Deauville 2016: Mean Dreams de Nathan Morlando (Compétition)

Mean Dreams, une fable sombre mais également un thriller évoquant le passage à l’âge adulte

Avec son deuxième long-métrage, Nathan Morlando débarque à Deauville pour nous présenter, en Compétition Officielle Mean Dreams. L’occasion pour les spectateurs d’apprécier une nouvelle prestation de Sophie Nélisse, découverte dans La voleuse de livres, ou de retrouver Bill Paxton sur grand écran, dans la peau d’un flic corrompu.

Synopsis : Après avoir volé un sac contenant de l’argent de la drogue, un garçon de quinze ans s’enfuit avec la fille qu’il aime tandis que le père de celle-ci, un flic corrompu, les prend en chasse.

Les premières secondes de Mean Dreams piquent les yeux et ébranlent. Pourquoi l’image est-elle si contrastée ? Quelles sont les raisons de ces couleurs si forcées, à la limite du fluo, qui font perdre tout le détail de la photographie ? Impossible de le savoir, mais l’on sait d’ores et déjà que la lumière jouera un rôle majeur dans l’intrigue. En effet, le travail sur l’éclaircissement ou l’assombrissement de l’image rythme l’intrigue. Plus les tons seront grisâtres, plus nos deux personnages principaux s’enliseront dans une galère dont ils pourront difficilement s’extraire. Et lorsque l’on demande à Nathan Morlando si la lumière est un fil d’ariane de son film, il répond par la positive, et expose ses inspirations que sont Jeff Nichols (Mud), mais essentiellement Prisoners, de Denis Villeneuve, film dont la tension qui émane est un véritable exemple pour lui.
La photographie de Mean Dreams est donc soignée, nous offrant de longs plans qui permettent de progresser dans le récit au même rythme que nos personnages. Toutefois, le montage peut s’avérer confus, le spectateur ne pouvant pas saisir l’enjeu de certaines scènes.

Heureusement, Bill Paxton en flic corrompu et père indigne fait remarquablement le boulot. Ses airs de ressemblance avec Bryan Cranston sont fascinants, à tel point qu’on en viendrait presque à douter d’une alternance entre les deux acteurs. Mais outre ce fait plutôt amusant, l’acteur se révèle être vraiment terrifiant, et fait de son personnage de père de famille n’ayant plus que sa fille dans la vie, un être inquiétant, cynique et méprisant. Sa fille, justement, incarnée par Sophie Nélisse, se révèle moins convaincante que son compagnon de jeu, ses airs poupons jouant en sa défaveur. À l’opposé, Josh Wiggins, le deuxième jeune du duo principal, est quant à lui austère et mystérieux, presque tout aussi inquiétant que Bill Paxton, tant on ne connait pas réellement ses intentions, outre le fait de s’enfuir avec son amoureuse (mais l’amour est-il réel ?) Casey. Le trio principal tient la route, et Sophie Nélisse se voit relevée par ses comparses.
Malheureusement, ce qui pèche dans Mean Dreams, c’est son scénario, mêlant road-movie, thriller et course poursuite. Le rythme ne cesse de changer, l’amour peine à se confronter à la tension, et les rares moments de répit sont bien trop niais pour être réellement satisfaisants. Pourtant, la dimension « chasse à l’homme » est convaincante, mais les clés sont offertes bien trop rapidement aux spectateurs, et les quelques « twists » qui jalonnent le film sont bien trop prévisibles pour être réellement appréciés. Aussi, ce lieu-commun du flic corrompu, violent et constamment ivre qui se défoule sur sa famille commence à être un tantinet lassant, dommage quand on voit le potentiel technique de Mean Dreams et quand on apprend toute l’implication du réalisateur dans son second long-métrage qui au final déçoit par son manque de subtilité et de finesse dans l’écriture.

Réalisé par Nathan Morland sur un scénario de Kevin Coughlin et Ryan Grassby avec Josh Wiggins, Sophie Nélisse, Bill Paxton, Colm Feore, Vickie Papavs…

Festival

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.

Deauville 2026 : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, la petite mort comme grand art

Une jeune cinéaste queer est engagée pour relancer une franchise horrifique vieillissante et part convaincre l'actrice recluse qui incarnait la survivante du premier film culte. Entre elles naissent fascination, désir et vertige, dans un jeu de miroirs où le genre devient territoire de liberté.

Deauville 2026 : Club Kid, père jusqu’au bout de la nuit

Avec "Club Kid", son premier long-métrage, Jordan Firstman signe une comédie touchante et pétillante, ancrée dans l'effervescence des nuits gays new-yorkaises. Il y campe un père dévasté qui doit apprendre à se reconstruire lorsqu'un fils dont il ignorait l'existence débarque soudainement dans sa vie. Un film lumineux et généreux, qui célèbre avec tendresse le sens des liens humains et la capacité de chacun à se réinventer.

Deauville 2026 : Test, la force fragile

Au contraire des films Hollywoodiens qui nous ont habitués à un bodybuilding viril souvent très macho, "Test" offre une plongée sensible au cœur du culturisme et ose briser les tabous. En s'inspirant de sa propre expérience, Brock Yurich incarne un athlète mal dans sa peau en quête d'affirmation. Un récit à fleur de muscles prodigieusement mis en scène.

Newsletter

À ne pas manquer

Salvation, un petit cru d’Emin Alper

En Turquie, la tension monte entre deux villages. Paranoïa et manipulations religieuses attisent la violence. Adoptant les codes des films de genre, Emin Alper ne parvient guère à convaincre, malgré une photographie de qualité, une interprétation impeccable et un final malin.

L’Âme des guerriers (1994), de Lee Tamahori : une tentative de réaffirmation identitaire

Œuvre sur le déclin culturel des Maoris, ce premier long-métrage de Lee Tamahori propose un portrait sans concession de la misère et de la violence dans lesquelles patauge une communauté déracinée. Aux côtés de La Leçon de piano de Jane Campion, sorti un an plus tôt, cette tragédie grecque doublée d’une œuvre choc a permis de mettre la Nouvelle-Zélande sur la carte du cinéma mondial.

La frappe : Sans les mots

La frappe explore avec une caméra au plus près des visages les cicatrices laissées par un père abuseur. Julien Gaspar-Oliveri signe une œuvre tendue et rugueuse, entre drame intime et chronique familiale. Un film qui déroute par son refus de trancher mais finit par séduire lorsqu'il renoue avec une narration plus ferme. Une proposition fragile, parfois monotone, mais qui s'essaye à une certaine forme.

Utu Redux : quand la vengeance devient un incendie sans fin

Le western maori de Geoff Murphy plonge dans la guerre de Te Kooti, tourné à cru dans le bush néo-zélandais. Entre villages incendiés, humour noir et camps jamais figés, le film capture un engrenage de vengeance coloniale où personne ne reste épargné, jusqu'à une scène finale qui vide le mot "utu" de son sens.

Smash Palace : au pays de la casse

Dans une casse automobile perdue en Nouvelle-Zélande, un ex-pilote confond amour et possession jusqu'à traiter sa fille comme un trophée. Son couple se déchire, son garage déborde de carcasses, et le paysage tout entier se referme sur lui comme un piège dont personne ne ressort.
Zoran Paquot
Zoran Paquothttps://www.lemagducine.fr/
Etudiant lillois passionné de cinéma, ayant plusieurs courts-métrages à mon actif, je baigne dans cet art depuis ma plus tendre enfance, grâce à un père journaliste m'ayant initié au visionnage intensif de films, mais également friand de théâtre, et d'arts en général. Admirateur de Nicholson, fou de Jim Carrey et fervent défenseur du cinéma français. Mon film culte ? Vol au-dessus d'un nid de coucou, Milos Forman, 1975.

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.

Deauville 2026 : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, la petite mort comme grand art

Une jeune cinéaste queer est engagée pour relancer une franchise horrifique vieillissante et part convaincre l'actrice recluse qui incarnait la survivante du premier film culte. Entre elles naissent fascination, désir et vertige, dans un jeu de miroirs où le genre devient territoire de liberté.

Deauville 2026 : Club Kid, père jusqu’au bout de la nuit

Avec "Club Kid", son premier long-métrage, Jordan Firstman signe une comédie touchante et pétillante, ancrée dans l'effervescence des nuits gays new-yorkaises. Il y campe un père dévasté qui doit apprendre à se reconstruire lorsqu'un fils dont il ignorait l'existence débarque soudainement dans sa vie. Un film lumineux et généreux, qui célèbre avec tendresse le sens des liens humains et la capacité de chacun à se réinventer.