Vendeur, un film de Sylvain Desclous : Critique

Pour Vendeur, son premier long-métrage, Sylvain Desclous décide de s’immiscer dans le monde passionnant de la vente. Un monde véreux, très souvent répugnant, presque malsain, où tout est bon pour faire dépenser de l’argent aux clients à l’aide de discours bien rodés et de techniques qui relèvent parfois d’une certaine fourberie. De quoi ne plus adresser la parole à quelconque vendeur dans les magasins.

Synopsis : Serge est l’un des meilleurs vendeurs de France. Depuis 30 ans, il écume les zones commerciales et les grands magasins, garantissant à ses employeurs un retour sur investissement immédiat et spectaculaire. Il a tout sacrifié à sa carrière. Ses amis, ses femmes et son fils, Gérald, qu’il ne voit jamais. Et sa santé. Quand Gérald vient lui demander un travail pour financer les travaux de son futur restaurant, Serge hésite puis accepte finalement de le faire embaucher comme vendeur. Contre toute attente, Gérald se découvre un don.

Tu seras vendeur, mon fils.

Pour sa première fois sur grand écran, le réalisateur s’entoure d’acteurs bien connus du cinéma français : Gilbert Melki, Pio Marmai, Sara Giraudeau ou encore Christian Hecq (sociétaire de la Comédie-Française).
Il est extrêmement plaisant de voir Gilbert Melki quitter ses rôles caricaturaux dans les comédies françaises telle que La vérité si je mens pour se glisser dans un rôle comme celui qui lui est proposé dans Vendeur. Son rôle de vendeur reconnu dans la profession lui sied parfaitement tant il a la tête de l’emploi. Son personnage est sombre, naviguant entre prostitution, drogues et alcools, et vraiment rebutant tant son état d’esprit est à vomir. On aimera détester Serge, son univers nous rebutera et pourtant, on éprouvera tout de même parfois ce petit quelque chose qui fait naitre une once d’affection envers un homme qui, la cinquantaine passée, continue toujours à se chercher. Melki assure et son binôme avec Pio Marmai (père et fils dans le film) fonctionne parfaitement. Ce dernier est aussi très bon, même si son personnage est bien moins approfondi que celui de son père, restant bien plus dans le personnage commun de film dramatique, qui se cherche sur un plan professionnel mais également affectif. On éprouvera de l’empathie pour lui, mais on restera également à distance de sa situation, ne parvenant pas toujours à se rattacher à l’état d’esprit éprouvé par Gérald.

Vendeur est un film durant lequel on ne s’ennuie pas, plein de bonnes idées mais l’intrigue n’est pas des plus haletante, et la sauce ne prend pas toujours, bien au contraire. Le scénario regorge de lieux communs de drames français d’aujourd’hui : lutte familiale, problèmes de couple suite à une tromperie, suprématie qui s’inverse ou encore retour aux sources. On pointe ici le vrai point faible de Vendeur, ce qui est dommage, tant il aurait été plus intéressant de se concentrer sur l’univers de la vente et de moins tergiverser dans des histoires annexes déjà vues. Beaucoup de films français ont dépeint des drames familiaux et des relations paternelles, alors que le monde de la vente est un monde absolument passionnant, à part entière, finalement pas souvent abordé, et on aime à découvrir le quotidien d’une profession où le seul objectif est le profit. La scène d’ouverture de Vendeur est excellente, tant elle confronte directement le spectateur au microcosme dans lequel il va se plonger durant une heure et demie. Tout n’est donc pas bon à prendre d’un point de vue scénaristique, car il y également quelques incohérences, mais tout n’est pas à jeter, très loin de là. Dans son unité, Vendeur est un film agréable car il est concis, et on distingue parfaitement les ambitions du réalisateur derrière les faits qui nous sont contés.

Aussi, on soulignera l’excellente bande-originale ! Une vraie réussite en parfaite adéquation avec l’esprit du film. Elle rythme l’action et instaure un réel tempo au long-métrage, même si parfois utilisée en contradiction avec les dialogues, lors des scènes de voitures par exemple. Percussions et musiques d’orchestre sont là pour le plus grand bien de nos oreilles, on en redemanderait encore.

Pour un premier long-métrage, Vendeur se révèle être agréable et intéressant. Porté par un binôme qui remplit son travail, on regrettera les facilités scénaristiques qui commencent à se faire lassantes dans le cinéma dramatique français actuel. Sylvain Desclous livre un premier film prometteur, et on ne peut que se demander ce que le réalisateur nous proposera dans le futur.

Vendeur : Bande-annonce

Vendeur : Fiche Technique

Réalisateur : Sylvain Desclous
Scénario : Sylvain Desclous, Olivier Lorelle, Salvatore Lista
Interprétation : Gilbert Melki, Pio Marmai, Pascal Elso, Clementine Poidatz, Sara Giraudeau, Christian Hecq, Damien Bonnard…
Photographie : Emmanuel Soyer
Montage : Isabelle Poudevigne
Musique : Amaury Chabauty
Direction artistique : Valérie Faynot
Producteurs : Florence Borelly, Olivier Lorelle, Salvatore Lista, Agnès Feuvre
Sociétés de production : Sésame Films, France 2 Cinéma
Distribution (France) : Bac Films
Durée : 89 minutes
Genre : Comédie dramatique
Date de sortie : 4 mai 2016

France – 2016

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Zoran Paquot
Zoran Paquothttps://www.lemagducine.fr/
Etudiant lillois passionné de cinéma, ayant plusieurs courts-métrages à mon actif, je baigne dans cet art depuis ma plus tendre enfance, grâce à un père journaliste m'ayant initié au visionnage intensif de films, mais également friand de théâtre, et d'arts en général. Admirateur de Nicholson, fou de Jim Carrey et fervent défenseur du cinéma français. Mon film culte ? Vol au-dessus d'un nid de coucou, Milos Forman, 1975.

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