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L’Odyssée, un film de Jérôme Salle : Critique

Chaque société a le héros qu’elle mérite, c’est parfaitement ce que parvient à nous démontrer L’Odyssée à travers son portrait du Commandant Cousteau… au risque de ne pas plaire à tout le monde.

Synopsis : 1948, grâce à son invention du scaphandrier, Jacques-Yves Cousteau vit confortablement avec sa famille dans une grande villa au bord de la méditerranée. De plus en plus passionné par la plongée sous-marine, il part en expédition sur son bateau, le Calypso, laissant derrière lui son fils Philippe alors âgé de 9 ans. Une douzaine d’années, lorsque celui-ci retrouve son père, il découvre une figure médiatique loin de l’image d’aventurier qu’il s’en était fait.

Au sombre héros de la mer

Parmi les figures ancrées dans l’imaginaire collectif, et qui méritent un éclairage biographique, Jacques-Yves Cousteau est indubitablement l’une des plus cinégéniques, son parcours ne pouvant pas se faire sans mettre au point un grand film d’aventures. Le projet n’était cependant pas chose aisée, tant un long-métrage consacré au commandant du Calypso aurait pu aisément tomber dans le piège d’une approche hagiographique entièrement axée sur la glorieuse ascension de son héros et le rayonnement de ses travaux, ou à l’inverse de ne se servir de lui que pour offrir de belles images d’exploration sous-marine. Que le biopic ait été réalisé par Jérôme Salle, qui jusque-là n’a signé que des thrillers (même si la qualité de ses adaptations de Largo Winch est loin d’être probante), assure un certain sens du récit, et donc limitait la crainte d’avoir affaire à un film qui se veuille entièrement contemplatif. Pour ce qui est de la vision donnée au personnage de JYC, Salle reconnait lui-même avoir manqué de se fourvoyer dans la « biographie Wikipedia ». Fort heureusement, après qu’ait été fait le choix de donner à Pierre Niney le rôle de Philippe Cousteau, l’importance donnée à ce personnage par le scénario a été repensé. Ainsi est né le parti-pris de L’Odyssée, qui en fait une œuvre surprenante.

Il apparait évident grâce à la scène d’ouverture, conçue comme une douloureuse visualisation par JYC de la mort de son fils cadet, que leur lien sera le cœur du scénario. Mieux encore, dans les minutes suivantes, renvoyant à la fin des années 40, alors que, en bon père de famille, Cousteau initie sa famille à sa nouvelle passion, la plongée, la mise en scène fait apparaitre le jeune Philippe comme le centre de la narration. En veut pour preuve ce plan qui s’ouvre sur une conversation entre le père et un ami mais qui se poursuit par un travelling suivant la course entre ses deux fils. Dès cette première partie, on observe d’ailleurs la performance de Lambert Wilson, qui apparait comme un choix de casting évident tant son physique parvient à se fondre dans son modèle (même si Adrien Brody a longtemps été envisagé). Pourtant, le charisme de l’acteur est tel que l’on aura tout du long du mal à le voir s’effacer derrière son rôle. Dans le rôle de la mère, Audrey Tautou, reste à ce moment-là encore trop en retrait pour que sa performance soit jugée, car c’est dans la transformation, tant physique que psychologique qu’elle subira par la suite, qu’elle brillera réellement.

Le premier tiers du scénario se veut donc pensé comme la préparation par JYC de sa mission d’expédition, pour s’achever par une longue ellipse de plus de douze ans. Jusqu’alors, le film n’a pour unique sujet que la façon dont son personnage principal allait réaliser ses prochains documentaires qui le feront connaitre, mais aussi de très belles images filmées en bateau ou, mieux encore sous la mer. Si le film s’était jusqu’au bout limité à cette approche, le résultat se serait contenté d’être un « film-making-off », doublé d’une dimension inutilement voyeuriste sur la vie privée du Commandant, ce qui n’aurait eu pour effet que de nous faire regretter de ne pas plutôt revoir les images d’archives.

Mais une fois que l’on retrouve Philippe, et que c’est à travers ses yeux que l’on va observer son père, le film va radicalement changer de tonalité vis-à-vis de cette figure sacrée sur laquelle on avait du mal à croire qu’un regard critique puisse être posé de façon pertinente. Dès lors, l’image de l’explorateur est durement égratignée : Egocentrique, manipulateur, mari infidèle… la question au cœur de cette narration est certainement celle de savoir s’il est possible à un homme aussi monomaniaque de cumuler sa passion à son rôle de père de famille. Et c’est à cette question que la métamorphose de sa femme, Simone, passant de la jeune femme enthousiaste, prête à tout sacrifier, en vieille fille aigrie sombrant dans l’alcool, est la réponse la plus frappante.

Il va de soi que cette vision mi-figue mi-raisin d’un personnage aussi emblématique va déranger, voir même froisser certains de ses fans. Mais le film ne s’arrête pas là. Davantage qu’un drame familial centré sur des relations père/fils conflictuelles, L’Odyssée est un grand plaidoyer écologiste. Encore une fois, et même si elles provoquent souvent de violentes ruptures de rythme qui accroissent la durée ressentie du long-métrage, les splendides images subaquatiques, nous laissant voir un écosystème menacé avec une grâce mémorable, ou bien encore celles captées en Antarctique, nous rappellent la beauté précaire de cet univers que JYC a tenu à nous faire découvrir via ses propres films. Si la place de Philippe est importante dans le parcours de son père c’est justement parce qu’il lui a fait partager son engament pour la défense de l’environnement. C’est donc la voie de la rédemption morale vers cette épiphanie idéologique de JYC, que prendra la dernière partie du scénario, assurant ainsi le message militant que viendra parachever le carton final destiné à ceux qui ne l’auraient pas encore compris.

Grâce à une brillante représentation du sentiment de fascination/répulsion que le fils à l’âme aventureuse à pour Jacques-Yves Cousteau, les contradictions de ce dernier sont intelligemment analysées. Ce parti-pris audacieux, ne faisant qu’évoquer ce que le Commandant fit de plus glorieux, n’est certainement pas la meilleure façon de faire découvrir aux plus jeunes ce héros du 20ème siècle, mais est incontestablement un portrait d’homme éminemment approfondi.

L’Odyssée : Bande-annonce

https://www.youtube.com/watch?v=JXR0J5Tn5zk

L’Odyssée : Fiche technique

Réalisation : Jérôme Salle
Scénario : Jérôme Salle et Laurent Turner, d’après le livre « Capitaine De La Calypso » d’Albert Falco Interprétation : Lambert Wilson (Jacques-Yves Cousteau), Pierre Niney (Philippe Cousteau), Audrey Tautou (Simone Melchior Cousteau), Ulysse Stein (Philippe Cousteau à 9 ans)…
Photographie : Matias Boucard
Montage : Stan Collet
Décor : Laurent Ott
Musique : Alexandre Desplat
Production : Olivier Delbosc, Nathalie Gastaldo Godeau, Philippe Godeau, Marc Missonnier
Société de production : Pan Européenne Production, Fidélité Films
Budget : 35 millions euros
Distribution : Wild Bunch
Récompense : César 2017 du meilleur son
Durée : 122 minutes
Genre : Biopic, aventures, drame
Date de sortie : 12 octobre 2016
France – 2016

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L’histoire Officielle, un film de Luis Puenzo : Critique

Malgré une forme un tant soi peu classique, L’histoire Officielle extraie sa force des différents thèmes abordés, tous plus épineux et inhumains les uns que les autres.

Synopsis : 1983 – Alicia, professeur d’histoire dans un lycée de Buenos Aires, mène une vie tranquille et bourgeoise avec son mari et la petite Gaby qu’ils ont adoptée. Dans sa vie professionnelle comme dans sa vie privée, elle a toujours accepté « la version officielle » jusqu’au jour où le régime s’effondre. L’énorme mensonge se fissure, et Alicia se met à suspecter que Gaby pourrait être la fille d’un « disparu ». Débute alors un inexorable voyage à la recherche de la vérité, une quête dans laquelle Alicia pourrait bien tout perdre.

La couleur de la vérité

Dans son récit, Luis Puenzo aborde la torture, les disparus, et principalement les bébés volés aux mères emprisonnés, qui furent ensuite recueillis par des familles proches du gouvernement, et du pouvoir en place. La dimension historique de l’oeuvre fait de L’histoire Officielle un travail de mémoire après la dictature de la Junte. Les argentins tentent d’exorciser leurs démons, désireux de faire de cette sombre période une force pour le futur et l’avenir de leur pays.
Le scénario de Luis Puenzo est un magnifique portrait de femmes, magnifiquement porté par des actrices, et acteurs, au sommet de leur art, avec une mention spéciale pour Norma Aleandro qui s’offre aux spectateurs sous toutes ses coutures, ce qui ne peut que l’embellir et faire de cette battante une héroïne a part entière.

Malencontreusement, malgré les différents prix remportés lors de son exploitation mondiale, L’histoire Officielle peine à s’imposer comme un grand film. Outre l’oubli de cette œuvre par le public, on reprochera au long-métrage de trop jouer et insister sur la corde sentimentale. Luis Penzo vient au spectateur pour lui tirer les larmes, faisant de son film une oeuvre trop sépulcrale, virant parfois même au misérabilisme. La mise en scène est académique et ne peut que rappeler bon nombre de films américains contemporains se contentant de filmer et d’émouvoir sans intégrer une « patte » cinématographique à l’œuvre et à la réalisation. Les nombreux gros plans, qui exhibent les actrices dans toute leur détresse, sont parfois larmoyants, voire pathétiques, ce qui nous éloigne de toute dimension attendrissante qui aurait été désirée. Mais par ces choix techniques et scénaristiques, Luis Puenzo fait de ce travail de mémoire une œuvre accessible, qui tend à se rapprocher du documentaire, car beaucoup apprendront sur ce passé tragique de l’Argentine.

Pourquoi ce titre, L’histoire Officielle ? Luis Puenzo, par son travail de mémoire, fait le choix de mettre au premier plan trois histoires officielles qui furent longtemps remises en cause. Les trois histoires peuvent clairement être distinguées, mais parviennent à former une unité de laquelle le film tire toute sa puissance. A l’histoire retravaillée par de nombreux médias ainsi que par le régime dictatorial se mêle l’histoire enseignée par Alicia, qui devra affronter bon nombre de détracteurs, que sont ses élèves, qui dénigreront et feront tort à de nombreux préceptes. Enfin, Luis Puenzo conte l’histoire personnelle d’Alicia, balisée par de nombreuses incertitudes, des faits biaisés, des prises de conscience et des doutes qui feront de sa vie ordinaire une véritable débâcle, sous une des dictatures les plus terribles que les pays sud-américains aient connu.

L’histoire Officielle : Bande-annonce

L’histoire Officielle : Fiche Technique

Réalisateur : Luis Puenzo
Scénario : Luis Puenzo, Aida Bortnik
Interprétation : Norma Aleandro, Hector Alterio, Hugo Arana, Guillermo Battaglia, Chela Ruiz…
Photographie : Felix Monti
Montage : Juan Carlos Macias
Musique : Atilio Stampone
Direction artistique :
Producteur : Marcelo Pineyro
Sociétés de production : Progress Communications
Distribution (France) : Pyramide Distribution
Récompenses : Oscar du meilleur film en langue étrangère (1986), Prix d’interprétation féminine au Festival de Cannes 1985 pour Norma Aleandro
Durée : 112 minutes
Genre : Drame
Date de sortie : 22 janvier 1986
Ressortie DVD : 5 octobre 2016

L’histoire Officielle a remporté l’Oscar du meilleur film en langue étrangère en 1986 ainsi que le prix d’interprétation féminine au Festival de Cannes 1985 pour Norma Aleandro.

Argentine – 1985

 

L’histoire Officielle de Luis Puenzo en DVD le 5 octobre

L’histoire Officielle, réalisé par Luis Puenzo, sort en DVD le 5 octobre.

Synopsis : 1983 – Alicia, professeur d’histoire dans un lycée de Buenos Aires, mène une vie tranquille et bourgeoise avec son mari et la petite Gaby qu’ils ont adoptée. Dans sa vie professionnelle comme dans sa vie privée, elle a toujours accepté « la version officielle » jusqu’au jour où le régime s’effondre. L’énorme mensonge se fissure, et Alicia se met à suspecter que Gaby pourrait être la fille d’un « disparu ». Débute alors un inexorable voyage à la recherche de la vérité, une quête dans laquelle Alicia pourrait bien tout perdre.

Réalisateur : Luis Puenzo
Scénario : Luis Puenzo, Aida Bortnik
Interprétation : Norma Aleandro, Hector Alterio, Hugo Arana, Guillermo Battaglia, Chela Ruiz…
Distribution (France) : Pyramide Distribution
Date de sortie : 5 octobre 2016 (en DVD)

L’histoire Officielle extraie sa force des différents thèmes abordés, tous plus épineux et inhumains les uns que les autres. […] La dimension historique de l’œuvre fait du film un travail de mémoire après la dictature de la Junte […] Malheureusement Luis Penzo fait de son film une œuvre trop sépulcrale, virant parfois même au misérable.[…] Les nombreux gros plans, qui exhibent les actrices dans toute leur détresse, sont parfois larmoyants, voire pathétiques, ce qui nous éloigne de toute dimension attendrissante qui aurait été désirée.
Critique à retrouver dans son intégralité ici.

L’histoire Officielle a remporté l’Oscar du meilleur film en langue étrangère en 1986 ainsi que le prix d’interprétation féminine au Festival de Cannes 1985 pour Norma Aleandro.

Caractéristiques techniques du DVD : DVD-9 – Zone 2 – PAL – Format film 1.85 (16/9 compatible 4/3) – Couleur – Langue : français – Sous-titres : français – Stéréo et 5.1 – Durée : 1h52 minutes

En terme de bonus : Différents documents très intéressants sur la création du film ainsi que sa restauration nous sont proposés : Un scénario sous haute tension • Filmer l’histoire • Les comédiens • Négation et révélation • La restauration du film.

Pour sa sortie en DVD le 5 octobre, L’histoire Officielle se dévoile au public avec des bonus qui nous permettent d’en savoir plus sur le contexte du film, que ce soit du côté de la réalisation ou d’un point de vue historique.

L’histoire Officielle : Bande-annonce

Le Cancre, un film de Paul Vecchiali : Critique

Synopsis : Laurent cherche sa voie, ayant vécu son enfance et son adolescence dans la paresse. Il traverse des moments conflictuels avec Rodolphe, son père : l’un et l’autre sont trop émotifs pour s’exprimer leur tendresse. Rodolphe, autour duquel gravitent les femmes de sa vie, n’a qu’une obsession : retrouver Marguerite, son premier amour…

« Même si, bien naturellement, je ne détiens pas la vérité, je dis ce que je pense. Oui, je trouve le jeu de Daniel Auteuil vide et sans aspérités. Oui, je trouve que le cinéma d’André Téchiné s’assimile à du « copier-coller », qui emprunte beaucoup trop à d’autres cinéastes. Oui, c’est vrai, Patrice Chéreau est pour moi un artiste Canada Dry auquel il manque l’essentiel : l’émotion, la passion…  » Paul Vecchiali (2012 – Corse Matin)

Un pirate à l’oxymore facile

D’origine corse, le cinéaste titré d’indépendant, a commencé, après avoir été diplômé en polytechnique en 1955, auprès des Cahiers du Cinéma et de La Revue du Cinéma dans lesquels il ne cache pas sa passion pour Robert Bresson, Jean Grémillion et Max Ophüls (le cinéma français des années 30). En 1976, avec sa nouvelle maison de production Diagonale, il collabore avec Jean Eustache. Auteur d’une cinquantaine de films, abordant les thèmes du sida, de la sexualité (homo, bi ou asexué), de la peine de mort et de la religion et ami de Jacques Demy, il acquiert déjà la sympathie de François Truffaut grâce à son 2ème long métrage en 1965 Les Ruses du diable.  L’icône de la nouvelle vague déclarera alors que Vecchiali est le « seul héritier de Jean Renoir. » (pourtant, il revendique Renoir, Delannoy, Clouzot ou Guitry comme des fausses valeurs*). Son cinéma est qualifié « d’expérimental », auquel il a toujours préféré le terme de recherche, et a toujours été revendiqué à connotation autobiographique. Vidéaste, réalisateur de documentaires et téléfilms, écrivain, essayiste, auteur et metteur en scène, les casquettes du quinquagénaire sont nombreuses, sans oublier son caractère provocateur. Il se fait appelé Rodolphe, père bougon et célibataire d’un certain Laurent de bientôt quarante ans. Il se met à la recherche des femmes qui ont marqué sa vie jusqu’à retrouver Marguerite, son premier amour.

Ouvrant sur un plan fixe d’une mer aux remous calmes, Le Cancre, sélectionné hors-compétition au dernier festival de Cannes, est décrit par le cinéaste comme « une sorte de train, qui d’année en année, comme de gare en gare, emmène un homme vieillissant mais toujours amoureux ». Privilégiant les plans longs qui exprimeraient mieux, selon lui, les variations de tempérament et la conflictualité. L’homme de nature bourrue et renfrognée (pour avoir échangé avec lui) dégage cependant beaucoup de tendresse. Malgré son incapacité à l’exprimer, il affirme ne rien apposer d’autobiographique dans les thèmes qu’il aborde : « les difficultés larvées des petites entreprises, les rapports d’un père et d’un fils, la vieillesse et ses inconvénients, la fin de vie ». Pourtant, cette Marguerite, qu’il a retrouvé 70 ans après l’avoir aimée, a réellement existé et le film lui est dédié. Malheureusement, Le Cancre, d’une durée excessive, s’enlise dans une « implacable et sournoise » apathie. Comment le chef opérateur a-t-il pu prendre le moindre plaisir à cumuler autant de plans fixes sans d’autres mouvements que des pano suivis ou des travelling lents qui font penser à un exercice universitaire plus qu’à une réelle dynamique dramaturgique ? L’incompréhension est totale, seuls les aficionados de l’artiste trouveront l’enthousiasme à défendre le long-métrage ancré dans un statisme et un jeu d’acteurs propre aux années 30. Les dialogues, subtiles et acerbes, témoignent d’une véritable affection aux textes irrévérencieux d’un René Clair ou d’un Jacques Prévert, Jacques Feyder ou Marcel L’Herbier, mais les coquilles vides que sont chacun des personnages, exceptées Annie Cordy et Edith Scob cumulant 5 minutes d’apparition à elles-deux sur la durée entière, alourdissent le propos et dénaturent l’élan. Quel élan par ailleurs ? Traînant les pieds jusqu’à son propre reflet dans le fleuve, Narcisse a eu le mérite d’être agréablement surpris en se voyant. Faussement nombriliste et d’une poésie ankylosée, l’ennui fait rapidement place à la colère lorsque les deux personnages principaux ne se témoignent que les mêmes attentions, exagérément courtoises.

Le cinéma de Vecchiali ne cherche pas la superficialité d’un quelconque artifice cinématographique et vise, sans pudeur, directement l’essence du geste, de l’intention. Par une rigidité scénique, corporelle et d’intonation, qui causait autrefois l’attachement des premiers films d’Alain Guiraudie ou d’Eric Rohmer, Le Cancre se targue de minimiser les causes à effets. Et le dessein est honnête, trop sincère presque, mais le rendu est austère et disgracieux. L’empathie est annihilée par l’intransigeance de la mise en scène aux accents trop amateurs pour un film de fin de carrière, et par l’incohérence brutale du relationnel. Les relents fantastiques, comiques, « musicalesques » engoncent le motif. Nous ne demandons pas à Vecchiali de nous proposer du Jaoui/Bacri, mais de faire l’effort au moins d’être soi-même atteint par la beauté simple d’un paysage, couché de soleil ou autre détail naturel. Non le détail est inutilement centré sur la bande sonore acousmatique, en inéquation avec l’action, mais retranscrivant l’intériorité du personnage. C’est ainsi que le bruit des vagues revient relativement souvent sur une douleur de tête surjouée ou le tic-tac d’une horloge à pendule pour meubler un besoin sur-signifiant.

Inclinons-nous devant le parcours atypique de cet artiste qui n’hésite pas à inclure des thèmes dits « dérangeants » dans sa gestion de l’espace comme des sentiments. Mais le défi de rester extatique serait une injure. L’homme qui n’aimait rien, sublimant le paradoxe et allant à contre-courant, hors star-system et grosse production, est, cependant il faut l’admettre, un des plus inventifs cinéastes français. Il est déplorable de pâlir devant tant de raideur, un rejet de l’émotion et une théâtralité figée. N’est pas fossoyeur qui veut et déterrer d’anciennes formules sans les actualiser ou du moins les contextualiser est d’une lâcheté extrême. Faire du conventionnel avec de l’inconventionnel, c’est un comble. Encore impossible de statuer sur le génie ou le suranné. Le cancre réussit son pari, avare, rapace et haïssable. Le vieillard sans moyen, ni sans fortune ne touchera que peu de spectateurs. Reste à connaître la raison de ce pied de nez cinématographique…

* Paul Vecchiali, L’Encinéclopédie. Cinéastes « français » des années 1930 et leur œuvre : la passion du cinéma », Le Monde Livres,‎

Le Cancre : Bande annonce

Le Cancre : Fiche Technique

Réalisation : Paul Vecchiali
Scénario : Paul Vecchiali et Noël Simsolo
Interprétation : Catherine Deneuve (Marguerite), Paul Vecchiali (Rodolphe), Mathieu Amalric (Boris), Édith Scob (Sarah), Françoise Arnoul (Mimi), Annie Cordy (Christiane), Françoise Lebrun (Valentine), Pascal Cervo (Laurent), Noël Simsolo (Ferdinand)
Image : Philippe Bottiglione
Montage : Vincent Commmaret
Musique : Roland Vincent
Producteur : Paul Vecchiali, Thomas Ordonneau
Société de production : Shellac Sud, Dialectik
Durée : 116 minutes
Genre : drame
Date de sortie : 05 octobre 2016

France – 2016

 

Tamara, un film de Alexandre Castagnetti : Critique

Même s’il est conçu avec une vraie envie de moderniser le sous-genre, Tamara ne réussit pas à éviter la naïveté inhérente à son propos et au public visé.

Synopsis : Jour de rentrée en seconde pour Tamara, 15 ans. Elle espère que ses complexes liés à son surpoids vont s’estomper mais se retrouve à nouveau sujet de moqueries. Heureusement, elle retrouve sa copine Jelilah, avec qui elle décide de se lancer dans la chasse aux garçons. Elle tombe sous le charme de Diego, le beau gosse de la classe. Le plan drague se transforme en pari compliqué.

T + D = <3

« Grosse », « grosse », « grosse ». Le mot est répété au moins cinq fois dans les premières minutes du film, pour bien s’assurer que le physique un peu potelé de la jeune actrice devienne la caractéristique première de son personnage. Il faut bien admettre que les rondeurs d’Héloïse Martin sont loin du physique ventripotent de l’héroïne des bandes-dessinées de Zidrou et Darasse. Evidemment, son image photoshopée sur l’affiche a fait bondir tous les fans de cette BD culte, alors que, telle qu’elle apparait dans le film, Héloïse Martin ne correspond pas au diktat des canons de la beauté. Et pourtant ses kilos en trop sont trop peu handicapants pour que la voir ainsi qualifiée ne risque de décupler les complexes de nombreuses jeunes filles souffrant réellement de surpoids. Car c’est là le nœud du film : Parler à ces adolescentes mal dans leur peau sans risquer de les froisser. L’adolescence est un passage difficile, cela tout le monde le sait, et en faire un énième long-métrage n’aurait pas eu le moindre intérêt s’il n’avait pas été l’adaptation des aventures de cette célèbre lycéenne dodue. Le pari était donc d’autant plus délicat.

On pouvait légitimement craindre ce passage au format filmique, tant la précédente réalisation d’Alexandre Castagnetti, Le Grimoire d’Arkandias, fut un échec artistique assez inquiétant. Et pourtant, à la condition de fermer les yeux sur ce choix de casting discutable, ce teen-movie n’est peut-être pas aussi rose bonbon que ce que son affiche laisse craindre. Le chanteur de la Chanson du Dimanche a cette fois visé un public un poil plus âgé, et on sent aisément qu’il s’est fait plaisir pour l’occasion. Son goût pour les mises en scène clipesques trouve d’ailleurs sa pleine expression dans la scène d’ouverture, très inspirée des tubes de hip-hop girly. A plusieurs reprises, le réalisateur s’est même autorisé des audaces stylistiques, dont une scène parodiant Gravity ou encore un passage musical dans lequel il se permet d’apparaître dans la peau du chanteur.  Cette envie de liberté par rapport aux comédies romantiques édulcorées pour gamines partageant l’âge de Tamara, on le retrouve aussi le ton des dialogues qui peut parfois être assez cru. Sexe, drogue et omniprésences des réseaux sociaux, Castagnetti a compris comment fonctionne cette génération qu’il dépeint et qu’il vise. Pourtant, malgré ces éléments traités avec un rare réalisme, le scénario ne peut s’empêcher de sombrer dans un grand nombre de clichés.

Autour de Tamara, toutes les figures routinières du film de lycée féminin sont réunies, des petites pestes à la tête à claques en passant par les profs à la fois autoritaires et bienveillants. Il va de soi que le matériau d’origine (dont presque tous les personnages sont assez fidèlement exploités) n’y est pas pour rien, mais sa variation cinématographique ne va faire qu’amplifier leurs traits de caractère les plus stéréotypés. Le cœur même de l’intrigue, qui est la relation amoureuse Tamara et Diego (Rayane Bensetti), reste de bout en bout dans les rails de la comédie romantique la plus classique. Evidemment, cette romance, et les difficultés qu’elle va rencontrer, qu’il s’agisse des jalousies ou du blâme parental qu’elle suscite, a pour finalité de démontrer que ce qu’il y a de plus dur reste de surmonter ses complexes pour assumer sa vie amoureuse et sexuelle, et grâce à l’humour avec lequel il est amené, ce message  parvient à ne pas se faire trop pesant. Dans ce microcosme étudiant, le personnage le plus attachant est très certainement celui de la confidente à la gouaille bien huilé, un rôle ô combien caricatural dans lequel on se plait à retrouver la pétillante Oulaya Amara, la révélation de Divines.

Si le quotidien de ces jeunes souffre quelque peu de la caractérisation poussive de ces personnages secondaires, le film parvient à tisser une seconde histoire d’amour, qui se révèle mieux écrite que celle que vit le rôle-titre. Il s’agit de celle qu’entretiennent la mère de Tamara (Sylvie Testud) et Chico, son nouveau petit-ami (Cyril Gueï). Les thématiques abordées dans cette sous-intrigue assurent le cachet « mature » du film, celui-là même qui devrait lui permettre d’être partagé en famille. Tel est d’ailleurs aussi le but assumé de la présence de quelques comédiens populaires, à commencer par un Bruno Salomone irrésistible dans ses quelques scènes dans la peau du père ultra-narcissique. Finalement, la véritable qualité de cette adaptation est justement d’avoir su s’affranchir du format de la bande dessinée, qui est celui d’une série de gags, pour parvenir à construire une dramaturgie, certes classique mais qui tient la route sur la longueur. A l’inverse, son plus gros défaut est inévitablement celui de beaucoup de films de ce genre, à savoir son extrême bien-pensance. Aucun des sujets abordés ne l’est avec une once de subversion mais ils sont au contraire toujours pensés pour apparaître comme un modèle à son jeune public. Il est ainsi fort probable que les parents se plairont à voir leurs enfants devant un tel spectacle, mais il est difficile d’envisager que Tamara parvienne à séduire des spectateurs plus âgés que ces adolescentes qui se reconnaîtront dans son personnage principal. Un film de niche très limité donc.

Tamara : Bande-annonce

Tamara : Fiche technique

Réalisation : Alexandre Castagnetti
Scénario : Alexandre Castagnetti d’après la bande-dessinée de Zidrou et Darasse
Interprétation : Héloïse Martin (Tamara), Rayane Bensetti (Diego), Sylvie Testud (Amandine), Oulaya Amamra (Jelilah), Bruno Salomone…
Photographie : Yannick Ressigeac
Montage : Thibaut Damade
Décor : Patrick Dechesne, Alain Pascal Housniaux
Musique : Alexandre Castagnetti, Clément Marchand
Production : Gaelle Cholet, Guillaume Renouil
Société de production : Gazette et compagnie
Distribution : UGC
Durée : 100 minutes
Genre : Comédie romantique
Date de sortie : 26 octobre 2016

France – 2016

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Le Ciel Attendra : Rencontre avec la réalisatrice Marie-Castille Mention-Schaar

Rencontre avec l’équipe du film Le Ciel Attendra  (au cinéma le 5 octobre)

Il y a deux ans, Marie-Castille Mention-Schaar présentait son deuxième long-métrage, Les Héritiers, une histoire inspirée de faits réels puisqu’elle racontait la participation de la pire classe de Seconde du Lycée Léon Blum de Créteil, à un concours d’histoire. Deux ans après, la réalisatrice frappe à nouveau du poing et signe Le Ciel Attendra, un récit sur le processus d’embrigadement. Qui peut bien se cacher derrière une telle sensibilité, une telle volonté de dire tout haut ce que l’on ose à peine penser tout bas ? Entourée de ses deux actrices fétiches, Noémie Merlant et Naomie Amarger, Marie-Castille Mention-Schaar livre ses intentions et ses petits secrets de tournage.

« On se tient la main partout où on va »

Les trois femmes entrent dans la salle main dans la main, ce qui interpelle le présentateur de la soirée : « C’est rare de voir arriver l’équipe d’un film qui se tient par la main ».

Marie-Castille Mention-Schaar : « On se tient la main partout où on va, on ne se lâche plus. Ça nous donne de la force ». 

On retrouve dans Le Ciel Attendra, la même équipe et le même casting que dans Les Héritiers (le premier film de la réalisatrice). Ce choix était évident pour vous ?

Marie-Castille Mention-Schaar : « J’avais très envie de retravailler avec Noémie et Naomi. Ce sont deux actrices qui m’inspirent beaucoup. Au départ, je n’avais pas prévu de faire ce film, mais je me suis rendu compte que j’avais envie d’écrire pour elles ». 

Comment s’est déroulé le tournage ? Quelle a été la part d’improvisation ?

Marie-Castille Mention-Schaar : « Je laisse toujours une place à l’imagination. Je me suis inspirée de la façon dont Naomi regarde les gens, comment elle se comporte, comment elle observe. Elle a quelque chose de très personnel et je voulais qu’elle en imprègne le personnage de Mélanie. Chez Noémie, ça se passe plus à l’intérieur. C’est quelqu’un de très généreux quand elle joue. Ça vient des tripes, comme chez Sandrine Bonnaire. Pour les parents, je voulais que ce soit le plus naturel possible, qu’ils s’approprient leur histoire. Je leur ai laissé choisir le prénom de leur enfant, j’en ai marié certains qui allaient bien ensemble. Ensuite, j’ai noté toutes les histoires sur des fiches que j’ai données à Dounia (qui joue son propre rôle dans le film). Elle avait l’impression d’avoir des parents comme elle en reçoit tous les jours dans son métier et eux étaient en mesure de lui répondre ». 

« J’avais envie de parler de filles »

Avez-vous rencontré des jeunes filles qui ont vécu les épreuves que l’ont peut voir dans le film ? Comment vous-êtes vous imprégnées de leurs récits ?

Marie-Castille Mention-Schaar : « Je voulais les entendre dans une parole très libre. Donc je ne me suis pas présentée comme une cinéaste mais comme étant rattachée à l’équipe de Dounia. J’ai écouté leurs histoires et je les ai accompagnées durant plusieurs séances. Je voulais être une éponge. Prendre les regards, les mots mais aussi les silences ». 

Noémie Merlant (Sonia) : « J’ai beaucoup échangé avec l’une des jeunes filles, on a eu un lien très fort. Je l’ai écoutée parler de la vie, de la mort, de la quête de sens. On s’est trouvé beaucoup de points communs. Elle s’est complètement livrée à moi et j’ai trouvé ça très courageux, très beau. Elle m’a expliqué que beaucoup d’entre elles gardent la foi après le processus de dé-radicalisation et je trouve ça très beau. C’est difficile, il leur faut retrouver un idéal qu’elles ont perdu. Elle m’a aussi appris qu’il ne fallait pas faire d’amalgame entre l’Islam et l’extrémisme. Et pour le jeu, une fois que l’on a entendu toutes ces choses, on se sert de ce qu’on nous a donné, de ce qu’on nous a dit, de ce que Marie-Castille nous dit et on y va, c’est parti ». 

Naomi Amarger (Mélanie) : « J’ai aussi rencontré cette jeune fille mais un peu plus tard que Noémie. Je savais très peu de choses sur l’embrigadement, j’avais beaucoup d’a prioris. Là était tout l’enjeu. Je ne comprenais pas comment c’était possible de rentrer là-dedans, je pensais qu’ils s’attaquaient uniquement à des ados fragiles. Je n’arrivais pas à me dire que ça pouvait m’arriver. Alors j’ai lu des livres, regardé des documentaires pour comprendre. Quand j’ai rencontré cette jeune fille, je savais que c’était elle qui allait m’apprendre le processus de prière mais je ne savais pas qu’elle avait été embrigadée, qu’elle avait traversé ce que mon personnage traverse dans le film. Je me suis rendue compte qu’en fait, elle était comme moi ». 

Les jeunes filles que vous avez rencontrées ont-elles vu le film ?

Marie-Castille Mention-Schaar : « Il y a eu une première projection le 5 juin pour une centaine de familles qui avaient été touchées par cette situation ou le sont encore, et une trentaine de jeunes filles que j’avais rencontrées. C’était une séance très spéciale, avec beaucoup d’émotions, beaucoup de larmes. Et malgré toutes les personnalités différentes présentes, elle se sont toutes reconnues dans le film. Elles disaient « C’est moi, c’est mon histoire ». Là j’ai pensé que je n’étais peut-être pas complètement à côté de la plaque ».

La notion de vérité est tellement fragile et vous le faites ressortir à merveille dans le film. Cette chute dans l’extrême qu’est la radicalité. Par contre, vous abordez dans votre film le point de vue de jeunes filles, pourquoi pas celui de jeunes hommes ?  Peut-être dans Le Ciel Attendra 2 [rire] ?

Marie-Castille Mention-Schaar : « C’est drôle, on m’a déjà posé la question et non, il n’y aura pas de 2 sur des garçons [rire]. J’ai envie de faire quelque chose de plus léger. Plus sérieusement, il n’y avait pas de choix à faire. J’avais envie de parler de filles. Je suis maman, j’ai moi-même une fille de quatorze ans et les témoignages que j’ai pu lire sur ces jeunes filles de son âge qui sont parties de chez elles, m’ont plongée en plein désarroi. Je voulais comprendre, pour moi ce ne sont que des bébés. Même avant que j’aie l’idée d’en faire un film, je voulais le comprendre pour moi. Alors j’ai pris contact avec une famille dont la fille était partie en Syrie. Personne n’a rien vu venir. J’avais envie de lui parler, de lui poser des questions, mais elle n’était malheureusement pas là pour y répondre. Ça a renforcé le mystère ». 

Noémie Merlant : « Il y a 40% dans les embrigadés qui sont des filles et 50% sont converties. Finalement elles représentent une minorité. Je trouve ça important d’en parler ».

Marie-Castille Mention-Schaar : « Et puis pour les garçons c’est assez différent. Le processus d’embrigadement  joue davantage sur l’aspect du héros capable de sauver le monde comme dans les jeux vidéos ou les films hollywoodiens. Et puis c’est souvent l’âge où l’on se cherche, on commence à fumer, à boire … DAESH se présente alors comme un rempart contre ses propres vices ». 

« La promesse du Paradis est quelque chose de tellement fort dans tous les récits de ces jeunes filles »

C’est un magnifique film coup de poing. Quel a été l’impact des attentats du 13 novembre sur le projet ?

Marie-Castille Mention-Schaar : « Le tournage a commencé le 16 novembre. Une date pas facile. Le week-end a été difficile pour moi. Je me suis demandé si je n’allais pas tout arrêter. Les filles sont venues et on en a beaucoup parlé. J’avais surtout peur pour elles, de leur faire porter quelque chose de très lourd, pendant mais aussi après le tournage. Et puis je me suis dit qu’il fallait peut être encore plus le faire, pour essayer, quelque part, de changer un peu les choses. Le 16 novembre au matin, comme avant chaque début de tournage, j’ai organisé un « Cercle d’amour ». On s’est tous pris les mains pour partager notre force. Tout le monde savait pourquoi il était là et tout le monde avait l’impression d’être à sa place ». 

Le film est loin du documentaire, il est très beau car il est fait de suggestions. Comme  la relation entre Zinedine Soualem et sa fille.

Marie-Castille Mention-Schaar : « Le personnage de Zinedine Soualem est très représentatif de l’attitude des papas. C’est un papa complètement désemparé, qui a perdu sa petite fille. Il a beaucoup de mauvaises réactions, mais son geste est peut-être le plus beau. Il est là et il sera là demain (en référence à l’une des scènes du film). Face à ces situations, les papas ressentent souvent un sentiment de honte, ce sont de petits animaux blessés. Lors des séances de discussions auxquelles j’ai pu assister, j’ai vu des papas super costauds fondre en larmes. Ce sont souvent les plus émouvants ». 

Comment l’idée du titre vous est-elle venue ?

Marie-Castille Mention-Schaar : « La promesse du Paradis est quelque chose de tellement fort dans tous les récits de ces jeunes filles. C’est quelque chose qui serait mieux que la vie. Pour moi, la vie est plus fort que la mort. Donc le ciel attendra ». 

Le Ciel Attendra de Marie-Castille Mention-Schaar : Bande annonce

Le Ciel Attendra : Fiche technique

Interprétation : Sandrine Bonnaire (Catherine), Noémie Merlant (Sonia Bouzaria), Clotilde Courau (Sylvie), Zinedine Soualem (Samir), Naomi Amarger (Mélanie Thenot), Sofia Lesaffre (Jamila)
Scénario : Marie-Castille Mention-Schaar et Emilie Frèche
Chef monteur : Benoît Quin
Chef costumier: Virginie Alba
Chef décoratrice : Valérie Faynot
Directeur de la photographie : Myriam Vinocour
Ingénieur du son : Dominique Levert
Monteur son : Nikolas Javelle
Productrice : Marie-Castille Mention-Schaar
Durée : 164 minutes
Date de sortie : 5 octobre 2016
France – 2016

Auteur : Yael Calvo

 

Le top 5 des héros de films d’action par la rédaction du MagduCiné

Alors qu’est sur le point de sortir Jack Reacher Never Go Back, suite d’un premier opus sorti 4 ans plus tôt, nous sommes en passe de penser que Tom Cruise désire créer une mythologie autour de son nouvel action hero. L’occasion de demander aux membres de la rédaction quels sont les personnages de héros de films d’action qui les ont le plus marqués.

Les résultats étant très serrés, le Top 5 initialement prévu s’est mué en Top 6, mais les résultats sont révélateurs du système hollywoodien dont la plupart d’entre eux est issue : Outre la parité homme/femme qui est loin d’être respectée, on remarque que les personnages les plus plébiscités ont tous eu droit à plusieurs films. On peut alors se demander si c’est leur popularité qui a poussé les producteurs à leur offrir plusieurs aventures, ou si au contraire leur popularité est le fruit d’une certaine « méthode Coué ». La question reste ouverte, mais ne doit gâcher notre plaisir de profiter de ces films musclés.

Le top 6 des héros de films d’action selon la rédaction :

1/ James Bond (incarné par Sean Connery, George Lazenby, Roger Moore, Timothy Dalton, Pierce Brosnan et Daniel Craig dans la saga éponyme) : Crée en 1953 sous la plume de l’auteur britannique Ian Fleming, James Bond, connu sous son matricule 007, lui indiquant qu’il a l’autorisation de tuer, est un agent secret britannique prêt à tout pour son pays et sa reine. James Bond est un homme sûr de lui, à l’humour très british, plein de charmes et de ressources. Capable aussi bien de neutraliser un python royal avec un stylo que d’empêcher une guerre mondiale en se transformant en ninja, James Bond s’adapte à tous les terrains, de la jungle aux casinos, et même l’espace. A l’aise aussi bien avec ses poings quand il s’agit d’affronter des colosses aux dents d’acier qu’avec sa bouche lorsqu’il est question de jolie jeune femme. James Bond est au final un archétype du mâle alpha. Maintes fois copié et parodié mais jamais égalé, 60 ans après il continue de faire rêver petits et grands.

2/ Néo (incarné par Keanu Reeves dans la trilogie Matrix) : Neo est comme nous. Ok, c’est un hacker de génie, mais il reste un citoyen lambda, soumis à l’hégémonie d’une dictature : la Matrice, entité virtuelle qui contrôle tout. Ni musclé, ni très charismatique, ce geek ordinaire sommeille en chacun de nous. Un jour, sa vie bascule lorsqu’il est désigné comme l’Elu par Morpheus, le chef de la révolution clandestine. S’en suit pour Neo un long processus de réadaptation : renaissance, remise en cause de sa perception du réel et parcours initiatique semé d’embûches sont au programme de son entraînement, âpre et difficile. Car oui, Néo est humain : il ne devient pas un badass du jour au lendemain. C’est en cela qu’il s’impose comme le meilleur héros d’action : il ne se bat pas avec son physique, mais avec son mental. Allégorie christique, il est spirituel, connecté à des dimensions ésotériques qui nous dépassent. Néo est un Maître, un guide, un sage : tout sauf un bourrin.

3/ John McClane (incarné par Bruce Willis dans la saga Die Hard) : Dans la course survoltée des séries B et autres films d’action des années 80-90, il est évident que John McClane occupe une place d’honneur, voire la tête du podium. Figure iconique de la saga Die Hard, il a participé à ces films ayant aussi bien redéfini les codes du cinéma d’action qu’entretenant au fil des années une image d’œuvre culte, le premier et troisième film en tête, le deuxième et quatrième étant des opus simples mais efficaces (nous zappons volontairement le dernier volet). Flic tenace et vulnérable, maniant aussi bien l’ironie que les armes, il possède toutes les caractéristiques de l’anti-héros sans pour autant complètement revêtir cette image. Souvent blessé (pieds en sang et hectolitres d’hémoglobine sur son marcel blanc…), alcoolique et dépressif avant de sombrer dans les difficultés de la vieillesse, sa riche personnalité en fait un des meilleurs héros de sa génération. Yippee ki yay motherfucker !

4/ Ethan Hunt (incarné par Tom Cruise dans la saga Mission Impossible) : A l’origine, Mission Impossible est une série télévisée américaine diffusée sur le réseau CBS entre 1966 et 1973. Mais il n’y a jamais été question d’un personnage nommé Ethan Hunt. Le personnage incarné par Tom Cruise fait sa première apparition dans l’adaptation cinématographique de la série par Brian de Palma en 1996. Vingt ans et cinq films plus tard – réalisés par des cinéastes aussi talentueux que John Woo, J.J. Abrams, Brad Bird ou Christopher McQuarrie- Ethan Hunt s’est rapidement imposé dans l’imaginaire collectif comme le pendant américain de James Bond. Il incarne autant le courage, le charisme, la justice et la virilité que 007. De plus, Ethan Hunt fascine de par les performances relatées de Tom Cruise, qui veille toujours à effectuer lui-même ses cascades (l’escalade à mains nues dans le deuxième opus, la scène du Burj Khalifa dans Protocole Fantome). La sixième aventure de l’agent du FMI est prévue dans les salles pour l’été 2017.

5 / Batman (incarné par Adam West, Michael Keaton, Christian Bale, Ben Affleck et d’autres dans divers films) : Sous sa cape et son masque noirs, dans sa batmobile ou en compagnie de Robin et d’Alfred dans sa batcave, Batman est incontestablement le meilleur héros de cinéma. Malgré une incapacité de voler, contrairement à son comparse Superman, Batman s’impose par son charisme, sa force et sa voix grave, reconnaissable entre mille. Impossible de rester insensible face à cette puissance et cette malice qui composent ce personnage haut en couleur. Car oui, Batman n’est pas qu’un simple héros, c’est aussi un être rongé, blessé, mais toujours vaillant, prêt à tout pour venir à bout de ses problèmes, notamment du Joker, personnage cruel et singulier du microcosme de Batman. Enfin, si l’on prend tant de plaisir à découvrir de nouveaux opus avec ce héros, c’est parce qu’il est toujours remarquablement interprété, et il parvient sans cesse à se renouveler.

6/ Ellen Ripley (incarnée par Sigourney Weaver dans la saga Alien) : Ripley, c’est la super-woman malgré elle, une icône féministe qui incarne depuis 30 ans la plus badass des héroïnes d’action movies. Ce statut de héros, elle l’a acquis progressivement au fil des épisodes, passant du mode Survivor dans Alien : le Huitième Passager au rôle de meneuse façon Rick dans The Walking Dead. Et c’est parfaitement normal : le lieutenant Ripley est une guerrière ! Courageuse, intelligente, pragmatique, elle réagit à l’instinct. Et elle connaît la bébête mieux que personne car elle a tissé un lien particulier avec l’Alien, charnel, maternel presque. Dans Alien : la Résurrection, Ripley se mue finalement en super-héroïne aux pouvoirs méchamment corrosifs. Mi-Alienne, mi-humaine, la warrior évolue un peu comme Alice dans Resident Evil. Mais qu’en sera-t-il dans le prochain épisode sachant que Blomkamp a choisi d’ignorer les deux derniers films pour redonner à Sigourney le rôle d’une Ripley plus authentique ?

Ils auraient pu y être : Jack Slater (Arnold Schwarzenegger dans Last Action Hero), Nicolas Angel & Danny Butterman (Simon Pegg & Nick Frost dans Hot Fuzz), Beatrix Kiddo (Uma Thurman dans Kill Bill), Snake Plissken (Kurt Russell dans New York 1997 et Los Angeles 2013), Jason Bourne (Matt Damon dans la saga éponyme), Kevin Chan Ga-Kui (Jackie Chan dans Police Story)…

 

Des premières images pour Saw 8 Legacy ?

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Saw 8 Legacy : Des mystérieuses photos d’un cimetière sèment le doute chez les fans !

L’annonce avait réjoui les nombreux fans de la saga et les amateurs de cinéma de genre : l’officialisation d’un huitième épisode à la saga Saw, initiée en 2004 par James Wan. Si on pouvait douter d’une telle annonce, notamment avec des échéances sans cesse repoussées, l’annonce des dates de tournage par le studio IATSE 873, l’un des studios de tournage les plus prisés à Toronto, a fini de convaincre les cinéphages. De même, une paire de réalisateurs est confirmée pour le projet, en l’occurrence Michael Spierig et Peter Spierig, deux frères ayant brillé derrière la caméra avec Undead (2003), Daybreakers (2010) et Predestination (2014). Alors que le projet est en phase de tournage, Bloody Disgusting, un site internet spécialisé dans le cinéma d’horreur, s’est vu identifier sur deux étranges photos, qui serait en lien avec le long métrage, attendu pour le 27 octobre 2017 aux États Unis. Attention Spoilers !

Souvenez vous, en 2006, Lionsgate nous dévoilait Saw, troisième du nom, créant un buzz monstre en France suite à une interdiction aux moins de 18 ans. Suite au jeu de massacre de Jigsaw, le fameux croquemitaine surnommé le Tueur au Puzzle, mourrait des mains de Jeff, la victime principale, clôturant (d’une certaine manière) ainsi le jeu en place. Bien entendu, si on connaît la suite, on ne saurait infirmer cette dernière info mais ce qui nous importe ici, c’est la mort de John Kramer, aka Jigsaw. En effet, les photos distribuées sur Twitter représentent un cimetière tout ce qu’il y a de plus banal. Cependant, on aperçoit une tractopelle, en pleine exhumation d’un cercueil et si on observe de plus près, on distingue le nom de John Kramer, le fameux Tueur au Puzzle.

Hoax ou non, en tant que fan de la saga, ces photos ne peuvent que nous réjouir et relancent l’idée d’un tournage imminent, voire même que ces images proviennent des studios de tournage. Une date de sortie a également été officialisé par Lionsgate, pour le 27 octobre 2017 aux États Unis et probablement le 1er novembre 2017 en France. Dans un cinéma d’horreur aujourd’hui très puritain voire aseptisé à l’excès par logique économique, le retour aux sources d’un horreur viscéral et gore paraît libérateur. Peut être s’agira t-il d’un renouveau d’un cinéma de genre plutôt terne ces derniers temps, réponse dans un an.

A l’étrange festival, rencontre avec Marcus Dunstan

Interview : Marcus Dunstan, réalisateur de The Neighbor

Il est des occasions qu’on ne rate pas, et l’Étrange Festival est une excellente opportunité pour rencontrer certains cinéastes qui font le cinéma de genre. Depuis qu’il a signé le scénario de la plupart des épisodes de la saga Saw, Marcus Dunstan est devenu une figure importante de la scène horrifique américaine. Un talent qui ne s’arrête à l’écriture puisqu’il a prouvé avec son dyptique The Collection / The Collector sa maitrise pour installer des ambiances malsaines et angoissantes. Alors qu’il vient, pour la première fois, à Paris nous présenter son troisième film, The Neighbor, l’équipe de CineSerie-Mag a rencontré ce nouveau maitre du huis-clos d’épouvante.

« Je voulais avoir l’opportunité de reprendre tout ce qui a marché auparavant ! »

Alors Marcus, tu es heureux d’être ici, à l’Étrange Festival pour présenter votre nouveau film ? 

interview-marcus-dunstanMarcus Dunstan : Oui évidemment. Pendant la projection, j’étais au fond de la salle et lorsque le générique de fin s’est lancé et que j’ai entendu les applaudissements, je me suis empressé d’envoyer un message à Alex, l’actrice principale, à Josh Stewart, aux producteurs, à la bande qui a fait la musique pour leur dire « Oh mon dieu ! Paris vient juste de faire une ovation ». C’était incroyable! C’est vraiment une expérience unique et je suis vraiment chanceux et reconnaissant.

Dans The Neighbor, il y a tout une intrigue sous-jacente à propos d’individus qui en kidnappent d’autres pour de l’argent et qui est un point de départ intéressant pour une nouvelle saga. Est-ce que tu as l’intention d’explorer plus en profondeur cette piste ?

Marcus Dunstan : Ce que j’ai aimé c’est que l’on s’est vraiment restreint à penser ça comme un thriller et pas comme un film d’horreur. Cela met en place  le mécanisme de cette famille qui fait ces vidéos, qui demandent ces rançons et qui commettent ces crimes. On leur a donné du temps à l’écran. Pas beaucoup, mais c’était très bien. Je me suis dit que ça pouvait être aussi effrayant qu’intense tout en paraissant réaliste et proche du documentaire. C’était cool, et maintenant qu’on a ouvert cette histoire, qu’est-ce qu’on pourrait faire par la suite ?

Tu pourrais faire un spin-off sur ces individus !

Marcus Dunstan : C’est possible. Mais la question aujourd’hui c’est de savoir une suite ne ressemblerait pas trop The Strangers de Bryan Bertino. Mais retrouver John et Rosie, les personnages principaux, cernés quelque part, peu importe où ils sont, je trouve ça assez génial (rires). Donc pourquoi pas ?

Il y a beaucoup de points communs entre ton nouveau film et les précédents, The Collection et The Collector. Est-ce une autre façon d’explorer ton univers ou est-ce, qu’au contraire, tu veux en explorer un nouveau, à présent en pleine Amérique profonde ?

Marcus Dunstan : Pour ce film, je voulais avoir l’opportunité de reprendre tout ce qui a marché auparavant, comme Josh Stewart et Charlie Clouser, le compositeur, et ensuite voir si on pouvait ajouter quelques nouvelles choses ici et là. On voulait la même tension mais avec une approche plus réaliste et humaine. Le côté Tex Avery avec les pièges, les mécanismes et l’ultra violence, est cette fois plus en arrière-plan. Le tout apparaît plus terrifiant car ça parait réel. C’est un couteau suisse contre une machette ou un bâton contre une arme à feu (rires).

Donc tu penses que ce réalisme est plus terrifiant qu’une violence plus graphique ? 

Marcus Dunstan : Oui absolument. C’est terrifiant parce que cela touche tout le monde. Par exemple, si tu montres à un public un homme qui se fait couper le bras, c’est quelque chose qui ne touchera pas tout le monde. Par contre, si tu leur montres quelqu’un qui se coupe avec une feuille de papier, il y aura une réaction car c’est quelque chose que tout le monde a vécu. La première option est juste gore alors que la seconde est terrifiante car les gens pourront partager le ressenti.

Dans tes trois films, tu as développé une approche intéressante du home-invasion, loin des clichés. Tu donnes la possibilité à tes protagonistes de riposter face à leurs agresseurs, au point de brouiller la ligne entre les victimes et les tortionnaires. Pourquoi est-ce si important pour toi de mettre tous tes personnages sur un pied d’égalité ?

Marcus Dunstan : Parce que je trouve ça assez rafraîchissant. D’habitude dans les films d’horreur il y a toujours cet adulte au code moral brisé qui s’impose en une sorte de « punisher » pour donner une leçon aux gens, leur apprendre à être reconnaissant. C’était le cas de Jigsaw dans la saga Saw. Dans le cas de The Neighbor, j’étais plus intéressé par les nuances de gris chez les gens. Et je pense que de toute façon, quand quelqu’un va au cinéma, il ne veut pas voir une personne normale vivre une journée ordinaire, mais des impulsions assez noires, des choses qui dépassent leurs espérances et le sentiment d’être renforcé à chaque fois qu’ils décident de faire le bien au lieu du mal. Ici, c’est une histoire à propos d’individus qui font de mauvaises choses donc ils se disent qu’ils devraient y jeter un œil ! (rires). Et en plus j’aime ça parce que cela donne aux acteurs plus de matière à explorer.

C’est pour ça que tu as mis cette scène prégénérique qui rend plus difficile l’empathie pour les protagonistes ?

 Marcus Dunstan : Exactement. Il y a tout un processus où on voit ses personnages se faire du souci pour cette femme au début, car elle a un enfant donc ils ne peuvent pas juste la laisser partir blessée, ils se doivent de la soigner. Mais on voit la colère de Josh, il est très doué pour jouer ça. Dans la vraie vie, il est aussi père donc il comprenait la nuance entre la colère de son personnage et la compréhension. C’était vraiment inspirant. Dès cette scène on comprend leur code moral, ils ne sont pas des gens biens mais ils veulent juste en avoir fini avec leurs ennuis et mettre tout ça derrière eux.

« Quand quelqu’un va au cinéma, il ne veut pas voir une personne normale vivre une journée ordinaire, mais des impulsions assez noires »

Tu donnes une vision assez étrange du Midwest, où tout le monde est capable du pire pour protéger sa famille. Est-ce qu’ils te font peur ou est-ce au contraire la marque d’un profond respect pour ces gens ?

Marcus Dunstan : Bien sûr que j’ai du respect pour eux, le Midwest c’est de là que je viens ! Pour rendre ses personnages plus efficaces il fallait qu’ils aient un petit peu de moi, dans le bien comme dans le mal. Du coup, ils ont des réactions disproportionnés à une situation cauchemardesque, ils se battent pour défendre leurs vies et si quelqu’un fait du mal à leurs mères, ils sont près à renvoyer l’ascenseur. C’était essentiel pour les rendre authentiques. Dans un film comme Massacre à la tronçonneuse, tu peux difficilement d’identifier avec les membres de la famille alors que là, le spectateur peut comprendre les personnages car on peut tous se reconnaître dans « Pourquoi tu as tué mon petit frère ? Il ne t’avait rien fait ». Ces choses peuvent te rendre fou.

Le leitmotiv entre tes trois films c’est ces gens qui en enferment d’autres chez eux. D’où te vient ce goût pour des personnages aussi horribles ?

Marcus Dunstan : Je pense souvent à ces araignées qui coincent leurs proies dans leurs filets et les laissent attachés avant de les manger. Quand j’ai fait The Collection, j’imaginais ce qu’une des victimes pouvait ressentir en voulant sortir de ce piège et rejoindre son propre chez soi. C’est une image effrayante qui m’est resté puisque dans The Neigbor c’est un peu le chemin inverse qui est fait, celui de personnages qui, fascinés par le mal, se plongent dans le piège des criminels.

Et quand tu as choisi le titre The Neighbor, tu pensais plutôt à John ou à Troy ? Après tout, ils sont tous les deux le voisin de l’autre… 

Marcus Dunstan : C’est intentionnellement vague. Au final de quoi parle le film ? Du voisinage et de ses secrets, de ne pas juger l’honnêteté de ton voisin à travers la tienne. Le mal vit à côté de nous, tout comme on vit tous les uns à côtés des autres. Pourquoi on s’isole ? Pour que ce que l’on fait chez soi ne soit pas vu de tous. Dans ce cas précis, ce sont des personnes qui se cachent dans le noir, mais en observant leur voisin, ils commencent à se demander si le mal de l’autre n’est pas pire que le leur.

Ce sentiment de paranoïa, de penser que le mal puisse être si près de soi, n’est-ce pas ce qui est finalement le plus effrayant dans ton film?

Marcus Dunstan : C’est ce que j’ai voulu faire ressentir à travers les personnages. Ils se savent mauvais car ils participent à un trafic de voitures volés, mais ils en oublient que le mal peut toujours être pire. Les gens se cachent souvent derrière leur propre vice, comme une barrière pour s’interdire de mesurer celui des autres… mais pas moi ! (rires)

Que penses-tu faire pour tes prochains films?

Marcus Dunstan : En ce moment j’écris, beaucoup même. J’ai un projet assez cool qui s’appelle Metronome pour Colin Trevororw, le réalisateur de Jurassic World et du prochain Star Wars épisode 9. C’est un projet qu’il a conçu avec Joel Silver et je travaille dessus pour lui. Je vais me concentrer dessus pendant quelque temps et on verra où ça nous mènera, c’est un mélange de science-fiction, d’action et de thriller. Je viens juste de signer aussi pour adapter une grosse franchise de fantasy mais je vais attendre que tout soit en ordre avec les contrats avant de l’annoncer et je pense que ça pourrait vraiment être différent de tout ce que j’ai fait jusqu’à présent. Et en tant que réalisateur, il y a un projet très personnel que j’aimerais faire. J’y tiens énormément car il est basé sur ma famille. Il provient d’un souvenir de famille et c’est presque ce qu’il y a de plus terrifiant pour moi (rires). Ce serait vraiment bien si j’avais la possibilité d’en faire quelque chose.

The Magicians, série de Sera Gamble & John McNamara : Critique de la Saison 1

Les adultes ont enfin leur Harry Potter ! Avec The Magicians, on suit le parcours (initiatique ?) de Quentin Coldwater, jeune rêveur introverti et un tantinet névrosé. Il est accompagné d’une belle brochette d’anti-héros aux personnalités bien marquées, dissemblables mais complémentaires.

Synopsis : Quentin Coldwater, un jeune homme mal dans sa peau, intègre une université de la magie. Épaulé par ses nouveaux amis magiciens, il sera confronté à des forces maléfiques et devra prendre ses responsabilités.

Y a quelque chose de Poudlard au royaume de Brakebills !

Si le rapprochement avec la saga Harry Potter est inévitable, c’est d’abord parce que Quentin ressemble étrangement au personnage principal (avec quelques nuances, notamment physiques). Rêveur et solitaire, doux comme un agneau, Quentin n’a qu’une seule camarade : Julia, son amie d’enfance qui le surnomme Q. . Mais le jeune homme manque d’assurance, de confiance en lui et fait preuve de maladresses. Au moment d’entrer à la Fac, Q. est conduit malgré lui dans une école de magie : l’université Brakebills. Évidemment, le lieu est tenu secret et invisible aux yeux des vulgaires « moldus », un terme qui sera repris avec sarcasme dans la série – sans parler des autres références à la saga de J.K. Rowling.

Avec l’aide de ses professeurs, Quentin va révéler au grand jour le pouvoir qu’il détient et apprendre à le contrôler pour combattre l’ombre maléfique qui plane sur Brakebills (humm, ça ressemble bizarrement à une histoire qu’on connaît bien…). Dans sa nouvelle école, notre geek esseulé fera aussi quelques rencontres inattendues telles qu’Alice, caricature d’Hermione, intello puissante mais psychorigide et ado sur le retour vêtue comme une écolière. Sans oublier d’autres élèves et enseignants plus excentriques les uns que les autres. Heureusement, les ressemblances s’arrêtent là, laissant place au génie de cette fantastique série !

The Magicians : un mélange subtil de magie et de génie

L’originalité de l’histoire tient essentiellement dans la saga des romans fictifs Fillory and Further (Les Chroniques de Fillory), une littérature de Fantasy qui fascine totalement Quentin. Il s’agit en fait d’un monde féerique et (soit-disant) imaginaire. Mais ce qui interpelle Q., ce sont les mystères que renferment ces livres : trois enfants recueillis par l’auteur auraient pénétré le royaume de Fillory et disparu à jamais. Idem pour le romancier, Christopher Plover. Et pour résoudre cette énigme, Quentin s’entourera d’Alice et d’autres élèves aussi doués que singuliers : Eliot et Margo, un duo improbable de fêtards formé d’un Casanova gay en puissance et d’une manipulatrice sexy et aussi Penny et Kady, un couple de rebelles fougueux (dans l’intimité) mais antipathiques avec leur entourage. Julia se tenant à l’écart pour un temps, jalousant secrètement son meilleur ami Q.. The Magicians, ce sont des personnages caricaturaux et pourtant extraordinaires et imprévisibles. Chaque épisode nous entraînant dans une nouvelle mise en abyme de cette aventure merveilleuse.

Le sel de cette fabuleuse série, c’est aussi et surtout l’ambiance à la fois drôle, inquiétante, mystique, sexy et rock’n roll. The Magicians est un show sympathique et moderne réservé aux Grands enfants (déconseillé aux moins de 12 ans). Une histoire originale, fantaisiste et bourrée de clins d’œil aux œuvres de fiction (Star Wars, Indiana Jones, Harry P., Game of Thrones …) et aux comédies musicales auxquels le spectateur ne saura rester insensible.

The Magicians : Bande-annonce

Dès le 4 octobre 2016 sur SyFy France, la saison 1 de The Magicians sera diffusée en VF tous les mardis à 20h55. 

The Magicians reviendra pour une Saison 2 en 2017 !

The Magicians : Fiche Technique

Créateurs : Sera Gamble, John McNamara
Réalisation : Joshua Butler, James Conway, Scott Smith, Guy Norman Bee, Chris Fisher, Mike Cahill, Bill Eagles, Jan Eliasberg, John S. Scott, Amanda Tapping, Carol Banker, Rebecca Johnson, Kate Woods
Scénario : Sera Gamble, John McNamara, Lev Grossman, David Reed, Henry Alonso Myers, Leah Fong, Noga Landau, Christina Strain, Mike Moore
Interprétation : Jason Ralph (Quentin Coldwater), Stella Maeve (Julia), Olivia Taylor Dudley (Alice), Arjun Gupta (Penny), Hale Appleman (Eliot), Summer Bishil (Margo), Jade Tailor (Kady), Rick Worthy (Dean Fogg), Mackenzie Astin (Richard), Kacey Rohl (Marina), Rose Liston (Jane Chatwin), Anne Dudek (Professor Sunderland)
Musique : Willis Bates
Production : Michael London, Mitch Engel
Producteurs exécutifs : John McNamara, Sera Gamble
Sociétés de production : Universal Cable Productions, SyFy US
Genre : fantastique, fantasy
Format : 13 épisodes de 52 minutes
Chaines d’origine : SyFy US, Showcase
Diffusion aux USA : Depuis 16 Décembre 2015 – en production

 

Westworld, une série de Jonathan Nolan et Lisa Joy : critique du pilote et épisode 2

Le projet est annoncé depuis plus de deux ans et l’attente s’est faite sentir. Tous les médias en parlent comme « le Game of Throne SF ? » et annoncé comme le plus gros succès d’HBO, Westworld a su déchaîner les passions.

Synopsis: Westworld est un parc d’attractions futuriste peuplé d’androïdes permettant aux visiteurs de se plonger dans l’univers de l’Ouest américain. Un jour, les robots commencent à se poser des questions sur l’humanité.

“L’humanité devra mettre un terme à la guerre, ou la guerre mettra un terme à l’humanité.” De John Fitzgerald Kennedy / Discours aux Nations Unies le 25 septembre 1961

Adapté du film du même nom, vendu en France sous le nom de Mondwest, du défunt Michael Crichton (grand écrivain d’anticipation à qui l’on doit le roman « Jurassik Park » en 1990 et la série médicale Urgences notamment), le drama est présenté comme « une odyssée sombre sur l’aube de la conscience artificielle et l’avenir du péché ». Après Real Human, Almost Human, et Mr. Robot – aucun rapport direct -, questionnant l’impact des nouvelles technologies, Westworld reprend la thématique passée de plus de 40 ans pour la mettre au goût du jour. Et pour une fois, le rafraîchissement est plaisant, en serait presque captivant si la discursivité ne piétinait pas tant sur l’empathie. Mais ce pilote de plus d’une heure apparaît bien court pour apprécier pleinement la richesse de cette nouvelle série aux accents mythologiques qui, à défaut de révolutionner le petit écran, remportera de nombreux prochains prix et à coup sûr un Emmy pour Hopkins…

Dolores Abernathy, jeune femme de campagne et Teddy Flood, nouvel arrivant en ville, semblent se connaître de longue date. La première, jouée par Eva Rachel Wood (The Wrestler, Whatever Works), se réveille dans un far west époustouflant de réalisme*, que l’on imagine pourtant artificiel. Le deuxième, incarné par James Marsden (alias Scott Summers / Cyclope dans X-Men), s’éveille dans un train amenant les « guests » dans ce village ensoleillé. Le personnage central de Yul Brynner, robot cherchant à s’émanciper du contrôle des humains, est représenté sous l’habit noir du vieillissant Ed Harris, impitoyable Men in black, c’est du moins ce que le regard cinéphile nous incite à croire! Est-il un humanoïde coincé depuis plus de 30 ans ? Nouvelle journée dans ce village SF, la même qui se répète, indéfiniment. Le scénario du soi-disant parc d’attraction est soigneusement bouclé, et pourtant le souvenir chez ces êtres humanisant est une donnée chiffrée. Plus que de simples disques durs, les « hôtes » (ceux qui reçoivent, accueillent) sont taillés en 3D dans une matière laiteuse, proche de l’ivoire, par des machines d’usinages à la « pointe » technologique. Tout le premier épisode tourne autour de l’éveil de conscience de la jeune Dolores et l’envers du décors. A tel point que les dialogues sont trop instructifs. Sir Anthony Hopkins nous est présenté comme l’un des premiers créateurs designers, Dr. Robert Ford, retrouvé à boire un verre avec sa première création. On apprendra par la suite qu’il a créé Westworld. La figure qu’il représente s’approche de « dieu-le père » aimant, nostalgique et consciencieux. Sidse Babett Knudsen (Borgen) semble être la directrice des opérations de cette gargantuesque entreprise, Theresa Cullen. Elle reprend parfaitement les traits d’une femme de pouvoir à l’instar d’une Sharon Stone ou Robin Wright. Jeffrey Wright (Broken Flowers, Hunger Games), Bernard Lowe, le directeur de la division programmation du parc, avec le sang-froid d’un Gil Grissom, la sympathie en moins, Luke Hemsworth (frère de Chris et Liam) est en charge de la sécurité du parc, un véritable Action Man qui manque cependant de relief… Le reproche peut se faire sur toute l’équipe, surtout sur Lee Sizemore (l’inconnu Simon Quarterman apparu dans The Devil Inside) en tête de la narration, despotique et maniéré. Armée de savants, théâtrale et cinématographique, les humains sont des ombres-ouvriers, perçus comme des petites mains à la tête de l’industrie, qui aussitôt la journée terminée, endosse la peau de police scientifique pour tout nettoyer et remettre en ordre. A croire que leurs vies sont plus automatiques que les différents scénarios proposés aux « hôtes ».

Beaucoup de clés nous sont données dès ce pilote, mais le visionnage du deuxième épisode est nécessaire pour être plus objectif. Quel historique/passif pour ces robots ? Le spectateur décrypte progressivement ce qu’il voit, tel un conte moderne, par couches successives et voix off annonciatrice. Couplée aux derniers dialogues du pilote, la redite sur-pédagogique agace. Le deuxième épisode se concentre sur l’arrivée de deux hommes dans ce parc de loisir, Jimmi Simpson (24 heures chrono, House of Cards, Person of Interestet Ben Barnes (Le Monde de Narnia, Le Portrait de Dorian Grey). Deux opposés pourtant rapidement copains comme cochon – on se demande pourquoi et pour quelle étrange raison -, l’un timide et aidant son prochain symbolisé par un chapeau blanc et le deuxième bad guy égocentrique et bisexuel (ce n’est qu’un détail et pourtant le clin d’oeil est amusant) par un chapeau noir. Puis les écarts de conscience, mus par des souvenirs étranges sont vécus par Thandie Newton (Mission Impossible III, A la recherche du bonheur), Maeve, la maquerelle du saloon. Dans cette deuxième heure, toujours captivante, l’attention est portée sur les conditions de ce parc de loisir grandeur nature tout en suivant du coin de l’œil, Dolores / Evan et Teddy / James. Ce qui fait de cette nouvelle série, une riche et relativement passionnante fable 5.0, est le soin apporté au détail scénaristique, aux imbrications scénarisée, car ce parc d’attraction est un également un terrain d’expérimentation. Rien ne semble laissé au hasard, même si nous ne comprenons pas directement le dessein sur cette attention au premier coup d’oeil**, ni au second, mais il est certain que la mythologie est impressionnante et intrigante. Nous pourrons compter sur plus de 15 personnages principaux et une vingtaine de secondaires. Et avec plus de 100 millions de budget (Vinyl a aligné autant de zéro), la série dépasse haut la main tout blockbuster télévisé.

Le film de Crichton s’évertuait à critiquer la soif insatiable de l’entertainment et ces dérives, sans parler d’une métaphysique du cinéma dans le cinéma pour souligner le rapport du public à celui-ci. La série de Nolan et Joy produite par J.J. Abrams et Bryan Burk (Star Trek 2009, 20132016, les deux derniers Mission impossible, Star Wars VIIcible l’incompatibilité entre deux proches parents voire jumeaux. Humanoïdes vs Êtres humains entre qui on sent que rapidement une guerre va éclater. Le réveil de Maeve sur cette table d’opération aseptisée est criante de vérité. La prise de position est évidente, le spectateur s’émeut devant ces êtres reconstitués, car les programmateurs ne dégagent que peu d’humanité, et c’est en ce sens qu’Anthony Hopkins est le premier héros et intermédiaire diégétique. Trois desseins différents: s’accomplir pour les nouveaux arrivants, ceux des actionnaires et de la direction restent encore floue. Dernière allusion au long métrage d’origine, le compositeur Fred Karlin signait une partition qui oscillait entre jazz et musique acousmatique avec quelques accords de guitare à la limite de la country pour le thème principal. Ici Ramin Djawadi (dont le nom est rattaché à … Game of Thrones) a été chargé d’habiller la série d’HBO. Il nous offre des mélodies symphoniques colorées teintée de spleen. Taillée dans un diamant, la bande originale épouse de manière très précise le découpage de l’action et nous voilà à chantonner “Paint it Black” des Stones et “Black Hole Sun” de Soundgarden. A la photographie, trop propre et lisse, on retrouve Paul Cameron qui a tenu la caméra avec Michael Mann sur Collatéral en 2004 et sera crédité sur le dernier Pirate des Caraïbes en 2017. Citons un autre nom prestigieux ayant travaillé avec l’aîné Nolan, Nathan Crowley qui a été nommé 2 fois aux Oscars pour meilleurs décors pour Le Prestige et The Dark Knight

On sent bien que les scénaristes (les deux showrunners ont déjà dessiné/écrit la trame sur 5 saisons!) gardent le pied sur le frein en évitant le coup de théâtre explosif – à venir – et en installant une mythologie par strates et parallèles. Westworld ne peut donc que plaire à tous les amateurs de western, de SF, de drames historiques, de séries politiques, horreur… y compris aux plus réticents du genre. Malgré une portée philosophique trop didactique, l’étonnante construction de ce nouveau show ne pourra que pousser à l’addiction. 

*  tourné au parc d’État de Dead Horse Point, dans l’Utah.

** passage à la grange et revolver caché sous la terre…

Westworld : Bande Annonce

Westworld : Fiche Technique

Créateurs : Jonathan Nolan et Lisa Joy Nolan
Réalisation : Jonathan Nolan
Scénario : Jonathan Nolan et Lisa Joy Nolan (d’après le film de Michael Crichton)
Interprétation : Anthony Hopkins (Dr Robert Ford), Evan Rachel Wood (Dolores Abernathy), James Marsden (Teddy Flood), Ed Harris (L’homme en noir), Jeffrey Wright (Bernard Lowe), Rodrigo Santoro (Hector Escaton), Thandie Newton (Maeve Millay), Jimmi Simpson (William), Sidse Babett Knudsen (Theresa Cullen), Luke Hemsworth (Ashley Stubbs)…
Direction artistique : Jonathan Carlos, Dennis Bradford, Naaman Marshall
Image : Brendan Galvin, Robert McLachlan, Paul Cameron
Musique : Ramin Djawadi
Production : J. J. Abrams, Bryan Burk, Lisa Joy, Jonathan Nolan, Jerry Weintraub – Cherylanne Martin et Athena Wickham, avec Susan Ekins
Sociétés de production : Bad Robot Productions, Jerry Weintraub Productions et Kilter Films en association avec Warner Bros. Television
Genre : western, SF, thriller, drame
Format : 10 x 52 minutes
Chaine d’origine : HBO
Diffusion aux USA : Depuis le 02 octobre – en US+24 sur OCS City

Etats-Unis – 2016

 

Aquarius, un film de Kleber Mendonça Filho : Critique

Parfois, un petit coup d’éclat suffit à sortir un film plutôt confidentiel de l’anonymat auquel il était malheureusement voué, face à des mastodontes cinématographiques lancés à grand renfort de marketing. C’est le cas d’Aquarius, le nouveau film du brésilien Kleber Mendonça Filho, présenté en sélection officielle à Cannes en mai dernier, en pleine tumulte politique.

Synopsis : Clara, la soixantaine, ancienne critique musicale, est née dans un milieu bourgeois de Recife, au Brésil. Elle vit dans un immeuble singulier, l’Aquarius construit dans les années 40, sur la très huppée Avenida Boa Viagem qui longe l’océan. Un important promoteur a racheté tous les appartements mais elle, se refuse à vendre le sien. Elle va rentrer en guerre froide avec la société immobilière qui la harcèle. Très perturbée par cette tension, elle repense à sa vie, son passé, ceux qu’elle aime…

Le temps qui passe

L’équipe a alors brandi sur les marches du Palais des pancartes de soutien à Dilma Roussef, en parlant de « coup d’état en cours au Brésil ». L’affaire a fait grand bruit, et a valu par ailleurs des avanies au film qui fut un temps interdit aux moins de 18 ans, par pures représailles, et qui n’a pas été sélectionné pour représenter le Brésil pour les Oscars…

Mais un petit coup d’éclat ne suffit pas pour faire un bon film. Aquarius n’est pas le film parfait, mais il a des qualités intrinsèques pour se faire apprécier. Centré autour de l’histoire de Clara (Sonia Braga, lumineuse), une ancienne journaliste musicale de soixante-cinq ans habitant les quartiers huppés de Recife, le film traite de la résistance. La résistance de Clara par rapport à la maladie, un cancer contracté très jeune et qu’elle a vaincu depuis près de 40 ans. Sa résistance par rapport à un jeune promoteur immobilier impitoyable, prêt à tout, avec un sourire hypocrite vissé aux lèvres, pour la faire plier comme tous les autres habitants, afin de lui faire vendre son appartement dans l’Aquarius, l’immeuble plein de cachet où elle habite, en un quelconque projet lucratif et sans âme parmi tant d’autres. Sa résistance encore au temps qui passe, au flétrissement d’un corps qui abrite des désirs encore intacts.

Kleber Mendonça Filho structure son film en trois parties intitulées successivement « Les cheveux de Clara », « L’amour de Clara » et « Le cancer de Clara ». Des titres qui ne sont pas choisis au hasard, mais qui témoignent de son inventivité. « Les cheveux de Clara » par exemple s’ouvrent sur une scène qui a lieu plus de trente-cinq ans auparavant. Sur fond d’ Another one Bites the Dust de Queen, Clara et ses amis partent en virée sur cette large plage de Boa Viagem, et le premier coup d’œil qu’on a d’elle, c’est un très beau visage (celui de l’actrice Barbara Colen), encadré par des cheveux très courts qui font immédiatement penser à un traitement médical récent. Une scène qui se répond avec une autre, plus tard, où on la voit à la fenêtre de son appartement avec ces mêmes cheveux, d’une longueur extrême, symbolique du temps qui a passé, et symbolique de la victoire de Clara sur la maladie… De la même manière, une autre scène de ce même petit prologue ancre l’histoire de l’immeuble à travers les générations:  on fête les soixante-dix ans de Lucia, une de ses propres tantes, son modèle en quelque sorte, belle à couper le souffle, un sourire amusé et le regard perdu dans les réminiscences de sa torride vie sexuelle passée montrée en flash-back explicite par le cinéaste, pendant que famille et amis font l’éloge de son intelligence et de ses réalisations passées  (« N’oublions pas la révolution sexuelle » répondra-elle, mutine, face aux multiples retracements des jalons de son existence); des ébats intenses jusque sur une commode que l’on retrouvera des années plus tard à la même place, dans l’appartement qui est devenu celui de Clara

Le film s’écoule sur un rythme ressenti comme un tantinet lent, dû peut-être à la durée un peu trop longue du métrage (2h25), mais également au côté répétitif de la routine du personnage principal. Ainsi la voit-on, d’abord comme une très belle femme avec une extraordinaire chevelure de jais, faisant les trois pas qui la séparent de l’océan pour s’y baigner quand bon lui semble. Kleber Mendonça Filho fait un très joli portrait de femme, une mère et grand-mère qui tient tête à sa propre famille que pourtant elle couve de toute sa tendresse, une famille autant inquiète de la voir seule dans cet immeuble, qu’intéressée par la revente à très bon prix d’un appartement dont sa fortune ancienne pourrait lui permettre de se passer. Clara est également une veuve d’assez longue date qui résiste à la solitude et n’hésite pas à se payer les services d’un jeune gigolo pour assouvir une sexualité encore vivace. Elle est surtout cette citoyenne qui campe dans son droit à vivre dans le souvenir de sa jeunesse passée en refusant de vendre, malgré les mauvais regards de ses anciens voisins pressés de toucher le pactole, mais plus encore, malgré les pressions de plus en plus violentes de Diego (Humberto Carrão), le jeune promoteur immobilier qui veut en découdre (« Vous ne me connaissez pas, j’ai fait des études dans une école de commerce américaine, et c’est pour réussir ce projet coûte que coûte… » , lui dira-t-il sur un ton plein de menace à peine voilée) : c’est avec un vrai plaisir sensoriel et sensuel que Clara écoute encore et toujours ses disques de Queen (Fat Bottomed Girl cette fois-ci) ou encore de Gilberto Gil et d’autres artistes que l’éclectisme et la culture du cinéaste lui-même lui feront aimer. Ces scènes sont intimistes, mais sont un vrai reflet de la vie contemporaine des brésiliens et de leurs problématiques actuelles, les riches contre les pauvres, les manigances politiciennes, les collusions et les corruptions de toutes sortes, etc. 

L’indolence du film, couplée à une durée imposante, font qu’Aquarius ne rencontrera peut-être pas le succès que pourtant les thèmes qu’il porte, nombreux et d’actualité, auraient pu lui faire connaître. Dans la lignée de ses Bruits de Recife, Aquarius achève de donner une nouvelle tournure intéressante dans la carrière de Kleber Mendonça Filho.

Aquarius : Bande annonce

Aquarius : Fiche technique

Titre original : Aquarius
Réalisateur : Kleber Mendonça Filho
Scénario : Kleber Mendonça Filho
Interprétation : Sonia Braga (Clara), Maeve Jinkings (Ana Paula), Irandhir Santos (Roberval), Humberto Carrão (Diego), Zoraide Coleto (Ladjane), Fernando Teixeira (Geraldo Bonfim), Buda Lira (Antonio), Paula De Renor (Fátima), Barbara Colen (Clara en 1980), Thaia Perez (Tante Lucia 1980)
Photographie : Pedro Sotero, Fabricio Tadeu
Montage : Eduardo Serrano
Producteurs : Emilie Lesclaux, Saïd Ben Saïd, Michel Merkt, Coproducteur : Walter Salles, Producteur délégué : Dora Amorim, Producteur associé : Carlos Diegues
Maisons de production : CinemaScópio, SBS Films, VideoFilmes, Globo Filmes
Distribution (France) : SBS Distribution Productions
Budget : 2 500 000 BRL
Durée : 145 min.
Genre : Drame
Date de sortie : 28 Septembre 2016
Brésil, France – 2016