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Rétro Stephen King : Carrie, la Vengeance, un film de Kimberly Peirce

Alors que l’œuvre de Stephen King est d’une richesse indiscutable, les studios se sont pourtant lancés dans la redite en livrant Carrie, la Vengeance. Un remake inutile qui parvient à transformer un film culte en teen movie abrutissant.

Synopsis : Carrie est une adolescente de 17 ans timide, laide et solitaire. Au lycée, elle est le souffre-douleur des jeunes de son âge. À la maison, elle subit le comportement abusif et violent de sa mère Margaret, une fanatique religieuse. Pour elle, tout va empirer le jour où, lors de ses premières règles, elle va découvrir qu’elle possède des pouvoirs télékinésiques. Et rien ne va s’améliorer. Pas même l’invitation au bal par Tommy Ross, le garçon le plus populaire de l’école… 

Une oeuvre culte transformée en teen movie tape-à-l’œil

Adapter une œuvre culte de Stephen King, c’est déjà en soi un projet osé. D’autant plus que le cinéma, malgré de grands titres mémorables (Shining, Dead Zone, Les Évadés…), a donné naissance à des films pour le moins bancals, pour ne pas dire à négliger dès que possible. Mais s’attaquer à une adaptation mythique du septième art – en l’occurrence Carrie – par le biais d’un remake, la tâche s’en retrouve encore plus difficile. D’une part parce que les rênes passent d’un cinéaste talentueux (Brian De Palma) à une réalisatrice méconnue du grand public (Kimberly Peirce) n’ayant pas le même palmarès que son aîné (il faut juste compter Boys Don’t Cry, Stop Loss et un épisode de The L World à son actif). De l’autre, le long-métrage sent le produit commercial à plein nez : casting plus tape-à-l’œil (Chlöe Grace Moretz, Julianne Moore…), étiquette de « nouvelle adaptation du roman » afin de minimiser la comparaison avec le premier film, de plus grands moyens techniques mis sur la table… Et comme pouvait s’y attendre le spectateur averti, Carrie, la Vengeance est une pure commande de production tout bonnement inutile et sans saveur. Juste une occasion supplémentaire de surfer sur un succès passé en prétendant offrir à une toute nouvelle génération de spectateurs une vision inédite de l’œuvre originelle.

Il faut pourtant avouer qu’avoir quelqu’un comme Kimberly Peirce à la tête d’un tel projet pouvait apporter de la fraîcheur à l’ensemble. En effet, voir une femme s’occuper d’un thriller dramatique aussi populaire que Carrie s’annonçait comme une sorte de renouveau dans le monde hollywoodien. D’autant plus qu’avec son orientation sexuelle ouvertement assumée, Peirce aurait pu donner une toute autre dimension au personnage éponyme et donc à l’histoire. Malheureusement, Carrie, la Vengeance se présente comme une banale adaptation piochant à droite à gauche (aussi bien chez Stephen King que chez Brian De Palma) afin de dérouler son fil conducteur sans génie ni personnalité. Le film peut tout de même compter sur ce dernier pour tenir en haleine, l’histoire du roman étant suffisamment prenante pour captiver le public de bout en bout, et surtout ceux qui ne la connaîtraient pas encore. De ce point de vue là, Carrie, la Vengeance peut se laisser suivre sans déplaisir, le temps d’une soirée entre amis non exigeants. Mais ce n’est pas suffisant…

Grande absente de cette prétendue « relecture » de Carrie : une atmosphère digne de ce nom. Et pour cause, le public fait ici face à une intrigue fantastique faisant appel à des notions de religion, de croyances extrémistes (via le personnage de la mère), de Diable… Ajoutez à cela le fait que nous sommes plongés dans l’univers de Stephen King avec un final pour le moins apocalyptique (la fameuse scène du bal suivie des déambulations de Carrie en ville), autant dire qu’une ambiance s’imposait d’office ! Au lieu de cela, Kimberly Peirce a préféré se contenter de son intrigue et de la musique (peu présente) de Marco Beltrami, nous livrant pour le coup un produit sans âme. Même, Carrie, la Vengeance fonce dans les méandres du teen movie en se vautrant dans les clichés du genre : les lycéennes en chaleur et aux formes généreuses, les personnages idiots, la scène de sexe inutile, la romance alambiquée… Ici, le spectateur se retrouve plus dans une sorte de Twilight horrifique que dans une adaptation de Stephen King, pour notre plus grand désarroi !

Mais alors que le long-métrage livre le minimum syndical en matière d’atmosphère, paradoxalement, ce dernier en fait des tonnes sur bien des aspects au point d’être grotesque au possible. À commencer par le casting, qui reflète bien cette impression de faire face à un teen movie. Et notamment Chlöe Grace Moretz, qui n’arrive pas à faire oublier la prestation Sissy Spacek en livrant une Carrie peu crédible à chacune de ses apparitions. La scène du bal, concernant sa prestation, se montre d’ailleurs comme la cerise sur le gâteau, l’actrice se livrant à une mauvaise parodie de Dalida (gesticulant des bras à l’excès). Même constat pour les effets spéciaux, qui veulent absolument en mettre plein la vue sans pour autant réussir à impressionner. Pire, à trop vouloir faire ce qui était irréalisable à l’époque de Palma, Carrie, la Vengeance chute dans le ridicule sans nom. La faute à des effets numériques gratuits et discutables (encore une fois, la scène du bal mais aussi le dénouement qui se veut spectaculaire sans jamais l’être) faisant parfois penser à du Paranormal Activity (des objets et meubles en lévitation) mais également à un côté gore tellement appuyé que cela en devient indigeste (mention spéciale à la naissance de Carrie). Du tape-à-l’œil pour jeunots boutonneux, faisant honte à l’oeuvre de Stephen King et à sa première adaptation !

Il valait mieux refaire une adaptation peu mémorable de l’auteur (Les Vampires de Salem, Simetierre…) plutôt que de perdre du temps à singer un grand titre. Surtout que l’œuvre de Stephen King, d’une richesse indiscutable, n’a pas fini de s’agrandir avec de nouveaux romans mémorables (Histoire de Lisey, Duma Key…) qui, pour le coup, attendent d’avoir une bonne transposition au cinéma. Malgré cela, les studios ont tout de même voulu se perdre avec cette redite inutile aux airs de teen movie abrutissant. Non pas une déception car c’était prévisible, mais une terrible confirmation ne cessant de s’affirmer de projet en projet. Celle de voir à quel point les productions hollywoodiennes préfèrent replonger dans les valeurs sûres sans avoir peur de les dénaturer au possible. Le film de Brian De Palma méritait bien mieux que cela. Stephen King aussi !

Carrie, la Vengeance : Bande-annonce

Carrie, la Vengeance : Fiche technique

Titre original : Carrie
Réalisation : Kimberly Peirce
Scénario : Lawrence D. Cohen et Roberto Aguirre-Sacasa, d’après le roman de Stephen King
Interprétation : Chloë Grace Moretz (Carrie White), Julianne Moore (Margaret White), Gabriella Wilde (Sue Snell), Judy Greer (Mme. Desjardin), Portia Doubleday (Christine Hargensen), Alex Russell (Billy Nolan), Ansel Egort (Tommy Ross), Cynthia Preston (Eleanor Snell)…
Photographie : Steve Yedlin
Décors : Carol Spier
Costumes : Luis Sequeira
Montage : Lee Percy et Nancy Richardson
Musique : Marco Beltrami
Producteur : Kevin Misher
Productions : Metro-Goldwyn-Mayer, Screen Gems et Misher Films
Distribution : Sony Pictures Releasing
Budget : 30 M$
Durée : 100 minutes
Genre : Fantastique
Date de sortie : 4 décembre 2013

États-Unis – 2013

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Blade Runner 2049 : Denis Villeneuve a peur des spoilers !

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Attendu chez nous le 4 octobre prochain, Blade Runner 2049 a pourtant réussi jusque ici à se draper d’un secret des plus absolus, si bien qu’on ignore encore de quoi parlera la mouture concoctée par Denis Villeneuve. Un état de fait qui selon un acteur investi sur le projet n’est pas dû au hasard…

Quand on réalise la suite d’un long-métrage aussi culte que l’est Blade Runner, on est forcément un peu sous pression. Voire peut-être un peu trop même. C’est en tout cas ce qui ressort de la bouche de Lennie James (The Walking Dead), qui au hasard d’une interview consacrée au show d’AMC, a laissé échapper quelques informations sur le processus de sécurité entourant la production de Denis Villeneuve. Et inutile de dire qu’à côté des autres Marvel ou DC qui puisent justement dans ce secret tous les ressorts nécessaires pour doper leur campagne marketing, la production de Blade Runner s’est astreinte au silence :

« Ils m’ont offert le travail, c’est sorti d’un peu nulle part et je leur ai demandé de lire le scénario. Ils m’ont envoyé 20 pages se situant avant l’arrivée de mon personnages, et 20 pages lorsqu’il avait disparu de l’histoire, c’était via une application que je ne pouvais ouvrir que sur un seul appareil. Je ne pouvais pas en faire de capture d’écran, ni aucune photographie et je ne pouvais pas le sauvegarder. Ils m’ont juste dit que j’avais 36 heures. 36 heures plus tard, tout avait disparu et je devais donner ma réponse. Lorsque j’ai accepté, ils m’ont enfin envoyé le scénario en entier. »

Des mesures fermes qui se sont vues doublées d’une protection jusque sur le lieu même du tournage, à Budapest, qui aura elle aussi connu les joies d’un tournage ultra-surveillé :

« Cela ne m’était jamais arrivé avant. Vous deviez signer un papier pour qu’ils vous donnent vos pages de scénario de la journée et vous deviez de nouveau signer lorsque vous les rendiez. Et vous ne pouviez pas repartir du plateau avant d’avoir rendu les pages. C’était affolant. Quand j’ai fini ma partie, je me suis dit que j’allais pouvoir m’asseoir avec le scénario pour le lire tranquillement et le ramener chez moi. Non, neuf heures après ma dernière prise, il avait mystérieusement disparu de mon iPad. »

Bref, après ça, inutile de dire que même si l’on peut encore avoir des réserves quant à la résurgence d’un des plus grands piliers de la SF, on a de bonnes raisons de penser qu’une petite révolution couve et que Villeneuve se pare de mystère comme pour mieux balancer son génie aux fans dans quelques mois. Réponse le 4 octobre prochain !

Blade Runner 2049 : Bande-Annonce 

Quand la mode rencontre le 7ème Art et l’univers des séries

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« Le cinéma a toujours eu besoin de l’élégance, et la mode a toujours rêvé d’une vitrine » (Philippe Avoury, in « Fashion & Cinema »). A l’occasion de l’ouverture de la Fashion Week de Paris : Haute Couture du 22 janvier 2017 au 26 janvier 2017, LeMagduCiné vous propose d’explorer pendant cet événement la relation fondamentale qui existe entre la mode, le cinéma et les séries.

L’un n’allant pas sans l’autre, la mode a rapidement su conquérir le monde de l’entertainment et s’imposer sur nos écrans. Une distinction est d’ailleurs à opérer entre les designers de la Haute Couture et les créateurs des costumes des films et séries. Tandis que l’un évolue dans l’industrie de la mode, créant et vendant des vêtements et accessoires haute couture, l’autre est chargé d’habiller les acteurs et actrices de films et/ou séries. Toutefois, les deux professions ne sont pas intrinsèquement séparées. Devenue un enjeu, l’implication de la mode dans le Septième art et le monde des séries ne fait que s’accroître, et laisse révéler une coutume bien ancienne où l’art visuel épouse l’art de la mode.

Ambassadeur d’un style, d’une mode et d’un temps unique, le vêtement est souvent synonyme d’une période bien précise. Il se fait notamment vitrine des codes d’un temps passé, figeant une époque vestimentaire révolue. Ainsi, du côté des séries, c’est le street-style aux imprimés flashys à souhait du Prince de Bel Air jusqu’au style preppy des « socialites » de Gossip Girl en passant par la luxueuse garde robe des personnages de Dynasty. Opérant de fait au travers de la mode une véritable source d’identité (que seraient Carrie Bradshaw de Sex & the City sans ses Jimmy Choo ou le Docteur Huxtable du Cosby Show sans ses pulls fantasques des années 80 ?), les vêtements s’emploient ainsi à accompagner la narration d’une série en définissant un caractère et celui qui les porte. Le personnage de Docteur Who est particulièrement intéressant en ce sens. En effet, pouvant se réincarner à chaque fois qu’il meurt, le choix de sa nouvelle tenue qui est le reflet de sa nouvelle personnalité, reste l’un des aspects les plus attendus lors d’une régénération par les fans de la série. Ainsi, beaucoup de Docteurs sont devenus célèbres et se sont distinguer en portant des éléments particuliers : tandis que l’énigmatique et facétieux quatrième Docteur joué par Tom Baker portait une longue écharpe rayée colorée en laine, le charismatique et toujours optimiste dixième docteur (David Tennant) portait lui un costume sobre avec des lunettes, des converses et un manteau marron. L’excentrique onzième Docteur (Matt Smith) portait, lui, un pantalon slim, des bottes en cuir All Saints, un noeud papillon et un manteau militaire vert quand il ne s’agissait pas d’un blazer en tweed.

Les habits font donc partie d’une conception artistique bien définie. Et cet arrangement conventionnel où le vêtement sert à la narration est encore plus vrai dans le cinéma. Qu’il soit français, américains japonais ou indien, le cinéma a toujours été la scène privilégiée de l’esthétisme dans toute sa splendeur. Le Samouraï de Paul Melville est un parfait exemple de cette volonté d’habiller la narration même du film par l’allure et les vêtements de ses personnages. Le rôle de Jef Costello porté par Alain Delon dans Le Samouraï est la représentation même du gangster cinglant mais sacrément cool. Toujours en costume cravate avec un trench et un borsalino sur la tête, l’image du caïd élégant perfectionné par Melville pour son personnage de Jef (toujours dans le souci du détail avec la montre de Jef portée sur l’intérieur du poignet et les gants blancs portés avant de commettre un meurtre) inspira d’ailleurs Quentin Tarantino pour ses tueurs à gages de Resevoir Dogs et Pulp Fiction.

Souvent uniques et spectaculaires, les costumes permettent de distinguer les acteurs principaux des autres, et d’affirmer son identité. La comédie romantique Pretty Woman de Gary Marshall (1990) aborde bien de cette identification construite autour de la mode. Interprétée par Julia Roberts, la prostituée Vivian est transformée en Cendrillon après sa rencontre avec le riche homme d’affaire, Edward. Un des moments mémorables du film étant sa séance de shopping sur Rodeo Drive sur une musique dont on croirait qu’elle a été créée pour ce film, « Oh, pretty woman » par Roy Orbison. Cette scène culte expose toutefois une condition souvent utilisée pour la femme dans le cinéma : l’appropriation par la femme de vêtements de grands créateurs la fait basculer dans le monde de la haute société. Une corrélation entre la femme et le prêt-à-porter se retrouve notamment dans les films (Sabrina – 1954 ; Drôle de frimousse – 1957) de celle qui est devenue l’impératrice de la mode, Audrey Hepburn, où la célèbre actrice campe à chaque fois le rôle de jeune fille qui se transforme en jeune femme raffinée. Et scrupuleusement choisie par Hepburn en personne (qui l’habillait aussi dans sa vie privée), c’est Hubert de Givenchy qui était derrière les tenues de la mythique actrice. Une étroite collaboration qui aura pour résultat d’offrir au cinéma hollywoodien les styles vestimentaires les plus sophistiqués du grand écran comme en témoigne Diamants sur canapé (Breakfast at Tiffany’s – 1961) d’Edward Blake, symbole de chic ultime, qui pava le chemin des plus grands films fashion comme Le Diable s’habille en Prada de David Frankel (2006).

On observe là néanmoins une nouvelle acception de la mode sur nos écrans. Alors qu’ils servaient à appuyer la narration et peaufiner les traits de caractère des personnages, les vêtements se transforment en instruments commerciaux. Le cinéma se fait alors scène d’exposition des dernières créations des grands couturiers et un laboratoire où expérimenter les nouvelles tendances. Une de ces expérimentations serait le travail de Jean Paul Gaultier dans le film futuristique de Luc Besson, Le Cinquième Élément (2001). Mixant les genres et les époques dans son approche artistique, le créateur français innove et conçoit pour l’occasion un style avant-gardiste, atypique et prodigieux. Volant presque la vedette aux acteurs, l’esthétisme artistique des vêtements dans certains films se transforme en but ultime. On se rappelle de l’anecdote de 1931 quand Sam Goldwyn proposa à Coco Chanel un million de dollars afin qu’elle travaille pour MGM. Le but du mogul était d’associer sa maison de production à un grand designer. Depuis, tout comme le duo Givenchy-Hepburn, un bon nombre de designers se sont associés à de grandes productions cinématographiques. Pour ne citer qu’eux, on a Giorgio Armani pour le film American Gigolo en 1980 ou Batman, the Dark Knight (2008) et The Dark Knight Rises (2012) ; Ralph Lauren pour Gatsby le Magnifique de 1974 et Annie Hall (1977) ; Nino Cerrutti pour Pretty Woman ; Armani et Chanel pour Trop belle pour toi (1989) ; et quant à la franchise James Bond dont le héros est toujours tiré à quatre épingles, on peut évoquer Tom Ford pour Quantum of Solace (2008) et Skyfall (2012), Armani pour Casino Royale (2006) et Brioni pour tous les 007 où Pierce Brosnan a joué.

Ainsi, alors qu’à l’aube du cinéma, les acteurs jouaient avec leurs propres vêtements, aujourd’hui les plus grands designers et les maisons de productions fonctionnent de pair. Une collaboration où tout le monde trouve son avantage : c’est peu cher puisque les couturiers prêtent gratuitement leurs créations et l’apparition dans les films de leurs œuvres, leur permet de se faire une publicité non négligeable. Véritable enjeu commercial, l’exploitation du « star system » par les grands noms de la mode a donc fait des acteurs et actrices des porte-vêtements. Cependant, ces derniers y trouvent aussi leur compte. De fait, à Hollywood, films et séries ont immortalisé des looks vestimentaires qui ont eu un impact sur l’opinion générale et développé la notion d’icônes de la mode et de sex symbol. Du côté des femmes, on peut citer Marilyn Monroe (Sept ans de réflexion – 1955, Certains l’aiment chaud – 1959), Audrey Hepburn, Sarah Jessica Parker (Sex & the City – de 1998 à 2004), Brigitte Bardot (Et Dieu… créa la femme – 1956); et chez les hommes on a les acteurs Marlon Brando (Un tramway nommé Désir – 1951, L’équipée Sauvage – 1953), James Dean (La fureur de Vivre, A l’est d’Eden – 1955), Alain Delon (Le Samouraï – 1967, La Piscine – 1969) ou Johnny Depp (21 Jump Street – de 1987 à 1990, Cry Baby – 1990), Jon Hamm (Mad Men – de 2007 à 2015).

Passés d’acteurs en icônes de la mode et sex symbol, les vedettes rentrent alors dans le jeu de la starification, facilité par le prestige de se vêtir avec ce que la mode fait de mieux, et s’imposent en influenceurs fashion.

 

Retro Stephen King : The Mist, un film de Frank Darabont

A la fois effrayant par son incroyable bestiaire mais aussi par la description sans concession de la face la plus sombre de l’humanité, Franck Darabont signe avec The Mist une œuvre impressionnante, dont le pessimisme nous hante bien après le visionnage.

Synopsis : Tandis qu’une brume étrange semble envelopper une petite ville du Maine, David Drayton et son jeune fils Billy se retrouvent pris au piège dans un supermarché, en compagnie d’autres habitants terrorisés. David ne tarde pas à s’apercevoir que le brouillard est peuplé d’inquiétantes créatures…
Leur seule chance à tous de s’en sortir consiste à s’unir. Mais est-ce possible quand on connaît la nature humaine ? Alors que certains cèdent à la panique, David se demande ce qui est le plus effrayant : les monstres qui rôdent dans la brume ou ses semblables réfugiés dans le supermarché ?

Franck Darabont n’est pas inconnu lorsqu’on évoque le nom de Stephen King. Avec déjà deux adaptations à son actif, Les Evadés et La Ligne Verte, le cinéaste a su démontrer par ces deux quasi chefs d’œuvre son talent à s’approprier l’univers de King tout en nous proposant une réflexion captivante et non édulcorée sur la condition humaine. Il faudra désormais y rajouter The Mist, sa troisième adaptation d’un roman du maître de l’épouvante, qui n’échappera pas à cette règle.

The Fog en mode survival

Et dès le départ, le réalisateur affiche une mise en scène des plus épurées pour nous présenter le contexte principal de son long-métrage. Elle sera pourtant diablement efficace : en à peine 15 minutes et une économie d’effets, le spectateur est plongé dans le mystère le plus total, enveloppé d’une ambiance inquiétante et mystérieuse symbolisée par la venue de ce singulier brouillard débarquant sans aucune raison apparente. Il aura ainsi suffi d’une sirène, d’une cavalcade de véhicules militaires et policiers, d’un homme en sang apeuré et de cette fameuse brume pour faire naître une certaine tension chez le spectateur.  Ce cloisonnement de dizaines de personnes dans le supermarché, souligné par une sensation de coupure avec l’extérieur (plus de téléphone, ni d’électricité), permettra à Darabont de nous présenter un nouveau regard sur la peur. Ce dernier sera la coordination de deux tendances : une peur que l’on peut lier à l’enfance, et qui concerne directement le brouillard et ses occupants (la peur de l’inconnu, de la pénombre et des monstres s’y dissimulant), et une autre beaucoup plus mature, liée aux attitudes et actes des individus les uns envers les autres en cas de catastrophe (la peur des autres). Ces deux tendances, fils rouges du long métrage, seront brillamment exploitées.

En effet, la première réussite vient de son incroyable galerie de monstres, ce qui pour un film de genre demeure une condition nécessaire. Si certains ne restent perceptibles que par leur ombre ou certaines parties de leur anatomie (des tentacules, des pinces…), d’autres sont visibles dans leur intégralité, et incarnent la sensation même de cauchemar d’enfant. Car ces créatures, au-delà du fait qu’elles soient tout bonnement effrayantes (et ce malgré quelques CGI très limites par moments!), sont aussi très diverses. A titre d’exemple, nos malheureux protagonistes seront confrontés à des aigles difformes, des araignées immenses, ou encore des mantes religieuses de plusieurs mètres de haut. Ce qui donne lieu à des attaques souvent impressionnantes, tant par leur impact visuel que par le suspense qui y a précédé. La maîtresse de ces séquences reste celle de la pharmacie, avec la ruée des araignées vers leurs différentes proies. Avec une montée crescendo de la tension, l’attaque n’en est que plus éprouvante, renforcée par un aspect gore réaliste (les araignées projettent des toiles acidifiées sur leurs victimes, leur liquéfiant par conséquent la peau), ponctuel sur la longueur et donc utilisé à bon escient. Mais ces monstres ne seront pas le seul obstacle que connaîtront les survivants. Et gage est donné à Darabont d’illustrer ce fameux adage hobbesien : « l’homme est un loup pour l’homme ».

La bête humaine

Si le sentiment de peur face à ce qu’on ne connaît pas est facile à démontrer, il est tout de suite plus difficile de le décrire face à ses semblables. Ce que fait pourtant Franck Darabont sans fausse note ni grandiloquence. Bien qu’on puisse le comparer de prime abord à Zombies de Romero tant le sujet est similaire (un groupe de personne survit à l’apocalypse à l’intérieur d’un magasin), le message qu’il s’en dégage n’est pas de même nature. Contrairement à Zombies qui pointait du doigt les dérives de la société de consommation, The Mist est la description du bouleversement du quotidien, d’une appréhension de la fin du monde, et par conséquent de la mise à nu du véritable visage de l’homme. Perdu et désemparé, avec nul vers qui se tourner, ce dernier n’a d’autre choix que de se raccrocher à n’importe quelle solution ou discours lui donnant un semblant de direction à suivre. Il est d’ailleurs d’autant plus facile d’imposer un nouvel ordre dans un monde en plein chaos. Cela sera illustré par le personnage de Marcia Gay Harden (impressionnante de froideur) alias Mme Carboni, dame acariâtre au quotidien, qui se révélera dangereuse au fur et à mesure des événements. Elle s’imposera très vite en véritable gourou, jouant du sophisme comme personne, entraînant avec elle ces innocents perdus en quête d’un quelconque exemple à suivre. Représentante de plus, selon ses dires, de la parole divine, elle exigera même des sacrifices humains afin de combler l’appétit vorace des monstres, au détour d’une scène d’une rare cruauté. Comme le mentionne explicitement un des personnages : « plus les gens auront peur, et plus elle aura de pouvoir ».

La montée progressive des tensions entre les deux types de personnages (ceux buvant les paroles, et les autres préférant leur liberté) cache donc en filigrane une critique de la religion mais à son sens le plus primitif, le plus sectaire, et de l’opportunité des hommes à l’imposer facilement. Et ce jusqu’à une conclusion déchirante, où le peu d’espoir véhiculé retombe tel un soufflé. Pas commun pour un film de ce genre ! Mais là où The Mist tombe un peu trop dans les travers de la série B classique, c’est dans sa manière de vouloir irrémédiablement tout expliquer, notamment l’existence même du brouillard. Alors que le mystère le plus total, un peu à la manière d’un Cube, aurait eu davantage d’impact, une explication fort peu convaincante, dont la substance rappelle les vieux épisodes de La Quatrième Dimension, nous est servie et est presque inappropriée ici.

Si l’on accepte cet aspect dommageable, force est de constater que The Mist reste une des meilleures adaptations de Stephen King à ce jour. D’un pessimisme radical rentrant en totale contradiction avec certaines œuvres du réalisateur (notamment Les Evadés), et alimenté par une tension permanente, Franck Darabont signe une fable cruelle et dérangeante.

The Mist : Bande Annonce

The Mist : Fiche technique

Réalisation : Franck Darabont
Scenario : Franck Darabont, d’après l’œuvre de Stephen King
Interprétation : Thomas Jane (David Drayton), Marcia Gay Harden (Mme Carmody), Laurie Holden (Amanda Dunfrey), Andre Braugher (Brent Norton), Toby Jones (Ollie), William Satler (Jim Grondin)…
Photographie : Rohn Schmitz
Montage : Hunter M. Via
Décors : Gregory Melton, Raymond Pulmilia
Costumes : Giovanna Ottobre Melton
Directeur Artistique : Alex Hadju
Production : Franck Darabont, Liz Glotzer, Anna Garduno, Randi Richmond, Denise M. Huth, Harvey Weinstein, Bob Weinstein, Richard Saperstein
Société de production : Dimension Films, The Weinstein Company
Distribution : TFM Distribution
Durée : 125 minutes
Genre : Epouvante – Horreur
Date de sortie : 27 février 2008
Etats-Unis – 2008

La Communauté, un film de Thomas Vinterberg : critique

La Communauté de Thomas Vinterberg est un film qui marche dans les pas des précédents, en disséquant les dysfonctionnements propres aux humains, ici une communauté et un couple. Mais un film en demi-teintes, avec des personnages peu caractérisés et comme tiraillés entre plusieurs directions.

Synopsis : Dans les années 1970, au Danemark, Erik, professeur d’architecture, et Anna, journaliste à la télévision, s’installent avec leur fille de 14 ans, Freja, dans une villa d’un quartier huppé de Copenhague où ils décident de tenter l’expérience de la communauté. Ils y invitent donc des amis mais aussi de nouvelles connaissances à partager là une vie en collectivité où toutes les règles, toutes les décisions sont prises de manière collégiale et soumises à un vote. Si leur communauté favorise l’amitié, l’amour et l’intimité du groupe, une liaison amoureuse entre Erik et l’une de ses étudiantes va venir perturber la vie de tous…

Le temps qui passe

S’il est un mérite qu’on peut attribuer au cinéaste danois, c’est d’avoir su se maintenir à flots après la hype incroyable de son Dogme 95 qu’il inaugure avec son deuxième film Festen, Prix du Jury au Festival de Cannes de 1998, et dont le succès est fracassant et continu.

En effet, l’audace et l’ambition de son projet restent jusqu’à ce jour l’aune à laquelle on confronte n’importe laquelle de ses œuvres, peut-être davantage encore qu’on ne le fait pour son camarade Lars von Trier, co-fondateur du fameux Dogme. Du coup, par comparaison systématique, ses films ne sont pas jugés à leur juste valeur objective, si tant est qu’on puisse parler d’objectivité dans le domaine de la cinéphilie…

Les films se sont donc suivis, avec ce Dogme qui revient régulièrement sur le tapis, occultant la cohérence et la consistance que son travail a prises. Pourtant, au fil des films, Vinterberg est véritablement passé maître dans l’art de décrire les dysfonctionnements d’une assemblée humaine, que ce soit la famille (Festen, donc, ou encore Submarino), la société (la Chasse, Loin de la foule déchaînée), ou encore la communauté de copains de son dernier film, un modèle de société tel qu’on a pu en voir fleurir dans les années 70, et tel que Vinterberg lui-même l’a expérimenté avec ses propres parents.

La Communauté s’ouvre sur les jours suivant la mort du père d’un des personnages principaux, Erik (Ulrich Thomsen, déjà un des personnages principaux de Festen). Avec sa femme Anna (Trine Dyrholm) et leur fille Freja (Martha Sofie Wallstrøm Hansen, une vraie révélation, toute en jeu sensible malgré son air mutin), ils déambulent en compagnie du notaire dans l’immense propriété laissée par le défunt, un endroit où Erik a passé toute son enfance. Dans une ambiance post-soixante-huitarde, où les idéaux n’étaient pas encore motivés que par l’argent, le couple est tiraillé entre la beauté de l’endroit et la quasi-indécence de vivre à trois dans un 450m2, mais également (quand même !) de la manne financière qu’ils pourraient en tirer. Ils décident, lors des séquences les plus joyeuses du film, de recruter des amis ou des quasi-inconnus, tels d’improbables DRH à l’affût du meilleur candidat, sauf qu’à la fin, tous les membres de la Communauté grossissante doivent voter ensemble l’adoption de ces nouveaux membres, cette fois-ci à l’instar d’un syndicat ouvrier pur jus, le tout sur fond d’un solide score rock des seventies.

Mais dès ces premières scènes, l’autre enjeu du film se profile également, à savoir la relation entre Erik et Anna, une relation où l’amour physique commence à être moins spontané, où Erik, devant la glace, s’interroge sur ce qui reste de son pouvoir de séduction, et où Anna se réjouit de la constitution de la communauté, pour « voir du monde et sortir de l’ennui »… Filmées dans une lumière un peu passée, des couleurs un peu pastel, ces scènes sont teintées de la mélancolie qui se dégage de ce temps qui passe.

Et de fait, l’intérêt du film est dans le télescopage entre la vie de cette communauté et l’histoire de ce couple, lorsque, très vite, Erik, prof dans une école d’architecture, succombe au regard magnétique de la jeune et jolie Emma (Helene Reingaard Neumann), une de ses élèves. Alors que la communauté est montrée comme étant le lieu de toutes les libertés, dont un joyeux bain de minuit collectif dans le plus simple appareil est une des manifestations à l’écran, les histoires d’amour du personnage principal viennent tout d’un coup jeter un doute sur tout cela, pour en montrer les limites et le côté utopique.

Puis la caméra se focalise sur Anna dans la dernière partie du film, elle la femme bafouée, le personnage qui va subir l’habituelle violence de la société sur la personne, que Vinterberg aime à dépeindre film après film. A Berlin, Trine Dyrholm a reçu l’Ours d’Argent de la meilleure actrice pour cette composition, récompense bien méritée, tant elle livre une prestation ultra-sensible où elle exprime divers sentiments tels que l’incompréhension, la tristesse, la colère et bien d’autres encore, ceux d’une femme qui aime encore , mais qu’on n’aime plus, ceux d’une femme qui voit dans la compagne de son mari sa propre jeunesse envolée…

Co-écrit avec Tobias Lindholm, avec qui il a collaboré déjà à plusieurs reprises, et qui a notamment réalisé l’excellent R et A War, cet habile scénario qui se partage entre les deux points de vue (la vie du groupe et l’histoire d’amour) fait de La Communauté un film au rythme assez soutenu, alors que paradoxalement, il ne se passe pas grand chose, ni dans une sphère, ni dans l’autre. L’essentiel de ce qu’il y a à voir réside dans l’impact du groupe sur Anna, et l’impact de la vie d’Anna sur la viabilité du groupe, dans le cadre d’un décor 70’s habilement évoqué, avec des successions de cris et de chuchotements, faisant penser, d’assez loin, il est vrai, à Bergman. Mais malgré la performance de Trine Dyrholm et des autres acteurs, le film n’atteint pas le niveau des précédents films de Vinterberg, encore cette fichue comparaison…

La Communauté- Fiche technique

Titre original : Kollektivet
Réalisateur : Thomas Vinterberg
Scénario : Tobias Lindholm, Thomas Vinterberg
Interprétation : Fares Fares (Allon), Ulrich Thomsen (Erik), Trine Dyrholm (Anna), Helene Reingaard Neumann (Emma), Julie Agnete Vang (Mona), Lars Ranthe (Ole), Martha Sofie Wallstrøm Hansen (Freja), Mads Reuther (Jesper), Magnus Millang (Steffen), Anne Gry Henningsen  (Ditte), Sebastian Grønnegaard Milbrat (Vilads)
Musique : Fons Merkies
Photographie : Jesper Tøffner
Montage : Janus Billeskov Jansen, Anne Østerud
Producteurs : Producteurs : Sisse Graum Jorgensen, Morten Kaufmann, Coproducteurs : Jessica Ask, Madeleine Ekman, Arnold Heslenfeld, Frans van Gestel, Mark Denessen, Sidsel Hybschmann, Julie Rix, Laurette Schillings
Maisons de production : Zentropa Entertainments, Topkapi Films, Zentropa International Sweden, Film i Väst
Distribution (France) : Le Pacte
Récompenses : Ours d’Argent de la Meilleure Actrice pour Trine Dyrholm, Festival de Berlin 2016
Durée : 111 min.
Genre : Drame
Date de sortie : 18 Janvier 2017

Danemark, Suède, Pays-Bas – 2016

Woody Harrelson a réussi son pari fou avec Lost in London

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Le comédien Woody Harrelson a réalisé et diffusé son tout premier long-métrage Lost in London… en direct !

L’acteur Woody Harrelson est parvenu à concrétiser son rêve fou et son projet ambitieux : réaliser un premier film composé d’un seul et unique plan séquence et diffusé en direct. Lost in London a donc été tourné dans les rues de Londres le jeudi 19 janvier 2017. Le film était projeté le même jour et en simultané dans près de 550 cinémas à travers la planète.

Woody Harrelson s’était confié à la rédaction d’Entertainment Weekly sur cet ovni cinématographique :

C’est un vrai film, avec quatorze endroits de tournages différents et un casting de trente personnes. Une caméra, une prise ! Personne n’a été suffisamment stupide pour faire ça…jusqu’à maintenant !

Ce long-métrage tenait particulièrement à cœur à Woody Harrelson. Il souhaitait explorer et exploiter cette idée depuis une dizaine d’années déjà. Ses sources d’inspirations viennent notamment du film Victoria, de Sebastian Schipper, intégralement tourné avec l’utilisation du plan séquence également.

Le comédien a écrit le scénario suite à une expérience personnelle. Il y a près de quinze ans, Woody Harrelson avait accidentellement cassé un cendrier dans un taxi londonien. Ce micro événement avait marqué le début d’une nuit de folie qui l’avait amené en prison au petit matin.

Lost in London s’apparente à une brillante comédie digne de Birdman ou à la filmographie de Woody Allen. Owen Wilson, Willie Neslon, Eleanor Matsuura et Martin McCann partagent l’affiche de ce film fou avec Woody Harrelson. La durée du long-métrage et de ce plan séquence assez exceptionnel dans l’histoire du cinéma est donc de 100 minutes.

D’après la rédaction du Guardian et du Telegraph, cette expérience inédite et sans filet, à mi-chemin entre le cinéma et le théâtre, s’est bien déroulée. Heureusement pour Woody Harrelson et toute l’équipe du film, aucun incident majeur n’est donc intervenu lors du tournage. Lost in London n’a pas été perturbé par les aléas du direct.

Espérons que ce projet exceptionnel, une véritable expérience artistique de grande ampleur, puisse être diffusé ou distribué dans les mois qui viennent en France.

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Un sac de billes, un film de Christophe Duguay : Critique

Il semblait inconcevable de passer après Jacques Doillon et son adaptation en 1975, mais la version 2017 de Un Sac de Billes profite d’une étonnante fraîcheur qui en fait un divertissement globalement réussi malgré certaines maladresses résultant d’un manque d’audace du réalisateur et ses producteurs.

Synopsis : De 1942 jusqu’à la libération en 1944, Joseph et son grand frère Maurice fuient la politique antisémite de plus en plus agressive des occupants nazis. Livrés à eux-mêmes alors qu’ils tentent de rejoindre la « zone libre » via les petites routes de campagne, ils apprennent que pour survivre il faut savoir faire preuve de malice mais aussi ne faire confiance à personne.

Devoir de mémoire pour enfants  

Publié en 1973 et aussitôt intégré aux programmes scolaires en tant qu’initiation pour les jeunes élèves au drame humain inhérent à l’Occupation, le roman autobiographique de Joseph Joffo est depuis considéré comme un classique. Sur un plan purement formel, le point de vue subjectif utilisé par l’auteur a participé à en faire une belle leçon d’écriture. A partir d’un scénario coécrit par Olivier Dahan (Déjà mort, La Môme, My Own Love Song…) qui se prédestinait initialement à en assurer la réalisation, c’est finalement le québécois Christian Duguay (Jappeloup, Belle et Sebastien 2…) qui s’est chargé de mettre en images les aventures de Joseph et son frère Maurice. Misant avant toute chose sur la maturité acquise par ces deux gamins un peu naïfs à travers cette sortie brutale de leur enfance, son film est foncièrement conçu comme un road-trip initiatique reposant sur le jeu remarquable de ses deux jeunes acteurs. Et, impossible de le nier, Dorian Le Clech et Batyste Fleurial sont tout bonnement bluffants de sincérité.

Paradoxalement, et alors que l’on sait d’expérience que la direction d’enfants inexpérimentés peut être délicate, ici le casting adulte semble presque faire tache à côté des deux héros de 10 et 12 ans. Dans le rôle du père, Patrick Bruel livre une prestation convaincante, jusqu’à ce que son jeu ne devienne quelque peu poussif dans certaines des scènes les plus mélodramatiques, mais, à ses cotés, Elsa Zylberstein manque cruellement de sensibilité dans son interprétation de la mère. Plusieurs petits rôles sont également confiés à divers comédiens que les producteurs espéraient bankables : Kev Adams, que l’on sent mal à l’aise dans la prestation à contre-emploi qu’on lui demande; Christian Clavier, qui nous rappelle que, quand il ne surjoue pas de façon outrancière, il est un acteur insipide; et Bernard Campan, qui en revanche n’a pas peur de surjouer jusqu’au grotesque son rôle de méchant collabo caricatural.

Entre l’allégresse communicative des enfants et les bonnes valeurs familiales que véhicule son scénario, il est difficile de ne pas tomber sous le charme candide d’Un Sac de Billes, et pourtant cette histoire de perte d’innocence ne parvient pas à toujours sauver son message optimiste d’un bon-sentimentalisme doucereux.

Autant d’apparitions et de cabotinages regrettables qui nous font pleinement apprécier les scènes où les enfants sont entre eux et s’échangent leurs dialogues pleins de candeur. Justement, tous ces échanges ingénus, qu’il s’agisse de leur regard sur la situation du pays ou de simples grivoiseries, sont le principal élément à donner son charme et son humour à ce drame historique. Cette humanité à hauteur d’enfants et le travail effectué sur la maturité qu’ils vont peu à peu acquérir sont de parfaites réussites scénaristiques, toutefois amollies par une mise en scène trop classique pour parvenir à nous rapprocher de leur point de vue. Cette incapacité à adapter sa façon de filmer selon l’âge de ses sujets aboutit à un traitement équivalent pour enfants et adultes, soulignant ainsi le plus gros défaut du film: la naïveté avec laquelle est représenté le monde des grandes personnes met à plat ce qui aurait pourtant dû être une dénonciation de la Shoah. De plus, la façon qu’a le scénario de substituer le point de vue subjectif propre au matériau d’origine par une voix-off apparait comme une solution de facilité dont l’unique conséquence s’avère être de rajouter à la mièvrerie infantilisante du propos.

La direction artistique soignée parvient à parfaitement recréer, essentiellement dans les passages urbains, les décors et personnages propres aux poncifs du cinéma français reconstituant les années 40. En cela, Un Sac de Billes s’inscrit dans un processus artistique que l’on peut qualifier de passéiste, que la fraîcheur des dialogues vient tout de même moderniser, au risque de parfois sembler en parfait décalage avec l’époque qu’il dépeint. Il est également difficile de ne pas regretter que le réalisateur n’ait pas su mieux filmer ses deux jeunes acteurs, leur donnant à chaque fois peu de temps pour laisser s’exprimer leur énergie expansive. En effet, si les conversations entre gamins sont les passages les plus rafraîchissants du long-métrage – malgré qu’elles soient majoritairement filmées dans des champs/contre-champs sans saveur – et qu’à l’inverse les moments plus larmoyants sont trop poussifs pour faire chaque fois mouche, Duguay s’emploie à soigner les scènes de tension, allant jusqu’à générer par moments un minimum de suspense. Aussi bien dans ce jeu de cache-cache à échelle nationale avec les soldats allemands que dans la peine de risquer de ne pas voir ce cocon familial se recomposer, Un Sac de Billes prend aux tripes, mais ne réussit jamais à dépeindre avec justesse l’horreur de cette période sombre de l’histoire de France. Les enfants apprécieront donc, mais leurs enseignants devront trouver d’autres supports que ce divertissement pour leur apprendre ce que fut l’Holocauste.

Un Sac de Billes : Bande-annonce

Un Sac de Billes : Fiche technique

Réalisation : Christian Duguay
Scénario : Olivier Dahan, Alexandra Geismar, Jonathan Allouche, Benoît Guichard et Christian Duguay d’après le roman Un sac de billes de Joseph Joffo
Interprétation : Dorian Le Clech (Joseph Joffo), Batyste Fleurial (Maurice Joffo), Patrick Bruel (Roman Joffo), Elsa Zylberstein (Anna Joffo), Kev Adams (Ferdinand), Christian Clavier (Dr Rosen), Bernard Campan (Ambroise Mancelier)…
Photographie : Christophe Graillot, Thibault Gabherr
Direction artistique : Franck Schwarz
Décors : Jimena Esteve
Costumes : Pierre-Jean Larroque
Montage : Olivier Gajan
Son : Michel Bordeleau, François-Joseph Hors
Producteurs : Marc Jenny, Nicolas Duval-Adassovsky, Yann Zenou, Laurent Zeitoun
Production : Quad production, Main Journey, TF1 films productions
Distribution : Gaumont
Durée : 110 minutes
Genre : Comédie dramatique, drame historique
Date de sortie : 18 janvier 2017

France – 2016

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Rétro Stephen King : Chambre 1408, un film de Mikael Håfström

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Succès international en son temps, Chambre 1408 de Mikael Håfström est une adaptation convenue de l’oeuvre de Stephen King, efficace à quelques reprises mais vite oubliée.

Synopsis : Bien qu’il soit un auteur réputé de romans d’épouvante, Mike Enslin n’a jamais cru aux fantômes et aux esprits. Pour lui, la vie après la mort n’est que pure invention, et il a passé suffisamment de temps dans des maisons hantées et des cimetières pour le vérifier… En travaillant sur son dernier ouvrage, il découvre l’existence d’une chambre, la 1408 du Dolphin Hotel, où se sont produites de nombreuses morts inexpliquées et souvent violentes. Malgré les mises en garde du directeur de l’hôtel, Enslin décide d’y passer une nuit. Face à ce qu’il va vivre, son scepticisme va voler en éclats. Pour lui, la question n’est plus de savoir si le paranormal existe, mais d’espérer survivre à la nuit de tous les cauchemars…

Trente-troisième adaptation cinématographique de l’oeuvre de Stephen King, Chambre 1408 fût un succès commercial aussi retentissant qu’inattendu, huit ans après La Ligne Verte de Franck Darabont. A l’époque, l’équipe de producteurs Lorenzo Di Bonaventura (saga Transformers) et les frères Bob et Harvey Weinstein (les démarcheurs d’Oscars qu’on ne présente plus) s’associent avec la MGM pour monter cette adaptation issue du recueil Tout est Fatal sur la réputation d’or de Stephen King ainsi que sur deux têtes d’affiche populaires composées de John Cusack, avant que sa carrière ne tombe dans le déclin, et de Samuel L. Jackson, l’acteur noir le plus apprécié et représenté au cinéma avec Morgan Freeman et Denzel Washington. Combinaison parfaite donc puisque Chambre 1408 engrangea plus de 130 000 000 $ de recette dans le monde pour un budget initial de 25 000 000$ en dépit des critiques peu enthousiastes. A la réalisation, tout avait été prévu pour livrer un produit conforme et sans risque grâce au travail d’un Yes Man tout ce qu’il y a de plus convenable (comprendre : facilement malléable) en la personne de Mikael Håfström, cinéaste suédois qui sortait d’une première incursion dans le cinéma hollywoodien avec le correct mais dispensable Dérapage, avec Clive Owen et Jennifer Aniston.

Avec Chambre 1408, on retrouve certains des codes chers à Stephen King comme le fait que le personnage principal soit un écrivain solitaire -élément autobiographique si l’en est puisque le dit-personnage est réputé dans le domaine de l’épouvante- qui s’apprête à découvrir un monde fantastique et surnaturel, ou du moins une réalité distordue. Impossible donc de ne pas y voir la proximité avec les précédents personnages de l’oeuvre de Stephen King. Shining et Misery jouaient déjà dans cette catégorie mais Chambre 1408 en est la plus forte preuve tant les premières séquences montrent un auteur las des signatures publiques en librairies et des histoires à dormir debout, précisément une caractéristique autobiographique. Autre élément récurrent, chaque lieu du quotidien est dans l’oeuvre de Stephen King un décor de malédiction. Après les demeures, les voitures, les égouts (Ça), c’est ici la chambre d’un hôtel situé en plein New York (l’antithèse de Shining) qui s’avère être le terreau d’un Mal difficilement explicable. Mais plus que la maison, c’est la Raison du personnage principal qui est la véritable énigme de ce film tant il est difficile de savoir si l’on se trouve dans une réalité, un rêve, un souvenir ou un fantasme. L’esprit labyrinthique du protagoniste joué par John Cusack joue des tours au spectateur et laisse régulièrement entendre que tout ceci n’est pas aussi réel que ce que l’on veut croire. Et si toute l’étrangeté de cette chambre ne venait que de l’esprit torturé de son résident ? La question est posée et le film y répondra bien évidemment, ne laissant malheureusement pas au spectateur la possibilité de s’effrayer par sa propre imagination. C’est là l’un des défauts de Chambre 1408 puisque celui-ci ne fait que prendre le spectateur par la main, l’empêchant d’explorer ce monde et les angoisses qui le composent.

Ce qui manque nettement à Chambre 1408, c’est la patte d’un véritable cinéaste. De ceux capables d’instaurer un malaise avec la seule force d’une ambiance oppressante comme l’ont su prouver par le passé John Carpenter (Christine, 1983), Rob Reiner (Misery, 1990) ou Bryan Singer (Un élève doué, 1998). Mikael Håfström fait preuve de paresse et se contente d’enchaîner les effets d’effroi symptomatiques d’un cinéma d’épouvante (les fameux jump-scares) démodés depuis bien longtemps. Curieusement, cette stratégie prend forme à quelques reprises et donne au long métrage des allures de train fantôme, efficace mais qui s’oubliera rapidement. John Cusack est seul à porter le film sur ses épaules (Samuel L. Jackson s’amusant à n’apparaître qu’au début et à la fin) et il y parvient grâce au strict minimum de sa performance (loin de la remarquable prestation délivrée dans Dans la peau de John Malkovitch). Stephen King citera néanmoins Chambre 1408 comme l’une des dix adaptations cinématographiques les plus réussies de son œuvre dans le livre Stephen King Goes to the Movies. Sans doute parce qu’elle reste la plus fidèle à son œuvre (et la plus rentable), sans aucune audace de la part de Mikael Håfström pour transcender ce matériau littéraire intéressant mais cinématographiquement vain.

Chambre 1408 : Bande Annonce (VF)

Chambre 1408 : Fiche technique

Titre original : 1408
Réalisateur : Mikael Håfström
Scénario : Scott Alexander, Matt Greenberg et Larry Karaszewski, d’après la nouvelle 1408, de Stephen King, publiée dans le recueil de nouvelles Tout est fatal (Everything’s Eventual)
Interprétation : John Cusack (Mike Enslin), Samuel L. Jackson (Gerald Olin), Mary McCormack (Lily Enslin), Tony Shalhoub (Sam Farrell)
Photographie : Benoît Delhomme
Montage : Peter Boyle
Musique :Gabriel Yared
Producteurs : Lorenzo di Bonaventura, Jake Myers, Robert Weinstein, Harvey Weinstein
Société de production : Dimension Films
Société de distribution : Metro-Goldwyn-Mayer
Budget : 25 millions de dollars
Genre : Fantastique, Horreur
Durée : 104 minutes
Date de sortie en France : 16 janvier 2008
Film interdit aux moins de 16 ans lors de sa sortie en France

États-Unis-2007

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La La Land, un film de Damien Chazelle : Critique

La La Land est une ode majestueuse aux rêveurs et aux passionnés qui surprend et enchante à chaque instant. Un chef-d’œuvre précieux et inoubliable où se conjuguent hommage à l’ancien et modernisme avec une mise en scène endiablée. Un classique est né.

Synopsis : Au cœur de Los Angeles, une actrice en devenir prénommée Mia sert des cafés entre deux auditions. De son côté, Sebastian, passionné de jazz, joue du piano dans des clubs miteux pour assurer sa subsistance. Tous deux sont bien loin de la vie rêvée à laquelle ils aspirent… Le destin va réunir ces doux rêveurs, mais leur coup de foudre résistera-t-il aux tentations, aux déceptions, et à la vie trépidante d’Hollywood ?

City of stars

Avec son premier film en 2009, Guy and Madeleine in a Park Bench, plein de personnalité mais qui avait tendance à partir un peu dans tous les sens, Damien Chazelle avait déjà attiré l’attention des critiques. Mais c’est vraiment avec son deuxième coup d’essai en 2014 qu’il se faisait connaitre du public. Whiplash est un film épatant qui avait mis tout le monde d’accord, qui affirmait le style unique de son cinéaste et qui faisait la promesse d’un cinéma audacieux et dynamique dont on n’aurait pas fini de parler. Les attentes étaient donc placées très haut avec son La La Land, film qui se doit de confirmer son auteur, surtout que les promesses du casting et du genre dans lequel il s’impose font rêver. Chazelle qui fait une comédie musicale, chose à laquelle il s’essayait déjà dans son premier film, est une évidence tellement la musique et le cinéma se confondent dans l’univers du cinéaste. Tout est réuni pour laisser rêveur et le tour de force que Chazelle parvient à faire, c’est de ne pas décevoir. Et plus que ça, il surprend constamment son spectateur grâce à un langage cinématographique inventif et grandiose.

Dès la scène d’ouverture, un plan séquence vertigineux qui voit se dérouler une impressionnante séquence de danse pendant un bouchon en pleine autoroute, on est soufflé par la maîtrise et la virtuosité de la mise en scène. Chorégraphiée à la perfection et ce à tous les niveaux, la danse et les mouvements de caméra, elle donne le « la » d’une expérience qui s’annonce grandiose. Hommage totalement assumé aux grandes comédies musicales de l’époque, on pense aux Parapluies de Cherbourg principalement, ce passage pourrait paraître gratuit car déconnecté de l’histoire, mais il souligne au contraire à merveille les intentions principales du cinéaste, à savoir trouver une magie dans l’aigreur du quotidien. Tous les personnages présentés sont des rêveurs et nous correspondent, car à un certain niveau nous avons tous des passions et des rêves à accomplir. Le film parvient à toucher de manière universelle, malgré l’aspect musical qui peut paraître très particulier et la vision intimiste de son sujet. D’un point de vue plus général, tout le monde n’aime pas les comédies musicales, pouvant être perçu comme un moyen trop insouciant de raconter une histoire, et du point de vue plus personnel du réalisateur, le jazz n’est pas ce qui est le plus apprécié non plus. Pourtant, il parvient à nous faire nous émerveiller pour ces deux choses. Elles s’entremêlent pour venir faire une parabole sur quelque chose de plus concret, la représentation d’un rêve mourant. Le jazz comme la comédie musicale font partie d’une époque révolue, deux arts qui se meurent et qui ne sont plus ce qu’ils avaient pu être.

Mais Chazelle n’est pas seulement mû par sa nostalgie, car même si il enrobe son film dans un écrin nostalgique, il reste très lucide dans ce qu’il raconte et se tourne avant tout vers l’avenir plutôt qu’il ne regarde inlassablement vers le passé. En ça, son écriture est parfaite car elle ne cède jamais aux facilités et tout se répond pour trouver un sens, rien n’est laissé au hasard, les thématiques pourtant denses du film, s’imbriquent sans jamais paraître de trop. Le rapport au rêve et à la passion s’entremêle avec la condition du couple, car à quoi bon avoir un rêve si on ne peut pas le partager ? L’histoire de ce couple est de facture assez classique, quiconque a vu le premier film de Chazelle pourrait d’ailleurs y voir un remake plus ténu et définitif dans ses réflexions, mais prenant place dans un univers si personnel, elle apparaît unique. Le style du cinéaste a une unicité assez rare, que ce soit dans la manière dont il compose ses personnages ou la diction de ses dialogues, c’est quelque chose d’identifiable et propre à lui. On sent qu’il donne de lui-même et cela sort son histoire de l’ordinaire, parce que ce dont il parle, il n’en parle pas comme les autres. Alors que beaucoup se seraient laissés aller à un message naïf dit de façon un peu niaise, lui préfère affronter la fragilité déchirante de la réalité. Malgré un romantisme affiché, il reste réaliste sur le parcours de ses personnages trouvant une justesse bouleversante dans ce portrait doux-amer de gens qui vivent la tête dans les étoiles au sein d’une société qui cherche à les étouffer. Drôle, satirique, mélancolique et parfois tragique, le scénario ne se refuse aucun excès mais garde toujours en vue une logique imparable, à l’image de ses personnages, le cinéaste brosse un récit passionné, passionnant et plein de vérités sur la quête de reconnaissance. Qui en plus est servi par un casting exceptionnel, avec en tête le couple Ryan Gosling et Emma Stone qui sonne comme une évidence. Les deux acteurs sont au sommet, lui irradie de justesse et de charisme, elle, nous bouleverse par sa performance incroyable à la densité émotive sidérante.

Mais si La La Land est avant tout un spectacle tonitruant, c’est grâce à la mise en scène endiablée de Damien Chazelle. Véritable maelstrom de formes et de couleurs, on reste subjugué devant la maîtrise incroyable de l’œuvre. Le montage brille par son intelligence, offrant une narration fluide et un rythme imparable tandis qu’on est ébouriffé par les musiques inspirées qui restent en tête et la sublime photographie de Linus Sandgren. Le traitement léché des couleurs en fait une œuvre pétillante qui conjugue dans un même plan des mélanges aussi improbables que diablement réussis tandis qu’il opère un travail sur les lumières absolument génial. La lumière est autant chorégraphiée que les danses et les mouvements de caméra, ce qui offre une osmose visuelle parfaite. Surtout qu’on voit rarement des mouvements de caméra aussi virtuoses. On reconnait les tics de mise en scène de Chazelle avec les mouvements latéraux frénétiques qui s’arrêtent brutalement sur ce qu’il veut filmer et qui jonglent entre les deux personnages qu’il veut montrer. Cela donne un côté très énergique à ses scènes et ici il opère dans un style plus aérien pour mieux profiter des chorégraphies. La caméra flotte souvent dans les scènes, privilégiant les longs plans pour ne pas gâcher les performances et permet d’offrir des fulgurances mémorables. Comme cette séquence magnifique où Emma Stone se retrouve en soirée, elle marche au milieu d’une foule qui danse au ralenti et celle-ci accélère petit à petit au rythme de la musique avant que le tout n’explose, se déchaîne et aboutisse dans un superbe feu d’artifice. Un moment magique, probablement le plus beau du film et qui vaut à lui seul le détour.

La La Land est un classique instantané. Un film qui émeut et qui ne peut laisser indifférent par son message universel, son intelligence d’écriture et sa mise en scène virtuose qui sont mis au service d’un casting mémorable et attachant. Même en n’étant pas fan de jazz ou de comédies musicales, on se laisse emporter par cette ode bouleversante faîte aux rêveurs et aux passionnés, car c’est une œuvre qui évite tous les clichés que l’on peut se faire de ce genre de film. Romantique sans jamais être niais, mélancolique sans jamais tomber dans la pose nostalgique et tragique tout en sachant être délicieusement drôle. Damien Chazelle confirme être un grand et montre toute l’étendue de son langage cinématographique, entre ses tics d’écritures et de mise en scène, il impose un style particulier, unique et très personnel mais qui fait le tour de force d’arriver à parler à tous. Son La La Land est une leçon de vie, de cinéma et de musique, passionnée et indispensable qui s’érige probablement comme une des dernières grandes comédies musicales. Un chef d’œuvre tout simplement.

La La Land : Bande annonce

La La Land : Fiche technique

Réalisation et scénario : Damien Chazelle
Interprétation : Ryan Gosling (Sebastian), Emma Stone (Mia Dolan), John Legend (Keith), Finn Wittrock (Greg), J. K. Simmons (Boss),…
Image : Linus Sandgren
Montage : Tom Cross
Musique : Justin Hurwitz
Décors : David Wasco
Costumes : Mary Zophres
Producteur : Fred Berger, Gary Gilbert, Jordan Horowitz et Marc Platt
Société de production : Black Label Media, Gilbert Films, Impostor Pictures et Marc Platt Productions
Distributeur : SND
Récompenses : Oscars 2017 du Meilleur décors pour Sandy Reynolds-Wasco et David Wasco, Oscars 2017 de la Meilleure photographie pour Linus Sandgren, Oscars 2017 de la Meilleure musique de film pour Justin Hurwitz, Oscars 2017 de la Meilleure chanson de film pour « City of Stars » Benj Pasek, Justin Paul et Justin Hurwitz, Oscars 2017 du Meilleur réalisateur pour Damien Chazelle, Oscars 2017 de la Meilleure actrice pour Emma Stone
Durée : 128 minutes
Genre : Comédie musicale
Date de sortie : 25 janvier 2017

Etats-unis – 2016

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Moonlight, un film de Barry Jenkins : Critique

A l’heure où le cinéma américain semble de plus en plus se réduire à ses blockbusters franchisés et impersonnels, Moonlight nous rappelle qu’il existe encore des petites productions indépendantes qui ont le pouvoir de marquer les esprits par leur courage thématique autant que leur maîtrise stylistique.

Synopsis : Chiron est un jeune afro-américain qui grandit dans un quartier difficile de Miami. En plus d’être le souffre-douleur de ses camarades et de voir sa mère sombrer dans la drogue, il devra affronter un défi plus dur encore : celui d’assumer son homosexualité malgré les railleries dont il est victime depuis son plus jeune âge.

Romance urbaine

Il aura fallu 8 ans à Barry Jenkins pour s’attaquer à l’adaptation de la pièce de théâtre In Moonlight Black Boys Look Blue, elle-même récit autobiographique de l’acteur Tarell McCraney qui, comme lui, a grandi à Miami. Grâce au soutien financier de Plan B, la société de production de Brad Pitt, il a finalement réussi à regrouper autour de lui une équipe de techniciens et d’acteurs de talent qui lui ont permis de faire de son second long-métrage une œuvre poignante. Désireux de sortir des carcans communautaristes dans lesquels a trop souvent tendance à s’enfermer le cinéma afro-américain, il y intègre un drame intime, déchargé de tous clichés et à la portée universelle. Loin de la radicalité des approches, dans des styles parfaitement opposés, que Carol et Tangerine ont pu donner à ce cinéma estampillé LGBT aux Etats-Unis, Moonlight repose sur une extrême délicatesse sans fioriture dans sa façon d’explorer les relations humaines et la découverte d’attirances sexuelles qui diffèrent de la majorité. Le parti-pris de Jenkins de ne pas chercher à donner de justification sociologique à l’évolution des personnages, et par là même d’imposer un jugement moral et moins encore politique, se conjugue à un humanisme avéré qui atteint par moments (à commencer par la fameuse scène en mer avec ce père de substitution) la sphère spirituelle.

Fidèle du début à la fin à son dispositif de mise en scène consistant à alterner entre caméra à l’épaule et cadrages plus posés selon les troubles intérieurs de Chiron, Jenkins parvient tout du long à nous faire brillamment partager les étapes difficiles qui le conduiront vers une forme de rédemption et d’acceptation de soi. Hormis un travelling circulaire magistral qui semble, dès les premières minutes, sceller le destin de son jeune héros, l’économie de moyens artificiels dont fait preuve le cinéaste est la marque d’une sobriété qui accroît encore la délicatesse du récit. Les couleurs chaudes avec lesquelles est filmée la ville de Miami (preuve du talent de James Laxon, un chef opérateur jusque-là cantonné aux séries B de mauvais goût) participent elles-aussi à l’émotion ressentie face aux tourments les plus intimes de Chiron, mais aussi paradoxalement au romantisme et à la violence qui se confrontent dans cette ville à l’ambiance solaire.

Avec une finesse et un humanisme qui rompent avec la sensiblerie tire-larme et le communautarisme que l’on pouvait en craindre, Barry Jenkins brise l’un des tabous les plus délicats du cinéma afro-américain et Moonlight s’impose ainsi comme une œuvre majeure de notre époque.

Grâce à un découpage en trois actes, nous permettant de retrouver Chiron à 8, 16 puis 26 ans, il devient plus facile encore de s’attacher à lui et de prendre pleinement conscience de ses cicatrices internes. Cette construction narrative héritée du théâtre se révèle, en plus d’être un ressort probant à la dimension intimiste de ce mélodrame, l’occasion d’alterner le casting et d’offrir l’opportunité à trois jeunes comédiens peu connus d’incarner ce rôle principal chargé. C’est ainsi que Alex R. Hibbert, Ashton Sanders (N.W.A – Straight Outta Compton) et Trevante Rhodes endossent tour à tour ce personnage et donnent chacun, avec un brio remarquable, vie à ses contradictions et à son comportement introverti. Les personnages secondaires profitent eux aussi d’excellents interprètes : notons tout particulièrement Naomie Harris (James Bond, Pirates des Caraïbes) dans la peau de la mère toxicomane, André Holland (The Knick) qui fait preuve d’une exceptionnelle sensibilité ou encore Mahershala Ali (Luke Cage, House of Cards) dont le charisme est plus que jamais indiscutable.

Davantage que sa réussite formelle, la réussite de Moonlight est avant tout la résultante de l’audace avec laquelle il s’attaque frontalement à l’homophobie qui représente la part sombre de la culture hip-hop. En confrontant des stéréotypes propres à l’imagerie de celle-ci, à travers le Chiron de 26 ans qui apparaît comme un parangon de la virilité et du bling-bling, à un romantisme gay sous-jacent, Barry Jenkins réussit à révéler une réalité qui sera restée trop longtemps taboue. C’est justement cette difficulté qu’éprouvent les personnages à affirmer cette vérité qui rend la troisième partie, chargée en non-dits et en faux-fuyants, irrésistiblement bouleversante. L’un des arguments qui feront entrer ce film indépendant dans la légende est l’exceptionnelle qualité de la bande-originale joyeusement vintage, qui annonce la couleur (dans tous les sens du terme) en s’ouvrant au son de « Every Nigger is a star » de Boris Gardiner et contient entre autres « Hello Stranger » de Babara Lewis. Impossible de rester insensible à la sincérité avec laquelle est filmée cette quête d’initiation, et de ne pas tomber sous le charme du travail de Barry Jenkins dont on espère qu’il saura rester aussi intrépide sans jamais se laisser tenter par les lumières d’un cinéma Hollywoodien sans âme.

Moonlight : Bande-annonce

Moonlight : Fiche technique

Réalisation : Barry Jenkins
Scénario : Barry Jenkins, d’après la pièce de théâtre In Moonlight Black Boys Look Blue de Tarell Alvin McCraney
Interprétation : Alex R. Hibbert (Little), Ashton Sanders (Chiron), Trevante Rhodes (Black), Mahershala Ali (Juan), Naomie Harris (Paula), Jaden Piner (Kevin, 9 ans), Andre Holland (Kevin, 26 ans), Jaden Piner (Kevin, 16 ans)…
Photographie : James Laxton
Montage : Nat Sanders et Joi McMillon
Musique : Nicholas Britell
Producteurs : Adele Romanski, Dede Gardner, Jeremy Kleiner…
Productions : A24 Films et Plan B Entertainment
Récompenses : Golden Globes 2016 du Meilleur film dramatique, Meilleur film indépendant international au British Independent Film Awards 2016, Prix du jury, du public et du meilleur film aux Gotham Independent Film Awards 2016, Oscars 2017 du Meilleur acteur dans un second rôle pour Mahershala Ali, Oscars 2017 du meilleur scénario adapté pour Barry Jenkins et Tarell Alvin McCraney, Oscars 2017 du Meilleur film
Distribution : Mars films
Durée : 110 minutes
Genre : Drame
Date de sortie : 1er février 2017

États-Unis – 2016

 

Fleur de tonnerre, un film de Stéphanie Pillonca-Kervern : critique

Stéphanie Pillonca signe, avec Fleur de Tonnerre, un film sombre, mais pas toujours juste sur une fascinante empoisonneuse, porté par le jeu de Déborah François.

Plus forte que la mort

Fleur de Tonnerre, c’est le surnom que lui donne sa mère, mais qu’elle semble ne pas aimer. C’est Helène Jégado, l’une des sérial killer les plus meurtrières de l’histoire. On lui attribue en effet près d’une soixantaine de crimes. Cette ouvrière de la mort qui se prenait pour l’Ankou, représentation de la mort dans une légende bretonne racontée aux enfants, est incarnée avec force par Déborah François. On la trouve ici habitée, tour à tour mutique, colérique, perdue, mais surtout persuadée d’être investie d’une mission. Cette noirceur de l’acte est présente dans tout le film, on est clairement du côté de la mort, de son emprise sur la vie. Ici, la nourriture, source normalement de santé et de convivialité, devient l’enjeu de la peur, du crime, de la fin du monde. L’esthétique du film, une reconstitution du 19e siècle qui porta Hélène Jégado jusqu’à la pendaison, ressemble parfois un peu trop à une pub pour une fameuse marque de yaourts français. Quand la réalisatrice colle à la peau de son personnage, à sa rage, son désespoir, quand elle cherche à comprendre sans pardonner, elle est la meilleure. Car se transmet alors sa fascination pour un être de l’ombre qui caresse d’une main et empoisonne de l’autre. Les allers-retours entre l’enfance, les actes et la confession marchent ainsi assez bien, même si parfois on est plus dans l’illustration que dans une œuvre de cinéma pur. Cela se ressent d’autant plus que les seconds rôles sont beaucoup moins bien dessinés, voire bâclés. On s’agace ainsi de voir Benjamin Biolay enlever toute force et ambiguïté au personnage le plus énigmatique de la vie de Fleur de Tonnerre : celui qui noua une vraie relation de chair avec Hélène, lui fit perdre tous ses moyens. Il a été épargné par la jeune fille qui s’offrit en sacrifice pour cela, par le corps. Les autres seconds rôles sont à cette image, peu incarnés, souvent le jeu des acteurs n’est pas au rendez-vous.

Un tonnerre sans éclat

On est déçu de voir si peu d’ampleur dans ce qui aurait pu être une fresque, une peinture de mœurs passionnante et enlevée. Ici, les tableaux se succèdent sans véritable parti pris. Le temps semble alors très long. Dommage car on sent tout l’enjeu qu’y avait mis une réalisatrice dont le premier court métrage évoquait déjà une femme empoisonneuse. Quelque chose du mystère ici s’efface un peu. D’autant qu’on regrette le regard ou plutôt la plume plus cinglante posée par Jean Teulé (dont Stéphanie Pillonca adapte le roman) sur cette fleur bretonne, née du tonnerre, de la terre, ayant vécu dans le manque, l’envie de contenir ses peurs. Rien donc du vrai tourment intérieur de la tueuse, à part quelques scènes très belles, au profit de séquences trop illustratives. Hélène Jégado se voulait plus forte que la mort, et elle le fût certainement, sa seule faiblesse finalement, c’était la vie, pour laquelle elle n’a jamais vraiment su se battre. Celui qui l’a finalement confondue devait être un adversaire de taille, mais qui avait déjà gagné d’avance. Elle qui voulait juste être aimée sera finalement privée de regard sur le monde, tête tranchée, visage d’ange et mains mortelles séparés à jamais.

Bande annonce : Fleur de tonnerre

Fiche technique : Fleur de tonnerre

Synopsis : En 1800, la Bretagne est à genoux, accablée par le régime en place et par le clergé omnipotent. Elle se meurt dans un marasme économique qui n’en finit pas et au milieu de cela, une fillette en souffrance pousse, tant bien que mal. Cette fillette c’est « Fleur de Tonnerre », une enfant isolée, malmenée par la vie et bercée par le morbide. Elle en deviendra la plus grande « serial killer » que la terre ait jamais portée et sèmera la mort, peut être juste pour être regardée et aimée.

Réalisatrice : Stéphanie Pillonca
Scénario : Stéphanie Pillonca, Gustave Kervern, d’après l’œuvre de Jean Teulé
Interprétation : Déborah François, Benjamin Biolay, Jonathan Zaccaï, Catherine Mouchet, Blanche François, Féodor Atkine, Christophe Miossec, Xavier Mathieu
Musique : Matthieu Gonet, Sylvain Goldberg
Image : Hugues Poulain
Montage : Kako Kelber
Producteurs : Jean-Pierre Guérin, Sylvain Goldberg, Serges de Poucques,, Nadia Khamlichi, Gilles Waterkeyn, Dany Boon
Distribution : Sophie Dulac Distribution
Durée : 100 minutes
Genre : Drame
Date de sortie : 18 janvier 2017
France-2016

Rétro Stephen King : Salem, un téléfilm de Mikael Salomon

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Fallait-il vraiment adapter à nouveau le roman Salem, plus de vingt ans après le film de Tobe Hooper ?

Synopsis : un vagabond est mortellement blessé alors qu’il pourchassait un prêtre. Sur son lit d’hôpital, il explique à un infirmier la raison de son étrange comportement.

Auteur prolifique de plus de 50 romans (et de nombreuses nouvelles), Stephen King est aussi devenu, au fil du temps, un argument commercial pour les producteurs de films. Pouvoir marquer la mention « d’après Stephen King » sur une affiche de film ou une jaquette de DVD, c’est s’assurer d’un certain public, quelle que soit la qualité du résultat (qui, la plupart du temps, n’est pas une grande réussite).

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Et comme le matériaux n’est pas inépuisable, certains romans bénéficient même de plusieurs adaptations (Carrie, Ça…). C’est le cas de Salem, un des premiers romans de l’auteur, qui avait déjà subi une adaptation par Tobe Hooper à la fin des années 70.

Alors, que nous apporte de plus ce film signé Mikael Salomon (qui auparavant avait commis Pluie d’enfer, avec Christian Slater et Morgan Freeman) ?

Une petite ville sans histoire…

Le film commence plutôt bien. En voix off, le personnage principal, Ben Mears, nous présente la ville de Salem. Les lecteurs habitués de l’œuvre de King savent à quel point la description d’une communauté qui va se déchirer est importante pour l’auteur. Et c’est exactement ce que nous avons ici : une petite ville qui paraît sans histoire, mais où les habitants cachent secrets et rancœurs. Dans les premières minutes du film, on a l’impression que le réalisateur a compris cet aspect important. Ben Mears, écrivain récompensé par un Prix Pulitzer, retourne dans la ville de son enfance et, d’emblée, le portrait qu’il en dresse est plutôt sombre. « N’embellissez pas la ville parce qu’elle est petite ou que vous avez péché dans sa rivière quand vous étiez enfants », nous prévient-il.

Poursuivant sa logique, le film va donc nous présenter une multitude de personnages et les liens complexes qu’ils entretiennent. Et c’est là que le film commence à dériver.

Parmi ces personnages, il y a l’énigmatique Richard Straker, un richissime antiquaire habitant dans un manoir supposé hanté. Qu’un acteur aussi confirmé que Donald Sutherland interprète le personnage pourrait être une bonne nouvelle, mais hélas le comédien est laissé en roue libre et en fait des tonnes.

Vitesse et précipitation

La présentation de Straker est censée lancer le côté fantastique du film. Très vite, les éléments de surnaturel se dévoilent : le manoir hanté à la mode gothique, le chien sacrifié sur la grille du cimetière, le médaillon vendu par l’antiquaire à une adolescente, etc. Les amateurs d’histoires de vampires vont facilement retrouver leurs repères : la mystérieuse caisse de bois transportée de nuit et en toute discrétion vers le manoir rappelle furieusement les classiques du genre.

Le problème, c’est que ces éléments de fantastique sont présentés à toute vitesse et ne permettent pas d’implanter cette angoisse que le réalisateur prétend nous faire partager. Jamais le réalisateur ne parviendra à créer cette atmosphère de peur. Du coup, les spectateurs vont suivre ce qui arrive en se sentant exclus des événements. Faute de pouvoir nous faire partager la peur des personnages, Mikael Salomon nous détache complètement des événements.

Et comme le film dure quand même plus de trois heures, l’ennui s’installe vite. D’autant plus que les fautes d’écriture ou de réalisation se cumulent. Les personnages agissent de façon complètement illogique : le professeur (incarné par André Braugher que l’on retrouvera plus tard dans The Myst – acteur capable du meilleur et qui, là, nous livre une prestation pitoyable) découvre un cadavre chez lui et, au lieu d’appeler la police, demande à l’écrivain de venir.

Les scènes vont s’enchaîner sans lien logique. Le milieu du film nous propose une simple succession de scènes où des personnages se font vampiriser, comme un annuaire. Puis, sans que l’on sache vraiment comment, le narrateur nous dit que les habitants sont presque tous des vampires, alors que dans la scène précédente il n’y en avait que trois ou quatre…

Les personnages évoquent le vampirisme d’un coup, sans la moindre transition, sans même supposer d’autres explications, comme si c’était la seule solution logique et naturelle à ce qui arrive, et ils vont à la chasse aux vampires comme ils partiraient faire une promenade en famille. Rien n’est fait pour montrer le danger représenté par les monstres.

Faute de moyens, les trucages sont déplorables. Les acteurs ne sont pas dirigés et leur prestation est très inégale : Rob Lowe reste relativement sobre et son visage inexpressif ne colle pas du tout avec une histoire où il est censé avoir peur ; Rutger Hauer en fait trop et fait peine à voir.

En conclusion, même si elle commence bien, cette nouvelle adaptation du roman de Stephen King se révèle vite d’un ennui sidérant, mêlé d’un ridicule fini.

Salem : Bande Annonce

Salem : Fiche technique

Titre original : Salem’s lot
Réalisation : Mikael Salomon
Scénario : Peter Filardi
Interprétation : Rob Lowe (Ben Mears), James Cromwell (le prêtre), Donald Sutherland (Richard Straker), Rutger Hauer (Barlow), Andre Braugher (Matt Burke)…
Montage : Robert A. Ferretti
Photographie : Ben Nott
Musique : Christopher Gordon
Producteur : Brett Popplewell
Sociétés de production : Mark M. Wolper Productions, Warner Bros TV, Turner Network Television, Cooet Hayes Productions
Société de distribution : Turner Network Television
Genre : fantastique
Durée : 181 minutes
Date de diffusion à la télévision française : février 2006

États-Unis – 2005