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Emerald City, une série réalisée par Tarsem Singh : Critique Saison 1

Comme la loi des séries est injuste…. Annoncée en 2013, annulée avant sa mise en production, ré-optionnée miraculeusement en 2015, Emerald City aura connu un parcours des plus chaotiques. Et ce n’est pas son lancement en catimini, assorti de critiques et d’audiences catastrophiques, qui stoppera cette marche inexorable vers l’oubli. Tâchons tout de même de redresser la barre pour ce qui est probablement le meilleur show produit par un network depuis Hannibal (déjà sur NBC). Oui, oui.

Vendue comme une version épique, sombre et violente du Magicien d’Oz de L. Frank Baum, la série de Matthew Arnold (remplacé ensuite par David Schulner) promettait la réinvention de ce récit fondateur de la littérature américaine par la transfiguration ambitieuse d’une série de network en un show sous influence Game of Thrones.

Emerald City tire d’ailleurs habilement son épingle du jeu dans les grandes libertés qu’elle prend avec le roman originel. Si une partie de l’intérêt du show réside d’ailleurs dans la découverte des variations opérées sur ce classique (que nous n’éventerons donc pas), il semble que certaines choses aillent d’elles-mêmes, sans forcing, dans l’intention initiale du programme. Vous ne serez donc pas surpris d’apprendre que le lion peureux n’est pas vraiment un lion, que les souliers de rubis sont devenus autre chose et que les singes ailés sont présents d’une manière particulière.

A ce petit jeu du pas de côté, Emerald City a pour elle un travail évident d’appropriation de l’œuvre originelle et un sérieux boulot d’adaptation au médium télévisuel et aux canons de la fiction contemporaine. Si certains parti-pris pourront toujours faire hausser un sourcil, il faut admettre que l’ensemble se réinvente plutôt bien pour la télé.

L’univers autrefois féerique et coloré d’Oz devient ainsi grim’n’gritty, avec d’appréciables touches de steampunk et une mythologie revisitée à l’aune du pouvoir corrompu et de sombres croyances issues d’un passé terrifiant. Via le fameux effet zapping cher à Game of Thrones, on suit parallèlement tous les personnages du show. Et ce sur plusieurs storylines ne jouant pas au même niveau d’intensité dramatique ou narrative et dont la principale reste celle du Magicien (étonnant Vincent D’Onofrio) face au soulèvement des sorcières dans une lutte pour la domination d’Oz. A savoir ce qui de la science ou de la magie prévaudra, si possible à l’issue d’une bataille épique.

Changement radical de l’histoire et du ton donc mais pour autant, une fidélité salutaire à l’essence du roman et notamment au caractère profond des personnages en action. Ce qui permet de développer la psychologie des personnages principaux, de bouleverser nos certitudes et de boucler magnifiquement, lors de l’épisode final, avec le message suranné mais légendaire de Baum. C’est ce qu’on appelle donc une adaptation, avec des vrais partis-pris et dans le paysage actuel, ça ne court pas les rues.

On le disait, Emerald City avait l’ambition affichée de proposer sur un network un show à la facture au moins égale au mastodonte d’HBO. C’est bien évidemment difficilement possible tant les budgets de production ne jouent pas dans les mêmes catégories. Cependant, il faut reconnaître de louables efforts à Emerald City pour sortir de la laideur ambiante des dramas fantastiques. Au point que le pari n’est pas loin d’être gagné.

Le show à déjà le bon goût de ne durer que 10 épisodes, ramassant ainsi le budget de sa saison sur un volume de production plus petit qu’à l’accoutumée permettant des épisodes rehaussés par une production-value maligne. Emerald City bénéficie notamment d’un tournage en grande partie en décors naturels (en Espagne, Croatie et Hongrie, pays co-producteurs) ce qui offre crédibilité, matière et texture au contexte et renforce le show d’un point de vue formel.

Accessoirement, cela vaccine aussi à vie des fonds verts dégueulasses de la concurrence.

Fait rare pour un network, c’est un unique réalisateur, Tarsem Singh (The Cell, The Fall, Les Immortels, Blanche-Neige, Renaissances) qui réalise l’entièreté de la série. Si son style clippeux et esthétisant fait souvent polémique, force est d’avouer que Singh apporte ici une forme élégante (ayant même parfois franchement de la gueule), cohérente de bout en bout et irriguée dans son sillage par une direction artistique bien particulière. Une intéressante hybridation entre la dark fantasy, la culture Indienne et l’art Européen (notamment Moebius).

 

Le résultat est plutôt intriguant, jamais cheap et parfois vecteur de petites trouvailles astucieuses où l’idée générale est de faire souvent le plus avec le moins. Permettant du coup des SFX plus convaincants qu’à l’accoutumée et une ampleur véritablement présente en des moments fatidiques. Ce couplé à une réelle gestion des attentes pour des effets, du coup, vraiment payants.

Peu édulcorée quant à la question de la violence, la série marque aussi des points dans son intention de ne pas ratisser large et d’exclure d’emblée un public enfantin. Un choix risqué mais à saluer pour une production qui coûte un peu de pognon et adaptée, quand même, d’un livre pour enfants.

Maintenant, tout n’est pas non plus rose (ou jaune, ou vert) au pays d’Emerald City. Quelques défauts irritants des séries de network ont la peau dure et s’incrustent dans le paysage. En premier lieu, un casting quasi-intégralement composé de top-models, ce qui ne gâche pas l’œil loin de là mais donne un aspect papier glacé à l’objet. Une démarche souvent reprochée à Singh dans son travail et qui se rappelle rarement mais difficilement à nous quand un jeu approximatif se met en branle.

De même, Dorothy, qui est ici une jeune femme, subira la sempiternelle rengaine contemporaine d’un destin influencé par les choix de ses géniteurs ainsi qu’une romance compliquée, débouchant sur un déterminisme gonflant et quelques gros sabots dans la construction des révélations et des relations. Mais cela, malheureusement, c’est la gangrène de la fiction populaire depuis un trop long moment que de tout lier à la parentalité.

Ceci mis à part, la série est très plaisante à suivre, construisant des enjeux forts et des situations excitantes au-delà du plaisir pris à redécouvrir les arcanes bien connues du roman. Par ailleurs, sa montée en crescendo dans l’intrigue donne l’impression d’un objet pensé de longue date comme un tout extrêmement cohérent, qui ne tire jamais à la corde et suit une ligne narrative claire où les enjeux prennent de l’ampleur et évoluent pour atteindre une réelle finalité. Quand bien même la série laisse volontairement des portes ouvertes pour une suite…

Des portes que nous aurons peu de chances (voire aucune) d’emprunter car, comme nous le disions, la loi des séries est injuste. Alors rendez justice à ce show qui mérite bien mieux qu’un anonymat.

Emerald City : Bande-annonce

Synopsis :  Les aventures de Dorothy qu’une tornade entraîne au Pays d’Oz, Elle fait alors la rencontre de l’Épouvantail et tente de rentrer dans le Kansas, prenant part au conflit qui oppose le Magicien aux sorcières du Pays d’Oz.

Emerald City : Fiche technique

Créateurs : Matthew Arnold et David Schulner
Réalisateur : Tarsem Singh
Distribution : Adria Arjona (Dorothy Gale), Vincent d’Onofrio (Le Magicien d’Oz), Oliver Jackson Cohen (Lucas / Roan), Gerran Howell (Jack), Ana Ularu (West), Jordan Loughran (Tip), Mido Hamada (Eamonn), Joely Richardson (Glinda),…
Musique : Trevor Morris
Production : Chris Thompson et Tommy Turtle
Format : 42 minutes
Nombre d’épisodes : 10
Chaînes d’origine : NBC
Nationalité : Américaine, Espagnole, Croate, Hongroise
Genre : Drame, Fantastique
Premier épisode : 6 janvier 2017

États-Unis/Espagne/Croatie/Hongrie 2017

Auteur : Adrien Beltoise

Musique Moonlight : l’ambiance initiatique et magnétique de Nicholas Britell

Sous la fine lumière de la lune, les enfants noirs deviennent bleus, nous dit-on dans Moonlight. Sortie de son contexte, cette phrase peut paraître farfelue mais dans l’imaginaire qui se dégage de l’œuvre de Barry Jenkins, la symbolique de la couleur prend tout son sens. Dans un récit qui mêle habilement sexualité et quête de soi-même, Nicholas Britell, à travers sa bande originale, accentue la puissance initiatique et magnétique du film.

Tout fraîchement auréolé d’un Oscar, Moonlight est le portrait, la recherche d’identité d’un afro américain à travers le temps. Dès les premiers instants, on voit ce jeune garçon apprendre à nager avec son mentor, un dealer de drogue. Devant nos yeux, c’est un monde en suspension qui se dessine, arpentant les méandres de l’apprentissage et du déni. De ce point de vue là, la bande originale qui accompagne Moonlight se met au diapason de l’introspection de son personnage comme le démontre « Little’s Theme » et son calme apaisant, mettant en lumière l’éclosion d’un jeune garçon.

Pendant que l’œuvre se situe dans des contrées modernes et politiques avec ce questionnement sur l’homosexualité dans les ghettos des périphéries américaines, Nicholas Britell essaye de s’acclimater à l’esthétique bariolée de Barry Jenkins. Ce travail en commun entre le réalisateur et le musicien n’est pas sans rappeler la communion cinématographique entre Nicolas Winding Refn et Cliff Martinez tant la mise en scène allégorique de Jenkins s’accoude d’une musique représentant la psychologie même du personnage de Chiron.

Si le film utilise également une bande son hip hop (« Classic Man ») ou jazzy en rapport au contexte dans lequel il se trouve (« Every Nigger Is a Star »), c’est surtout la partition de Nicholas Britell, parfois proche de celle de Philip Glass dans l’élégance de l’orchestration, qui émerveille par son sens de la dramaturgie. De cette simple étude de caractère, aux antipodes de ce que l’on voit habituellement, le compositeur immisce une ambiguïté déchirante et une tristesse intérieure qui magnifient les images colorées et saillantes de Moonlight.

https://www.youtube.com/watch?v=nj8yGThNYzk

Les violons se font mélancoliques, les instruments à vent proches de l’agonie dans une rythmique parfois discontinue, comme sur le fabuleux « The middle of the world » témoignant à lui seul de la force centrifuge d’une œuvre aux multiples facettes, voyageant de-ci de-là entre l’amour et l’obscurité, la violence des coups d’un monde en mutation et les fissures émotionnelles d’un homme en proie au doute existentiel. Dans cette description de la solitude et les non-dits des sentiments, Nicholas Britell intervient comme pouvait le faire Shigeru Umebayashi avec son thème pour In the mood for Love de Wong Kar Wai : avec une légèreté caressante mais non dénuée d’amertume.

Car d’un métrage assez pop tant dans son thème que dans sa candeur, Nicholas Britell assombrit l’envergure du film en lui donnant un cachet baroque : où l’aspect contemporain de Moonlight devient presque intemporel grâce à sa bande originale flamboyante (« sweet dreams »). Tout en étant d’une grande homogénéité, cette dernière est variée, à l’image des sentiments à fleur de peau de Chiron : entre les morceaux où les quelques notes de pianos envoûtent par leur finesse et leur minimalisme (« Chiron’s theme ») définissant la solitude de ce garçon torturé, ou bien par ces instruments à cordes qui matérialisent le silence évocateur du métrage (« Black’s theme). Cependant, Moonlight n’est jamais aussi émouvant que lorsqu’il use de ressorts les plus simples, c’est-à-dire par la fulgurance de son image et de son travail sonore.

Moonlight est une œuvre parfaitement ancrée dans son temps, qui fonctionne de par l’ambivalence existant entre la modernité artistique de son temps et le classicisme de son approche dans une diversité culturelle qui fait cohabiter à la fois Mozart et Jidenna. Nicholas Britell sort des sentiers battus de la simple orchestration classique en puisant aussi dans les ressources de l’ambiant cathartique comme peut parfois le faire Max Richter (« The Spot »). La bande originale de Moonlight est là l’image de Chiron, le personnage principal : une carrure monstre qui dissimule l’angoisse d’un esprit qui ne connait sa position par rapport au monde. Et si Moonlight se révèle être une oeuvre riche, c’est aussi dû au talent majestueux de Nicholas Britell.

Musique Moonlight Tracklist : 

https://www.youtube.com/watch?v=8Y5iSNlD21c

1. Every N****r Is a Star – Boris Gardiner
2. Little’s Theme
3. Ride Home
4. Vesperae Solennes de Confessore – Laudate Dominum, K. 339 (Excerpt) – Wolfgang Amadeus Mozart
5. The Middle of The World
6. The Spot
7. Interlude
8. Chiron’s Theme
9. Metrorail Closing
10. Chiron’s Theme Chopped & Screwed (Knock Down Stay Down)
11. You Don’t Even Know
12. Don’t Look at Me
13. Cell Therapy – Goodie Mob
14. Atlanta Ain’t But So Big
15. Sweet Dreams
16. Chef’s Special
17. Hello Stranger – Barbara Lewis
18. Black’s Theme
19. Who Is You?
20. End Credits Suite
21. Bonus Track: The Culmination

Le secret de la chambre noire, un film de Kiyoshi Kurosawa : critique

Attendu au tournant avec Le Secret de la Chambre noire, sa première œuvre à l’étranger, un nouveau chapitre de son travail sur l’éternel recommencement des âmes, le cinéaste japonais Kiyoshi Kurosawa renoue avec le film de genre et parvient à convaincre avec ce drame à l’ambiance inquiétante.

Synopsis : Stéphane, ancien photographe de mode, vit seul avec sa fille qu’il retient auprès de lui dans leur propriété de banlieue. Chaque jour, elle devient son modèle pour de longues séances de pose devant l’objectif, toujours plus éprouvantes. Quand Jean, un nouvel assistant novice, pénètre dans cet univers obscur et dangereux, il réalise peu à peu qu’il va devoir sauver Marie de cette emprise toxique.

Le passé

Lassé par la course au financement quasi-impossible de ses films d’auteur dans son propre pays, où le public est surtout friand d’adaptations de mangas et autres franchises, Kiyoshi Kurosawa a même dû se replier vers la télé et réaliser sur commande une mini-série tirée d’un roman à succès. Pour notre plus grand bien, car la série, ce fut Shokuzai, une fantastique histoire oscillant entre thriller et épouvante.

Ce n’est donc certainement pas un hasard si aujourd’hui, on le retrouve avec cette production franco-belgo-japonaise. L’inconscient rencontre le réel, et petit à petit se forme l’idée de faire un film avec une équipe intégralement européenne, avec en tête de pont des acteurs français choisis par le cinéaste lui-même, à commencer par Tahar Rahim qu’il a déjà croisé (et apprécié) sur les routes des festivals, avec notamment Le Passé d’Asghar Farhadi.

le-secret-de-la-chambre-noire-kiyoshi-kurosawa-film-critique-olivier-gourmet-tahar-rahimAnciennement intitulé La femme de la plaque argentique, un titre sibyllin, onirique et prometteur, Le Secret de la chambre noire est un film qui synthétise les deux tendances du cinéma du réalisateur japonais. D’une part, les films violents et/ou qui font peur, qu’on ne peut pas qualifier platement de film d’épouvante et encore moins d’horreur, tant ils sont complexes dans leur apparente linéarité. Ces films des années 90 qui l’on fait connaître en France notamment, tels que Cure, Kaïro, ou encore Döppelganger. Puis d’autre part, les films les plus récents, beaucoup plus apaisés, comme le merveilleux Tokyo Sonata, ou encore De l’autre Côté de la rive. Cependant, malgré cette évolution, la mort, la peur forment toujours l’arrière-plan de ses préoccupations, et restent très présentes parmi les thématiques du cinéaste, comme dans Real, un film de commande qui commence dans la banalité de la vie d’un couple ordinaire et finira de la plus fantastique des façons…

Ici, il s’agit de Jean Malassis (Tahar Rahim), un jeune homme désœuvré qui se présente chez un artiste photographe à la recherche d’un nouvel assistant. Choisi précisément pour son inexpérience dans le domaine, Jean comprendra vite pourquoi en découvrant tout ce qu’il y a d’atypique dans le grand domaine délabré et spectral de Stéphane (Olivier Gourmet), où la chambre photographique fait la taille d’un deux-pièces cuisine et où les plaques argentiques de toute beauté sont grandeur nature. Les habitants ne sont pas en reste, Stéphane d’abord, un homme mystérieux terrassé par la mort de son épouse, son modèle qu’il a remplacé par leur propre fille Marie (Constance Rousseau). Puis Marie, donc, une belle jeune femme diaphane qui apparaît à Jean tel un fantôme dès le premier jour, qui fuit l’ambiance mortifère de la maison en s’entourant de plantes plus vivantes que tout le reste.

Le film est très anxiogène dès les premières minutes, Kiyoshi Kurosawa filme la nuque de Tahar Rahim pendant toute sa progression depuis le quai du RER d’où il vient jusqu’à cette demeure inquiétante. Le reste de la mise en scène sera à l’avenant, tout en suggestions et menaces très larvées, avec d’imperceptibles mouvements jusque dans les plis des voilages, de balancements inopinés des objets, des petits riens qui semblent indiquer une présence fantomatique et terrorisante, celle de l’épouse dont la mort fait partie des fameux secrets de la chambre noire. Une vraie réussite, tellement plus efficace que bon nombre de films contemporains qui se réclament bruyamment du genre.

Fondu de daguerréotype (titre du film à l’international), Stéphane veut créer le prototype parfait en grandeur nature, et cette taille gigantesque nécessitant des temps de pose extrêmement longs de plusieurs minutes à quelques heures, c’est d’un véritable instrument de torture du type exosquelette de l’enfer que Marie est affublée pour la rendre entièrement immobile, presque morte à la réalité. L’ensemble est d’une tristesse ineffable, l’acceptation de la fille, l’obstination du père, l’impuissance de l’amoureux transi. Le tout sur fond de la très belle musique lancinante de Grégoire Hetzel (Trois souvenirs de ma jeunesse, Les Innocentes).

Le Secret de la chambre noire traite du passé, de l’attachement au passé, comme ultime rempart contre la mort. Au travers du daguerréotype qui, comme la croyance de l’époque le disait, et comme Stéphane le rappelle dans le film, « s’imprègne d’une petite part de l’âme du modèle », Kurosawa parle aussi de l’art et de son rapport à l’art. L’histoire d’amour entre Jean et Marie sert également de fil d’Ariane, sans parler d’intrigues annexes dont l’objectif assez peu convaincant semble être d’ajouter de la noirceur aux personnages…

Compte tenu du contexte de sa réalisation , un scénario japonais traduit, mais surtout adapté en français par Catherine Paillé ( qui a trouvé la malice d’adapter on ne sait quelle scène de la vie ordinaire japonaise par une soirée foot au café avec des supporters du Racing Club de Lens !), un cinéaste qui ne connaît pas la langue et qui communique avec les acteurs et l’équipe via une interprète et, de fait, des comédiens  qui manqueraient d’un peu de direction d’acteurs, le métrage de Kurosawa n’est pas si mal réussi . Bien qu’Olivier Gourmet semble le plus souvent un peu en dehors du focus, mais c’est aussi le rôle qui veut cette hébétude, même si Constance Rousseau développe un jeu bizarre, très premier degré, une sorte de pastiche qui mêlerait maladroitement performance de la Nouvelle Vague et jeu low-key des actrices japonaises (récemment encore celui de Mariko Tsutsui dans Harmonium de Kôji Fukada). L’ensemble fonctionne en tant que quasi film de genre, mais pas que, porté par un Tahar Rahim qui, sans égaler l’immense Kôji Yakusho, grand habitué du cinéaste, se révèle très bon dans la peau d’un personnage qu’il réussit à faire évoluer subtilement, mais fermement, au gré du développement de l’histoire. Une bonne surprise donc pour les afficionados du grand cinéaste japonais, mais aussi pour les autres qui le découvrent à travers ce film français.

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Le secret de la Chambre noire : Bande annonce

Le secret de la chambre noire : Fiche technique

Titre original : –
Réalisateur : Kiyoshi Kurosawa
Scénario : Kiyoshi Kurosawa, adaptation : Catherine Paillé, Eléonore Mahmoudian
Interprétation : Tahar Rahim (Jean), Constance Rousseau (Marie), Olivier Gourmet (Stéphane), Mathieu Amalric (Vincent), Malik Zidi (Thomas), Valérie Sibilia (Denise)
Musique : Grégoire Hetzel
Photographie : Alexis Kavyrchine
Montage : Véronique Lange
Producteurs : Jérôme Dopffer, Michiko Yoshitake, Coproducteurs : Remi Burah, Olivier Père, Jean-Yves Roubin, Yuji Sadai, Tanguy Dekeyser
Maisons de production : Film-In-Evolution, Balthazar Productions, Frakas Productions, Bitters End, Arte France Cinéma, Ciné+ (participation), Centre du Cinéma et de l’Audiovisuel de la Fédération Wallonie-Bruxelles (support)
Distribution (France) : Condor Entertainment, Version Originale
Durée : 131 min.
Genre : Drame, Horreur
Date de sortie : 8 Mars 2017

France, Belgique, Japon – 2016

The Vampire Diaries Saison 8, une série de Julie Plec : Critique

The Vampire Diaries s’est achevé le 10 Mars sur la CW. Huit ans que l’on suit les péripéties des frères Salvarore, d’Elena Gilbert et de leurs amis. 171 épisodes à essayer de protéger Mystic Falls des forces du mal. Julie Plec nous a annoncé très tôt la fin de sa série, mais avons-nous eu droit à une conclusion satisfaisante ?

Synopsis : Damon et Enzo sont redevenus des vampires dépourvus d’humanité, tuant pour le compte de la sirène Sybil après sa fuite de l’Armury. Stefan et Bonnie vont tout faire pour essayer de les ramener et les protéger de Cade, le créateur des enfers…

Clôture du journal…

the-vampire-diaries-saison-8-posterAlors que nous avions eu droit à une saison 7 plutôt médiocre, entre storylines inintéressantes et nouveaux personnages peu charismatiques, l’ultime saison s’améliore, et confirme que la série peut marcher sans son actrice principale Nina Dobrev, grâce au retour à l’écriture du créateur de la série, Kevin Williamson (Dawson).
Nous apprécions de voir l’ensemble des récits se recentrer davantage sur ses personnages principaux, en particulier la relation entre Damon et Stefan mieux exploitée que l’an passé. En effet, tandis que Damon s’est rallié à Cade pour alimenter ses enfers en tuant des criminels, Stefan cherchera à sauver son frère, quitte à rejoindre à son tour les rangs ennemis. Le cœur de ces derniers épisodes nous montre un Stefan qui rêve de rédemption et qui fera tout pour sauver son frère une dernière fois.
De plus, en dehors de l’évolution des intrigues soutenues de Caroline et Bonnie, nous avons aussi plaisir à redécouvrir le personnage de Zach Roerig. Alors que Matt a toujours été secondaire, pas très apprécié des spectateurs – surtout ces derniers temps, une histoire parallèle qui lui est propre prend forme avec son père qui revient dans sa vie (interprété par Joel Gretsch, héros de la série Les 4400). Certes, l’écriture reste parfois brouillonne, mais sa storyline sera fortement liée à celle des enfers et aux origines des familles fondatrices de Mystic Falls.

the-vampire-diaries-saison-8-cadeCe qui rend aussi cette saison intéressante c’est sa structure. Une  saison beaucoup plus courte à 16 épisodes contre 22 habituels. Nous évitons donc les épisodes inutiles en restant focalisé sur une seul scénario et son antagoniste principal : Cade et ses enfers. Pour la première fois, nos héros affrontent un adversaire vraiment mystique, presque un démon à l’inverse des antagonistes plus humains que nous avions rencontrés jusqu’ici. C’est un terrain inconnu, une mythologie plus grande que nous propose la créatrice. L’histoire de la magie est plus développée, nous faisant découvrir l’origine des pouvoirs des sorcières grâce à Sybil et à sa sœur Seline. On s’intéresse davantage au surnaturel et au pouvoir psychique, force mentale que Bonnie arrive à réveiller en fin de saison alors que cela faisait plusieurs épisodes qu’elle n’était plus sorcière, affirmant une fois encore toute la puissance du personnage lors du series finale.

the-vampire-diaries-saison-8-caroline-stefanLa grosse attente de la part des fans est le retour de Nina Dobrev, qui interprète Elena, l’héroïne de The Vampire Diaries lors des six premières saisons. Entre promesse et rumeurs quant à son retour, nous sentions que les scénaristes voulaient faire les choses en grand pour sa dernière ligne droite en maintenant le suspense jusqu’au dernier épisode. Cette saison est tout aussi prenante à cause de l’adrénaline portée par son scénario qui avance crescendo, notamment avec les derniers épisodes diffusés après la pause hivernale.
Néanmoins, la saison n’est pas sans défauts et continue dans les morts gratuites afin d’alimenter le drama, et dans les facilités scénaristiques. En tant qu’ultime saison, des retours sont prévus, parfois justifiés et d’autres beaucoup moins. Ainsi, le come-back express de Michael Trevino qui reprend les traits de Tyler le temps d’une scène pour mourir des mains de Damon ne sert strictement à rien. Et même son enterrement a été expédié. Il faut du drame, et Julie Plec veut faire peur aux spectateurs en laissant penser que n’importe qui peu mourir d’ici l’épilogue. Heureusement, en contre partie, le retour de Kai (interprété par Chris Wood que l’on peut suivre désormais dans Supergirl) est bien plus plaisant. Ennemi juré de Bonnie en saison 6, ce personnage à la fois drôle et psychopathe est le responsable du coma surnaturel d’Elena (raison scénaristique qui a permis à l’actrice de quitter The Vampire Diaries). Alors qu’on imaginait que son intrigue correspondrait au réveil d’Elena, il n’en est rien : il annonce surtout la revanche de Katherine, alter-égo d’Elena, devenue reine des Enfers après la défaite de Cade.

Une nouvelle page qui s’ouvre ?

the-vampire-diaries-saison-8-freres-salvatoreLe Series Finale est mitigé. On sent d’un côté que Julie Plec et ses scénaristes ont prévu leur conclusion, mais toute l’intrigue se résout dans la précipitation. L’épisode 15 se concentre sur le mariage de Stefan et Caroline, dans le but de faire apparaître Katherine pour la vaincre, et l’épisode 16 clôt assez rapidement tout ce qui a été construit cette saison sur les Enfers. On n’aurait peut-être préféré avoir un double épisode pour mieux apprécier cette fin.
Julie Plec a malgré tout appris de ses erreurs : arrêter de tuer et ramener ses personnages à la vie… Oui les Enfers ont ressuscité plusieurs personnages connus de ces dernières années : Vicky, Kai et Katherine ; Tyler est mort en début de saison, Enzo fut la mort surprise lors du 11ème épisode. On pouvait craindre de voir quelques uns de ces protagonistes revenir à la vie pour faire un vrai Happy-End classique, surtout avec la magie de Bonnie qui réapparaît peu à peu…
Au contraire, ils restent définitivement morts, laissant un minimum de crédibilité, renforcé par le sacrifice héroïque de Stefan qui sauve Mystic Falls et son frère Damon. Ces dernières minutes pourraient presque remettre en perspective toute la série. Et si finalement, le personnage principal était Stefan et non Elena ?
C’est lui qui est à l’origine du vampirisme de Damon. Il est le premier à rencontrer et tomber amoureux d’Elena, il a un lien profond avec le meilleur personnage de la série, Klaus (qui a eu droit à son spin-off). On suit toute la série à travers Stefan jusqu’à sa rédemption où il permet à Damon de redevenir humain pour vivre heureux avec Elena. Il est vrai que c’est une mort prévisible (surtout avec Julie Plec qui fait sa promotion en annonçant un mort lors du dernier épisode…), mais nous pouvions facilement imaginer voir un des frères Salvatore mourir pour sauver l’autre.

En huit saisons, The Vampire Diaries a connu ses hauts et ses bas, mais le bilan reste positif. La série a baissé en qualité ces dernières années, mais l’ultime saison répond à nos attentes, surtout avec le retour de Nina Dobrev qui reprend ses 2 rôles, Katherine et Elena. Les fans ne pouvaient espérer mieux. La fin reste ouverte, nos héros ont chacun une conclusion convenable, mais la porte n’est pas fermée pour certains d’entre eux. The Originals reprend le flambeau de sa grande sœur et commencera sa 4ème saison la semaine prochaine. Et, avec les quelques indices laissés aux spectateurs, on se doute que l’on reverra un ou plusieurs personnages débarquer dans le spin-off…

La huitième saison de The Vampire Diaries a réuni, en moyenne, 0,99 millions de téléspectateurs et un taux de 0,38 sur les 18/49 ans.

The Vampire Diaries saison 8 : Bande-annonce

The Vampire Diaries saison 8 : Fiche Technique

Créateurs : Julie Plec, Kevin Williamson
Réalisation : Marcos Siega, J. Miller Tobin, Liz Friedlander, Kevin Bray, John Dahl, Joshua Butler
Scénario : Julie Plec, L.J. Smith, Kevin Williamson, Brian Young, Barbie Kligman, Andrew Chambliss, Caroline Dries, Bryan Oh, Sean Reycraft, Bryan M. Holdman, Andrew Kreisberg, Gabrielle G. Stanton, Mike Daniels
Interprétation : Paul Wesley (Stefan), Ian Somerhalder (Damon), Katerina Graham (Bonnie), Candice King (Caroline), Zach Roerig (Matt), Matthew Davis (Alaric), Michael Malarkey (Enzo) et Nina Dobrev (Elena/Katherine épisode 16)
Direction artistique : Timothy David O’Brien
Décors : Karen Bruck
Costumes : Jennifer L. Bryan
Photographie : Paul M. Sommers
Montage : Joshua Butler, Lance Anderson, Sean Albertson, Shawn Paper
Effets visuels : Entity FX
Musique : Michael Suby
Producteurs : Pascal Verschooris, Caroline Dries, J. Miller Tobin, Sean Reycraft
Société(s) de production : Alloy Entertainment, Bonanza Productions, Outerbanks Entertainment, Sim Video, Warner Bros. Television, CBS Television Studios
Format : 22 épisodes de 42 minutes
Diffusion : CW
Genres : dramatique, fantastique
Etats-Unis – 2009

De plus belle, un film d’Anne-Gaëlle Daval : Critique

Florence Foresti qui s’essaie au drame, Mathieu Kassovitz en « bobo-Casanova », et une costumière à la mise en scène. Tout semblait bien parti pour un fiasco total. Cependant, si ce coup d’essai divise, De plus belle trouve son public bien que trop ciblé et générique.

Synopsis : Lucie, 40 ans, en rémission d’une maladie incurable, s’engouffre dans un mal-être absolue quand il s’agit de son apparence. D’une succession d’opportunités, elle va réapprendre à se regarder et à s’aimer pour pouvoir enfin vivre sa vie et ne plus juste survire à sa rémission. Un « feel-good movie » assez réaliste, entre humour noir et romances acerbes.

De plus belle est le premier long métrage d’Anne Gaëlle Daval, une costumière à la fois réalisatrice et scénariste. Un coup d’essai pour étendre un univers artistique, pourrait-on dire. Si l’on se concentre sur cet aspect, cette comédie dramatique peut être perçu comme étant un pari risqué pour StudioCanal et Nolita, les deux porteurs de ce projet. Cependant, il ne faut pas exclure un élément important de cette équation économique : Daval fut costumière sur la série Kaamelott et son époux n’est autre qu’Alexandre Astier.

Si cela n’enlève rien au talent et à la capacité de Daval en tant que scénariste-réalisatrice, nous sommes légitime de pouvoir constater néanmoins que le pari est résolument moins risqué sous de tel circonstances. Daval est peut-être une novice dans le domaine de la réalisation mais elle a une certaine facilité d’accès aux ingrédients d’un succès certain.

Le récit de De plus belle nous embarque à bord du périple de Lucie, une mère en rémission d’un cancer de stade avancé. Si Lucie est à présent en bonne santé physique, son esprit ne suit pas. De par son combat, nous assistons à une phase de cette triste maladie qui est très peu représentée au cinéma. Souvent, un récit de ce genre s’arrêterait peu de temps après la rémission du personnage et il nous aurait laisser clore sur un « happy ever after ». Ici, on découvre le « ever after » en question et il n’est pas très positif ni « happy ».

Le propos du film est porteur d’un message ; Qu’il est tout aussi difficile de se remettre de la guérison d’un cancer que de la maladie en elle-même. Lucie est peut-être tirée d’affaire mais elle ne ressent plus son corps comme auparavant. Elle n’est pas à ce qu’elle fait, et surtout, elle ne se reconnait plus physiquement. Elle s’isole des autres et se prive de bonheur, pensant qu’elle n’y a pas droit.

C’est une quête psychologique que Daval dépeint dans son premier long métrage. On pourrait lui reprocher une trop grande volonté de réalisme, en conséquence. Notamment, les séquences de dialogues à rallonge et les moments de vie filmés à caméra embarquée, mettant l’emphase sur les décors et les paysages naturels de la ville de Lyon, sans vraies convictions.

De plus belle, de part ce parti pris, prend des allures de séries télévisées américaines du nouvel « âge d’or  » (The Big C ou United States of Tara), malgré son côté gauche et trop empathique. Pourtant, c’est bien là l’atout du film. Cette proposition fait passer De plus belle de simple comédie dramatique américanisant à vignette semi-réaliste pour un public bien définit. On s’identifie bêtement à Lucie (« working girl » féministe) ou à Clovis (Kassovitz, grand enfant et féministe) dans cet univers proche, bien que générique.

Néanmoins, Daval use de cette formule pour asseoir sa proposition et non son propos. Tout semble, de ce fait, très ardu et donc calculé. Le contraire de ce qu’elle propose au démarrage du film. Un premier essai assez bien tenté mais trop audacieux sur un sujet trop en force. Si De plus belle peut ne pas séduire un large public, la réalisatrice-scénariste reste quand même à suivre !

De plus belle : Bande annonce

De plus belle : Fiche technique

Réalisation : Anne-Gaëlle Daval
Scénario : Anne-Gaëlle Daval
Interprétation : Florence Foresti (Lucie), Mathieu Kassovitz (Clovis), Nicole Garcia (Dalila), Jonathan Cohen (Frédéric)…
Image : Antoine Roch
Décors : Nicolas Migot
Montage : Frédéric Bellehaiche
Musique : Alexi Rault
Producteur(s) : Romain Rousseau, Maxime Delauney
Production : StudioCanal, Nolita, France 2 Cinema, Auvergne Rhone-Alpes Cinema
Distributeur : StudioCanal
Durée : 1h38
Genre : Comédie, Drame
Date de sortie : 8 mars 2017

France – 2017

Auteur : Pascal J-H.C Topige

Les Figures de l’Ombre, un film de Theodore Melfi : Critique

Adapté du roman éponyme de Margot Lee Shetterly, Les Figures de l’ombre (Hidden Figures en anglais) de Theodore Melfi offre une narration engagée et vivide sur une histoire jusque là méconnue du grand public.

octavia-spencer-janelle-monae-les-figures-de-l-ombre-theodore-melfiInspiré d’une histoire vraie, Les Figures de l’ombre raconte le combat mené par trois brillantes afro-américaines aux États-Unis dans les années 1950-1960 pour l’égalité des droits dans un monde et une période de l’histoire américaine où demeurait la ségrégation raciale et où les femmes avaient un rôle moindre dans l’organigramme.

Ingénieures à la NASA, nos trois héroïnes Katherine Johnson (jouée par Taraji P. Henson), Dorothy Vaughan (Octavia Spencer) et Mary Jackson (interprétée par la star de R’n’B Janelle Monae) font vibrer cette fiction historique par leur génie, leur sensibilité et leur force. Katherine Johnson, personnage principal, ouvre le film avec des images d’elle plus jeune et donne le ton du film par l’étendue du génie qu’elle avait déjà lorsqu’ elle était enfant. Plus âgée et sous les traits de l’actrice qui ne fait que monter, Taraji P. Henson, Katherine doit redoubler de bravoure lorsqu’elle rejoint l’équipe d’Al Harrison (joué par Kevin Costner). L’accueil glacial et ostentatoirement ségrégationniste vécu par Katherine à son arrivée dans ce nouveau cadre de travail ne suffit toutefois pas à la stopper de réaliser son rêve : participer au programme américain destiné à envoyer le premier homme dans l’espace.

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Même topo pour ses comparses et collègues Mary Jackson et Dorothy Vaughan. Tandis que Mary se bat bec et ongles contre l’injustice faite à l’encontre des noirs dans le système académique, Dorothy est de son côté confrontée à l’inégalité au travail. En effet, à cause de sa couleur de sa couleur de peau, bien que la doyenne opère à Langley la fonction de superviseure pour l’équipe de recherche constituée uniquement d’afro-américaines ingénieures surnommées les « coloured computors », ce poste à titre officieux ne lui permet pas de jouir des avantages supposés de cet emploi (salaire, reconnaissance, perspective d’évolution…).

Aussi, développé autour du racisme et de la course spatiale -deux thèmes qui régissaient l’actualité dans les années 1960- Les Figures de l’Ombre opte néanmoins pour une approche plus légère pour évoquer le combat de nos héroïnes pour survivre dans un monde sexiste et raciste, et par conséquent foncièrement hostile au succès des personnes de couleur. C’est ainsi que l’un des moments phares du film qui est la course de Katherine pour rejoindre les toilettes réservées aux personnes de couleur (à plus d’un d’un kilomètre de son lieu de travail) est accompagné de l’énergique titre « Runnin » de Pharrell Williams (co-producteur du film), rendant la scène moins morne.

De fait, comme une volonté d’atténuer la gravité des événements et d’offrir un « happy ending » à nos brillantes scientifiques, les producteurs se sont reposés sur trois éminents éléments : les personnages John Glenn (Glen Powell), Al Harrison et Jim Johnson (Mahershala Ali). Tous trois attribués à l’histoire de Katherine, ils joueront un rôle central dans la vie du personnage principal. Le célèbre astronaute John Glenn, se distinguera par sa vivacité, sa capacité à respecter autrui peu importe sa race, et son soutien sans faille et salutaire envers Johnson. Responsable de Katherine, l’œil bienveillant d’Al Harrison pour sa nouvelle recrue permettra à cette dernière d’être respectée par ses collègues racistes. Jim Johnson trouve quant à lui sa place dans ce biopic-drama avec l’histoire d’amour développée entre lui et le personnage de Taraji P.

taraji-henson-octavia-spencer-janelle-monae-les-figures-de-l-ombre-theodore-melfiBien loin du désormais classique La Couleur des Sentiments (Tate Taylor – 2011) ou du récent Mandela (Justin Chadwick – 2013) dans son approche narrative, Les Figures de l’Ombre de Theodore Melfi se révèle dès les premières minutes être un film divertissant sans toutefois oublier de mettre en exergue la sévérité de la situation raciale dans les années 1960 (bureaux, écoles, toilettes ou bibliothèques séparés entre blancs et noirs). L’histoire vraie de Katherine, Dorothy et Mary est un pan de l’histoire des États-Unis dont les valeurs patriotiques ne manqueront pas de porter au sommet de leur grandeur, ces trois mathématiciennes qui ont aidé à envoyer le premier homme (américain) dans l’espace. En plein mouvement des droits civiques, trois afro-américaines employées à la NASA entraient alors dans l’histoire spatiale. Leur amitié brillamment développée par Henson, Spencer et Monae, solidifiera le courage de ces dames. Les Figures de L’Ombre n’est pas un biopic comme les autres. C’est un hommage historique qui aura l’intelligence de dépeindre avec éclat un portrait authentique du racisme à cette époque.

Synopsis : Le destin extraordinaire des trois scientifiques afro-américaines qui ont permis aux États-Unis de prendre la tête de la conquête spatiale, grâce à la mise en orbite de l’astronaute John Glenn. Maintenues dans l’ombre de leurs collègues masculins et dans celle d’un pays en proie à de profondes inégalités, leur histoire longtemps restée méconnue est enfin portée à l’écran.

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Les Figures de l’ombre : Bande annonce

Les Figure de l’ombre : Fiche Technique

Titre original : Hidden Figures
Réalisateur : Theodore Melfi
Scénario : Allison Shchroeder et Theodore Melfi d’après le livre Hidden Figures de Margot Lee Shetterly
Interprétation : Taraji P. Henson (Katherine Johnson), Octavia Spencer (Dorothy Vaughan), Janelle Monae (Mary Jackson), Kevin Costner (Al Harrison), Kirsten Dunst (Vivian Jackson), Jim Parsons (Paul Stafford), Glenn Powell (John Glenn), Mahershala Ali (Jim Johnson)
Musique : Hans Zimmer, Pharrell Williams et Benjamin Wallfisch
Photographie : Mandy Walker
Montage : Peter Teschner
Producteurs : Donna Giliotti, Peter Chernin, Jenno Topping, Pharrell Williams et Theodore Melfi
Maisons de production : Fox 2000 Pictures, Chernin Entertainment, Levantine Films et TSG Entertainment
Distribution : 20th Century Fox
Récompenses : Nominé aux Oscars 2017 pour le Meilleur Film, Meilleur Scénario Adapté et Meilleur actrice dans un second rôle (Octavia Spencer), Récompensé du Meilleur casting aux Screen Actor Guild Awards 2017 et National Board of Review 2017
Durée: 127min
Genre : Drame, Biographie
Date de sortie : 08 Mars 2017

États-Unis– 2016

Kong: Skull Island, un film de Jordan Vogt Roberts : Critique

Dans Kong : Skull Island, le primate le plus célèbre du 7ème Art se paie un lifting sous la houlette d’un petit génie échappé de Sundance. Résultat, exit le New-York grandiloquent des 30’s et place à la sauvagerie vintage du Vietnam des 70’s pour un film qui préfère le spectaculaire à l’intime, quitte à se muer en un mix furibard où monstres, vieux hits rock et imagerie à la Apocalypse Now se mêlent. Dantesque !

Il n’aura fallu qu’une seule image ; celle d’un peloton d’hélicoptères fondant à toute berzingue sur la silhouette de Kong dessinée dans le soleil du Vietnam, pour parquer Kong: Skull Island dans la case de « fantasme de cinéphiles sur patte ». Faut dire qu’outre convoquer l’imagerie, quasi séminale dès lors qu’on cause Vietnam, d’Apocalypse Now kong-skull-island-film-helicoptere-gorilledans une grosse production, ce plan venait de mettre à bas 80 ans de cinéma et altérer jusqu’à la moelle un mythe qu’on aurait cru intouchable : King Kong. Fini en effet le décorum new-yorkais des 30’s habituellement attaché au primate, et place au Vietnam des 70’s ; un territoire où tournent à pleins tubes les Stooges et les rotors des hélicos d’une armée sommée de se barrer fissa. Un changement de lieu et d’époque justifié par la Warner, qui souhaitait faire de ce film, le point de départ de son univers étendu peuplé de monstres, ce dernier devant d’ailleurs culminer avec l’affrontement entre Kong et Godzilla. Un beau programme donc, d’autant qu’on avait déjà un petit aperçu avec le Godzilla shooté de Gareth Edwards, ayant suivi la même formule du petit réalisateur paumé qui débarque à Hollywood avec les yeux qui brillent. Reste qu’entre le réalisateur du récent Rogue One et le petit génie indé échappé de Sundance, Jordan Vogt Roberts (Kings of Summers), un gouffre béant demeure ; un gouffre faisant justement tout le sel de Kong: Skull Island.

This is the end…

Tout part ainsi d’une question de feeling en fait. Quand Peter Jackson osait le remake lyrique et empli de romanesque du film de 1933 et qu’Edwards en profitait (avec Godzilla) pour rappeler les dangers du nucléaire, Vogt Robert, qu’on pressent naviguer à vue, préfère le défouloir pur et dur. Pas question donc pour lui de rappeler l’ingérence US au Vietnam ou le pensum écolo mais plus de faire vivre à l’écran ses souvenirs d’enfance et en faire profiter l’assemblée. On retrouve donc toutes les figures obligées du film de monstre entre contrée inhospitalière, territoire rempli de bébêtes aussi hideuses que carnassières et au milieu, un contingent de l’armée US sommé avant de rentrer au pays, de cartographier une île encore inexplorée. kong-skull-island-film-brie-larson-john-goodman-tom-hiddleston-john-c-reillyBref, le postulat classique du kaiju eiga, qui se voit heureusement rehaussé par ce qui fait toute l’originalité du projet : sa temporalité. Les 70’s, c’est Nixon, les missions Apollo, Creedence et surtout toute une flopée de films du Nouvel Hollywood qui n’ont pas dû laisser insensible le réalisateur de 35 ans. Pas étonnant donc de le voir appliquer avec un soin maladif toutes les composantes du classique de Coppola, Apocalypse Now. Son bestiaire de personnages tarés, son ambiance dépressive et furieusement rock, son relâchement ; bref on retrouve un peu tout ça sauf peut-être Brando, remplacé par un autre monstre sacré du cinéma, en la personne de Kong. Exit aussi le Wagner et les Walkyries et place aux Hollies. Des différences mineures en somme car ça te fait toujours des ralentis sur des pales d’hélicoptères en train de tourner, ça te met encore du rock dans des scènes d’actions et finalement ça te dilate la rétine à force d’enchaîner les money-shots, tous plus incroyables que le précédent. Le tout sans écorcher la générosité et la puissance qu’on pouvait en attendre car dieu sait qu’en plus de distiller une ambiance très pop dans l’âme, Vogt-Roberts ne s’embarrasse pas avec la subtilité et le confort.

Un divertissement aussi jubilatoire que référentiel

En même temps, avec Kong dans le titre, on se doutait bien de pas tomber sur un drame US carré à la Sidney Lumet et plus sur un mix entre, soyons fous, Apocalypse Now & Pacific Rim ? Ça tombe bien, voilà les deux films qui reviennent inlassablement en tête au cours du visionnage. La sauvagerie du premier faisant gentiment écho au plaisir de cinéma du second, pas difficile donc de prendre son pied comme on l’avait pris depuis… Pacific Rim justement. On s’attendait ainsi à de bonnes scènes qui défouraillent, des palmiers qui volent et beaucoup de sang qui coule. Et on en a pour son argent parce que voilà le crédo auquel s’applique tout le casting, entre un Tom Hiddleston qui roule des mécaniques, un Samuel L. Jackson qui suinte le charisme à l’hectolitre ou le taré John C. Reilly, toujours aussi décalé et drôle. Drôle oui. C’est peut-être le point le plus important ici d’ailleurs. Comparé au Godzilla de Gareth Edwards qui nous avait gratifié d’un sérieux quasi papal, kong-sull-island-tom-hiddleston-brie-larsonKong: Skull Island se fout pas mal de rentrer dans une case quitte à virer à la plaisanterie Marvel par moments, la faible exposition des personnages et le ton rigolard étant autant d’éléments contenus au sein des deux. Pour le reste, on ne pourra que savourer le ton référentiel du métrage, qui en deux heures de bobine parvient à enquiller les références à un rythme frénétique sans passer par la case boulimie (Shaft, Terminator, Jurassic Park, Le Monde Perdu,…) et qui pendant un temps parvient à masquer la peut-être seul vraie carence : une caractérisation de personnages frisant l’indigence pure tant ils sont réduits à des archétypes entre la photographe/féministe Brie Larson, le soldat obstiné Samuel L Jackson ou l’homme d’affaire louche John Goodman. Mais au fond comment renier son plaisir quand on voit le primate le plus célèbre du cinéma mettre des mandales comme certains mettraient des chaussettes à des lézards radioactifs pas beaux ? Dans cette question finalement réside tout l’intérêt du métrage. Blockbuster fantastique et sérieux ou divertissement régressif et ultra-récréatif ? Faites votre choix.

Furieusement pop et stylisé dans l’âme, Kong: Skull Island a des airs de cinéma 80’s ludique, joyeux et somme toute bordélique. Pas de quoi en faire un film parfait pour autant mais suffisamment pour tenir l’un des blockbuster les plus récréatifs et régressifs de l’année.

Kong: Skull Island – Bande-annonce

Synopsis : Un groupe d’explorateurs plus différents les uns que les autres s’aventurent au cœur d’une île inconnue du Pacifique, aussi belle que dangereuse. Ils ne savent pas encore qu’ils viennent de pénétrer sur le territoire de Kong…

Kong: Skull Island – Fiche Technique 

Réalisation : Jordan Vogt-Roberts
Casting : Tom Hiddleston (le capitaine James Conrad), Brie Larson (Mason Weaver), Corey Hawkins (Houston Brooks), Toby Kebbell (le major Chapman), Samuel L. Jackson (le lieutenant-colonel Preston Packard), John Goodman (William « Bill » Randa), John C. Reilly (Hank Marlow), Thomas Mann (Reg Slivko), Jing Tian (San), Shea Whigham (Earl Cole), Jason Mitchell (Glenn Mill), John Ortiz (Victor Nieves)
Scénario : Max Borenstein et Dan Gilroy, avec la participation de Derek Connolly, d’après une histoire de John Gatins et Dan Gilroy et d’après les personnages créés par Merian C. Cooper et Edgar Wallace
Décors : Stefan Dechant
Costumes : Mary E. Vogt
Photographie : Larry Fong
Montage : Christian Wagner
Musique : Henry Jackman
Production : Jon Jashni, Mary Parent et Thomas Tull
Producteurs délégués : Alex Garcia et Eric McLeod
Sociétés de production : Warner Bros. et Legendary Pictures
Société de distribution : Warner Bros.
Langue originale : anglais
Format : couleur — son Dolby Digital SDDS
Budget : 190 000 000$
Genre : action, fantastique, aventure
Durée : 120 minutes
Dates de sortie : 8 Mars 2017

Etats-Unis – 2017

Buffy contre les vampires, saisons 1 à 7, une série de Joss Whedon : critique

Le hasard en a décidé ainsi, mais le 10 mars 2017 restera une date clé pour deux séries qui ont chacune marqué son époque. Aujourd’hui sera diffusé le dernier épisode de la série The Vampire Diaries, mais nous fêtons surtout les 20 ans d’une autre série vampirique précurseur, Buffy contre les vampires.

Synopsis : Buffy Summers, jeune adolescente de 16 ans s’installe à Sunnydale avec sa mère pour débuter une nouvelle vie. Lycéenne le jour, Tueuse de vampires la nuit, dotée d’une force surhumaine, elle est l’élue qui a pour but de vaincre les forces du mal avec l’aide de ses amis et de son protecteur.

A chaque génération, une Tueuse vient au monde…

Tout le monde connaît Buffy aujourd’hui. Cette série s’est ancrée dans notre société qu’on l’ait suivie ou non. Produits dérivés, comics, jeux-vidéos, conférences et études universitaires, Buffy contre les vampires est le Star Wars de la télévision. 20 ans après la diffusion du pilote, la communauté de fans ne s’est pas atténuée confirmant son statut de série culte.
Cependant, l’ingéniosité du créateur et scénariste Joss Whedon (Avengers, Firefly, Dollhouse) avait débuté par un film : Buffy, Tueuse de vampires, sortie en 1992. Le long-métrage a reçu des critiques mitigées en partie à cause de divergences d’opinions. Whedon voulait faire une histoire effrayante, à l’inverse, la réalisatrice Fran Rubel Kuzui n’avait pas le même message et préféra créer une comédie plus légère.
Malgré son échec, le papa de Buffy finira par être contacté, et la première saison de la série, servant de suite au film sera diffusée sur la chaine The WB, avec Sarah Michelle Gellar dans le rôle titre. Du côté français, ce sera sur M6, dans la célèbre trilogie du samedi que l’on pourra découvrir les aventures du scooby-gang (nom donné à l’équipe de Buffy en vo).
Comportant sept saisons de 1997 à 2003, Buffy contre les vampires a été pionnière dans la manière d’écrire une bonne histoire fantastique et féministe. Joss Whedon veut casser les codes et les clichés avec sa série : au lieu d’avoir un héros qui sauve la jeune fille blonde d’un terrible danger, le cheminement s’inverse. Nous avons un personnage féminin fort qui sait se battre, et protéger les autres.
Avec Charmed, la série a amené un univers permettant de s’évader dans un monde semblable au nôtre, que l’on retrouvera dans diverses séries à succès plus récentes comme Supernatural, The Vampire Diaries, True Blood, Penny Dreadful, ou encore Teen Wolf.
Avant de continuer la lecture, il faut savoir que cette critique contiendra de potentiels spoilers.

Une histoire adulte pour adolescent

Centré avant pour un jeune public, la série a toujours été très mature, que ce soit dans les histoires adolescentes, les trames amoureuses, ou dans les simples aléas de la vie.
Nous trouvons un aspect très réaliste symbolisé autour d’un drama surnaturel que l’on peut remarquer sans que ce soit trop grossier. Joss Whedon a toujours vécu le lycée comme un cauchemar, il monte brillamment l’idée que la vie lycéenne de la Tueuse luttant contre les vampires servira de métaphore aux angoisses associées à l’adolescence. De cette manière, le cœur des forces du mal, la bouche de l’enfer puise son énergie dans le lycée de Sunnydale, au sein même de la bibliothèque.
Le spectateur s’identifie complètement aux personnages et aux différentes relations. L’écriture est toujours maitrisée, et souvent en nuances pour apporter un message différent de celui que l’on voit à l’écran. On retient par exemple la révélation de son rôle de Tueuse à sa mère dont les dialogues nous font penser directement au coming-out.

Notre héroïne, représente pleinement l’archétype de l’adolescent(e) qui se cherche, qui apprend, et qui grandit grâce à ses proches. Ses différentes relations montrent son parcours et son état d’esprit qui passe de l’adolescence à l’adulte, et de la joie à la dépression.
La nature sexuelle elle-même du personnage montre son évolution et sa transformation au cours des sept saisons. La première histoire d’amour avec Angel (interprété par David Boreanaz, Bones) est probablement la plus naïve et la plus poétique, d’autant plus qu’en période d’adolescence tout est sur-développé, leur amour est donc le plus intense, mais surtout le plus dramatique. Le désir charnel n’est presque pas représenté à cause de la malédiction d’Angel qui freine leur amour. C’est essentiellement grâce à Riley (Marc Blucas) et sa route vers l’université qu’on nous montre une héroïne plus adulte et, sexuellement, plus active et épanouie.
Enfin, les deux dernières saisons développent un aspect beaucoup plus sombre autour de Buffy à travers sa relation sado-masochiste avec Spike (James Marsters), dévoilant ainsi une noirceur beaucoup plus profonde.
Malgré son jeune âge, Buffy doit agir, et finira par penser en adulte. Joss Whedon a su écrire et réaliser ces saisons pour représenter ces difficultés que l’on s’apprête à aborder.

Intrigue bien construite, et épisodes expérimentaux

L’autre force du show se place dans la construction narrative de chaque saison indépendante les unes aux autres, même si nous suivons un fil conducteur montrant nos personnages qui grandissent (saisons 1 à 3 : la vie lycéenne, saisons 4 et 5 : la vie universitaire, saisons 6 et 7 : la vie adulte). Nous pouvons suivre plus ou moins une saison sans avoir vu la précédente (contrairement à la plupart des séries actuelles), car chacune lance une nouvelle histoire avec un nouvel ennemi principal et un nouvel enjeu (plus personnel) pour nos héros.

La série est parfaite sous tous les angles, et a très bien vieilli à l’exception de la première saison (composée uniquement de 12 épisodes).
L’histoire était encore assez simplette au départ, une fille qui refuse d’avoir ces pouvoirs et rêve d’être normale (idée qui sera mieux développée au fil des épisodes).
Le budget assez faible, a engendré des monstres et des effets spéciaux qui n’aident pas le spectateur à vouloir s’intéresser à la série. De ce fait, la chaîne était en réflexion pour lancer une seconde saison ou non. Après plusieurs accords, et quelques changements, Buffy contre les vampires trouve ses marques et s’installe à partir de la saison 2 à travers son récit qui prend plus d’ampleur.
Joss Whedon et ses équipes réussissent à créer une vraie mythologie dans l’histoire des protagonistes et antagonistes. Les saisons 2 et 3 sont considérées comme les meilleures par l’ensemble des fans. Il est vrai que nous avons une double réflexion autour de Buffy et son rôle de Tueuse.

buffy-contre-les-vampires-faithElle vit une histoire d’amour avec Angel qui rappelle la situation de Roméo et Juliette, ils s’aiment mais une tueuse ne peut pas aimer un vampire. Whedon a été ingénieux en poussant cette règle à l’extrême. Angel finira par perdre son âme et redevient un vampire sanguinaire aux côtés de ses acolytes  Spike et Drusilla (Juliet Landau). Les règles étant brisées, Buffy doit assumer son rôle de chef et d’héroïne en tuant son grand amour pour protéger le monde.
La 3ème saison va encore plus loin en présentant un effet de miroir avec l’arrivée de Faith (Eliza Dushku), l’autre Tueuse. Le maire de Sunnydale l’attire dans ses projets, et nous avons donc un combat égal entre Buffy et sa rivale, permettant de montrer l’hypothèse d’une tueuse de vampire qui s’allie aux démons. Cette rivalité développe la question de savoir où se place la limite des pouvoirs de l’élue.

Ainsi, les scénaristes assurent un renouvellement chaque saison, avec peut-être un schéma répétitif mais toujours avec de la nouveauté de façon constante dans son scénario. On pense notamment à l’arrivée surprise de Dawn la sœur de Buffy (Michelle Trachtenberg, Gossip Girl) en saison 5, permettant d’aborder des liens fraternels peu exploités lors des saisons précédentes, et de montrer une nouvelle facette du personnage de Sarah Michelle Gellar.
En dehors de son intrigue, on relèvera aussi de nombreuses pauses dans la narration, avec les épisodes dit bouche-trou, permettant d’expérimenter et de créer des histoires originales, c’est ici que se place tout le savoir faire de Joss Whedon.
La 4ème saison, plus légère dans ses storylines apporte ce genre d’épisode. On retiendra surtout « Un silence de mort » (4X10), complètement muet, ou son season finale « Cauchemar » (4X22) qui se place exclusivement dans un monde onirique. Mais le plus incroyable restera surement l’épisode musical « Que le spectacle commence » (6X07), l’un des premiers du genre à intégrer des parties chantées par le casting.
Nous avons donc à chaque saison deux ou trois épisodes originaux, en passant par d’autres épisodes plus traditionnels avec comme toile de fond Halloween, Thanksgiving, en passant aussi par la case de la Saint-Valentin.

Concernant la fin du show, il est important de relever un changement de ton à partir de la saison 6, en partie dû au fait que la série a été rachetée par une autre chaine UPN.
La saison 5 avait pourtant offert un final grandiose, sans nécessiter à un renouvellement. Buffy décide de sacrifier sa vie pour protéger sa sœur et sauver le monde de l’Apocalypse. La boucle était bouclée, sa mission était accomplie et tout le rôle de Tueuse avait été développé en cinq saisons.
Finalement, UPN en décide autrement et permet à Joss Whedon d’aller encore plus loin sans craindre la censure avec deux saisons supplémentaires. En conséquence, la 6ème saison est probablement la plus sombre de toutes, mais certainement la mieux réussie. A travers son écriture, les scénaristes montrent le combat intérieur de chaque protagoniste. La doctrine de la saison qui conviendrait serait « notre pire ennemi c’est nous-même ». Buffy n’arrive pas à reprendre goût à la vie et préfère avoir une relation malsaine avec Spike, Willow (Alyson Hannigan, How I met your mother), devient dépendante à la magie au point de vouloir détruire le monde, et Alex (Nicholas Brendon) prend peur et se rétracte à l’idée de se marier, ne se sentant pas prêt à franchir le pas.
On se recentre toujours sur ces trois personnages qui ont évolué pendant 7 ans, et leurs interprètes réussissent à merveille à rendre crédible leur parcours.

Un casting qui a su se renouveler

buffy-contre-les-vampires-saison-3
Saison 1 à 3

Autre point à souligner, ses personnages. Le spectateur n’est pas lassé au fil des saisons grâce au renouvellement de son casting.
On peut vraiment constater deux équipes de protagonistes qui composent le noyau dur des sept saisons de Buffy, Willow, Alex, Giles (Anthony Stewart Head). L’équipe du lycée des saisons 1 à 3 avec Cordélia (Charisma Carpenter), Oz (Seth Green) et Angel, et l’équipe post-lycée des saisons 4 à 7 avec Anya (Emma Caulfield), Riley, Tara (Amber Benson), Spike et Dawn.
Ainsi, par ses héros secondaires, on a une renaissance après la saison 3, permettant de continuer en développant de nouvelles intrigues. La franchise et le culot de Cordélia se retrouvent en Anya et Spike, la douceur de Oz à travers Tara, et l’arrivée de Dawn aborde un nouveau caractère chez Buffy comme on l’a expliqué précédemment.
La série mélanges les genres, car ce n’est pas qu’une série d’horreur fantastique, ou dramatique. Nous avons aussi beaucoup d’humour par ses dialogues, et de cette manière, Buffy contre les vampires reste unique et transcende les générations. Encore aujourd’hui, on peut revoir un épisode sans qu’il fasse vieillot face à nos séries télévisées actuelles.

Le Buffyverse

La série n’est pas trop courte, ni trop longue, l’actrice principale a fait le choix de ne pas renouveler son contrat après la septième saison. A raison ou à tort, on nous a offert une magnifique conclusion, ouverte et pleine d’espoir sur l’avenir de Buffy Summers et ses amis.
Néanmoins, le plus grand bonheur pour les fans de Buffy contre les vampires, c’est que la série ne s’arrête pas à l’épisode 144.
En effet, il existe une huitième saison sous forme de comic-books, toujours supervisée par Joss Whedon, des romans, mais surtout un spin-off autour d’Angel, en compagnie de Cordélia et Wesley (Alexis Denisof). Série dérivée diffusée entre 1999 et 2005, composée de cinq saisons. Cela a permis de développer deux fois plus l’univers fantastiques de Whedon. Ce fut aussi révolutionnaire, car il s’agit des premières séries à avoir diffusé des crossovers (double épisode qui commence dans une série et se termine dans une autre). Ainsi, même si Buffy a plus marqué les esprits, sa petite sœur n’a rien à lui envier.

Pour terminer, le show est l’un des meilleurs de son époque, mais reste toujours une valeur sûre aujourd’hui. Buffy contre les vampires parle de révélation, de faits de sociétés, de problèmes financiers, de la vie et de la mort (comment ne pas retenir l’épisode 16 de la saison 5, l’un des meilleurs épisodes de séries qui existe, traitant de la perte de l’être aimé de façon crédible et tellement réaliste). Mais ce chef-d’œuvre a aussi été novateur, en avance sur son temps en traitant de la sexualité et l’homosexualité. Il est important de souligner que les personnages de Willow et Tara symbolisent le premier couple lesbien à l’écran.
Enfin, le pouvoir de la femme est totalement exprimé sans pour autant zapper les capacités de l’homme qui n’est pas qu’un faire-valoir ou un abruti. Certes, c’est une des premières séries mettant en avant la femme, mais sans pour autant oublier le pouvoir masculin.

C’est une certitude, Joss Whedon a crée une série culte qui s’est démarquée, le simple fait de dire Buffy : tout le monde assimile ce nom à « vampire ». Elle est devenue une référence.
On n’a plus qu’à espérer qu’un revival ne voie jamais le jour, quand on constate avec tristesse la qualité des retours d’anciennes séries plus que discutables…

Buffy contre les vampires : Bande-annonce

Buffy contre les vampires : Fiche Technique

Créateur : Joss Whedon
Scénario : Joss Whedon
Interprétation : Sarah Michelle Gellard (Buffy), Nicholas Brendon (Alex), Alyson Hannigan (Willow), Charisma Carpenter (Cordélia), Anthony Stewart Head (Giles), David Boreanaz (Angel), Seth Green (Oz), Marc Blucas (Riley), James Marsters (Spike), Emma Caulfield (Anya), Amber Benson (Tara), Michelle Trachtengerg (Dawn), Eliza Dushku (Faith).
Musique : Nerf Herder, Christophe Beck.
Producteurs : Joss Whedon, David Greenwalt, Marti Noxon, Fran Rubel Kuzui, Kaz Kuzui.
Société de production : Mutant Enemy, Sandollar Television, Kuzui Entertainment, 20th Century Fox Television.
Diffusion : The WB 1997-2001 / UPN 2001-2003
Genre : dramatique, horreur, fantastique
Format : 22 épisodes de 40 minutes. 144 épisodes

Etats-Unis – 1997 – 2003

Taboo, une série créée par Tom Hardy, Edward Hardy et Steven Knight : Critique

Entrer dans Taboo, c’est accepter d’emblée de passer près de 8 heures avec quelqu’un de très peu recommandable (une ordure, n’ayons pas peur des mots), ce dans une époque crasseuse à l’atmosphère viciée où un mot de travers vous vaudra les tripes à l’air. Mais bon, après avoir passé quelques temps avec Walter White ou Tony Soprano, on peut encaisser facilement un autre sale type. Et vous aurez bien raison puisque la dernière série de la BBC One, chapeautée par le scénariste Steven Knight (Les Promesses de l’Ombre, Peaky Blinders, Alliés,…) et son interprète principal Tom Hardy (aidé de son père Chips) est, elle, hautement recommandée.

 

1814 James Delaney, présumé mort, revient à Londres au moment des funérailles de son père. Ce dernier, yoyotant vers la fin de sa vie, cède l’entièreté de ses biens à notre héros. Parmi eux, un bout de terre près de Vancouver propice à une route commerciale avec la Chine. Terre d’un grand intérêt financier mais aussi politique puisqu’elle donnera un avantage non négligeable à l’une ou l’autre partie dans le conflit opposant le Gouvernement Britannique et les États-Unis d’Amérique. Ce sans compter la puissante Compagnie des Indes Orientales persuadée de pouvoir faire vendre à Delaney. Mais le patibulaire James, revenu dans un but mystérieux, refuse catégoriquement et c’est ici que les ennuis commencent.

A vue de nez, ce petit résumé dressé promet un programme commun de la BBC avec son contexte historique et ses intrigues politiques et c’est finalement tout à son avantage. Taboo est effectivement plus une série qui prévaut par ce qu’elle raconte que sa façon de le montrer. L’histoire et les personnages sont ici l’intérêt principal du show et si la facture formelle est très bonne, elle n’est néanmoins jamais le théâtre de coups d’éclats formalistes ou de grandes scènes maniéristes comme l’était Penny Dreadful (dont la filiation reste aussi logique sur le papier que lointaine en réalité).

Il est d’ailleurs amusant de constater que c’est quand Taboo essaye de « proposer » formellement qu’elle se plante. Chaque épisode bénéficie ainsi toujours de quelques minutes sous speed, où le montage devient ultra-clippesque, reprenant à son compte les pires effets de montage des années 1990-2000 dans une imagerie sorcièro-chamanique digne du plus douteux des clips de métal. En premier lieu, c’est hyper ringard car jamais inédit et usé jusqu’à la corde dans les DTV d’horreur de supermarché. En second lieu, c’est une manière de caractériser notre héros tourmenté si grossière et fainéante qu’elle tranche radicalement avec le reste de la série.

Reste de la série qui lui, convainc franchement. En premier lieu, ce sont les moyens mis en œuvre qui séduisent. Le Londres de l’époque est ici pensé dans une optique proche de la trilogie Pirates des Caraïbes. Tout y est sale, crasseux, édenté, fardé comme une époque à bout de souffle où le caractère vicié des personnages finit par pervertir tout l’environnement immédiat. Un environnement extrêmement détaillé et travaillé, bien aidé par une direction artistique cossue, qui permet de donner authenticité et ampleur au contexte. Taboo n’a presque rien à envier au cinéma de ce point de vue. D’autant plus que la photographie assez précise joue finement des ambiances créées et du climat maussade britannique.

Pour anecdote, on pense d’ailleurs souvent à la saga de Gore Verbinski puisque trois des acteurs du casting (Tom Hollander, Stephen Graham et Jonathan Pryce) en viennent directement. Au-delà bien sûr de la Compagnie des Indes et des touches d’exotisme qui rehaussent cette faune londonienne.

Une faune peuplée de seconds-rôles codés à l’image d’Helga, prostituée allemande ou de Cholmondeley, chimiste qui a passé trop de temps à renifler ses mixtures. Toute cette galerie de personnages est campée par un casting impeccable encadrant un Tom Hardy monolithique et flippant. Une bête tout en muscles gromellante et impitoyable, animée par la vengeance et la colère et aussi sympathique qu’une porte de prison. Par ailleurs anti-héros total tant son comportement, ses actions (passées et présentes) et son absence de morale sont rarement rattrapées par une quelconque empathie. Autre bien sûr que le charisme animal et badass du personnage et de son interprète. Une ordure, une vraie comme on a plaisir à en suivre. On pourra ergoter qu’à l’instar d’un Johnny Depp, Tom Hardy s’enferme depuis quelques années dans ce type d’interprétations, au point de se demander à raison quand il pourra nous offrir autre chose. Mais il serait malhonnête de ne pas reconnaître ici un rôle taillé sur mesure pour lui qu’il tient de bout en bout sans aucune volonté d’être là pour qu’on l’aime.

Par ailleurs, son implication dans la création du show, ainsi que celle de Steven Knight et Ridley Scott, s’avère salutaire pour la proposition sérielle présentée. Exit le politiquement correct, la quête de rédemption ou le lissage policé de certains aspects. Taboo est une série pour adultes qui use mais n’abuse pas de la violence et du sexe tout en titillant des sujets plus ou moins épineux comme la prostitution infantile, l’inceste ou l’esclavage avec une froideur et un détachement qui pourra légitimement diviser. Ce puisque aucun jugement de valeur ou aucune morale prémâchée n’y est accolée.

Pour parachever, le show est surtout addictif et tenu. Sans réinventer la roue, la trame de Taboo offre suffisamment de rebondissements, de manipulations et de révélations pour captiver son audience pendant 8 épisodes. Des épisodes qui filent à toute allure mais extrêmement denses permettant ainsi de ménager un suspense et un intérêt croissants pour les enjeux flous de son héros tout en déplaçant tous les pions de l’échiquier de façon limpide et excitante. Ce sans compter la myriade de coups bas et de manipulations qui donne l’impression d’un panier de crabes dans lequel James Delaney est le goéland. Vous imaginez sans mal la suite…

Diffusée prochainement sur Canal + qui en a fait l’acquisition, Taboo est un des premiers grands shows de 2017. S’il n’est en rien révolutionnaire, sa solidité d’exécution et sa grande efficacité l’inscrivent dans les réussites de la BBC et pourraient conquérir également des spectateurs peu habitués à ce genre de productions. D’abord annoncée comme une mini-série, Taboo reviendra finalement pour une saison 2 en 2018.

Taboo : Bande-annonce

Synopsis : Présumé mort en Afrique depuis de nombreuses années, en 1814, James Delaney revient à Londres. Homme tourmenté et changé, il trouve à son retour son père, Horace Delaney, mort, et constate que son pays l’Angleterre est en Guerre avec la France et les États-Unis. L’arrivée de James menace de perturber les ambitions de sa demi-sœur Zilpha et de son époux Thorne Geary ainsi que les ambitions politiques de la Compagnie des Indes orientales, présidée par Sir Stuart Strange.

Taboo : Fiche technique

Créateurs : Tom Hardy, Steven Knight, Edward Hardy
Réalisateur : Kristoffer Nyholm Ep. 1 2 3 4
Réalisateur :Anders Engström Ep. 5 6 7 8
Distribution : Tom Hardy : James Keziah Delaney, Oona Chaplin (VF : Ludmila Ruoso) : Zilpha Geary, David Hayman : Brace, Michael Kelly : Docteur Edgar Dumbarton, Jonathan Pryce : Sir Stuart Strange,
Stephen Graham (VF : Laurent Maurel) : Atticus, Tom Hollander : Docteur George Cholmondeley, Jessie Buckley : Lorna Bow…
Musique : Max Richter
Production : Steven Knight, Tom Hardy, Ridley Scott, Liza Marshall, Kate Crowe, Dean Baker,
Format : 60 minutes
Nombre D’épisodes : 8
Chaînes d’origine : FX, BBC One
Nationalité : Britannique, américaine
Genre : Drame, Historique, Thriller
Premier épisode : 7 janvier 2017

États-Unis/Grande-bretagne 2017

Auteur : Adrien Beltoise

 

Portrait : Shia LaBeouf, l’indiscernable artiste

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Devenu progressivement la muse d’Hollywood, Shia LaBeouf surprend autant par son charisme d’acteur, que par l’originalité de ses projets artistiques. Prochainement à l’affiche du biopic Borg/McEnroe, la figure montante du cinéma américain ne cesse de se dissimuler à travers une succession de performances. Mais qui est donc cet acteur aux multiples facettes ? 

L’essor d’un dandy

Révélé par le rôle de Louis dans La Guerre des Stevens, Shia LaBeouf n’a depuis ce jour, jamais cessé de défier la caméra.

Petit prodige impudent

Né en 1986, Shia LaBeouf est dès son plus jeune âge un enfant extraverti. Virtuose de l’humour, il se dirige vers le stand-up, conscient de son talent et de l’opportunité qui s’offre à lui. Une mimique particulière, une personnalité insolite et un bagout remarquable… Bref tout prédestinait le jeune Shia à un avenir prometteur. Poursuivi par un dessein ambitieux, il engage à onze ans un agent afin de multiplier ses chances de vivre de sa passion : le cinéma. C’est chose faite, seulement six ans plus tard, il obtient son premier grand rôle dans le film La Morsure du Lézard au côté de l’éclatante Sigourney Weaver.

D’année en année, Shia LaBeouf se construit une filmographie respective, qui lui permet de rompre avec son image d’acteur Disney et d’intégrer doucement le cercle prisé des acteurs renommés. L’année de ses vingt-et-un ans marque sa consécration grâce à deux films classés dans les box-offices : Paranoiak, le thriller de D.J Caruso, mais surtout la tétralogie Transformers dans laquelle il incarne le personnage principal avec l’actrice Megan Fox.

Emporté dans un long périple cinématographique, Shia LaBeouf gravit depuis dix ans les marches du tout-Hollywood. Multipliant les blockbusters, il partage ainsi l’écran au côté de grands noms du cinéma tels que Harrison Ford dans Indiana Jones 4 (2008), Robert Redford dans Sous Surveillance (2013), ou encore Brad Pitt dans Fury (2014). La roue est désormais lancée et le rêve apparaît comme une indéniable réalité…

Une polyvalence démesurée

« Je suis en train d’essayer de m’impressionner. Je dois encore essayer. » (Shia LaBeouf)

Un tantinet frondeur, Shia LaBeouf surprend le spectateur par la pluralité de ses rôles. Enfermé dans chacune de ses performances artistiques, il n’hésite pas à briser les frontières qui séparent sa vie professionnelle à sa stricte intimité. Le prodige du grand écran se distingue par sa recherche obsessionnelle de nouvelles expériences : changer son confort quotidien pour s’imprégner d’un univers social qui lui est étranger ou encore transformer son apparence pour alimenter un nouveau rôle… Bref, Shia LaBeouf n’est pas seulement un acteur, mais surtout un homme polyvalent, désormais classé au rang d’artiste.charlie-countryman-shia-labeouf

Mais quelles sont ses limites ? Jusqu’où est-il prêt à aller pour atteindre son projet expérimental ? Apparaître dans son entière nudité dans Nymphomaniac, ensanglanté dans Charlie Countryman ou encore désœuvré dans American Honey, Shia LaBeouf est un touche-à-tout qui ne cesse à travers ses performances, de défier l’écran. Acteur ? Artiste ? Ou véritable fou ? L’union de ces trois adjectifs est sans doute ce qui se rapproche au mieux de ce personnage, pour le moins atypique. Véritable caméléon, Shia LaBeouf est devenu à seulement trente ans, le jeune protégé d’Hollywood. 

Entre artiste et militantisme

« Pour être un acteur, un vrai acteur, vous devez avoir le cœur brisé. »  (Shia LaBeouf).

Cette citation en dit long sur l’étrange personnalité de cet acteur, quelque peu impudent et prêt à tout pour assouvir sa soif artistique. D’un père clown et d’une mère ballerine, Shia LaBeouf est dès son plus âge, intimement lié au monde artistique. C’est donc tout naturellement qu’adulte, l’enfant devenu acteur, s’implante dans ce domaine en touchant du doigt l’étendue de cet univers esthétique.portrait-shia-labeouf-projet-artistique

A partir de 2014, une collaboration artistique voit le jour entre Luke Turner, Nastja Säde Rönkkö et Shia LaBeouf. Ce trio, notamment révélé par les réseaux sociaux, ne cesse aujourd’hui de s’aventurer au gré de ses envies, dans des expériences complètement insolites. Parmi elles, la dernière en date, « He will not divide us », une performance militante à l’encontre du président Donald Trump, devenue en un rien de temps l’objet d’une véritable querelle américaine.

Véritable forcené de projets artistiques, une question se pose alors : Shia LaBeouf est-il devenu une star perturbée par la célébrité, ou bel et bien un artiste en devenir ? Courir la longueur d’un marathon autour d’un musée, se voiler le visage en guise de publicité, s’enfermer dans une galerie ou encore regarder sans interruption toute sa filmographie… Tout porte à croire que Shia LaBeouf semble avoir entrepris une envolée perspicace vers le monde de l’art contemporain.

Le miroir social

Mêlant l’étiquette d’acteur à celle d’artiste, Shia LaBeouf contribue à étendre son grain de folie dans ses performances cinématographiques. C’est notamment le cas dans American Honey, le dernier film d’Andrea Arnold. À mi-chemin entre le drame et le documentaire, ce roadtrip est sans doute le film qui reflète au mieux la personnalité de cet acteur. En jouant le rôle d’un jeune désœuvré, Shia LaBeouf  semble révéler au grand jour une part de lui-même. Guidé par les excès de la vie, il est au-delà de ça, un homme avide de liberté.

« J’ai grandi autour de beaucoup de gars agressifs. Mes parents m’emmenaient aux réunions des Alcooliques Anonymes quand j’étais très jeune. Donc je connais l’agression, je connais la folie. » (Shia LaBeouf).

Tel un miroir social, Shia LaBeouf s’empare de son vécu pour réinterpréter ses rôles à l’écran. Désemparé certes, mais considérant la vie comme une perpétuelle recherche du bonheur, il réinvente sans cesse sa propre histoire, tel un éternel recommencement. Le cinéma et l’art apparaissent dès lors comme de pures échappatoires face à son passé tumultueux.

Auparavant dissimulé derrière son ombre d’acteur, Shia LaBeouf se dévoile aujourd’hui comme un artiste universel !

 

Lars von Trier : Uma Thurman confrontée à un serial killer inspiré de Donald Trump dans The House That Jack Built

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Les déclarations choc et tonitruantes du cinéaste Lars Von Trier ne surprennent plus beaucoup d’observateurs et de spécialistes du cinéma. Son prochain projet cinématographique s’annonce pourtant une nouvelle fois fascinant ! Uma Thurman va en effet rejoindre le casting du film The House That Jack Built dans lequel sévirait un serial killer qui serait directement inspiré du 45ème Président américain Donald Trump.

Lars Von Trier risque de donner quelques frayeurs à ses spectateurs et quelques cheveux blancs à la comédienne Uma Thurman d’après des révélations de Variety. Le prochain long-métrage du réalisateur danois, The House That Jack Built, devrait en effet mettre en scène les péripéties et les méfaits d’un serial killer. Ce personnage monstrueux sera incarné par l’acteur Matt Dillon. Lars Von Trier, par goût de la provocation, avait révélé à la mi-février s’être directement inspiré du très controversé Président Donald Trump.

The House That Jack Built célèbre l’idée selon laquelle la vie est mauvaise et inhumaine, ce qui est malheureusement prouvé par la récente émergence de l’Homo Trumpus, le rat souverain.

Cette phrase choc a été prononcée par le réalisateur de Melancholia dans le cadre d’une interview au Guardian. Le cinéaste au parfum de scandale avec ses deux films Nymphomaniac, interdits aux moins de 18 ans dans des versions extended cut, avait provoqué une importante vague d’indignation, d’effarement et d’incompréhension pour ses propos polémiques sur Hitler lors du Festival de Cannes en 2011.

Le tournage de son nouveau film avec Uma Thurman et Matt Dillon va débuter ce mois-ci. The House That Jack Built est prévu pour une sortie dans les salles obscures pour 2018. Les amateurs de la série Fargo sur Netflix ne devraient pas être trop dépaysés. Lars Von Trier va entraîner les cinéphiles sur la trace d’un serial killer en suivant son parcours criminel. L’intrigue se déroulera dans les années 1970 et 1980 dans la ville de Washington (encore une sacrée pique envers Donald Trump à n’en pas douter). Le meurtrier de sang-froid, incarné par Matt Dillon, va prendre de plus en plus de risques afin de poursuivre sa quête ultime à glacer le sang pour le commun des mortels : l’accomplissement du crime parfait.

Le reste du casting regroupe des comédiens talentueux avec notamment Bruno Ganz, Riley Keough, Siobhan Fallon Hogan et Sofie Gråbøl. Le film sera intégralement tourné en langue anglaise. Uma Thurman (Nymphomaniac) et Siobhan Fallon Hogan (Dancer in the Dark) ont déjà connu les joies d’une production aux côtés de Lars Von Trier.

Le tournage devrait débuter en mars en Suède dans la ville de Trollhättan avant de se poursuivre à Copenhague au Danemark en mai.

Le film promet donc une exploration fascinante et décalée sur le thème des serial killers à la manière du long-métrage de Marjane Satrapi, The Voices.

Inner City : Ashton Sanders, la révélation de Moonlight, rejoint Denzel Washington et Colin Farrell

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Le jeune comédien Ashton Sanders partagera bientôt l’affiche d’Inner City, un thriller ambitieux de Dan Gilroy, aux côtés de deux monstres sacrés d’Hollywood : Denzel Washington et Colin Farrell.

Après la consécration de Moonlight, Ashton Sanders va rejoindre l’équipe du film Inner City d’après des informations relayées par Allocine. L’acteur qui incarnait le rôle du jeune Chiron va donc intégrer le casting de ce nouveau long-métrage qui s’annonce comme un thriller passionnant.

Inner City devrait être une plongée fascinante dans le système judiciaire américain. Les amateurs de Better Call Saul, de La Firme et de L’associé du diable risquent donc d’apprécier. Les comédiens Denzel Washington et Colin Farrell devraient occuper les rôles principaux. L’intrigue du film entraînera les spectateurs dans le quotidien d’un avocat qui fait face à une crise existentielle assez sévère. Il va être confronté à des révélations et à des éléments troublants sur les pratiques de son cabinet. Ces méthodes peu orthodoxes du cabinet, totalement opposées à la morale et à l’éthique de l’avocat, vont constituer un terrible dilemme. Ashton Sanders est pressenti pour incarner un jeune avocat fraîchement diplômé qui va collaborer avec le personnage joué par Denzel Washington.  Ashton Sanders est actuellement âgé de 21 ans.

Inner City sera réalisé par Dan Gilroy. Ce cinéaste avait récemment marqué les esprits avec son premier long-métrage, Night Call. Le réalisateur avait servi sur un plateau un rôle fascinant à Jake Gyllenhaal dans ce film sur la télévision trash et les dérives des chaînes d’informations locales aux USA. Dan Gilroy a également écrit le scénario d’Inner City. Il a aussi participé par le passé à l’écriture des scénarios de Jason Bourne : L’héritage, Kong : Skull Island ou bien encore l’histoire de Real Steel.

Aucune précision n’a en revanche été dévoilée sur une date éventuelle de sortie du film.