Accueil Blog Page 645

Divorce, une série de Sharon Horgan : critique du pilote

Acclamé pour le grand retour de Sarah Jessica Parker, 13 ans après la fin de Sex in the city, Divorce est signé par Sharon Horgan (actrice et showrunneuse de la série britannique à succès Catastrophe, qui mettait en scène à la manière de You’re The Worst, le ménage de deux personnes rencontrés pour un coup d’un soir).

Synopsis : Frances, une mère de famille new-yorkaise dans la force de l’âge, décide de « recommencer » sa vie avec l’aide de ses amies Dallas et Diane, et songe même au divorce. Mais son mari ne l’entend pas de cette façon…

Avant que ne fonde la glace

L’actrice quinquagénaire est une mère de famille à la recherche d’un nouveau souffle, en pleine crise existentielle. Le pilote d’une demi-heure (format câblé HBO), réalisé par Jesse Peretz, qui a fait ses marques sur Girls, Nurse Jackie, puis Orange is the new black, nous transporte dans l’intérieur d’un couple en perdition. Une fois de plus – car tous les médias le précisent -, il ne faut pas s’attendre à une version posée, vieillissante de Carrie Bradshaw et en voici une bonne nouvelle. Peut-on se réjouir pour autant ?  Si vous cherchez de l’irrévérencieux, visez la nouvelle série par la même chaîne câblée, Insecure.

La scène d’introduction dans la salle de bain, espace d’intimité perdue, entre regards triste sur corps vieillissant déjà-vu et flegmatique détachement de la part du mari râblé et moustachu qui ressemble à Martin Freeman et Kurt Russell, provoque le sourire et le bras d’honneur retrouve ses lettres de noblesses. Puis la coupure franche sur le titre de la série et fond de coulée calme de glace avec le refrain entraînant de Coldplay « Paradise » achève l’humour noir déjà subtilement annoncé. Le personnage de l’époux Robert, trapu et un peu pataud, incarné par Thomas Haden Church (Sandman dans Spiderman 3 et l’amoché dans la comédie à succès Sideways aux côtés de Paul Giamatti en 2004) est source de comédie. Lorsque le Golem rencontre Jacques Villeret, le sourire tendre n’est jamais très loin. Et si les amies de Frances commèrent autant que dans Sex in the City, le ton est nettement moins excentrique. Souhaiter la mort de son conjoint alors que l’amour est en fin de vie (on est loin d’Haneke) semble être ordinaire au pays des armes à feu. Pas aussi absurde que la NRA cependant, cet excès de haine censé poursuivre le traitement de l’humour noir conjugal tombe à plat. Heureusement que l’intérêt est préservé par l’attachement aux personnages.

On craint la boucle lancinante à la limite de l’ennui qu’avait provoqué Pas si simple de Nancy Meyer. On apprécie l’amour en fuite réduit à son plus simple appareil, qui peut soit passer pour de la maîtrise ou soit pour un manque d’ambition. Aucun marivaudage truffaldien et quelques points communs avec la meilleures comédies de mœurs de l’après-guerre, Divorce à l’italienne de Pietro Germi en 1962. Sarah Jessica Parker a ce quelque chose de candide et de badin propre à Marcelo Mastroianni – ou Pierrot la lune c’est selon -, de désespéré et décidé (ou l’inverse) de Jeannette joué par Cate Blanchett dans Blue Jasmine de Woody, mais n’a rien de la bourgeoisie en retenue de Marianne jouée par Liv Ullman dans Scènes de la vie conjugale par Ingmar Bergman (d’abord en série tv de 6×49 en 1973, puis condensé en 2 heures pour le grand écran l’année suivante) bien que les reproches et les malaises soient semblables. Et l’épisode renvoie à l’élégance poétique de 5×2 d’Ozon, sans la structure inversée, ni la symbolique séquentielle. On pourrait d’ailleurs reprocher le montage en roue libre et l’inutilité de certaines scènes d’illustration, mais la doléance n’a pas suffisamment de poids pour nous sortir de cette demi-heure substantielle. Malgré cette pléiade de références annexes, la comédie dramatique HBO conserve une certaine unicité. L’hiver a ce quelque chose de racé et lénifiant, sublime et trivial, cotonneux et sibérien. Cette saison à l’oxymore connotant (chaleur de noël et rigueur climatique), dont le décor édifiant de Fargo contribuait à tout l’intérêt du film, ajoute une plus-value à la série, semblable aux extérieurs magnifiés dans le remarqué For Ellen de So Yong Kim en 2012. Remarque, on retrouve Reed Morano (Kill your darlings, Frozen River) à la caméra…

Apposer la scène de luge dans Citizen Kane en parallèle du rejet définitif tourné en extérieur dans Divorce serait capillotracté et exagéré, mais lorsque les théories vont bon train concernant la signification de Rosebud, on cherche par tous les moyens à défendre cette série qui ne manquera pas de rapidement tourner en rond si l’aléatoire et la répétition sont les seules caractéristiques. Oui, mais… Il faut choisir. La suite serait fade à en croire la presse, nous espérons le contraire. D’autant plus qu’Adam Bernstein (Oz, Breaking Bad) et Jamie Babbit (Gilmore Girls, Looking*, The L Word) réalisent 3 épisodes…

* bilan de série à venir !

Divorce : Fiche Technique

Créateurs : Sharon Horgan
Réalisation : Jesse Peretz
Scénario : Sharon Horgan
Interprétation : Sarah Jessica Parker (Frances), Thomas Haden Church (Robert), Molly Shannon (Diane), Talia Balsam (Dallas), Rajeev Pahuja (Suraj Patel), Tracy Letts (Nick), avec la participation de Jemaine Clement (Julian, l’amant)
Image : Reed Morano
Musique : Keegan DeWitt
Production : Sharon Horgan, Paul Simms, Aaron Kaplan, Sarah Jessica Parker, Alison Benson
Sociétés de production : Merman Films, Kapital Entertainment
Genre : comédie dramatique et sentimentale
Format : 10 x 30 minutes
Chaine d’origine : HBO
Diffusion aux USA : Depuis le 09 octobre – en US+24 sur OCS City

Etats-Unis – 2016

Festival Lumière 2016 : Lady Vengeance, tuerie et châtiment…

0

Non content d’avoir piqué la vedette lors de la Cérémonie d’Ouverture, le Kid Tarantino a remis ça en présentant aujourd’hui 2 films issus de sa cuvée 70’s, quand l’une de plus illustres figures de cette décennie, Walter Hill, donnait une master class forcément électrique…

Il flottait dans l’air lyonnais un parfum vintage, aujourd’hui. Et c’est peu de le dire. Car, non content d’avoir apposé hier sa marque sur la programmation en s’invitant à la séance d’Hollywood Vixens, voilà que le kid du Tennesse, expert de l’hémoglobine et des punchlines remet le couvert pour une double programmation sentant bien bon les années 70. D’abord, on aura retrouvé Love Story, d’Arthur Hiller puis le classique Zabriskie Point de Michelangelo Antonioni, pour finir sur l’oeuvre déjantée de Jack Nicholson, Vas-y Fonce. Un cheptel d’oeuvres barrées, peu adeptes de la bienséance et pourtant considérées par QT comme matricielles de cette décennie ou se seront côtoyées Parrain, 3 Jours du Condor ou autre Apocalypse Now. Mais la décennie 70’s aura fait plus que comporter des oeuvres cultes : elle aura aussi engendré divers réalisateurs pour qui cette décennie, faste, aura été leur cour de récréation. Et à ce petit jeu là, c’est important de souligner la place acquise par Walter Hill. Le réalisateur américain, présent à Lyon depuis le début des festivités et qui en a même profité pour dévoiler son nouveau film, Re(Assignment), en avant-première, était en effet l’invité d’une master-class qui lui est dédiée. L’occasion pour le réalisateur, peu loquace, de tailler le bout de gras sur une carrière l’ayant vu côtoyer Charles Bronson (Le Bagarreur), Sylvester Stallone (Du Plomb dans la Tete) ou plus étonnant encore Eddie Murphy (48h), autour d’une filmographie sentant bien bon la violence et le stupre. Forcément, cela ne pouvait que nous plaire.

Petits Meurtres Entre Amis !

Mais si la discussion touche à sa fin, la journée, elle, suit son cours. De Manhattan (Woody Allen) à Gong Li (Miami Vice) ; de Catherine Deneuve (Répulsion) à Dracula (Todd Browning), la voici qui s’écoule au gré d’une température pour le moins glaciale. En ce sens, la perspective de se frayer un chemin dans une bonne salle toute chaude a des airs de grog après une randonnée épuisante. Et finalement, ça sera donc Lady Vengeance, du coréen Park Chan Wook qui obtiendra nos faveurs. Attendu sous peu dans la cité rhodanienne dans laquelle il dévoilera en avant-première son nouveau long-métrage, Mademoiselle, le réalisateur très connu pour son Old Boy est en effet l’un de ceux sacrés par Thierry Frémaux dans cette 8ème édition du Festival Lumière. Et quoi de mieux, dans une programmation dédiée à la figure féminine, que de se pencher sur son « Lady Vengeance » qui explore encore le thème, cher à Wook, de la violence, mais ici transposée dans les mains plus souples et plus douces d’une prisonnière condamnée à tort qui va décider de se venger. Très vite, dans une salle surchargée et donc en proie à une chaleur étouffante, on se dit que le film aura raison de nous, tant pour pour cette quiétude qui nous absorbe telle le ferait une couverture bien chaude, que pour son discours qui mêle une violence et une bizarrerie chronique capable à elle seule de nous faire baisser les yeux. Car qu’on se le dise, le film de Wook est atypique. Sous couvert de raconter une histoire de vengeance, le réalisateur coréen préfère y tisser une histoire emplie de sous entendus moraux, et ce notamment lorsque le nerf de l’intrigue, à savoir la personne cible de la vengeance susvisée s’avère être ligotée face à tous les parents de ses victimes. Oui car ici, point question de tueurs en série sordide, mais un professeur des écoles sadique qui aura donné son compte à plusieurs des ouailles qu’il aura été chargé d’éduquer. Un constat qui fait froid dans le dos et qui contraint l’héroïne, plutôt que de se venger seule, d’inviter les parents pour une session, voire une thérapie de groupe visant à éliminer la menace. Glauque, sordide, mais finalement très burlesque, le film vire rapidement dans la comédie noire quand les parents, assis côte à côte se parent de chasubles transparentes pour mieux échapper au sang qui les incriminerait directement dans ce massacre, joliment agrémentée d’une musique douce et pleine d’espoir. Très paradoxal.

Bande-Annonce Lady Vengeance : 

La malchance poursuit encore Terry Gilliam pour son adaptation de Don Quichotte

0

Les passionnés de l’œuvre de Terry Gilliam devront encore être patients pour découvrir son nouveau film au cinéma. Le tournage de The Man Who Killed Don Quixote devait débuter le lundi 03 octobre. Terry Gilliam a été contraint de reporter les premières prises de vue. Espérons que l’ancien membre des Monthy Python ne perde pas son sens de l’humour après cette énième mésaventure sur son projet d’adaptation de Don Quichotte, véritable arlésienne, dont le tournage désastreux et cauchemardesque avec Jean Rochefort, Johnny Depp et Vanessa Paradis avait été immortalisé par la caméra de Keith Fulton et Louis Pepe en 2000 dans le documentaire Lost in La Mancha, avant une sortie en salles en 2002.

 

Comme nous vous l’annoncions il y a quelques mois, l’année 2016 s’annonçait prometteuse pour Terry Gilliam et son rêve d’adaptation. Il allait pouvoir enfin exorciser les vieux démons du passé et tordre le cou à la malchance terrible qui avait touchée le plateau et aux mauvaises ondes qui régnaient lors du tournage en 2000. Ce cruel manque de chance  s’est manifesté par des pluies diluviennes en plein désert, des nuisances sonores causées par des avions de chasse survolant la zone ou bien encore l’état de santé de Jean Rochefort.

Le réalisateur s’est confié au micro de la BBC Radio sur une énième et terrible déconvenue pour son projet d’adaptation de l’œuvre de Cervantes qui devait enfin se concrétiser pour cette rentrée 2016 :

L’un des producteurs, un Portugais, avait promis qu’il rassemblerait les fonds nécessaires en temps et en heure. Mais il s’est avéré il y a quelques semaines qu’il n’avait pas l’argent.

Les prises de vue de The Man Who Killed Don Quixote devaient débuter le lundi 03 octobre 2016 dans la ville de Madrid. Malgré ce contretemps financier, les comédiens Michael Palin et Adam Driver sont toujours mobilisés et engagés pour le tournage. Les deux acteurs occupent les rôles principaux : ceux de Don Quichotte et Toby, un publiciste arrogant qui se retrouve plongé dans une aventure surréaliste. Reste à savoir si John Hurt et Jack O’Connell ont définitivement abandonné le projet ou si pris d’un délire fou Terry Gilliam vis-à-vis de ce film gargantuesque et malchanceux décidait d’orgniser un hommage à ces acteurs avec un caméo ou bien encore faire apparaître Johnny Depp à l’écran, lui qui faisait partie de l’aventure Lost in La Mancha.

Dommage que Terry Gilliam ne se soit pas tourné vers les nouvelles formes de financement participatif auprès des citoyens du monde entier sur la toile. Son projet, même qualifié de maudit dans le milieu du septième art, aurait sans doute pu récolter les fonds précieux qui manquent cruellement en cette rentrée 2016.

Seize ans après le tournage avorté, Terry Gilliam reste très attaché à ce projet et met tout en œuvre pour que The Man Who Killed Don Quixote arrive dans les salles obscures du monde entier.

Aucune date n’a encore été communiquée pour une reprise du tournage éventuelle mais cette difficulté financière devrait être surmontée d’ici quelques semaines ou quelques mois. Espérons pour les cinéphiles que le producteur Paulo Branco parviendra à trouver les fonds rapidement. La course contre la montre risque pourtant d’être rude et impitoyable pour Terry Gilliam, le réalisateur souhaitait en effet présenter son film au prochain Festival de Cannes.

On croise donc les doigts pour ce génie du cinéma qu’est Terry Gilliam qui mériterait tant d’offrir aux spectateurs ce projet nourri et chéri depuis tant d’années.

Festival Lumière 2016 : Re(Assignment), flingueuse et transgenre…

0

Outre les nombreuses séances proposées aujourd’hui, de Manhattan (Woody Allen) au Mécano de la Général (Buster Keaton), cette deuxième journée du Festival Lumière aura surtout été l’occasion de se frotter à Re(Assignment), dernier film en date de Walter Hill (48h, Driver) qui raconte l’histoire (tordue) d’un tueur à gage se faisant piéger et transformer, contre son gré en… femme !

Passé l’effervescence de la veille, qui aura vu le public lyonnais succomber à l’incandescence du western de George Roy Hill, Butch Cassidy et The Kid, et aux frasques de Tarantino ayant mis le feu à la PlateForme (ndlr : une boite de nuit très courue de la Presqu’Ile), le soufflet est (un peu) retombé sur la ville des frères Lumières. Mais pas assez ceci dit pour enrayer le mouvement des cinéphiles lyonnais qui, bon gré mal gré, continuent de troquer la messe du dimanche pour le confort (comprenez chaleur) d’une bonne salle obscure. Que ça soit Quai des Brumes de Marcel Carné, Peau d’Âne de Jacques Demy, ou La Porte du Paradis de Michael Cimino, toutes les séances sont combles, pour le plus grand bonheur de Thierry Frémaux, décidément insatiable quand il s’agit de jouer au petit comptable et faire état du succès de « son » festival. Mais si ce dernier est en joie aujourd’hui, ce n’est pas pour rien : son festival, jusque ici bestiaire des plus grandes œuvres déjà sorties, s’apprête à rompre à la règle et dévoiler en avant-première mondiale Re(Assignment), le nouveau film de Walter Hill, connu pour son 48h (avec Nick Nolte et Eddie Murphy) ou son Bagarreur (avec Charles Bronson).

Un film atypique

C’est donc au Comoedia, petit cinéma très couru de la Presqu’Ile, qu’il fallait se rendre. Là-bas, aux cotés des bénévoles très reconnaissables avec leur tenue rouge, l’ambiance est présente. On commence à spéculer sur ce que sera le film (rappelons qu’aucune bande-annonce n’a jusque ici filtré sur la toile), on se demande s’il marquera le grand retour de Walter Hill après des années de disette, mais on s’interroge surtout sur son étonnante intrigue. Car, pour son premier passage derrière la caméra depuis 2012, Walter Hill n’a pas fait les choses à moitié. Souhaitant doter son scénario – un basique revenge-movie- d’une tonalité contemporaine, le réalisateur de 74 ans y a joint une thématique jusque ici peu traitée au cinéma : la question du transgenre. Un souhait noble d’autant plus qu’il le transpose d’une manière comique, en faisant de son personnage principal la cible de cette dernière. Et le voilà donc à filmer l’aventure délirante -pour ne pas dire rocambolesque- de Frank Kitchen, un banal tueur qui, après un contrat, se retrouve enlevé par la sœur de l’une de ses cibles, chirurgienne de son état qui décide pour se venger, de le faire passer sur le billard et procéder à une opération de réatribution sexuelle : l’homme animé par la violence devient alors une femme. Pas facile après ça de se venger pour celui qui doit désormais apprendre à connaitre son nouveau corps et à trouver le coupable. Mais alors que le scepticisme règne dans la salle, voilà que Thierry Frémaux, sans doute conscient de tout ça, débarque. Le GO du Festival, après un rapide speech sur le déroulement des festivités, introduit celui grâce auquel tout le monde est présent aujourd’hui dans la salle : Walter Hill. Le réalisateur, accompagné de son producteur Saïd Ben Saïd en profite alors pour livrer quelques détails sur cette œuvre qu’il estime très « personnelle ». Revenant sur le calvaire qu’a été la production, jugée sans surprise comme sans espoir et trop déviante de l’industrie US (« personne ne voulait le produire, c’était sans espoir et je commençais à penser que le film ne se ferait pas »), Hill ajoute qu’il doit la survie de son film à son casting. Pensez donc, en plus d’avoir ramené Michelle Rodriguez (Fast and Furious), le réalisateur américain a pu s’allouer les services de Sigourney Weaver (Alien), Tony Shaloub (Monk) ou encore Anthony LapaGlia (FBI : Portés Disparus). Une belle brochette de talents, qui auront ainsi convaincu le producteur Saïd Ben Saïd, de se lancer dans le projet, bien que timidement au début.

Une ode aux 80’s très confuse…

Puis vint l’heure du film. Très marqué de cette patine série B qui se mêle à une dimension comic surprenante, le film interpelle dès le début. On y voit Rachel Jane (Sigourney Weaver) parquée dans une camisole de force dans un asile psychiatrique, faisant face au psychiatre Ralph Galen (Tony Shaloub), chargé d’évaluer le profil de cette dernière, accusée de démence depuis qu’elle prétend avoir été la cible d’un tueur, jamais retrouvé par les forces de l’ordre. Interrogatoire à fleur de peau, dialogues ciselés, le début est prometteur d’autant qu’il accuse d’un montage alterné et non linéaire, permettant de revenir sur toutes les forces en présences, entre elle, la chirurgienne et le tueur Frank Kitchen (étonnante Michelle Rodriguez), incarnant ici deux galaxies sur le point de se télescoper. Mais très vite, alors qu’on assiste enfin à l’opération de chirurgie qui donne son titre à la bobine, l’oeuvre tout entière accuse le coup d’une certaine paresse. Le récit, embourbé dans des ellipses et autres montages alternés semble confus et multiplie les lieux, quitte à rendre l’intrigue relativement complexe pour un œil non averti. De pair avec cette confusion qui s’agrandit, on assiste pantois à l’effondrement du rythme du métrage qui peine à régaler. Les effusions très 80’s, symbolisées par divers plans et une violence parfois brute n’arrivent cela dit pas à inverser la tendance. Si l’on louera les performances respectives de chacun (mention spéciale à Sigourney Weaver qui impressionne en chirurgienne tarée et fana de Shakespeare), on ne pourra en dire ainsi du reste du film qui se doit donc d’être apprécié comme une série B mineure et loin du talent qu’on aurait pu attendre de Walter Hill. Reste alors un film sympathique mais très inégal, qui ne vaut que pour son intrigue étonnante et les réactions apeurées de Michelle Rodriguez quand elle prend conscience de son corps de femme et qui ne manqueront pas de faire rire.

Réalisé par Walter Hill. Scénario: Walter Hill et Dennis Hamill.

Avec Michelle Rodriguez, Sigourney Weaver, Tony Shalhoub, Anthony LaPaglia, Caitlin Gerard, Ken Kirzinger, Darryl Quon, Brent Langdon, Caroline Chan, Adrian Hough, John Callender, Bill Croft, Terry Chen.

 

Festival Lumière : Butch Cassidy, Tarantino et le Kid…

0

La métropole lyonnaise était à la fête aujourd’hui. Et pour cause, elle lançait les hostilités de son Festival Lumière, événement la voyant se muer le temps d’une semaine riche en surprises et invités, en un cinéma à ciel ouvert brassant autant du coté de Quentin Tarantino que Marcel Carné. Ça valait bien un débrief.

Chaque année, le rituel recommence. En 2015, Thierry Frémaux, insatiable cinéphile au débit mitraillette avait choisi Martin Scorsese, « Marty » pour les intimes ; un cinéaste à la carrière légendaire et à la cinéphilie dévorante. Un an après, et alors que le monde du cinéma ploie sous les attaquées liées à l’inhérent sexisme qui s’y dissimule, voir ce même Frémaux décerner son prix à l’égard d’une femme parait donc tout sauf anodin. Et encore plus quand la femme choisie est l’une des plus grandes de sa profession. Mais, lorsque interrogé sur le sujet, l’actuel Monsieur Loyal du Festival de Cannes botte en touche. « Ce n’est pas une question de politique » dit-il, « c’est une affaire artistique ». Et malgré tout ce qui se dit, on ne peut que lui donner raison. De Jacques Demy à Régis Wargnier en passant par Tony Scott, celle que l’on connait à l’état civil sous le nom de Catherine Dorléac, a depuis longtemps fait état de son talent. Un talent qui ne pouvait se voir ignoré davantage et que Frémaux, accompagné de son fidèle comparse/mentor Bertrand Tavernier a tenu à célébrer par une soirée inaugurale aux airs de manifeste de ce que sera l’évènement : une bonne fête de potes.

Une soirée très détendue…

Car oui, à peine le temps de voir les dernières lueurs de soleil se lézarder sur le carreau de la Halle Tony Garnier que déjà l’ambiance est là. Posée. Du U2 qui tourne à pleins tubes, des festivaliers pressés à la recherche des meilleures places, des bénévoles convertis en vendeur (on vous conseille le T-Shirt), bref ça bourdonne comme dans une ruche qui attend (impatiemment) sa reine. Maintes fois prononcé, susurré et crié, on ne voit cela dit toujours pas Catherine Deneuve arriver. On se contente de Monica Bellucci (sublime), puis Lambert Wilson (fringuant comme jamais),festival-lumiere-quentin-tarantino-thierry-fremaux ou encore Walter Hill, Jerry Schatzberg, Elza Zylberstein, ou plus étonnant, Laurent Wauquiez, qui se fera copieusement huer. Très vite, un va-et-vient se perpétue sur le tapis rouge, le tout au son d’«Ecstasy of Gold» d’Ennio Morricone, comme pour mieux galvaniser une foule déjà (presque) en délire. Thierry Frémaux, en chef de file, multiplie les escortes, accompagnant l’humoriste Ramzy Bédia avec qui il échange une boutade, ou épaulant Line Renaud, 88 ans au compteur. Tout ça pour finalement voir le joyeux brouhaha auquel on venait à peine de s’acclimater, se transformer en un silence de cathédrale lorsque résonne les premières notes de «Little Green Bag», chanson emblématique du Reservoir Dogs de Tarantino et aussi jingle sonore utilisé en long, en large et en travers pour annoncer la venue du natif du Tennessee dans la salle. A peine le temps de réaliser que voilà Mr Pulp Fiction, tout sourire débarquant avec la nonchalance et ce degré de confiance qui le caractérise. Les invités réunis au grand complet, Frémaux peut alors mettre la machine en marche. Il est 18h30, et ça tombe bien car c’est justement l’heure qu’il a choisi pour donner fièrement au public le spot du cru 2016. L’occasion de voir Buster Keaton se mélanger à Park Chan Wook ; Gaspard Noé se frotter à la douceur de l’œuvre de Dorothy Azner, ou encore David Lean (Lawrence d’Arabie) rencontrer Brad Bird (Le Géant de Fer). Bref, encore une fois un programme très éclectique, qui sera cette année encore très vaste car pas moins de 395 séances pour 177 films différents sont à prévoir. Mais, point question pour lui de faire étalage de l’éclectisme du programme puisque Frémaux, très avenant dès lors qu’on parle du festival, se lance dans une (longue) session de remerciements. Il faut dire que vu l’armada déployée chaque année, entre sponsors, bénévoles et autres producteurs, la liste est longue pour remercier quiconque a aidé à transformer cette lubie de cinéphile en festival couru de par la ville. L’occasion pour lui, outre de remercier la métropole de Lyon, puis le couple (disparu) Alice et Bernard Chardière qui ont crée l’Institut Lumière, de se pencher sur ce qui est le thème de ce cru 2016 : les femmes. Qu’elles soient fatales, prédatrices, amoureuses ou dominatrice, elles sont le fer de lance du programme concocté par ses soins et auquel il y a justement dédié un encart, sobrement nommé « Hollywood et les Femmes ». De quoi afficher avec toute la lucidité qu’on lui connait, le signe d’un festival conscient des problématiques inhérentes à la représentation féminine. Il en a dans les idées le Frémaux. Des idées qui justement l’auront incité à proposer Quentin Tarantino comme parrain du film d’ouverture. Sans surprises avec QT, place à un chef d’œuvre du cinéma américain, qui plus est porté par 2 stars incontournables, Paul Newman et Robert Redford : Butch Cassidy et le Kid.

Butch Cassidy & Le Kid : un western majeur.

Western solaire, impertinent et irrévérencieux, Butch Cassidy et le Kid est de l’aveu de Tarantino, un des films les plus marquants du cinéma US. Autant dire une cible de choix pour quiconque s’estime cinéphile, et ce, d’autant plus pour QT qui, émotion aidant, se livre au public et notamment le rapport qu’il entretient vis à vis de ce western. Ainsi, on apprend, non sans curiosité, que c’est le premier film qu’il a vu à Hollywood, et que déjà le ton furibard et très décontracté l’avait séduit (rappelons qu’il n’avait que 6 ans à l’époque).  A l’arrivée, le film est une rareté sans égale. Niché dans une copie pellicule qui en a vu hélas beaucoup d’autres, le film étaye la vie du tandem Butch Cassidy / Sundance Kid, joué respectivement par Paul Newman et Robert Redford. Un duo à l’alchimie imparable, qui fait sans surprise le sel de ce western comique, un brin irrévérencieux et franchement blagueur, surtout quant l’on sait qu’il tend à représenter les derniers jours du célèbre bandit du début du 20ème siècle. Porté par deux acteurs au sommet et une musique sentant bien bond le vintage, le film déploie les moments de bravoures. Entre des attaques de trains, des poursuites à cheval et une balade en vélo sur « Raindrops Keep Falling on My Head », le film déploie une telle sincérité et vitalité en même temps qu’on à peine à penser qu’il fêtera son demi-siècle d’existence dans à peine 3 ans.

Butch Cassidy et le Kid : Bande-Annonce

 

 

Bridget Jones Baby, un film de Sharon Maguire : Critique

Énorme paradoxe : Bridget Jones Baby est une parfaite réussite dans son effort de modernisation sans que sa trame ne se renouvelle réellement. La meilleure preuve que l’on peut faire du neuf avec du vieux.

Synopsis : Alors qu’elle vient de « fêter » ses 43 ans, Bridget Jones déplore que sa vie sentimentale n’ait pas avancé depuis 15 ans. Elle décide de prendre le taureau par les cornes et s’autorise un week-end de beuverie, au cours duquel elle couche avec un bel inconnu américain. De retour à Londres, elle recroise Mark Darcy, son ex, avec qui elle ne peut s’empêcher de passer la nuit. Quelques jours plus tard, elle apprend qu’elle est enceinte… mais ignore de qui.

L’amour a ses raisons que la raison ignore

12 ans. C’est le temps qu’il aura fallu attendre pour retrouver le personnage culte de Renée Zellweger. Qu’on l’ait laissée sur une suite véritablement décevante (pour ne pas dire has-been), nous avait même laissé craindre que cette trentenaire imaginée par Helen Fielding n’avait déjà plus sa place au cinéma. Ses fans regrettèrent pourtant que les studios Working Title n’adaptent pas son troisième roman, publié en 2013 et dans lequel Bridget est veuve et mère de deux enfants(!).  Mais ça y est, Renée Zelweger retrouve son rôle à l’occasion d’un film qui parvient intelligemment à jouer sur ces années qui le séparent des deux précédents. Précisons que cet écart est quelque peu réduit dans la diégèse puisque 15 ans après qu’elle ait fêté ses 32 ans, elle a désormais… 43 ans. Mais il est préférable de fermer les yeux ce détail sans importance, tout comme sur l’ignominieux bashing qu’a subit l’actrice, accusée d’avoir « tué son personnage » à grands coups de chirurgie esthétique. Celle dont on se rappelle comme la « déesse du sexe et de la débauche », qui fumait et buvait trop et se plaignait de ses rondeurs, a à présent mis de côté sa libido, arrêter la clope et la bouteille et perdu ses kilos en trop. C’est ce changement fondamental dans l’appréhension du personnage qui marque une rupture que certains jugeront rédhibitoire.

Mais que l’on se rassure, Bridget Jones reste Bridget Jones. La façon dont est construit ce Bridget Jones Baby semble reposer sur une interrogation constante sur la façon de faire se conjuguer le vieillissement acté de son héroïne et la modernisation de ses aventures. Il ne faut pas oublier que si Bridget Jones est devenu un phénomène de société, c’est grâce au renouveau qu’elle a apporté à la place de la femme dans les codes surannés de la comédie romantique. Depuis cette petite révolution culturelle, de multiples films et séries se sont calés sur le modernisme de cette icone féministe du 21ème siècle. Le seul fait que Bridget soit à présent une « femme d’âge mûr » (une MILF selon ses copines), et qu’elle conserve en tant que tel le rôle principal de cette rom-com reste en soit un fort joli pied-de-nez aux diktats de jeunisme du genre. Il était donc indispensable que le regard sociologique que porte le film sur l’Angleterre de 2016 soit lui aussi en adéquation avec la contemporanéité de ce concept audacieux. C’est ce que parvient à faire le scénario écrit par Emma Thomson en évoquant des problématiques aussi dans l’air du temps que la vulgarité assumée du post-féminisme ou encore l’homoparentalité.

La vie professionnelle de notre héroïne, qui a sacrifié ses velléités de vie de couple pour assurer sa carrière dans un milieu qui est lui-même phagocyté par le tout-numérique, est également une marque du réalisme contemporain dans la représentation des femmes quadragénaires d’aujourd’hui. En cela, le long-métrage a réussi son défi de fixer Bridget Jones dans un contexte qui a autant évolué qu’elle a mûri depuis qu’on l’a quitté, tout en justifiant la transformation qu’elle a subit durant ce laps de temps. Mais qu’en est-il de sa nouvelle (més)aventure amoureuse ? Sur ce point, on peut affirmer que Bridget Jones n’a pas changé d’un poil, en ce sens que son cœur hésite toujours entre passion et sécurité. Sur un schéma finalement similaire à celui du diptyque initial, la comédie romantique se construit sur un triangle amoureux… qui se révèle être tout à fois l’intérêt principal et la limite de ce film. Parce que Renée Zellweger a beaucoup perdu de l’énergie qu’elle pouvait donner à son personnage (elle a vieilli aussi, c’est inévitable), la première partie n’est au fond plaisante que grâce au pur plaisir de la retrouver et au pouvoir d’identification qu’elle véhicule, ce qui ne pourrait pas fonctionner sur le long terme (L’âge de raison l’a prouvé). Fort heureusement, la rencontre entre ses deux amants deviendra l’élément à la fois comique et mélodramatique le plus fort que Bridget Jones Baby ait à nous proposer et qui va assurer son succès.

Même si, face à l’inénarrable Colin Firth, Hugh Grant a cédé sa place de riche beau gosse fantasmatique à la star de Grey’s Anatomy Patrick Dempsey (à noter d’ailleurs que son absence est habilement justifiée), l’alchimie fonctionne à merveille. En cela, ce troisième chapitre de la franchise Bridget Jones est un modèle dans cette volonté d’utiliser de vieux pots pour faire la meilleure des soupes à laquelle Hollywood s’accroche désespérément depuis des années. Sans jamais sombrer dans la facilité de la simple redite, ce scénario prouve qu’il n’est pas nécessaire de se montrer à tout prix original pour que les effets tragicomiques fonctionnent, à la condition que le sujet et le genre soient maitrisés. En l’occurrence, que la réalisatrice du cultissime Bridget Jones’s Diary reprenne les commandes assure à certains passages d’être tout aussi mémorables que cette inoubliable course-poursuite en culotte qui marquait, à la fin du premier opus, la déclaration d’amour de Bridget à son cher Mark Darcy. C’est le cas de l’hilarante scène de l’arrivée à l’hôpital dans laquelle la complémentarité des deux hommes trouve son sens. S’achevant sur une fin ouverte, qui nous laisse un éventuel quatrième épisode toujours plus piquant, cette comédie romantique du meilleur cru parvient à redonner au personnage de Bridget Jones le statut qu’elle mérite, celui d’icône intemporel de la culture pop.

Bridget Jones Baby : Bande-annonce

[irp posts= »64635″ name= »Poesia Sin Fin, un film d’Alejandro Jodorowsky : Critique »]

Bridget Jones Baby : Fiche technique

Réalisation : Sharon Maguire
Scénario : Emma Thompson et Dan Mazer, d’après les personnages de Helen Fielding
Interprétation : Renée Zellweger (Bridget Jones), Patrick Dempsey (Jack Qwant), Colin Firth (Mark Darcy), Jim Broadbent (Mr. Jones), Emma Thompson (Dr. Rowlins)…
Photographie : Andrew Dunn
Montage : Melanie Oliver
Direction artistique : David Hindle et Jonathan Houlding
Décors : Roya Fraser et Sara Wan
Création des décors : John Paul Kelly
Costumes : Steven Noble
Musique : Craig Armstrong
Production : Working Title Films, Universal Pictures
Budget : 35 000 000 $
Producteurs : Tim Bevan, Eric Fellner et Debra Hayward
Co-producteur : Jane Robertson
Distributeurs : StudioCanal
Durée : 123 minutes
Genre : Comédie, Romance
Date de sortie : 5 octobre 2016

Grande-Bretagne – 2016

[irp posts= »78115″ name= »Le Ciel Attendra, un film de Marie-Castille Mention-Schaar : Critique »]

Takashi Miike va adapter le manga Jojo’s Bizarre Adventure dans un film live

0

Après s’être attaqué à d’autres mangas dans sa carrière comme Ichi The Killer ou Terra Formars (présenté à L’Etrange Festival il y a tout juste quelques semaines), Takashi Miike est annoncé pour l’adaptation de JoJo’s Bizarre Adventure : Diamond is Unbreakable – Chapitre 1.

Ce projet de transposition du manga culte en film live et complètement frappadingue sous la houlette de Takashi Miike est le fruit d’une collaboration entre Warner Bros et la Toho.

Ce manga japonais est une œuvre créée par Araki Hirohiko dans les années 1980. La série est toujours en cours de publication au Japon.

Le lecteur est confronté au destin de la famille Joestar sur plusieurs générations dans des mondes parallèles et des époques différentes. De nombreux combats ont lieu entre les personnages. La plupart d’entre eux font appel à des esprits, des totems appelés les stands, qui se battent à leurs côtés et à leur place dans des affrontements titanesques. Ces combats sont bien plus rythmés et surprenants que les combats de Pokémons.

Dans ce nouvel arc qui sera adapté par Takashi Miike, Dio a été terrassé, la famille Joestar vit dorénavant en paix. L’histoire nous plonge dans le quotidien d’un lycéen Higashikata Josuke au look de voyou.

Jotaro Kujo va découvrir que Josuke est le fils illégitime de Joseph Joestar. Il décide de s’installer au cœur de la ville de Morio pour enquêter sur le jeune homme. La surprise sera de taille lorsqu’il découvre que de nombreux utilisateurs de stands s’affrontent en ville. Ils retrouveront l’homme traqué depuis plus de 20 ans, Yoshikage Kira, un tueur en série inarrêtable.

Le premier tome de JoJo’s Bizarre Adventure est sorti aux éditions Shueisha en 1986 au Japon. Le chiffre impressionnant et quasi-encyclopédique de 107 tomes publiés à ce jour démontre la variété et la longévité du manga.

Une série animée tirée du manga JoJo’s Bizarre Adventure est disponible en France chez Déclic Images, l’éditeur d’OAV en DVDs et en Blu-rays, pour ceux qui voudraient se familiariser avec l’univers du manga avant de voir la version cinéma survitaminée de Takashi Miike.

Une nouvelle série animée est sortie en 2012 et de nombreux jeux de combat ont vu le jour avec la licence JoJo’s Bizarre Adventure ces dernières décennies sur Dreamcast, PS3 et PS4.

Takashi Miike va donc s’attaquer à la partie la plus récente du manga, de l’anime en cours de diffusion au Japon (l’arc Diamond is Unbreakble).

Espérons que le réalisateur japonais retrouve la flamme et l’inspiration en adaptant ce manga pour ce film qui, en cas de succès, pourrait déboucher sur plusieurs suites.

Le casting a été dévoilé et regroupe les acteurs Kunimura Jun (The Strangers), Nana Komatsu (The World of Kanako), Yamada Takayuki (Terra Formars), Kento Yamazaki, Masaki Okada, Yusuke Iseya, Ryunosuke Kamiki.

Le film devrait débarquer dans les salles au Japon lors de l’été 2017.

 

 

Don’t Breathe – La Maison des ténèbres, un film de Fede Alvarez : Critique

A 38 ans, le « jeune » uruguayen Fede Alvarez, auteur du remake controversé-mais-qui-a-pourtant-fait-sensation Evil Dead en 2013 a su marquer son style, en osant composer avec une nervosité maîtrisée et une esthétique quasi gothique extrêmement soignée.

Synopsis : Pour échapper à la violence de sa mère et sauver sa jeune sœur d’une existence sans avenir, Rocky est prête à tout. Avec ses amis Alex et Money, elle a déjà commis quelques cambriolages, mais rien qui leur rapporte assez pour enfin quitter Détroit. Lorsque le trio entend parler d’un aveugle qui vit en solitaire et garde chez lui une petite fortune, ils préparent ce qu’ils pensent être leur ultime coup. Mais leur victime va se révéler bien plus effrayante, et surtout bien plus dangereuse que ce à quoi ils s’attendaient…

On reprend les mêmes et on recommence. Sam Raimi et Robert Tapert chez Ghost House Pictures, le co-scénariste, le compositeur Roquo Baño (considéré comme l’un des meilleurs d’Espagne) et l’actrice Jane Levy. Le cinéaste nous propose un nouveau film d’horreur qui a fait sensation lors de sa sortie au point de rester à la tête du box office américain 3 semaines consécutives à la fin de l’été (devant Suicide Squad et Kubo et l’armure magique). Réunissant plus de 84 millions de fidèles sur 5 semaines d’exposition – il est encore en circuit, le chiffre risque de grimper de quelques millions – et sorti plus d’un mois après en France, il est temps d’accueillir un véritable film de genre de qualité. Il n’existe aucun rapport de près ou de loin avec It Follows, dont l’avis diverge la rédaction, si ce n’est un des personnages du film (Daniel Zovatto as Money, le copain gangsta de Rocky). Mais les références ne manquent pas. Le pitch sonne étrangement comme Le Sous-sol de la peur (The People Under The Stairs) de Wes Craven, sorti en 1992 quasi incognito sur un cambriolage de nuit qui va mal tourner et les intérieurs se ressemblent tous. Mister Babadook, Conjuring 1The Enfield Haunting, Insidious… La faute aux architectes d’intérieurs américains ? On s’attend toujours à du pur divertissement et c’est pourquoi le genre a toujours été sous-estimé ou déprécié par la critique et autres intellectuels se disant cinéphiles. Assistons-nous ici à une révolution ou un énième produit de consommation?

« J’ai essayé de créer un univers lumineux fait de différentes couleurs et textures. L’éclairage mêle lumière douce et lumière crue, lumière chaude et lumière froide, ce qui le rend très intéressant sur le plan visuel » (Propos de Fede Alvarez issu du dossier de presse)

La photographie est assurément le premier point fort. Encore une fois, presque chaque plan est pensé comme une réelle composition visuelle avec des effets de travelling optiques ou compensés (c’est la même chose) créant toujours une sensation de vertige (cf.scène de la montée des marches dans Vertigo d’Hitchcock) et de ralentis ou de flous qui, montés les uns aux autres, s’articulent comme une « œuvre d’art », ou création artistique si le premier est trop connoté. Il est rare qu’une séquence entière soit tournée dans l’obscurité totale en vision scotopique (rappelez-vous Fort Boyard dans des tunnels sous-terrains dans lesquels les participants criaient au moindre touché inconnu). Cette cécité nous est imposée dans un but bien précis et non gratuitement par pure sensation. Thématique principale, caractéristique du personnage dit psychopathe, ce handicap devient motif et leitmotiv. Voir, c’est comprendre, discerner, concevoir, se représenter, les synonymes sont diverses et l’aveugle renvoie à l’occulté, à l’indistinct et l’ambigu. Ici le manichéisme habituel ne fonctionne plus. Les deux camps sont constamment inversés, les méchants cambrioleurs deviennent victimes et le gentil vieillard est un féroce soldat prêt à tout pour se défendre. Et ce glissement ne cesse de balancer au point relatif de perdre une certaine empathie.

Mais en plus d’être intelligiblement et visuellement construit, Don’t Breathe questionne en même temps qu’il surprend. A la manière du remake de Craven encore, La Dernière Maison sur la Gauche de Denis Iliadis en 2009, le concept de vengeance est à double tranchant et chacun des protagonistes à son bout de gras à défendre et son lot de culpabilité à assumer. Le physique de Dylan Minnette, déjà habitué des plateaux, (Scandal, Marvel: Les Agents du S.H.I.E.L.D., Prison Break, Lost… et la future série drama/mystery Netflix Thirteen Reasons Why adapté du best seller de Jay Aher) transpire d’une innocence constamment en alerte. Même si la morphologie du personnage féminin de Rocky, joué par Jane Levy, n’a rien de singulier, ses intentions d’héroïne soulignées exagérément par une mère égoïste et « agressive » suffisent à faire d’elle une victime dans le besoin. Rodo Sayagues, le co-scénariste serait apparemment le pendant turbulent et subversif, car Fede Alvarez tempère et cherche l’équilibre tandis que son partner in crime tend à l’ébranlement, au déchaînement.* On lui doit donc la scène où toute la salle ne peut s’empêcher de rire écœurée en éprouvant un reflux gastrique. La complémentarité fonctionne et visiblement agit sur notre écoute et notre attention. L’ouverture en trompe l’œil, ainsi que les multiples rebondissements qui, pour une fois, sont crédibles et de ce fait valent le coup d’être remarqués, contribuent au pouvoir attractif de tout film d’horreur. Dernièrement, Conjuring 2 s’élançait dans des hauteurs abyssales faisant de James Wan un cinéaste du genre accompli, Dans le noir de David F. Sandberg pâtissait d’une faiblesse de moyens mais touchait par sa sincérité et cela dû au travail du réalisateur passionné hors circuit jusqu’à maintenant, puis Blair Witch s’enfonce dans ce qui faisait l’originalité du premier sans retenue ni modestie. Ring et Ouija 2 perpétueront-ils l’élan enthousiaste vers une modernisation du genre ? Il est certain que Don’t Breathe ajoute sa pierre à l’édifice.

Il y a quelque chose de Carpenter dans l’ambiguïté développée des personnages et de la question du handicap torturé, sans parler de l’athéisme revendiqué, de L’Exorcisme dans ce jeu de lumière contrasté, la satire sociétale digne d’un Romero (le replis sur soi dans une ville en déclin, car le choix de Détroit n’est pas anodin et l’aliénation, l’aveuglement est un fléau à combattre surtout en période d’élections américaines face à Trump), de Jusqu’en enfer de Sam Raimi par le maquillage de l’aveugle sa démarche désincarné maladroite, de Dario Argento et sa sensibilité chromatique… Sans oublier de citer l’adaptation ciné de Kubrick, le chien diabolique Cujo par l’inconnu Lewis Teague en 1983 ! Mais savez-vous que les trois principales références d’Alvarez ont été Psycho d’Hitchcock, Bande à part de Godard et Panic Room de Fincher? Le premier pour la construction scénaristique en entonnoir qui déplace la première mort rapidement survenue vers une enquête intérieure et une lutte pour sa propre survie sous forme de thriller. Le deuxième pour la dynamique triangulaire des cambrioleurs. Et la troisième pour la réalisation en huis clos inversée (de l’intérieur vers l’extérieur et non l’inverse). Il est certain que Don’t Breathe convainc par sa fraîcheur et ses différents niveaux de lecture élevant l’objet en une véritable création et rare est de constater que peu de réalisateurs dépassent les limites de ce qui se fait habituellement. Fede Alvarez et son acolyte Rodo Sayagues tenter d’émuler les plus grands et vraisemblablement, avec ses confrères Aja, Roth et le moins productif Laugier, une révolution est en marche. Citons les nouveaux noms David F. Sandberg et Andrés Muschietti (Mama en 2013 remarqué à Gerardmer). Il signera l’adaptation ciné de Ça en 2017 d’après Tommy Lee Wallace pour le petit écran avec Tim Curry… Et cela tombe bien,  notre prochaine rétro sera dédiée à Stephen King !

Pour revenir sur la dernière édition du Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg, suivez le guide.

Pour voir l’interview de Stephen Lang

Don’t Breathe, la maison des ténèbres : Bande Annonce

Don’t Breathe, la maison des ténèbres : Behind the scenes

Don’t Breathe, la maison des ténèbres : Fiche Technique

Titre original : In The Dark, puis Don’t Breathe.
Réalisation : Fede Alvarez
Scénario : Fede Alvarez et Rodo Sayagues
Interprétation : Stephen Lang (l’aveugle), Jane Levy (Rocky), Dylan Minnette (Alex), Daniel Zovatto (Money), Emma Bercovici (Diddy), Franciska Töröcsik (Cindy)
Image : Pedro Luque
Montage : Eric L. Beason, Louise Ford et Gardner Gould
Musique : Roque Baños
Décors / Costumes : Zsuzsa Mihalek / Carlos Rosario
Production : Naaman Marschall, Sam Raimi, Robert Tapert
Sociétés de production : Ghost House Pictures, Good Universe, Screen Gems Inc. et Stage 6 Films
Budget : 9 900 000 $
Genre : Horreur Thriller (interdit au moins de 16 ans)
Durée : 88 minutes
Sortie France : 05 octobre 2016

Etats-Unis – 2016

L’Arme Fatale, une série de Matt Miller : critique du pilote

Bien que les remakes aient toujours existé, force est de se demander si Hollywood éprouve ces dernières années une certaine nostalgie, ou si la ressortie de ses beaux succès s’apparente au contraire à une course effrénée à la planche aux billets verts. Bien que ce phénomène touche essentiellement le cinéma, l’univers des séries télé n’est pas pour autant épargné. Rien que sur le mois de septembre, on ne dénote pas moins de deux lancements de séries ayant fait les beaux jours des studios les années passées : L’Exorciste, adapté du roman de 1971 de William Blaty et surfant sur la franchise du même nom, et MacGyver, reboot misant avant tout sur le lifting de son univers (personnages jeunes, nouvelles technologies…). Pavés de bonnes idées (surtout pour l’Exorciste), ces deux lancements ne connaissent cependant pas le succès escompté auprès du public. Il faudra désormais ajouter à cette liste L’Arme Fatale.

Synopsis : Veuf depuis la mort tragique de son épouse enceinte, Martin Riggs, flic texan et ancien de la Marine, prend un nouveau départ à Los Angeles. Il devient le co-équipier du détective Roger Murtaugh, lequel a récemment subi une crise cardiaque « bénigne » et doit à tout prix éviter les situations de stress. Un duo de choc qui risque de faire des étincelles, entre l’un prudent et l’autre trop imprévisible.

Pétard mouillé

Nul besoin de présenter cette série de 4 films, célèbres comédies policières des années 80-90, popularisé par la réalisation dynamique de Richard Donner, l’écriture de Shane Black, et surtout son duo de flic improbable. D’un côté, Roger Murtaugh, inspecteur intègre, mari et père de famille respectable, prudent, réfléchi ; de l’autre, Martin Riggs, flic imprévisible, casse-cou et impulsif, tendance suicidaire depuis le décès tragique de son épouse. Ce duo populaire a ainsi rendu ses lettres de noblesse au genre du buddy movie qui a connu une forte tendance à la hausse à cette époque. Sur le papier, l’idée d’un renouveau n’était pour ainsi dire pas désagréable en soi, de par la popularité des deux protagonistes et la réussite artistique des films, si l’on acceptait toutefois de ne pas se laisser entrer dans les préjugés négatifs des reboots et voir ainsi une nouvelle version qui se démarquerait de l’originale. Il n’en est cependant rien : cette série, hormis le titre, n’a rien de L’Arme Fatale.

Le principal défaut qui saute aux yeux de cette version vient de l’écriture. Pour une fois, ce n’est pas tant le scénario et la trame principale de ce pilote le véritable problème. L’intrigue s’apparente ni plus ni moins à la majorité des histoires policières et autres séries B de l’époque voire actuelles (enquête sur un meurtre impliquant un trafic de drogue), et en soit ne s’éloigne pas tant que cela de l’intrigue des films d’origine. Là où le bât blesse particulièrement est dans l’écriture des personnages, mais surtout dans le développement de leur relation. C’est bien simple : en même pas un quart d’heure, les bases sont posées, et l’apogée de la relation Riggs/Murtaugh semble atteinte. Comme s’ils s’étaient toujours connus, les deux flics réussissent  déjà à se cerner mutuellement, et à maitriser leurs différents afin de travailler en équipe. Bien sûr, le pilote est là pour exposer les enjeux, et donner le fil conducteur de la saison au spectateur. Mais un minimum de développement n’aurait pas entraîné ces soucis de cohérence, et aurait surtout installé un sentiment d’empathie vis-à-vis de ces deux personnages, victimes collatérales de cette rapidité d’installation.

Ce problème n’empiète pas vraiment sur le personnage de Murtaugh : Damon Wayans, un des membres de la célèbre fratrie et œuvrant essentiellement dans le domaine de la comédie reste fidèle à lui-même. Il fait le job, sa composition oscillant entre instants comiques et gravité plus dosée. Par ailleurs, Clayne Crawford nous fait vraiment regretter Mel Gibson. La principale caractéristique de Martin Riggs – sa tendance suicidaire après le décès de sa femme et donc son impulsivité à régler des situations dangereuses – est survolée à tel point qu’on ne s’attache pas du tout au personnage ni à ses faiblesses. Ses failles n’entrainent aucune émotion, ses frasques aucun rire, voire sourire. Il apparaît seulement comme étant le coéquipier intrépide de Murtaugh, et rien de plus. Inutile également de parler des autres personnages, purement anecdotiques. La psychologue qui sera plus tard mise à mal par Riggs est interprétée par Jordana Brewter, nous montrant son joli minois et sa passivité la plus totale, tandis que le supérieur hiérarchique des deux héros n’a en tout et pour tout que deux répliques, là où les interactions de ce trio dans les films donnaient lieu à de véritables scène comiques.

Mais si L’Arme Fatale version télé marque des points, c’est davantage dans sa forme et la tenue correcte de son récit. Bien que l’image puisse laisser à désirer sur certaines scènes, la faute à des filtres entrainant des couleurs bien trop criardes, le rythme de l’épisode est assez soutenu. Réalisé par McG, un artisan (sans génie mais quand même) du genre action (Charlie et ses drôles de dames, Terminator Renaissance, Target…), les quelques scènes d’action ponctuant l’enquête restent classiques mais efficaces, la plus mémorable étant la course poursuite en voiture se terminant sur le circuit d’un grand prix. Classique mais suffisamment bien emballée pour y accorder de l’intérêt, l’épisode se suit donc sans ennui, ce qui est le minime pour un pilote.

A force de dépoussiérer les vieux mythes, on peut finir par se brûler les ailes. Intentions louables, papier alléchant, et voulant miser avant tout sur le capital nostalgie de l’œuvre originale, ce premier épisode de L’Arme Fatale reste néanmoins une déception. Loin d’être totalement raté, mais plombé par des défauts d’écriture évidents, l’épisode se suit tout juste grâce à l’efficacité de sa réalisation. Reste à savoir si le reste de la saison comblera ces défauts, et rendra honneur au duo de flics le plus déjanté des années 80-90.

L’Arme Fatale : Fiche Technique

Créateur : Matt Miller
Réalisation : McG
Scénario : Matt Miller
Interprétation : Damon Wayans (Roger Murtaugh), Clayne Crawford (Martin Riggs), Jordana Brewter (Dr Maureen « Mo » Cahill), Keesha Sharp (Trish Murtaugh), Kevin Rahm (Cpt Brooks Avery)…
Directeur artistique : Eddie Matazzoni
Musique : John Kramon, Ben Decter
Production : Matt Miller, Dan Lin, Jennifer Gwartz, McG
Genre : Comédie, Policier
Format : 13 épisodes
Chaine d’origine : FOX
Diffusion aux USA : Depuis le 21 septembre 2016

Etats-Unis – 2016

 

Du 8 au 16 Octobre 2016 : Le Festival Lumière illuminera la ville de Lyon !

0

La cité rhodanienne s’apprête à accueillir, comme depuis 2009, le Festival Lumière, un événement dédié à la cinéphilie voyant Thierry Frémaux, directeur du Festival de Cannes, saluer, au détour d’une programmation très éclectique (Buster Keaton, Park Chan Wook, Walter Hill) l’immense carrière d’une grande dame du cinéma : Catherine Deneuve.

Après Clint Eastwood, Milos Forman, Ken Looach, Gérard Depardieu, Quentin Tarantino, Pedro Almodovar et Martin Scorsese, place donc à une autre légende du cinéma, mais féminine cette fois : Catherine Deneuve. Celle qui s’est illustrée devant la caméra des plus grands, de Jacques Demy (Les Parapluies de Cherbourg) à Régis Wargnier (Indochine) en passant par Tony Scott (Les Prédateurs), est en effet à l’honneur de cette 8ème édition du Festival Lumière, événement cinéphile niché en plas pays lyonnais qui a, à cœur de lever le voile autant sur des œuvres méconnues que sur de grands classiques. Vu la bonhommie king size de son artisan, Thierry Frémaux (lyonnais pur souche), autant dire qu’on attendait une programmation alléchante. Et c’est peu de le dire puisque le Big Boss de la Croisette a encore régalé ses invités en proposant un listing ratissant large, passant de Buster Keaton à Gaspard Noé, et de Dorothy Azner à Bertrand Tavernier. Des séances en pagaille (Bleeder de Nicolas Winding Refn, Mademoiselle de Park Chan Wook, Le Mécano de la General de Buster Keaton, Driver de Walter Hill, ou Lawrence d’Arabie de David Lean), des master-class audacieuses (Quentin Tarantino, Gaspard Noé, Walter Hill, Park Chan Wook) et plusieurs soirées à regarder de près (La Nuit Bande de Potes, celle sur Park Chan Wook), bref autant dire que la cuvée 2016, forte de 390 séances et 180 films saura être à même de plaire quiconque s’estime un tant soit peu cinéphile.

Festival Lumière : Bande-annonce de l’évènement 

Le Festival Lumière se déroulera du 8 au 16 Octobre 2016 !

Lien vers la Billetterie ici !

 

Musique Mr. Robot : l’électro anxiogène et contemporaine de Mac Quayle

La distorsion schizophrénique entre « l’ambient » de Mac Quayle et l’esthétisme froid de Sam Esmail.

Musique Mr. Robot – la BO / Trame sonore / Soundtrack

Mr. Robot est une œuvre singulière dans la sphère télévisuelle. Avec ses atouts cinématographiques évidents, sa tendance à utiliser des thématiques qui retracent tous les recoins de ses épisodes, la série s’avère néanmoins remplie d’influences notables. Alors qu’il aurait pu s’époumoner dans les catacombes de son référentiel, Sam Esmail a su ancrer sa création dans une réalité qui lui est propre. Oui, Mr. Robot parle au cinéma de David Fincher : l’ambivalence entre la schizophrénie et le terrorisme existentiel (Fight Club), le monde asocial de l’informatique et la modernité technologique (Millenium), le changement de statut des relations humaines actuelles (The Social Network et Gone Girl). Mais ce n’est pas tout.

Car ce qui fait la magie des derniers films de David Fincher, provient aussi de sa collaboration avec Trent Reznor et Atticus Ross : où la science visuelle devenue minimaliste du réalisateur américain s’incorpore parfaitement avec les ondes sonores et brumeuses de Trent Reznor. Et pour en revenir à Mr. Robot, il est important de notifier que la composition musicale qui parcourt la série se rapproche nettement du travail du duo Reznor/Ross, mais sans jamais tomber dans le plagiat. Et c’est là toute la beauté, voire toute la qualité de la symphonie prégnante de Mr. Robot. La série s’inscrit idéalement dans la conscience collective et est la représentation adéquate de la modernité artistique : savoir ingurgiter une culture artistique sans pour autant faire du copier/coller.

Au contraire, Sam Esmail et toute son équipe ont su, au fil de deux saisons bien distinctes dans leur traitement, intégrer leurs idées sans phagocyter leur personnalité. Ce travail de démystification commence par la partition de Mac Quayle et son aptitude à pouvoir accompagner les troubles psychologiques d’Elliot, au bord du gouffre psychotique notamment dans la deuxième saison. A l’image de sa bande originale, la série tentera de faire cohabiter ses deux principales intentions : continuer la fabrication d’un récit qui prend la structure d’un thriller policier autour du monde informatique où le FBI poursuivra les membres de FSociety et la démystification d’une narration plus étalée, ambiguë, qui joue sur la psychologie labyrinthique de ses protagonistes.

Pouvant à la fois faire preuve de pragmatisme et tomber dans la paranoïa la plus stridente, les pistes qui peignent les épisodes de Mr. Robot modifient leurs effets en se fondant dans le décor : une électro « ambient » qui répond à la froideur de la mise en scène, les secousses de basses lourdes qui percutent les affres identitaires et aliénants d’Elliot et des mélodies à la rythmique élégiaque montant crescendo qui décomptent le suspense et qui entourent le sort de nos protagonistes.

Tout un arsenal, une variété de style aussi minimale que grandiloquente. Outre la dramaturgie existentielle qui est le sillon préférentiel de la série et qui voit les différentes partitions s’accommoder de cette intimité forcenée, Mr. Robot est aussi un miroir de la société : que cela soit par le biais de son environnement grisâtre ou le sentiment de solitude qui se prolifère comme un malware informatique. Dans ses fondations sonores, Mac Quayle pousse le vice encore plus loin : se fait parfois bruitiste, envoûtant ou même « noisy » dans ses courbures plus cinglantes. Le choix d’une musique électronique pour cartographier cet univers moderne et hypocrite était d’une évidence même, surtout dans ses dispositions à afficher cette prédominance informatique, à cet enfermement analogique et la mélancolie par écran interposée : où une série télévisée devient un consensus entre le cinéma de Fincher, le film Her de Spike Jonze et Hacker de Michael Mann.

La musique de Mac Quayle n’a pas qu’un simple intérêt : certes, l’introspection et la traduction d’émotion est sa force première. D’ailleurs, dans cette faculté à traduire le langage de l’image par l’utilisation de mélodies n’est pas étonnant lorsqu’on apprend que Mac Quayle est le compositeur de la série déjantée American Horror Story et est surtout un collaborateur de l’omniprésent Cliff Martinez et ses compositions luxuriantes. Le hasard fait bien les choses me direz-vous. Sauf que Mr. Robot n’est pas qu’un simple récit initiatique, le récit s’aventure dans le hacking et le piratage informatique, d’où en découlent des enjeux policiers : Mac Quayle adapte ses beats, ses grésillements et diversifie ses instruments (piano, batterie, synthétiseurs) avec des ruptures analogiques. Distorsions sonores, bourdonnement mystérieux, thèmes répétitifs, étirés de manière à étouffer le plus possible : Mac Quayle agence avec minutie son anxiété contemporaine.

Tout comme l’esthétisme de la série, Mac Quayle déchiffre l’immobilisme de l’image mais aussi la mouvance de l’action : suivant la structure dramatique de Mr. Robot, tout en permettant d’aérer les séquences et de modifier la cadence des ruptures de tonalités. Tout comme la série, l’orchestration électronique de Mac Quayle est anxiogène, teintée d’une souffrance dissoute et qui à certaines reprises, atteint des pics d’émotions inattendus. Dans ses nappes électroniques dont certaines accoutumances ressemblent à s’y méprendre à l’ambient de Gas ou The Sight Below, l’architecture sonore de Mac Quayle n’est pas d’une efficacité pop immédiate mais accouche d’une musique d’ambiance qui aurait autant sa place dans un film d’auteur que dans un blockbuster. Outre son thème plus enlevé et épique, l’ensemble est parfois opaque dans ses transitions et demande alors à l’auditeur de s’immerger plus profondément dans des méandres sensoriels qui captent autant l’essence de l’horreur que la torpeur du thriller. Mais le voyage en vaut vraiment le détour. A noter que Mac Quayle a remporté un prix aux Emmys, celui de l’ « Outstanding Music Composition For A Series  » pour l’épisode « hellofriend eps1.0_. mov ».[irp posts= »74765″ name= »Musique The Neon Demon: l’électro robotique et enivrante de Cliff Martinez »]

Musique Mr. Robot Tracklist

Saison 1:

01. 0_1-Hellofriend. Wav (01:16)
02. 1. 0_2-Oneincontrol. Aiff (04:40)
03. 1. 0_3-Fucksociety. Mp3 (02:13)
04. 1. 0_4-M0Rphine. Aac (01:56)
05. 1. 0_5-Pierrerloti. Au (02:59)
06. 1. 0_6-Leavem3Here. Flac (01:20)
07. 1. 0_7-Waitfortheq. Ogg (02:23)
08. 1.0_8-Whatsyourask.M4P (01:38)
09. 1. 0_9-Flipper. Bwf (03:39)
10. 1. 1_1-One6Away. Caf (01:41)
11. 1. 1_2-Wearefsociety. Sd2 (01:32)
12. 1. 1_3-Oneor0. Wma (03:08)
13. 1. 1_4-Hateurself. Ra (03:24)
14. 1. 1_5-Illusionofchoice. Mp3 (04:03)
15. 1. 1_6-Believe-In-Erasing. Au (01:34)
16. 1.2_1-Iwillbecto.M4P (03:12)
17. 1. 2_2-Humanpunchingbag. Aiff (02:49)
18. 1. 2_3-Therealshayla. Wav (02:32)
19. 1. 3_1-Ichosethis. Ogg (01:43)
20. 1. 3_2-Everyrev0Lution. Ra (02:26)
21. 1. 3_3-Betterthanm0Rphine. Aac (03:21)
22. 1. 3_4-Allsafevirus. Bwf (01:55)
23. 1. 3_5-Da3M0Nsneverstop. Caf (02:11)
24. 1. 4_1-Squ4Rewiththeuniverse. Wma (02:57)
25. 1. 4_2-Impenetrable. Sd2 (02:23)
26. 1. 4_3-Billharper. Mp3 (03:53)
27. 1. 4_4-Exploitingtyrell. Wav (02:06)
28. 1. 4_5-Revenge1Syourweakn3Ss. Ra (01:40)
29. 1. 4_6-N0Execution. Au (02:24)

Saison 2:

01. 5_1-Askingthe1Mpossible.M4P (03:18)
02. 1. 5_2-Hackthepolice. Mp3 (03:35)
03. 1. 5_3-Trustyourself. Bwf (03:34)
04. 1. 5_4-Issacsbestmove. Bwf (04:15)
05. 1. 5_5-Mybestmove. Ra (05:04)
06. 1. 5_6-Veraliber4Ted. Aiff (04:10)
07. 1. 6_1-V1Ew-S0Urce. Ogg (02:43)
08. 1. 6_2-A-Way-Out. Wav (03:13)
09. 1. 7_1-Consumatesurvivor. Caf (02:08)
10. 1. 7_2-Darlenesgun. Aac (02:29)
11. 1. 7_3-In0Urgrasps. Ogg (01:49)
12. 1. 7_4-Wh1Ter0Se. Flac (05:10)
13. 1. 7_5-Mrrobot & Tyrell. Wma (02:08)
14. 1. 8_1-Imcrazy. Aiff (05:15)
15. 1.8_2-Mostdangerouscar.M4P (02:46)
16. 1. 8_3-Ch4Ngefromwith1N. Au (04:13)
17. 1. 8_4-Oneconstant. Caf (03:31)
18. 1. 2_3-Therealshayla. Wav1. 9_1-Waltznumber2. Bwf (03:33)
19. 1. 9_2-Wearefinallyaw4Ke. Ra (01:41)
20. 1. 9_3-Johannaphishes. Wav (02:44)
21. 1. 9_4-Forcerobotshand. Sd2 (01:51)
22. 1. 9_5-Urmygod. Ogg (01:48)
23. 1. 9_6-Nothingisreal. Ra (02:48)

Le Ciel Attendra, un film de Marie-Castille Mention-Schaar : Critique

À l’heure où les croyances se heurtent, où les idéologies se fissurent et les sensibilités sont exacerbées, comment parler d’un sujet aussi brûlant que la radicalisation ?

Le Ciel Attendra n’est pas un documentaire. Il ne s’agit pas d’observer tel ou tel individu et de décortiquer ses moindres faits et gestes comme un animal en cage. Il ne s’agit pas non plus de porter un jugement, de choquer ou d’imposer une façon de penser. Le Ciel Attendra est une fiction, et comme n’importe quelle fiction, son but est de raconter une histoire. Des histoires. Celles de jeunes filles, de leurs parents, de leur entourage qui souffre face à l’incompréhension, à la peur et au désespoir.

Synopsis : Sonia, 17 ans, a failli commettre l’irréparable pour « garantir » à sa famille une place au paradis. Mélanie, 16 ans, vit avec sa mère, aime l’école et ses copines, joue du violoncelle et veut changer le monde. Elle tombe amoureuse d’un « prince » sur internet. Elles pourraient s’appeler Anaïs, Manon, Leila ou Clara, et comme elles, croiser un jour la route de l’embrigadement… Pourraient-elles en revenir ?

Marie-Castille Mention-Schaar est une habituée des sujets sensibles et des destins croisés. En 2012, elle réalisait Bowling, son premier long métrage mettant en scène quatre femmes unies pour défendre une maternité sur le point de fermer. En 2014, elle racontait l’histoire vraie d’une enseignante au Lycée Léon Blum de Créteil, décidée à faire participer sa classe de Seconde la plus faible à un concours national d’Histoire, dans Les Héritiers. Deux ans plus tard, la réalisatrice s’attaque au processus d’embrigadement dans Le Ciel Attendra, un film poignant au sujet brûlant.

À cœurs ouverts 

Le rythme du film repose sur trois destins, soumis à une mise en scène énergique à base de cut, contrastant avec la lenteur du processus qui s’opère en chacun des personnages. Le spectateur suit trois personnalités dans leur combat personnel, des êtres froissés, chacun en quête de sens, dont on va progressivement découvrir l’histoire, les accompagnant dans leur intimité.

Sonia est une adolescente qui ne rêve que d’une chose, s’enfuir de chez elle pour retrouver ses « sœurs » et partir en Syrie après une première tentative avortée. Mélanie, jeune fille au cœur tendre et idéaliste tombe dans une relation qui va peu à peu changer sa façon de voir le monde. Sylvie est une femme anéantie par un événement qui semble avoir bouleversé sa vie.

Les personnages de Marie-Castille Mention-Schaar sont des rêveuses, des mains de velours dans des gants de fer, chacune se battant pour une cause qu’elle croit juste, un idéal qu’elle n’arrive pas à atteindre.

Pour écrire et réaliser son film, Marie-Castille Mention-Schaar a fourni un important travail de recueillement de témoignages et de réflexion, tout comme les deux interprètes principales du film, Noémie Merlant et Naomi Amarger, respectivement Sonia et Mélanie dans le film. Une intense préparation perceptible, puisque que l’on sent le sujet maitrisé, du jeu troublant des acteurs à la façon de les mettre en scène et de les filmer.

Un casting aux petits oignons

Pour son troisième long-métrage, la réalisatrice offre à Naomi Amarger son deuxième rôle au cinéma et la jeune actrice épate par son savoir-faire. À ses côtés, Noémie Merlant dont le talent n’est plus à prouver tant les émotions qui l’habitent touchent et dérangent. Une équipe de choc si l’on en croit Marie-Castille Mention Schaar qui ne se sépare plus de ses deux jolies trouvailles. La réalisatrice révèle même avoir écrit le film pour elles. Une belle histoire d’amour qui avait débutée deux ans auparavant lors du tournage du film Les Héritiers, qui avait révélé les deux actrices. Sandrine Bonnaire et Clotilde Courau figurent également au casting et livrent deux performances convaincantes, la première en mère blessée et la seconde en femme perdue en quête de réponses. Zinedine Soualem campe quand à lui l’un des seuls rôles masculins, celui d’un père dépassé par les événements. L’acteur émeut par le trop plein d’amour qu’il peine à exprimer et ses gestes maladroits. 

Un hymne à l’amour

Avant toute chose, il faut partir du principe que Le Ciel Attendra est porteur d’un message personnel et qu’il ne répondra pas forcément à toutes les questions que vous pouvez vous poser sur la radicalisation. Encore une fois, ce n’est pas un documentaire. En revanche, il interpelle et questionne certains termes ou aprioris forgeurs d’un raisonnement parfois un peu trop hâtif, il s’amuse avec les clichés et dévoile l’envers du décors d’un phénomène qui nous est familier sans que toutefois nous en saisissions réellement les mécanismes. Plus important encore, c’est un film porteur d’espoir et surtout d’amour. Et ce n’est peut-être pas plus mal compte tenu des événements récents. On pourrait dire qu’il tombe bien même, puisqu’il qu’il propose des éléments de réflexion sur les heures sombres qui planent aujourd’hui au-dessus de nos têtes. Il nous invite à regarder d’un peu plus près plutôt que de détourner le regard. 

Marie-Castille Mention-Schaar n’a pas froid aux yeux. La réalisatrice a même envoyé une lettre accompagnée de son film au premier ministre, en réponse à une phrase qui l’avait choquée dans l’un de ses discours, à la suite des attentats du 13 novembre. Manuel Valls avait en effet sous-entendu qu’il ne servait à rien d’essayer de comprendre ce qu’il pouvait se passer dans la tête des extrémistes. Une réponse tout en finesse de la réalisatrice, qui n’a pas laissé de marbre le principal intéressé. Qui a dit que la musique était la seule à pouvoir adoucir les mœurs?

Sans jamais tomber dans le larmoyant ou la provocation, Le Ciel Attendra réussit un tour de force en allant jusqu’au bout de son propos, malgré la délicatesse notoire de la tâche et la crainte de langues trop pendues qui pourraient jaser.

Le Ciel Attendra : Bande annonce 

Le Ciel attendra : Fiche technique

Réalisation : Marie-Castille Mention-Schaar
Scénario : Marie-Castille Mention-Schaar et Emilie Frèche
Interprétation : Sandrine Bonnaire (Catherine), Noémie Merlant (Sonia Bouzaria), Clotilde Courau (Sylvie), Zinedine Soualem (Samir), Naomi Amarger (Mélanie Thenot), Sofia Lesaffre (Jamila)
Montage : Benoît Quin
Costumes: Virginie Alba
Décors : Valérie Faynot
Photographie : Myriam Vinocour
Son : Dominique Levert
Montage son : Nikolas Javelle
Production : Marie-Castille Mention-Schaar
Genre : Drame
Durée : 164 minutes
Date de sortie : 5 octobre 2016

France – 2016

Auteur : Yael Calvo