension « chasse à l’homme » est convaincante, mais les clés sont offertes bien trop rapidement aux spectateurs, et les quelques « twists » qui jalonnent le film sont bien trop prévisibles pour être réellement appréciés. Aussi, ce lieu-commun du flic corrompu, violent et constamment ivre qui se défoule sur sa famille commence à être un tantinet lassant, dommage quand on voit le potentiel technique de Mean Dreams et quand on apprend toute l’implication du réalisateur dans son second long-métrage qui au final déçoit par son manque de subtilité et de finesse dans l’écriture.
Réalisé par Nathan Morland sur un scénario de Kevin Coughlin et Ryan Grassby avec Josh Wiggins, Sophie Nélisse, Bill Paxton, Colm Feore, Vickie Papavs…
Andrew Neel présente en compétition son second long métrage, Goat, une plongée violente dans les entrailles des pratiques liées au bizutage.
Décidément la fratrie Franco a du mal à quitter l’université ; le petit frère Dave écume les campus dans des opus tels que 21 jump street ou Nos pires voisins, tandis que l’aîné James fréquente toujours des étudiantes dans Spring Breakers ou des étudiants dans Goat, le film d’Andrew Neel en compétition à Deauville. Et même si ce dernier fait partie de l’hommage rendu à l’acteur (également réalisateur, écrivain, producteur…) ; celui ci n’apparaît que très peu à l’écran, on ne lui tiendra donc pas rigueur du désintérêt que suscite le film.
Après une terrible agression dont il a été victime pendant l’été, Brad Land, âgé de dix neuf ans, entre à l’université dans l’espoir de reprendre une vie normale. Brett, son frère aîné, est déjà, depuis plusieurs années, sur ce même campus où il appartient à un groupe d’étudiants qui semble offrir aux membres de leur confrérie protection, popularité, et amitiés indéfectibles. Brad veut à tout prix faire partie de cette communauté malgré les réserves émises par son frère. S’ensuivent des séances de bizutage de plus en plus cruelles, de plus en plus dégradantes, qui doivent permettre à Brad de devenir enfin un homme, un vrai. Mais ces jeux initiatiques brutaux ne resteront pas sans conséquences pour lui et pour ses camarades.
Le jeune réalisateur s’attaque avec ce second long métrage au bizutage, rite de passage particulièrement ancré dans la tradition américaine et fournisseur chaque année d’une flopée de faits divers choquants. L’intention louable de dénoncer de tels comportements fera sans doute plaisir aux doyens et professeurs, mais l’application cinématographique ennuiera sans doute bien des cinéphiles. Tristement adapté de faits réels, le scénario bancal souffre d’un démarrage inapproprié mettant en scène un passage à tabac hors sujet. Voulant à tout prix trouver un sous-texte psychanalytique au phénomène de bizutage auquel se prêtent les bourreaux et les victimes, Andrew Neel s’enlise avec une histoire entre deux frères, l’un traumatisé, l’autre (incarné par un Nick Jonas convaincant) auréolé de sa place dans la fraternité la plus populaire du campus. Le cinéaste s’acharne à nous écœurer d’une chose dont tout le monde connait déjà la venimosité, enquillant les scènes de débauches méchantes et humiliantes dans les soirées étudiantes. Et si la trilogie du buddy movie constituée de mecs torse nu, de techno et de bière-pong nous agaçait déjà dans les comédies les plus simplettes d’Hollywood, sa traduction indépendante nous ennuie tout autant. En cause, l’incapacité à traiter subtilement le sujet, et le manque d’inventivité dans l’écriture et la mise en scène.
Malgré un matraquage d’images violentes, Goat n’est jamais percutant et s’essouffle très vite. Le cinquième film de la compétition ne touche jamais sa cible.
Produit par Christine Vachon et James Franco (à qui le festival rend hommage ce lundi), Goat est adapté d’un livre autobiographique de Brad Ladd, avec dans le rôle principal Ben Schnetzer.