Rétro Stephen King : Salem, un téléfilm de Mikael Salomon

Fallait-il vraiment adapter à nouveau le roman Salem, plus de vingt ans après le film de Tobe Hooper ?

Synopsis : un vagabond est mortellement blessé alors qu’il pourchassait un prêtre. Sur son lit d’hôpital, il explique à un infirmier la raison de son étrange comportement.

Auteur prolifique de plus de 50 romans (et de nombreuses nouvelles), Stephen King est aussi devenu, au fil du temps, un argument commercial pour les producteurs de films. Pouvoir marquer la mention « d’après Stephen King » sur une affiche de film ou une jaquette de DVD, c’est s’assurer d’un certain public, quelle que soit la qualité du résultat (qui, la plupart du temps, n’est pas une grande réussite).

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Et comme le matériaux n’est pas inépuisable, certains romans bénéficient même de plusieurs adaptations (Carrie, Ça…). C’est le cas de Salem, un des premiers romans de l’auteur, qui avait déjà subi une adaptation par Tobe Hooper à la fin des années 70.

Alors, que nous apporte de plus ce film signé Mikael Salomon (qui auparavant avait commis Pluie d’enfer, avec Christian Slater et Morgan Freeman) ?

Une petite ville sans histoire…

Le film commence plutôt bien. En voix off, le personnage principal, Ben Mears, nous présente la ville de Salem. Les lecteurs habitués de l’œuvre de King savent à quel point la description d’une communauté qui va se déchirer est importante pour l’auteur. Et c’est exactement ce que nous avons ici : une petite ville qui paraît sans histoire, mais où les habitants cachent secrets et rancœurs. Dans les premières minutes du film, on a l’impression que le réalisateur a compris cet aspect important. Ben Mears, écrivain récompensé par un Prix Pulitzer, retourne dans la ville de son enfance et, d’emblée, le portrait qu’il en dresse est plutôt sombre. « N’embellissez pas la ville parce qu’elle est petite ou que vous avez péché dans sa rivière quand vous étiez enfants », nous prévient-il.

Poursuivant sa logique, le film va donc nous présenter une multitude de personnages et les liens complexes qu’ils entretiennent. Et c’est là que le film commence à dériver.

Parmi ces personnages, il y a l’énigmatique Richard Straker, un richissime antiquaire habitant dans un manoir supposé hanté. Qu’un acteur aussi confirmé que Donald Sutherland interprète le personnage pourrait être une bonne nouvelle, mais hélas le comédien est laissé en roue libre et en fait des tonnes.

Vitesse et précipitation

La présentation de Straker est censée lancer le côté fantastique du film. Très vite, les éléments de surnaturel se dévoilent : le manoir hanté à la mode gothique, le chien sacrifié sur la grille du cimetière, le médaillon vendu par l’antiquaire à une adolescente, etc. Les amateurs d’histoires de vampires vont facilement retrouver leurs repères : la mystérieuse caisse de bois transportée de nuit et en toute discrétion vers le manoir rappelle furieusement les classiques du genre.

Le problème, c’est que ces éléments de fantastique sont présentés à toute vitesse et ne permettent pas d’implanter cette angoisse que le réalisateur prétend nous faire partager. Jamais le réalisateur ne parviendra à créer cette atmosphère de peur. Du coup, les spectateurs vont suivre ce qui arrive en se sentant exclus des événements. Faute de pouvoir nous faire partager la peur des personnages, Mikael Salomon nous détache complètement des événements.

Et comme le film dure quand même plus de trois heures, l’ennui s’installe vite. D’autant plus que les fautes d’écriture ou de réalisation se cumulent. Les personnages agissent de façon complètement illogique : le professeur (incarné par André Braugher que l’on retrouvera plus tard dans The Myst – acteur capable du meilleur et qui, là, nous livre une prestation pitoyable) découvre un cadavre chez lui et, au lieu d’appeler la police, demande à l’écrivain de venir.

Les scènes vont s’enchaîner sans lien logique. Le milieu du film nous propose une simple succession de scènes où des personnages se font vampiriser, comme un annuaire. Puis, sans que l’on sache vraiment comment, le narrateur nous dit que les habitants sont presque tous des vampires, alors que dans la scène précédente il n’y en avait que trois ou quatre…

Les personnages évoquent le vampirisme d’un coup, sans la moindre transition, sans même supposer d’autres explications, comme si c’était la seule solution logique et naturelle à ce qui arrive, et ils vont à la chasse aux vampires comme ils partiraient faire une promenade en famille. Rien n’est fait pour montrer le danger représenté par les monstres.

Faute de moyens, les trucages sont déplorables. Les acteurs ne sont pas dirigés et leur prestation est très inégale : Rob Lowe reste relativement sobre et son visage inexpressif ne colle pas du tout avec une histoire où il est censé avoir peur ; Rutger Hauer en fait trop et fait peine à voir.

En conclusion, même si elle commence bien, cette nouvelle adaptation du roman de Stephen King se révèle vite d’un ennui sidérant, mêlé d’un ridicule fini.

Salem : Bande Annonce

Salem : Fiche technique

Titre original : Salem’s lot
Réalisation : Mikael Salomon
Scénario : Peter Filardi
Interprétation : Rob Lowe (Ben Mears), James Cromwell (le prêtre), Donald Sutherland (Richard Straker), Rutger Hauer (Barlow), Andre Braugher (Matt Burke)…
Montage : Robert A. Ferretti
Photographie : Ben Nott
Musique : Christopher Gordon
Producteur : Brett Popplewell
Sociétés de production : Mark M. Wolper Productions, Warner Bros TV, Turner Network Television, Cooet Hayes Productions
Société de distribution : Turner Network Television
Genre : fantastique
Durée : 181 minutes
Date de diffusion à la télévision française : février 2006

États-Unis – 2005

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