Attendu au tournant avec Le Secret de la Chambre noire, sa première œuvre à l’étranger, un nouveau chapitre de son travail sur l’éternel recommencement des âmes, le cinéaste japonais Kiyoshi Kurosawa renoue avec le film de genre et parvient à convaincre avec ce drame à l’ambiance inquiétante.
Synopsis : Stéphane, ancien photographe de mode, vit seul avec sa fille qu’il retient auprès de lui dans leur propriété de banlieue. Chaque jour, elle devient son modèle pour de longues séances de pose devant l’objectif, toujours plus éprouvantes. Quand Jean, un nouvel assistant novice, pénètre dans cet univers obscur et dangereux, il réalise peu à peu qu’il va devoir sauver Marie de cette emprise toxique.
Le passé
Lassé par la course au financement quasi-impossible de ses films d’auteur dans son propre pays, où le public est surtout friand d’adaptations de mangas et autres franchises, Kiyoshi Kurosawa a même dû se replier vers la télé et réaliser sur commande une mini-série tirée d’un roman à succès. Pour notre plus grand bien, car la série, ce fut Shokuzai, une fantastique histoire oscillant entre thriller et épouvante.
Ce n’est donc certainement pas un hasard si aujourd’hui, on le retrouve avec cette production franco-belgo-japonaise. L’inconscient rencontre le réel, et petit à petit se forme l’idée de faire un film avec une équipe intégralement européenne, avec en tête de pont des acteurs français choisis par le cinéaste lui-même, à commencer par Tahar Rahim qu’il a déjà croisé (et apprécié) sur les routes des festivals, avec notamment Le Passé d’Asghar Farhadi.

Ici, il s’agit de Jean Malassis (Tahar Rahim), un jeune homme désœuvré qui se présente chez un artiste photographe à la recherche d’un nouvel assistant. Choisi précisément pour son inexpérience dans le domaine, Jean comprendra vite pourquoi en découvrant tout ce qu’il y a d’atypique dans le grand domaine délabré et spectral de Stéphane (Olivier Gourmet), où la chambre photographique fait la taille d’un deux-pièces cuisine et où les plaques argentiques de toute beauté sont grandeur nature. Les habitants ne sont pas en reste, Stéphane d’abord, un homme mystérieux terrassé par la mort de son épouse, son modèle qu’il a remplacé par leur propre fille Marie (Constance Rousseau). Puis Marie, donc, une belle jeune femme diaphane qui apparaît à Jean tel un fantôme dès le premier jour, qui fuit l’ambiance mortifère de la maison en s’entourant de plantes plus vivantes que tout le reste.

Fondu de daguerréotype (titre du film à l’international), Stéphane veut créer le prototype parfait en grandeur nature, et cette taille gigantesque nécessitant des temps de pose extrêmement longs de plusieurs minutes à quelques heures, c’est d’un véritable instrument de torture du type exosquelette de l’enfer que Marie est affublée pour la rendre entièrement immobile, presque morte à la réalité. L’ensemble est d’une tristesse ineffable, l’acceptation de la fille, l’obstination du père, l’impuissance de l’amoureux transi. Le tout sur fond de la très belle musique lancinante de Grégoire Hetzel (Trois souvenirs de ma jeunesse, Les Innocentes).

Compte tenu du contexte de sa réalisation , un scénario japonais traduit, mais surtout adapté en français par Catherine Paillé ( qui a trouvé la malice d’adapter on ne sait quelle scène de la vie ordinaire japonaise par une soirée foot au café avec des supporters du Racing Club de Lens !), un cinéaste qui ne connaît pas la langue et qui communique avec les acteurs et l’équipe via une interprète et, de fait, des comédiens qui manqueraient d’un peu de direction d’acteurs, le métrage de Kurosawa n’est pas si mal réussi . Bien qu’Olivier Gourmet semble le plus souvent un peu en dehors du focus, mais c’est aussi le rôle qui veut cette hébétude, même si Constance Rousseau développe un jeu bizarre, très premier degré, une sorte de pastiche qui mêlerait maladroitement performance de la Nouvelle Vague et jeu low-key des actrices japonaises (récemment encore celui de Mariko Tsutsui dans Harmonium de Kôji Fukada). L’ensemble fonctionne en tant que quasi film de genre, mais pas que, porté par un Tahar Rahim qui, sans égaler l’immense Kôji Yakusho, grand habitué du cinéaste, se révèle très bon dans la peau d’un personnage qu’il réussit à faire évoluer subtilement, mais fermement, au gré du développement de l’histoire. Une bonne surprise donc pour les afficionados du grand cinéaste japonais, mais aussi pour les autres qui le découvrent à travers ce film français.
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Le secret de la Chambre noire : Bande annonce
Le secret de la chambre noire : Fiche technique
Titre original : –
Réalisateur : Kiyoshi Kurosawa
Scénario : Kiyoshi Kurosawa, adaptation : Catherine Paillé, Eléonore Mahmoudian
Interprétation : Tahar Rahim (Jean), Constance Rousseau (Marie), Olivier Gourmet (Stéphane), Mathieu Amalric (Vincent), Malik Zidi (Thomas), Valérie Sibilia (Denise)
Musique : Grégoire Hetzel
Photographie : Alexis Kavyrchine
Montage : Véronique Lange
Producteurs : Jérôme Dopffer, Michiko Yoshitake, Coproducteurs : Remi Burah, Olivier Père, Jean-Yves Roubin, Yuji Sadai, Tanguy Dekeyser
Maisons de production : Film-In-Evolution, Balthazar Productions, Frakas Productions, Bitters End, Arte France Cinéma, Ciné+ (participation), Centre du Cinéma et de l’Audiovisuel de la Fédération Wallonie-Bruxelles (support)
Distribution (France) : Condor Entertainment, Version Originale
Durée : 131 min.
Genre : Drame, Horreur
Date de sortie : 8 Mars 2017
France, Belgique, Japon – 2016