Deauville 2016 : Teenage Cocktail de John Carchietta (Compétition)

Sous ses airs de Spring Breakers virtuel, Teenage Cocktail aurait pu être une parfaite radiographie de la jeunesse américaine d’aujourd’hui. Manque de pot, le rendu qu’en fait John Carchietta est bien trop superficiel et désincarné pour prétendre atteindre cette vision cauchemardesque d’une génération cupide et insouciante.

Synopsis : Deux adolescentes de banlieue, Annie et Jules, veulent fuir ensemble à New York, loin de leurs parents et du quotidien insipide qui est le leur. Mais pour cela, elles ont besoin d’argent. De beaucoup d’argent même, d’après leurs calculs. Jules, la plus libérée des deux, initie son amie, tout d’abord réticente, à l’univers très lucratif du mannequinat en ligne. Au départ, rien de bien sérieux apparemment. Mais grâce à leurs vidéos sexy et à la clientèle qui grandit, elles se mettent à gagner d’importantes sommes. Sans se rendre compte des conséquences de leurs actes, les deux jeunes filles décident d’aller plus loin, mettant alors leur vie en danger…

Impossible, passé le générique de fin de Teenage Cocktail de ne pas penser à Spring Breakers. Les deux films, outre de se faire le portrait d’une jeunesse insouciante, sont teinté du même pessimisme. De la même envie d’évasion surtout. Un besoin de fuir, qui s’il se résumait à une envie de fête chez Harmony Korine, se transforme en envie de voir du pays et vivre ce fameux rêve américain chez John Carchietta. Le réalisateur, dont c’est le premier film ici, tente cela dit d’apporter plus qu’un simple regard sur cette génération MTV souvent pointée du doigt pour ses excès. Lucide, il a ainsi cru bon d’y apposer un autre sujet, diablement plus intime, mais pourtant bien réel : l’exhibitionnisme chez les jeunes. Moyen d’obtenir le précieux argent nécessaire à l’envie d’évasion des jeunes femmes montrées à l’écran, l’exhibitionnisme et par extension la prostitution sont ainsi surreprésentés dans ce film, quitte à amener un réel questionnement sur la jeunesse d’aujourd’hui. Et pas n’importe lequel puisque encore une fois, voici que les limites de cette générations sont sondées. Jusqu’où peut-elle aller pour toucher le moindre dollar ? Jusque-ou est elle prête pour accomplir ses rêves ? Des réflexions inquiétantes, pour ne pas dire terrifiantes, qui se posent sur les personnages Annie et Jules. Les jeunes femmes rêvent ainsi de vivre la grande vie à New-York, loin du carcan familial et de cette pression estudiantine qui leur tend inexorablement les bras.

Un film à l’image de la jeunesse qu’il tend à montrer : superficiel !

Mais si l’intention est louable, autant pour la pertinence que l’originalité du propos, on ne peut dire que le résultat soit à la hauteur. D’un sujet malsain et somme toute vicieux, le réalisateur en tire paradoxalement un film fade mais surtout poussif. La faute sans doute à une approche trop propre sur elle, rendant difficile d’atteindre le ton trash et provocant qu’on aurait pu espérer, mais surtout à un casting quelque peu au fraise. Très peu travaillées, les prestations des deux jeunes femmes (Nichole Bloom et Fabienne Therese) ternissent en effet le bilan du film en affichant un jeu d’actrices insipide, pour ne pas dire raté. Résultat, difficile d’éprouver quelconque empathie pour le duo. Une tare qui impacte également notre ressenti, en ce que jamais le propos, pourtant caustique, ne parvienne à nous bousculer et réellement nous faire réfléchir sur nos propres limites. C’est d’autant plus regrettable que le film propose en plusieurs endroits des scènes étant à même de choquer (on pense à la scène ou se confronte les jeunes femmes et leurs parents). Mais, fatalement, au vu de leur prestation dynamitant systématiquement tous les efforts faits pour inverser la tendance, difficile de ressentir toute la tension qu’elles devraient contenir. D’autant, qu’en proposant une direction artistique et technique relativement banale, le film ne fait rien pour détourner l’attention du spectateur, rivé sur le coup sur son propos traité par dessus la jambe et affichant par la même sorte, de relatives carences. Mais peut-être est-ce imputable à un scénario trop languissant et insignifiant Car, sous des airs faussement engagés, Teenage Cocktail affiche une superficialité assez gênante, puisque ne prenant pas la peine d’examiner les situations que des comportements aussi naïfs pourraient engendrer.

Superficiel, fade et par moments carrément vain, ce Teenage Cocktail manque clairement de consistance pour séduire. C’est d’autant plus dommage, car en optant pour la représentation d’une jeunesse désenchantée et insouciante, l’occasion nous était donné de voir un film moderne dans la compétition, pour le moment bien stoïque. 

Teenage Cocktail, réalisé par John Carchietta, avec Nichole Bloom, Fabienne Therese, Pat Healy etc… n’a pas encore de date de sortie prévue en France.

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Zoran Paquot
Zoran Paquothttps://www.lemagducine.fr/
Etudiant lillois passionné de cinéma, ayant plusieurs courts-métrages à mon actif, je baigne dans cet art depuis ma plus tendre enfance, grâce à un père journaliste m'ayant initié au visionnage intensif de films, mais également friand de théâtre, et d'arts en général. Admirateur de Nicholson, fou de Jim Carrey et fervent défenseur du cinéma français. Mon film culte ? Vol au-dessus d'un nid de coucou, Milos Forman, 1975.

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