L’histoire Officielle, un film de Luis Puenzo : Critique

Malgré une forme un tant soi peu classique, L’histoire Officielle extraie sa force des différents thèmes abordés, tous plus épineux et inhumains les uns que les autres.

Synopsis : 1983 – Alicia, professeur d’histoire dans un lycée de Buenos Aires, mène une vie tranquille et bourgeoise avec son mari et la petite Gaby qu’ils ont adoptée. Dans sa vie professionnelle comme dans sa vie privée, elle a toujours accepté « la version officielle » jusqu’au jour où le régime s’effondre. L’énorme mensonge se fissure, et Alicia se met à suspecter que Gaby pourrait être la fille d’un « disparu ». Débute alors un inexorable voyage à la recherche de la vérité, une quête dans laquelle Alicia pourrait bien tout perdre.

La couleur de la vérité

Dans son récit, Luis Puenzo aborde la torture, les disparus, et principalement les bébés volés aux mères emprisonnés, qui furent ensuite recueillis par des familles proches du gouvernement, et du pouvoir en place. La dimension historique de l’oeuvre fait de L’histoire Officielle un travail de mémoire après la dictature de la Junte. Les argentins tentent d’exorciser leurs démons, désireux de faire de cette sombre période une force pour le futur et l’avenir de leur pays.
Le scénario de Luis Puenzo est un magnifique portrait de femmes, magnifiquement porté par des actrices, et acteurs, au sommet de leur art, avec une mention spéciale pour Norma Aleandro qui s’offre aux spectateurs sous toutes ses coutures, ce qui ne peut que l’embellir et faire de cette battante une héroïne a part entière.

Malencontreusement, malgré les différents prix remportés lors de son exploitation mondiale, L’histoire Officielle peine à s’imposer comme un grand film. Outre l’oubli de cette œuvre par le public, on reprochera au long-métrage de trop jouer et insister sur la corde sentimentale. Luis Penzo vient au spectateur pour lui tirer les larmes, faisant de son film une oeuvre trop sépulcrale, virant parfois même au misérabilisme. La mise en scène est académique et ne peut que rappeler bon nombre de films américains contemporains se contentant de filmer et d’émouvoir sans intégrer une « patte » cinématographique à l’œuvre et à la réalisation. Les nombreux gros plans, qui exhibent les actrices dans toute leur détresse, sont parfois larmoyants, voire pathétiques, ce qui nous éloigne de toute dimension attendrissante qui aurait été désirée. Mais par ces choix techniques et scénaristiques, Luis Puenzo fait de ce travail de mémoire une œuvre accessible, qui tend à se rapprocher du documentaire, car beaucoup apprendront sur ce passé tragique de l’Argentine.

Pourquoi ce titre, L’histoire Officielle ? Luis Puenzo, par son travail de mémoire, fait le choix de mettre au premier plan trois histoires officielles qui furent longtemps remises en cause. Les trois histoires peuvent clairement être distinguées, mais parviennent à former une unité de laquelle le film tire toute sa puissance. A l’histoire retravaillée par de nombreux médias ainsi que par le régime dictatorial se mêle l’histoire enseignée par Alicia, qui devra affronter bon nombre de détracteurs, que sont ses élèves, qui dénigreront et feront tort à de nombreux préceptes. Enfin, Luis Puenzo conte l’histoire personnelle d’Alicia, balisée par de nombreuses incertitudes, des faits biaisés, des prises de conscience et des doutes qui feront de sa vie ordinaire une véritable débâcle, sous une des dictatures les plus terribles que les pays sud-américains aient connu.

L’histoire Officielle : Bande-annonce

L’histoire Officielle : Fiche Technique

Réalisateur : Luis Puenzo
Scénario : Luis Puenzo, Aida Bortnik
Interprétation : Norma Aleandro, Hector Alterio, Hugo Arana, Guillermo Battaglia, Chela Ruiz…
Photographie : Felix Monti
Montage : Juan Carlos Macias
Musique : Atilio Stampone
Direction artistique :
Producteur : Marcelo Pineyro
Sociétés de production : Progress Communications
Distribution (France) : Pyramide Distribution
Récompenses : Oscar du meilleur film en langue étrangère (1986), Prix d’interprétation féminine au Festival de Cannes 1985 pour Norma Aleandro
Durée : 112 minutes
Genre : Drame
Date de sortie : 22 janvier 1986
Ressortie DVD : 5 octobre 2016

L’histoire Officielle a remporté l’Oscar du meilleur film en langue étrangère en 1986 ainsi que le prix d’interprétation féminine au Festival de Cannes 1985 pour Norma Aleandro.

Argentine – 1985

 

Festival

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Zoran Paquot
Zoran Paquothttps://www.lemagducine.fr/
Etudiant lillois passionné de cinéma, ayant plusieurs courts-métrages à mon actif, je baigne dans cet art depuis ma plus tendre enfance, grâce à un père journaliste m'ayant initié au visionnage intensif de films, mais également friand de théâtre, et d'arts en général. Admirateur de Nicholson, fou de Jim Carrey et fervent défenseur du cinéma français. Mon film culte ? Vol au-dessus d'un nid de coucou, Milos Forman, 1975.

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